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Full text of "Société de l'histoire de France"

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CHRONIQUES 


DE 


J.  FROISSART 


CHRONIQUES 


DE 


J.  FROISSART 


992*  ->  PARIS,  TYPOGRAPHIE  LAHURE 

Rue  de  Fleorof,  9 


CHRONIQUES 

DE 


J.  FROISSIRT 


niBLIÉBS  POUR  LA  SOCIÉTÉ  DB  l'hISTOIRB  DE  FRANCE 

PAR   8IHÉON   LUGE 


0((\^ 


TOME   SIXIÈME 
1360-1366 

(depuis    les   PRÉUXINAIRKS   du   TBAITÉ   DE   BB^GNY 
jusqu'aux   FrMpARATIFS  DE  l'eXP^ITION   du  PBtNCB  DE  GALLES 

RN  Espagne) 


A  PARIS 

CHEZ  M"  V  JULES  RENOUARD 

(H.  LOONES,  SUCCESSEUR) 

LIBRAIRE  DB  LA  SOCIÉTÉ  DB  L'HISTOIRE  DB  FRANCE 

nmc  DE  TOOBNOM»  H'  6 

M  DCCC  LXXVI 


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■ZTBAIT  DU  RteUDONT. 


AIT.  14.  Le  Conseil  désigne  les  ouvrages  à  publier,  et  choisit 
les  personnes  les  plus  capables  d'en  préparer  et  d*en  suivre  la 
publication. 

Il  nonune,  pour  chaque  ouvrage  à  publier,  un  Commissaire 
responsable  chargé  d'en  surveiller  l'exécution. 

Le  nom  de  l'Éditeur  sera  placé  en  tête  de  chaque  volume. 

Aucun  volume  ne  pourra  paraître  sous  le  nom  de  la  Société 
sans  l'autorisation  du  Conseil,  et  s'il  n'est  accompagné  d'une  dé- 
claration du  Commissaire  responsable,  portant  que  le  travail  lui 
a  paru  mériter  d'être  publié. 


U  CommUsaire  responsable  soussigné  déclare  que  le 
tome  FI  de  l'Edition  des  Chroniques  db  J.  Froissaat,  pré* 
parée  par  M.  Sim^on  Lues,  lui  a  paru  digne  d^ètre  publié 
peur  la  Société  db  l'Hibtoirb  db  Francb. 


Fait  à  Paris,  U  i^  décembre  1876. 

Signé  L.  DELISLE. 
Certifié, 

Le  Secréuire  de  la  Société  de  l'Histoire  de  France, 

J.  DESNOYERS. 


SOMMAIRE. 


VI  —  a 


SOMMAIRE. 


CHAPITRE  LXXXIV. 

1360.  TBirré  db  bbétiont  (§§  474  à  490). 

Edouard  III  et  son  armée  sont  toujours  campés  à  Montlhéry^ 
Charles,  duc  de  Normandie,  régent  du  royaume,  et  les  princi- 
paux de  son  Conseil,  les  ducs  d'Anjou  et  de  Berry  ses  frères, 
Gilles  Aycelin  de  Montagu ,  évèque  de  Thérouanne,  chancelier 
de  France,  se  décident  à  faire  des  ouvertures  de  paix  au  roi 
d'Angleterre.  Androuin  de  la  Roche,  abbé  de  Quny,  Simon  de 
Langres,  maître  des  Frères  Prêcheurs,  Hugues  de  Genève^ 
seigneur  d'Anthon^,  sont  chargés  de  ces  négociations'.  Edouard  III, 
indigné  au  plus  haut  point  de  la  descente  des  Français  à 
Winchelsea*  dont  il  vient  d'être  informé,  repousse  d'abord,  mal- 
gré les  avis  du  duc  de  Lancastre,  toutes  les  propositions  d'accom- 

1.  Edouard  III  fut  logé  en  Phôtel  de  Chanteloup  (aujourd'hui  châ- 
teau de  Saint-Germain-iez-ArpajoD^  entre  Montlhëiy  et  Châtres  (Ar- 
pajon),  du  mardi  1 1  mars  au  lundi  6  ayril  1360.  Grandet  Chroniques^ 
VI,  169  et  Rymer,  m,  480. 

2.  Isère,  arr.  Vienne,  c.  Meyzieu.  Hugues  de  Génère,  trobième  fils 
d'Amédée,  II*  du  nom,  comte  de  Genève,  et  d'Agnès  de  Chalon,  était 
le  Tassai,  du  chef  de  sa  seigneurie  d'Anthon,  de  Charles,  dauphin  dé 
Viennois. 

3.  Ces  négociations  infructueuses  s'ouvrirent  à  la  maladrerie  de 
Longjnmeau  le  vendredi  saint  3  avril.  Froissart  omet  de  dire  que  les 
trois  négociateurs  qu'il  nomme  étaient  des  légats  du  Saint-Siëge  qu'In- 
nocent VI  avait  envoyés  en  France,  par  une  bulle  datée  d'Avignon  le 
3  mars  1360  (Rymer,  III,  472;  Arch,  Nat.,  JJ91,  n»  204),  pour  traiter 
de  la  paix  ;  mais  ces  trois  négociateurs  ne  prirent  point  part  à  la  con- 
férence de  Longjumeau  et  n'arrivèrent  à  Paris  que  Ters  le  10  avril. 

4.  La  descente  des  Français  a  Winchelsea,  suivie  du  sac  de  ce  port 
de  mer,  eut  lieu  le  14  mars  1360  (voyez  notre  Histoire^  de  du  GuescUn; 
ta  jeunesse  de  Bertrand^  p.  307,  546  à  550).  En  outre,  par  un  traité 


IV  CHRONIQUES  DE  J.  FROISSART. 

modement.  Il  ne  veut  à  aucun  prix  renoncer  au  titre  de  roi  de 
France,  et  son  projet  est,  après  être  allé  se  rafraîchir  deux  ou 
trois  mois  en  Normandie  et  en  Bretagne,  de  revenir  devant  Paris 
au  moment  de  la  moisson  et  des  vendanges.  11  lève  donc  son 
camp  de  Montlhéry'  et  se  dirige  vers  le  pays  chartrain,  pendant 
que  les  trois  envoyés  du  régent,  duc  de  Normandie,  reviennent 
sans  cesse  à  la  charge  pour  le  presser  de  conclure  la  paix.  Au 
moment  où  le  monarque  anglais  et  ses  gens  passent  à  Gallardon, 
un  orage  effroyable  éclate  tout  à  coup  accompagné  d'éclairs,  de 
tonnerre,  d'une  trombe  de  vent,  de  grêle  et  de  pierres  d'une 
grosseur  énorme,  qui  terrifie  les  Anglais  et  leur  tue  hommes  et 
chevaux'.  Edouard  y  voit  un  signe  de  la  volonté  de  Dieu  en 
faveur  de  la  paix  ;  en  même  temps,  le  regard  fixé  sur  Téglise 
Notre-Dame  de  Chartres'  qu'il  aperçoit  dans  le  lointain,  il  fait 
un  vœu  et  se  consacre  à  la  Sainte  Vierge.  Après  avoir  campé  la 
nuit  suivante  sur  le  bord  de  la  rivière  de  Gallardon  *,  il  n'en  con- 
tinue pas  moins  le  lendemain  sa  route  vers  Bonneval  ^  et  la  marche 
de  Vendôme.  Toutefois,  il  finit  par  céder  aux  supplications  de 
l'abbé  de  Cluny,  et  des  négociations'  s'engagent  àBrétigny'  près 

secret  conclu  à  Paris  le  jeudi  30  janvier  1360  (n.  st.),  dont  tous  les 
historiens  semblent  avoir  ignore  Inexistence,  David  Bruce,  II«  du  nom, 
roi  d'Ecosse,  quoiqu'il  fut  alors  prisonnier  du  roi  d'Angleterre,  s'étant 
fait  représenter  par  Robert  Erskine,  chevalier,  et  Normand  de  Lesly, 
écuyer,  avait  conclu  une  alliance  offensive  et  dëfensive  avec  Charles, 
rëgent,  à  condition  que  ledit  régent  fournirait  dans  un  délai  déter- 
miné à  son  allié  50000  marcs  d'esterlins  en  or  payables  à  Paris,  au 
Palais  Royal,  en  la  Salle  Neuve.  Arch.  Nat,^  J677,  n«  7. 

1.  Edouard  III  ne  leva  son  camp  et  ne  prit  le  chemin  de  la  Beaace 
que  le  dimanche  12  avril,  jour  de  Quasimodo,  au  soir.  Grandes  Chro" 
niques,  VI,  171. 

2.  Le  rédacteur  des  Grandes  Cftroniques,  le  mieux  renseigné  de  tous 
les  chroniqueurs  sur  ces  événements,  ne  dit- pas  un  mot  de  cet  orage, 
qui  parait  n'avoir  eu  d'autre  effet  que  d'empêcher  Edouard  de  mar- 
cher sur  Chartres,  comme  le  roi  anglais  en  avait  eu  d'abord  l'in- 
tention. 

3.  De  Gallardon ,  en  effet ,  on  commence  à  apercevoir  la  flèche  de 
la  cathédrale  de  Chartres. 

k.  Cette  rivière  est  la  Voise  qui  se  jette  dans  l'Eure  à  Maintenon. 

5.  Eure-et-Loir,  arr.  Chateaudun.  Edouard  et  ses  gens  s'avancèrent 
jusqu'à  Bonneval  et  même  jusqu'à  Chateaudun,  et  c'est  un  indice  cjue 
l'orage  survenu  près  de  Gallardon  n'eut  pas  une  influence  immédiate 
et  déterminante  sur  la  conclusion  de  la  paix  de  Brétigny. 

6.  Les  négociateurs,  chargés  des  pleins  pouvoirs  du  régent,  parti- 
rent de  Paris  le  lundi  27  avnl  et  arrivèrent  le  même  jour  à  Chartres. 

7.  Aujourd'hui  hameau  de  127  habitants  de  la  commune  de  Sours, 


SOMMAIRE  DU  PREMIER  LIVRE,  §§  474-490.  v 

de  Chartres  entre  ses  délègues  et  ceux  du  rëgent  :  les  pourparlers 
durent  plusieurs  jours  et  aboutissent  à  la  conclusion  d'un  traite 
de  paix.  P.  j  à  5,  237  à  241 . 

Edouard  III  confirme^  le  traité  de  paix  conclu  à  Brétigny-lez- 
Chartres  le  8  mai  1360  entre  Edouard,  prince  de  Galles,  au  nom 
du  roi  d'Angleterre,  et  Charles,  duc  de  Normandie,  au  nom  de 
Jean,  roi  de  France.  Dans  la  rédaction  définitive,  un  peu  diffé- 
rente du  texte  primitif  du  traité  qui  fut  quelques  mois  plus  tard 
ratifié  par  les  deux  rois,  les  conseillers  français  eurent  soin  d'in- 
sérer une  clause  réservant  le  droit  de  suzeraineté  de  leur  maître 
et  pouvant  servir  de  point  de  d^art  à  des  revendications  ulté- 
rieures».  P.  5  à  17,  241  à  243. 

Eure-et-Loir,  arr.  et  c.  Chartres,  à  9  kil.  au  sud-est  de  cette  ville. 
Pendant  que  ses  plénipotentiaires  ou  plutôt  ceux  de  son  fils  le  prince 
de  Galles  traitaient  à  Brëtigny  avec  tes  envoyés  du  rëgent,  Edouard 
loi-même  avait  rétrogradé  et  élait  venu  se  loger  à  Sours.  Le  rëgent, 
de  son  côte ,  se  rendit  à  Chartres  où  il  était  le  7  mai.  Les  pourparlers 
commencèrent  le  vendredi  1^  mai  et  durèrent  jusqu'au  vendredi  8  du 
même  mois.  Grandes  Chroniques^  YI,  172»  173;  Rymer,  III,  485,  486. 
1.  Le  texte  de  cette  confirmation,  tel  que  le  donne  Froissart,  se 
rapproche  beaucoup  pour  le  fond,  sans  être  identique  pour  la  forme, 
de  Ja  charte  dite  aes  renonciations,  publiée  par  Rjrmer  (III,  524  et 
525).  Seulement,  comme  l'a  bien  vu  D^cier  avec  sa  sagacité  et  sa  con- 
science ordinaires  (p.  528,  note  1),  si  Froissart  ne  s'est  pas  trompé 
sur  la  date  de  mois  et  de  jour  (25  mai),  il  ^s'est  certainement  trompé 
sur  la  date  de  lieu  (Brétigny-lezrGhartres).  Edouard  III,  en  effet,  était 
de  retour  en  Angleterre  et  débarqua  au  port  de  Rye  le  lundi  18  mai 
TRymer,  HI,  494).  D'un  autre  côté,  Jean  avait  donné  pleins  pouvoirs 
a  son  fils  Charles  pour  traiter  avec  son  adversaire,  par  acte  daté  du 
1«'  avril  1360  (Martène,  Tkes.  Anecdot,^  I,  1422  et  1423);  et  la  ratifi- 
cation provisoire  par  les  deux  rois  du  traité  de  paix  conclu  à  Brétigny 
eut  lieu  à  la  Tour  de  Londres  le  14  juin  suivant  {Bibl,  Nat,y  De  Camps, 
portef.  46,  ^  432).  Antérieurement  à  cette  date,  il  y  a  lieu  de  croire 
que  tout  se  passa,  au  moins  officiellement,  d'abord  entre  les  plénipo- 
tentiaires des  fils  aines  rassemblés  pour  cela  à  Brétigny,  ensuite  entre 
les  fils  aînés  eux-mêmes  de  Jean  et  d'Edouard.  Du  reste ^  on  trouve  tout 
au  long  dans  les  Grandes  Chroniques  (YI,  175  à  200)  la  confirmation  par 
le  prince  de  Galles  du  traité  conclu  entre  ses  plénipotentiaires  et  ceux 
de  Charles,  duc  de  Normandie  ;  or,  cette  confirmation  est  datée,  non  de 
Brétigny^  mais  de  Téowiers  en  Normandie^  le  16  mai  1360  {I6id,,^,  199). 
Quoi  qu'il  en  soit,  la  charte,  dite  des  renonciations,  publiée  par  Ry- 
mer^  est  datée  de  Calais  le  24  octobre  1360. 

2.  Cette  observation  de  Froissart,  particulière  à  la  rédaction  d'A- 
miens (p.  242,  243),  mérite  d'être  notée,  parce  qu'elle  accuse  l'inter- 
prétation que  les  juristes  de  Charles  Y  voulaient  donner,  lorsque  cette 
rédaction  hit  composée,  à  l'une  des  clauses  du  traité  de  Bréti^y.  Notre 
chroniqueur  semble  faire  allusion  à  une  convention  subsidiaire  par  où 


VI  CHRONIQUES  DE  J.  FROISSART. 

Une  trêve  est  conclue  entre  les  belligérants  qui  doit  durer 
jusqu'au  terme  de  Saint*Michel  prochain  et  de  là  en  un  an^. 
Charles,  duc  de  Normandie,  ratifie*  le  traite  de  paix  conclu  à 
Brétigny  entre  ses  plénipotentiaires  et  ceux  d'Edouard,  prince  de 
Galles.  Cette;  ratification  et  la  publication  de  la  trêve  sont  accueil- 
lies par  tout  le  royaume  avec  une  joie  unanime.  Le  roi  d'Angle- 
terre envoie  quatre*  de  ses  barons  à  Paris  et  les  charge  de  prêter 
serment^  en  son  nom  sur  le  fait  du  traite  de  paix.  Les  Parisiens 
font  à  ces  envoyés  une  réception  triomphale,  sonnent  les  cloches 
à  leur  venue,  jonchent  les  rues  de  draps  d'or  sur  leur  passage  ; 
et  le  duc  Charles,  après  avoir  reçu  leur  serment,  leur  fait  fête 
et  donne  à  chacun  un  beau  coursier  ainsi  qu'une  épine  de  la 


le  roi  Jean,  le  26  octobre,  pendant  son  séjour  à  Boulogne-sur-Mer, 
prenait  rengagement  de  renoncer  à  tout  droit  de  suzeraineté  sur  les 
proTinces  cédées,  mais  seulement  lorsqu'il  aurait  été  remis  en  posses- 
sion d*une  manière  complète  et  effective  de  ce  qui  lui  restait  de  son 
royaume  ([BihL  Nat,^  fonds  de  Camps,  portef.  xi.vi,  t^  553  à  559, 
571  à  580  ;  ms.  fir.  n«  8359,  f«*  45  to  et  51).  Dès  le  10  fémer  1361,  les 
Anglais  se  plaignaient  à  Jean  de  Melun,  comte  de  Tancarrille,  charsé 
d'une  mission  en  Angleterre,  que  le  roi  de  France  eût  reçu  ou  yoiuu 
receroir  Tappel  du  comte  d'Armagnac  et  du  sire  d'Albret  (Martène, 
Tkes.  Ane^t.,  I,  1487  à  1489). 

1.  Cette  trêVe  fut  confirmée  à  Sours  devant  Chartres  par  Edouard, 
prince  de  Galles,  le  7  mai  1360  {Grandes  Chroniques^  YI,  207  à  211),  et 
a  Chartres,  par  Charles,  régent  du  royaume,  le  même  jour  (Ihid,,  202 
à  206).  Le  mandement  de  publication  de  la  trdre,  donne  par  le  rëgent 
à  Brëtigny-lez-Chartres  le  7  mai  (Ibid,,  206,  207),  ne  fut  sans  doute 
promulgué  qu'à  la  suite  d'une  entrerue  du  duc  Charles  et  du  prince  de 
GaUes. 

2.  Cette  ratification,  dont  le  rédacteur  des  Grandes  Chroniques  a  pu- 
blié le  texte  (VI,  200  et  201),  est  datée  de  Paris  le  10  mai  1360. 

3.  Le  roi  d'Angleterre  et  le  prince  de  Galles  envovèrent,  non  pas 
quatre,  mais  six  cheraliers.  trois  bannerets  et  trois  bacheliers  {Grandes 
Chroniques,  VI,  212  et  213). 

4.  Froissart  commet  ici  une  méprise.  Les  six  cheraliers,  dont  il  ré- 
duit par  erreur  le  nombre  à  quatre,  étaient  chargés,  non  pas,  comme 
le  dit  notre  chroniqueur,  de  prêter  serment  au  nom  du  roi  d'Angleterre 
et  du  prince  de  Galles,  maiA  au  contraire  d'assister,  de  la  part  des 
princes  anglais  leurs  maîtres,  à  la  prestation  solennelle  de  serment  de 
Charles,  régent  du  royaume,  sur  le  fait  du  traité  de  paix,  presta- 
tion qui,  on  l'a  dit  plus  haut,  eut  lieu  à  Paris  le  10  mai  1360.  En 
retour,  six  cheraliers  français,  trois  bannerets  et  trois  bacheliers,  as- 
sistèrent, comme  représentants  du  ragent  Charles,  à  la  prestation  so- 
lennelle du  serment  d'Edouard,  prince  de  Galles,  qui  se  fit  dans  l'église 
Notre-Uame  de  Louviers  le  vendredi  15  mai  1360  {Grandes  Chroniques, 
VI,  212  à  214). 


SOMMAIRE  DU  PREMIER  LIVRE,  $S  474-490.        tii 

couronne  du  Sauveur   conservëé  à  la  Sainte-*ChapeQe,   P.  17 
à  21,  S43  à  245. 

Edouard  m  fait  diriger  ses  gens  d'armes  sur  Calais  par  Pont- 
de-r Arche  où  ils  doivent  traverser  la  Seine  et  par  AbbeviUe*.  Il 
passe  une  nuit  à  Chartres  où  il  fait  ses  dévotions  et  présente  une 
offrande  à  Notre-Dame*,  puis  il  se  rend  à  Harfleur'  où  il  s'em- 
barque avec  ses  enfants  pour  l'Angleterre.  Il  annonce  à  Jean  son 
prisonnier  la  fin  de  sa  captivité,  et  les  deux  rois  ratifient*  de  con- 
cert les  conventions  arrêtées  entre  les  députés  '  et  procureurs  de 
leurs  deux  fils  aines.  De  grandes  fêtes  ont  lieu  à  cette  occasion  à 
Londres  où  Jacques  de  Bourbon  vient  rejoindre  les  deux  souve- 
rains^  puis  à  Windsor  où  Jean  fait  ses  adieux  à  sa  cousine  la 


1.  Le  23  décembre  1375,  Charles  accorda  des  lettres  de  rémistion  à 
Gaxot  Turpin  de  Wicquinghem  (Pas-de-Calab,  an*.  Montreuil-sur- 
Mer,  c.  Hacqaeliers) ,  qui  avait  tué  en  1360  un  soudoyer  anglais 
c  comme ,  environ  la  fesU  de  la  Pentheeouite  derrain  passée  ot  quinze  ans 
(2%  mai  1360),  pour  lequel  temps  certain  acord  on  trêres  estoient,  si 
comme  Ten  cusoit,  entre  nostre  très  cher  seigneur  et  père,  que  Dieux 
absoîUe!  et  nous  et  Edouard  d'Angleterre,  plusieurs  routes  d'Anglois, 
passons  par  nostre  royaume  pour  ien  retourner  à  Calais j  se  fussent  logiés  en 
la  diète  pille  de  fVinldnguehen,  dont  les  aaewu  estaient  de  la  route  a  un  des  > 
maresehaux  d^ Angleterre ,  lesquels,  disans  qu'ils  pOYoient  prendre  par- 
tout fivres  pour  enlx  et  leurs  cheraux,  prindrent  en  la  dicte  ville, 
oultro  ce  qu'il  leur  falloit,  pour  leurs  dis  Yivres,  plusieurs  autres  biens 
comme  draps,  linges,  robes,  or  et  argent  et  plusieurs  autres  choses  et 
firent  moult  d'autres  oultrages  contre  la  yonlenté  des  bonnes  gens  ha- 
bitanz  de  la  dicte  ville  et  à  leur  grant  grief  et  desplaisir»  Arch,  Nat.^ 
JJ108,  n«  28. 

2.  D'après  Jean  de  Venette  {Contin.  G.  de  Nangiaeo,  II,  310),  plu- 
sieurs chevaliers  allèrent,  nus  pieds,  en  pèlerinage,  du  camp  anglais  à 
la  cathédrale  de  Chartres. 

3.  Froissart  se  trompe .  sur  le  liet^  d'embarquement  du  roi  d'Angle- 
rerre.  Cest  à  Honfleur,  comme  le  dit  fort  bien  le  rédacteur  des  Grandes 
Chroniques  (VI,  214),  non  a  Harflenr,  qu'Edouard  mit  à  la  voile  pour 
l'Angleterre,  le  mardi  19  mai  1360.  Harfleur  ëtait  alors  occupé  par  une 
forte  garnison  française  placée  sous  les  ordres  de  Louis  de  Harcourt, 
vicomte  de  Châtellerault,  lieutenant  général  en  Normandie  et  es  Vexins 
français  et  normand  (JJ87,  n»  283],  tandis  que  Honfleur,  pris  par  les 
Anglais  avant  le  16  septembre  1357  (La  Roque,  Hist,  de  la  maison  de 
Harcourt,  IV,  1881,  1882;  JJ87,  no»  146,  315;  JJ105,  00  13^,  ne  fut 
définitivement  évacué  par  les  envahisseurs  qu'entre  les  mois  ae  février 
et  de  mai  1361  (Rjrmer,  III,  547.  ^i^/.^a/.,  Quittances,  XIII,  1144, 1186). 

4.  Le  14  jmn  1360,  Jean  et  Edouard  dînèrent  ensemble  à  la  Tour 
de  Londres  et  ratifièrent  les  conditions  de  paix  arrôtées  le  8  mai  précé- 
dent, près  de  Chartres,  par  les  députés  ae  leurs  deux  fils  aînés,  en 
présence  de  Philippe,  duc  d'Orléans,  des  comtes  de  Ponthien,  de  Tan- 


vin  CHRONIQUES  DE  J.  FROISSAKT. 

reine,  enfin  à  Douvres  où  il  prend  congé  d'Edouard  IIP.  Le  roi 
de  France  met  à  la  voile  pour  retourner  dans  son  royaume  en 
compagnie  du  prince  de  Galles,  du  duc  de  Lancastre,  du  comte 
de  Warwichy  de  Jean  Ghandos  et  débarque  à  Calais  vers  la  Saint- 
Jean-Baptiste  ^.  Il  doit  rester  dans  cette  ville  jusqu'à  ce  qu'on  ait 
payé  la  première  échéance  de  sa  rançon  qui  est  de  six  cent  mille 
francs.  Le  duc  de  Normandie  et  ses  deux  frères'  se  rendent  à 
Amiens*  pour  être  plus  rapprochés  du  roi  leur  père  et  aviser  de 
concert  avec  lui  aux  mesures^  à  prendre  pour  assurer  sa  mise  en 
liberté.  Sur  ces  entrefaites,  Galéas  Visconti,  sire  de  Milan*, 


carviUe,  d^Auxerre,  de  Joigny,  de  Sancerre,  de  Saarbrack,  d*Adam  de 
Meliin,  des  seigneurs  de  Dernd,  d'Aobigny  et  de  Slaienelay  (Bibl.  Nat.^ 
fonds  de  Camps,  xlti,  432;  Grandes  Chroniques^  vl,  215;  Martène, 
Vet,  Seript.  nova  eoiUctio,  I,  154). 

1.  C'est  le  prince  de  Galles,  non  Edouard  III,  qui  fit  la  conduite  au 
roi  de  France  jusqu'à  Douvres,  en  passant  par  CcmterbuTT,  d'où  Jean 
adressa,  le  5  juillet  1360,  un  numdement  à  ses  gens  des  Comptes 
{BihL  JNat,^  fonds  de  Camps,  xi.yi,  437). 

2.  Jean  débarqua  à  Calais  quinze  jours  après  la  Saint-Jean-Baptiste, 
le  mercredi  8  juillet.  Gr,  Chron.^Vly  215.  BihL  Nat.^  fonds  de  Camps, 
XI.TI,  438. 

3.  Froissart  veut  désigner  ici  les  comtes  d'Anjou  et  de  Poitou;  mais 
Louis,  comte  d'Anjou,  qui  se  trouvait  alors  dans  son  comté  où  il  épousa, 
le  9  juillet  1360,  Iklarie  ue  Bretagne,  fille  de  Charles  de  Blois  et  de  Jeanne 
de  Penthièvre  (le  contrat  de  mariage  est  daté  du  château  de  Sanmur  en 
aoât  1360;  dom  Morice,  Preuves^  I,  1534  à  1537),  et  Jean,  comte  de 
Poitiers,  alors  en  Languedoc  où  il  était  lieutenant  du  roi  son  père  et  à 
la  cour  d'Avignon  (JJ93,  n^*  107,  184),  les  comtes  d'Anjou  et  de  Poi« 
tou,  dis-je,  n'arrivèrent  à  Calais  ^1379*,  n»  3116)  et  à  Boulogne-sur* 
Mer  (JJ88,  n««  86,  102,  115)  qu'a  la  fin  de  septembre  on  dans  les  pre- 
miers jours  d'octobre. 

4.  Le  dimanche  12  juillet,  le  régent  Charles  partit  de  Paris  pour 
aller  à  Saint-Omer  {Gr.  Chron,^  VI,  215);  mais  il  s'airéta  en  route  à 
Amiens  d'où  il  a  daté  plusieurs  actes  (JJ91,  n»  435). 

5.  Dès  le  lendemain  de  son  débarquement,  le  9  juillet,  Jean  adres- 
sait un  mandement  aux  gens  de  sa  Chambre  des  Comptes.  U  les  pres- 
sait de  lui  envoyer  en  un  rôje  :  1»  les  noms  des  villes  qui  contribuaient 
à  sa  rançon,  2^  le  chiffre  de  la  quote-part  afférente  à  chaque  ville, 
3^  les  noms  des  simples  particuliers  qui  lui  font  prêt  à  son  besoin  (De 
Camps,  XLVX,  438).  Trois  jours  après  ce  mandement,  le  12,  un  des 
secrétaires  du  roi,  Jean  Lemercier,  de  Gbors,  envoya  des  instructions 
aux  commissaire*  charaés  de  recueillir  le  premier  terme  de  la  rançon 
de  Jean  {^BibL  de  H École  des  Chartes^  xxxyi,  81  à  90).  Paris  s'imposa 
à  100000  vieux  écus,  Rouen  à  20000  moutons  d'or  vieux,  Soissons  à 
8000  royaux  (JJ88,  n»  21),  Vervins  à  200  royaux  d'or  (JJ88,  n»  90). 

6.  Par  acte  daté  de  Paris  en  mai  1360,  Charles  régent  accorda  des 
lettres  de  bourgeoisie  parisienne  à  «  Amixns  de  Concorecio  »,  bonr- 


SOMMAIRE  DU  PREMIER  LIVRE,  §§  474-490.         ix 

demande  en  mariage  pour  un  de  ses  fils  une  des  filles  du  roi  de 
France*,  moyennant  quoi  il  s'engage  à  fournir  à  Jean  les  six  cent 
mille  francs  dont  celui-ci  à  besoin  ;  mais  les  pourparlers  relatifs  à 
ce  mariage  entraînent  des  lenteurs  qui  empêchent  Galéas  de  verser 
la  somme  convenue  en  temps  opportun  ^.  Le  roi  de  France  doit 
attendre  que  ses  gens  des  comptes  aient  recueilli  la  première* 
échéance  de  sa  rançon  au  moyen  d'une  aide  extraordinaire  levée 
sur  ses  sujets.  P.  21  à  24,  245  à  248. 

Le  prince  de  Galles  et  le  duc  de  Lancastre,  lassés  d'attendre 
en  vain  à  Calais  le  versement  des  six  cent  mille  francs  promis, 
retournent  en  Angleterre.  Ils  laissent  le  roi  de  France  sous  la 
garde  de  quatre  chevaliers  dont  Jean  paye  les  frais  de  séjour,  en 
même  temps  qu'il  a  à  sa  charge  les  siens  propres*.  Depuis  1357 
et  1358,  un  grand  nombre  de  chevaliers  et  d'hommes  d'armes  an- 
glais ont  occupé  des  forteresses*  en  France  d'où  ils  rançonnent 

geois  de  Milan,  à  la  prière  de  son  amë  «  Speronelus  de  Concorecio  9, 
nls  à^AmUus^  c  ad  nos  ex  parte  carissimi  consanguinei  nostri  domini 
Galeaz,  yicecomitit  Mediolani,  cETBais  db  gaums  JestlnatL  »  JJ91, 
!!•  433. 

1.  Aa  mois  d'ayrii  1361,  en  mariant  sa  fille  Isabelle  de  France  à 
Jean  Galéas,  dit  Visconti,  fils  aîné  de  son  cousin  Galéas  Visconti,  sei- 
gneur de  Milan,  le  roi  Jean  assigna  en  dot  à  sa  dite  fille  les  château  et 
TÎlle  de  Sommières  (Gard,  air.  Nîmes)  râlant  3000  lirres  tournois  de 
rente  annuelle,  les  lieux  de  Vertus,  de  Rosnay  et  de  la  Fertë-sur-Aube 
(JJ107,  no  164).  Un  des  oncles  de  Galëas  Visconti  était  le  féroce 
Bamabo. 

2.  Le  24  juillet  1363,  Charles,  duc  de  Normandie,  fit  mettre  en 
garde  en  une  chambre  au-dessus  du  Trésor  de  l'abbaye  de  Saint-Denis 
«  douze  miUe  florins  de  Florence  venus  de  Mîlan^  dont  MS'  en  aroit' 
donné  trois  mille  à  Saint  Denis,  avec  huit  cens  frans.pour  la  fonda- 
cion  de  sa  chapelle,  d  BibL  JNat.^  ms.  fr.  n»  21  447,  f**  42.  C'est  à  cause 
de  ce  mariage  avec  Isabelle  de  France  que  le  27  janvier  1394  (n.  st.) 
Jean  Galéas  Visconti,  père  de  Valentîne  de  Milan,  mariée  à  Louis,  duc 
d'Oriéans,  fut  autorisé  par  Charles  VI  à  porter  des  fleurs  de  lis  de 
France  dans  ses  armes.  J145,  n®  433. 

3.  Un  article  du  traité  de  firétigny  portait  que  le  roi  de  France 
n'aurait  rien  à  payer  pendant  le  premier  mois  de  son  séjour  à  Calais 
pour  sa  garde,  mais  que  pour  chaque  mois  en  plus  il  payerait  10  000 
réaux  (le  réal  vieux  équivalait  à  27  sous  et  le  réal  nouveau  â  26).  Arrivé 
à  Calais  le  8  juillet,  le  roi  de  France  ne  recouvra  pleinement  la  liberté 
qu'après  la  ratification  définitive  du  traité  de  Brétigny,  le  24  octobre 
suivant.  Il  eut  ainsi  à  payer  ses  frais  de  garde  et  de  séjour  pour  deux 
mois  et  demi  environ,  du  8  août  au  24  octobre,  frais  qui  devaient  s'é- 
lever par  conséquent  à  25000  réaux.  La  quittance  d'Éaouard  est  datée 
de  Calais  le  24  octobre  1360  (J638,  n«  5). 

4.  Nous  avons  dressé  on  tanleau  de  ces  lieux  forts  occupés  par  les 


X  CHRONIQUES  DE  J.  FROISSART. 

les  habitants  du  plat  pays;  Edouard  III  leur  enjoint  de  vider  ces 
forteresses.  Quelques-uns  obéissent  à  cette  injonction  et  vendent 
les  lieux  forts  qu'ils  occupent  ;  mais  d'autres  refusent  de  déloger, 
surtout  ceux  qui  se  tiennent  sur  les  marches  de  Normandie  et  de 
Bretagne,  et  continuent  de  faire  la  guerre  sous  le  couvert  du  roi 
de  Navarre»  Eustache  d'Auberchicourt  vend  bien  cher  la  forte- 
resse d'Attigny  *  aux  gens  du  pays,  mais  il  ne  parvint  jamais  dans  la 
suite  à  se  faire  payer.  Les  lieux  forts  du  Laonnais,  du  Soissonnais, 
de  la  Picardie,  de  la  Brie,  du  Gâtinais  et  de  la  Champagne,  sont 
évacués  les  premiers.  Les  capitaines  qui  les  occupaient  retournent 
dans  leur  pays  après  fortune  faite,  ou  bien  ils  vont  grossir  les 
garnisons  navarraises  de  Normandie  '.  Pendant  ce  temps,  on  est 
parvenu  à  recueillir  de  quoi  faire  face  au  payement  des  six  cent 
mille  florins.  On  met  cet  argent  en  dépôt  provisoire  à  Saint-Omer' 
dans  le  trésor  de  Tabbaye  de  Saint-Bertin,  car  les  princes  et  les 
hauts  barons  de  France,  désignés  comme  otages  du  traité,  prennent 
des  atermoiements  et  font  des  difficultés  pour  se  remettre  entre 
les  mains  des  Anglais\  P.  24  à  26,  248  et  249. 

Le  roi  de  France  séjourne  à  Calais  depuis  le  mois  de  juillet 
jusqu'à  la  fin  d'octobre^  ;  il  crée  son  fils  Louis^  auparavant  comte 


Compagnies  anglo-nayarraîseft,  de  1356  à  1364.  Histoire  de  Bertrand  du 
Guesclin  et  de  son  époque;  la  jeunesse  de  Bertrand^  p.  459  à  509. 

1.  Eustache  d'Auberchioourt  vendit,  rers  le  19  mars  1360,  Attigny 
(Ardennes,  arr.  Vouziers)  25000  deniers  d'or,  et  le  16  juin  suiTantone 
antre  forteresse,  Autry  (Ardennes,  arr.  Vouziers,  c.  Monthois),  8000 
florins.  On  remarquera  que  Froissart  semble  plaindre  sincèrement  son 
compatriote  de  n'avoir  pu  se  faire  payer. 

2.  Ce  fut  le  cas  d'Eustache  d'Auberchicourt  qui  alla  tenir  garnison  à 
Carentan  pour  le  roi  de  Navarre  et  rançonner  les  plantureux  marais 
du  Cotentin,  après  avoir  exploité  les  plus  fertiles  plateaux  des  Ar-- 
dennes. 

3.  Charles,  régent  du  royaume,  et  les  gens  de  son  Conseil  sont  k 
Saint-Omer  pendant  la  première  quinzaine  d'août  (JJ88,  n«*  2^,  68)  ; 
ils  sont  à  Boulogne-sur-Mer  le  23  août  (JJ88,  n»  29),  le  27  août  (JJ88, 
n«  70),  le  7  (JJ88,  n»»  66,  75),  le  22  (JJ88,  n»  109)  et  le  27  septembre 
(J332,  n»  26),  le  7  octobre  (X"*  7,  f»  72  v*  et  73)  et  le  17  octobre 
(X«*  7,  P  98  vo)  1360. 

4.  Par  acte  daté  de  Calais  le  24  octobre  1360,  Edouard  lU  jure  sur 
le  corps  de  Jésus-Cbrist  de  bien  traiter  les  otages,  de  les  faire  rendre 
à  Boiilogne-sur-Mer  aussitôt  que  les  choses  pour  lesquelles  ils  sont 
otages  seront  accomplies,  de  ne  les  pas  mettre  en  prison  fermée,  enfin 
de  les  laisser  s'ébattre  par  son  royaume  deux  jours  et  une  nuit.  Mar« 
tène,  Tkes,  Anecdot.,  I,  1440  et  1441. 

5.  Débarqué  à  Calais  le  mercredi  8  juillet,  Jean  quitta  cette  ville  le 


SOMMAIRE  DU  PREMIER  UYRE,  SS  474-490.        xi 

d'Anjou  et  du  Maine,  duc  d'Anjou  et  du  Maine  ^,  et  son  fils 
Jean,  auparavant  comte  de  Poitiers,  duc  de  Berrj  et  d'Auvergne  ^. 
Une  fois  le  payement  du  premier  terme  prêt  et  les  otages  venus 
à  Saint-Omer,  Edouard  III  repasse  la  mer  et  vient  à  Calais'. 
Là,  les  deux  rois  de  France  et  d'Angleterre,  qui  dès  lors  s'ap- 
pellent frères ,  se  font  lire  et  ratifient  définitivement  ^  tous  ks 
articles  du  traite  de  Brétigny.  Ils  se  donnent  à  dîner  tous  les 
jours  l'un  à  l'autre,  à  tour  de  rôle,  ainsi  que  leurs  enfants  ^  Ils 
passent  le  temps  en  fêtes,  pendant  que  leurs  gens  achèvent  de 
régler  toutes  les  conventions  relatives  au  traité  de  paix.  Chaque 
clause,  chaque  article  du  traité  fait  l'objet  d'une  charte  spéciale  et 
distincte  à  laquelle  les  deux  rois  et  leu^s  enfants  apposent  leurs 
sceaux*.  P.  26,  249,  250. 

Suit  le  texte  de  l'une  de  ces  chartes,  datée  de  Calais  le  24  oc- 
tobre i360,  par  laquelle  Edouard  et  Jean  contractent  une  alliance 
ofifensive  et  défensive  envers  et  contre  tous,  excepté  le  pape  et 
l'empereur  de  Rome^  P.  27  à  33. 


dimanche  25  octobre  1360,  aa  matin,  après  y  Stre  reste  cent  neuf 
jours.  Gr.  Ohron,^  VI,  217,  218. 

1.  La  charte  d*â^ction  da  comté  d* Anjou  et  da  Maine  en  duché 
pairie  au  profit  de  Louis,  le  second  des  fils  du  roi  Jean,  est  seulement 
datée  de  Boulogne-sur-Mer  en  octobre  1360  {Jreh.  Nat,^  PI 334  ',  n«|3); 
mais  comme  le  roi  de  France  ne  séjourna  dans  cette  ville  que  du  di- 
manche 25  au  jeudi  29  octobre,  c'est  entre  ces  deux  dates  que  le  titre 
de  duc  dut  être  confëré  à  Louis  I*'  d'Anjou. 

2.  La  charte  par  laquelle  le  roi  Jean  crée  Jean,  son  troisième  fils, 
naguère  comte  de  Poitiers  et  de  Maçonnais,  duc  de  Berrj  et  d'Au- 
vergne, est  datée,  comme  la  précédente,  de  Boulogne-sur-Mer  en  oc- 
tobre 1360  (JJ91,  no  203);  elle  doit  pour  les  mêmes  raisons  avoir  été 
octroyëe  du  25  au  29  octobre  1360. 

3.  Le  roi  d'Angleterre  arriva  à  Calais  le  vendredi  9  octobre.  Gr, 
Chr.^  VI,  215. 

k.  Cette  ratification  définitive  eut  lieu  le  24  octobre  1360. 

5.  Le  roi  de  France  était  logé  au  château  de  Calais,  tandis  qu'E- 
douard III  était  descendu  dans  un  hôtel  de  cette  ville. 

6.  La  plupart  de  ces  protocoles  séparés  sont  renfermés,  parfois  en 
double  et  même  en  triple  exemplaire,  dans  trois  cartons  des  Archives 
Nationales  :  le  carton  J638,  qui  contient  21  pièces  cotées  1  à  21,  et  les 
cartons  J639  et  J640  qui  en  contiennent,  l'un  18,  l'autre  19,  cotées  1 
à  37.  Ces  documents  ont  presque  tous  été  publiés  par  dom  Martène, 
Thés.  Aneedot,^  I,  1427  à  1464. 

7.  Nous  avons  collationné  le  texte  donné  par  Froissart,  dans  les  pas- 
sages où  les  manuscrits  de  ce  chroniqueur  ne  nous  fournissaient  pas  de 
bonne  leçon,  avec  l'un  des  doubles  de  la  charte  originale,  contenu  dans 
le  carton  J639,  n»  15.  Froissart  a  reproduit  le  dodble  de  cette  charte 


XII  CHRONIQUES  DE  J.  FROISSART. 

Les  deux  rois  se  font  lire  cette  charte,  dite  de  confédération  et 
d'alliance,  et  la  ratifient  solennellement  en  présence  de  leurs  en- 
fants et  de  leurs  conseillers.  L'évêque  de  Thérouanne,  chancelier 
de  France*,  invite  ensuite  le  roi  d'Angleterre  à  faire  les  renoncia- 
tions auxquelles  il  s'était  engagé  par  le  traité  de  Brétigny.  Les 
commissaires  des  deux  rois  se  réunissent  en  conférence  et  prépa- 
rent de  eoncert  la  charte  destinée  à  régler  ces  renonciations. 
P.  33,  34,  250. 

Suit  le  texte*  de  cette  charte,  dite  des  renonciations,  datée  de 
Calais  le  24  octobre  1360,  par  laquelle  Edouard  III,  en  confirma- 
tion du  traité  conclu  à  Brétigny  et  en  retour  de  la  cession  qui  lui 
est  faite  par  Jean  des  provinces  y  désignées,  renonce  au  nom,  au 
droit,  aux  armes  et  à  la  revendication  de  la  couronne  et  du 
royaume  de  France*,  a  tous  droits  de  possession  et  de  souverai- 
neté sur  la  Normandie,  la  Touraine,  l'Anjou  et  le  Maine,  à  tous 
droits  de  souveraineté  et  d'hommage  sur  le  duché  de  Bretagne  et 
le  comté  de  Flandre.  P.  34  à  46. 

Les  deux  rois  se  font  lire  cette  charte  et  la  ratifient  en  pré- 
sence de  \evan  conseillers;  ils  jurent  sur  les  saints  Évangiles  et 
sur  une  hostie  consacrée  de  l'observer  de  point  en  point.  Puis, 


destiné  au  roi  de  France.  Le  double,  destiné  au  roi  d'Angleterre  et  re- 
yétu  en  conséquence  de  la  signature  des  princes  et  seigneurs  français, 
est  daté  de  Boologne-snr-Mer  le  26  octobre  1360.  11  a  été  publié  par 
Rymer.  Fœdera,  III,  530,  531. 

1.  M.  le  duc  d'Aumale  {Notes  et  documents  relatifs  au  roi  Jean,  p.  20) 
et  M.  Bardonnet  {Procès-Verbal  de  délivrance  à  Jean  C/iandos,  p.  5)  nous 
semblent  s'être  mépris  lorsqu'ils  ont  pens^  que  le  titre  de  chancelier  de 
France  porté  par  Gilles  Aycelin  de  Montagu,  II*  du  nom,  n'ayait  pu 
coexister  légalement  avec  un  titre,  non  semblable,  mais  analogue, 
donne  dans  le  même  temps  à  Jean  de  Dormans.  Par  acte  daté  de  Saint- 
Denis  le  18  mars  1358  (n.  st.),  maître  Jean  de  Dormans,  archidiacre 
de  Provins  en  l'église  de  Sens,  fut  nomme  chancelier  du  régent  du 
royaume,  duc  de  r(ormandie,  aux  gages  de  2000  livres  parisis  par  an 
{Bihl.  Nat.^  ms.  fr.,  n«  20691,  f»  665;  de  Camps,  xlvi,  316  et  317); 
mais  dans  Pacte  même  de  nomination  de  Jean  de  Dormans,  on  eut  soin 
de  réserver  expressément  les  droits  de  Gilles  Aycelin  de  Montagu  qui 
n'en  resta  pas  moins  chancelier  de  France  jusqu'au  18  septembre  1361. 

2.  Nous  avons  coUationné  le  texte  donné  par  Froissart,  là  où  la  leçon 
des  divers  manuscrits  nous  semblait  fautive,  sur  la  charte  originale 
conservée  dans  le  carton  J639,  n«  15. 

3.  Edouard  III  abandonna  le  titre  de  roi  de  France,  qu'il  prenait 
dans  tous  ses  actes  depuis  sa  déclaration  de  guerre  à  Philippe  de  Va- 
lois, le  samedi  24  octobre  1360,  après  la  ratification  définitive  du  traité 
de  Brétigny.  Gr.  Chron.^  VI,  218. 


SOMMAIRE  DU  PREMIER  LIVRE,  $$  474-490.      xiii 

on  se  réunit  de  nouveau  en  conférence,  à  la  requête  du  roi  Jean, 
pour  préparer  un  mandement  destiné  à  assurer  l'évacuation  des 
villes,  châteaux  et  lieux  forts  du  royaume  de  France  par  les  gens 
d'armes  qui  les  détiennent  sous  le  couvert  du  roi  d'Angleterre. 
P.  46,  47,  250,251. 

Suit  le  texte  de  ce  mandement,  daté  de  Calais  le  24  octo- 
bre 1 360,  par  lequel  Edouard  III  enjoint  sous  les  peines  les  plus 
sévères  à  ses  capitaines,  gardiens  de  villes  et  de  châteaux,  adhé- 
rents et  alliés,  de  vider,  dans  le  délai  d'un  mois  après  qu'ils  en  au- 
ront été  requis,  les  lieux  qu'il»  occupent  es  parties  de  France,  en 
Picardie,  en  Bourgogne,  en  Anjou,  en  Berry,  en  Normandie,  en 
Bretagne,  en  Auvergne,  en  Champagne,  dans  le  Maine  et  en 
Touraine.  P.  47  à  50. 

Edouard  et  Jean,  après  avoir  réglé  toutes  les  questions  qui  les 
concernent,  s'occupent  de  la  lutte  toujours  ouverte  entre  Jean  de 
Montfort  et  Charles  de  Blois  au  sujet  de  la  succession  de  Bre- 
tagne, mais  ils  ne  s'arrêtent  à  rien  de  définitif  par  suite  du  peu 
d'empressement  du  roi  d'Angleterre  ^  Celui-ci  est,  au  fond,  bien 
aise  que  les  deux  partis  continuent  de  rester  en  armes  dans  le 
duché  ;  il  voit  dans  cette  guerre  un  débouché  pour  bon  nombre 
de  ses  soudoyers,  forcés,  en  vertu  du  traité  de  Brétigny,  de  vi- 
der les  forteresses  qu'ils  occupent  en  France,  et  dont  il  redoute 
le  retour  en  Angleterre  où  ils  pourraient  être  tentés  de  transpor- 
ter les  habitudes  de  pillage  contractées  en  pays  conquis  ^.  A  l'in- 
stigation du  duc  de  Lancastre,  tout  dévoué  à  Jean  de  Montfort', 
on  se  borne  à  proroger  jusqu'à  la  Saint-Jean-Baptiste  (24  juin  ' 
1361}  les  trêves  qui  duraient  depuis  le  siège  de  Rennes  et  qui 

1.  Sur  la  questioii  de  Bretagne,  le  traité  de  Brétigny  stipule  seule- 
ment (art.  20)  que ,  pendant  Tannée  oui  suirra  l'arrirée  de  Jean  à 
Calais,  les  deux  rois  feront  tous  leurs  eAbrts  pour  amener  un  arrange- 
ment entre  les  deux  prétendants.  Si,  au  bout  de  cette  année,  Jean  et 
Edouard  ont  échoue  dans  leurs  tentatives  de  conciliation,  les  anus 
des  deux  compétiteurs  auront  encore  une  demi  année  pour  retenir  à 
la  charge,  après  quoi  «  Charles  de  Blois  et  Jean  de  Montfort  fer<mt  ce 
qui  mieux  leur  semblera.  »  Rymer,  III,  490,  491,  516. 

2.  Henri,  duc  de  Lancastre,  arait  été  lieutenant  et  capitaine  général 
en  Breugne,  du  H  septembre  1354  (Rymer,  III,  312)  an  mois  d'aoât 
1358  (/*«/.,  403). 

3.  En  vertu  de  la  convention  conclue  à  Brétigny  le  8  mai  1360,  la 
trêre  entre  les  deux  royaumes,  où  la  Bretagne  était  comprise,  fut  pro- 
rogée, non,  comme  le  dit  Froissart,  jusqu'à  la  Saint-Jean-Baptiste, 
mais  jusqu'à  la  Saint-Michel  (29  septembre)  1361.  Rymer,  III,  662. 


zYi  CHRONIQUES  DE  J.  FROISSART. 

saint*  et  va  à  Saint-Omer*,  puis  à  Montreuil  et  à  Hesdîn*,  et  de 
là  à  Amiens  *,  où  II  reste  jusqu'à  Noël.  Il  se  rend  ensuite  à  Paris  *, 
où  ses  sujets  de  toutes  les  classes  lui  offrent  des  cadeaux  de  bien- 
venue et  lui  font  une  réception  enthousiaste.  P.  56,  57,  254. 

Les  commissaires  d'Edouard  III  passent  la  mer  et  viennent  en 
France  pour  se  faire  délivrer  les  provinces  cédées  au  roi  d'Angle- 
terre en  vertu  du  traité  de  Brétigny*.  Cette  délivrance  demande 
beaucoup  de  temps  ^^  parce  que  plusieurs  seigneurs  de  Guyenne, 


1.  Le  roi  Jean  partit  de  Boulogne-aur-Mer  poar  aller  à  Saint-Omer 
trois  jours  ayant  la  Toossainti  le  jeudi  29  octobre.  H  fêta  la  Toussaint 
dans  cette  dernière  ville  ;  et  les  mardi  et  mercredi  3  et  4  novembre 
on  y  donna  des  joutes  en  son  honneur.  Grandes  Chvniques^  VI,  218 
à  221. 

2.  Jean  resta  à  Saint-Omer  an  moins  jusqu'au  7  norembre,  car 
nous  ayons  deux  mandements  de  ce  prince,  datés  Tun  du  2  {Ordorni,^ 
III,  432),  l'autre  du  7  noyembre  (/^ca.,  433),  à  Saint-Omer. 

3.  On  connaît  deux  actes  émanés  de  Jean  et  datés  de  Hesdin  les  14 
(J1084,  n»  5)  et  16  novembre  (JJ91,  n«  217).  Le  roi  de  France  paraît 
être  retourné  à  Saint-Omer  à  la  fin  de  ce  mob ,  car  un  autre  de  ses 
actes  est  daté  dç  cette  ville  le  30  noyembre  (JJ95,  n»  Ô3). 

4.  Jean  ne  resta  pas  à  Amiens  jusqu'à  Noël,  puisque  dès  le  5  dé- 
cembre il  était  de  passage  à  Compiègne  d'où  il  a  daté  la  grande  ordon- 
nance édictant  la  leyée  de  l'aide  pour  sa  rançon  de  12  deniers  pour 
liyre  sur  la  vente  de  toutes  les  marchandises ,  du  cinquième  sur  la 
vente  du  sel  et  du  treizième  sur  l'entrée  des  vins,  ai^si  que  l'ordon- 
nance fixant  le  prix  des  espèces  d'or  et  d'argent.  Ordonn,^  III ,  433 
à  442.  *  / 

5.  Jean,  après  avoir  passé  la  soirée  du  yendredi  11  et  la  journée  du 
samedi  12  décembre  à  Tàbbaye  de  Saint-Denis  où  il  se  réconcilia  ayec 
son  gendre  Charles  II,  dit  le  Mauvais,  roi  de  Nayarre  (Secousse, 
Preuves  des  Mémoires  sur  Charles  //,  182  à  185),  fit  son  entrée  à  Paris  le 
dimanche  13  décembre  1360.  Grandes  Chroniques^  YI,  223. 

6.  La  commission  donnée  à  ce  sujet  par  Edouard  III  à  Richard  de 
StafTord,  sénéchal  de  Gascogne,  Jean  Chandos,  Etienne  de  Cusyngton, 
Neel  Loryng,  Richard  de  Totesham,  Adam  de  Houghton  et  Guil- 
laume de  Felton,  est  datée  du  !•'  juillet  1361.  Champollion-Figeac, 
Lettres  des  rois  et  reines^  II,  135. 

7.  Les  opérations  de  cette  déliyrance,  commencées  à  Châtelleranlt 
le  samedi  11  septembre  1364,  ne  se  terminèrent  que  le  lundi  28  mars 
1362  à  Angouléme;  elles  demandèrent  par  conséquent  un  peu  plus  de 
six  mois  et  demi.  Voyez  la  belle  publication  de  M.  Bardonnet,  Procès- 
verbal  de  délivrance  à  Jean  Chandos,  Niort,  in'-8**,  p*  9,  116.  Le  roi  de 
France,  de  son  côté,  par  lettres  datées  du  Bois  de  Yincennes  le  12  août 
1361,  avait  nommé  commissaires  :  les  maréchaux  d'Audrehem  et  Bou- 
cicaut,  Louis  de  Harcourt,  vicomte  de  Châtellerault,  Guichard  d'Angle, 
le  sire  d'Aubigny,  sénéchal  de  Toulouse  et  le  Bègue  de  Vilaines,  séné- 
chal de  Carcassonne.  Ibid,^  p.  12  à  14. 


SOMMAIRE  DU  PREMIER  LIVRE,  $§  474-490.      xvii 

notamment  les  comtes  de  PérigordS  d'Annagnac'  et  de  Gom- 
minges*,  les  vicomtes  de  Garaman*  et  de  Gastelbon*,  prétendent 
qae  le  roi  de  France  lenr  suzerain  n'a  pas  le  droit  de  les  trans- 
porter sans  leur  aveu,  eux  et  leurs  fiefs,  sous  une  autre  souve- 
raineté que  la  sienne.  Les  seigneurs  et  les  bonnes  villes  du  Poitou 
et  de  la,Saintonge  ne  font  pas  moins  de  difficultés  pour  passer 
sous  la  domination  anglaise.  Il  faut  plus  d'un  an  pour  vaincre  la 
résistance  des  habitants  de  la  Rochelle.  Us  disent  qu'ils  aiment 
mieux  rester  Français  et  être  taillés  tous  les  ans  de  la  moitié  de 
leur  chevance,  ou  encore  qu'ils  se  soumettront  aux  Anglais  des 
lèvres,  mais  de  cœur  jamais'.  Jean  Chandos,  nommé  lieutenant- 

1.  Roger  Bernard,  comte  de  Périgord,  prêta  serment  de  fidélité  au 
roi  d'Angleterre  à  Montignac  (Dordogne,  arr.  Sarlat)  le  jeudi  30  dé- 
cembre. 

2.  Jean  I,  comte  d'Armagnac,  de  Fézensac  et  de  Rhodez,  qni,  par 
contrat  passé  à  Carcasêonne  le  24  juin  1360,  aTait  marié  sa  fiUe  aînée 
Jeanne  d'Armagnac  à  Jean  de  France ,  alors  comte  de  Poitiers  et  de 
Maçonnais,  créé  à  la  fin  d'octobre  de  la  même  année  duc  de  Berrj  et 
d^Aurergne. 

3.  Pierre  Raymond,  II*  du  nom,  comte  de  G>mminges. 

4.  Arnaud  d'Eauze  [Gers,  arr.  Gondom),  Ticomte  de  Caraman 
(Haute-Garonne,  arr.  Viliefrancfae-de-Lauragais). 

5.  Roger  Bernard  de  Foix,  II*  du  nom ,  "vicomte  de  Castelbon,  sei- 
gneur de  Moncade.  Le  nom  de  cette  Ticomté  est  resté  au  château  de 
Gastelbon  situe  dans  la  commune  de  Betchat,  Ariége,  arr.  Saint- 
Girons,  c.  Saiiit-Lîzier. 

6.  Le  roi  Jean,  sachant  le  prix  qu'Edouard  III  atuchait  à  la  prise 
de  possession  de  la  Rochelle,  cette  clef  de  la  Saintonge  et  du  Poitou, 
arait  écrit  d'Angleterre  dès  le  8  juin  1360  pour  inviter  ses  chers  et  bons 
omis  y  les  maire,  jurés  et  commune  de  la  Rochelle,  à  enrojer  rers  lui 
leurs  députés;  le  18  juillet  suivant,  par  un  mandement  date  de  Calais, 
il  renouvelle  la  même  invitation  (Martène,  Tlies,  Anecdot,^  I,  1428).  Il 
envoie  exprès  i  la  Rochelle  Amoul,  sire  d'Audrehem,  pour  presser  les 
habitants,  et  nous  avons  deux  actes  de  ce  maréchal  de  France,  datés  de 
cette  ville  les  5  et  8  aoât  (JJ88,  n*»  76,  93;  Rjmer,  111,  558,  551  ; 
JJ88,  no  67).  Les  Rochellais  s'exécutent  enfin  le  15  août  et  chargent 
Guillaume  de  Seris,  Pierre  Buffet,  Jean  Chaudrier  et  deux  autres  bour- 
geois d'aller  trouver  le  roi  de  France  à  Calais  (Martène,  Ihid,^  1427  à 
1429).  Par  acte  daté  de  cette  ville  le  24  octobre,  Jean  s'engage  à  livrer 
comme  otage  son  très-cher  fils  Philippe,  duc  de  Touraine,  au  cas  où 
un  mois  après  son  départ  de  Calais  la  ville  de  la  Rochelle  n'aurait  pas 
été  remise  entre  les  mains  des  Anglais  (Rjmer,  III,  541  ;  Martène, /W., 
1449).  A  BouIogne-sur-Mer,  le  26  octobre,  il  délie  les  Rochellais  du 
serment  d'obéissance  (Martène,  Thés,  Aneedot.^  I,  1462  à  1464).  Le 
même  jour,  il  mande  à  Jean  le  Maingre,  dit  Boucicaut,  maréchal  de 
France,  et  à  Guichard  d'Angle,  sénéchal  de  Saintonge,  de  délivrer 
royaument  et  de  fait  à  son  très-cher  frère  le  roi  d'Angleterre  la  posses^ 

VI  —  b 


xYiii  CHRONIQUES  DE  J.  FROISSART. 

général  du  roi  d'Angleterre  dans  ses  possessions  d'outre-mer  *. 
vient  prendre  la  saisine  des  provinces  cédées  et  recevoir  au  nom  de 
son  maître  le  serment  de  fidélité  des  comtes,  vicomtes,  barons  et 
chevaliers,  ainsi  que  des  cités,  villes  et  forteresses  :  il  établit  par- 
tout de  nouveaux  officiers,  et  fixe  sa  résidence  ordinaire  à  Niort, 
où  il  tient  graûd  état.  P.  57  à  59,  254  à  256. 


CHAPIÎRE  LXXXV. 

1360  KT  1361,    FORMATION    DE    LÀ   GRANDE    COkPÀGNIB.     —     4360, 

28   DÉCEMBRE.    PRISE    DU    PONT-SAINT-BSPRIT.    1362,    6    AVRIL. 

BATAILLE  DE  BRIGNAIS  (§§  491   à  498.) 

Le  roi  d'Angleterre  nomme  des  commissaires  chargés  de  faire 
évacuer  les  forteresses  occupées  en  France  par  des  hommes  d'ar- 
mes à  sa  solde.  Parmi  les  capitaines  de  garnisons,  quelques  che- 
valiers et  écuyers^.  Anglais  de  nation,  obéissent  au  mandement 

sion  des  vilk,  château  et  forteresse  de  la  Rochelle  (Blbi.  Nat,^  ms.  fr. 
vP  8354,  f»  22  ;  De  Camps,  xlvi,  593  et  594).  Enfin,  par  acte  daté  de 
Westminster  le  28  janvier  1361,  Edouard  III,  sur  le  rapport  de  Ber- 
trand, seigneur  de  Monferrand,  qu*il  avait  nommé  gouverneur  de  la 
Rochelle  le  38  octobre  1360  (Rymer,  III,  548,  549),  donne  acte  au  roi  de 
France  de  la  délivrance  de  la  Rochelle  à  l'Angleterre ,  qui  avait  eu  lieu 
le  6  décembre  1360  (Bardonnet,  143  à  154;  Rymer,  III,  597).  Par 
conséquent,  la  livraison  ou,  pour  employer  Texpression  du  temps,  la 
délivrance  de  la  Rochelle  aux  Anglais  avait  demandé,  non  pas  plus  d'un 
an,  comme  le  dit  Froissart  avec  quelque  exagération,  mais  des  démar- 
ches et  des  négociations  ininterrompues  penaant  sept  ou  huit  mois. 

1 .  Par  acte  daté  de  Westminster  le  20  janvier  1361,  Edouard  III  nom- 
mé Jean  Chandos,  chevalier,  baron  de  Saint-Sauveur  en  Normandie, 
son  lieutenant  et  capitaine  es  parties  de  France  et  conservateur  spécial 
de  la  paix  et  des  trêves  es  dites  parties.  Rymer,  III,  555* 

2.  Par  acte  daté  de  Calais  le  24  octobre  1360,  Edouard  III  charge» 
Guillaume  de  Grantson  et  Nicolas  de  Tamworth  de  faire  évacuer  les 
forteresses  de  Champagne,  de  Brie,  des  duché  et  comté  de  Bourgogne, 
de  rOrléanais  et  du  Gatinais  ;  Thomas  Fogg  et  Thomas  Caun  celles  du 
Perche,  du  Chartrain  et  du  Drouais  (pays  de  Dreux)  ;  le  sire  de  Pom- 
miers,' Bérard  et  Arnaud  d'Albret,  celles  du  Berry,  du  Bourbonnais, 
tic  la  Tourainc  et  de  l'Auvergne  ;  Amauri  de  Fossat  et  Hélie  de  Pom- 
miers, cellée'Ju.iVrigord,  du  Quercy  et  de  TAgenais;  le  captai  de 
Buch,  le  sire  d^Monferrand  et  Thomas  de  HoUand,  celles  de  la  Nor- 
mandie, de  TA^ou  et  du  Maine.  Rymcr^  III,  546  et  547. 


SOMMAIRE  DU  PREMIER  LIVRE,  SS  491-498.       xix 

royal;  d'autres  y  résistent  sous  prétexte  de  guerroyer  pour  le  ro 
de  Navarre.  Mais  les  bandes  de  soudoyers  étrangers,  allemands, 
brabançons,  gascons,  flamands,  hainuyers,  bretons,  gascons  ou 
de  mauvais  Français  ruinés  par  les  guerres,  loin  de  se  disperser, 
exploitent  à  Tenvi  le  royaume  et  continuent  leur  vie  de  pil- 
lage. Les  capitaines  des  garnisons  ont  beau  congédier  leurs  sou- 
doyers, ceux-ci  mettent  à  leur  tête  les  pires  d'entre  eux  et  re- 
forment de  nouvelles  bandes.  Les  aventuriers  qui  infestent  la 
Champagne  et  la  Bourgogne  se  donnent  le  surnom  de  Tard-Ve- 
nus. En  Champagne,  ils  s'emparent  du  château  de  Joinville  où  ils 
font  un  butin  considérable  que  Ton  évalue  à  cent  mille  francs  ;  en 
outre,  ils  ne  consentent  à  le  rendre  que  moyennant  une  rançon 
de  vingt  mille  francs^.  Après  avoir  couru  toute  la  province  de 
Champagne,  ils  dévastent  les  évêchés  de  Langres  ',  de  Toul  et  de 
Verdun.  Ils  entrent  ensmte  en  Bourgogne  où  ils  sont  appelés  et 
soutenus  par  certains  chevaliers  Qt  écuyers  de  ce  pays  '  ;  ils  se 

1 .  Le  château  de  Joinville  (JoinTilie-sur-Mame  ou  en  Vallage,  Haute- 
Marne,  aiT.  Vassy)  fut  pris  par  une  compagnie  d'aventuriers  allemands, 
qui  se  nommaient  les  Tard- Venus.  Ce  château ,  appartenant  à  Henri, 
comte  de  Vaudémont  et  sire  de  Joinville,  fut  occupé  après  le  traitéjde  Bré" 
tlgny  conclu  le  8  mai  1360  (a.  ..son  chastel  de  Joinville  depuis  nostre  paiz 

§ris  par  noz  ennemis»  Areh,  Nat,^  JJ91,  n^  245),  et  avant  le  24  octobre 
e  la  même  année,  puisque,  dans  la  ratification  définitive  du  traité  du 
8  mai  datée  de  Calais  le  24  octobre  1360,  on  eut  soin  de  stipuler  expres- 
sément Févacuation  de  Joinville  (Rymer,  lU,  535,  546).  Le  sire  de 
Joinville  s'étant  ruiné  pour  racheter  son  château,  le  roi  Jean,  par  acte 
date  de  Saint-Denis  le  25  février  1362  (n.  st.),  lui  constitua  une  rente 
annuelle  et  viagère  de  2000  livres  (c  ad  relevanda  gravamina  que 
passns  fuit  et  est  in  captione  et  detentione  castri  et  ville  suarum  de 
Joinvilla  ».  JJ91,  n^  134).  Gui,  sire  de  Choiseul,  paya  aussi  une  grande 
somme  de  florins  a  pour  le  rachat  de  la  forteresce  de  Joingville  dont  il 
estoit  plesge  et  pour  ce  hostage  en  la  ville  de  Meiz.  »  JJ91,  n^  451. 
JJ93,  n<»  9,  239.  J1036,  nos  22  à  24.  Chroniques  de  Jean  le  Bel,  H,  274. 

2.  Voyez  notre  liste  des  lieux  forts  occupes  par  les  Compagnies  dans 
le  diocèse  de  Langres.  Histoire  de  Bertrand  du  Guesclin,  p.  487  et  488. 

3.  En  1361,  on  découvrit  que  les  Compagnies  avaient  des  intelligences 
en  Bourgogne  ;  quatre  capitaines  de  forteresses  du  duché  furent  révo- 
qués, et  le  sire  d'Ëstrabonne  arrêté  à  Chalon  {Jrchîv,  dép,  de  la  Côte- 
d'Or^  fonds  de  la  Chambre  des  Comptes  du  duché  de  Bourgogne, 
compte  de  Dimanche  Vitel  pour  1361  ;  Finot,  Recherches  sur  les  Con^- 
pagnies  en  Bourgogne^  p.  16).  Si  Ton  songe  que  Charles  le  Mauvais,  roi 
de  Navarre,  éleva  des  prétentions  sur  le  duché  de  Bourgogne  après  la 
mort  de  Philippe  de  Rouvre  survenue  le  21  novembre  1361,  on  ne  dou- 
tera pas  que  les  menées  de  ce  prince  perfide  n'aient  contribué  particu- 
lièrement à  attirer  sur  cette  province  le  fléau  des  Compagnies,  dont  le 
nombre  et  l'audace  redoublèrent  lorsque  le  gendre  du  roi  Jean,  sans 


XX  CHRONIQUES  DE  J.  FROISSART. 

tiennent  longtemps  aux  alentours  de  Besançon,  de  Dijon  et  de 
Beaune.  Us  prennent  et  pillent  VergyS  Gevrey*  en  Beaunois,  et 
s'attardent  dans  cette  région  plantureuse.  La  réunion  de  ces  ban- 
des constitue  la  Grande  Compagnie  dont  l'efiectif  s'élève,  pendant 
le  carême  de  1362,  à  quinze  mille  combattants.  Seguin  de  fia- 
defol%  le  plus  puissant  de  ces  capitaines  d'aventuriers,  n'a  pas 
sous  ses  ordres  moins  de  deux  mille  soudoyers.  On  compte  en- 
core parmi  ces  chefs  de  bandes  Talbart  Talbardon  S  Guiot  du 


oser  rompre  ouvertement  avec  son  beau-père,  essaya  de  lui  disputer 
sous  main  la  succession  du  duché.  On  verra,  dans  une  des  notes  sui- 
vantes, que  quelques-uns  des  aventuriers  qui  infestèrent  alors  la  Bour- 
gogne, éuient  d*origine  navarraise.  Les  prétentions  de  Jean  de  Bour^ 
gogne,  dernier  descendant  mâle  de  Jean  de  Clialon  T Antique,  sur  le 
comté  de  Bourgogne,  dont  Marguerite  de  France,  grand^tante  de  Phi- 
lippe de  Rouvre  et  grand'mère  de  sa  veuve,  avait  été  reconnue  héri- 
tière, en  faisant  éclater  la  guerre  entre  Jean  et  Marguerite,  ces  prétentions, 
dis-je,  furent  aussi  Tune  des  causes  qui  mirent,  dans  le  courant  de  1362, 
le  comté  aussi  bien  que  le  duché  de  Bourgogne  à  la  merci  des  Compa- 
gnies. Finot,  ibid.^  p.  70,  71. 

1.  Aujourd'hui  ReuUe-Vergy,  Côte-d'Or,  arr.  Dijon,  c.  Gevrey. 

2*  Côte-d'Or,  arr.  Dijon.  Tous  les  gourmets  savent  que  le  clos  de 
Chambertin  est  situé  sur  la  commune  de  Gevrey.  Les  Compagnies  occu- 
pèrent aussi  en  1361  unautreGivrey  (auj.  Givry-Cortiambles  ouGivry- 
près-l'Orbize,  Saône-et-Loire,  arr.  Chalon-sur-Saône),  car  le  bailli  de 
Chalon  envoya,  de  Noél  1360  au  15  janvier  1361,  a  Robert  de  Mamay, 
châtelain  de  Montaigu  (château  de  Chauffailles,  Sa6ne-et-L6ire,  arr. 
Charolles),  des  hommes  d'armes  qui  gardèrent  le  dit  château  depuis 
le  2  février  jusqu'au  mois  d'août  1361  contre  les  gens  des  Compagnies 
qui  étaient  a  Couches  (auj.  Couches-les-Mines,  Saône-et-Loire,  arr. 
Autnn)  et  à  Givry  (Archives  de  la  Côte^ttOr^  fonds  de  la  Chambre  des 
Comptes  de  Bourgogne,  B5251.  Inventaire^  ii,237).  Vo3'-ez  notre  liste 
des  Ueux  forts  occupés  par  les  Compagnies  en  Bourgogne  {Hîst.  de  du 
Gueselin,  p.  471,  497,  498,  507  à  509).  Les  trois  volumes  de  l'inven- 
taire des  archives  de  la  Côte-d'Or  permettraient  d'ajouter  à  cette  liste 
près  de  cinquante  forteresses. 

3.  Seguin  de  Badefol  était  l'un  des  quatre  fils  légitimes  de  Seguin 
de  Gontaut,  sire  de  Badefols  (auj.  BadefoIs-de-Cadouin,  Dordogne, 
arr.  Bergerac,  c.  Cadouin).  Marié  le  15  juin  1329  à  Marguerite  de 
Berail,  Seguin  de  Gontaut,  père  de  Seguin  de  Badefol,  eut  trois  antres 
fils,  Jean,  Pierre  et  Gaston,  une  fille,  Dauphine  mariée  à  Pierre  de 
Cugnac,  et  cinq  enfants  naturels,  dont  deux  fils  et  trois  filles;  dans  son 
testament  daté  du  23  aoât  1371,  il  ne  nomme  point  Seguin  qui  était 
mort  empoisonné  à  la  fin  de  1365  et  élit  sa  sépulture  dans  l'abbaye  de 
Cadouin. 

4.  Ce  chef  de  Compagnie  est  appelé  Taillevardon  dans  une  lettre  de 
rémission  accordée  le  10  juin  1379  à  Guillemin  Martin  de  «  Crome- 
neau  »,  au  bailliage  de  Maçon,  qui  avait  quitté  ton  pays  natal  c  pour 


SOMMIRE  DU  PREMIER  UYRE,  $$  491-498.       xxi 
Pin\  Espiote',  le  Petit  Meschin  S  Bataille  \  Frank  Hennequin',  le 

cause  des  gens  de  rArcheprestre,  de  feu  Guiot  du  Pin  et  de  feu  Tail- 
lerardon  et  de  plusieurs  autres  gens  d'armes  qui  lors  (en  1362)  gas- 
toient  etpilloîenttoutlepajrs...  >  Jrch,  Nat,^  JJ115,  n«  TO.-»*  En  1363,  un 
ëcuyer  de  Philippe  le  Hardi,  lieutenant  du  roi  son  père  dans  le  duchë 
de  Bourgogne,  s'appelait  Arnaud  de  Talbardon.  {Ârch,  delà  CôU-^Or^ 
fonds  de  la  Chambre  des  Comptes,  sërie  B,  liasse  371  ;  inpent.^  I,  40.) 
D'après  Paradin,  le  roi  Jean  fit  pendre  en  1362,  à  Trichastel,  Talle- 
bardon,  Guillaume  Pot  et  Jean  de  Chauffour;  mais  cet  érudit  est  dans 
Terreur  an  moins  en  ce  qui  concerne  ces  deux  derniers  routiers.  Pot 
rirait  encore  en  1367  et  Jean  de  Chauffour  fut  dëcapitë  à  Langres 
rers  le  milieu  de  1364. 

1 .  Par  acte  date  de  Paris  en  arril  1364,  Charles  Y  accorda  des  lettres 
de  rémission  à  Jean  BrufTaut,  écuyer,  né  à  la  Vouzailles,  en  la  séné- 
chaussée d^ Anjou,  à  quatre  lieues  de  Poitiers  (Vienne,  arr.  Poitiers, 
c.  Mirebeau),  i  comme  à  ceste  Penthecouste  prochain  renant  aura 
deux  ans  ou  enriron  (5  juin  1362),  il  se  fust  parti  de  son  pais  et  ac-^ 
eompaignez  arec  Gujrot  an  Pyn,  nez  de  nostre  royaume  et  lequel  es- 
toit  ou  au  moins  apparoit  estre  pour  lors  bon  et  lojal  Irançoîs,  et  s*en 
feussent  alez  en  lointains  et  estranges  pays  et  par  especiai  es  parties  de 
Bourgoingne,  pour  nous  serrir  et  eulx  adrenturer  bonnement  et  loyale- 
ment, sanz  ce  que  le  dit  Jehan  y  pensast  à  nul  mauraiz,  malice  ou 
fraude,  mais  supposoit  et  tenoit  estre  le  dit  Guiot  bon  et  loyal  fran- 
çois.  Kt|  après  certain  temps,  ycellui  Guyot,  le  dit  Jehan  encore  estant 
en  sa  compaignie,  se  mist  et  accompaigna  arec  certains  Anglois  et  au- 
tres ennemiz  et  rebelles  de  nostre  royaume  et  de  nous.  >  Jreh,  Nat», 
JJ94,  n»   46.  —   Dans  une  autre  lettre   de  rémission   en  date   du 

10  juin  1379,  on  lit  que  i  bien  a  quinze  ans  ou  enriron  (en  1363^,  feu 
Guyot  du  Pin  et  plusieurs  autres  pillârs  de  sa  suite  et  compaignie  es- 
toient  sur  le  pays  et  y  tenoient  et  occupoient  le  fort  de  Mannay  (auj. 
Manlay,  Côtcsd'Or,  arr.  Beaune,  c.  Liemais),  prenoient  et  raençon- 
noient  hommes  et  femmes....  •  JJ115,  n«  70. 

2.  Espiote,  dont  le  nom  s'écrit  aussi  Lespiote,  était  cantonné  près 
de  Chalon  lorsque,  le  20  norembre  1365,  on  lui  apporta,  ainsi  qu'à 
une  dizaine  d'autres  chefs  de  Compagnies,  a  lettres  ae  par  messire  du 
Gœsclin  que  tantos  ils  se  départissent  du  duché  et  s'en  allassent  après 
li.  >  (Areh,  de  la  Côte^d^Ot^  compte  de  Dimanche  Vittel  en  1365).  Un 
messager  qui  portait  une  lettre  aes  officiers  du  duc  de  Bourgogne  à  du 
Guescun  n*en  fut  pas  moins  dépouillé  au  delà  de  Dijon  par  la  route 
d'Espiote.  Finot,  Heclterches,  p.  99. 

3.  Le  Petit  Meschin ,  d'origine  gasconne,  arait  été  dans  sa  jeunesse 
rarlet  d'homme    d'armes,  comme  un  autre  chef  de  bande.  Limousin. 

11  fut  fait  prisonnier  par  le  bailli  Huart  de  Raicheral,  en  1368,  derant 
Orgelet  (Jura,  arr.  Lons-le-Saulnier).  Finot ,  Recherches^  p.  106.  Le  11 
mai  1369,  Louis,  duc  d'Anjou,  fit  noyer  dans  la  Garonne,  à  Toulouse, 
le  Petit  Meschin,  ainsi  que  Perrin  de  Saroie.  Thalamus  parvus^  p.  384. 

4.  D'après  une  interpolation  du  copiste  d'un  manuscrit  de  Froissart, 
manuscrit  conserré  aujourd'hui  à  la  Bibliotlièque  de  Leyde  (ms.  Al 5 
de  notre  classification),  Bataillé  était  d'origine  bretonne. 

5.  Sur  ce  Frank  Hennequin,  paune  garçon  d'Allemagne,  royez  notre 


XXII  CHRONIQUES  DE  J.  FROISSART. 

I 

bour  Camus  ^,  le  bour  de  Lesparre*,  le  bour  de  Breteuil',  Naudon 
de  Bageran*,  Lamit',  Hagre  TEscot,  Albrest,  Ourri  T Allemand, 
Bourdeille*,  Bernard^  et  Hortingo  de  la  Salle,  Robert  Briquet', 


sommaire  du  t.  V,  p,  53  et  54.  D'après  un  témoin  dans  Tenquéte  pour 
la  canonisation  de  Charles  de  Blois,  ce  Frank  Hennequin  tenait  au 
mois  de  mai  1369  garnison  pour  Jean  de  Montfort  à  Carnaix,  et  saint 
Charles  l'aurait  frappe,  puis  guéri  à  Guingamp  d'une  paralysie  géné- 
rale. Frank  Hennequin,  en  reconnaissance  de  ce  miracle,  aurait  fait  nu- 
pieds  un  pèlerinage  à  l'église  des  Frères  Mineurs  de  Guingamp,  i  pro- 
voquant en  duel  quiconque  nierait  désormais  la  sainteté  de  Cnarleft  de 
Blois.  >  Bitl.  Nat.^  ms.  lat.,  n»  5381,  t.  H,  f»»  216  et  217. 

1.  Le  bour  ou  bâtard  Camus,  Navarrais  ou  Gascon  d'origine,  comme 
l'indique  ce  sobriquet  de  bour,  passa  en  Italie  après  la  bataille  de  Bri- 
guais avec  Hawkood,  Creswejr,  Briquet  (Froissart  de  Buchon,  II,  407)  * 
et  fut  pris  après  décembre  1367  dans  le  château  de  Beauvoir  (Nièvre, 
com.  de  Saint-Germain-Chassenaj,  arr.  Nevers,  c.  Decîze)  par  les  gens 
du  duc  de  Bourbon.  C'est  lui  qui  faisait  jeter  dans  une  fosse  pleine  de 
feu  les  prisonniers  qui  ne  se  voulaient  ou  ne  se  pouvaient  racheter. 
Chronique  de  Louis  Je  Bourbon,  éd.  de  M.  Chazaud,  p.  16  à  20.  Archives 
départementales  de  la  Cote^Or^  fonds  de  la  Chambre  des  Comptes  de 
Dijon,  reg.  B4406,  5498;  Jm^ent.,  U,  112,  273. 

2.  Cet  aventurier  gascon  était  un  bâtard  de  la  puissante  maison  de 
Lesparre  (Gironde). 

3.  Le  bour  de  Breteuil  accompagna  aussi  Hawkood  et  Creswey  en 
Italie  (Froissart  de  Buchon,  H,  407). 

4.  En  janvier  1365,  Charles  V  accorda  des  lettres  <^e  rémission  à 
Naudon  de  Bageran,  c  né  du  pajs  de  Gascoingne,  capitaine  de  Com- 
pagnies. »  JJ98,  no  720,  f»  213.  —  En  novembre  et  décembre  1367,  le 
gouverneur  de  Nivernais  fit  pajer  la  solde  des  gens  d'armes  opposés  à 
messire  Bernard  de  Lobrac ,  à  Naudon  de  Baugerant ,  au  bour  Camus 
et  à  leurs  gens  c  pleins  de  maie  volenté,  lesquelz  ennemis  s'efTorçoient 
de  prendre  villes  et  forteresses  et  demeurant  sur  le  pays  en  novembre 
et  décembre  1367-  »  jirch.  départ,  de  la  Céte^d'Or^  fonds  de  la  Chambre 
des  Comptes,  B5498;  Invent, ^  II,  273;  Finot,  RecliercheSy  105.  —  Nau- 
don de  Bageran ,  qui,  fut  plus  tard  capitaine  pour  les  Anglais  du  châ- 
teau de  Segur  en  Limousin  (Corrèze,  arr.  Brive ,  c.  Lubersac)  ,  est 
mentionné  comme  mort  en  1394.  Areh,  Nat,^  JJl46y  n^  189. 

5.  Lami,  routier  breton,  était  capitaine  de  Longwy  en  1365.  Finot, 
p.  99. 

6.  Cet  aventurier  appartenait-il  à  la  famille  de  Bourdeilles  (Dor- 
dogne,  arr.  Périgueux,  c.  Brantôme)  ? 

7.  Bernard  de  la  Salle ,  qui,  le  lundi  18  novembre  1359,  étant  au 
service  du  captai  de  Buch ,  escalada  le  château  de  Clermont  avec  des 
grappins  d'acier,  se  mit  à  piller  la  Bourgogne  après  le  traité  de  Bréti- 
gny.  Il  était  encore  dans  cette  province  en  1368  avec  Bérard  d'Albret, 
Gaillard  de  la  Motte,  Bernard  d'Eauze,  le  bour  de  Badefol.  Arch,  de  la 
Cdte-d'Or,  B9292;  Invent, ,  111,  398. 

8.  Robert  Briquet,  après  la  bataille  de  Brignais,  alla  en  Italie  avec 
Creswej;  il  revint  avec  ce  dernier  ravager  l'Anjou,  vers  1367  «  au 


SOMMAIRE  DU  PREMIER  LIVRE,  §§  491-498.    xxiii 

Greswey  ^,  Amanieu  d'Ortigue*,  Garciot  du  CasteP,  Guyonnet  de 
Pau^.  Vers  la  mi-carème,  les  Compagnies  se  mettent  en  mesure 
de  marcher  sur  Avignon  en  passant  par  le  comte  de  Mâcon,  le 
Lyonnais  et  le  comté  de  Forez.  P.  59  à  62,  256  à  S58. 


temps  que  les  gens  de  Compaignie,  desquelles  Peu  disoit  soaTerain 
capitaine  un  Anglois  appeM  Briquet,  couroient  par  le  pals  d'Anjou  ou 
enTÎTon.  •  Jean  d*Anaignë,  capitaine  du  château  de  la  Roche  d^lté 
(château  de  Loire,  Maine-et-Loire,  air.  Segré,  c«  Gandë),  fit  alors  la 
guerre  à  ce  Robert  Briquet.  JJ104,  n»  164. 

1.  Sur  Jean  Greswey,  voyez  notre  Histoire  de  du  Gtteselin,  p.  362. 

2.  Le  prénom  et  le  nom  de  cet  aventurier  indiquent  clairement  son 
origine  gasconne.  Il  y  a  un  Ortigues  qui  est  aujourd'hui  hameau  de  la 
commune  de  Cëzac,  Gironde,  arr.  Blaye,  c.  Saint-Savin. 

3.  D'après  le  témoignage  d'Espaing  de  Lëon,  rapporte  par  Froissart 
(Chron.,  éd.  de  Buchon,  II,  383),  Garciot  del  ou  du  Gastel  était  origi- 
naire de  la  région  des  Pyrénées,  comme  l'indique  du  reste  son  prénom 
de  Garciot,  diminutif  de  Garcia.  Lorsque  les  chefs  des  Compagnies  qui 
ravageaient  les  trois  sénéchaussées  de  Toulouse,  de  Carcassonne  et  de 
Nîmes  conclurent  avec  Amoul,  sire  d'Âudrehem,  maréchal  de  France, 
et  Henri,  comte  de  Trastamare,  le  23  juillet  1362,  à  Clermont  en  Au- 
vergne, un  traité  qui  fut  confirmé  à  Paris  le  13  août  suivant,  traité  par 
lequel  ces  aventuriers  s'engageaient  à  évacuer  le  royaume  moyennant 
la  sonmie  de  100  000  florins,  c'est  entre  les  mains  de  Garciot  du  Gastel 
que  cet  argent  fut  versé  en  décembre  1362  et  en  janvier  1363.  «  Item, 
solrit  dictus  Stephanus  de  Montemejano  domino  Gassiono  de  Ctutello^ 
capitaneo  unius  ex  societatibits ,  pro  complemento  de  c°>  florenis  dictis 
societatihus  promîssis  ut  a  regno  exirent,  de  quibus  per  Bernardum 
Francisci ,  receptorem  Nemausi ,  traditi  et  persoluti  fuerunt  iiii<^  x^ 
floreni,  qui  x">  floreni  restantes,  eidem  domino  Gassiono  soluti,  man- 
date dicti  domini  d'Audenehan,  valent  viii°^  franci.  Item,  solvit  dictus 
Stephanus  predicto  domino  Gassiono,  pro  dono  sibi  facto  per  dictum 
dominum  u'Audenehan  in  recompensacione  expensarum  per  eum  fac- 
tarum  cum  domino  Garssia  de  Nassi ,  militi ,  eundo  Parisius  versus 
regem  et  alias  diversas  partes,  pro  tractatu  habendo  cum  dictis  capi- 
taneis  societatum  ut  exirent  regnum  :  m  floreni  ==  viii^  franci.  v  Biil. 
Nai.^  ms.  lat.,  n»  6957,  f^  14  v».  —  Garciot  ou  Garcion  du  Gastel 
était  au  service  de  Jean,  comte  d'Armagnac,  lorsqu'il  fut  fait  prison- 
nier par  le  comte  de  Foix  à  la  bataille  de  Launac  (Haute-Garonne, 
arr.  Toulouse,  c.  Grenade-sur-Garonne),  livrée  le  lundi  5  décembre 
1362.  Vaissète,  Hitt.  du  Languedoc,  IV,  321. 

4.  Cet  aventurier  était,  comme  son  nom  l'indique,  originaire  de  Pau 
en  Béam.  Pau  n'était  encore  à  cette  époque  qu'un  simple  village  de  la 
rive  droite  du  Gave,  qui  servait  de  station  aux  bergers  de  la  vallée 
d'Ossau  lorsqu'ils  allaient  hiverner  leurs  troupeaux  dans  les  landes 
immenses  du  Pont-Long.  Le  11  mai  1369,  Louis,  duc  d'Anjou,  fit  dé- 
capiter et  écarteler  Amanieu  de  l'Artigue  (ou  d'Ortigue),  Noii  Pava- 
Ihon  et  Boulhomet  (peut-être  faut-il  lire  :  Guyonnet)  de  Pau,  qui 
avaient  conspiré  avec  le  Petit  Meschin  et  Perrin  de  Savoie,  pour  livrer 
le  duc  leur  maître  aux  Anglais.  Thalamus  parvus^  p.  384. 


xxiT      .  CHRONIQUES  DE  J.  FROISSART. 

Le  roi  Jean  mande  à  son  cousin  Jacques  de  Bourbon*  de  mar- 
cher contre  les  Compagnies.  Le  comte  de  la  Marche,  qui  se  tient 
alors  en  Languedoc  où  il  vient  de  livrer  à  Jean  Chandos  les  cités, 
villes,  seigneuries  et  forteresses  de  Gayenne  cédées  aux  Anglais 
par  le  traité  de  Brétigny',  se  rend  par  Montpellier  et  Avignon 
dans  le  comté  de  Forez  .auprès  de  la  comtesse  de  Forez,  sa 
sœur*,  etdeRenaud  deForez*,  beau-frère  delacomtesse.il  appelle 
sous  les  armes  les  seigneurs  d'Auvergne,  de  Limousin,  de  Pro- 
vence, de  Savoie,  du  Dauphiné,  du  duché  et  du  comté  de 
Bourgogne',  et  il  les  concentre  entre  Lyon  et  Mâcon.  Louis,  comte 
de  Forez'  et  Jean  de  Forez',  son  frère,  neVeux  de  Jacques  de 
Bourbon,  se  rendent  les  premiers  à  Tappel  de  leur  oncle.  P.  62 
à  64,  259. 

Les  chefs  des  Compagnies,  après  avoir  concentré  leurs  bandes 
aux  environs  de  Chalon  '  et  de  Tournus ,  prennent  la  résolution 

1.  Jacques  de  Bourbon,  I  du  nom,  comte  de  la  Marche,  comte  de 
Pontieu  avant  la  cession  de  ce  comté  au  roi  d'Angleterre  par  le  traité 
de  Brëtigny,  3"^^  fils  de  Louis  I,  duc  de  Bourbon,  et  de  Marie  de 
Hainaut,  onde  de  Louis  II,  duc  de  Bourbon,  marié  à  Jeanne  de  Cha^ 
tillon-Saint-PoL  Anselme,  Hisi,  généaL,  I,  318. 

2.  Ce  fut  Jean  le  Maingre,  dit  Boucicaut,  et  non  Jacques  de  Bour- 
bon, qui  fit  cette  remise  a  Jean  Chandos  (Bardonnet,  PrœiS'çerbal  de 
délivrance  y  p.  105  à  110).  Seulement,  le  roi  Jean  put  charger  son  cousin 
le  comte  de  la  Marche,  comme  le  raconte  Froissart,  d'une  mission  offi- 
cieuse auprès  des  grands  seigneurs  du  parti  français,  qui  firent  des 
difficultés  pour  se  soumettre  an  traité  de  Brédgny,  tels  que  les  comtes 
de  Périgord.et  d'Armagnac. 

3.  Jeanne  de  Bourbon,  l'aînée  des  filles  de  Louis  I,  duc  de  Bour- 
bon, et  de  Marie  de  Hainaut,  mariée  à  Avignon  le  14  février  1318  à 
Guigne,  VU  du  nom,  comte  de  Forez,  mort  en  1360. 

i^.  Renaud  de  Forez,  second  fils  de  Jean  I,  comte  de  Forez,  frère  de 
Guigne  Vil,  comte  de  Forez,  fut  fait  prisonnier  à  Briguais.  Anselme, 
Eut.  généal,^  VI,  730. 

5.  Froîssart  dit  que  «  le  jeune  duc  i  envoya  vers  Jacques  de  Bourbon 
les  chevaliers  et  écuyers,  tant  du  duché  que  du  comté  de  Bourgogne. 
Notre  chroniqueur  commet  ainsi  un  anachronisme.  Ces  expressions 
de  jeune  duc  ne  peuvent  s'appliquer  qu'à  Philippe  de  Rouvre,  qui  mourut 
le  21  novembre  1361,  plus  de  cinq  mois  avant  la  bataille  de  Briguais. 

6.  Louis,  fils  de  Guigne  VII  et  de  Jeanne  de  Bourbon,  avait  succédé 
en  1360,  comme  comte  de  Forez,  à  son  père.  D'après  Froissart,  il  était 
encore  en  1362  sous  la  tutelle  de  Renaud  de  Forez,  son  oncle  paternel; 
il  était  né  à  Saint-Galmier  en  1338. 

7.  Jean  de  Forez,  second  fils  de  Guigue  VII  et  de  Jeanne  de  Bour- 
bon, soBur  de  Jacques  de  Bourbon. 

8.  Au  moyen  âge,  les  foires  froides  (d'hiver)  et  chaudes  /d'été)  de 
Chalon  étaient  le  centre  d'un  négoce  immense.  Les  marcnands  du 


L 


SOMMAIRE  DU  PREMnSR  LIVRE,  §$  49i-498.      xxy 

d'envahir  le  Forez  et  de  marcher  contre  les  gens  d'armes  du  roi 
de  France^.  Ils  ravagent  le  Beaujolais',  le  Lyonnais,  assiègent  en 
vain  Charlieu',  passent  par  Montbrison  et  s'emparent  du  château 
de  Brignais  *,  à  trois  lieues  de  Lyon,  où  ils  attendent  les  Français 
qui  les  poursuivent  sons  les  ordres  de  Jacques  de  Bourbon,  Noms 

midi  et  du  nord  de  TEorope  s'y  donnaient  rendes-TOUs.  Les  produits 
de  ritalie  et  du  Levant  remontaient  la  Saône  jusqu'à  Chalon  et  jus- 
qu'à Saint-Jean-de-Losne  ;  et  ces  deux  rilles,  aujourd'hui  si  dëchues, 
possédaient  alors  des  entrepôts  considérables  où  on  déposait  les  mar- 
chandises. Saint*  Jean-de-Losne  était  le  principal  péage  où  Ton  perce- 
rait des  droits  de  transit  sur  les  marchandises  exportées  du  royaume 
en  l'Empire  ou  importées  du  comté  de  Bourgogne  ou  de  l'Empire  dans 
le  duché  de  Bourgogne  ou  dans  le  royaume  de  France.  L'entrepôt  de 
ceue  Tille  s'appelait  la  Maison  des  Balles^  à  cause  des  balles  de  laines 
ou  d'antres  aenrées  qu'y  déposaient  les  marchands  {archives  de  la 
Côte^d^Or^  B3455).  Ces  richesses,  on  le  comprend,  éuient  de  nature 
à  éveiller  la  conroîtise  des  chefs  des  Compagnies.  Voilà  pourquoi  ces 
pillards,  après  avoir  tenté  vainement,  à  la  fin  de  1361  et  dans  les  deux 
premiers  mois  de  1362,  de  surprendre  Chalon  pendant  les  foires  {Jrch, 
de  la  Câte^Or^  B3561),  s^emparèrent  de  Saint-Jean-de-Losne  ou  du 
moins  détruisirent  les  moulins  de  cette  ville  et  pillèrent  le  grand  ma- 
gasin d'entrepôt  appelé  Maison  des  Balles  {Ibid.^BdkkO  et  3434b).  Maîtres 
des  passages  de  la  Loire  ,  ils  pillent  et  tuent  a  les  marchans  venans  es 
foires  de  Chalon.  »  (Ikid.^  BZb&k).  On  est  obligé  de  faire  garder  par 
des  hommes  d'armes  «  les  frontières  de  Chalon  pendant  les  foires  » 
«  (/^<W.,B3ô61);  et  l'on  fait  placer  une  cloche  au-dessus  de  la  tour  neuve 
du  château  de  cette  ville,  c  pour  esveiller  les  guettes.  »  (/^û/.,  B3566). 

1.  La  ville  deToumus  (Saône-et-Loire ,  an*.  Maçon)  est  située  au 
nord  de  Mâcon  et  au  sud  de  Chalon,  sur  la  rive  droite  de  la  Saône. 
Grâce  à  l'occupation  simultanée  de  Saint-Jean-de-Losne  et  de  Toumus, 
les  Compagnies  commandaient  le  cours  de  la  Saône  en  amont  et  en  aval 
de  Chalon. 

2.  Les  Anglo-Gascons  avaient  fait  irruption  en  Beaujolais  dès  le  mois 
de  juin  1360  {Archives  de  la  Côte-JtOr^  B8074b). 

3.  Loire,  arr.  Roanne,  sur  la  rive  droite  de  la  Loire.  Charlieu, 
comme  le  dit  Froissart,  dépendait  alors  du  comté  de  Mâcon,  et  ressor- 
tait au  bailliage  de  cette  ville.  Si  les  Compagnies  échouèrent  devant 
Charlieu,  elles  s'emparèrent  de  Marcigny  (Saône-et-Loire,  arr.  Cha- 
roUes),  surnommé  alors  les  Nonnains,  à  cause  d'un  prieuré  de  filles  de 
l'ordre  de  Saint-Benoit,  dont  plusieurs  actes  établissent  l'occupation 
parles  routiers  à  cette  date  (JJ108,  n*  370;  JJ114,  n»  180).  Marcigny 
est  situé  sur  la  rive  droite  de  la  Loire,  et  les  Compagnies  purent  tra- 
verser le  fleuve  en  cet  endroit  pour  se  rendre  du  Charollais  dans  le  Forez. 

4.  Rhône,  arr.  Lyon,  c.  Saint-Genis-Laval,  à  13  kil.  au  sud-ouest 
de  Lyon.  Ce  bourg,  arrosé  par  le  Garon,  petite  rivière  qui  se  jette  dans 
le  Rhône  à  Givors,  est  traversé  par  la  route  de  Lyon  à  Saint-Etienne. 
Au  quatorzième  siècle,  il  y  avait  à  Brignais  un  château  fort,  muni  de 
fossâ  et  d*une  enceinte,  et,  d'après  M.  AUut  (les  Boutiers  et  la  bataille 
de  Brignais j  Lyon,  Louis  Perrin,  1859,  p*  23),  quelques  pans  de  mur 


xxTi  CHR0NIQ1JES  DE  J.  FROISSART. 

des  principaux  seigneurs  qui  ont  répondu  à  l'appel  du  comte  de 
la  Marche.  P.  64,  65,  259  à  261. 

Jacques  de  Bourbon  S  après  avoir  rassemblé  ses  gens  d'armes 
à  Lyon,  quitte  cette  ville  et  s'avance  dans  la  direction  de  Bri- 
guais. Les  Compagnies  dissimulent  Je  gros  de  leurs  forces  der- 
rière de  hautes  collines*  et  ne  font  montre  que  de  cinq  à  six  mille 
hommes  postés  sur  un  mamelon  *  appuyé  à  ces  collines  et  sur- 
plombant le  chemin  que  suivent  les  Français.  Jacques  de  Bour- 
bon, trompé  par  ce  stratagème,  fait  nouveaux  chevaliers  son  fils, 

de  la  première  enceinte  subsistent  encore.  Par  une  bulle  datée  de  Lyon 
le  13  avril  1251  {Arch.  du  Rhône ,  fonds  de  la  seigneurie  de  Brignais, 
n«  2),  Innocent  IV  avait  donné  la  seigneurie  de  Brignais  au  chapitre 
de  Saint-Just  de  Lyon.  Par  conséquent,  quand  Froissart  dit  que  les 
Compagnies  prirent  le  château  de  Brignais  et  le  seigneur  et  sa  femme 
dedans,  notre  chroniqueur  se  trompe,  ou  il  veut  désigner  le  châtelain 
qui  gardait  ce  château  pour  le  chapitre  de  Saint-Just. 

1.  Le  principal  organisateur  de  Tannée  vaincue  à  Brignais  par  les 
Compagmes  ne  fut  pas  Jacques  de  Bourbon,  mais  Jean  de  Melun, 
comte  de  Tancarville,  que  le  roi  Jean,  par  acte  daté  de  Beaune  le 
25  janvier  1362  (n.  st.),  avait  établi  son  lieutenant  en  tout  son  duché  de 
Bourgogne,  en  tout  le  bailliage  de  Mâcon  et  de  Lyonnais,  dans  les 
comtés  de  Forez  et  de  Nevers,  dans  les  baronnies  de  Beaujeu  et  de 
Donzy,  dans  les  duchés  de  Berry  et  d'Auvergne,  dans  tout  le  comté  de 
Champagne  et  de  Brie,  enfin  dans  tous  les  bailliages  de  Sens  et  de 
Saint-Pierre-Ie-Moutier,  en  le  chargeant  spécialement  c  de  faire  host 
et  chevauchées  encontre  les  Compaingnes  et  autres  noz  ennemis  qui 
s'efforceront  de  meffaire  en  nostre  dit  royaume.  »  Jrch,  Nat,^  JJ93, 
n*  301.  —  Jean  de  Melun,  comte  de  Tancarville,  était  à  Dijon  en  fé- 
vrier 1362  (JJ93,  no  301),  à  Beaune  en  mars  (JJ93,  n*  36),  à  Autun 
aussi  en  mars,  où  il  convoqua  le  ban  et  Tarrière-ban  du  duché,  tandis 
que  les  abbés  et  prieurs  furent  sommés  de  fournir  selon  l'usage  les  charrois, 
sommiers  et  contributions  (Dom  Plancher,  H'ist.  de  Bourgogne^  II,  245). 

2.  Ces  collines  sont  probablement  celles  des  Barolles,  situées  à  peu 
près  à  égale  distance  de  Saint-Genis  et  de  Brignais,  à  droite  du  chemin 
par  où  Ton  va  de  la  première  de  ces  localités  à  la  seconde. 

3.  D'après  l'historiographe  Sauvage  {Chronique  de  Froissart^  Lyon, 
1559,  k  vol.  in-fol.,  note  88),  ce  mamelon  est  le  lieu  dit  encore  aujour- 
d'hui le  bois  Goyet,  où  cet  erudit,  dans  une  excursion  faite  à  Brignais  le 
27  juillet  1558,  constaU  des  tranchées  de  trois  pieds  de  {profondeur  et 
de  cinq  à  six  pieds  de  largeur,  c  parmi  monceaux  de  caillons  au  de- 
dans du  fort.  >  Le  plan  incliné  des  collines  des  Barolles  se  prolongeait 
autrefois  jusqu'au  pied  de  ce  mamelon  dont  il  n'était  séparé  ^e  par 
l'ancienne  route  de  Saint-Genis  à  Brignais.  Quoi  qu'il  en  soit,  c^est 
sur  les  dépendances  d'une  petite  ferme  nommée  les  Saignes^  située  entre 
le  pied  de  la  colline  des  Barolles  et  le  bourg  de  Brignais,  à  droite  du 
chemin  qui  va  de  Saint-Genis  à  ce  bourg,  que  Ton  a  trouvé  autrefois, 
en  labourant,  des  fers  de  lance  et  des  débris  d'armures.  Allut,  Us  Rou' 
tiers,  p.  228. 


SOMMAIRE  DU  PREMIER  LIVRE,  SS  ^di-498.    xxtii 

Pierre  de  Bourbon»  ainsi  que  son  neveu,  le  comte  de  Forez,  et 
donne  l'ordre  à  rArchiprêtre,  qui  coitamande  son  avant-garde,  à 
Jean  de  Chalon  et  à  Robert  de  Beaujeu ,  d'attaquer  les  gens  des 
Compagnies.  Ceux-ci,  des  hauteurs  où  ils  se  tiennent  et  où  sont 
entassés  d'énormes  monceaux  de  cailloux*,  font  pleuvoir  une 
grêle  de  pierres  sur  les  assaillants,  et  jettent  ainsi  le  désordre 
dans  les  rangs  des  chevaliers  français  '.  Pendant  ce  temps ,  les 
mieux  armés  et  les  mieux  montés  des  gens  des  Compagnies  con- 
tournent la  montagne  et  viennent  tomber  à  l'improviste  sur  les 
derrières  de  l'ennemi.  Les  Français  sont  mis  en  pleine  déroute. 
L'Archiprêtre*,  le  vicomte  d'Uzès*,  Renaud  de  Forez,  Robert  et 

1.  Le  P.  Menestrier  prétend  que  les  deux  mille  charrettées  de  pierres 
dont  parle  Froissart  provenaient  de  Taqueduc  de  Briguais  (restes  d'un 
aqueduc  romain  destiné  à  amener  du  Mont-Pila  à  Lyon  les  eaux  du 
Gier)  ;  les  gens  des  Compagnies  auraient  ruiné  cet  aqueduc  pour  aroir 
de  quoi  lapider  les  hommes  d'armes  du  comte  de  Tancarville.  Il  faut 
plutôt,  à  rexemple  de  M.  Allut,  attribuer  la  présence  de  ces  amas  de 
cailloux  à  la  nature  pierreuse  du  terrain  des  Barolles,  où  les  travaux 
de  la  culture  ont  nécessité  de  tout  temps  l'extraction  de  ces  cailloux. 
Les  paysans  en  font  encore  aujourd'hui,  lorsqu'ils  défrichent  leurs 
terres,  des  tas  considérables  qu'ils  appellent  chirats  {Les  Routiers,  p.  212). 

2.  D'après  Mathieu  Villani,  et  un  chroniqueur  de  Montpelher  con- 
temporain de  la  bataille,  dont  la  version  est  plus  vraisemblable  que 
celle  de  Froissart,  les  gens  des  Compagnies  attaquèrent  les  premiers  et 
surprirent  les  Français,  selon  le  chroniqueur  florentin,  plusieurs  heures 
avant  le  jour,  selon  Tannaliste  roman,  à  l'heure  de  none  (3  heures  du 
soir).  Les  routiers  qui  venaient  de  rendre,  le  25  mars  précédent,  le  châ- 
teau de  Saugues  (Haute-Loire,  arr.  le  Puj)  à  Amoul,  sire  d'Âudrehem, 
maréchal  de  France,  lieutenant  du  roi  en  Languedoc,  avaient  fait  leur 
jonction  avec  ceux  de  Briguais  pour  écraser  les  hommes  d'armes  du 
comte  de  Tancarville  et  de  Jacques  de  Bourbon. 

3.  Arnaud  de  Cervolleou  de  ServoUe,  surnommé  l'Archiprêtre  de  Vé- 
lines, fut  fait  prisonnier  par  im  Périgourdin  son  compatriote,  le  bour  ou 
le  bâtard  de  Monsac  (Dordogne,  arr.  Bergerac,  c.  Beaumont).  Le  roi  Jean, 
paya  une  grande  partie,  sinon  la  totalité  de  la  rançon  de  cet  habile 
spéculateur  en  aventures  guerrières  :  c  Domino  Amaldo  de  Servola, 
militi,  dicto  l'Arceprestre,  pro  denariis  mandato  domini  nostri  régis  et 
Pétri  Scatisse,  thesaurarii  Francie,  traditis  domino  d'Audeneham,  ma- 
rescallo  Francie,  tanquamfidejussorisuo  ergA  spurium  de  Monsaco,  eujus 
spurii  idem  domînus  Arnaudus  fuit  prisonarius,»,,  pro  financia  ipsius  do- 
mini Amaudi  :  \^  floreni  vaientes  IIII°>  franci.  »  Bi&i.  Nat,,  ms.  lat. 
n»  5957,  f»  15  (fin  de  1362).  —  Par  acte  daté  de  RoyaKeu  près  Com- 
piègne  en  juin  1362,  le  roi  Jean  se  reconnut  redevable  de'  35  000  flo- 
rins envers  l'avide  partisan  qui  en  réclamait  100  000  et  lui  donna  en 
gage  son  château  ae  Cuisery  en  la  comté  de  Bourgogne  (Saône-et- 
Loire,  arr.  Louhans).  Areh.  Nat.^  JJ91,  n<>  kkl. 

4.  Froissart  oublie  de  mentionner  Jean  de  Melun,  comte  de  Tan- 


xxTni  CHRONIQUES  DE  J.  FROISSART. 

Louis  de  BeaojeuS  Jean  et  Louis  de  Chalon,  les  seigneurs  de 
Toumon,  de  Roussillon,  de  Chalançon  et  de  Groslëe  sont  faits 
prisonniers.  Le  jeune  comte  de  Forez  et  Je  seigneur  de  Montmo- 
riUon  sont  tnës'.  Jacques  de  Bourbon  et  son  fils  Pierre,  blesses 
mortellement  et  rapportes  à  Lyon,  succombent  peu  de  jours  après 
l'action'.  Cette  bataille  de  Briguais  se  livre  le  vendredi  après 

canrille,  Jean,  comte  de  Saarbruck  {Grandes  Chroniques^  VI,  226)»  qui 
furent  aiusi  faits  prisonniers  à  Brignais,  ainsi  que  Guillaume  de  Melun, 
cheTaUer,  chambellan  du  duc  de  Normandie,  a  qui  ledit  duc,  par  acte 
date  de  Conflans  le  8  mai  1362,  donna  1000  francs  d*or  c  pour  paier 
sa  rançon  aus  ennemis  desquels  il  a  este  pris  en  la  besongne  qui  derrain 
a  esté  vers  Lion  sur  le  Rosne,  »  JJ92,  n^  87.  ^-  Jean  de  Melun,  comte  de 
Tancanrille,  lieutenant  du  roi  en  Bourgogne,  avait  payé  sa  rançon  ou 
avait  éxé  mis  en  liberté  sous  caution  peu  de  jours  après  la  bataille  ;  car, 
par  acte  daté  de  Lyon  sur  le  Rhône  en  avril  1362.  il  accorda  des  lettres 
de  rémission  a  un  certain  Jean  Doublet,  a  comme  il  avoit  esté  arecques 
les  Grans  Compaingnes  en  la  bataille  devant  Brinays  en  laquelle  il  prist 
nostre  très  cbier  et  bon  ami  messire  Gerart  de  Toury  (maréchal  du 
duché  de  Bourgogne),  par  Tinduccion  duquel  il  est  retournez  à  Tobeis- 
•ance  du  roi  nostre  sire,  et  ledit  messire  Gerart  a  délivré  à  plein  de  sa 
prison  sansraençon  et  s^est  départis  des  dites  Compaingnes....  »  JJ93, 
no  34. 

1.  Robert  et  Louis  de  Beanjeu  étaient  les  fils  de  Guichard,  seigneur 
de  Beaujeu,  et  de  sa  troisième  femme,  Jeanne  de  Châteanvillain  (An- 
selme, VI,  732  et  733).  Diaprés  la  chronique  romane  de  Montpellier, 
le  jeune  seigneur  de  Beaujeu,  Antoine,  né  le  12  août  1343,  et  fils 
d'Edouard,  sire  de  Beaujeu,  tué  au  combat  d*Ardres  en  1351,  assistait 
aussi  à  la  bataille  de  Brignais,  non,  comme  le  dit  cette  chronique,  avec 
ses  frères,  mais  avec  ses  deux  oncles,  frères  consanguins  de  son  père, 
Louis  et  Robert. 

2.  D'après  le  dernier  historien  des  seigneurs  de  Noyers  (Petit,  Month- 
graphie  des  sires  de  Noyers^  Auxerre,  1874*  in-8),  Jean  de  Noyers, 
comte  de  Joigny,  aurait  été  tué  aussi  à  la  bataille  de  Brignais.  Le  ré- 
dacteur des  Grandes  Chroniques  et  le  père  Anselme  auraient  confondu, 
selon  M.  Petit,  Jean  de  Noyers,  comte  de  Joigny,  avec  son  neveu  Miles 
de  Noyers  IX,  ou,  d'après  cet  érudit,  XII  du  nom,  fait  prisonnier  à 
Poitiers  en  1356,  è  Brion  en  1359,  et  mort  dans  son  lit  en  1369. 

3.  Voici  le  texte  de  Tinscription  gravée  sur  la  pierre  sépulcrale  de 
ces  deux  princes.  Ce  marbre,  autrefois  placé  dans  réglise  des  Domini- 
cains de  Confort  à  Lyon,  a  été  découvert  en  1856  dans  la  cuisine  d'un 
maçon,  et  on  le  conserve  aujourd'hui  dans  le  musée  lapidaire  de  cette 
ville  :  i  Cy  gist  messire  Jacques  de  Bourbon,  conte  de  la  Marche,  qui 
morut  à  Lyon  à  la  bataille  de  Brignecz,  qui  fut  Tan  mil  gccxxxii 
(pour  1362),  le  mercredy  devant  les  Rameaulx.  —  Iten  (sic),  cy  gist 
messire  Pierre  de  Bourbon,  conte  de  la  Marche,  son  filz,  qui  morut 
à  Lyon  de  cette  mesme  bataille  Tan  dcMus  dict.  Priés  pour  eniz.  » 
Dans  cette  inscription  refaite  en  1472,  selon  la  conjecture  ingénieuse 
et  vraisemblable  de  M.  Allât,  le  graveur  a  mis  par  mégarde  1372  au 
lieu  de  1362.  Les  Routiers^  p.  231  è  249. 


SOMMAIRE  DU  PREMIER  LIVRE,  §$  491-^98.     xzix 

les  Grandes  Pâques  (ou  le  12  avril  1361  *).  P.  65  à  69,  261 
à  265. 

Les  habitants  de  Lyon  recueillent  les  victimes  et  les  fuyards  de 
Brignais.  Jacques  de  Bourbon  meurt  de  ses  blessures  dans  cette 
ville  trois  jours  après  la  bataille,  et  Pierre  de  Bourbon  ne  survit 
que  peu  de  temps  à  son  père.  Après  leur  victoire,  les  Compa- 
gnies mettent  au  pillage  le  comte  de  Forez  '.  Seguin  de  Badefol, 
qui  a  sous  ses  ordres  trois  miUe  combattants,  s'empare  d'Anse, 
château  situé  sur  la  Saône,  à  une  lieue'  en  amont  de  Lyon,  d^où 

1.  Les  deux  dates  données  par  Froissart  sont  fausses.  La  bataille  de 
Brignais  se  HYra  le  mercredi  ayant  les  Rameanx,  6  atHI  1362.  Le  ré- 
dacteur des  Grandes  Chroniques  (VI,  225)  et  l'annaliste  roman  du 
Thalamus  parvus  (p.  360)  sont  d*accord  sur  ce  point  ayec  Tinseription 
grarëe  sur  la  pierre  tombale  des  deux  princes  ;  et  Pon  a  peine  à  com- 
prendre que  dom  Vaissète,  si  exact  d'ordinaire,  ait  rapporté  cet  événe- 
ment à  Tannée  1361  {B\4t.  du  Languedoc^  IV,  312).  L'erreur  des  Béné- 
dictins a  entraîné  celle  de  presque  tous  les  historiens  modernes. 

3.  Les  Compagnies  araient  envahi  le  Forez  dès  le  mois  de  jan- 
vier 1362,  car  vers  la  fête  de  TÉpiphanie  ou  6  janvier  de  cette  année, 
la  bande  du  Petit  Mescliin  occupa  le  prieuré  d'Estivareilles  (Loire, 
arr.  Montbrison,  c.  Saint-Bonnet-le-Chateau),  à  une  lieue  de  Viverols 
(Puy-de-Dôme,  arr.  Ambert),  dans  la  haute,  moyenne  et  basse  justice 
de  Henri  de  Rochebaron,  chevalier,  seigneur  de  Montarcher  (Loire, 
arr.  Montbrison,  c.  Saint-Jean-Soleymieux)  :  i  Circa  festum  Epiphanie 
ultimo  preteritum  (6  janvier  1362),  alii  nostri  inimici  vei  Tebelles  ac 
aliqui  de  Socletate  Parvi  Mesquini,  depredatores  et  regni  nostri  malivoli 
nostrorumque  subjectorum  oppressores,  dictum  prioratum  occupave-> 
runt  et  aliquandiu  tenuerunt.  »  Areh,  Nat,^  JJ91,  n»  313» 

3.  Anse  (Rhône,  arr.  Villefranche-sur-Saône)  n'est  pas  à  une  lieue, 
comme  le  dit  Froissart,  mais  à  22  kil.  en  amont  de  Lyon,  sur  la  rive 
droite  de  la  Saône.  La  seigneurie  et  le  château  d'Anse,  dont  il  reste 
d'imposants  débris,  appartenaient  aux  chanoines  du  chapitre  cathé- 
dral  de  Samt-4ean,  comtes  de  Lyon.  D'après  Froissart,  Seguin  de  Ba- 
defol se  serait  emparé  (^'Anse  presque  immédiatement  après  la  bataille 
de  Brignais.  Ce  routier  prend,  en  effet,  le  titre  de  capitaine  d'Anse 
dans  une  pièce  en  date  du  12  mai  1362»  qui  faisait  parde  an  dernier 
siècle  des  archives  du  comte  de  Gonuut-Saint-Gemès  et  dont  dom 
ViUevieilIe  (Bibl.  nat..  Trésor  généalogique^  au»  mot  Badefol)  a  donné 
l'analyse.  Mais  personne  n'ignore  que  la  compilation  du  savant  reli- 
gieux, si  précieuse  du  reste,  fourmille  d'erreurs;  et  d'autre  part,  le 
rédacteur  de  la  chronique  romane  du  Thalamus  parvus,  l'un  des  chro- 
nologistes  les  plus  exacts  du  quatorrième  siècle,  dit  que  Seguin  de 
Badefol  s'empara  d'Anse  vers  la  fin  de  novembre  1364  :  «  Item,  entom 
la  fin  de  novembre  (1364),  Seguin  de  Badafol  près  per  escalament, 
égal  mattinas,  lo  luoc  d'Aussa  (Usez  :  Anssa)  prop  Lyon  en  Bergonha, 
local  tenc  long  temps,  entro  a  xm  de  setembre  l'an  ucv  que  ne  yssi 
am  finanssa  de  xlv»  floris.  >  Thalamus  parvus,  p.  367.  —  Par  lettres 
datées  de  Mtcon  le  6  novembre  1364,  Jean  de  Salomay,  chantre  et 


XXX  CHRONIQUES  DE  J.  FROISSART. 

il  rançoime  le  comté  de  Mâcon,  rarchevêché  de  Lyon,  la  terre 
du  seigneur  de  Beaujeu  et  tout  le  pays  environnant  jusqu'à  Mar- 
cigny-les*Nonnains.  Les  autres  chefs  de  bandes,  Naudon  de  Ba- 
geran,  Espiote^,  Creswey,  Robert  Briquet,  Ortingho  etBemardet 
de  la  Salle,  Lamit,  Bataillé,  le  bour  Camus,  le  bour  de  Bre- 
teuil^,  le  bour  de  Lesparre,  marchent  sur  Avignon  pour  mettre  à 
rançon  le  pape  et  les  cardinaux.  Apprenant  qu'on  vient  de  dépo- 
ser une  somme  considérable  dans  la  forteresse  du  Pont-Saint- 


capitaîne  de  cette  ville,  manda  à  Jacques  de  Yienne,  sire  de  Longwy 
(Jura,  arr.  Dôle,  c.  Chemin),  capitaine  général  pour  le  roi  en  Bour- 
gogne et  Maçonnais,  que  mesaire  Seguin  de  Badefol  était  venu  à 
grande  force  et  s'était  emparé  nuitamment  de  la  ville  d^Anse,  le  priant 
de  pourvoir  à  la  sâreté  du  pays  {Arch,  de  la  Côte-itOr^  fonds  de  la 
Chambre  des  Comptes  de  Bourgogne).  A  la  fin  de  ce  mois,  Seguin 
menaça  Lyon  du  côté  de  la  porte  de  la  Lanterne  {Ihîd,^  B  8550; 
Invent. y  III,  269)  ;  et  Janiard  Provana,  bailli  de  Valbonne  et  châtelain 
de  Montluel  (Ain,  arr.  Trévoux)  pour  le  comte  de  Savoie,  dut  garder 
la  rive  gauche  de  la  Saône  à  la  tête  de  33  cavaliers  armés  {ibid.j 
B  8551  ;  Inçent,^  III,  269).  En  juin  1365,  Seguin  faisait  encore  épier 
les  villes  de  Bresse  \lbid,^  B  7590;  Inveni.,  lU,  142),  et  quelc^ues-uns 
de  ses  bandits  furent  pendus  à  Pont-de-Veyle  par  le  i  carnassier  >  ou 
bourreau  de  Mâcon  {l6id,,  B  9291  ;  Invent. ^  III ,  397).  Cf.  Arch,  Nat., 
JJ97,  no«  70,  203,  387;  JJlll,  n«  290  ;  JJ112,  n»  198. 

1.  Le  24  août  1362,  fête  de  Saint-Barthélémy,  à  neuf  heures  du 
matin,  le  gascon  Espiote,  en  compagnie  de  deu^  autres  chefs  de  Com- 
pagnies, Tallemand  Jean  Hanezorgues  et  le  gascon  P.  de  Montant,  passa  à 
Saint-Martin* de-Prunet,  près  de  Montpellier.  Ces  Compagnies  allèrent 
se  loger  à  Mireval,  à  Vie,  à  la  Veyrune  et  à  Pignan  (Hérault,  arr. 
Montpellier,  c.  de  Frontignaii  et  de  Montpellier);  et,  la  nuit  suivante, 
elles  mirent  le  feu  aux  palissades  qui  entouraient  Pignan,  Mireval  et 
Vie.  Tfialamus  parvus^jt.  361. 

2.  Après  la  bataille  de  Brignais,  le  bour  de  Breteuil  ou  de  Bretalh, 
à  la  tête  d'environ  douze  cents  combattants,  alla  ravager  l'Auvergne, 
où,  le  3  juin  1362,  il  fut  taillé  en  pièces  devant  Montpensier  (Puy-de- 
Dôme,  arr.  Riom,  c.  Aigueperse)  par  quatre  cents  Espagnols  et  Castil- 
lans, sous  les  ordres  de  Henri,  comte  de  Trastamare.  C'est  à  la  suite  de 
cette  défaite  que  quelques-uns  des  principaux  chefs  des  Compagnies 
s'engagèrent  à  évacuer  le  royaume  en  vertu  du  traité,  conclu  à  Clermont 
en  Auvergne  le  23  juillet  suivant ,  dont  il  a  été  question  plus  haut 
(p.  xxTTi,  note  3) et  dont  le  texte  a  été  publié  plusieurs  fois,  notamment  par 
Hay  du  Chastelet  {But.  de  du  Guesclin,  p.  313  à  315).  Le  24  août  1362, 
à  trois  heures  du  soir,  le  bâtard  de  Bretalh  et  Bertuquin,  capitaines  de 
Compagnies,  arrivèrent  à  Montpellier,  se  logèrent  aux  Frères  Mineurs, 
et  le  lendemain  matin  se  mirent  en  route  pour  la  sénéchaussée  de  Car- 
cassonne.  Du  25  au  31  août,  le  Navarrais  Garciot  du  Castel,  l'Anglais 
Jean  Âymeri  et  le  Petit  Meschin  passèrent  aussi  devant  Montpellier. 
Thalamus  parvus,  p.  361. 


SOMMAIRE  DU  PREMIER  LIVRE,  gg  4^1-498.     xzxi 

Esprits  située  sur  le  Rhône,  à  sept  lieues  en  amont  d'Avignony 
Bataille,  Guyot  du  Pin,  Espiote,  les  i>ours  Camus  et  de  Lesparre, 


1.  Gard,  arr.  Uzès,  sur  la  rire  droite  du  Rhône,  à  30  kil.  en  amont 
d'Arignon.  Le  Pont-Saiat-Esprit  fut  pris  par  les  Compagnies,  non, 
comme  le  dit  Froîssart,  après  Briguais,  c^est-à-dire  en  1362,  mais 
dans  la  nuit  du  dimanche  27  au  lundi  28  décembre  1360,  «  aquel  an 
metejs  an  lx,  la  nuog  dels  Innocens,  fo  près  lo  Inoc  de  Sant  Esprit 
SOS  lo  Roze  per  une  companha  d^Anglezes  et  de  fais  Franceses...  » 
Thalamus parvus,  p.  357.  —  Notre  chroniqueur  a  raison  de  dire  que  les 
Compagnies,  qui  infestaient  à  la  fin  de  1360  la  sénéchaussée  de  Beau- 
Caire  et  de  Nîmes,  sVmparèrent  par  surprise  du  Pont*Saint-£sprit, 
afin  de  faire  main  basse  sur  un  c  grant  trésor  d  qu'elles  y  croyaient 
déposé.  Ce  grand  trésor,  estait  le  premier  versement  fait  par  les  con- 
tribuables des  trois  sénéchaussées  ae  Toulouse,  de  Carcassonne  et  de 
Nîmes  sur  l'aide  levée  pour  la  rançon  du  roi  Jean.  Mais  ce  que  Frois- 
sart  semble  avoir  ignoré,  c'est  que  les  Compagnies,  malgré  Thabileté 
avec  laquelle  elles  avaient  organisé  l'espionnage,  firent  leur  coup  de 
main  un  ou  deux  jour&jtrop  tôt.  Les  deux  commis,  chargés  par  le  tré- 
sorier de  France  à  Ntmes,  d'aller  au  Pont-Saint-Esprit  remettre  le 
montant  de  ce  versement  entre  les  mains  de  Jean  Souvain,  ch*',  alors 
sénéchal  de  Beaucaire ,  qui  devait  le  porter  au  roi  à  Paris  sous  bonne 
escorte,  ces  deux  commis,  dis-jé,  nommés  maître  Jean  de  Lunel  et 
Jean  Gilles,  n'arrivèrent  à  Avignon  avec  les  besaces  de  cuir  contenant 
le  produit  de  l'aide  que  le  26  décembre.  Dès  le  surlendemain,  à  la 
nouvelle  que  le  Pont-Saint-Esprit  venait  d'être  pris  par  les  Compa- 
gnies, et  que  Jean  Souvain  avait  Eait  une  chute  mortelle  en  voulant 
repousser  leur  assaut,  Jean  de  Lunel  et  Jean  Gilles  n'eurent  rien  de 
plus  pressé  que  de  rebrousser  chemin  et  de  retourner  à  Nîmes  avec 
leur  argent.  «  Pro  expensis  factis  per  magistrum  Johannem  de  Lnnello 
oui  una  cum  Johanne  Egidii  portaverunt  (sic)  apud  Avinionem  xxvi* 
aie  decembris  ocglx,  de  mandato  dicti  aomini  thesaurarii  Francie, 
in  besaciis  corii,  v™  n*  mutones,  n^  v*  regales  veteres,  n^  et  o  scuta 
vetera  et  M  uii«  regales  novos,  pro  ipsis  abinde  portandis  Parisius 
dicto  domino  régi  per  dominum  Johannem  Silvani,  militem ,  tune 
senescallum  Bellica<m,  tune  accedere  Parisius  debentem  pro  condn- 
cenda  moneta  redempcionis  régis  que  tune  portabatur  per  commimi- 
tates  senescalliarum  Tholose  et  Carcassonne.  Et  cum  fuit  (Johannes 
Silvani)  in  loco  Sancti  Spiritus,  in  crastinum  locus  in  quo  dictus  senes- 
callns  erat,  pro  arripiendo  iter  suum,  fuit  ab  Anglicis  inimicis  regni 
occnpatus.  Et  opportuit  ibi  ipsos  cum  dicta  moneta  remanere  cum 
dicto  thesanrario  rrancie  et  domino  Rothomagensi  cardinali,  per  très 
dies,  donec  fuit  deliberatum  quod  custodiretur  donec  itinera  essent  ma* 
gis  secura.  Et  reversi  fuerunt  apud  Nemausum  cum  dicta  moneta 
usque  ad  mensem  marcii  quo  fuit  missa  per  personas  inferius  decla^ 
ratas  dicto  domino  régi.  Li  quo  viagîo  fuerunt  per  quinque  dies  cum 
tribus  equitaturis  et  expendiderunt  ix  francos  m  grosses.  »  (Bihl, 
Nat,^  fonds  latin,  n»  5957,  f<»  25  vo).  Cf.  Grandes  Chroniques^  VI,  223; 
Chronique  de  Jean  le  Bel^  II,  274  à  277;  Histoire  de  Nismes,  par  Léon 
Mesnard,  II,  220  à  225.  ^rch.  Nat.^  JJ92,  n«  80. 


xxxii  CHRONIQUES  DE  J.  FROISSART. 

Lamit  et  le  Petit  Meschin  font  une  cheyauchée  de  quinze  lieues 
pendant  la  nuit;  ils  arrivent  au  point  du  jour  devant  le  Pont- 
Saint-Esprit  qu'ils  prennent  par  escalade,  et  où  Us  trouvent  d'im- 
menses richesses.  Ils  tiennent  dès  lors  à  discrétion  les  deux  rives 
du  Rhône,  le  côté  de  l'Empire  comme  celui  du  royaume  de 
France  et  courent  jusqu'aux  portes  d'Avignon.  P.  69  à  72,  265 
à  267. 

A  la  nouvelle  de  la  prise  du  Pont-Saint-Esprit^,  beaucoup  de 
Compagnies,  cantonnées  en  Champagne  et  en  Brie,  en  Orlëanab, 
dans  le  Chartrain,  le  comte  de  Blois,  l'Anjou,  le  Maine  et  la  Tou- 
raine,  prennent  à  leur  tour  le  chemin  de  la  vallée  du  Rhône,  enva- 
hissent le  Comtat  et  la  Provence*.  P.  72,  73,  267,  268. 

Le  pape  Innocent  VI,  affamé  dans  Avignon  ainsi  que  le  sacré 


1.  Dès  le  8  janrier  1361,  Innocent  VI  écrit  à  Louis,  éyéque  élu  de 
Valence,  de  continuer  à  l'ayertir  des  agissements  de  la  Grande  Com- 
pagnie (Martène,  Thes,AnMcdot,^  II,  846);  le  9,  il  mande  auprès  de  lui 
don  Juan  Fernandez  de  Heredia,  châtelain  d'Amposta  et  prieur  de 
Saint-Gilles  {Ibid,^  847  et  848)  ;  le  10,  il  écrit  au  gouTemeur  du  Dau- 
phiné  et  à  Philippe  de  Routtc,  duc  de  Bourgogne,  pour  les  prier  d*em- 
pécher  les  gen^  des  Compagnies  de  trarerser  leurs  terres  et  les  prévenir 
de  la  croisade  préchée  contre  ces  brigands  (Jbid,^  848, 849)  que  le  pape 
a  sommés  en  yain  d'évacuer  le  Pont-Saint-Esprit  c  castrum  Sancti  Spi- 
ritus,  Uticensis  diocesis  »  ;  le  17,  il  s'adresse  pour  la  même  fin  au  roi 
de  France,  au  duc  de  Normandie,  au  duc  de  Touraine  [Ihid,^  851, 
852,  854, 855);  le  18,  à  Jean,  comte  d* Armagnac,  et  à  Gaston,  comte 
de  Foix  {ihid,^  857);  le  23»  à  Pempereur  Clurles  IV,  roi  de  Bohême 
{Ibid.,  859  k  861),  et  à  Rodolphe,  duc  d'Autriche  {Ihid.,  862  à  864)  ; 
le  26,  à  Robert,  sire  de  Fîennes,  connétable  de  France,  que  le  roi 
Jean  vient  d^envoyer  avec  Amoul,  sire  d'Audrehem,  maréchal  de 
France,  contre  les  Compagnies  [Ibid,^  867);  à  Pierre,  roi  d'Aragon 
{Ibid.^  868,  869),  et  à  Amédée,  comte  de  Savoie  {Ibid.,  864,  865). 
Enfin,  le  28  janvier  1361,  Innocent  VI  charge  Pierre  Sicard,  chanoine 
de  Narbonne,  de  diriger  la  construction  d'une  enceinte  de  remparts 
dont  il  veut  entourer  sa  cité  d'Avignon  «  super  constructione  mœnio- 
rum  seu  murorum  dausurœ  civitatis  nostrœ  Avinionensis.  s  Thés, 
jinecdot,^  II,  869.  —  Cette  enceinte,  commencée  en  1361  par  ordre 
d'Innocent  VI,  et  terminée  sous  le  pontificat  d'Urbain  V,  successeur 
d'Innocent,  est  celle  qui  subsiste  encore  aujourd'hui,  du  moins  en 
partie. 

2.  Dans  le  courant  du  mois  de  février  1361,  Innocent  VI  écrit  i 
Louis,  évêque  élu  de  Valence,  à  .Amédée,  comte  de  Savoie,  à  rarche- 
vêque  de  Lvon,  à  celui  de  Vienne,  a  l'évéque  de  Viviers ,  à  Adhëmar, 
comte  de  Valentinois,  pour  les  prier  de  s'opposer  au  passage  des  bri- 
gands qui,  c  de  diversis  regni  Francias  partibus  »,  s'avancent  et  vien- 
nent rejoindre  ceux  qui  se  sont  établis  au  Pont*SflLint*Efprit.  Martène, 
Thés.  Aneedot.^  Il,  872  &  874.  ' 


SOMMAIRE  DU  PREMIER  LIVRE,  §§  491-498.  xxxm 

collège,  prêche  la  croisade  contre  ces  brigands.  Le  cardinal  d'Os- 
tie*,  mis  à  la  tête  de  Texpëdition  projetée,  convoque  à  Garpentras 
ceux  qui  en  veulent  faire  partie;  mais  comme  on  ne  donne  à  ces 
croisés  que  es  indulgences,  ils  retournent  bientôt  chez  eux  et 
quelques-uns  vont  même  grossir  les  bandes  des  Compagnies. 
P.  73,  74,  268,  269. 

L'avortement  complet  de  cette  croisade  oblige  le  pape'  à  faire 
remettre  une  somme  considérable  à  Jean,  marquis  de  Montferrat, 
à  charge  de  prendre  à  ses  gages  les  gens  des  Compagnies,  maî- 
tres du  Pont-Saint-Esprit,  pour  les  enmiener  en  Italie*.  Les  prin- 
cipaux chefs  de  ces  bandes  se  laissent  enrôler,  sauf  Seguin  de 
Badefol  qui  tient  Anse,  et  vont  faire  la  guerre  à  Galéas  et  à  Bar- 


1.  Ce  cardinal  est  le  fameux  Pierre  Bertrandi,  cardinal  évêque  d'Os* 
tie.  Froissart  rappelle  sans  doute  Pierre  du  Moustier  ou  du  Monestier 
(Ardèche,  arr.  Tonrnon,  c.  Annonay),  parce  qu'il  était  seigneur  de 
cette  localité  ainsi  que  de  Colombier,  qui  s*est  appelé  depuis  lors,  en 
souTenir  de  ce  prélat  illustre,  Colombier-le-Cardmal  (Ardèche ,  arr. 
Tonmon,  c.  Serrières).  JJ81,  n*  815.  Cf.  Pabbé  de  Sade,  Mémoires  sur 
Pétrarque^  lil,  564  et  565. 

2.  Innocent  YI  entra  en  négociations  ayec  les  brigands  du  Pont- 
Saint-Esprit  dès  la  première  quinzaine  de  février.  Le  13  de  ce  mois,  il 
députa  Juan  Femandez  de  Heredia,  châtelain  d*Amposta ,  prieur  de 
Saint-Gilles  de  Tordre  de  Saint-Jean  de  Jérusalem,  le  dominicain  Eu- 
mène  Begamon,  son  pénitencier,  et  Etienne  de  la  Tuile,  de  l'ordre  dei» 
Frères  Mineurs,  bachelier  en  théologie,  vers  c  Waltero,  militi  et  capi- 
taneo  gentis  armigene  qu»  Magna  Societas  dicitur,  et  Johanni  Scakaik 
ac  Ricardo  Mussato,  Armigero  Nigro,  ejusdem  capitanei  marescallis  et 
conestabulariis.  »  Le  malheureux  pape  s'efforce  de  prendre  les  routiers 

Sar  la  douceur,  a  Bénigne  ac  placide  intelleximus  qualiter  tos,  obe- 
ientiam  yestram  nostris  beneplacitis  etmandatispromptiusofferentes, 
contra  nos  et  romanam  curiam  vestrum  nuUatenus  dirigebatis  propo- 
situm,  nec  nos  et  sedem  apostolicam  Tel  curiam  îpsam  intendebatis 
aliqualiter  perturbare.  »  Martène,  Thés,  Anecdot,^  II,  882  et  883. 

3.  Par  un  bref  date  d'Angnon  le  8  des  ides  de  juin  (6  juin)  1361 , 
Innocent  VI  donna  quittance  générale  k  son  amé  fils  Juan  Femandez 
de  Heredia,  ik  qui  Regnault,  ëvéque  d*Autun,  son  trésorier,  a  de  man- 
dato  nostro  super  hoc  facto  eidem  oraculo  riToe  Tocis  >,  avait  compté 
de  la  main  à  la  main  14  500  florins  d'or,  en  le  chargeant  de  les  re- 
mettre a  Jean,  marquis  de  Montferrat,  et  «  per  eumdem  marchionem 
certis  gentibus  arnugeris  quae  Magna  Societas  dicebantur.  >  Martène, 
ibid,^  995.  —  La  peste,  qui  ëdau  alors  à  Avignon  et  qui  sérit  dans  la 
TaJiée  du  Rhône  avec  une  intensité  effrayante,  fut  néanmoins  la  prin- 
cipale cause  qui  détermina  les  Compagnies  a  évacuer  le  Pont-Saint- 
Esprit  et  à  suivre  le  marquis  de  Montferrat  en  Italie  (Martène,  Thés, 
Anecdot, ^11^  1027;  Villani,  1.  X,  cap.  xlvi),  A  la  Voulte-sur-Rhône 
(Ardèche,  arr.  Privas),  «  la  mortiditë  a  esté  si  grande  que  de  dix  Vun 
iCut  escftappé,  b  Arch,  Nat,^  JJ95y  n^  161. 

\i  —  c 


xzxiv  CHRONIQUES  D£  J.  FAOISSÀRT. 

nabOf  seigneurs  de  Milan.  Pendant  ce  temps,  Seguin  de  Badefol 
s'empare  de  Brioude^  d'où  il  ravage  tout  le  pays  d'Auvergne. 
Ses  gens  d'armes  font  des  excursions  jusqu'au  Puy,  à  la  Chaise- 
Dieu',  àClermont,  à  Montferrant',  à  Chilhac\  à  Riom,  à  Nonette', 
à  Issoire,  à  Yodables  ',  à  Saint-Bonnet-l'Arsis  '  et  sur  toutes  les 

1.  Seguin  de  Badefol  s'empara  de  Brioude  le  13  septembre  1363,  de 
grand  matin  :  a  Item  a  xin  de  setembre  (1363),  davan  matinas,  lo  dig 
mossen  Segui  de  Badafol  près  lo  luoc  de  Brieude  en  AlTemhe,  e  lo  tenc 
ben  entoru  x  meses  e  plus.  »  Thalamus  patvus,  p.  363.  —  La  prise  de 
Brioude  est  par  conséquent  antérieure  ae  plus  d'un  an  à  celle  d*Anse, 
d'où  il  suit  aue  Froissart,  en  racontant  ces  deux  faits,  a  interverti  com- 
plètement 1  ordre  chronologique.  Le  témoignage  de  l'auteur  de  la 
chronique  romane  de  Montpelher  est  confirmé  par  une  lettre  de  rémis- 
sion accordée  en  juin  1366  à  Jean  Baille,  sergent  rojal  au  bailliage  d'Au- 
vergne, «  comme,  environ  trois  cmz  a,  la  ville  de  Briode  eust  esté  prise 
par  les  ennemis  de  nostre  royaume  et  yeelU  eussent  tenu  Pespace  d^un 
an  ou  environ,  en  laquelle  ville  le  dit  Jehan,  sa  femme  et  enfanz  demou- 
roient,  et  à  la  prinse  d'icelle  ville  fu  le  dit  Jehan  pris  par  les  dix  enne- 
mis et  mis  à  grant  raençon.  »  Jrch,  Nat.y  JJ97t  107.  —  Dans  une  autre 
lettre  de  rémission  octroyée  en  mai  1365  à  Bertrand  Basteir,  marchand 
de  Brioude,  il  est  fait  mention  de  a  la  prise  de  la  dicte  ville  de  Brioude 
faicte  nagueires  par  Seguin  de  Baldefol  et  ses  aliez,  ennemis  de  nostre 
royaume,  n  JJ98,  n*  279.  Cf.  sect.  judic,  X«*20,  f»  kl.  —  Peu  après 
la  prise  de   Brioude,  Amoul  d'Audrehem,  lieutenant  en  Languedoc, 

Ear  un  mandement  daté  de  Nîmes  le  13  octobre  1363,  poussait  la  fai- 
iesse  jus<}u'à  autoriser  les  habitants  du  Vêlai  à  s'imposer  une  aide  ex- 
traordinaire pour  payer  rançon  à  Seguin  de  Badefol  à  la  suite  d'un 
pactis  récemment  conclu  f  cum  ipso  et  ejus  tirannida  Societate.  » 
Bibi.  Nat.^  ms.  lat.,  n»  10  ÛÛ2,  f«  32  v«.  —  Par  acte  passé  à  Qermont 
le  21  mai  1364,  les  trois  États  d'Auvergne  et  le  gouverneur  du  duché 
pour  le  duc  de  Berry,  alors  otage  en  Angleterre,  rachetèrent  Brioude 
ainsi  que  Varennes  (auj.  Varennes -Saint-Honorat,  arr.  le  Puy,  c.  Al- 
lègre) des  mains  de  Seguin  de  Badefol.  Archives  des  Basses-Pyrénées , 
arm.  Albret,  invent.  C,  chap.  m. 

2.  Haute-Loire,  arr.  Brioude. 

3.  Aujourd'hui  section  de  Clermont-Ferrand. 

4.  Haute-Loire,  arr.  Brioude,  c.  Lavoûte-Chilhac.  Dans  notre  texte 
(p.  76, 1.  4),  on  a  imprimé,  par  erreur  :  Tillath.  Lisez  :  Cillach. 

5.  Puy-de-Dôme,  arr.  Issoire,  c.  Saînt-Germain-Lembron. 

6.  Pu^-de-Dôme,  arr.  et  c.  Issoire. 

7.  Saint-Bonnet-l'Arsis  nous  est  inconnu.  Le  contexte  ne  nous  per- 
met pas  de  voir  là  deux  localités  distinctes,  par  exemple  Saint-Bonnet 
et  Lastic,  suivant  la  leçon  de  quelques  éditeurs  ;  car,  dans  ce  cas,  Lar- 
sb  ou  l'Arsis  devrait  être  précédé,  comme  les  autres  noms  de  lieu,  de  la 
préposition  à.  Peut-être  tArsis  ou  le  Brûlé  est-il  un  ancien  surnom  de 
Saint-Bonnet-le-Cliateau  (Loire,  arr.  Montbrison),  par  opposition  à 
Saint-Bonnet-le-Froid  (Haute-Loire,  arr.  Yssingeaux,  c.  Montfaucon). 
Le  voisinage  de  ces  deux  localisés  donne  au  moins  quelque  vraisem- 
bhmce  à  cette  hypothèse.  Seguin  de  Badefol  pilla  aussi  l'hôtel-Dieu  de 
Montbrison  {Arch,  Nat,^  sect.  adm.,  Pi 409*,  n»  1394). 


SOMMAIRE  DU  PREMIER  LIVRE,  §g  491-498.    xuly 

terres  du  comte  dauphin*  alors  otage  en  Angleterre.  Après  une 
occupation  de  plus  d'une  année,  Seguin  de  Badefol  évacue  Brioude' 
moyennant  finance  et  se  retire  avec  ses  trésors  en  Gascogne,  son 
pays  natal.  J'ai  oui  dire  depuis  que  cet  aventurier  eut  une  fin 
tout  à  fait  tragique*.  P.  74  à  76,  269  à  271. 

1.  Béraud  l«c,  comte  de  Clermont  et  dauphin  d'Aurergne,  marié  à 
Marie  de  Villemur,  fut  en  effet  l'mi  des  otages  du  traité  de  Brétigny 
(Rjmer,  III,  515^.  Les  domaines  dn  comte  Dauphin  8*étendaient  entre 
Clermont  et  Brioude. 

2.  S'il  fallait  en  croire  un  curieux  et  charmant  récit  d'un  ancien 
chef  de  Compagnie  nommé  le  Bascot  de  Maoléon,  rapporté  par  Frois- 
sart ,  après  le  départ  pour  Anse  de  Seguin  de  Badetbl ,  Loois  Rou- 
baut,  de  Nice ,  lieutenant  de  Seguin ,  aurait  occupé  Brioude,  à  la  place 
de  son  maître.  Un  auure  routier  nommé  Limousin  aurait  obtenu  ]es 
fiiTeurs  d*une  maîtresse,  cune  trop  belle  femme  »,  que  Ronbant,  pen- 
dant un  voyage  à  Anse,  avait  laissée  à  Brioude.  Informé  du  fait,  nou- 
baut,  pour  se  venger,  aurait  chassé  ignominieusement  Limousin,  après 
l'avoir  fait  «  mener  et  courir  tout  nud  en  ses  braies  parmi  la  ville.  » 
Limousin  se  serait  vengé  à  son  tour  en  faisant  tomber  Roubaut  dans 
une  embuscade  où  le  bandit  niçob  fut  taillé  en  pièces  et  pris  par  le 
seigneur  de  la  Vonlte  et  les  habitants  du  Puy  (Froissart  de  Buchon,  II, 
411  à  413),  à  la  Batterie  (auj.  hameau  de  Graix,  Loire,  arr.  Saint- 
Étienne,  c.  Bourg- Argental),  entre  Annonay  et  Saint-Julien.  Cet  enga- 
gement i  où  Louis  Roubaut  fiit  battu  et  fait  prisonnier^  se  livra  le  ven- 
dredi 2  mai  1365.  Thalamus  parptu,  p.  368. 

3.  Lorsque  Seguin  évacua  Brioude  en  vertu  d'une  convention  con- 
clue k  Clermont  le  21  mai  1364,  il  ne  se  retira  pas  immédiatement  en 
Gascogne  ;  mais,  dans  les  premiers  jours  du  mois  de  novembre  de  cette 
année,  il  s'empara  d*Anse,  comime  nous  avons  déjà  eu  lieu  de  le  dire 
plus  haut.  Après  huit  mois  d'occunation,  dans  le  courant  de  juillet 
1365,  il  s'engagea,  envers  le  pape  Urbain  V,  à  rendre  cette  forteresse 
aux  chanoines  de  Saint-Jean ,  comtes  de  Lyon,  qui  en  étaient  sei- 
gneurs, moyennant  l'absolution  et  une  somme  de  40  000  petits  florins, 
on  32  000  francs,  dont  une  moitié  devait  être  nayée  à  Anse  dans  les 
premiers  jours  d'aoât,  et  Tautre  moitié  à  Roaez  au  terme  de  Noël 
suivant.  Seguin  s'engageait,  en  outre,  a  faire  sortir  ses  compagnons  du 
royaume,  et  consentait,  en  garantie  de  l'exécution  de  cette  clause,  à 
livrer  messire  Seguin  son  père  et  ses  frères  comme  otages  k  Avignon. 
Le  pape,  de  son  côté,  promettait  de  donner  Tabsolntion  aux  compa- 
gnons de  Seguin  de  Badefol,  au  cas  où  ceux-ci  voudraient  aller  au 
voyage  d'outre-mer  c  avec  les  autres  qui  y  doivent  aler  en  la  compai- 
gnie  de  l'Archiprestre.  s  A  cette  occasion,  les  consuls  de  Lyon  prêtè- 
rent 4000  florins  au  chapitre  de  Saint-Jean,  et  fournirent  en  outre  les 
otages,  qui  furent  enyoyés  à  Avignon  jusqu'à  l'entier  acquittement  des 
20  000  florins  restants.  Le  roi  Charles  Y  viot  aussi  au  secours  des  comtes 
de  Lyon;  il  leur  fit  don  d'une  somme  de  12000  francs,  pour  le  paye* 
ment  de  laquelle  on  leva  3  gros  par  feu  sur  les  habitants  du  Lyonnais 
et  du  GéVaudan  {Jrch,  Nai.^  K49,  n«  5),  et  un  franc  et  un  florin  par  feu 
sur  ceux  de  l'Auvergne  {Bibi,  Nai,j  Quittances,  XV,  192).  Le  chapitre 


XXXVI  CHRONIQUES  DE  J.  FROISSÂRT. 


CHAPITRE  LXXXYI. 

1361.    MORT  DU  DUC  DB  lANCÀSTHB,  —  MORT  DU  DUC  DR  BOURGOCNR 

RT  PARTAGR  DK  SA  SUCCESSION  •  1362.  MORT  DU  PAPR  INNOCENT  VI 

ET  ÉLECTION  d'uRBAIN  V.  YOTAGR   ET  SÉJOUR    DU  ROI    JEAN  A  LA 

COUR    d'aVIONON.    CRÉATION  DE  LA   PRINCIPAUTÉ  d' AQUITAINE  EN 

FAVEUR  DU  PRINCE  DB  OALLBS  ET  ARRIVÉE  d'ÉDOUARD  DANS  SA  NOU- 
VELLE PRINCIPAUTÉ  (§§  499  à  502). 

I 

Mort  de  Henri,  duc  de  Lancastre^.  Ce  duc  laisse  deux  filles, 
FaLnëe,  Mathilde ,  mariée  au  comte  Guillaume  de  Hainaut,  et  la 
jeune  Blanche,  à  Jean,  comte  de  Richmond,  fils  d'Edouard  IIIj, 
qui  devient  duc  de  Lancastre  du  chef  de  sa  femme.  —  Mort  de 


de  Salnt^ean  reprit  possession  du  château  d^Anse  dès  le  mois  d'aoât, 
paisqu'on  le  voit  nommer,  le  30  de  ce  mois,  Guillaume  de  Chalamont, 
chevalier,  capitaine  de  ce  château,  aux  gages  annuels  de  400  écus  d*or 
{Areh.  du  Rhône  ^  arm.  Énoch,  vol.  20,  n»  26;  AUut,  Us  Rouiiert^ 
p.  155  à  170).  Toutefois,  au  mois  de  novembre  1365,  Seguin  de  Bade- 
fol  ëtait  encore  à  Anse,  ou  du  moins  il  était  supposé  j  être,  car  il 
figure  parmi  les  routiers  à  qui  Bertrand  du  Guesclin  fit  porter,  le  20 
de  ce  mois,  une  lettre  où  il  les  invitait  a  vider  le  pajs  et  a  le  suivre 
(Archhes  de.  la  Câte-^Or^  fonds  de  la  Chambre  des  Comptes  de  Bour- 
gopie,  B1423).  Quoi  qu'il  en  soit,  du  Guesclin  réussit  à  entraîner  Se- 
guin. Seulement,  ce  routier  voulut,  chemin  faisant,  rendre  visite  au 
roi  de  Navarre  à  Tinstigation  duquel  il  avait  naguère  saccagé  le 
royaume,  et  mal  lui  en  prit.  Charles  le  Mauvais,  à  qui  Seguin  récla- 
mait un  arriéré  de  solde,  trouva  plus  simple  de  Tempoisonner  que  de 
le  payer.  Telle  est  la  fin  tragique  à  laquelle  Froissart  fait  allusion,  et 
qu^il  faut  rapporter  aux  derniers  jours  du  mois  de  décembre  1365  : 
«  Item,  en  lo  dich  mes  de  dezembre  (1365),  lo  sobredich  Segni  de  Ba- 
dafol  mori  à  Pampalona  (Pampelune,  en  Navarre)  per  lo  fuoc  de  Sant 
Anthoni,  »  Thalamus  parvus^  p.  370.  Cf.  Martène,  thés,  j4necdot.,  I, 
1576,  et  Secousse,  Preupes  de  P histoire  de  Charles  le  Bîauptds^  p.  381 
et  411. 

1.  Un  mandement  d^Édonard  III,  en  date  du  16  avril  1361  {Rymer^ 
III,  614),  est  adressé  à  Henri,  duc  de  Lahcastre.  Cependant  Knyghton, 
chanoine  de  Leicester  (apud  Tmysderiy  U,  2625)  dit  que  Henri  de  Derby 
mourut  dans  le  carême  qui  suivit  le  traité  de  Brétigny,  c'est-à-dire 'au 
plus  tard  dans  les  vingt-et-un  premiers  jours  de  mars  1361 .  Le  duc  de 
Lancastre  fut  enterré  près  de  la  porte  septentrionale  de  Téglise  collé- 
giale de  Leicester,  qu'il  avait  fondée  à  côté  d*un  hôpital  destiné  à  re- 
cevoir cent  pauvres  malades. 


SOMMAIRE  DU  PREMIER  LIVRE,  §§  49^802.  xxxvii 

Philippe,  dit  de  Rouvre,  duc  de  Bourgogne ^  marie  à  la  jeune 
Marguerite,  fille  de  Louis,  comte  de  Flandre.  Marguerite*,  mère 
du  comte  de  Flandre,  succède  à  Philippe,  son  petit  neveu,  dans 
la  possession  des  comtes  d'Artois  et  de  Bourgogne.  Jean  de  Bou- 
logne a  pour  sa  part  les  comtés  d'Auvergne  et  de  Boulogne*. 
Enfin,  Jean,  roi  de  France,  hérite  à  titre  de  plus  proche  parent^, 
du  duché  de  Bourgogne,  au  grand  déplaisir  du  roi  de  Navarre^ 
qui  prétend  avoir  des  droits  sur  cette  succession  ainsi  que  sur  la 
Champagne  et  la  Brie.  P.  76,  77,  271  et  272. 
Le  roi  de  France  entreprend  de  visiter  son  nouveau  duché  '  et 


1.  Philippe,  dit  de  Rouvre,  mourut  le  21  novembre  1361,  cinq  mois 
à  peine  ^après  son  mariage  avec  Marguerite  de  Flandre,  accompli  le 
l**"  juillet  précédent,  alors  que  Marguerite  n'avait  pas  encore  attemt  sa 
douzième  année. 

2.  Marguerite  de  France,  mariée  le  2  juin  1320  à  Louis  II,  comte  de 
Flandre,  mère  de  Louis  III,  dit  de  Maie,  et  grand*mère  de  Marguerite 
de  Flandre,  était  la  seconde  fille  de  Philippe  le  Long  et  de  Jeanne, 
comtesse  de  Bourgogne  et  d* Artois.  Cette  princesse,  sœur  de  Jeanne 
de  France,  mariée  a  Eudes  IV,  recueillit  les  comtés  de  Bourgogne 
et  d'Artois  du  chef  de  sa  mère  Jeanne,  bisaïeule  de  Philippe  de 
Rouvre. 

3.  Jeanne  de  Boulogne,  fille  de  Guillaume,  comte  d'Auvergne  et  de 
Boulogne  et  de  Marguerite  d'Évreux,  mariée  en  premières  noces  k  Phi- 
lippe de  Bourgogne,  dont  elle  eut  Philippe  de  Rouvre,  remariée  le 
19  février  1349  à  Jean,  roi  Je  France,  mourut  à  ArgilJj  le  même  jour 
que  son  fils,  c'est-à-dire  le  21  novembre  1361.  Jean  d'Auvergne  ou  de 
Boulogne,  qui,  par  suite  de  ce  double  décès,  entra  en  possession  des 
comtés  de  Boulogne  et  d'Auvergne,  était,  ainsi  que  le  cardinal  Gui  de 
Boulogne,  l'oncle  de  Jeanne  du  côté  paternel.  Jean  et  Gui  étaient  les 
fils  de  Robert  VU,  comte  d'Auvergne  et  de  Boulogne,  et  de  sa  seconde 
femme,  Marie  de  Flandre,  tandis  que  Guillaume,  père  de  Jeanne  de 
Boulogne,  était  le  fils  de  ce  même  Robert  VII  et  de  sa  première 
femme.  Blanche  de  Clermont.  Anselme  Nut,  généal,^  VIII,  56  et  57. 

4.  Le  roi  Jean,  fils  de  Jeanne  de  Bourgogne,  soeur  d'Eudes  IV, 
grand -père  de  Philippe  de  Rouvre,  était  par  conséquent  le  neveu 
d'Eudes  IV,  le  cousin  germain  du  fils  d'Eudes,  Philippe  de  Bourgogne, 
tué  an  siège  d'Aiguillon  le  22  septembre  1346,  et  l'oncle  à  la  mode  de 
Bretagne  de  Philippe  de  Rouvre,  fils  de  Philippe  de  Bourgogne. 

5.  Charles  II,  roi  de  Navarre,  dit  le  Mauvais,  petit-fils  par  sa  mère 
de  Marguerite  de  Bourgogne,  première  femme  de  Louis  le  Hutin  et 
sœur  d'Eudes  IV,  était  seulement  le  cousin  issu  de  germain  du  der- 
nier duc  de  Bourgogne.  Pour  couper  comt  à  ces  prétentions  de  son 
gendre,  le  roi  Jean,  par  une  ordonnance  rendue  au  Louvre  lez  Paris 
au  mois  de  novembre  1361,  réunit  perpétuellement  à  la  Couronne  : 
1°  le  duché  de  Bourgogne,  2<^  les  comtés  de  Champagne  et  de  Brie,  3°  le 
comté  de  Toulouse.  Oretonn,,  IV,  212  et  suiv. 

6.  Le  voyage  du  roi  Jean  en  Bourgogne  pour  prendre  possession  de 


xxxmt  CHRONIQUES  DE  J.  FROISSART. 

d'aller  voir  le  pape  à  Avignon;  il  part  de  Paris  vers  la  Saint- 
Jean-Baptiste  1362*,  après  avoir  nommé  Charles  son  fils  aîné 
régent  pendant  son  absence,  et  arrive  à  Avignon  aux  approches 
de  Noël  suivant*.  Innocent  YI  meurt  sur  ces  entrefaites*.  Les 


son  nouveau  duché,  n'a  rien  de  commun,  qaoi  qu'en  dise  Froissart, 
avec  le  vojage  à  Avignon.  Le  voyage  en  Bourgogne  eut  lieu  en  dé- 
cembre 1361  et  janvier  1362,  tandis  que  le  voyage  à  Avignon  ne  se  fit, 
conmie  nous  le  montrerons  plus  loin,  qu'aux  mois  d'octobre  et  de  no- 
vembre de  cett  même  année  1362.  Voici  les  principales  étapes  du 
voyage  en  Bourgogne.  1361,5  décembre  :  départ  du  bois  de  Vin- 
cennes  (Gr,  Ckron.,  VI,  225);  du  5  au  9  décembre  :  passage  à  Moret 
(JJ91,  n*  30),  à  Sens  (JJ91,'no  31),  à  ViUeneuve-le-Roi  (JJ119, 
n»  415),  à  Saint-Florentin  (JJ91,  n»  100),  à  Auxerre  (JJ91,  n»  230),  à 
Tonnerre  (JJ91,  n<>  33).  Jean  arriva  à  Dijon  le  10  décembre  et  confirma 
le  jour  même  de  son  arrivée  le  traité  conclu  à  Guillon  le  10  mars 
1360  (dom  Plancher,  Hut.  de  Bourg,^  t.  II,  Preuves,  p.  gclxxii  à 
ccLXXvi).  C'est  encore  à  Dijon  que  ce  prince  confirma,  le  23  décembre 
suivant,  les  libertés  et  franchises  des  habitants  de  cette  ville  (JJ91, 
no  kk),  1362  (n.  st.),  2  janvier,  à  Talant  (JJ91,  n*»  46,  66,  57,  98); 
7  janvier,  à  Rouvre  (dom  Plancher,  H,  Preuves,  ccunn  et  cclxvii)  ; 
16  janvier,  à  Cîteaux  (Ibid.,  cgi.xvii  et  gclxviii);  20  et  25  janvier,  à 
Beaune  (JJ91,  n^  103  à  106:  JJ93,  n»  69);  février,  à  Amay-le-Duc 
(JJ91,  n^B  69  à  71).  Le  roi  Jean,  après  avoir  passé  par  ChâtiIlon>sur« 
Seine  (JJ91,  n«  68)  et  Troyes  (JJ91,  n»»  84  et  85)  pendant  la  première 
quinzaine  de  février,  était  de  retour  au  boisdeVincennes  le  17  février 
(JJ91,  no  221). 

1  :  Froissart  commet  ici,  comme  l'a  déjà  fait  remarquer  dom  Vais- 
sète  (Hitt,  du  Languedoc^  IV,  572),  une  grave  erreur  de  date.  Le  roi 
Jean  ne  partit  point  de  Paris  vers  le  24  juin  ;  il  était  encore  dans  cette 
ville  non  à  la  fin,  comme  le  dit  dom  Vaissète,  mais  dans  les  premiers 
jours  de  septembre  (JJ91,  no*  368,  370),  au  manoir  de  Tourvoye,  près 
Provins  (K179,  liasse  21 ,  n®  4)  ;  à  Torcenay  (K179,  liasse  28,  n«  2128); 
à  Troyes  le  30  septembre  et  dans  les  premiers  jours  d'octobre  (Pi  377*, 
no  2891.  JJ119,  n»  219.  JJ93,  n««  1  à  12);  à  Châtillon-sur-Seine  fJJ93, 
no>  13  et  14)  ;  à  Villaines-en-Duesmois  (JJ93,  n»  15),  à  Beaune  (JJ93, 
n*»  18  à  20,  37,  38),  à  Chalon  (JJ93,  n*  21,  35,  36,  39,  40,  41,  43, 
51,  54  à  56)  en  octobre;  à  Tournus,  le  22  octobre  (JJ93,  n»  69);  à 
Mâcon  (Ordonn,,  III,  594,  595,  599)  dans  les  derniers  jours  d'octobre. 
Le  roi  de  France  n'arriva  à  Villeneuve-lez-Avignon  que  dans  les  pre- 
miers jours  de  novembre  (Ordonn,,  lïl,  600). 

2.  La  fête  de  Noël  se  célèbre  le  25  décembre.  On  a  vu  par  la  note 
précédente  que  Jean  arriva  à  Villeneuve-lez-Avignon  dans  les  premiers 
jours  de  novembre.  Par  conséquent,  Froissart  place  près  de  deux  mois 
trop  tard  l'arrivée  du  roi  de  France  à  Avignon  ou  du  moins  à  Ville- 
neuve-lez-Avignon. 

3.  Etienne  Aubert,  né  à  Mont  près  Pompadour  au  diocèse  de'  Li- 
moges, élu  pape,  sous  le  nom  d'Innocent  VI,  le  18  décembre  1352, 
mourut  à  Avignon  le  lundi  12  septembre  1362,  après  un  pontificat  de 
9  ans  8  mois  26  jours  depuis  son  couronnement.  Froissart  place  la 


SOMMAIRE  DU  PREMIER  LIVRE,  gg  499-502.  xzxix 

cardinaux  de  Boulogne  et  de  Përigord  se  disputent  les  voix  du 
conclave.  Ne  pouvant  réunir  la  majbrité,  parce  qu'ils  se  tiennent 
en  échec  l'un  Tautre,  ils  prennent  le  parti  de  Caire  élire  un  sim- 
ple moine,  abbé  de  Saint-Victor  de  Marseille,  qui  devient  pape 
^us  le  nom  d'Urbain  V^  Informé  que  Pierre  de  Lusignan,  roi 
de  Chypre,  doit  venir  bientôt  à  Avignon,  Jean  passe  Thiver  à 
Villeneuve  et  dans  ses  villes  du  midi,  en  attendant  l'arrivée  du 
vainqueur  des  Sarrasins,  du  conquérant  de  Satalie'.  P.  77  à 
79,  272  à  274. 

Edouard  Ul  crée  Edouard,  prince  de  Galles,  son  fils  aîné, 
prince  d'Aquitaine  '  ;  Lionel ,  son  second  fils ,  naguère  comte 
d'Ulster,  duc  de  Clarence;  Jean,  son  troisième  fils,  auparavant 
comte  de  Richmond,  duc  de  Lancastre  ^  ;  et  il  demande  pour  son 
quatrième  fils  Aymon,  comte  de  Cambridge,  la  main  ^  de  Margue- 

mort  de  ce  pape  après  rarrivée  da  roi  Jean  à  ATÎgnon,  tandis  qa*elle 
eut  lieu  près  de  deax  mois  auparavant.  « 

1.  Le  22  septembre  1362,  dix  jours  après  les  funérailles  d'Innocent  VI, 
les  cardinaux  présents  à  Arignon  entrèrent  an  conelaye  au  nombre  de 
vingt,  y  compris  Andronin  de  la  Roche  arrivé  dans  la  capitale  du 
Comtat  alors  qu'Innocent  était  à  Tagonie.  Par  suite  de  la  lutte  qui  s'é- 
tablit entre  les  cardinaux  de  Boulogne  et  de  Périg  jrd,  les  membres  du 
sacré  collège  lurent  plus  d'un  mois  dans  le  concUre  avant  de  convenir 
d'un  pape.  Ils  ne  parvinrent  à  se  mettre  d'accord  qu'en  portant  leur 
choix  sur  quelqu'un  qui  n'était  pas  leur  collègue,  Guillaume  Grimoard, 
abbé  de  Saint-Victor  de  Marseille,  qui  fut  ëlu  pape  le  28  octobre, 
quelques  jours  seulement  avant  l'arrivée  du  roi  Jean  à  Avignon.  Guil- 
laume, né  au  château  de  Grizac  (alors  paroisse  de  Bédouès,  aujour- 
d'hui commune  de  Pont-de-Montvert,  Lozère,  arr.  Florac),  au  diocèse 
de  Mende,  successivement  professeur  de  droit  canon  à  l'université  de 
Montpellier,  abbé  de  Saint-Germain  d'Auxerre,  puis  en  1358  de  Saint- 
Victor  de  Marseille,  légat  en  Italie  au  moment  de  son  élection,  entra 
secrètement  à  Avignon  le  30  octobre  et  fut  sacré  évéque  et  couronné 
pape  le  dimanche  6  novembre  sous  le  nom  d'Urbain  Y.  D'après  Raj- 
naldi,  le  roi  Jean  ne  serait  allé  visiter  le  nouveau  pape  et  n'aurait  fait 
son  entrée  k  Avignon  que  le  20  novembre  1362. 

2.  Aujourd'hui  Satalieh,  Turquie  d'Asie,  province  d'Anatolie,  sur  la 
Méditerranée,  à  l'entrée  du  golfe  du  même  nom.  C'est  l'ancienne  Atta- 
lie  qui  tirait  son  nom  d'Attale  son  fondateur.  D'après  les  Grandes 
CItroniaues  (VI,  225),  Saulie  fut  prise  par  Pierre  I«',  roi  de  Chypre, 
le  jeudi  !«'  juillet  1361. 

3.  JÉdouard,  prince  de  Galles,  fut  créé  prince  d'Aquitaine  le  19  juil- 
let 1362.  Rymer,  in,  668,  669. 

4.aiean,  dit  de  Gand,  à  cause  du  lien  de  sa  naissance,  était  marié  à 
Blanche,  la  seconde  fille  de  Henri  de  Derby,  duc  de  Lancastre. 

5.  Ces  négociations  furent  entamées  peu  après  la  mort  de  Philippe 
de  Rouvre,  premier  mari  de  Marguerite  de  Flandre,  dès  le  commen- 


XL  CHRONIQUES  DE  J.  FROISSART. 

rite,  fille  du  comte  de  Flandre  et  veuve  de  Philippe  de  Rouvre. 
—  Mort  d'Isabelle  de  France  S  fille  de  Philippe  le  Bel  et  mère 
d'Edouard  III.  Après  avoir  assisté  aux  obsèques  de  sa  grand'mère, 
Edouard,  prince  d'Aquitaine  et  de  Galles,  qui  vient  de  se  marier 
à  Jeanne  de  Kent,  veuve  de  Thomas  de  Holland  ^,  quitte  l'An- 
gleterre et  fait  voile  vers  le  continent  *  où  il  se  rend  pour  pren- 
dre possession  de  sa  nouvelle  principauté;  il  débarque  à  la  Ro- 
chelle et  y  reste  quatre  jours.  P.  79  à  8i,  274,  278. 

Jean  Ghandos,  gouverneur  d'Aquitaine  pour  le  roi  d'Angleterre, 
va  de  Niort  où  il  réside  à  la  Rochelle  au-devant  du  prince;  il 
l'accompagne  à  Poitiers  où  tous  les  feudataires  de  Poitou^  et  de 
Saintonge  viennent  rendre  hommage  à  leur  nouveau  suzerain.  Le 
prince  d'Aquitaine  se  dirige  ensuite  vers  Bordeaux.  Il  fait  en 
compagnie  de  la  princesse  un  long  séjour  dans  cette  ville  et  y  re- 


cernent  de  l'année  1362.  Par  acte  daté  de  son  château  de  Windsor  le 
8  férrier  de  cette  année,  Edouard  III  donna  pleins  pouToirs  à  l'éyéqae 
de  Wincester,  au  comte  de  Suffolk,  etc.,  pour  négocier  cette  affaire 
auprès  de  son  très-cher  cousin  le  comte  de  Flandre.  Rymer,  III, 
636. 

1.  Froissart  s'est  trompé  de  quatre  ans  sur  la  date  de  cet  éréne- 
ment.  Cette  princesse  mourut  en  novembre  1358,  avant  le  20  do  ce 
mou.  Rymer,  III,  411. 

2.  Froissart  n'a  mentionné  ce  mariage ,  contracté  malgré  l'opposi- 
tion du  pape  et  d'Edouard  III  et  qui  fiit  l'une  des  causes  du  départ 
du  prince  de  Galles  pour  TAquitaine,  Froissart ,  dis-je,  n*a  mentionné 
ce  mariage  à  sa  date  que  dans  la  seconde  rédaction  représentée  par  le 
manuscrit  d'Amiens.  Voyez  p.  274. 

3.  Le  29  aoât  1362,  Edouard  III  autorisa  son  très-cher  fils,  te 
prince  d'Aquitaine  et  de  Galles,  qui  avait  contracté  des  dettes  à  l'occa- 
sion de  son  départ  pour  l'Aquitaine,  à  faire  son  testament  afin  de  don- 
ner des  gages  et  une  hypothèque,  le  cas  ëchëant,  à  ses  créanciers, 
tt  cum  in  obsequium  nostrum  ad  partes  Fasconim  profeeturus  est,  » 
Rymer,  III,  676. 

4.  Les  feudataires  de  Poitou  prêtèrent  serment  de  foi  et  hommage 
à  Edouard,  prince  d'Aquitaine  et  de  Galles,  au  château  de  Benon,  le 
l«v  septembre  1363  ;,  à  Niort,  le  3  septembre;  au  monastère  de  Saint- 
Maixent,  le  6;  en  l'église  cathédrale  de  Saint-Pierre  de  Poitiers,  le  13; 
en  l'église  des  Frères  Mineurs  de  la  même  ville,  le  \k  ;  en  la  chambre 
du  prince  d'Aquitaine,  à  Poitiers ,  le  23  ;  au  palais  de  Poitiers,  le  29 
de  ce  mois  (Delpit,  Documents  français  en  Angleterre^  p.  108  à  114). 
Les  feudataires  de  Saintonge  avaient  prêté  serment  du  23  au  29  août 

!  précédent  {Ibid.^  p.  106  à  107),  ceus^^'Àçgoumois ,  du  18  au  2#  aoât 
Ibid,^  p.  104  à  106),  ceux  de  Périgoraf/le Quercy  et  de  Rouergue ,  à 
Bergerac,  à  Sainte-Foy  et  en  l'église^Saint-Front  de  Périgueux,  du  k 
au  15  août  {Ibîd.,  p.  100  à  104). 


SOMMAIRE  DU  PREMIER  LIVRE,  gg  499-502.       xu 

çoit  le  serment  des  seigneurs  de  Gascogne^.  Grâce  à  sa  médiation, 
la  paix  est  conclue  ^  entre  les  comtes  de  Foix  et  d'Armagnac  qui 
sont  depuis  longtemps  en  guerre.  Il  fait  Jean  Chandos  connétable, 
et  Guichard  d'Angle  maréchal,  d'Aquitaine.  Il  distribue  les 
meilleurs  offices  de  la  principauté  aux  chevaliers  de  son  entou- 
rage et  à  des  Anglais,  au  grand  mécontentement  des  gens  du  pays. 
P.  81,82,  278  à  277. 


CHAPITRE  LXXXVn. 

1363.  AB&nriB  sr  séjoub  db  fiebkb  i*',  boi  db  chtpbb,  a  avionon. 

niOJBT  DB  CBOI8AOB.  TBArri  CONCLU  BNTBB  foOUABD  lO  BT 

LBS   QUATBB    OTAOBS    DBS  rLBURS    DB  LU.  YOTAOBS   DU    BOI  DB 

CHYPBB  A  PABI8,  BN  NOBMAHDn  BT  EN  ANOLBTBBBB. 1 364.  BBTOUB 

DB  JBAN  U  A  LONDBB8.  YOTAGB  DB  PIBBBB  1*'  EN  AQmTAINB.  

M(H1T  DU  BOI  DB    FBANCE  A  LONDBBS    BT    AViNRMBNT  DB   CHABLBS  V 
(SS  503  à  510). 

Arrivée  de  Pierre  I*',  roi  de  Chypre,  à  Avignon*.  Les  rois  de 
France  et  de  Oiypre  prennent  la  croix*  à  l'instigation  d'Urbain  V. 
P.  82  à  84,  277  et  278. 


1.  C'est  du  9  an  30  juillet  1363,  ATant  de  se  rendre  en  Poitou, 
qu'Edouard,  prince  d'Aquitaine  et  de  Galles ,  duc  de  Comouaille  et 
comte  de  Chester,  reçut  le  serment  des  feudataires  de  Gascogne,  soit 
dans  l'église  cathédrale  de  Saint-André,  soit  dans  le  palais  de  Tarche- 
Têque  de  Bordeaux.  Delpit,  Documents  français ,  p.  86  à  100. 

2.  Cette  paix  fut  conclue  en  Fëglise  Saint-Volusien  de  Foix  le  14 
ami  1363  à  la  suite  de  la  yictoire  remportée  par  le  comte  de  Foix  à 
Launac  le  5  décembre  précédent  (dom  Yaissète,  H'ut.  de  Languedoc, 
lY,  Preuves^  281  à  284);  mais  le  roi  Jean  et  le  pape  Urbain  Y  eurent 
beaucoup  plus  de  part  que  le  prince  d'Aquitaine  à  la  réconciliation 
des  deux  comtes. 

3.  Pierre  I»"",  roi  de  Chypre,  fit  son  entrée  à  Avignon  le  mercredi 
saint  29  mars  1363.  Baluz.,  Fitm  pap.  Apen.,  I,  401,  983. 

k.  Les  rois  de  France  et  de  Chypre  et  un  troisième  roi  dont  Frots- 
sart  ne  parle  pas,  Yaldemar  III,  roi  de  Danemark ,  prirent  la  croix  le 
vendredi  saint,  31  mars  1363,  le  surlendemain  de  TarriTée  du  roi  de 
Chypre.  Yaldemar  III  étai^  iwivé  à  Avignon  le  26  février,  un  mois 
environ  avant  Pierre  I«»  :  '  •'  bie  vigesima  sexta  februarii ,  rex  Daciœ 
intravit  cnnam  (Avenionis),  qna  de  causa  ignoratur.  »  Baluz.,  Fitœ 
pop,  A9en,^  I,  401. 


xhn  CHRONIQUES  DE  J.  FROISSART. 

Après  Pftqaes  1363,  départ  d'Avigncm  des  rois  de  Chypre*  et 
de  France'.  Voyages  de  Pierre  I*'  à  Prague*  auprès  de  l'empe- 
reur Charles  IV,  roi  de  Bohème,  en  Allemagne,  dans  le  duchë  de 
JulierSy  en  Brabant,  en  Flandre  où  il  rencontre  à  Bruges  le  roi 
de  Danemark  qui  a  quitté  son  royaume  pour  le  venir  voir,  en 
Hainaut.  Le  roi  de  Chypre  s'efforce  de  recruter  dans  tous  ces 
pays  des  adhérents  à  la  croisade  projetée.  P.  84  à  86,  278  à  280.- 

Traité  conclu  entre  Edouard  III  et  les  quatre  ducs  d'Orléans, 
d'Anjou,  de  Berry  et  de  Bourbon,  otages  en  Angleterre^.  Edouard 

1 .  Pierre  !•'  partît  d*ATignon  le  mercredi  31  mai  1 363  (Ihid. ,  I^  401) . 

2.  Le  roi  Jean,  après  aroir  fait  set  adieux  an  Saint-Père  le  9  mai 
(Ibid,^  I,  401),  quitta  VilleneuTe-]ez-ATignon  pour  retourner  en  France, 
entre  le  15  et  le  17  mai  1363  (Bibl.  Nat,^  ms.  lat.  n»  10002,  f«»  63,  55 
y*  et  56).  Voici  les  principales  étapes  de  son  retour  :  à  Bagnols-dn- 
Gard,  le  17  mai  (ms.  lat.  n»  10002,  f>*  55  -^  et  56)  ;  au  Pont-Saint- 
Esprit  (JJ93,  n»  242),  à  Romans  (X**7,  f"  191  t»  et  196  ▼•»),  entre  le 
17  et  le  28  mai  ;  à  Lyon,  le  28  (PI  360',  n»  797)  et  le  31  mai  (ms.  lat. 
n«  10002,  f»  17  ▼•).  Pierre  !•',  parti  d'Avignon  le  31  mai,  alla  rejoindre 
le  roi  de  France  à  Lyon.  Après  quoi,  Jean  se  remit  en  route  vers  Paris. 
Il  était  à  Chalon  le  7  juin  (ms.  lat.  n^  10002,  ^  1),  à  Beaune  entre  le 
7  et  le  27  juin  (JJ93,  n*»  263,  279  à  281),  èTalant-sur-Dijonle27  juin, 
où  il  nomma  son  plus  jeune  fils  Philippe,  duc  de  Touraine,  son  lien- 
tenant  en  Bourgogne  (JJ95,  n<>  43),  à  Troyes  (JJ91 ,  n<»  483,  489  ; 
JJ95,  no  140),  puis  à  rroTins  (JJ91,  n^  485),  dans  les  premiers  jours 
de  juillet,  et  il  arriva  à  Paris  dans  la  première  quinzaine  de  ce  mois 
(JJ91,  n«*  486  à  488,  490).  Le  23  jmllet,  il  tint  cour  plënière  à  la 
Noble  Maison  de  Saint-Ouen  fK48,  n»  33). 

3.  Il  est  invraisemblable  et  a  peu  près  impossible  que  Pierre  I*i^,  roi 
de  Chypre,  ait  fait  alors  ce  voyage  à  Prague  dont  parle  Froissait, 
quoique  la  version  du  brillant  chroniqueur  ait  éié  adoptée  par  le  der-i 
nier  et  savant  historien  de  Chypre,  M.  de  Mas-Latrie  [Hist.  de  Chypre^ 
II,  240,  en  note).  Parti,  comme  nous  venons  de  le  voir,  d'Avignon  le 
31  mai  1363,  Pierre  I«r  éuit  en  Normandie  à  la  fin  d'août,  à  Rouen  et  - 
à  Caen,  où  le  dauphin  Charles  fêtait  sa  venue,  au  commencement  de 
septembre  de  la  même  année  {Contin,  chron.  G,  de  Nangiaeo,  II,  330  et 
331;  Chronique  det  quatre  premiers  Valois^  128).  On  admettra  difficile- 
ment que  deux  mois  et  demi  aient  pu  suffire  au  roi  de  Chypre  pour  se 
rendre  d'Avignon  en  Bohême  et  pour  revenir  en  Normandie  après 
avoir  parcouru  l'Allemagne,  le  duché  de  Juliers,  le  Brabant  et  le  mi- 
nant. D'ailleurs,  deux  chroniqueurs,  d'ordinaire  plus  exacts  que  Frois- 
sart,  Jean  de  Yenette  et  l'auteur  de  la  Chronique  des  Faloîs,  affirment 
que  Pierre  I*',  après  son  départ  d'Avignon,  accompagna  le  roi  Jean  en 
France  :  i  Et,  istis  sic  ordinatis,  reversus  est  ad  Franciam  indilate 
(Johannes,  rex  Francise),  et  rex  Cyprl  similiter  çenit  illuc,  s  Contin,  G,  de 
Nangiaeo^  U,  330. 

4.  Aux  termes  de  ce  traité,  conclu  à  Londres  en  novembre  1362,  ' 
Edouard  III  s'engageait  à  mettre  en  liberté  les  quatre  ducs  d'Orléans , 
d'Anjou,  de  Berry  et  de  Bourbon,  appelés  les  quatre  princes  des  Fleurs 


SOMMAIRE  DU  PREMIER  LIVRE,  §S  503-510.     xlhi 

s'engage  a  mettre  en  liberté  ces  quatre  otages  sous  certaines  con- 
ditions; et,  en  attendant  que  ces  conditions  soient  remplies,  les 
ducs  sont  internés  à  Calais  ^  L'embarras  des  finances  vient  se 
joindre  au  projet  de  croisade  pour  faire  traîner  en  longueur  les 
négociations  relatives  à  ce  traité,  au  grand  mécontentement  du 
duc  d'Anjou.  D'un  autre  côté,  le  roi  de  Navarre  se  prépare  à 
recommencer  les  hostilités  et  prend  à  sa  solde  les  Compagnies 
qui  reviennent  de  Lombardie,  pour  faire  la  guerre  au  royaume'. 
P.  86,87,  280,  281. 

Au  retour  de  son  voyage  en  Allemagne,  le  roi  de  Oiypre  va 
voir  le  roi  de  France  à  Paris',  le  dauphin  duc  de  Normandie  à 


de  Lis,  moyennant  le  prix  de  200  000  florins  et  la  cession  de  la  terre 
de  Belleville  et  du  comt^  de  Gaure.  En  outre,  le  duc  d'Orléans  devait 
donner  en  gage  au  roi  anglais  les  châteaux  de  Chizé,  de  Melle,  de 
Ciyray  et  de  Villenenve,  sis  en  Poitou  et  Saintonge,  ainsi  que  le  châ- 
teau aç  Beaurain  situé  en  Pontieu.  U  ëtait  conTenn  aussi  que  la  Roche* 
snr-Yon,  Dun-le-Roi  et  Ainay  lez  Dun>]e-Roi  (anj.  Ainay-le-Viei]) 
seraient  livres  à  Edouard  en  échange  de  la  mise  en  liberté  des  comtes 
de  Braisne,  de  Grantpré,  des  seigneurs  de  Montmorency,  de  Clères, 
de  Hangest  et  d'And^el  (Rymer,  III,  681 ,  682).  Par  acte  daté  de 
VilleneuTe-le^Avignon,  le  26  janrier  1363,  le  roi  Jean  confirma  le  traité 
conclu  entre  son  frère,  ses  deux  fils,  le  duc  de  Bourbon  et  Edouard  III, 
au  mois  de  novembre  précédent.  U  pria  seulement  le  toi  anelais  de 
Tonloir  bien  mettre  en  liberté  Pierre  d'Alençon,  le  comte  dauphin 
d'Aurergne  et  le  seigneur  de  Coucy  au  lieu  et  place  du  comte  de  Grant- 
pré, des  seigneurs  de  Clères  et  aAndrezel  (Rymer,  III,  685)  ;  mais 
Edouard  ne  voulut  pas  consentir  à  cette  modification. 

1.  Par  acte  daté  du  15  mai  1363,  Philippe,  duc  d'Orléans,  comte  de 
Valois  et  de  Beaumont,  Louis,  duc  d'Anjou  et  comte  du  Maine,  Jean, 
duc  de  Berry  et  d'Auvergne^  Louis,  duc  de  Bourbon  et  comte  de  Qer- 
mont,  auxquels  Edouard  III  avait  permis  de  Tenir  et  de  résider  à 
Calais  jusqu'à  l'entier  accomplissement  des  conditions  stipulées  dans  le 
traité  qui  devait  assurer  leur  mise  en  liberté,  promirent  de  retourner 
oUges  en  Angleterre,  si  une  entente  définitive  ne  parvenait  pas  à  s'é- 
tablir au  sujet  de  l'exécution  de  ce  traité  (Rymer,  III,  700').  Vers  la 
mi-mai  1363,  une  nef  d'Abbeville  transporta  de  Londres  a  Calais  les 
garnisons  de  salle,  de  chambre,  les  harnais  de  joute,  les  lévriers  et 
chiens,  ainsi  que  les  seize  domestiques,  clercs  et  valets  de  Philippe, 
duc  d'Orléans  (Rymer,  III,  699).  ' 

2.  Sur  les  préparatifs  de  guerre  et  les  menées  hostiles  du  roi  de  Na- 
varre en  1363,  voyez  notre  Histoire  de  du  Guesclin,  p.  409  à  klk, 

3.  Aucun  acte  ne  constate  la  présence  du  roi  Jean  à  Paris  depuis  la 
seconde  quinzaine  d'août  1363  jusqu'au  départ  de  ce  prince  pour  l'An- 
gleterre. Par  conséquent,  les  deux  rois  de  France  et  de  Chypre  n'ont 
pu  se  trouver  ensemble  dans  cette  ville  qu'à  la  fin  de  juillet  ou  pen- 
dant la  première  quinzaine  d'août  de  cette  année. 


xtiv  CHRONIQUES   DE  J.  FROISSART. 

Rouen*  et  le  roi  de  Nayarre  à  Qierbourg^;  il  essaye  en  vain  de 
réconcilier  les  enfants  de  Navarre  avec  le  roi  Jean  et  le  dauphin 
Charles.  De  Cherbourg,  Pierre  I"  revient  à  Caen,  passe  par  Pont- 
de-r Arche,  Abbeville,  Rue,  Montreuil  et  arrive  à  Calais  où  il  ne 
trouve  que  les  ducs  d'Orlëans,  de  Berry  et  de  Bourbon,  car  le 
duc  d'Anjou  a  rompu  son  otagerie  et  est  retourne  en  France*. 
P.  87  i  89,  281  à  283. 

1.  Jean  de  Venette  rapporte  ce  vovaee  du  roi  de  Chypre  à  Rouen 
au  mois  de  septembre  1363  :  «  Et  ÎTit  dominas  rex  Cjrpri  usqne  Ro- 
thomagum  atque  Cadomum,  ubi  fuit  in  mense  septembrihujusaruù  (1363) 
receptus  solenmiter  per  ducem  Normaniœ,  scilicet  dominum  Karolum, 
primogenitom  régis  Francise,  et  per  nobiies  et  burgenses.  »  {Contin. 
eluron.  G.  de  NangiaeOy  II,  330  et  331.)  —  L'itinéraire  du  dauphin 
Charles  s'accorde  parfaitement  avec  la  version  du  second  continuateur 
de  Nangis  :  ce  prince  fit  sa  résidence  principale,  pour  ne  pas  dire 
unique,  à  Rouen,  entre  le  13  août  et  le  11  septembre  1363  (JJ92, 
n«*  298,  299,  237,  238,  290,  239  à  241,  305).  L'auteur  de  la  Chronique 
des  quatre  premiers  Valois  (p.  128)  dit  en  effet  que  le  roi  de  Chypre 
passa  bien  un  mois  avec  le  ooc  de  Normandie. 

2.  Ce  voyage  de  Pierre  I»»"  à  Cherbourg  est  d'autant  plus  douteux, 
que  l'auteur  oe  la  Chronique  des  Valois^  loin.de  le  mentionner,  raconte 

Sue  le  roi  de  Chypre,  après  avoir  résidé  à  Rouen,  alla  voir  le  duc  de 
retagne.  D'ailleurs,  Charles  le  Mauvais  ne  mit  pas  le  pied  à  Cherbourg 
ni  en  Normandie  dans  le  courant  de  1363;  il  passa  toute  cette  année 
dans  son  royaume  de  Navarre.  De  plus,  Philippe  de  Navarre,  frère  de 
Charles  et  son  lieutenant  en  Normandie,  ne  nourrissait  alors  aucun 
sentiment  hostile  contre  le  royaume  ;  il  était  en  si  bons  termes  avec  le 
roi  Jean  que  celui-ci  venait  ae  le  mettre  à  la  tête  de  la  croisade  pro- 
jetée contre  les  Sarrasins  {Çliron,  des  Valois^  p.  128  et  129).    • 

3.  Nous  avons  l'acte  par  lequel  Louis,  duc  d'Anjou  et  comte  du 
Maine,  avait  fait  serment  de  ne  pas  partir  de  Calais  et  de  retourner  en  . 
Angleterre  en  cas  de  non- exécution  du  traité  de  novembre  1362  {BibL 
Nat.,  ms.  lat.  n^  6049,  f^  89),  et  M.  Kervyn  de  Lettenhoveen  a  publié 
un  fragment  (Chroniques  de  Froissart,  VI,  506  ù  508).  D'après  une  chro- 
nique latine  conservée  aujourd'hui  dans  la  bibliothèque  de  la  ville  de 
Berne,  le  duc  d'Anjou,  pendant  son  internement  à  Calais,  aurait  de- 
mandé la  permission  de  faire  un  pèlerinage  à  Notre-Dame  de  Bou- 
logne, en  jurant  de  rctyenir.  Il  aurait  trouvé  à  Boulogne  sa  jeune  et 
charmante  femme,  fille  de  Charles  de  Blois,  et  au  retour  de  son  pèle- 
rinage, au  lieu  de  regagner  Calais,  il  se  serait  laissé  attendrir  par  les 
larmes  de  la  duchesse  d'Anjou  et  se  serait  dirigé  vers  le  château  de 
Guise,  que  Marie  de  Bretagne  lui  avait  apporté  en  dot.  Le  duc  de 
Normandie,  envoyé  par  son  père  à  Saint-Quentin  vers  le  fugitif,  n'au- 
rait pu  le  décider  à  se  remettre  entre  les  mains  des  Anglais.  Quoi  qu'il 
en  soit,  le  dauphin  Charles  ne  semble  pas  avoir  gardé  longtemps  ran- 
cune à  Louis,  car  les  deux  frères  échangèrent  des  étrennes  au  premier 
de  l'an  1364.  Le  duc  d'Anjou  donna  au  duc  de  Normandie  «  une  petite 
croix  d'or  à  pierres  de  voirre  à  mettre  en  l'oratoire  Moiiseigneur  »,  et 


SOMMAIRE  DU  PREMIER  LIVRE,  $§  503-510.      xlt 

Pierre  I*'  va  rendre  visite  à  Londres'  au  roi  d'Angleterre  qui, 
presse  de  participer  à  la  croisade  projetée,  refuse  de  prendre 
un  engagement  formel.  —  Entrevue  des  rob  de  Chypre  et  d'E- 
cosse*. —  Edouard  III  fait  cadeau  à  son  hôte  d'une  nef  nommée 
Catherine^  construite  en  vue  d'un  voyage  à  Jérusalem,  ancrée 
alors  dans  le  havre  de  Sandwick,  qui  avait  coûté  douze  miUe 
francs.  «  Un  fait  que  je  ne  m'explique  pas,  ajoute  Froissart,  c'est 
que,  deux  ans  après  le  départ  du  roi  de  Chypre,  cette  nef  était 
encore  à  Sandwick,  où  je  la  vis.  Je  suis  porté  à  croire  que  ce 
prince  la  laissa  dans  ce  port  pour  s'éviter  l'embarras  de  la  traî- 
ner après  lui  plutôt  que  pour  d'autres  motifs*.  Je  demandai  la 

reçut  dn  dauphin  c  un  gobelet  d*or  fait  à  manière  d'un  carier  à  une 
rose  au  fond.  »  Bibl,  Nat,^  nu.  fr.  214(^7,  ^*  3  to  et  7.  —  Par  un  acte 
daté  de  Westminster  le  20  noTembre  1364,  Edouard  III  somma  le  duo 
d*Anjou  de  comparaître  à  Londres  par-derant  lui  dans  20  jours ,  l'ac- 
cusant d'aToir  enfralnt  c  garde  and  avez  parti  hors  de  nostre  puis- 
sance, sans  demander  ne  avoir  sur  ce  nostre  congié  par  noz  lettres  ne 
autrement...;  parmi  ce  vous  avez  moult  blêmi  Tonurde  vous  et  de  tout 
vostre  lignage.  »  Rjmer,  III,  756.  —  Ce  même  jour,  le  monarque  an- 
glais requit  le  roi  et  les  pairs  de  France  de  forcer  le  duc  d'Anjou  à 
revenir  se  constituer  prisonnier  à  Londres.  Rymer,  III,  755  à  757. 

1.  Pierre  I*'  arriva  à  Londres  le  lundi  6  novembre  1363.  U  amenait 
avec  lui  deux  rois  ou  princes  païens,  Ton  qui  était  prisonnier  et  qu'une 
chronique  latine  contemporame  appelle  le  roi  «  de  Lecto  >,  l'autre, 
non  prisonnier,  dit  «  le  seigneur  ae  Jérusalem  »  qui  se  convertit  à 
Londres  à  la  foi  chrétienne  et  qui  reçut  du  roi  d'Angleterre  son  par- 
rain le  nom  d'Edouard. 

2.  David  Bruce  vint  à  la  cour  de  Westminster  le  lundi  qui  suivit 
l'arrivée  du  roi  de  Chypre,  c'est-Â-dire  le  lundi  13  novembre.  Un 
chroniqueur  anglais  fait  remarquer  à  cette  occasion  avec  un  certain 
orgueil  que  cinq  rois  se  trouvèrent  alors  en  même  temps  a  Londres,  et 
il  ajoute,  en  homme  nourri  des  légendes  de  la  Table  Ronde,  que  cela 
ne  s'ëtait  pas  vu  depuis  le  temps  d  Arthur  qui  eut  un  jour  six  rois  tri- 
butaires pour  commensaux  à  une  grande  fête  donnée  en  son  palais  de 
Kaerleon.  Eidogium  historiarum^  III,  233. 

3.  Froissart  insinue  ici,  sans  l'oser  dire  expressément,  que  la  crainte 
de  la  dépense  fut  la  principale  raison  qid  empêcha  le  roi  de  Chypre 
de  profiter  du  cadeau  d'Edouard  III  et  d'équiper  la  Catherine,  On  re- 
connaît dans  ce  langage  respectueux  et  circonspect  l'habitué  de  la  cour 
de  Westminster  et  de  Windsor,  le  digne  secrétaire  de  la  reine  Philippe 
de  Hainaut.  L'histoire  est  tenue  à  moins  de  réticences.  Au  moment 
même  de  son  séjour  en  Angleterre,  Pierre  I^r  dut  se  trouver  dans  une 
véritable  gêne,  parce  qu'il  ne  put  toucher,  au  moins  immédiatement , 
une  somme  de  7000  florins  que  sa  femme,  la  reine  de  Chypre,  lui  avait 
envoyée  pendant  la  seconde  moitié  de  1363.  Aussi,  par  acte  daté 
d'Albi  le  24  décembre  de  cette  année,  le  maréchal  de  France  Amonl, 
sire  d'Audrehem ,  alors  lieutenant  du  roi  Jean  es  parties  de  Taoguc- 


XLvi  CHRONIQUES  DE  J.  FROISSART. 

raison  de  ce  fait,  lors  de  mon  passage  à  Sandwich,  mais  personne 
ne  put  me  renseigner  à  cet  égard.  »  P.  89  à  92,  283  à  285. 

Le  roi  de  Chypre  retourne  d'Angleterre  ^  en  France  par  Bou- 
logne et  va  rejoindre  à  Amiens  le  roi  de  France,  les  ducs  de  Nor- 
mandie, d* Anjou  et  de  Touraine.  Ensuite ,  il  passe  par  Beauvais, 
Pontoise,  Poitiers,  Niort,  et  va  voir  le'  prince  de  Galles  à  Angou- 
lême*.  —  Sur  ces  entrefaites,  le  roi  de  France,  qui  se  tient  alors 
à  Amiens',  se  décide  malgré  l'opposition  de  son  conseil,  à  retour- 
doc,  manda  au  yiguier  de  Narbonne  de  contraindre  par  la  saisie  et  au 
besoin  par  la  ▼ente  de  leurs  biens  les  héritiers  de  feu  Raymond  Sar- 
ralhan,  en  son  rivant  bourgeois  de  Montpellier,  patron  d*un  narire  de 
Provence,  qui  refusaient  de  délivrer  au  roi  de  Chypre  une  somme  de 
7000  florins  naguère  confiée  par  la  reine  de  Chypre  audit  Raymond, 
à  titre  de  commande  ou  de  dépôt  on  par  manière  de  chance ,  pour  la 
porter  es  parties  de  France  et  la  remettre  à  première  réquisition  au  roi 
Pierre  l»  dont  elle  était  destinée  à  défrayer  les  dépenses  (Bibl.  Nat,^ 
ms.  lat.  n»  10002,  f«  45).  Le  14  janvier  suivant,  le  roi  de  Chypre  n'é- 
tait pas  encore  parvenu  à  se  faire  payer,  car,  par  un  mandement  en 
date  de  ce  jom\  le  lieutenant  du  roi  en  Languedoc  enjoignit  à  deux 
sergents  de  saisir  les  personnes  et  de  vendre  aux  enchères  les  biens  des 
héritiers  de  Raymona  Sarralhan  [Ibid.^  i^  kl). 

1.  Arrivé  vers  la  Toussaint  en  Angleterre  où  des  joutes  furent  don- 
nées en  son  honneur  à  Smithfield  (Londres,  archives  de  la  garderobe 
à  Carlton  Ride,  rouleaux  37  et  38),  le  roi  de  Chypre  était  encore  le 
24  novembre  à  Londres  d'où  il  a  daté  plusieurs  lettres  (Archives  géné- 
rales de  Venise,  Commemoriali^  VII,  f»  .27  v«,  d'après  M.  de  Mas- 
Latrie).  Pierre  I*'  revint  en  France  pendant  la  première  quinzaine  de 
décembre. 

2.  Quoi  qu'en  dise  Froissart,  le  roi  de  Chypre  n'alla  pas  en  Aqui- 
taine immédiatement  après  son  retour  d'Angleterre.  Nous  savons  par 
Jean  de  Venette  {Contin,  ekron.  Guill,  de  Niuigiaeo,  H,  332)  que  Pierre  I«' 
vint  peu  après  Nofil,  en  compagnie  du  dauphin  régent,  à  Paris.  A  l'occa- 
sion du  premier  de  l'an  1364,  le  duc  de  Normandie  donna  comme  étrenne 
à  son  hôte  c  une  aiguière  et  un  gobelet  d'or  qui  ne  sont  en  nul  inven- 
taire »  Bihl.  Nat.y  ms.  fr.  n©  21447,  f«  7.  —  Le  29  février  snirant,  le 
roi  de  Chypre  assista  à  la  séance  solennelle  du  Parlement  où  lut  jugé 
le  différend  entre  Bertrand  du  Guesclin  et  Guillaume  de  Felton  (X'*7> 
fo  143;  H'ut,  de  du  Guetelin,  p.  405,  note  2).  Jean  de  Venette  constate 
la  présence  de  ce  prince  aux  obsèques  du  roi  Jean  dans  les  derniers 
jours  d'avril  (Cont.  Gtdll,  de  NangiaeOy  II,  339)  ;  et  l'auteur  de  la  C/iro- 
nique  des  quatre  premiers  Falois  (p.  144)  nomme  Pierre  de  Lusignan 
parmi  les  grands  personnages  qui  accompagnèrent  Charles  V  à  Reims 
lors  de  son  couronnement  le  19  mai  suivant.  Le  voyage  du  roi  de 
Chypre  en  Aquitaine,  à  moins  qu'il  n'ait  eu  lieu  en  janvier  et  pendant 
les  trois  premières  semaines  de  février  1364,  ne  peut  être  que  posté- 
rieur à  ces  éyéiiements.  ^ 

3-  De  nombreux  actes  constatent  la  présence  du  roi  Jean  à  Amiens 
pendant  les  dix  ou  douze  premiers  jours  de  décembre.  JJ95,  n^»  82, 


SOMMAIRE  OU  PREMIER  LIVRE,  §§  503-510.    xltu 

ner  en  Angleterre,  pour  faire  des  excuses  à  Edouard  III  au  sujet 
du  départ  du  duc  d'Anjou.  II  nomme  le  duc  de  Normandie  régent 
et  gouverneur  du  royaume  pendant  son  absence,  promet  le  duché 
de  Bourgogne  à  Philippe,  son  plus  jeune  fils*,  et  se  dirige  vers 
Boulogne  par  Hesdin',  où  il  a  une  entrevue  avec  le  comte  de 
Flandre,  et  où  il  s'arrête  du  22  au  28  décembre,  et  par  Môntreuil- 
sur-Mer.  P,  92  à  94,  285  à  287. 

Jean  s'embarque  à  Boulogne'  et  débarque  à  Douvres  dans  Ta- 
près-midi,  la  veille  de  l'Apparition  des  trob  Rois.  Il  passe  à 
Canterbury,  à  Eitham^,  qui  est  alors  la  résidence  de  la  cour 
d'Angleterre,  et  arrive  à  Londres,  où  il  va  se  loger  à  l'hôtel  de 
Savoie^.  Les  deux  rois  et  leurs  enfants  se  donnent  des  fêtes  et 
échangent  sans  cesse  des  visites  en  allant  en  barque  l'un  chez 
l'autre  par  la  Tamise ,  qui  coule  au  pied  du  manoir  de  Savoie  et 
du  palais  de  Westminster.  P.  94  à  96,  287  à  289. 

83,  84,  131  ter  et  quatuor,  132  hu.  JJ94,  n*  9.  XM,  f»  121  v«.  K48, 
no  36.  BibL  Nat,,  Chartes  royales,  IV,  149.  Ordonn.,  III,  646. 

1 .  Cest  à  Germigny-siir-Mame,  non  à  Amiens,  le  6  septembre  1363, 
crae  le  roi  Jean  érigea  le  duch^  de  Bourgogne  en  duchë-pairie  et  le 
donna  à  Philippe,  a  reducentes  serritia  que  carissimus  Philippus  quar- 
togenitus,  qui,  sponte  expositus  mortis  pericnlo,  nobiscom  imperter- 
ritus  et  impavidus  stetit  in  acie  prope  Pictayis  vulneratus,  captus  et  de- 
tentus.  1  (dom  Plancher^  HUt.  de  Bourg,,  II,  ooLXXvni  et  cclxxix). 
Seulement,  c'est  à  Amiens  que  le  roi  de  Fiance  assigna  à  son  fils  aine 
le  dauphin,  comme  une  sorte  de  compensation,  le  duché  de  Touraine 
dont  Philippe  avait  joui  avant  d'être  investi  du  duché  de  Bourgogne. , 
JJ95,  n»  132. 

2..  Le  roi  Jean  était  arrivé  à  Uesdin  dès  le  15  décembre  (JJ95, 
n»  140  bis;  JJ94,  nM  24,  25  ;  JJ95,  n««  85, 142  bis;  Ordorm.,  HI,  649, 
655,  662). 

3.  Ceci  n'est  pas  tout  à  fait  exact.  Jean  mit  à  la  voile  de  Boulogne 
le  mercredi  soir  3  janvier  et  débarqua  à  Douvres  le  lendemain  jeudi 
4  janvier  1364,  Tavant-veiUe ,  et  non  la  TeUle,  de  l'Epiphanie,  he  roi 
de  France  était  monté  à  bord  du  navire  qui  devait  le  transporter  en 
Angleterre  dès  le  mardi  2  ;  mais  la  flottille  de  transport,  composée  de 
vingt  navires,  resta  à  l'ancre  dans  le  port  de  Boulogne  pendant  toute 
cette  journée. 

4.  Château  situé  dans  le  comté  de  Kent,  à  3  lieues  S.  S.  £.  de 
Londres. 

5.  L'hôtel  ou  manoir  de  Savoie,  aujourd'hui  détruit,  était  situé  sur 
la  rive  gauche  de  la  Tamise ,  au  sud  du  Strand ,  et  il  en  faut  chercher 
l'emplacement  aux  abords  de  WelHngton-Street.  La  Saçoy  eftapei,  con- 
sumée par  un  incendie  en  1864,  mais  qui  a  été  reconstruite  depuis 
aux  frais  du  gouvernement,  rappelle  encore  le  souvenir  de  cette  rési- 
dence historique.  Le  roi  Jean  fit  son  entrée  à  Londres  le  dimanche 
1^  janvier  j  et  les  bourgeois  et  les  gens  des  métiers  de  la  cité,  au  nom- 


xLYiu  CHRONIQUES  DE  J.  FROISSART. 

Pierre  I*'  passe  un  mois  à  Angoulême  à  la  cour  du  prince  d'A- 
quitaine ;  il  fait  un  voyage  à  la  Rochelle  et  prêche  partout  la  croi- 
sade'. A  son  retour  à  Paris,  il  apprend  que  le  roi  Jean  est  tombe 
malade  à  Londres',  d'où  le  maréchal  Boucicaut  vient  d'en  appor- 
ter la  nouvelle  au  dauphin.  —  Charles  le  Mauvais,  qui  se  tient  à 
Cherbourg',  mande  en  Normandie  son  cousin^  le  captai  de  Buch, 
alors  hôte  du  comte  de  Foix*,  pour  lui  donner  la  direction  de  la 
guerre  qu'il  veut  faire  à  la  France.  —  Sur  ces  entrefaites,  le  roi 
Jean  meurt  à  Thôtel  de  Savoie*.  Le  dauphin  Charles,  qui  hérite 
de  la  couronne  par  suite  du  décès  de  son  père,  redouble  ses  pré- 
paratifs pour  tenir  tête  aux  Navarrais*.  P.  97  à  99,  289,  290. 


bre  de  mille  chevaux,  reTÉtos  des  insignes  de  leurs  corporations,  allè- 
rent au-devant  de  lui  jusqu'à  Eltham.  Grandet  Ckromquesy  VI,  228 
et  229. 

1 .  Sur  ce  voyage  du  roi  de  Chypre  en  Aquitaine,  voyez  une  des 
notes  prëcëdentes,  p.  xlvi,  note  2. 

2.  Le  roi  ïean  tomba  malade  au  commencement  de  mars. 

3.  Nous  avons  déjà  eu  l'occasion  de  relever  cette  erreur  vraiment 
grossière.  Charles  le  Mauvais  ^tait  alors  en  Navarre. 

k.  Fils  de  Jean  de  Grailly,  II*  du  nom,  et  de  Blanche  de  Foix,  Jean 
de  Grailly,  III^  du  nom,  captai  de  Buch  (aujourd'hui  la  Teste  de  Buch, 
Gironde^  arr.  Bordeaux),  était  par  sa  mère  le  cousin  germain  de  Gas- 
ton Phœbus,  comte  de  Foix. 

5.  Le  roi  Jean  mourut  à  Londres  le  lundi  8  avril  1364,  vers  minuit. 

6.  Ces  préparatifs  sont  y  comme  nous  l'avons  fait  remarquer  plus 
haut ,  antàrieurs  à  la  maladie  du  roi  Jean  dont  la  mort  n'eut  d'autre 
effet  que  de  les  activer.  Jean  II  mourut  à  Londres  dans  la  nuit  du  8 
au  9  avril,  et,  le  12  de  ce  mois,  Charles  V  adressait  un  mandement 
aux  maîtres  de  ses  forêts  «  pour  qu'il  soit  faict  hastivement,  ainsi 
qu'il  l'a  ordonné,  cent  milliers  de  viretons  avec  plusieurs  autres  «artil- 
leries nécessaires  et  convenues  pour  la  defence  du  pays,  i  dont  le  bots 
doit  être  pris  dans  la  forêt  de  Roumare  pour  être  délivré  à  Richard 
de  Brumare,  garde  du  clos  des  galëes  de  Rouen,  chargé  de  la  con- 
fection de  ces  viretons  et  artilleries*  Du  Chatellier,  Jnvtuio/u  en  Angle 
terre ^  Paris,  1872 »  in-12,  p.  13  et  Ik. 


SOMMAIRE  DU  PREMIER  LIVRE,  §§  5IO-»29.     xux 


CHAPITRE  LXXXVffl. 

1364.  PBISB  DE  MANTES  ET  DE  MBULAN  (7  ET  il  AYBIl) .  — BATAILLE 
DE  COCBBBBL  (16  MAl).  —  GOUBONNEMENT  DE  CHABLBS  V  (19  MAl). 
CAMPAGNE  DU  DUC  DE  BOUBGOGNE  EN  BEAUGB  (jUIn)  •—  8I^E  ET 
BEDDTTION   DE  LA   CHABITÂ  (§$  ^^^  ^  ^^^}« 

Eo  ce  temps  s'armait*  pour  le  roi  de  France  mi  chevalier  bre- 
ton nommé  Bertrand  du  Guesclin,  dont  jusqu'alors  la  renommée 
n'avait  guère  dépassé  la  Bretag^ae  où  il  avait  toujours  tenu  le  parti 
de  Charles  de  Blois  contre  Jean  de  Montfort.  «->  Aussitôt  qu'U  est 
informé  de  la  mort  de  Jean  son  père^  le  duc  de  Normandie ,  de- 
venu le  roi  Charles  V,  charge  le  maréchal  Boucicaut  d'aller  re- 
joindre du  Guesclin  devant  Rolleboise  afin  d'aviser  de  concert 
avec  Bertrand  aux  moyens  de  reprendre  Mantes  et  Meulan  au  roi 
de  Navarre*.  P.  100,  Î90. 

Rolleboise  '  est  un  beau  et  fort  château,  situé  sur  le  bord  de  la 

1.  Froissait  semble  croire  qae  Bertrand  du  Guesclin  n'entra  au  ser- 
riez de  la  France  qu'au  commencement  de  1364.  Nous  avons  prouvé 
ailleurs  que  le  iiitur  connétable  se  mit  à  la  solde  de  Pierre  de  Yilliers , 
capitaine  de  Pontorson  pour  le  duc  d'Orléans,  frère  du  roi,  dès  1354, 
et  que  le  dauphin  Charles,  duc  de  Normandie,  l'institua  capitaine  de 
cette  forteresse  le  33  décembre  1357.  liisi.  de  du  Guesclin^  p.  119  à  127, 
248,  246,  522,  523. 

2.  Du  Guesclin  prit  Mantes  par  surprise  le  dimanche  7  a^ril.  D'un 
autre  côté,  le  roi  Jean  mourut  à  Loncures  dans  la  nuit  du  8  au  9  avril. 
Le  rapprochement  de  ces  deux  dates  montre  que  Froissart  s'est  trompé. 
Le  dauphin,  duc  de  Normandie,  n'attendit  pas  la  mort  de  son  père 

Sour  concerter  et  faire  exécuter  les  mesures  qui  aboutirent  à  la  prise 
e  Mantes  et  de  MeuJan. 

3.  Seine-et-Oise,  arr.  Mantes,  c.  Bonnières.  La  tour  de  Rolleboise^ 
dont  il  reste  d'imposants  débris,  située  à  9  kil.  de  Mantes,  entre  cette 
▼ille  etVemon,  sur  une  hauteur  qui  domine  la  Seine,  était  occupée 
en  1363  et  1364  per  un  petit  nombre  de  brigands  anglo-brabançons 
qui  j  Tivaient  avec  une  femme.  Les  gens  du  pays  et  les  habitants  de 
Rouen,  opprimés  par  ces  brigands,  ne  purent  prendre  cette  tour,  tant 
elle  étoit  haute  et  inexpugnable.  Rachetée  à  prix  d'or  vers  Pâques 
(13  avril)  1365,  la  tour  de  Rolleboise  fut  démolie  de  fond  en  comble 
par  les  gens  du  pays  d'après  Tordre  du  roi  Charles  V.  Des  ouvriers 
d'une  force  herculéenne,  armés  de  marteaux  de  fer,  mirent  beaucoup 
de  temps  à  l'abattre,  car  les  murs  avaient  plus  de  neuf  pieds  d'épai»- 

VI  —  rf 


L  CHRONIQUES  DE  J.  FROISSART. 

Seine,  à  une  lieue  de  Mantes.  Les  gens  de  Compagnie  qui  occu- 
pent ce  château  sous  les  ordres  d'un  capitaine  nomme  Wauter 
[Straêl]  ^,  originaire  de  Bruxelles,  font  la  guerre  pour  leur  propre 
compte  et  mettent  au  pillage  les  possessions  du  roi  de  Navarre 
aussi  bien  que  le  royaume  de  France.  Le  duc  d'Anjou ,  Bertrand 
du  Guesclin,  le  comte  d'Auxerre,  Antoine,  sire  de  Beaujeu,  assiè- 
gent RoUeboise  depuis  quelques  semaines  au  moment  où  Bouci- 
caut  vient  apporter  à  Bertrand  l'ordre  de  s'emparer  à  tout  prix 
de  Mantes  et  de  Meulan.  Voici  le  stratagème  que  ces  deux  capi- 
taines imaginent.  Boucicaut  se  présente  un  jour  à  Tune  des  portes 
de  Mantes  à  la  tête  de  cent  chevaux  seulement.  Il  fait  semblant 
d'être  poursuivi  par  les  brigands  de  RoUeboise  et  prie  instamment 
les  gardiens  de  lui  donner  entrée  dans  l'enceinte.  Ceux-ci  con- 
sentent à  ouvrir  la  porte,  et  Bertrand,  qui  s'est  posté  dans  le 
voisinage  avec  ses  Bretons,  profite  de  cette  circonstance  pour  pé- 
nétrer dans  Mantes  dont  il  se  rend  maître  et  qu'il  met  au  pillage. 
Le  jour  même  de  la  prise  de  cette  ville ,  une  troupe  de  Bretons 
chevauche  en  toute  hâte  vers  Mejulan  où  ils  se  disent  envoyés  par 
Guillaume  de  Gauville,  capitaine  d'Évreux  pour  le  roi  de  Navarre. 
On  les  croit  sur  parole^  on  leur  ouvre  les  portes  et  Meulan  a  le 
même  sort  que  Mantes.  Les  maisons  sont  livrées  au  pillage  et 
une  partie  de  la  population  est  massacrée'.  P.  100  à  105,  290 
à  292. ' 


Beur.  Le  second  continuateur  de  Guillaume  de  Nangis,  le  moine  Jean 
de  Venette,  dit  que  déjà  de  son  temps  les  ruines  de  cette  tour,  dont 
naguère  on  n*admirait  pas  la  prodigieuse  élévation  sans  une  Certaine 
stupeur,  jonchaient  au  loin  le  sol  environnant.  Contin.  ehron,  Guill,  de 
Nangiaco^  H,  357,  358. 

1.  Wauter  Straêl  est  le  véritable  nom  du  capitaine  de  RoUeboise. 
Ce  nom  nous  est  fourni  par  une  lettre  de  rémission  octroyée  par 
Charles  y  en  octobre  1368  a  «  Gautier  Stiael,  escuier,  nez  de  Broi»r 
selle....  ayant  tenu  et  occupé  contre  nostre  voulenté  le  fort  de  Roule* 
boise,  s  Jrch.  Nat.^  JJ99,  n»  416.  —  La  forme  Obttraie^  donnée  par 
Froissart,  est  une  corruption  d^Estraile  qui  nous  représenterait  fidèle- 
ment la  prononciation  française  et  populaire  du  flamand  Straêl  au  qua- 
torzième siècle.  La  forme  Stroty  altération  de  Strol^  employée  par  Fau- 
teur de  la  Cfwonique  des  Valois  (p.  138),  semblerait  provenir  plutôt  de 
la  prononciation  anglaise  de  Straêl, 

2.  Ces  pages,  où  Froissart  raconte  la  ruse  imaginée  par  Boucicaut 
pour  pénétrer  dans  Mantes ,  peuvent  être  citées  comme  un  modèle  de 
narraUon  vive  et  pittoresque.  Cela  a  le  charme  du  roman,  mais  c'est 
un  roman.  Si  Ton  veut  savoir  comment  les  choses  se  sont  passées  en 
réalité,  il  faut  interroger  un  témoin  contemporain,  qui  appartenait^ 


SOMIVIAIRE  DU  PREMIER  LIVRE,  §§  510-529.        li 

Le  captai  de  Ruch  débarque  au  havre  de  Cherbourg  à  la  tête 
de  quatre  cents  hommes  d'armes.  Le  roi  de  Navarre  le  met  ^  à  la 
tète  des  forces  qu'il  rassemble  pour  faire  la  guerre  au  roi  de 
France^  et  lui  adjoint  un  chevalier  anglais  nommé  Jean  Jouel,  qui 
dispose  de  trois  cents  combattants  de  la  même  nation.  —  Le  duc 
de  Normandie,  de  son  côté,  ne  reste  pas  inactif.  A  la  nouvelle  de 
la  maladie  dont  le  roi  son  père  vient  d'être  atteint  à  Londres,  il 
redouble  ses  préparatifs  militaires^.  Du  Guesclin  et  Olivier  de 
Mauny  son  neveu  '  reçoivent  l'ordre  de  quitter  Mantes  où  ils  se 
tiennent  avec  leurs  Bretons  et  de  s'avancer  dans  la  direction  de 
Vemon  pour  y  faire  frontière  contre  les  Navarrais.  Philippe,  duc 
de  Bourgogne  *,  Arnaud  de  GervoUe,  dit  rArchiprètre,  marié  à  la 


selon  tonte  probabilité,  au  clergé  de  Rouen,  et  qui,  dans  tous  les 
cas,  semble  avoir  tu  de  très-près  ces  érénements.  Chronique  des  quatre 
premiers  Valois,  p.  135  à  142.  Histoire  de  Bertrand  du  Guesclin,  p.  417 
à  429.  —  Toutefois,  il  est  certain  que  Boucicant  accompagna  le  duc  de 
Normandie  dans  le  Tojage  que  celui-ci  fit  au  Goulet  et  à  Vemon 
Ters  la  mi-aTril  1364.  On  lit,  en  effet,  dans  un  mandement  en  date  du 
k  mai  suivant:  c  Comme...  lemarescbal  Bouciquaut...  ait  moult  gran- 
dement firajë...  pour  estre  arec  nous  et  à  nostre  conseil  et  à  venir  en 
nostre  compaignie  à  Meurlant  et  à  Mante  ou  nagaires  allasmes.  »  L. 
Delisle,  Mandements  de  Charles  V,  p.  10. 

1.  On  retrouve  ici  Perreur  que  nous  avons  déji  signalée.  Pendant 
que  tout  ceci  se  passe,  le  chroniqueur  de  Valenciennes  continue  de 
supposer  Charles  le  Mauvais  à  Cherbourg,  tandis  qu'en  réalité  il  était 
alors  dans  son  royaume  de  Navarre. 

2.  Sur  ces  préparatifs,  antérieurs  à  la  mort  du  roi  Jean,  voyez  plus 
haut,  p.  xLvm,  note  6. 

3.  Irfant  se  garder  de  confondre,  à  Texemple  de  savants  d'ailleurs 
très^utorisés  (Inventaire  des  Archivu  nationales  ;  collection  de  sceaux^ 
1,661)  les  Mauny  de  Bretagne  avec  les  Mauny  de  Haute  Normandie 
(Manni,  fief  et  château  de  la  conmiune  de  Saint-Nicolas-d'Âttez,  Eure^ 
arr.  Évieux,  c.  Breteuil),  et  surtout  avec  les  Masny  des  environs  de 
Douai  dont  le  nom  s'ëcrivait  souvent  Mauny  au  moyen  âse  (auj.  Masny, 
Nord,  arr.  et  c.  Douai).  Les  armes,  du  reste,  étaient  différentes.  Les 
Mauny  de  Bretagne  portaient  un  croissant,  et  les  Masny  trois  chevrons. 
La  terre  patrimoniale  des  Mauny,  ancien  fief  et  seigneurie  de  Bretagne» 
est  représentée  par  le  hameau  actuel  de  ce  nom  situé  en  le  Quiou 
(Gôtes-du-Nord,  arr.  Dinan,  c.  Évran).  Le  Quiou  est  un  peu  à  Test  de 
&oons,  dont  il  n*est  séparé  que  par  les  communes  de  Samt-Maden  et 
d'Yvignac.  Olivier  de  Mauny,  dont  il  est  ici  question,  était  le  neveu  à 
la  mode  de  Bretagne,  c'est-à-dire  le  fils  d'un  cousin  germain  de  Ber- 
trand du  Guesclin. 

4.  Dom  Plancher  dit  {Hist,  de  Bourgogne,  II,  302)  que  Philippe  partit 
de  Dijon  le  16  avril  1364  pour  serenore  à  la  cour  de  France  et  ne  revint 
dans  son  duché  que  le  13  novembre  suivant,  mais  cela  semble  en  con- 


ux  CHRONIQUES  DE  J.  FROISSART. 

veave  da  seigneur  de  Château vîllain  tué  à  la  bataille  de  Poitiers  ^^ 
conseiller  et  compère  du  duc  de  Bourgogne,  le  comte  d'Auxerre, 
le  vicomte  de  BeaumoQt',  Antoine,  seigneur  de  Beaujeu,  Louis 
de  Chalon,  Amanieu  de  Pommiers',  Petiton  de  Curton,  le  soudic 
de  [la  Trau  *],  le  su*e  de  Mussidan',  chef  et  conducteur  des  gens 
du  seigneur  d'Albret,  sont  les  principaux  chevaliers  qui  figurent 

tradiction  avec  le  pauage  soiyant  extrait  par  M.  Flnot  d'un  registre  de 
la  Chambre  des  comptes  de  Bourgogne  :  a  Lettres  en  date  du  4  mai 
1364  de  Messeigneurs  de  Voudenoy  et  d'Aigremont  au  duc  qui  estoit  à 
RouTres,  ^avertissant  qu'il  prîst  garde  de  sa  personne,  parce  qu'il  j  avoit 
on  parti  de  par  d^là  la  Saône  qui  vouloit  Tenleyer.  »  Finot,  Recherches^ 
p.  88. 

1.  Il  y  a  plusieurs  erreurs  dans  ce  peu  de  mots.  Jeanne  de  Château- 
villain,  remariëe  le  2  mai  1362  à  Arnaud  de  Cervolle,  Tainëe  des  ûWeé 
et  la  principale  héritière  de  Jean  III  du  nom,  seigneur  de  Châteauvil- 
lain,  et  de  Marguerite  de  Nojers,  n'était  nullement,  comme  le  dit  Froîs* 
sart,  veuve  d'un  seigneur  de  Chateauvillain  tué  à  la  bataille  de  Poitiers. 
Elle  avait  été  mariée  en  premières  noces  avant  1345  à  Jean,  seigneur 
de  Thil  en  Auxois  et  de  Marignj  en  Champagne,  en  secondes  noces, 
à  Hugues  de  Vienne  VI  du  nom,  seigneur  de  Saînt-Georges,  qui  vivait 
encore  le  25  janvier  1358  (n.  st.).  Anselme,  II,  343,  VII,  799,  800. 

2.  Louis,  vicomte  de  Beaumont  (Beaumont*Bur--Sarthe  ou  le- Vi- 
comte, Sarthe,'  arr.  Mamers),  marié  à  Ljon  le  13  novembre  1362  à 
Isabelle  de  Bourbon,  fille  de  Jacques  de  Bourbon,  comte  de  la  Marche, 
blessé  mortellement  à  Briguais. 

3.  A  peine  monté  sur  le  trône,  Charles  V  eut  soin  de  s'attacher  par 
des  pensions  quelques-uns  des  principaux  seigneurs  de  Gascogne,  déjà 
mécontents  du  gouvernement  du  prince  d'Aquitaine  et  de  Galles.  Ama- 
nieu de  Pommiers,  notamment,  fit  hommage  au  roi  de  France  pour 
mille  livres  tournois  de  rente  et  promit  de  servir  le  dit  roi  contre  tous 
excepté  le  roi  d'Angleterre.  Arch,  JVat.,  J626,  n»  105. 

4.  La  Trau  est  aujourd'hui  un  château  ruiné  de  la  commune  de  Pré- 
chac  (Gironde,  arr.  Bazas,  c.  Villandraut).  Le  seigneur  de  Préchac 
s'intitulait,  tantôt  soudic,  tantôt  soudan  de  la  Trau.  Le  Soudan  de  la  Trau, 
chevalier  banneret,  reçut  en  1364  2,905  florins  d'or  de  Florence  de  bon 
poids,  pour  le  reste  de  ses  gages  et  de  la  solde  des  archers  et  des  gens 
d'armes  de  sa  compagnie  ayant  servi  en  Bourgogne  sous  le  duc  Phi- 
lippe (Arch.  de  la  Cote  tPOr^  fonds  de  la  Chambre  des  Comptes, 
sÂieB,  liasse  367;  Invent.,  I,  38).  Le  2  octobre  1364,  ce  même  soudic, 
chevalier  et  sire  de  Didonne  (auj.  Saint-Georges-de-Didonne,  Cha- 
rente-Inférieure, arr.  Saintes,  c.  Saujon),  fit  hommage  à  Charles  V 
pour  le  château  de  Beauvoir  sis  en  la  sénéchaussée  de  Toulouse  {Arch, 
Nat.,  J622,  n*  75;  J400,  n»  60),  et  il  renouvela  cet  hommage  en  1365 
^J622,  n*  66).  Deux  ans  environ  après  l'aveu  du  2  octobre  1364,  c'est- 
à-dire  le  10  juin  1366,  ce  soudic  ou  soudan  de  la  Trau  n'en  faisait  pas 
moins  hommage  à  Bordeaux,  au  prince  d'Aquitaine,  pour  cette  même 
seigneurie  de  Didonne  (Maichin,  Hist,  de  Saintonge ,  1671,  in-F>, 
p.  172). 

5*  Dordogne,  arr.  Ribérac. 


SOMMAIRE  DU  PREMIER  LIVRE,  JJg  510-529;      un 

dans  Tarm^e  de  du  Guesclin.  —  [Bruraor*]  de  Laval,  chevalier 
breton  du  parti  français,  est  fait  prisonnier  par  Gui  de  Gauville, 
jeune  chevalier  de  la  garnison  d'Evreux,  au  retour  d'une  che- 
vauchée contre  les  Navarrais  de  cette  ville.  P.  lOS  à  108,  292, 
293. 

Retour  du  roi  de  Chypre  d'Aquitaine  à  Paris  ^.  —  Funérailles 
du  roi  Jean  à  l'abbaye  de  Saint-Denis'.  —  Préparatifs  pour  le 
couronnement  de  Charles  Y  à  Reims.  — Arrivée  du  captai  de  Buch 
à  Évreux.  P.  108  à  110,  293  à  295. 

Jean  de  Grailly  part  d'Évreux*  et  s'avance  vers  Pont-de- 
l'Arche  pour  couper  le  passage  de  la  Seine  à  du  Guesclin  et  aux 
Français.  Les  principaux  chevaliers  de  l'armée  du  captai  sont  le 
sire  de  Sault  *,  banneret  du  royaume  de  Navarre ,  l'anglais  Jean 
Jouel,  Pierre  de  Sacquenville,  Guillaume  de  Gauville,  Bertrand 
du  Franc,  le|  bascle  dej  Mareuil'.  —  Sur  son  chemin,  le  cap- 

1 .  Froimart  appelle  ce  personnage  Braimon  de  Laval.  Le  véritable 
nom  de  ce  chevaher,  manceau  et  angevin  plutôt  que  breton,  était  Gui 
de  Laval,  dit  Bnimor,  fils  aine  de  Foulque  de  Laval  et  de  Jeanne  Cha- 
bot ,  dame  de  Rais.  Marié  en  premières  noces  à  Jeanne  de  Montmo- 
rency, dame  de  Blaison  (Maine-et-Loire,  arr.  Angers,  c.  les  Ponts-de- 
C^)  et  de  Chemiilë  (Maine-et-Loire,  air.  Cholet),  Bnimor  de  Laval  se 
remaria  à  Thiphaine  de  Husson,  fille  de  Fraslin  de  Husson,  chevalier, 
seigneur  de  Dncey  (Manche,  arr,  Avranche^,  de  Champcervon  (Manche, 
arr.  Avranches,  c.  la  Haye-Pesnel)  et  de  Chërencé  (auj.  Chérencé-le- 
Hëron,  Manche,  arr.  Avranches,  c.  Viliedieu),  et  de  Clémence  du 
Gnesclin,  la  plus  jeune  des  sœurs  du  futur  connétable.  Gui  de  Laval, 
dit  Brumor,  oevint  ainsi,  par  suite  de  ce  mariage,  le  neveu  par  alliance 
de  Bertrand  du  Guesclin. 

2.  Pierre  !•»,  roi  de  Chypre,  était  à  Paris  le  29  février  1364.  Voyez 
plus  haut,  p.  xLvi,  note  2. 

3.  Les  obsèques  du  roi  Jean  furent  célébrées,  malgré  l'épuisement  du 
Trésor,  avec  un  grande  magnificence.  On  dépensa  à  ces  obsèques,  en 
trois  jours,  du  27  au  29  avril,  dix-sept  mille  sept  cent  soixante  et  une 
livre  de  cire,  qui,  a  23  francs  les  cent  livres,  coûtèrent  4,805  francs 
7  deniers  parisis,  Bîèl,  Naî,y  Quittances,  XY,  n*  21. 

4.  Le  lundi  13  mai,  le  cantal  de  Buch  était  à  Yemon,  où  la  reine 
Blanche  de  Navarre,  veuve  ae  Philippe  YI  de  Yalois,  dévouée  de  cœur 
a  la  cause  du  roi  de  Navarre  son  frère,  offrit  un  dîner  magnifique  au 
généralissime  de  Charles  le  Mauvais. 

5.  La  seigneurie  de  Sault  (auj.  Sault-de-Navailles,  Qassea-Pyrénées, 
arr.  et  c.  Orthez)  était  située,  non  en  Navarre,  nuiis  en  Béam. 

6.  Tous  les  historiens  semblent  avoir  ignoré  jusqu'à  ce  jour  que  le 
bascle  ou  le  bascon  de  Mareuil  appartenait  à  la  famille  béarnaise  de 
Sault.  Le  surnom  de  bascle^  bascon  ou  basquin  est  un  équivalent  de  notre 
mot  basque,  qui,  au  moyen  âge,  servait  a  désigner  les  Béarnais  aussi 
bien  que  les  Navarrais  proprement  dits.  Le  véritable  nom  de  l'aventurier 


LIT  CHRONIQUES  DE  J.  FROISSART. 

tal  rencontre  un  hëraut  nomme  le  Roi  Fanoon  qui  arrive  du 
camp  français;  dialogue  échangé  entre  ce  hëraut  et  le  captai.  — 
Jean  de  Grailly  refuse  de  recevoir  un  autre  héraut  appelé  Prie 
envoyé  vers  lui  par  l' Archiprètre ,  le  mercredi  de  la  Pentecôte*. 
P.  110  à  112,  295  à  297.! 

Marche,  dispositions  et  ordre  de  bataille  des  Navarrais.  P.  113 
à  115,  297  à  299. 

Marche,  dispositions  et  ordre  de  bataille  des  Français.  P.  115 
et  116,  299,  300. 

Ruse  de  guerre  imaginée  par  les  Gascons  du  parti  français  : 
trente  hQmmes  d'armes  des  plus  hardis  et  des  mieux  montés  sont 
chargés  spécialement  d'attaquer  le  captai  dès  le  début  de  Faction, 
de  le  prendre  et  de  l'emporter  de  vive  force  loin  du  champ  de 
bataille.  P.  116,  117,  300. 

Sur  le  refus  du  comte  d'Auxerre ,  les  barons  français  mettent 
du  Guesclin  à  leur  tête  et  adoptent  d'un  commun  accord  comme 
cri  de  ralliement  le  cri  d'armes  de  Rertrand  :  Notre  Dame!  Gues- 
clin 1  Cependant  la  matinée  s'avance,  et  les  Français  commencent 
à  souffrir  de  la  faim  et  de  la  chaleur.  On  délibère  sur  la  con- 
duite à  tenir  :  les  uns  sont  d'avis  d'aller  offrir  la  bataille  à  Ten- 
nemi  sur  les  hauteurs  '  où  il  s'est  retranché  ;  toutefois  on  finit 

qui  périt  à  Cocherel  est  Jean  de  Sault,  ainsi  que  le  prouve  la  quittance 
suivante  dont  nous  deyons  l'indication  à  notre  savant  collègue  M.  Demay  : 
a  Sachent  tous  que  je  Jehan  de  Sault,  dit  le  bascon  de  Mareul,  escuier, 
sergant  d^armes  du  roy  de  Navarre  notre  seignour,  ay  eu  et  recen  de 
Jehan  des  Ylles,  viconte  de  Coutances  pour  nostre  dit  seigneur,  la 
somme  de  cent  livres  toumeis  pour  cest  présent  terme  de  la  Saint  Mi- 
chiel,  en  rabatant  de  la  somme  de  deulx  cens  livres  toumeis  que  je 
pren  chacun  an  sur  la  recepte  de  la  dicte  vicontey  à  ma  vie  tant  seule- 
ment du  don  de  mon  dit  seigneur.  De  laquelle  somme  de  cent  livres  je 
me  tiens  pour  bien  paie  et  promet  aporter  quitance  envers  le  dit  mon- 
seignour  au  dit  viconte.  En  tesmoing  de  cen,  j'ay  scellé  ces  lettres  de 
mon  seel.  Donné  à  Gavray,  le  ?«  jour  d'octoore  mil  ccc  soixante  et 
trois.  »  Bibl.  Nai,^  Titres  scellés  de  Oairambault,  vol.  101,  f»  7859. 

1.  En  1364,  le  mercredi  de  la  Pentecôte  est  tombe  le  15  mai. 

2.  Jean  de  Grailly,  captai  de  Buch,  occupa,  dès  la  journée  du  mer- 
credi 15  mai,  le  sommet  et  les  pentes  d'une  colline  escarpée  qui  do- 
mine le  village  de  Cocherel,  situé  sur  la  rive  droite  de  l'Eure,  à  l'en- 
droit où  un  pont  mettait  alors  en  communication  les  deux  tronçons 
d'une  très-ancienne  route  reliant  ensemble  Vemon  et  Evreux.  Coche- 
rel ^auj.  Houlbecq-Cocherel,  Eure,  arr.  Évreux,  c.  Vemon),  situé  sur 
la  nve  droite  de  l'Eure  à  environ  2  kil.  1/2  de  cette  rivière,  est  à  peu 
près  à  égale  distance  d'Évreux,  de  Pacy,  de  Vemon  et  d'Acquigny, 
places  qui  étaient  alors  fortifiées  et  occupées  par  les  Navarrais. 


SOMMAIRE  DU  PREMIER  LIVRE,  §§  510-S29.        lv 

par  se  ranger  à  l'opinion  des  plus  sages  qui  conseillent  d'attendre 
en  bon  ordre  l'attaque  des  Navarrais.  P.  117  à  121,  300  à  302. 

Du  Guesclin  a  recours  à  un  stratagème  pour  faire  descendre 
l'ennemi  en  rase  campagne.  Il  donne  Tordre  à  ses  gens  de  battre 
en  retraite  et  de  retourner  sur  leurs  pas  avec  armes  et  bagages 
de  l'autre  côté  de  la  rivière.  L'anglais  Jean  Jouel ,  en  voyant  ce 
mouvement,  croit  que  ses  adversaires  cherchent  à  s'ëchapper  et 
veut  leur  donner  la  chasse.  Le  captai  s'y  refuse;  mais  son  lieu- 
tenant, qui  brûle  d'en  venir  aux  mains,  ne  se  peut  plus  contenir  : 
il  s'ëlance  à  la  poursuite  des  Français.  Force  est  alors  à  Jean  de 
Grailly,  qui  ne  peut  ni  ne  veut  laisser  Jean  Jouel  ^  se  mesurer 
seul  contre  les  Français,  d'abandonner  ses  positions  et  de  des- 
cendre de  la  colline.  L'ennemi  une  fois  pris  au  piège,  les  Français 
font  volte-face,  reprennent  TotTensive ,  et  la  bataille  commence. 
Sous  prétexte  qu'il  ne  peut  porter  les  armes  contre  certains  che- 
valiers de  l'armée  iTavarraise,  rArchiprêtre  quitte  le  champ  de 
bataille  dès  le  début  de  l'action ,  mais  il  ordonne  à  ses  gens  de 
rester  pour  prêter  main  forte  aux  Français.  P.  121  à  12S,  302  à  305. 

Les  Navarrais,  quoique  surpris,  ne  se  déconcertent  pas.  Ils 
font  passer  en  avant  leurs  archers  ;  mais  les  Français  sont  si  bien 

1.  Ce  Jean  Jouel  a^ait  été  en  quelque  sorte  lâché  sur  la  Normandie 
yaœ  Edouard  III,  furieux  de  la  mauraise  foi  de  Louis,  duc  d'Anjou,  qui 
refusait  de  revenir  se  constituer  otage  en  Angleterre  :  c  Puis  manda  le 
dit  roi  Edouart  à  monseigneur  Jehan  Jouel,  qui  avoit  et  tenoit  plu- 
sieurs fors  en  Xormandie,  qu'il  guerroiast  en  France  en  son  propre  nom 
comme  Jehan  Jouel,  et  fut  une  guerre  couYerte.  »  Chronique  des  quatre 
premiers  Falois,  p.  409.  —  Les  Compagnies  tenaient  alors  la  France 
tellement  à  discrétion  que,  de  tous  les  points  du  royaume,  leurs  chefs 
purent  se  rendre  en  Normandie  et  amener  des  renforts  au  captai  de 
Buch  sans  être  inquiètes.  Il  en  yint  jusque  des  confins  du  Berry,  du 
NÎTemais,  du  Bourbonnais  et  de  TAuvergne.  Il  faut  lire  le  charmant 
épisode  des  chroniques  de  Froissart,  où  un  aventurier  basque,  nommé 
le  Bascot  de  Mauléon,  capitaine  du  Bec-d'Allier  (auj.  forges  de  la 
commune  de  Cuffy,  Cher,  arr.  Saint- Amand-Mont-Rond,  c.  la  Guer- 
che)  en  1364,  raconte,  vingt-quatre  ans  après  ces  ëyënements,  à  notre 
chroniqueur,  son  commensal  à  Thôtel  de  la  Lune,  à  Orthez,  ses  proues- 
ses de  routier  et  notamment  la  part  qu'il  prit  à  la  bataille  de  Cocherel 
où  il  fut  fait  prisonnier  par  un  Gascon  au  parti  français,  l'un  de  ses 
cousins,  appelé  Bernard  de  Terride,  qui  le  rançonna  a  mille  francs  : 
K  Quant  les  nouvelles  me  furent  venues  que  le  captai  mon  maistre  es- 
toit  en  Costentin  et  assambloit  gens  à  son  povoir,  pour  le  grant  désir 
que  je  avois  de  le  voir,  je  me  partis  de  mon  fort  à  douze  lances  et  me 
mis  en  la  route  messire  Jehan  Jouel  et  messire  Jacqueme  Planthin  et 
vinsmes  sans  dommage  et  sans  rencontre  qui  nous  portast  dommage 
devers  le  captai.  »  Froissart  de  Buchon^  éd.  du  Panthéon,  II,  408. 


Lvi  CHRONIQUES  DE  J.  FROISSART. 

protégés  par  leurs  pavois  que  le  trait  de  l'ennemi  ne  leur  fait 
presque  aucun  mal.  Les  Bretons  et  les  Gascons  se  couvrent  de 
gloire.  Les  trente  hommes  d'armes  d'élite,  montés  sur  fleur  de 
coursiers,  que  Ton  a  spécialement  chargés  de  s'assurer  de  la  per- 
sonne du  généralissime  de  l'armée  navarraise,  vont  droit  au 
captai,  l'enlèvent  après  une  résistance  désespérée,  l'emportent 
loin  du  champ  de  bataille  et  le  mettent  en  lieu  sûr  ^  P.  1 25  à  1 27, 
305  et  306. 

Les  Gascons'  et  notanunent  les  gens  du  seigneur  d'Albret, 
ayant  à  leur  tête  Amanieu  de  Pommiers ,  Petiton  de  Curton ,  le 
soudic  de  la  Trau,  parviennent  à  s'emparer  du  pennon  du  captai 
que  défendent  le  bascle  de  Maretdl  et  Geffroi  de  Roussillon.  Le 
bascle  de  Mareuil  est  tué^  et  Geffiroi  de  Roussillon  est  fait  prison- 
nier par  Amanieu  de  Pommiers.  En  revanche,  le  sire  de  Mussi- 
dan'  est  blessé  grièvement  et  perd  trois  de  ses  écuyers,  le  sou- 

1 .  On  a  ici  la  Tenion  anglo-gasconne  de  la  bataille  de  Cocherel  que 
Froiisart,  pendant  son  séjour  à  Bordeaux  à  la  cour  du  prince  d'Aqui- 
taine et  de  Galles  en  1366  et  1367,  s'était  fait  raconter  par  le  Roi  Fau- 
con et  aosai  sans  doute  par  quelques-uns  des  seigneurs  gascons,  ralliés 
dès  lors  au  parti  anglais,  qui  avaient  combattu  à  Cocherel  dans  les 
rangs  français.  Cette  version  est  un  conte  inventé  à  plaisir  et,  comme 
nous  Pavons  dit  ailleurs,  une  pure  gasconnade.  Pour  prouver  que  la 

{>rise  du  captai  par  les  Gascons  ne  se  peut  soutenir,  il  suffit  de  citer 
es  lignes  suivantes  d'un  acte  authentique  où  Jean  de  Grailly  recon- 
naît qu'il  a  été  fait  prisonnier  par  un  écuyer  breton,  bien  connu, 
nommé  Roland  Bodin  :  c  Je  Jehan  de  Greilly,  captai  du  Buch,  de  ma 
pure  et  franche  voulenté,  reconnois  et  confesse  par  ces  présentes  que, 
comme  pieça,  en  la  bataille  qui  fu  decoste  Coicherel  en  Normandie,  Jio- 
tant  BoMn^  escuier^  nCtutt  pris  et  fusse  son  loyal  prison»,.,  »  Arck,  Nat.^ 
J616,  no  6.  Cf.  HUt.  de  B.  du  Gueselin,  p.  kk%  à  450,  600  à  603. 

2.  Froissart  a  beaucoup  surfait  l'influence  qu^ont  pu  avoir  les  Gas- 
cons sur  l'heureuse  issue  de  la  journée  du  16  mai.  Nous  avons  prouvé 
ailleurs,  en  nous  appuyant  sur  le  témoignage  très-explicite  de  quatre 
chroniqueurs  contemporains,  que  Bertrand  gagna  la  bataille  de  Coche- 
rel, d'abord  grâce  à  sa  retraite  feinte,  ensuite  à  la  faveur  du  mouve- 
ment tournant  exécuté  au  dernier  moment  par  une  réserve  de  ses  Bre- 
tons qui  chargèrent  en  queue  les  Anglo-navarrais.  Hist,  de  du  Guesclin^ 
p.  kkh^  note  k, 

3.  Raymond  de  Montant,  seigneur  de  Mussidan  (Pordogne,  arr.  Ri- 
bérac),  avait  prêté  serment  de  foi  et  hommage  au  prince  d'Aquitaine  et 
de  Galles,  en  l'église  Saint-Front  de  Périgueux,  le  13  août  1363.  (Del- 
pit.  Documents  français  en  Angleterre,  p.  104).  Arnaud  Amanieu,  sire 
d'Albret  (auî.  Lahrit,  Landes,  arr.  Mont-de-Marsanj.  voulant  accom- 
pagner Charles  Y  à  Reims  et  assister  à  la  cérémonie  au  couronnement  * 
an  roi  de  France,  avait  placé  ses  gens  d'armes  sous  la  conduite  du  sire 
de  Mussidan. 


SOMMAIRE  DU  PREMIER  LIVRE,  SS  »4 0-529.     Lvn 

die  de  la  Trau,  de  son  côté,  a  un  bras  cassé.  Du  Guesclin  vient 
au  secours  de  la  bataille  ou  division  du  comte  d'Auxerre,  qui 
commence  à  plier,  mais  le  vicomte  de  Beaumont  périt  dans  cette 
rescousse.  Bertrand  accourt  ensuite  prêter  main-forte  aux  Picards 
qui  ont  atTaire  à  la  division  anglaise  de  l'armée  du  captai.  Jean 
Jouel,  chef  de  cette  division,  est  terrassé  et  fait  prisonnier  par 
Olivier  de  Mauny,  neveii  de  du  Guesclin ,  qui  le  remet  à  un  de 
ses  écuyers  nommé  Guyon  de  Saint-Pem  ^  ;  1^  capitaine  anglais 

1.  Ces  détails  intéressants  sont  empruntés  à  un  manuscrit  des  Chro- 
niques de  Froissart  conservé  aujourd'hui  à  la  bibliothèque  de  l'nniTer- 
site  de  Leyde.  Ce  manuscrit,  désigne  dans  notre  classement  des  ma- 
nuscrits de  Froissart  et  dans  nos  variantes  sous  le  n9  17,  paraît  être 
l'œuvre  de  deux  copistes  ;  mais  les  interpolations  que  nous  signalons 
n'appartiennent  qu'à  l'un  de  ces  copistes  qui  semble  être  le  même  que 
le  scribe  à  qui  nous  devons  le  manuscrit  n»  Sklk  et  6475  de  la  Biblio- 
thèque Nationale  (nP  15  de  notre  classement).  Or,  le  copiste  de  ce 
dernier  manuscrit  rappelait  Raoul  Tainguy.  Ce  nom  accuse  une  ori- 
gine bretonne,  et  en  effet  presque  toutes  les  interpolations,  que  nous 
avons  relevées  dans  les  deux  manuscrits  dont  nous  venons  de  parler,  se 
rapportent  a  la  Bretagne  et  surtout  à  Bertrand  du  Guesclin  et  â  ses 
compagnons  d'armes.  C'est  d'après  le  manuscrit  de  Raoul  Tainguy, 
conserve  à  la  Bibliothèque  Nationale  sous  les  n<»  Sklk  et  6475,  que 
nous  avons  pu  donner  dans  nos  variantes  (p.  299)  la  liste  des  princi- 
paux chevaliers  bretons  qui  combattirent  à  Cocherel,  et  cette  liste  est 
tellement  exacte,  qu'on  la  croirait  dressée  d'après  une  montre  authen- 
tique. La  miniature,  qui  forme  l'en- tête  de  ce  manuscrit,  est  aux  cou- 
leurs {èlancy  vermeil^  vert  et  noir)  et  porte  la  devise  (jamès)  de  Char- 
les VI.  Du  Guesclin  y  est  représenté  avec  un  costume  de  cérémonie 
brodé  à  ses  armes,  dd)Out,  tête  nue,  tenant  de  la  main  droite  son  épée 
et  de  la  main  gauche  l'épée  de  connétable.  La  physionomie  du  célèbre 
capitaine  a  une  expression  individuelle  si  prononcée,  qu'il  est  impossi- 
ble de  n'y  pas  voir  un  portrait.  On  lit  sur  la  feuille  de  garde  du  1"  vo- 
lume de  ce  manuscrit  (n®  6474)  :  a  Ce  manuscrit,  échappé  du  château  du 
Verger^  a  été  envoyé  par  M.  Marchand  de  la  part  de  M.  le  prince  de 
Rohan  pour  la  bibliothèque  de  M.  le  prince  de  Soubise.  Ce  21  avril 
1779.  »  La  terre  et  le  château  du  Verger,  en  Anjou  (auj.  château  de 
la  commune  de  Seiches,  Maine-et-Loire,  arr.  Baugé),  avaient  passé  aux 
Rohan  à  la  fin  du  quatorzième  siècle  par  le  mariage  de  Charles  de  Ro- 
han avec  Catherine  du  Guesclin,  dame  du  Verger,  fille  unique  de  Ber- 
trand du  Guesclin,  U  du  nom,  marié  à  Isabeau  d'Ancenis  et  neveu  à  la 
mode  de  Bretagne  du  connétable  qui  lui  avait  légué  par  testament,  le  10 
juillet  1380,  deux  cents  livres  de  rente  assises  sur  sa  seigneurie  de  Sens, 
n  y  a  lieu  de  croire  par  conséquent  que  le  manuscrit  provenant  du 
Verger,  et  dont  l'écriture  trahit  la  fin  ou  quatorzième  siècle  ou  les  pre- 
mières années  du  quinzième,  a  appartenu  a  Catherine  du  Guesclin.  Le 
manuscrit  de  la  bibliothèque  de  Leyde,  qui  est  aussi  en  grande  partie 
l'œuvre  de  Raoul  Tainguy,  provient  de  la  même  région  que  son  con- 
génère de  la  Bibliothèque  Nationale,  car  on  y  lit  ces  mots  en  marge,  à 


ifiii  CHRONIQUES  DE  J.  FROISSART. 

meurt  des  suites  de  ses  blessures  le  soir  même  de  la  bataille.  Cet 
eugagement  coûte  la  vie  à  deux  chevaliers  picards,  Baudouin, 
sire  d'Annequin^y  mattre  des  arbalétriers  de  FrancCt  et  Louis  de 
Haverskerque.  Finalement,  les  Français  restent  maîtres  du  champ 
de  bataille.  Guillaume  de  Gauville  ',  Pierre  de  Sacquenville,  Ber- 
trand du  Franc  tombent  entre  les  mams  des  vainqueurs*.  Le 
reste  de  l'armée  navarraise  se  débande  et  gagne  la  forteresse 
d'Acquigny*.  Cette  bataille  de  Cocherel  se  livre  le  jeudi  16  mai 
1364.  P.  127  à  130,  306  à  310. 


la  parde  supérieure  du  premier  feoiUet  :  c  Premier  rolome  de  l'hif- 
toire  de  mesure  Jehan  Froissart  aehêpté  à  Angers  par  moi  C.  (Qande) 
Fauchet  Tan  1593  ;  fut  relié  à  Tours;  me  cousta  5  livres  2  sous  en 
tout,  n  Raoul  Tainguy  a  forci  le  texte  de  Froissart,  dans  le  manuscrit 
de  Leyde,  d'interpolations  qui  n*ont  pas  une  sareur  bretonne  moins 
prononcée  que  celles  du  manuscrit  de  la  Bibliothèoue  Nationale.  Le 


guy  ajoutera  a  cette  liste  le  nom  d'un  de  ses  compatriotes  qu  i 
gnera  ainsi  :  c  Maleterre,  breton,  nez  de  Saint  Melair  lez  Cancalle  où 
sont  les  bonnes  oestres.  »  JUs.  de  la  bibliothèque  dt  ^université  de  Lejrde^ 
fonds  FouiuSy  rfi  9, /*»  344  v®. 

1.  Baudouin  de  Lens,  sire  d'Anneqnin  (Pas-de-Calais,  arr.  Béthune, 
c.  Cambrin),  ëtait  depuis  dix  ans  le  fidèle  compagnon  d*armes  de  Ber- 
trand du  Guesclin  avec  lequel  il  avait  organise  des  joutes  à  Pontorson 
dès  1354  (Bist,  de  du  Guesclin,  p.  122,  note  2V  Enriron  trois  semaines 
ayant  Cocherel,  le  25  avril,  Baudouin,  sire  a*Annequin,  avait  donné 
quittance  de  1088  francs  d'or  qui  lui  avaient  été  assignés  «  pour  cer- 
tain service  par  lui  fait  ou  roy  nostre  dit  seigneur  devant  RoUeboise.  s 
Bibl,  Nat.,  Quittances,  XV,  n»  7. 

2.  Charles  Y  donna  vers  1366,  les  château  et  seigneurie  de  Tillières 
(auj.  TilUères-sur-Avre,  Eure,  arr.  Évreux,  c.  Yemeuil)  à  Gui  le  Ba- 
veux, seigneur  de  Longueville,  «  en  récompense  da  ce  qu'il  avoit  fait 
prisonnier  en  la  bataille  proche  Cocherel  Guillaume  de  Gauville,  en- 
nemi du  roi.  »  Areh,  Nat.^  J217,  n*  23. 

3.  A  la  liste  des  prisonniers  de  Cocherel  on  peut  ajouter  Geffroi  de 
Roussillon  pris  par  Amanieu  de  Pommiers,  l'Anglais  Robert  Chesnel 
par  Gaudrjr  de  Ballore  {Arch.  Nat.y  sect.  jud.,  X**  19,  i^»  300  et  301), 
te  Navarrais  Pierre  d' Aigrement,  capitaine  du  Boisnie-Maine,  par  un 
écuyer  du  diocèse  de  Quimper  (Bibi.  Nat,^  ms.  lat.  n*  5381,  II,  175), 
Jacques  Froissart,  secrétaire  du  roi  de  Navarre  {BibL  Hat,,  Quittances, 
XV,  211),  Jean  de  Trousscauville,  ch»  (Ibid.,  XV,  258),  Colin  de  Fré- 
ville,  écuyer  {Arch,  Nat,,  JJ146,  n<»  364),  Jean  de  Launoy,  bourgeois 
d'Évreux  (JJ116,  n»  111,),  enfin  Baudouin  de  Bauloz,  Jean  Gansel, 
Lopez  de  Saint-Julien,  capitaines  navarrais  d'Anet,  de  Livarot  et  de 
Samt-Sevcr  {Arch.  Nat, ,  J38 1 ,  n»  3) . 

4.  Eure,  arr.  et  c.  Louviers.  &i  1364,  Acquigny  était  au  pouvoir 
des  Navarrais.  Bibl.  Nat,,  Quittances,  XV,  264. 


SOMMAIRE  DU  PREMIER  LIVRE,  g§  510-529.       ux 

Gui  de  Gauville,  fils  de  Guillaume  de  GauviLle,  arrive  sur  le 
champ  de  bataille  à  la  tète  de  la  garnison  navarraise  de  Conches; 
à  la  nouvelle  de  la  défaite  des  siens,  il  reprend  en  toute  4iâte  le 
chemin  de  sa  forteresse.  Les  trente  qui  ont  enlevé  le  captai  le 
transportent  à  Vernon^  et  de  là  à  Rouen.  P.  130  à  132,  310,  311 . 

Charles  Y  reçoit  la  nouvelle  de  cette  victoire  à  Reims ^. ou  il 
est  allé  se  faire  couronner  roi  de  France. — Noms  des  principaux 
personnages  qui  assistent  au  couronnement.  — -  Retour  de  Charles  V 
à  Paris.  P.  132  à  134,  311  à  313. 

Charles  Y  investit  Philippe  son  plus  jeune  frère  du  duché  de 
Bourgogne  *,  et,  à  la  prière  de  celui-ci,  pardonne  à  l'Archiprêtre 


1.  Yemon  a^ait  été  cédé  par  le  dauphin  régent  le  21  août  1359,  en 
échange  de  Meiun,  à  la  reine  Blanche  de  NaTarre,  veure  de  Philippe 
de  Yalois,  ainsi  qae  Yernonnet,  Pontoîse,  Neaufles,  toute  laWicomté 
de  Gîsors  à  l'exception  de  la  rille  et  du  château,  Neufchatel  et  Gour- 
nay.  Blanche,  sœur  de  Charles  le  MauTais,  était  toute  dérouée  à  son 
frère  ;  et ,  s'il  faut  en  croire  le  Cauchois  Pierre  Cochon ,  la  châtelaine 
de  Yernon,  trompée  par  la  feinte  de  Bertrand,  se  hâta  trop  de  fêter  la 
rictoire  du  captai  de  Buch  ;  c  Si  ayint  que  messire  Bertran  se  retrajr 
et  fist  passer  ses  sonunages  oultre  la  riTière  (d'Eure).  Les  nouTelles 
yindrent  à  la  rojne  Blanche  que  les  Franchois  estoient  desconfits  et, 
celles  nouYclles  oves,  menestriex  commenchèrent  à  corner,  et  dames 
et  damoiselles  à  danser  et  démener  si  grant  \oye  que  nul  ne  le  peust 
penser.  Et  tantost  après,  en  mainz  de  deux  hores,  oïrent  autres  non- 
Telles.  De  quoj  les  vielles  lurent  mises  soubz  le  banc  et  fii  la  grant 
joje  tournée  à  grant  plor.  Et  avoit  la  dite  roine  une  grant  huche  toute 
plaine  de  linges,  robes  et  de  chausses  semellées  à  ponlaine ,  qui  cou- 
roient  pour  le  temps,  à  leur  donner  après  la  bataille  ;  et  pour  ce  que  le 
roy  de  Franche  07  parler  de  celle  grant  joye  et  que  Vemon  estoit 
trop  entre  les  forteresches  des  Navarrois,  elle  ni  mise  hors.  9  Chronique 
Normande  de  P.  Cochon,  publiée  par  M.  Charles  de  Beaurepaire,  Ronen, 
1870,  p.  111  et  112.  —  Il  est  certain,  en  effet,  que  presque  tous  les 
actes,  émanés  de  la  chancellerie  de  la  reine  Blanche  postérieurement  à 
la  bataille  de  Cocherel,  sont  dates  de  son  château  de  Neaufles  (aujour- 
d'hui Neaufles-Saint-Martin ,  Eure,  arr.  les  Andelys,  c.  Gisors).  Bièl, 
Nat,,  Quitt.,  XV,  167,  248. 

2.  Charles  Y  reçut  la  nouvelle  de  la  victoire  de  Cocherel  la  veille 
de  son  sacre,  le  samedi  18  mai,  deux  jours  après  la  bataille,  au  mo- 
ment où  il  arrivait  aux  portes  de  Reims.  Cette  nouvelle  lui  fut  appox^ 
tée  par  deux  messagers,  l'un,  Thomas  Lalemant,  son  huissier  d'armes, 
à  qui  il  assigna  en  récompense  200  livres  parisis  de  rente  {Arch,  Nat,^ 
JJ96,  n«>  372),  l'autre  Thibaud  de  la  Rivière,  ëcuyer  breton  de  la 
Compagnie  de  du  Guesclin,  qu'il  gratifia  de  500  livres  tournois  de 
rente  {Catalogue  Joursanvault,  I,  6,  n»  33;  309,  n^  1710). 

3.  Quoique  Philippe  eût  été  crée  duc  de  Bourgogne  par  le  roi 
Jean  à  Germigny-sur-Mame  dès  le  6  septembre  1363,  Charles  Y  cou- 


tx  CHRONIQUES  DE  J.  FROISSART. 

sa  conduite  à  Gocherel.  Il  fait  couper  la  tète  à  Pierre  de  Sacquen- 
ville  à  Rouen*.  Guillaume  de  Gauville,  fait  prisonnier  à  Gocherel, 
est  échange  contre  Brumor  de  Laval,  captif  à  Évreux.  Le  captai 
de  Buch  est  transféré  de  Paris  à  Meaux  '  où  il  doit  tenir  prison. 
Bertrand  du  Guesclin  rachète  au  prix  de  cinq  ou  six  mille  francs 
le  château  de  Rolleboise  à  Wauter  [Straël],  capitaine  de  cette  for- 
teresse.— Charles  y  met  sur  pied  trois  armées.  La  première,  sous 
les  ordres  du  duc  de  Bourgogne,  va  mettre  le  siège  devant  Mar- 
chelainville ,  en  Beauce  ;  la  seconde  ^  dont  Bertrand  du  Guesclin 
est  le  chef,  opère  dans  la  direction  du  Cotentin  et  sur  les  mar- 
ches de  Cherbourg  ;  la  troisième  enfin ,  commandée  par  Jean  de 
la  Rivière,  assiège  le  château  d'Acquigny'.  P.  134  à  137,  313 
à  315. 

Louis  de  Navarre,  frère  puîné  de  Charles  le  Mauvais,  Robert 

tinua  de  donner  à  son  plus  jeune  frère  le  titre  de  c  duc  de  Touraine  i 
jusqu'au  2  juin  1364,  jour  où  il  se  décida  à  confirmer  au  profit  de 
Philippe  la  donation  du  duché  de  Bourgogne  faite  par  son  père  (dom 
Plancher,  Hist,  de  Bourgogne ^  II,  Preuves,  ccLxxvni).  Une  particularité 
que  tous  les  historiens  semblent  avoir  ignorée,  c'est  que  Charles  V,  par 
acte  daté  de  son  château  du  Goulet,  le  18  avril  1364,  dut  promettre  à 
son  second  frère  Louis,  duc  d'Anjou ,  qu'au  cas  où  il  vienorait  à  avoir 
des  héritiers  mâles  légitimes  aptes  à  lui  succéder  sur  le  trône ,  il  don- 
nerait à  perpétuité  à  son  dit  frère  le  duché  de  Touraine,  tant  la  cite  et 
et  le  château  de  Tours,  que  toutes  les  autres  appartenances  de  ce  duché. 
Areh,  Nat.^  J375,  n»  3. 

1.  Pierre  de  Sacquen ville  fut  exécuté  a  Rouen  entre  le  27  mai  et  le 
13  juin  1364.  Le  13  juin  1364,  Charles  Y  donna  à  son  amé  et  féal  ch** 
et  chambellan  Pierre  de  Domont  les  châteaux,  forteresses  ou  manoirs 
de  Sacquenrille  (Eure,  arr.  et  c.  Évreux)  et  de  Bérengeville  ainsi  que 
les  terres,  situées  en  Brie  et  ea  Champagne,  confisquées  sur  Pierre  de 
Sacquenville,  a  comme  il  se  feust  mis  en  la  bataille  du  captai  de  Buch 
pour  le  TOj  de  Navarre,  ennemi  de  nous  et  de  notre  royaume ,  contre 
noz  bons  et  loyaux  chevaliers  et  subgiez  et  en  jcelle  bataille,  à  la  des- 
confiture du  dit  captai  et  sa  compaignie,  le  dit  Pierre  ait  esté  pris  et, 
comme  traitre  de  nous  et  de  nostre  rojaume,  amené  en  noz  prisons  en 
nostre  p'tlie  de  Rouen  et  illeucques  pour  ses  démérites  exécutez  (Jreh,  Nat,^ 
JJ96,  no  116).  A  la  même  date,  les  châteaux  ou  manoirs  de  Corvail  et 
de  Couvay,  confisqués  comme  les  précédents  sur  feu  Pierre  de  Sac- 
quenville, furent  donnés  à  Jean  de  Gaillon,  sire  de  Groslej.  /&«/., 
no  118. 

2.  Au  commencement  du  mois  de  septembre  1364,  la  belle  reine 
Jeanne  d'Évreux,  veuve  de  Charles  le  Bel,  dame  de  Château-Thierry, 
qui  nourrissait  un  sentiment  tendre  pour  le  captai  de  Buch,  obtint  du 
roi  que  le  vaincu  de  Cocherel  reviendrait  tenir  prison  à  Paris.  Uisi.  de 
du  Guesclin^  p.  600  à  603. 

3.  Du  14  juillet  au  20  août,  Mouton,  sire  de  Blainville,  capitaine 


SOMMAIRE  DU  PREMIER  LIVRE,  SS  ^^1 0-^29.      lzi 

Knolles,  Robert  Ceni,  Robert  Briquet,  Creswey,  à  la  tftte  de 
douze  cents  combattants,  ravagent  le  pays  compris  entre  Loire 
et  Allier,  le  Bourbonnais  et  surtout  les  environs  de  Moulins,  de 
Saint-Pierre-le-Moutier  *  et  de  Saint-Pourçain.  Bernard  et  Hor- 
tingo  de  la  Salle,  ayant  sous  leurs  ordres  quatre  cents  compa- 
gnons, s'emparent  par  surprise  de  la  Charité-sur-Loire  *  dont  les 


pour  le  roi  au  diocèse  de  Rouen  pardeçà  Seine,  alla  assiéger  Acquif;ny, 
à  la  tête  d'une  troupe  qui  comprenait  à  la  fin  du  siëge  44  cheraliers, 
tant  bannerets  que  autres,  et  105  ^cuyers  (Bibl.  Nat,^  Quitt.,  xt,  49, 
53).  Mouton  leva  au  commencement  de  septembre  le  siëge  d*Acquigny 
pour  aller  avec  le  duc  de  Bourgogne  sur  les  bords  de  la  Loire  renfor- 
cer le  sî^e  mis  par  les  Français  devant  la  Charité. 

1.  L'une  de  ces  forteresses,  situées  enure  Loire  et  Allier,  était  encore 
oocnpëe  en  1367  par  un  routier  navarrais  nommé  le  bour  Camus.  Nous 
▼oulons  parler  de  Beauvoir  qu'il  nous  est  impossible  d'identifier  même 
d'une  manière  dubitative,  ainsi  que  l'a  fait  M.  Chazaud  {La  Chronique 
du  Bon  duc  Lojs  de  Bourbon^  p.  16,  note  2),  arec  Beauregard.  Beauvoir 
est  aujourd'hui  un  château  de  Saint-Germain-Chassenay ,  Nièvre, 
arr.  Nevers,  c.  Decize.  Ce  lieu  fort  était  tombé  de  bonne  heure  an 
pouvoir  des  Compagnies,  car  dès  1358  Pierre  de  Chandio,  châtelain  de 
Decize  pour  le  comte  de  Flandre  et  de  Nevers,  faisait  réparer  le  pont- 
levis  du  château  confié  à  sa  garde,  t  pour  obvier  à  la  maie  volenté  des 
Englois  qui  tenoient  plus  de  cent  forteresses...  Droy,  Beauvoir^  Vitry, 
Isenay,  Saint  Gracien  sur  Allier,...  lesquels  plusieurs  fois  se  misent  en 
essey  de  eschaler,  embler  et  prendre  la  rille  et  le  chastel  de  Decizè.  s 
Arch.  de  la  Céie  d'Or^  B4406;  Jnvent.,  II,  112.  —  La  reddition  de 
Beauvoir  et  la  prise  du  bour  Camus  par  les  gens  du  duc  de  Bourbon 
durent  aroir  lieu  après  décembre  1367  (/^û/.,  Bô498;//i('eiU.,II,  273). 
—  Un  peu  au  nora-est  de  Beauvoir,  sur  la  rive  droite  de  la  Loire,  les 
Compagnies  anglo-navarraises  tenaient  à  la  même  ëpooue  le  château  de 
Montëcot  dont  les  ruines  informes  se  voient  encore  à  âémelay,  Nièvre, 
arr.  Château-Chinon,  c.  Luzy.  L'identification,  faite  par  M.  Chazaud, 
de  Montëcot  avec  Montesche  nous  parait  inadmissible.  La  Chronique  du 
bon  duc  Lojrs  de  Bourbon^  p.  16,  note  3. 

2.  La  date  de  l'occupation  de  la  Charité-sur-Loîre  (Nièvre,  arr. 
Cosne),  qui  n'a  été  donnée  jusqu'à  ce  jour  d'une  manière  un  peu  pré- 
cise par  aucun  historien,  doit  être  fixée  au  mois  d'octobre  1363.  Cela 
résulte  d'une  lettre  de  rémission  accordée  par  Charles  Y  en  janvier  1367 
(n.  st.)  à  Jeannet  Sardon  ou  Sadon,  de  la  Charité-sur-Loire,  a  conune, 
en  la  fin  du  moys  de  septembre  en  fan  McccuLm,  le  fort  de  la  tour  de 
Bèvre  (auj,  château  de  Germigny,  Nièvre,  arr.  Nevers,  c.  Fougues,  sur 
la  rive  droite  de  la  Loire,  à  peu  près  à  ëgale  distance  de  Nevers  au  sud 
et  de  la  Charité-sur-Loire  au  nord)  eust  esté  et  fust  prins  par  aucuns 
Angloiz,  noz  enemis  et  celiui  an  la  ville  de  la  Charité  dessus  dicte  eust  esté 
et  fust  ou  moys  <F octobre  ensuivant  prinse  par  autres  Angloiz^  Gascons  et 
autres  gens  de  CompaigniCf  eulx  porians  pour  lors  noz  enemis,  lesquelles 
forteresses,  ainsin  prises,  furent  détenues  et  occupées  par  noz  diz  enne- 
mis bien  par  Cespaee  de  sè»e  ou  dix  et  sept  moys  ou  environ  :  durant  le- 


IX  T  Cf  IONIQUES  DE  J.  FROISSAHT. 

habitants  se  réfugient  à  Nevers.  A  la  nouvelle  de  la  prise  de  cette 
ville,  Louis  de  Navarre  envoie  aux  vainqueurs  un  r^fort  de  trois 
cents  armures  de  fer  sous  les  ordres  de  Robert  Briquet  et  de 
Creswey.  P.  137  à  139,  315,  316. 

Prise  de  Marchelainville  ^  par  le  duc  de  Bourgogne  et  d'Ac- 
quigny  par  Jean  de  la  Rivière.  P.  139  à  141,  316,  317. 

Siëge,  prise  et  rasement  du  fort  de  Chamerolles^  par  le  duc 

quel  temps,  le  dit  Surdon,  qai  pour  Tempeschemeiit  de  aoz  diz  enemis 
ne  poToit  demourer  en  la  dicte  ville  de  la  Charité,  demoura  en  la  ville 
de  Sancerre  en  l'ostel  et  on  aeivlce  de  Ettienne  de  Heriçon,  bourgois 
du  dit  lieu  de  Sancerre,  ôon  oncle.  Si  advint  que  par  plusenrs  foys  les 
diz  enemis  furent  et  vlndrent  en  la  dicte  ville  de  Sancerre,  tant  pour 
traictier  de  finances  ou  raençons  d'aucuns  de  leurs  Compaignons  qui 

Srins  y  furent  par  plusenrs  intervalles  par  nostre  amë  et  féal  le  conte 
e  Sancerre  et  sez  frères  et  par  leurs  genz  qui  contre  yceulx  enemis 
firent  moult  honorable  et  loyal  guen*e  et  leur  portèrent  très  grans  do- 
maîges,  si  comme  Ten  dit,  comme  pour  traictier  de  la  raençon  de  plu- 
seurs  personnes  du  pays  que  les  enemis  y  tindrent  prisonniers  par  de* 
vers  eulx.  Et  mesmement  les  diz  enemis,  tenans  la  dicte  ville  de  la 
Chante,  forent  et  repaîrèreut  ploseurs.foiz  en  la  dicte  ville  de  San- 
cerre pour  traictier  de  la  delÎTrance  de  la  dicte  Charité,  duquel  traictîé 
le  dit  conte  fu  par  aucune  parâe  du  temps  chargié,  si  comme  l'en  dit, 
auxquielz  enemis,  tant  pour  ce  (jue  il  fussent  plus  favorables  et  gra- 
cieux à  la  délivrance  de  leurs  prisonniers  et  à  passer  et  consentir  lez 
traictiez  de  la  dicte  delivrrnce  de  la  Charité  et  afin  de  apaisier  leurs 
malvaises  et  dures  volentez  et  que  il  n'ardissent  les  maisons  et  manoirs 
du  dit  Sadon  et  du  dit  Estienne  son  oncle,  ycellni  Sadon  tint  aucune 
foiz  compaignie  en  la  dicte  ville  de  Sancerre  et  leur  vendi  et  délivra 
vins,  advenes  et  autres  choses,  et  merchanda  avec  eulx  de  chevaulx  et 
d'autres  choses,  tant  pour  lui  et  pour  le  dit  Estienne  son  oncle  comme 
pour  le  traictië  et  délivrance  d'aucuns  prisonniers  qui  prins  furent  ou 
temps  dessus  dit,  tant  en  la  dicte  tour  de  Bèvre  comme  en  la  dicte  ville 
de  la  Charité...  »  Arch.  Nat.^  JJ97,  n«  638,  f»  178. 

1.  Auj.  hameau  de  Péronvilie,  Eure-et-Loir,  arr.  Châteaudun, 
c.  Orgères.  Les  ruines  du  fort  de  Marchelainvilie  sont  encore  marquées 
sur  la  carte  de  Cassini.  La  forme  de  ce  nom  de  lieu,  dans  les  divers 
manuscrits  de  Freissart,  est  Marceranville^  MarcerainvilU^  MacerenvUle, 
Macheranvîlle  (p.  139,  315).  M.  de  Barante  (^Hist.  des  ducs  de  Bourgogne^ 
éd.  de  Bruxelles,  1837,  I,  74)  a  identifié  la  forteresse  ainsi  désignée 
avec  Marchéville  (Eure-et-Loir,  arr.  Chartres,  c.  Illiers),  mais  cette 
identification  ne  soutient  pas  l'examen. 

2.  Château  situé  à  Chilleurs-aux-Bois,  Loiret,  arr.  et  c.  Pithiviers. 
Les  ruines  de  ce  lieu  fort  sont,  comme  celles  de  Marchelainvilie,  mar- 

2 nées  sur  la  carte  de  Cassini.  Par  acte  daté  de  Paris  en  septembre  1367, 
Iharles  Y  octroya  une  lettre  de  rémission  à  Thibaud  de  Grassay, 
*    -       ''     ""    •      ^"  ^  •       .Sal- 

;  for- 
i  deâ 


SOMMAIRE  DU  PREMIER  LIVRE,  §§  510-529.    lxlu 

de  Bourgogne.  —  Siège  et  prbe  da  château  de  Dreux  et  du  fort 
de  Preux  ^.  —  Reddition  du  fort  de  Ck)uyay  '.  —  Le  duc  de  Bour- 
gogne quitte  la  BeauceS  et,  après  avoir  eu  une  entrevue  avec  le 


enTirons  et  employant  le  produit  de  ses  rapines  à  mettre  la  dite  ëglise 
en  état  de  résister  aux  attaques  des  Compagnies,  «  excepte  une  queue 
de  Tin  que  ycellui  suppliant  yendi  pour  nure  couvrir  un  jaque,  quant  il 
ala  servir  nostre  très  cher  et  tr^:  amé  frère  le  duc  de  Bourgoigne  quant  il  fu 
devant  le  fort  de  Chamerolss,,,  »  Arch,  Nat,^  JJ97,  n»  413,  ^  106.  — 
D'après  le  rëcit  de  Froi  «art,  le  fort  de  ChameroUes  derait  être  situe 
dans  le  voisinage  de  MarcheiainTÎHe.  M.  de  Barante  s'est  donc  trompe 
en  roulant  reconnaître  dans  le  premier  de  ces  deux  forts  un  c  Came- 
roUes  »  qu'il  faudrait  aller  chercher  à  mi-chemin  de  Montareis  et  de 
Gien  et  un  peu  à  Test  de  ces  deux  rilles  (auj.  hameau  de  Châtillon- 
sur-Loing,  Loiret,  arr.  Montargis). 

!•  Vers  le  milieu  de  1364,  le  château  de  Dreux  n'ëtait  plus  depuis 
longtemps  au  pouvoir  des  Compagnies,  et  nous  révoquons  en  doute 
jusqu'à  preuve  du  contraire  cette  partie  du  récit  de  Froissart.  Quant  à 
Preux,  que  M.  de  Barante  a  transformé  en  Preuil,  nous  ne  connaissons 
aucun  lieu  fort  de  ce  nom  en  Beauce,  dans  le  pays  chartrain  ou  le 
Perche. 

2.  On  peut  lire  à  volon'^é  dans  les  manusc  -its  de  Froissart  Connais 
Connay^  Couvai  ou  Couvay,  Nous  avons  préféré  la  forme  Couvai,^  nom 
de  lieu  qui  s'est  conservé  en  composition  dans  Crécy-Couvé,  Eure*-et- 
Loir,  arr.  et.  c.  Di'enx.  Quoi  qu'il  en  soit,  l'identification  faite  par 
M.  de  Barante  du  Couvai  de  Froissart  avec  un  Conneray^  nom  de  heu 
qui  nous  est  inconnu  (serait-ce  Connerré,  Sarthe,  arr.  le  Mans,  c.  Mont- 
rort?),  cette  identification  est  tout  à  fait  inadmissible  :  le  temps  et 
l'usage  contractent  souvent  les  formes,  mais  ne  les  allongent  jamais, 
surtout  à  l'intérieur  des  mots.  Y.  Histm  des  ducs  de  Bourgogne^  I,  75. 

3.  Une  montre  publiée  par  dom  Plancher  {Hist,  de  Bourgogne^  III, 
556)  nous  fait  connaître  les  principaux  chevaliers  qui  servirent  en 
Beauce  sous  le  duc  de  Bourgogne.  On  y  distingue  le  comte  de  la  Mar- 
che, Simon,  comte  de  Braine,  Jean  le  Maingre,  dit  Boucicant,  maré- 
chal de  France,  Enguerrand,  sire  de  Concy,  Amauri,  sire  de  Craon, 
Antoine,  sire  de  Beavjeu,  Jean  de  Vienne  et  Robinet  de  Chartres, 
écuyer.  Philippe,  duc  de  Bourgogne,  dut  quitter  la  Beaucer,  pour  se 
rendre  &  la  cour  du  roi  son  frère,  du  10  au  24  août  1364,  car  c  est  en- 
tre ces  deux  dates  que  Charles  Y  fit  un  séjour  en  Brie,  soit  à  Crevé* 
ccBur,  soit  à  Vaux,  soit  à  Crécy.  L.  Delisle,  Mandements  de  Charles  V^ 
p.  31  à  33,  no*  66  à  70.  —  Cette  campagne  du  duc  de  Bourgogne  en 
Beauce  fut  entreprise  presque  au  lendemain  de  la  victoire  de  Cocherel, 
dans  le  courant  de  juin  1364.  Du  Guesclin  semble  avoir  été  chargé  au 
début  de  la  direction  générale  des  opérations.  Dans  deux  quittances  de 
Renier  le  Coutelier,  vicomte  de  Bayenx  et  trésorier  des  guerres,  en 
date  des  15  et  24  juin,  Bertrand  est  qualifié  capitaine  général  de  la  pro- 
vince de  Rouen  et  du  bailliage  de  Chartres  ou  encore  lieutenant  du  roi  entre 
Loire  et  Seine  (Bibl,  Nat.^  Quitt.,  xv,  29,  34).  Cest  seulement  dans  la 
dernière  semaine  de  juin  que  le  comte  de  Longueville  fut  envoyé  en  Basse 
Normandie  contre  les  Navarrais  (La  Roque,  Hist.  de  la  maison  de  Har^ 


Lxiv  CHRONIQUES  DE  J.  FROISSâRT. 

roi  son  frère  à  Vaux-la-Gomtesse  en  Brie,  accourt  à  la  tête  de 
toutes  ses  forces  en  Bourgogne  où  il  force  le  comte  de  Montbé- 
liard  et  ses  alliés  d'Allemagne ,  qui  ont  profité  de  l'absence  de 
Philippe  pour  envahir  le  duché,  à  rebrousser  chemin  et  à  repasser 
précipitamment  le  Rhin^  P.  141  à  143,  317  à  320. 

Le  connétable  ^  et  les  deux  maréchaux  '  de  France  mettent  le 
siège  devant  la  Charité;  ils  sont  bientôt  rejoints  par  le  duc  de 

urgogne\  revenu  de  sa  chevauchée  dans  le  comté  de  Montbé- 


r 


courte  IV,  2300).  Bertrand  était  à  Caen  le  21  juin  {Bibl.  Nat,^  ms.  fr. 
no  22469,  f°  77);  il  assiégeait  Valognes  le  9  juillet  {Arch.  Nat,^  JJ98, 
n*»  210)  et,  le  11,  il  avait  pris  cette  ville  {Ibld.^  JJi08,  n»  329).Le  24, 
il  était  de  passage  à  Saint-Lo  (Jbid,^  JJ96,  n<»  429).  Il  allait  renforcer 
la  petite  armée  qui,  dès  le  12  juillet,  avait  mis  le  siège  devant  ixfaauf- 
four  (Orne,  arr.  Argentan,  c.  Merlerault),  sous  les  ordres  du  maréchal 
de  la  Ferté,  de  Pierre,  seigneur  de  Tournebu,  et  de  Guillaume  du 
Merle,  seigneur  de  Messey.  Les  machines  des  assiégeants  lancèrent 
2960  pierres,  et  les  assiégés  ne  se  rendirent  qu'au  bout  de  42  jours. 
{Bibl,  Nat.^  ms.  fr.  n»  4987,  f«  91;  Quittances,  xv,  n»  72'. 

1 .  Philippe,  alors  duc  de  Touraine,  avait  lancé  les  Compagnies  sur 
le  comté  ae  Bourgogne  dès  le  mois  de  décembre  1363.  La  comtesse 
Marguerite  avait  appelé  sous  les  armes  la  noblesse  comtoise,  après  avoir 
fait  rompre  le  pont  d*Apremont  (Haute-Saône,  arr.  et  c.  Graj)  ;  et  le 
comte  deMontbéliard  et  Jean  de  Neufchâtel,  neveu  du  comte,  s'étaient 
mis  à  la  tête  de  cette  noblesse.  Le  25  juillet  1364,  Ancel  de  Salins 
avait  signé  à  Viliers-Farlay  un  traité  de  paix  avec  le  duc  au  nom  de  la 
comtesse;  mais  le  comte  de  Montbéliara  et  son  neveu  avaient  refusé 
d'y  souscrire.  A  la  fin  du  mois  de  septembre  suivant,  apprenant  que  le 
comte  de  Montbéliard,  à  la  tête  de  quinze  cents  lances  recrutées  en 
Alsace  et  en  Allemagne,  s'était  avancé  jusqu'à  Châtiilon-sur-Seine,  le 
duc  de  Bourgogne  s'était  mis  à  sa  poursuite  avec  l'Archiprétre  et  l'avait 
forcé  à  chercher  un  refuge  en  Alsace,  où  Arnaud  de  Cervolle  alla  por- 
ter le  ravage,  ainsi  que  dans  les  comtés  de  Bourgogne  et  de  Montbé- 
liard. Finot,  Recherches^  p.  92. 

2.  Robert,  dit  Moreau,  sire  de  Fiennes. 

3.  La  première  rédaction  (p.  145,  lignes  4  et  5)  dit  que  ces  maré- 
chaux étaient  Boucicaut  et  Mouton,  sire  de  Blainville.  Boucicaut  était 
en  effet  maréchal  de  France  et  il  prit  part  au  siège  de  la  Charité.  Quant 
à  Jean  de  Mauquenchy,  dit  Mouton,  sire  de  Blainville,  il  assista  aussi 
à  ce  siège,  à  la  fin  de  septembre  et  dans  les  premiers  jours  d'octobre 
{Bibl.  Nat.^  Quitt.,  xv,  .66,  95),  et  il  y  eut  plusieurs  chevaux  tués  et 
affolés  (Delisle,  Mandements  de  Charles  T,  p.  48,  n*  93)  ;  mais  il  ne  fut 
fait  maréchal  de  France  que  le  20  juin  1368  (Anselme,  Kist.  généaL^ 
VI,  756).  La  seconde  rédaction  (p.  321)  substitue  Amoul,  sire  d'Au- 
drehem,  à  Mouton,  sire  de  Blainville. 

4.  Philippe,  duc  de  Bourgogne,  avait  mis  le  siège  devant  le  fort  de 
Moulineaux  (auj.  hameau  de  la  Bouille,  Seine -Inférieure,  arr.  Rouen, 
c.  Grand-Couronne)  à  la  fin  d'août  et  dans  les  premiers  jours  de  sep- 
tembre. Le  S  septembre^  Guillaume  de  Calletot,  ch***,  était  envoyé  avec 


SOMMAIRE  DU  PREMIER  LIVRE,  §§  510-529.      lxv 

liard.  Bertrand  du  Guesclin^  lai-même,  après  une  campagne  dans 
le  G)tentin,  Jean  de  la  Rivière',  après  la  levëe  du  siëge  d'Évreux, 
viennent  renforcer  les  assiégeants.  La  garnison  de  la  Charité  fait 
souvent  des  sorties,  et,  dans  une  de  ces  escarmouches,  Robert 
d'Alençon,  fils  du  comte  d'Alençon,  Louis  d'Auxerre,  fils  et  frère 
des  deux  comtes  d'Auxerre  %  sont  faits  chevaliers.  Louis  de  Na- 

un  antre  chevalier,  quinze  hommes  d^armei  et  deux  archers  étoffée 
«  en  l'aide  de  très  excellent  et  puissant  prince  mS'  le  duc  de  Bour- 
goigne  qui  a  mis  un  siège  devant  U  fort  de  Moulineaux,  »  Bi6l,  Nai,^ 
Quitt.,  aV,  64  à  57.  —  Rappelé  par  l'invasion  des  Compagnies  sur  les 
frontières  de  son  duché,  Philippe  quitta  précipitamment  la  Normandie 
et  n'arriva  devant  la  Charité  qu'à  fa  fin  de  septembre ,  car  nous  avons 
une  lettre  de  Philippe  adressée  a  Jacques  de  Vienne,  son  lieutenant 
dans  le  Lyonnais,  et  datée  de  Cosne-sur-Loire^  le  lundi  30  septembre 
(dom  Plancher,  Hist,  de  Bourgogne^  II,  300).  D'un  autre  côté,  le  man-^ 
dément  de  Charles  V  mentionnant  la  présence  devant  la  Charité  de  Mou- 
ton, sire  de  Blainville,  €  en  la  compaignie  de  nostre  très  chier  et  amé 
frère  le  due  de  Bourgoigne  *,  est  du  7  octobre  1364. 

1 .  Quoi  qu'en  dise  Froissart,  il  est  presque  impossible  d'admettre 
que  du  Guesclin  ait  pu  assister  au  siège  de  la  Charité.  Le  20  août  1364, 
le  nouveau  comte  de  Longueville,  sire  de  Broons  et  de  la  Roche  Tesson, 
chambellan  du  roi,  s'intitulait  encore  «  lieutenant  général  en  Norman-^ 
die  >  dans  une  quittance  de  cent  francs  d'or  de  l'argenterie  du  roi  dé- 
lÎTrée  à  Renier  le  Coutelier  {Bibl,  Nat.^  dép.  des  mss..  Titres  originaux, 
au  mot  du  Gueselin).  Peu  avant  le  20  septembre,  Charles  Y  donnait 
l'ordre  d'annuler  les  assignations  de  deniers  faites  antérieurement  à 
Bertrand  sur  les  receveurs  de  Chartres,  d'Évreux ,  de  Lisieux  de  Séez , 
de  Bayeux,  de  Coutances  et  d'Avranches  {Bibl.  Nat.^  Quitt.,  XV,  62)  ; 
et  cette  annulation  serait  inexplicable ,  s'il  fallait  admettre  avec  Frois- 
sart que  du  Guesclin  servait  alors  le  roi  de  France  devant  la  Charité. 
Le  29  septembre  suivant,  le  vainqueur  de  Cocherel  prenait  part  à  la 
bataille  d'Auraj.  Entre  ces  deux  aateS|  on  voit  qu'il  ne  reste  pas  de 
place  pour  un  vojage  à  la  Charité  et  le  retour  en  Bretagne. 

2.  Dès  le  commencement  de  juillet  1364,  Mouton,  sire  de  Blainville, 
avait  mis  le  siège  devant  Evreux  {Bibl.  Nat.y  Quittances,  XV,  53).  Au 
mois  de  septembre  suivant,  Charles  V  accorda  une  lettre  de  rémission  à 
Jean  le  Rebours,  dojen,  vicaire  et  officiai  d'Évreux,  partisan  du  roi 
de  Navarre,  «  à  Jarequeste  de  Hue  de  Chastillon,  maistre  de  nos  arba- 
lestriers  (nommé  en  remplacement  de  Baudouin,  sire  d'Annequin,  tué  à 
Cocherel),  de  Jean,  sire  de  la  Rivière  et  de  Préaux,  nostre  chambellan, 
et  de  Mouton,  sire  de  Blainville,  nostre  conseiller,  qui  ont  esté  et  sont  de 
par  nous  à  siège  devant  la  dicte  ville.  »  Arch,  Nat.^  JJ96,  n®  256,  f^  85 
vo.  —  Les  Français  avaient  déjà  levé  le  siège  d'Évreux  en  octobre, 
car  dans  le  courant  de  ce  mois  le  roi  octroya  une  lettre  de  rémission  à 
Jean  Quieret,  seigneur  de  Fransu,  chevalier,  et  à  Godefroi  de  Nojelle, 
écuyer,  considéré  que  «  dicti  miles  et  Godefridus  coram  civitate  Ebroy- 
eensi  in  comitiva  dilecti  et  fidelis  militis  et  cambellani  nostri  Joliannis 
de  Riparia  fuerunt,...  »  Arch.  Nat.,  JJ96,  n©  294,  f<»  93  et  94. 

3.  En  1364,  Jean  de  Chalon,  IV  du  nom,  fils  aîné  de  Jean  de  Cha- 


Lxvi  CHRONIQUES  DE  J.  «"ROISSART. 

varre ,  cantonné  sur  la  frontière  d'Auvergne ,  appelle  au  secours 
des  assièges  Robert  Knolles,  Gautier  Hewet  et  Mathieu  de  Gour- 
nay;  mais  le  comte  de  Montfort  a  pris  ces  chevaliers  anglais  à 
son  service  pour  assiéger  le  fort  château  d'Auray,  et  il  a  besoin 
plus  que  jamais  de  leur  aide  pour  tenir  tête  à  Charles  de  Blois 
son  concurrent,  qui  se  prépare  à  lui  faire  la  guerre  à  la  tête 
d'une  puissante  armée.  P.  145,  146,  320  a  322. 

Louis  de  Navarre,  en  qui  la  garnison  de  la  Charité  met  toute 
son  espérance,  évacue  l'Auvergne  pour  se  rendre  en  Normandie 
dans  la  région  de  Cherbourg*.  Charles  V  est  obligé  de  [rappeler 
ses  gens  d'armes  de  la  Charité  pour  les  enrôler  au  service  de 
son  cousin  Charles  de  Blois ^,  et  il  invite  le  duc  de  Bourgogne  son 


Ion,  III  du  nom,  comte  d^Auxerre  et  de  Tonnerre,  prenait  le  tître  de 
comte  d^Auxerre  concurremment  avec  son  père,  quoique  celui-ci,  pri- 
sonnier non  rachète  des  Anglais,  fût  encore  Tivant.  Le  père  Anselme 
(^Hist,  généal,^  YUI,  419)  se  trompe  en  faisant  mourir  Jean  III  avant 
1361.  BîbL  Nat,^  Clairambault,  xxvii,  1993. 

1.  Louis  de  Navarre,  frère  de  Charles  le  Mauvais,  arriva  en  Norman- 
die, non  pas,  comme  le  dit  Froissart,  après  la  mort  de  Philippe  de  Na- 
varre, comte  de  Longueville,  décédé  dès  le  29  août  1363,  mais  après 
la  défaite  du  captai  de  Buch  à  Cocherel ,  vers  le  milieu  du  mois  d'oc- 
tobre 1364.  Le  premier  acte  que  nous  connaissions,  qui  atteste  Tar- 
rivée  et  la  présence  de  Louis  de  Navarre  en  Normandie ,  est  daté  Je 
Mortain  /e  21  octobre  1364  ;  Louis,  comte  de  Beaumont  le  Roger,  prend 
dans  cet  acte  le  titre  de  lieutenant  du  roi  de  Navarre  en  France^  Nor^ 
mandie  et  Bourgogne  {Bibl,  Nat,,  Quilt.,  XV,  92).  D'autres  actes,  éma- 
nés de  Louis  de  Navarre,  sont  datés  de  Cherbourg  le  31  octobre  {Ihid,^ 
no  99),  de  Bricquebec,  le  2  novembre  (Jbid.^  n*  104),  de  Valognes,  le 
16  novembre  (Jbid,,  n»  110),  d'Avranches,  le  16  décembre  1364  [Ibid,^ 
no»  113  et  lld),  d'Evreux,  le  14  février  1365  {Ibid.,  vP  136),  de  Pon- 
taudemer),  le  19  février  (Ibid.^  n»  138),  d'Évreux,  le  22  mars  (Ibid,^ 
n»  151),  de  Cherbourg,  le  10  avril  {Ibid.,  n»  156),  les  12  et  20  août 
(ibtd.,  n»*  195,  197)  de  Bricquebec,  le  4  novembre  (ibid.^  n©  226),  de 
Cherbourg,  le  13  novembre  {/A/W.,  n»  232),  de  Gavray,  le  24  novem- 
bre (Ibid.,  no  238),  de  Bricquebec,  les  11  et  12  décembre  (Ibid.^ 
uos  245,  246),  de  Gavray,  le  19  décembre  (/A«/.,n<»251),  d'Avranches, 
le  20  décembre  1365  (Ibid,,  no  252). 

2.  Ce  ne  fut  point,  comme  Froissart  le  dit  par  erreur,  pour  les  enrôler 
au  service  de  Charles  de  Blois,  que  le  roi  de  France  rappela  les  gens 
d*armes  envoyés  devant  la  Charité,  car  le  retour  de  ces  gens  d'armes 
est  postérieur  à  la  bataille  d'Aurajr.  Cette  bataille  se  livra  le  29  sepj- 
tembre,  et  à  cette  date.  Mouton,  sire  de  Blaînville,  par  exemple,  n'était 
pas  encore  revenu  du  siège  de  la  Charité,  puisque  l'on  fut  obligé,  «  en 
Tahsence  de  ce  chevalier,  capitaine  pour  le  roy  es  cité  et  diocèse  de 
Rouen  »,  de  confier  la  défense  du  pays  à  Regnault  des  lUes,  bailli  de 
Caux  (Bibl,  Nat,^  Quitt.,  XV,  66).  Traqué  à  outrance  sur  tous  les 


SOMMAIRE  DU  PREMIER  LIVRE,  §§  S30-545.    lxvii 

frère  à  traiter  avec  les  assiégés.  On  permet  à  ceux-ci  de  se  reti- 
rer où  bon  leur  semblera,  après  leur  avoir  fait  prêter  serment  de 
ne  point  s'armer  contre  le  royaume  pendant  trois  ans.  Les  habi- 
tants de  la  Charité  rentrent  dans  leurs  foyers,  et  le  duc  de  Rour- 
gogne  retourne  en  France*.  P.  147,  148,  322. 


CHAPITRE  LXXXIX. 

13649  29   SEPTEMBRE.    BATAILLE   d'aUHAY.  136$,    12  AVRIL. 

TRAITA   DE   GUÉRAHDE.    (§§  530  à  545.) 

Le  roi  de  France,  apprenant  que  la  guerre  va  se  ralhmer  entre 
Jean  de  Montfort  et  Qiarles  de  Rlois,  envoie  à  ce  dernier  un  se- 
cours de  mille  lances  sous  les  ordres  de  Rertrand  du  Guesclin  ^. 


points  de  la  Normandie  depuis  la  journée  du  16  mai  1364,  le  parti 
nayarrais  essaya  dans  le  courant  de  septembre  de  mettre  à  profit  le 
départ  du  duc  de  Bourgogne  et  du  sire  de  Blainville  pour  la  Charitë, 
de  Bertrand  du  Guesclin  pour  la  Bretagne  ;  il  crut  que  les  circonstances  ~ 
étaient  favorables  pour  regagner  le  terrain  perdu  depuis  Cocherel.  Les 
choses  en  vinrent  à  ce  point  «rue  Ton  craignit  un  instant  que  le  clos 
des  galées  de  Rouen,  ce  grana  arsenal  de  la  France  an  quatorzième 
siècle,  ne  tombât  au  pouvoir  des  Navarrais  qui  occupaient  Moulineaux  ; 
et  Ton  mit  sur  pied  en  toute  hâte  douze  hommes  cParmes,  vingt  arba- 
létriers et  archers  chargés  spécialement  de  la  défense  de  ce  clos  (Biùi. 
Nat,^  Quitt.,  XV,  58).  C'est  pour  ces  motifs  que  ^Charles  V  rappela  ses 
gens  d'armes  de  la  Charité  et  que,  comme  nous  le  montrerons  dans 
une  des  notes  du  chapitre  suivant,  il  dut  voir  avec  un  certain  déplaisir 
Bertrand  du  Guesclin  interrompre  une  campagne  signalée  par  tant  de 
succès  et  laisser  la  Normandie  à  peu  près  sans  défense  pour  aller  en 
Bretagne  mettre  Tépée  du  vainqueur  de  Cocherel  au  service  de  Charles 
de  Blois. 

1.  Le  duc  de  Bourgogne,  après  le  siège  de  la  Charité,  ne  retourna 
pas  en  France.  Le  26  novembre  1364,  il  fit  son  entrée  solennelle  à 
Dijon  en  compagnie  de  son  frère  le  duc  d'Anjou.  Au  mois  de  janvier 
de  Tannée  suivante ,  il  entreprit  une  expédition  contre  les  Compagnies 
qui  ravageaient  la  Champagne  et  assiégea  Nogent-sur-Seine.  Dom 
Plancher,  III,  13,  557,  568. 

2.  Du  Guesclin,  en  allant  mettre  son  épée  au  service  de  Charles  de 
Blois,  à  la  fin  de  septembre  1364,  semble  avoir  obéi  bien  plutdt  à 
l'inspiration  de  la  fidélité  et  du  dévouement  qu'aux  ordres  du  roi  de 
France.  Charles  V,  en  effet,  put  être  contrarié  de  voir  le  vainqueur  de 
Cocherel  s'éloigner  de  la  Normandie  au  moment  où  le  parti' navarrais. 


Lxvitt  aiRONIQUES  DE  J.  FROISSART. 

Charles,  après  avoir  rassemble  une  année  à  Nantes  S  quitte  cette 
ville  pour  marcher  contre  le  comte  de  Montfort  qui  a  mis  le  siège 
devant  Auray.  Noms  des  principaux  chevaliers ,  tant  bretons  que 


rëdnit  à  la  détentbre  depuis  la  joumëe  du  16  mai,  tendait  à  reprendre 
rofTensive  et  redoublait  d*audace  dans  toutes  les  parties  de  cette  pro- 
vince. Quoi  au'il  en  soit,  il  est  certain  que ,  dès  les  premiers  jours 
d*aoât  1364,  le  roi  de  France  fit  tous  ses  efforts  pour  provenir  le  con- 
flit et  dépêcha  auprès  des  deux  compétiteurs  Pierre  Domont,  l'un  de 
ses  chambellans  et  Philippe  de  Troismons,  Tun  de  ses  conseillers,  com- 
mis pour  <K  aller  devers  le  duc  de  Bretagne  et  le  comte  de  Montfort 
pour  certaines  choses  touchans  l'onneur  et  proufit  du  royaume.  »  Biùl. 
Nat,^  Quitt.,  XV,  46;  cf.  les  n»»  41  et  47.  —  Et  lorsque  les  hostilités 
furent  sur  le  point  d'éclater,  lorsque  Bertrand  eut  quitté  la  Normandie 
pour  aller  rejoindre  le  prince  au  service  duquel  il  avait  fait  ses  pre- 
mières armes,  Charles  Y  n*eut  rien  de  plus  pressé  que  de  casser  aux 
gages  le  chevalier  breton,  conmae  le  prouve  un  curieux  mandement  des 
trésoriers  généraux  des  aides,  en  date  du  20  septembre  1364,  dont  le 
texte  est  signalé  et  publié  ici  pour  la  première  fois  :  a  De  par  les  ge- 
nerauls  trésoriers.  Jehan  TUissier,  nous  vous  mandons  que  des  deniers 
de  vostre  récente  vous  paiez  et  délivrez  à  Rollant  Foumier,  notaire  du 
Chastellet  de  Paris,  pour  Tescripture  de  sept  paires  de  lettres  de  vidi- 
mus  du  dit  Chastellet  faisans  mencion  des  lettres  du  roy  nostre  sire 
encorporées  es  diz  vidimus ,  par  lesquelles  le  roy  nostre  dit  seigneur 
rappclloit  l'assignacion  faicte  a  monseigneur  Bertran  du  Glesquin,  conte 
de  Longueville,  sur  les  esleuz  et  retîeveurs  de  Chartres,  d'Evreux,  de 
Lisieux,  de  Sées,  de  Baieux,  de  Constances  et  d^Avranches  :  pour 
chascune  lettre ,  m  sous  parisis  valent  xxi  sous  parisis.  Et ,  par  rap- 
,  portant  ceste  présente  cedule  avecques  lettres  de  quittance  sur  ce  du  ait 
notaire,  la  dicte  somme  de  xxi  sous  parisis  sera  allouée  en  voz  comptes 
sanz  aucun  contredit.  Escript  à  Pans  le  xx«  jour  de  septembre  l'an  mil 
cccLXXiii.  »  BibL  Nat.^  Quitt. »  XV,  n»  62.  —  Quand  on  connaît  cet  acte, 
il  est  impossible  d^admettre  avec  Froissart  que  du  Guesclin  ait  fourni  à 
Charles  de  Blois  un  renfort  de  mille  lances.  Sans  doute,  Bertrand  ne  put 
guère  amener  en  Bretagne  que  sa  compagnie  proprement  dite,  composée 
surtout  de  ses  parents  ou  alliés  de  Bretagne  et  ae  Normandie.  L'un  de 
ces  derniers,  Robert  de  Bnicourt,  ch^,  seigneur  de  Mauy  (Calvados, 
arr.  Bayeux,  c.  Isîgny),  marie  à  Alice  Paynel,  fut  fait  prisonnier  à  Au- 
ray par  un  homme  d'armes  anglais  nommé  Thomas  Caterton.  Celui-ci 
exigea  une  rançon  de  quatorze  mille  francs.  Robert  de  Brucourt,  se 
trouvant  hors  d'état  de  payer  cette  somme ,  l'emprunta  à  Bertrand  du 
Guesclin,  son  cousin,  auquel  il  dut  engager  toutes  ses  terres  et  seigneu- 
ries à  litre  hypothécaire.  Arch.  Nat.y  JJ109,  n®  427. 

1 .  Au  mois  d'août  1364,  Charles  de  Blois  ne  se  troqvait  pas  à  Nantes, 
mais  à  Guiiigamp  ;  et  Cuvelier  est  beaucoup  plus  exact  que  Froissart 
clans  les  deux  vers  suivants  : 

Tout  droit  à  une  ville,  qui  nommée  est  Guinguans, 
Fu  faite  la  semonce  des  hardiz  combatans. 

(Vers  5412  et  5413.) 


SOMMAIRE  DU  PREMIER  LIVRE,  §§  330-545.     lxix 

français,  qui  ont  rëpondii  à  l'appel  du  duc  de  Bretagne.  Au  mo- 
ment du  départ,  Jeanne  de  Penthièvre  exhorte  son  mari  à  re- 
pousser toute  proposition  d'accommodement.  Charles  de  Blois  se 
met  en  marche  et  arrive  à  Rennes^  avec  son  armée.  P.  148  à  152, 
323  à  327. 

Huit  lieues  de  pays  séparent  Rennes  d'Auray  *,  Charles  de 
Blois  part  de  Rennes  un  vendredi  '  et  se  vient  loger  à  trois  lieues 
d'Auray.  L'armée  franco-bretonne  s'avance  dans  le  plus  bel 
ordre.  A  cette  nouvelle,  Jean  de  Montfort  et  ses  principaux  capi- 
taines, Jean  Chandos,  Robert  Knolles,  Eustache  d'Auberchicourt, 
Hugh  de  Calverly,  Gautier  Hewet,  Mathieu  de  Gournay,  tiennent 
conseil.  On  décide  qu'on  ira  à  la  rencontre  de  l'ennemi,  et  le 
lendemain  samedi  la  plus  grande  partie  de  l'armée  assiégeante 
exécute  un  mouvement  rétrograde  et  vient  se  placer  en  travers 
du  coté  par  où  s'avance  Charles  de  Blois,  pour  lui  barrer  le  che- 
min d'Auray*.  Arrivés  en  présence  des  forces  anglo-bretonnes, 

1.  Charles  de  Blois,  partant  de  Guingamp  pour  aller  au  secours 
d'Auray  assiégé  par  Montfort,  se  serait  détourné  de  son  chemin  en 
passant  par  Rendes,  et  il  n'arait  garde  de  suivre  Titinéraîre  indique 
par  Froissart.  U  fit  sa  première  et  principale  étape  à  Josselin ,  où  les 
contingents  qui  n'avaient  pas  rallie  Guingamp  vinrent  le  rejoindre. 
Cuvelier,  Chronique  de  Bertrand  du  Guesclin,  édit.  de  Charrière,  I,  203, 
ver»  5467  et  5476. 

2.  Froissart  travaillait  sans  avoir  sous  les  yeux  aucune  carte  des  pays 
où  se  sont  passés  les  événements  qu'il  raconte  dans  ses  Chroniques. 
Aussi  sa  géographie  est-elle  très  défectueuse,  surtout  quand  il  s'agit  de 
régions  où  1  infatigable  narrateur  n'avait  pas  été  conduit  par  son  hu- 
meur curieuse,  ou  les  hasards  de  sa  vie  errante.  Personne  n'ignore  que 
la  distance  qui  sépare  Rennes  d'Aàray  est,  non  pas  de  huit,  mais  de 
plus  de  vingt  lieues. 

3.  Nous  avons  dit ,  dans  une  des  notes  précédentes ,  que  Charles  de 
Blois  avait  fait  sa  première  halte  à  Josselin  (Morbihan,  arr.  Ploôrmel). 
La  distance  de  Josselin  à  Auray  (Morbihan,  arr.  Lorient)  est  de  douze 
à  quinze  lieues.  L'étape  suivante  se  fit,  pendant  la  nuit  du  vendredi  27 
au  samedi  28  septembre,  dans  la  lande  de  Lanvaux  (à  3  kil.  au  N.  de 
Rochefort,  entre  la  rivière  d'Arz  et  le  cours  de  la  Qaie).  Un  témoin 
qui  déposa  en  1371  dans  l'enquête  pour  la  canonisation  de  Charles  de 
Blois  c....vidit  semel  dictum  dominum  Carolum  de  Blesiis,  dum  ibat 
ad  confiictum  de  Aurroyo  in  quo  fuit  mortuus,  jacentem  in  abbatia 
de  Longis  Vallibus  supra  quamdam  sargiam ,  prœcinctum  ad  camem 
quadam  corda.  »  Bi6L  Nat,,  ms.  lat.,  n»  5381,  t.  U,  ^  158.  Cf.  Cuve- 
lier, vers  5760  et  5761. 

4.  A  la  nouvelle  de  l'approche  de  Charles  de  Blois,  Jean  de  Mont- 
fort, qui  venait  de  s'emparer  d'Auray,  abandonna  ses  positions  et  vint 
occuper,  sur  la  rive  droite  du  Loch,  les  hauteurs  de  la  Forêt  et  de  Ros- 


ixx  CHRONIQUES  DE  J.  FROISSART. 

Oiarles  et  les  siens  s'arrêtent  dans  une  position  avantageuse  au 
milieu  de  grandes  bruyères*.  P.  152  à  154,  327,  328. 

Par  le  conseil  de  Bertrand  du  Guesclin,  Charles  de  Blois  par- 
tage son  armée  en  trois  batailles  ou  divisions ,  chacune  de  mille 
combattants  *,  et  une  arrière-garde.  Bertrand  commande  la  pre- 
mière de  ces  batailles^  les  comtes  d'Auxerre  et  de  Joigny  la  se- 
conde, Charles  de  Blois  la  troisième.  Les  seigneurs  de  Rais,  de 
Rieux,  de  Tournemine,  du  Pont  forment  l'arriêre-garde.  Le  duc 
chevauche  de  rang  en  rang,  excitant  chacun  à  faire  son  devoir; 
il  affirme  sur  son  âme  et  sa  part  de  paradis  '  que  c'est  pour  son 
bon  et  juste  droit  que  Ton  va  combattre.  P.  154,  155,  328,  329. 


tevel,  dans  les  environs  de  la  gare  actuelle  d'Aurav.  La  rivière  seule  le 
sf^parait  des  Franco-Bretons  campés  dans  le  bois  de  Kermadio.  Ces  dé- 
tails topographiques,  extraits  d^une  chronique  inédite  de  la  Chartreuse 
d^Auray  conservée  à  Tahbaye  de  Solesmes,  sont  empruntés  à  un  très- 
intéressant  mémoire  de  dom  François  Plaine  intitulé  :  La  journée  tCAu- 
ray  itaprh  quelques  documents  nouveaux.  Mémoires  de  tassoeiaiion  bre^ 
ionne\  Saint-Brieuc,  1875,  in-8»,  p.  87  et  88. 

1 .  Après  avoir  passé  la  nuit  du  27  au  28  septembre  dans  la  lande  de 
Lanvaux,  Tannée  de  Charles  de  Blois  s'était  remise  en  marche  le  sa- 
medi 28  par  Plomergat  (Morbihan,  arr.  Lorient,  c.  Auray).  En  peu 
d'heures,  on  atteignit  Keranna,  aujourd'hui  Sainte- Anne,  et  ensuite 
les  bois  de  Kermadio,  sur  la  rive  gauche  du  Loch  ;  mais  il  n'y  eut 
qu'une  partie  des  troupes  à  s'avancer  si  loin  :  le  reste  de  l'armée  s'é- 
clielonna  entre  le  manoir  de  Kermadio  et  les  moulins  du  duc  en  Tre- 
valleray.  Dom  François  Plaine,  Mém,  de  Passociation  bretonne^  p.  88. 

2.  Ce  même  nombre  de  quatre  mille  donné  approximativement  par 
le  P.  Péan  de  Quélen  (dom  Morice ,  Preuves  de  Phistoire  de  Bretagne^ 
II,  11),  par  Cuvelier  (vers  5758),  par  Guillaume  de  Saint-André 
(vers  1129)  confirme  sur  ce  point  la  version  de  Froissart.  Il  parait  y 
avoir  eu  beaucoup  de  recrues  dans  les  rangs  des  Franco-Bretons  {Étbl, 
Nat,^  ms,  lat.  n"  5381,  t.  I,  f«»  109),  et  Cuvelier  mentionne  parmi  les 
champions  du  duc  de  Bretagne  un  jeune  damoiseau  qui  n  avait  pas 
quinze  ans  :  c  Chevaliers  fu  la  faiz,  n'ot  pas  quinze  ans  passez.  » 
Vers  6915. 

3.  Le  saint  et  le  héros  sont  si  intimement  fondus  en  la  personne  de 
Charles  de  Blois  qu'il  est  impossible  de  les  distinguer  :  «  Carolus,  ante- 
quam  iret  ad  conflictum  de  Aurroyo  in  qao  mortuus  fuit,  adeo  infir- 
mus  fuerat  per  septem  septimanas  quod  se  sustinere  non  poterat;  sed 
illa  infirmitate  non  obstante,  ipse  semper  super  straminibus,  ut  prœ- 
fertur,  jacebat.  £t  dum  per  istum  et  alios  cubicularios  suos  reprehen- 
debatyr  pro  eo  quod  ad  conflictum  ire  volebat  in  tali  debilitate,  ipse 
dicebat  :  a  Ego  ibo  defendere  populum  meum  :  placeret  modo  Deo 
quod  contentio  esset  solum  inter  me  et  adversarium  meum,  absque  eo 

?uod  alii  propter  hoc   morirenturi  »  Bibl,   Nat,^  ms.   lat.  n*>  5381, 
»  175. 


SOMMAIRE  DU  PREMIER  LIVRE,  §§  530-S45.     lxxï 

Jean  Chandos,  charge  dans  l'autre  camp  de  la  direction  su- 
prême, divise  aussi  Tarmëe  de  Montfort  en  trois  batailles  et  une 
arrière-garde.  Il  met  à  la  tète  de  la  première  bataille  Robert 
Knolles,  Gautier  Hewet  et  Richard  Burleigh;  la  seconde  a  pour 
chefs  Olivier  de  Clisson,  Eustache  d'Auberchicourt  et  Mathieu  de 
Gournay;  enfin,  Chandos  s'est  réserve  pour  lui-même  le  com- 
mandement de  la  troisième  où  il  doit  combattre  aux  côtes  du 
comte  de  Montfort.  Chacune  de  ces  batailles  se  compose  de^  cinq 
cents  hommes  d'armes  et  de  trois  cents  archers  *.  Après  beau- 
coup de  difficultés,  Hugh  de  Calverly  consent  à.  être  le  chef  de 
la  réserve  ou  arrière-garde  qui  compte  cinq  cents  combattants. 
P.  155  à  157,  329  à  331. 

Le  samedi  [28  septembre']  1364,  les  deux  armées  sont  en  face 
l'une  de  l'autre  dans  Tordre  que  nous  venons  d'indiquer.  Le  sire 
de  Beaumanoir,  qui  ne  se  peut  armer  parce  qu'il  est  prisonnier 
des  Anglo-Bretons,  va  en  parlementaire  d'un  camp  à  l'autre  et 
parvient  à  obtenir  un  répit  entre  les  deux  parties  jusqu'au  lende- 
main, à  l'heure  de  soleil  levant.  Le  châtelain  d'Auray  profite  de 
ce  répit  pour  se  rendre  auprès  de  Charles  de  Blois ,  son  maître, 
qui  l'assure  que  l'ennemi  lèvera  le  siège  le  lendemain  par  accord 
ou  par  bataille'.  Les  Anglais,  de  leur  côté,  sachant  que  leurs 


1.  S'il  fallait  accepter  les  données  de  Froissait,  reffectif  de  rarmée 
de  Montfort  ne  se  serait  élevé  qu'à  environ  trois  mille  deux  cents 
combattants.  L'auteur  de  la  Chronique  des  quatre  premiers  Falots,  le  plus 
exact  des  chroniqueurs  du  quatorzième  siècle,  fait  remarquer  en  effet 
que  les  Franco-Bretons  avaient  l'avantage  du  nombre:  «  Et  avoit 
monseigneur  Charles  de  Bloiz  plus  grant  nombre  de  gent  que  n'avoit 
le  conte  de  Montfort.  >  Guillaume  de  Saint- Andrë,  dont  on  a  le  droit, 
il  est  vrai,  de  suspecter  le  témoignage,  ne  donne  à  Montfort  que  dix- 
huit  cents  hommes:  «  Montfort  n'est  que  à  dix  hait  cens.  »  vers  1130. 
Si  l'on  excepte  Olivier  de  Clisson  et  la  clientèle  de  ce  grand  seigneur, 
Montfort  n'avait  pour  ainsi  dire  sous  ses  ordres  que  des  Anglais.  Or, 
les  contingents  disponibles  des  garnisons  anglaises  de  la  Bretagne  et  du 
Poitou  ne  pouvaient  guère  dépasser  deux  mille  ou  deux  mille  cinq 
cents  combattants. 

2.  On  lit  dans  Froissart  :  c  le  samedi  8  octobre.  »  Il  y  a  là  deux 
erreurs.  En  136(i,  le  8  octobre  tomba  un  mardi,  et  non  un  samedi,  et 
la  veille  de  la  bataille  d'Auray  doit  être  rapportée,  non  au  8  octobre, 
mais  au  samedi  28  septembre. 

3.  Cet  épisode  est  purement  romanesque.  Le  comte  de  Montfort 
venait  de  s'emparer  de  Ja  ville'  et  avait  forcé  la  garnison  du  château 
d'Auray  à  capituler,  lorsque  Charles  de  Blois  arriva  pour  faire  lever 
le  siège  de  celle  forteresse. 


Lxxii  CHRONIQUES  DE  J.  FROISSART. 

adversaires  sont  à  bout  de  ressources ,  ont  pris  la  résolution  de 
ne  se  prêter  à  aucun  accommodement.  P.  i57  à  159,  331  à  333. 
Le  dimanche,  de  grand  matin,  les  chevaliers  des  deux  armëes 
assistent  à  la  messe  et  communient  et,  un  peu  après  soleil  levant, 
se  mettent  en  ordre  de  bataille  comme  le  jour  précédent.  Le  sire 
de  Beaumanoir  revient  au  camp  de  Jean  de  Montfort  où  il  porte 
des  propositions  de  paix.  Chandos,  qui  veut  à  tout  prix  livrer 
bataille,  ne  le  laisse  pas  venir  jusqu'au  comte  et  prend  sur  lui  de 
répondre  à  ce  parlementaire  :  «  Messire  Jean  de  Montfort  sera 
aujourd'hui  duc  de  Bretagne  ou  il  mourra  à  la  peine.  »  Puis  il  va 
trouver  Montfort  et,  pour  l'exciter,  il  met  dans  la  bouche  de 
Charles  de  Blois  les  paroles  qu'il  vient  lui-même  de  prêter  aupa- 
ravant au  compétiteur  de  Charles*.  Grâce  à  cette  ruse  menson- 
gère, les  deux  prétendants  sont  également  exaspérés,  et  leurs 
partisans  se  disposent  à  en  venir  aux  mains,  les  Franco-Bretons 
en  invoquant  Dieu  et  saint  Yves,  les  Anglo-Bretons  en  se  recom- 
mandant à  Dieu  et  à  saint  Georges.  P.  159  à  162,  333  à  335. 


1.  C'est  Charles  de  Biois,  et  non  Jean  Chandos,  qui  rompit  définitif 
yement  les  négociations.  Les  capitaines  anglais,  dont  Montfort  nVtait 
qae  l'instrument,  Youlaient  conserver  le  droit  de  lever  des  rançons  sur 
la  Bretagne  pendant  cinq  années.  Le  mari  de  Jeanne  de  Penthièvre 
aima  mieux  courir  les  chances  d'une  batailleque  de  laisser  ses  sujets  en 
butte  à  de  telles  vexadons.  Cela  résulte  de  Taffirmation  d'un  témoin  ocu- 
laire, Geoffroi  de  Dinan,  ch*',  qui  déposa  sous  la  foi  du  serment,  en  1371, 
dans  l'enquête  pour  la  canonisation  de  Charles  de  Blois  :  «  ....  Die 
conâictus  praedicti  de  Aurroyo,  dum  ipse  (Carolus  de  Blesiis)  cum  suis 
gentibus  armorum  paratus  fuisset  ad  hélium  in  campo  contra  adversa- 
rios  suos  etiam  ex  adverso  paratos  contra  ipsum,  perlocutum  fuit  de 
tracta  tu  habendo  cum  ipso  ex  parte  dictorum  adversariorum  suorum, 
dummundo  ipsi  haherent  redemptiones  a  popularibus  sui  dncatus  us- 
que  ad  quinqnennium,  prout  antea  de  facto  habuerant.  Et  cum  nobiles 
viri  dominus  de  Ruppeforti  et  vicecomes  Rohanni,  présentes  ibidem  in 
armis  et  de  parte  ipsius  existentes,  tractatui  hujusmodi  consentirent, 
dicens  dictus  dominus  de  Ruppeforti  quod,  quantum  in  ipso  erat,  prœ- 
diligebat  summam  triginta  milium  librarum  levari  et  exigi  a  subditis 
suis,  quam  ipsa  die  debellare  ;  ac  dixit  presenti  testi  quod  ipse  iret  ad 
dictum  dommum  Carolum  et  sibi  diceret  quod  melius  sibi  foret  per- 
mittere  hujusmodi  redempdones  levari  a  dictis  popularibus  quam  even- 
tum  belli  expectare.  Qui  presens  testis  accessit  ad  dictum  dominum  Cara- 
htm,  et  hoc  ex  parte  dictorum  nobiltum  eidem  nunciavit,  Quod  cum  audisset, 
respondit  quod  prxdiUgebat  incidere  in  eventum  belli  ^  ad  voluntatem  Deiy 
auam  permittere  populum  suum  talibus  miseriis  et  cmgtutiis  prmgravari  qui- 
ius  compatiebatur  f  et  pro  ipsis  pugnare  volebat,  ut  diêebtU,  et  finaliter  pu^ 
rnavit  ac  mortuus  fuit,  n  BibL  ^at..  ms.  lat.  n»  5381,  t.  I,  f«  360  V  et 
361. 


SOMMAIRE  DU  PREMIER  LIVRE,  §§  »30-»45.  lxxiii 

Du  côte  des  Français,  chaque  homme  d'armes  est  muni  d'une 
lance  retaillëe  à  la  longueur  de  cinq  pieds  et  d'une  hache  qui 
pend  à  la  ceinture  ou  qu'on  porte  suspendue  au  cou.  I^a  bataille 
de  Bertrand  du  Guesclin  vient  attaquer  celle  de  Robert  KnoUes 
et  de  Gautier  Hewet.  Les  archers  anglais  commencent  à  tirer, 
mais  leurs  adversaires  sont  si  bien  protégés  par  leurs  pavois  que 
les  traits  ne  les  atteignent  pas.  Ces  archers  jettent  alors  leurs 
arcs ,  et  quelques-uns  d'entre  eux  |)arviennent  à  s'emparer  des 
haches  des  hommes  d'armes  de  dû  Guesclin.  Pendant  ce  temps, 
la  bataille  de  Charles  de  Blois  en  vient  aux  mains  avec  celle  de 
Jean  de  Montfort.  Les  gens  de  ce  dernier  ont  d'abord  le  dessous, 
mais  Hugh  de  Calverly,  qui  se  tient  sur  aile,  accourt  leur  prêter 
main- forte  et  parvient  à  réublir  le  combat.  P.  162,  163,  335 
à  337. 

Olivier  de  Cllsson,  Eustache  d'Auberchicourt,  Richard  Bur- 
leigh,  Jean  Boursier,  Mathieu  de  Gournay  ^,  ont  affaire  à  la  ba- 
taille des  comtes  d'Auxerre  et  de  Joigny.  La  mêlée  devient  telle 
que  toutes  les  batailles  ou  divisions  des  deux  armées  se  confon- 
dent, excepté  i'arrière-garde  de  Hugh  de  Calverly,  q\ii  se  tient 
toujours  en  réserve  du  côté  des  Anglo-Bretofis.  Olivier  de  Clisson, 
une  hache  de  guerre  à  la  main,  fait  merveille  d'armes  ;  mais  il  a 
un  œil  crevé  par  la  pointe  d'une  hache  ennemie  qui  a  rompu  la 
visière  de  son  bassinet.  Les  comtes  d'Auxerre  et  de  Joigny  sont 
blessés  grièvement  et  faits  prisonniers  sous  le  pennon  de  Jean 
Chandos;  le  sire  de  [Trie*],  grand  banneret  de  Normandie,  est 
tué  ;  les  Franco-Bretons ,  qui  combattaient  aux  côtés  de  ces  sei- 
gneurs, se  laissent  alors  entraîner  à  une  panique  et  à  une  déban- 
dade générales.  P.  164  à  166,  337  à  339. 

Les  deux  batailles  de  du  Guesclin  et  de  Charles  de  Blois  sou- 
tiennent encore  la  lutte.  Toutefois  les  Anglo-Bretons  de  Mont- 
fort  maintiennent  mieux  leurs  lignes  et  gagnent  du  terrain,  grâce 

1 .  Od  a  publie,  d'après  une  liste  manuscrite  dressée  au  dix-hui- 
tième siècle  par  YTes  Duchesnoy,  les  noms  des  principaux  capitaines 
qui  combattirent  à  Àuray  sous  Jean  Chandos  (kevue  des  provinces  de 
rOuest^  m,  203).  Cf.  un  opuscule  intitule  :  Jean  Chandos^  connétable 
d'Aquitaine  et  sénéchal  du  Poitou^  par  Benjamin  Fillon,  1856,  p.  13, 
note  1. 

2.  «  Prie  d  est  la  leçon  que  donnent  tous  les  manuscrits;  mais 
comme  Froissart  ajoute  que  ce  chevalier  ëtait  un  grand  banneret  de 
Normandie,  on  peut  supposer  qu*il  a  voulu  dt^igner  le  seigneur  de 
Trie. 


txxiv  CHRONIQUES  DE  I.  FROISSART. 

surtout  à  l'appui  de  la  réserve  commandée  par  Hugh  de  Cal- 
verly*.  Jean  Chandos,  à  la  tête  d'une  troupe  nombreuse  d'An- 
glais, accourt  prêter  main-forte  à  la  division  opposée  à  celle  de 
Bertrand  du  Guesclin.  Après  une  résistance  désespérée,  Bertrand 
et  le  seigneur  de  Rais  sont  faits  prisonniers  par  les  gens  de  Jean 
Chandos.  Le  reste  des  forces  franco-bretonnes  se  rallie  autour  de 
Charles  de  Blois  qui  se  bat^^omme  un  lion.  Bientôt  la  bannière 
de  Charles  est  jetée  par  terre  et  conquise,  et  Charles  lui-même 
est  tué  ^.  On  a  prétendu  que,  le  matin  de  la  bataille,  les  cheva- 
liers des  deux  armées  s'étaient  donné  le  mot  de  ne  pas  prendre 
à  rançon  le  chef  de  l'armée  opposée,  s'il  venait  à  tond^er  entre 
leurs  mains ,  mais  de  le  mettre  à  mort.  Parmi  les  bannerets  de 
Bretagne,  Charles  de  Dinân,  les  seigneurs  de  Léon,  d'Ancenis, 
d'Avaugour,  de  Lohéac,  de  Kergorlay,  de  Malestroit,  du  Pont, 
sont  tués.  Le  vicomte  de  Rohan,  les  seigneurs  de  Léon,  de  Roche- 
fort,  de  Rais,  de  Rieux,  de  Tournemine,  Henri  de  Malestroit, 
Olivier  de  Mauny,  les  seigneurs  de  Riville,  de  Fréauville  et  d'Es- 
neval,  outre  les  comtes  d'Auxerre,  de  Joigny  et  Bertrand  du 
Guesclin,  sont  faits  prisonniers.  Cette  bataille  se  livre  dans  les 
environs  d'Auray  le  [29  septembre*]  1364.  P.  166  à  169,  339 
à  342. 


1 .  D'après  la  chroniqae  de  la  Cbartreuse  d'Auray,  dont  la  rédaction 
relativement  moderne,  repose  en  général  sur  une  tradition  orale  non 
interrompue,  Hugh  de  Calrerly  s'était  embusqué  dans  le  bois  de  Rerlain. 

2.  En  1371,  SIX  ans  après  l'événement,  Georges  de  Lesven,  ëcolatre 
et  chanoine  de  Nantes,  maître  es  arts  et  bachelier  en  médecine,  rap- 
portait comme  une  tradition  très-autorisée  que  Charles  de  Blois  s'était 
constitué  prisonnier  lorsqu'un  partisan  de  Montfort  (d'après  les  tradi- 
tions de  ta  maison  de  Peuthièvre,  Pierre  de  Lesnérac,  Guérandais 
d^origine)  le  tua  par  trahison  :  c  per  magnum  spatium  temporis  postquam 
eapius  fuit  per  inimlcot  suos  et  se  redd'iderat  pruonar'uim  eudem ,  ipsi  ini- 
mtei  eumdem  oeeiderunt  ac  armis  et  aliis  vestimentis  sois  despoliaverunt 
ac  ipsum  indutum  cilicio  ad  camem  invenemnt.  »  Bibl,  JVat.^  ms.  lat. 
n*  5381  ,!t- 1,  f*  54.  Cf.  dom  Morice,  Preuves  de  ^histoire  de  Bretagne^  II,  7. 

3.  Froissart,  par  suite  de  l'erreur  que  nous  avons  déjà  signalée,  as- 
signe à  la  bataille  d'Auray  la  date  au  9  octobre.  U  est  constant  que 
cette  bataille  se  livra  le  dimanche  29  septembre  1364,  le  jour  de  la  fête 
de  saint  Michel.  On  a  pu  dire,  en  réfléchissant  à  cette  coïncidence  et 
par  allusion  à  la  part  prise  par  les  Anglais,  dont  saint  Georges  était  le 
patron,  au  succès  de  Montfort,  que  saint  Michel  avait  fait  les  honneurs 
de  cette  journée  à  saint  Georges.  Peu  de  temps  avant  la  bataille  d'Au- 
ray, Charles  de  Blois  était  allé  pieds  nus  en  pèlerinage  au  Mont-Saint- 
Michel  où  il  avait  fait  cadeau  aux  religieux  d^une  relique  de  saint  Yves, 
comme  en  témoignait  l'inscription  suivante  gravée  sur  un  reliquaire 


SOMMAIRE  DU  PREMIER  LIVRE,  §§  S30-545.    lxxv 

Les  principaux  seigneurs  anglo-bretons,  laissant  à  leurs  gens  le 
soin  de  poursuivre  les  fuyards ,  viennent  se  dësarmer  à  l'ombre 
d'une  haie  et  font  compliment  à  Jean  de  Montfort  de  sa  victoire. 
Celui-ci  en  reporte  tout  l'honneur  sur  Jean  Chandos  qu'il  invite 
à  boire  après  lui  dans  son  hanap.  Et ,  quand  il  apprend  la  mort 
de  son  adversaire  Charles  de  Blois ,  il  se  fait  conduire  auprès  du 
cadavre  de  son  cousin  dont  la  vue  excite  ses  regrets  et  lui  arra- 
che des  larmes^.  Jean  Chandos  s'empresse  de  mettre  fin  à  cette 
scène  attendrissante.  Les  restes  de  Charles  de  Blois  sont  portes 
à  Rennes  et  de  là  à  Guingamp.  P.  469  à  174,  342  à  344. 

Le  comte  de  Montfort  donne  trêve  pour  enterrer  les  morts,  et 
Charles  Y  envoie  en  Bretagne  Louis,  duc  d'Anjou,  son  firère, 
pour  réconforter  Jeanne  de  Penthièvre,  veuve  de  Charles  de 
Blois.  —  La  nouvelle  de  la  victoire  d'Auray  est  apportée  à 
Edouard  III  à  Douvres,  cinq  jours  après  la  bataille^,  par  un  var- 
^let  poursuivant  armes  que  le  roi  d'Angleterre  fait  sur  le  champ 
héraut  sous  le  nom  de  Windsor,  et  c'est  de  ce  héraut  ainsi  que 
de  certains  chevaliers  des  deux  partis  que  Froissart  tient  son 
récit  de  cette  journée  mémorable*.  P.  471  à  174,  344  à  346. 

Cette  nouvelle  comble  de  joie  Edouard  III  et  Louis,  comte  de 

en  vermeil  de  la  célèbre  abbaye  :  a  Cest  la  coste  saint  Yves  que  mon- 
seigneur Charles  de  Blois  cy  donna,  a  Dom  Huynes,  But,  du  Mont-^fùnt" 
Michel,  n,  44. 

1.  II  faut  lire  dans  le  texte  tout  ce  rëcit  empreint  de  je  ne  sais  quel 
charme  mélancolique  qui  va  jusqu'à  l'éloquence.  Toutefois,  il  est  im- 
possible de  ne  pas  faire  remarquer  que  la  générosité  prêtée  ici  à  Mont- 
fort  s'accorde  assez  mal  avec  l'irrévérence  des  Anglais  attestée  par  un 
témoin  oculaire.  Frère  GeofRroi  Rabin,  dominicam  de  la  maison  de 
Nantes  :  «  Et  postmodum,  dum  ipse  dondmis  Carolus.  fuisstt  dearmatus  et 
despoUaius  omnibus  vettimentis  suis  per  Angàeos ,  vidit  aliquos  dictonim 
Anglicorum  tenentes  quoddam  cilicium  album  qnod  dicebant  fuisse  et 
esse  cilicium  dicti  domini  Caroli  auod  habebat  indutum,  quod  quasi 
pro  nihiio  reputantes  ad  terram  oimiserant.  •  Bibl.  Naî,,  ms.  lat. 
n-  5381,  t.  I,  f^»  192  vo  et  193. 

2.  Le  cinquième  jour  après  la  bataille  d'Auray  nous  reporte  au  4  oc- 
tobre; or,  la  veille,  c'est-a-dire  le  3  octobre,  Edouard  III  a  daté  l'un 
de  ses  actes  de  Canterbury,  ville  située,  comme  chacun  sait,  sur  la 
route  de  Londres  à  Douvres  (Rvmer,  III,  749)  :  l'assertion  de  Froissart 
offre  par  conséquent  un  haut  degré  de  vraisemblance. 

3.  L'historien  et  le  critique  ne  doivent  pas  un  instant  perdre  de  vue 
que  le  récit  de  Froissart,  relatif  à  la  journée  d'Auray,  dérive  principa- 
lement du  héraut  anglais  Windsor ,  comme  la  narration  que  le  même 
chroniqueur  a  consacrée  à  l'affaire  de  Cocherel  provient  surtout  du 
roi  d'armes  ou  héraut  anglo-gascon  Faucon. 


Lxxvi  CHRONIQUES  DE  J.  FROISSART. 

Flandre,  qui  se  sont  donne  rendez-vous  à  Douvres  pour  traiter, 
moyennant  dispense  du  pape  Urbain  Y,  du  mariage  d'Aymon, 
comte  de  Cambridge,  l'un  des  fils  du  roi  d'Angleterre,  avec  Mar- 
guerite,  fille  du  comte  de  Flandre  et  veuve  du  dernier  duc  de 
Bourgogne,  Philippe  de  Rouvre*.  P.  474,  4 73,  346  à  348. 

Siège  d'Auray,  de  Jugon  et  de  Dinan*,  par  le  comte  de  Mont- 
fort  ;  reddition  de  ces  trois  places. — Siège  de  Quimper-Corentin. 
P.  175  à  177,  348  à  350. 

De  l'avis  de  ses  conseillers,  firappés  des  progrès  croissants  et 
des  conquêtes  du  vainqueur  d'Auray,  Charles  Y  envoie  Jean  de 
Craon,  archevêque  de  Reims,  le  seigneur  de  Craon  et  le  maré- 
chal Boucicaut  '  à  Quimper-Corentin  *  en  qualité  de  plénipoten- 
tiaires et  les  charge  de  traiter  avec  Jean  de  Montfort'.  Celui-ci 
demande  du  temps  pour  en  référer  à  Edouard  III,  son  beau-père 
et  son  protecteur,  d'après  les  inspirations  duquel  il  règle  toute  sa 
politique  ;  puis,  il  pose  ses  conditions  que  les  ambassadeurs  fran- 
çais soumettent  à  leur  tour  au  roi  leur  maître  et  au  duc  d'Anjou. 
Fmalement,  la  paix  est  conclue  aux  conditions  suivantes  :  1  ^  Jean 
de  Montfort  sera  reconnu  duc  de  Bretagne ,  mais  s'il  meurt  sans 
héritiers  légitimes,  le  duché  retournera  aux  enfants  de  Charles 
de  Blois.  2^  Jean  fera  hommage  du  duché  au  roi  de  France,  son 
suzerain.  3*  Jeanne  de  Penthièvre,  veuve  de  Charles  de  Blois, 
sera  maintenue  en  possession  du  comté  de  Penthièvre  dont  le  re- 


1.  Les  conventions  relatives  à  ce  projet  de  mariage,  qui  ne  se 
réalisa  point,  sont  datées  de  Douvres,  le  19  octobre  1364>  Rymer, 
III,  751. 

2.  Dinan  et  Jugon  se  rendirent  à  Montfort  dans  le  courant  du  mois 
d'octobre  1364.  Dom  Morice,  Preuves,  I,  1583. 

3.  Par  acte  date  de  Paris  le  25  octobre  1364,  Charles  Y  donna 
pleins  pouvoirs  pour  traiter  de  la  paix  à  Jean  de  Craon ,  archevêque 
de  Reims  et  au  maréchal  Boucicaut  (Ihid.,  1584);  il  n'est  fait  dans 
cet  acte  aucune  mention  d*Amauri,  sire  de  Craon. 

4.  U  est  très-vraisemblable ,  suivant  une  conjecture  fort  plausible  de 
Dacier  (p.  615  de  son  édition,  note  1),  que  les  préliminaires  de  la  paix 
furent  arrêtés  devant  Quimper-Corent\n  qui  se  rendit  à  Montfort  le 
17  novembre  de  cette  année  (/^<W.,  1585  et  1586);  mais  la  paix  ne  fut 
conclue  définitivement  et  signée  qu'à  Guérande  le  samedi  12  avril  de 
l'année  suivante,  la  veille  de  Pâques. 

5.  Par  acte  daté  d'Angers  le  11  mars  1365  (n.  st.),  Jeanne  de  Pen- 
thièvre, qui  continuait  rie  s'intituler  a  duchesse  de  Bretagne  »,  chargea 
de  ses  pleins  pouvoirs  Hugues  de  Montrelais ,  évêque  de  Saint-Brieuc , 
Jean,  sire  de  Beaumanoir,  Gui  de  Rochefort,  sire  d'Assérac,  et  maître 
Gui  de  Cleder.  /^/V/.,  1587  et  1588. 


SOMMAIRE  DU  PREMIER  LIVRE,  §§  530-545.  lxxvu 

venu  est  évalué  à  vingt  mille  francs  ^  Jean  de  Mont  fort  intervien- 
dra de  tout  son  pouvoir  auprès  d'Edouard  III  pour  faire  mettre 
en  liberté  ses  cousins  Jean  et  Gui ,  les  deux  fils  aînés  de  Charles 
de  Blob,  qui  sont  encore  détenus  prisonniers  en  Angleterre. 
P.  477  à  181,  350  à  352. 

Charles  V  rend  à  Olivier,  sire  de  Gisson ,  ses  terres  sises  dans 
le  royaume,  que  Philippe  de  Valois  avait  autrefois  confisquées,  et 
le  rallie  ainsi  au  parti  français  *.  —  Jean  de  Montfort  se  marie  à 
la  fille  de  la  princesse  de  Galles  que  Jeanne  de  Kent  avait  eue  de 
son  premier  mariage  avec  Thomas  de  Holland  ^  et  les  noces  sont 
célébrées  à  Nantes.  —  Les  reines  Jeanne  d'Évreux  et  Blanche  de 
Navarre;  la  première  tante  et  la  seconde  sœur  de  Charies  le 
Mauvais,  font  mettre  en  liberté  le  captai  de  Buch  à  qui  le  roi  de 
France  donne  le  château  de  Nemours  *  dont  le  revenu  est  évalué 


1.  Le  traité  de  Guérande  maintient  en  outre  Jeanne  de  Penthièvre 
en  possession  de  la  vicomte  de  Limoges.  Froissart  donne  seulement  les 
grandes  lignes  de  ce  tFaitë,  qu'il  faut  lire  dans  sa  teneur  pour  en  avoir 
une  idée  exacte.  Ibid.^  1588  à  1599. 

2.  Le  dauphin,  duc  de  Normandie,  avait  travaillé  de  bonne  heure 
à  rallier  Clisson  au  parti  français.  Dès  le  27  septembre  1360,  il  avait 
rendu  à  Olivier  la  moitié  de  la  baronnie  de  Thury  (auj.  Thurj-Har^ 
court.  Calvados,  arr.  Falaise)  et  la  terre  du  Thuit  [Notre-Dame  du 
Tuinx  est  marquée  comme  ruine  sur  la  carte  de  Cassini ,  n<»  9^,  au 
N.  O.  de  la  foi^t  de  Cinglais,  sur  la  rive  droite  de  TOme,  a  16  kil.  S. 
de  Caen,  entre  Boulon  et  les  Moutiers),  que  le  sire  de  Clisson  devait 
tenir  dans  le  duché  de  Normandie  et  qui  avaient  été  confisquées  {Arch, 
Nat,^  JJ87,  n^  274).  Aussitôt  après  le  traité  de  Guérande,  cette  habile 
politique,  servie  par  la  morgue  et  les  convoitises  des  Anglais,  auxi- 
liaires de  Montfort,  réussit  à  rattacher  peu  à  peu  et  par  degrés  Clisson 
et  sa  puissante  clientèle  au  parti  français  {Ibid,^  JJ113,  n»  162).  Jeanne 
de  Penthièvre,  qui  avait'  nommé  Olivier  son  lieutenant  et  gouverneur 
en  ses  terres  et  pays  de  Bretagne  {BibL  Nat,,  ms.  lat.  n^  5381,  II,  83 
à  85;  dom  Morice,  Preuves^  I,  1631  et  1632),  Jeanne  de  Penthièvre  fut 
le  principal  intermédiaire  de  cette  réconciliation  définitive,  accomplie 
au  mois  de  septembre  1367,  et  en  vertu  de  laquelle  Charles  rétablit  le 
fils  unique  et  Théritier  de  Jeanne  de  Belleville  dans  la  possession  de 
toutes  ses  terres  confisquées  (Arch.  Nat,,  K  166«,  n»  17*). 

3.  Jean  de  Montfort,  devenu  duc  de  Bretagne,  veuf  en  premières 
noces  de  Marie  d'Angleterre,  Tune  des  filles  d'Edouard  III,  morte  vers 
1363  après  quelques  mois  de  mariage,  épousa  en  1366  Jeanne  Holland, 
fille  de  Thomas  Holland  et  de  la  fameuse  Jeanne  de  Kent,  devenue  en 
1362  princesse  de  Galles  et  d'Aquitaine  par  son  mariage  avec  le  prince 
Noir.  Jeanne  Holland  mourut  en  1384. 

4.  Seine-et-Marne,  arr.  Fontainebleau.  Nous  ne  connaissons  aucun 
acte  qui  mentionne  cette  donation  de  Nemours  au  captai  de  Buch; 
mais  Christine  de  Pisan  dit  aussi  que  Jean  de  Graillj  fut  comblé  de 
fpveurs  par  Charles  V  et  qu'il  reçut  même  le  titre  de  chambellan  du 


Lxxviii  CHRONIQUES  DE  J.  FROISSART. 

à  trois  mille  francs.  Le  prince  de  Galles  ayant  témoigné  son  mé- 
contentement de  l'acceptation  de  ce  don,  le  captai  renvoie  son 
hommage  à  Charles  V  et  renonce  à  la  donation  faite  en  sa  faveur. 
— En  vertu  d'un  traité  conclu  entre  les  rois  de  France  et  de  Na- 
varre, Charles  V  conserve  Mantes  et  Meulan  et  assigne  en  dédom- 
magement à  son  beau-frère  d'autres  châteaux  en  Normandie*. 
— •  Louis  de  Navarre  emprunte  soixante  mille  florins  ^  au  roi  de 
France  pour  passer  en  Lombardie  où  il  va  épouser  la  reine  de 
Naples,  mais  il  ne  survit  que  peu  de  temps  à  ce  mariage*.  P.  181 
à  183,  3»2,  383. 


roi  de  France  (Le  livre  des  faits  et  bonnes  mœurs]  du  sage  roi  Charles  , 
l'*  partie,  chap.  xxx). 

1.  Par  le  traite  de  paix  conclu  à  Paris  le  6  mars  1365  (n.  st.)  entre 
les  rois  de  France  et  de  Nayarre,  il  fut  stipulé  qae  Charles  de  Mauvais 
aurait,  non  comme  le  dit  Froissait,  des  châteaux  situes  en  Normandie, 
mais  la  ville  et  la  baronnie  de  Montpellier  en  dédommagement  de 
Mantes,  de  Meulan  et  du  comté  de  Longueville  (jâreh.  Nat,,  J617,  d9  31; 
Secousse,  Mémoires  sur  Charles  11^  II,  222  à  231).  La  confirmation  de 
ce  traité  par  Charles  Y  est,  suivant  la  judicieuse  remarque  de  M.  De- 
lisle  {Mandements  de  Charles  V^  p.  lOd,  n.  2  et  p.  112)  antérieure  au 
20  juin  de  la  même  année  (Secousse,  Mémoires^  II,  25^  a  256). 

2.  Louis  de  Navarre  emprunta  à  Charles  V,  non  pas  60000,  mais 
50000  florins  d'or  fin  du  coin  de  France,  appelés  francs.  Le  k  avril 
1366  (n.  st.),  il  engagea  son  comté  de  Beaumont-le-Roger,  Bréval  et 
Anet  a  son  rojal  créancier  qui  devait  toucher  le  revenu  de  ces  terres 
évalué  à  8000  livres,  jusqu*à  parfait  remboursement  de  la  somme 
prêtée  (Arch.  Nat,^  J617,  n»  32). 

3.  Froissart  conmiet  ici  deux  erreurs.  Louis  de  Navarre  épousa  en 
1366,  non  la  reine  de  Sicile,  mais  Jeanne  de  Sicile,  duchesse  de  Duras, 
fille  de  Charles  de  Sicile  duc  de  Duras  et  de  Marie  de  Sicile,  et  il 
survécut  si  bien  a  ce  mariage  qu*il  mourut  seulement  en  1372,  dans  la 
Fouille  et  fut  enterré  à  Naples.  (Anselme,  Hist,  ginéal.^  I,  291).  Louis 
de  Navarre  quitta  Évreux  vera  la  fin  d*avril  1366,  et  il  n'est  plus  fait 
mention  de  sa  présence  en  Normandie  à  partir  du  20  de  ce  mois  {Bibl. 
Nat.,  Quitt.,  XVI,  290).  Le  captai  de  Buch,  mis  en  liberté  par  Chai^ 
les  y,  remplit,  dès  les  derniers  mois  de  1365  et  jusqu'à  la  fin  de  1366, 
les  fonctions  de  lieutenant  du  roi  de  Navarre  en  Normandie  {Ibîd.,  XV, 
224).  Ajant  appris,  sur  ces  entrefaites,  que  le  prince  de  Galles  se  dis- 

Ê osait  à  entrer  en  Espagne  pour  restaurer  don  Pèdre  et  renverser  don 
[enri  de  Trastamarc  soutenu  par  du  Guesclin,  le  vaincu  de  Cochcrel 
rassembla  en  toute  hâte  les  débris  des  Compagnies  anglo-navarraises 
aux  environs  d'Avranches  où  il  avait  donné  rendez-vous  à  Jean ,  duc 
de  Lancastre,  et  se  mit  en  route  pour  Bordeaux.  Le  dernier  acte  de  sa 
lieutenance  est  un  mandement  daté  de  Genest  (Manche,  arr.  Avran- 
ches,  c.  Sartilly),  le  22  décembre  1366,  par  lequel  il  enjoignit  de 
payer  88  livres  ii  sous  w  pour  certains  vivres  qui  nirent  amenez  à  Gê- 
nez pour  la  despensc  de  monseigneur  le  duc  de  Lancastre  et  de  nous.  » 
Ibid.,  XVI,  340. 


SOMMAIRE  DU  PJEŒMIËR  LIVRE,  SS  ^^6-559.  ïmjdl 


CHAPITRE   XC. 

1365,   ocTOBBE-1 366 ,  mai.  expédition  de  du  gubsclin  et  des 

COMPAGNIES  EN  ESPAGNE.  —  1366,  5  AVRIL.  DON  PÈDEE  EST  DÉ- 
TRÔNÉ ET   DON  HENRI,  COMTE    DE   TRASTAMARE,  EST  PROCLAMÉ    ROI 

DE  CASTILLE. 14  AOUT.  VICTOIRE  REMPORTÉE  PAR  LES  COMPAGNIES 

ANGLO-GASCONNES   PRés  DE   MONTAUBAN.  23   SEPTEMBRE.  TRAITÉ 

d'aLLUNCE  ENTRE  LE  PRINCE  D* AQUITAINE  ET  DE  GALLES,  DON 
PÈDRE  ET  LE  ROI  DE  NAVARRE  ;  PRÉPARATIFS  MILITAIRES  DU  PRINCE 
DE  GALLES    ET  DÉMÊLÉS   AVEC   LE   SIRE    d' ALBERT  (§§  546  à  559). 

Redoublement  des  ravages  des  Compagnies  dans  le  royaume 
de  France  à  la  suite  des  traités  qui  ont  mis  fin  aux  guerres  de 
Navarre  et  de  Bretagne;  la  principauté  d'Aquitaine  seule  est  à 
l'abri  du  fléau;  plaintes  et  récriminations  contre  le  roi  d'Angle- 
terre* et  le  prince  de  Galles  son  fils.  Charles  V  et  Urbain  V  es- 
sayent en  vain  d'envoyer  les  gens  des  Compagnies  en  Hongrie 
faire  la  guerre  contre  les  Turcs*.  P.  183  à  185,  353,  354. 

Lutte  entre  don  Pèdre,  roi  de  Castille  et  Henri,  comte  de 
Trastamare,  frère  naturel  de  don  Pèdre  '.  —  Griefs  du  roi  de 

1.  Le  24  noTembre  1364,  Edouard  HI  somma  Eostache  d'Auberchi- 
court,  Robert  Scot  et  Hugh  de  Calveriy,  chevaliers  anglais,  qui  fai- 
saient la  guerre  au  royaume  de  France,*  à  l'ombre  du  roy  deNayarre  », 
de  licencier  leurs  bandes.  Bibl.  Nat.^  collection  Bréquigny,  XV,  38. 

2.  Froissart  semble  faire  allusion  ici  à  un  projet  d'expédition  contre 
les  infidèles  conçu  vers  le  milieu  de  1365  par  le  pape  Urbain  V.  Le 
trop  fameux  Arnaud  de  Cerrolle,  dit  TArchiprêtre,  deyait  être  le  chef 
de  cette  expédition  (Y.  plus  haut,  p.  xxxv,  note  3).  Le  samedi  5  avril 
1365,  Urbain  fulmina  une  bulle  d'excommunication  contre  les  Compa- 
gnies {Jrch.  Nat.,  J711,  n»  302'). 

3.  Don  Alphonse  XI  du  nom,  roi  de  Castille,  ëtaît  mort  à  la  fieur 
de  l'âge  le  vendredi  saint,  27  mars  1350,  U  ne  laissait  qu'un  fils  légi- 
time, don  Pèdre,  alors  âgé  de  quinze  ans  et  quelques  mois,  dont  la  mère 
dona  Maria  était  une  infante  de  Portugal,  fille  du  roi  Alphonse  IV, 
surnommé  le  Brave.  Don  Alphonse  avait  eu  en  outre  de  son  union  illé- 
gitime avec  une  jeune  veuve  d'une  illustre  maison  de  Séville,  dona 
Léonor  de  Guzman,  dix  enfants  naturels,  neuf  garçons  et  une  fille. 
L'aîné  de  ces  bâtards,  don  Henri,  avait  été  fait  de  bonne  heure  comte 
de  Trastamare  et,  aussitôt  après  l'avi'iiemeiit  au  trône  de  riiéritier  lé- 


gitime,  s'était  posé  en  rival  de  don  Pèdre. 


J 


LZM  CHRONIQUES  DE  J.  FROISSART. 

France  et  du  pape  contre  don  Pèdre,  meurtrier  de  sa  femme 
Blanche  de  Bourbon  *■  et  excommunié  par  le  Saint-Père  '.  Bertrand 
du  Guesclin,  fait  prisonnier  par  Jean  Chandos  à  Auray,  dont 
Charles  V,  Urbain  V  et  don  Henri  de  Trastamare  ont  paye  la 
rançon  fixée  à  cent  mille  francs  ',  se  met  à  la  tète  des  gens  des 
Compagnies  pour  les  emmener  en  Espagne  au  secours  de  don 
Henri  contre  don  Pèdre.  A  du  Guesclin  se  joignent  plusieurs  che- 


1.  Blanche  de  Bourbon,  la  seconde  des  filles  de  Pieire  I"",  duc  de 
Bourbon,  et  d'Isabelle  de  Valois,  sœur  cadette  de  Jeanne  de  Bourbon, 
mariée  a  Lyon  en  juillet  1349  à  Charles  dauphin ,  depuis  Charles  V, 
avait  ëpousé  don  Pèdre,  roi  de  Castille,  par  contrat  passé  en  l'abbaye 
dePreuilly,  le  23  juillet  1352  {Jrch,  Nat.^  J603,  i\^  55).  Abandonnée 
dès  les  premiers  mois  de  son  mariage  en  fareur  d'une  maîtresse,  nom- 
mée dona  Maria  de  Padilla,  cette  princesse  mourut  en  1361,  et  la  ru- 
meur publique  accusa  don*  Pèdre  de  cette  mort,  a  jnssu  Pétri  mariti 
cnidelis  »,  ainsi  que  poruit  l'inscription  tracée  à  Jerez  sur  le  tombeau 
de  Blanche  (Llaguno,  nd  Ayala^  p.  328,  note  3). 

2.  Innocent  VI  avait  été  pendant  les  dernières  années  de  son  pon- 
tificat en  lutte  presque  continuelle  avec  don  Pèdre,  auprès  duquel  il 
avait  député  avec  le  titre  de  légat  le  célèbre  Gui  de  Boulogne,  cardi- 
nal évdque  de  Porto  (Martène,  Thés,  Anecdot,^  II,  964,  997  et  998; 
Arch,  iVa/.,  L377,  caps.  217, u*  57). Urbain  V, successeur  d'Innocent  VI, 
prit  ouvertement  parti  pour  Pierre  IV,  roi  d'Aragon,  et  même  pour  le 
comte  de  Trastamare  contre  don  Pèdre. 

3.  Charles  V  contribua  au  payement  de  cette  rançon  pour  une 
somme  de  quarante  mille  florins  a'or,  dont  nous  avons  les  quittances 
délivrées  par  Jean  Chandos  ;  et  en  retour  Bertrand  du  Guesclin  fit  le  ser- 
ment, par  acte  daté  de  son  château  de  la  Roche-Tesson  le  22  août 
1365,  d'emmener  les  Compagnies  hors  du  royaume,  engageant  au  roi 
lé  comté  de  Longueville  en  cas  de  non  exécution  de  cette  promesse 
{Arch,  Nat.^  J28I,  n«s  4,  5  et  6;  Charrière,  Chronique  de  B.du  Guesclin^ 
II,  393  à  395  :  Charrière  a  daté  à  tort  du  20  et  du  27  août  deux  pièces 

2ui  ont  été  l'une  et  l'autre  libellées  à  la  Roche  Tesson  le  22  août), 
ertrand  renouvela  cet  engagement  par  acte  passé  à  Paris  le  mardi 
30  septembre,  dans  l'hôtel  à  l'enseigne  du  Pi^gaut^  près  de  Sainte- 
Opportune  {Ibld.^  J381,  n*  4^*»).  Aussitôt  après  l'accomplissement  de 
cette  formalité,  il  se  mit  en  route  pour  l'Espagne  ;  il  était  de  passage  à 
Auxerre,  le  10  octobre  {Arch,  Nat,,  X*'38,  f*  246),  à  Avignon,  du 
12  au  16  novembre  (Ihid.,  K  49,  n*  6,  £^  7),  à  Montpellier,  du  29  no- 
vembre au  ^3  décembre  {TluUamus  parvus\  p.  369),  enfin  à  Barcelone, 
à  la  cour  de  Pierre ,  roi  d'Aragon,  du  l*'  au  9  janvier  1366  (Zurita, 
Annales,  1.  IX,  c.  61  ;  Arch.  Nat,^  X«*38,  f  2^6).  Prosper  Mérimée  a 
supposé  par  erreur  que  du  Guesclin  avait  levé,  à  l'occasion  de  son 
passage  à  Avignon  vers  la  fin  de  1365,  une  rançon  de  5000  florins  sur 
les  habiunts  du  Comtat.  Du  Guesclin  ne  commit  cette  exaction  que 
deux  ans  plus  tard,  dans  le  cours  d'une  campagne  qui  se  termina  le 
8  avril  1368  par  la  prise  de  Tarascon.  V.  H'ut,  de  don  Pèdre  /«,  p.  407, 
note  1. 


SOMMAIRE  DU  PREMIER  LIVRE,  §S  546-559.  lxxxi 

valiers  anglais  ou  à  la  solde  du  prince  de  Galles,  Hugh  de  Cal- 
verly/,  Gautier  Hewet,  Mathieu  de  Goumay,  Eustache  d'Auber- 
chicourt*,  Bertucat  d'Albret*.  De  cette  expédition  font  aussi 


1 .  Ce  cheyalier  accompagna  du  Guesclin  sans  PaTeu  et  même  contre 
le  gré  du  roi  d* Angleterre,  puisaue  celui-ci,  par  acte  daté  du  6  dé- 
cembre 1365,  alors  que  Bertrand  et  ses  compagnons  d'aventure  étaient 
déjà  en  route  pour  TËspagne,  manda  à  Jean  Chandos,  à  Hugk  de  Cal- 
perlé,  à  Nicol  de  Dagworth  et  à  William  de  Elmham,  chevaliers,  de 
prendre  des  mesures  pour  que  nuls  gens  d*armes  de  sa  ligeance, 
assemblés  en  certaines  Compagnies,  ne  pussent  entrer  au  royaume  d'Es- 
pagne pour  faire  guerre  à  noble  prince  le  roi  de  Castille  son  cousin. 
Rymer,  IH,  779. 

2.  Dans  le  courant  du  mois  d'août  1365,  Bertrand  du  Guesclin,  en 
vertu  d'un  traité  passé  avec  Louis  de  Navarre  et  Eustache  d'Auber- 
chîcourt,  lieutenants  de  Charles  le  Mauvais  en  basse  Normandie,  avait 
consenti  à  rendre  les  château  et  ville  de  Carentan  au  roi  de  Navarre, 
moyennant  une  rançon  de  14000  francs;  et  en  outre  Olivier  de 
Mauny,  capitaine  de  Carentan  pour  son  cousin,  s'était  fait  donner 
3535  francs  à  titre  d'arrérages  des  rançons  (BibL  Nat,,  ms.  fr.  10  367, 
fo  20). 

3.  Ce  Bertucat  était  un  cadet,  sinon  même  un  bâtard,  de  la  puis- 
sante maison  d'Albret,  et  le  père  Anselme  ne  l'a  pas  classé  dans  sa  gé« 
néalogie  de  cette  famille.  Parmi  ces  seigneurs  anglais  ou  anglo-gascons 
qui  accompagnèrent  du  Guescb'n  en  Espagne,  Froissart  n'a  pas  men- 
tionné le  plus  important.  Nous  voulons  parler  de  Guardia  Raymond, 
ch»,  seigneur  d'Aubeterre  (auj.  Aubeterre-sur-Dronne ,  Charente, 
arr.  Barbeûeux),  qui  parait  avoir  été  le  grand  recruteur  et  condottiere 
des  compagnies  anglo-gasconnes.  Il  prétendit  plus  tard  que,  le  10  octo- 
bre 1365,  à  Auxerre,  Bertrand  lui  avait  souscrit  une  obligation  de 
2400  francs  d'or  ;  le  6  et  le  9  janvier  1366,  a  Barcelone,  deux  autres 
obligations  l'une  de  6066.  francs  d'or  et  l'autre  de  2060  florins  du  coin 
du  roi  d'Aragon,  cette  dernière  de  moitié  avec  Arnoul,  sire  d'Audre- 
hem,  maréchal  de  France  ;  enfin,  le  20  juillet  suivant,  à  Albatera,  en 
Castille,  une  quatrième  obligation  de  4000  florins  d'or.  L'année  sui- 
vante, le  sire  d'Aubeterre  ayant  combattu  à  Najera  dans  l'armée  du 
prince  de  Galles  contre  don  Henri  de  Trastamare,  du  Guesclin  avait 
différé  de  payer  le  chevalier  anglo-gascon,  qui  mourut  sans  avoir  pu 
rénssir  à  se  faire  rembourser.  Plus  de  vingt  ans  après  ces  événemenu, 
en  1390,  Jean  Raymond,  frère  et  héritier  de  Guardia  Raymond,  in- 
tenta pour  ce  fkit  devant  le  Parlement  à  Olivier  du  Guesclin,  comte  de 
Longueville,  le  principal  héritier  du  connétable,  un  procès^ dont  les 
pièces,  qui  seront  analysées  à  la  fin  du  second  volume  de  notre  Histoire 

I  de  du  Guescluiy  nous  ont  permis  d'établir  pour  la  première  fois  d'une 
manière  sûre  les  principales  étapes  ainsi  que  les  dates  précises  de  l'ex- 
pédition de  du  Guesclin  et  des  Compagnies  en  Espagne  [Ârch.  Nat,^ 
sect.  jud.,  X««  1475,  f»  87,  V;  X««  37,  f»»  333  V  et  334;  X«*  1475, 
f~  176,  178  V  et  179;  X**  38,  ^»  246  et  247).  Une  fois  arrivés  à 
Montpellier,  les  brigands  des  Compagnies  voulurent  être  payés  avant 
de  continuer  leur  route;  et  du  Guesclin  fut  obligé,  pour  les  satisfaire, 

VI   -A 


Lxxxii  OmONiQUES  DE  J.  FAOISSART. 

|Kirtîe  un  certain  nombre  de  seigneurs  français,  en  première  ligne 
le  jeune  comte  de  la  Marche  qui  veut  venger  la  mort  de  sa  cou- 
sme  Blanche  de  Bourbon',  Antoine,  sire  de  Beaujeu*,  Amoul, 
sire  d'Audrehem,  marëchai  de  France  S  le  Bègue  deViilainesS 


d^empmnter  10  000  francs  aux  bourgeois  de  cette  ville  :  «  Et  alèrent  à 
Montpellier  dont  ne  vouldrent  partir,  se  ilz  n'avoient  argent;  et  pour 
ce  emprunta  (Bertrand)  à  certains  bourgois  dix  mille  francs,  et  lors 
partirent.  >  X**  1475,  f»  176. 

1.  Jean  de  Bourbon,  !•'  du  nom,  comte  de  la  Marche,  fils  de  Jac- 
ques de  Bourbon  blesse  mortellement  à  la  bataille  de  Briguais ,  et  de 
Jeanne  de  Chatillon-Saint-Pol,  était  le  cousin  germain  de  Blanche  de 
Bourbon,  fille  de  Pierre  !«',  frère  aîné  de  Jacques  de  Bourbon.  An- 
selme, Hist.  génial,,  I,  298„  300,  319. 

2.  Antoine,  sire  de  Beaujeu,  fils  d'Edouard,  sire  de  Beaujeu,  tué  au 
combat  d'Ardres  en  1351,  et  de  Marie  du  Thil,  passa  a  Alontpellier, 
en  faisant  route  pour  TEspagne,  le  13  janvier  1366;  mais  Fauteur  de  la 
chronique  romane  Ta  sans  doute  confondu  avec  son  oncle  Louis  au- 
quel il  donne  à  tort  le  titre  de  seigneur  de  Beaujeu  qu'Antoine  seul 
avait  le  droit  de  porter  :  «  Item,  a  xm  del  dich  mes  (de  janvier  1366)» 
passet  a  Montpellier  M.  Lojs,  senhor  de  Beljoc ,  en  Bergonha,  am  sa 
companha,  e  segui  los  autres.  »  Thalamus  parvus,  p.  370.  —  Le  sire  de 
Beaujeu  retourna  en  Espagne  trois  ans  plus  tard  et,  avant  de  partir 
pour  ce  pays,  fit  son  second  testament  daié  de  Beaujeu  le  12  mai  1369. 
Mch.  Nat.,  p.  1368S  no  1586  ;  Musée  des  Archives,  p.  220  à  223. 

3.  Ai-noul,  sire  d'Audrehem,  l'un  des  premiers  protecteurs  de  du 
(jucsclin  qu'il  avait  pu  apprécier  dès  la  fin  de  1353,  pendant  qu'il  était 
lieutenant  du  roi  Jean  en  basse  Normandie  {Hist.  de  du  Guesclin,  p.  118 
et  119),  avait  été  envoyé  en  Languedoc  vers  le  mois  de  janvier  1361 
(voyez  plus  haut,  p.  xxxii,  note  1),  en  compagnie  de  Robert,  dit  Mo- 
roau,  sire  de  Fiennes,  connétable  de  France,  avec  le  titre  de  capitaine 
de  la  Langue  d'Oc  (dom  Vaissete,  Hist.  de  Languedoc,  IV,  314)>  de 
capitaine  général  dans  toute  la  Langue  d'Oc  {Ibid.,  Preuves,  276), 
enfin  de  lieutenant  du  roi  es  parties  de  Langue  d'Oc  {Arch.  Nat.,  JJ93, 
n«  216).  Le  23  juillet  1362,  de  concert  avec  Henri,  comte  de  Trasta- 
mare ,  il  avait  passé  à  Qermont  en  Auvergne  avec  les  principaux  rou- 
tiers un  traité  tendant  à  faire  évacuer  le  royaume  par  les  Compagnies 
(voyez  p.  xxni,  note  3).  Le  13  août  1362,  il  avait  été  nomme  par  le 
roi  Jean  lieutenant  général  en  tonte  la  Langue  d'Oc  {Arch,  Nat.,  JJ93, 
n«  241)1  et  depuis  lors  il  n'avait  cessé  de  lutter  avec  plus  de  courage 

3ue  de  succès  contre  les  bandes  qui  infestaient  le  midi.  Le  sire  d'Au- 
rehem,  aussi  modeste  que  brave ,  dut  contribuer  plus  peut-être  que 
personne  à  faire  charger  du  Guesclin  d'une  entreprise  aussi  difficile 
que  la  conduite  des  Compagnies  en  Espagne. 

4.  Pierre  de  Villaines,  chevalier,  dit  le  Bègue,  qui  tirait  son  nom  du 
fief  de  Villaines  (Seine-et-Oise,  arr.  Pontoise.  c.  Écouen),  mentionné 
dès  le  mois  de*  mai  1360  comme  sénéchal  de  Carcassonne  et  de  Béziers 
{Ârch.  Nat.,  JJ91 ,  n»  302),  paraît  avoir  conservé  cette  charge  jusaue 
vers  la  fin  de  ]  362.  Créé  chambellan  du  dauphin,  duc  de  Normanciie, 
il  guerroyait  dans  les  premiers  mois  de  1363  aux  environs  de  Falaise 


SOMMAIRE  DU  PREMIER  LIVRE,  §S  ^6-559.  lxxxiii 

le  Bègue  deVilliersS  le  sire  d'Antoing^,  en  Hainaut,  Alard  de 
Briffœuil  *,  Jean  de  Neuville  ^,  Gauvain  de  Bailleul,  Jean  de  Ber- 
guette,  Lallemand  de  Saint-Venant'.  ;Le  rassemblement  gënëral 
a  lieu  à  Perpignan',  sur  les  confins  de  l' Aragon.  L'effectif  de 
toutes  ces  bandes  s' élève  à  trente  mille  hommes.  Là  sont  tous  les 
chefs  des  Compagnies,  Robert  Briquet  %  Jean  Gresii^ey,  Naudon 


où  il  fut  fait  prisonnier  (Ibld.^  JJ92,  n»  208).  Là  sans  doute  [il  connut 
du  Guesclin,  qui  Tentraina  en  Espagne  où  il  derint  comte  de  Ribadeo. 

1.  Adam  de  Villiers,  dit  le  Bègue,  seigneur  de  VilUers-le-Bel ,  de 
Vitzy  en  Brie  et  de  la  Tour  de  Chanmont.  Le  Bègue  de  Villiers  fit 
montre  à  Pontorson  le  1«'  fërrier  1356  (n.  st.)  avec  cinq  écuyen  et 
donna  quittance  au  même  lieu  le  11  ariil  suivant  (Bibl.  Nat,^  Titres 
originaux,  au  mot  Vdliers),  Adam  servait  sous  son  frère  aine  Pierre  de 
Viluers,  capitaine  de  Pontorson,  et  c'est  alors  sans  doute  que  les  deux 
frères  eurent  l'occasion  d*appr^cier  Bertrand,  et  se  lièrent  avec  le  che- 
valier breton.  Par  acte  date  d* Avignon  le  26  janvier  1366,  Pierre  de 
Villiers,  qualifie  a  officier  procureur  de  Bertrand  de  Clesquin ,  comte 
de  Longneville  et  seigneur  de  la  Roche  Tesson  d,  donna  quittance  au 
trésorier  du  pape  de  trente-deux  florins  {Jrch,  Nat.^  L377,  d'après 
Arch.  du  Vatican,  Miscell.,  botte  222,  n«  3). 

2.  Auj.  Belgique,  prov.  Hainaut,  arr.  Toumay,  à  7  kil.  de  Tour- 
nay.  , 

3.  Auj.  dëp.  de  Vasmes-Audemez,  Belgique,  prov.  Hainaut,  arr. 
Toumay,  c.  Péruwelz, 

k.  Jean  de  Neuville  ëtait  le  neveu  d'Amoul ,  sire  d'Audrehem ,  et 
après  la  prise  de  son  oncle  à  Polders ,  il  exerça  par  intérim  l'office  de 
maréchal  de  France  de  1356  à  1360.  jéreh,  ^at,^  JJ86,  n»  283  ;  JJ90, 
nwl01ct232;  JJ96,  no  11. 

5.  Bailleul ,  Berguette,  Saint-Venant,  sont  des  localités  situées  dans 
la  même  région  que  Valenciennes,  et  Froissart  a  pris  soin  de  mention- 
ner les  chevaliers  qui  portent  ces  noms,  parce  qu'ils  étaient  ses  com- 
patriotes. 

6.  Les  Compagikies  touchèrent  à  Perpignan  ce  qu'on  peut  appeler 
leur  solde  d'entrée  en  campagne  ou  du  moins  un  à-compte  sur  cette 
solde  ;  mais  il  arriva  qu'après  avoir  reçu  l'argent,  quelques-unes  de  ces 
bandes  n'eurent  rien  de  plus  pressé  que  de  revenir  sur  leurs  pas  et  de 
rentrer  en  France  :  c  ....  alie  certe  Societates,  que  pagamentum^  ut  di- 
Xïebatur,  ceperant  in  Perpigniaco^  retroeedebant  in  regno  Francie  [24  dé- 
cembre 1365).  »  Arch,  Nat, ,Kk9,  n»  5,  f»  8  vo. 

7.  Ces  Compagnies  s'avançaient  vers  l'Espagne  par  bandes  isolées 
et  se  comportaient  partout  où  elles  passaient  comme  si  elles  avaient  été 
déjà  en  pays  ennemi.  C'est  ainsi  que  Robert  Briquet  occupa  entre  le 
5  et  le  8  novembre  le  fort  de  Belesgar  près  de  Montpellier  ;  «  Item, 
a  V  de  novembre,  Robert  Briquet,  capîtani  d'una  autra  companha  de 
Bretos,  près  lo  fort  de  Belesgar  et  aqui  estet  entro  a  vin  de  dezem- 
bre.  »  Thalamus  parvus^  p.  369.  — Quelques  jours  auparavant,  le  l*»" no- 
vembre, c'étaient  G.  d'Aîgnay,  Aufret  de  Guébriant  et  Henri  de  Dînan 
qui  passaient  devant  Montpellier  à  la  tête  de  Compagnies  bretonnes  ; 


Lxxxiv  CHRONIQUES  DE  J.  FROISSART. 

de  Bageran,  I^mi,  Maleterre,  le  Petit  Meschin,  les  bours  Oimus, 
de  Lesparre  et  de  Breteuil,  Bataillé,  Espiote,  Amanieu  d'Ortîgue, 
Perrot  de  Savoie.  Le  roi  d'Aragon,  allie  de  doo  Henri,  fait  le 
meilleur  accueil  aux  Compagnies  *-  avec  Taide  desquelles  il  recon- 
quiert les  villes  et  forteresses  de  son  royaume,  occupées  naguère 
par  don  Pèdre.  Celui-ci  se  voit  bientôt  abandonné  de  l'immense 
majorité  de  ses  sujets  qui  se  déclarent  pour  le  comte  de  Tras- 
tamare.  Accompagné  de  don  Femand  de  Castro  ',  le  seul  de  ses 

le  13,  d'autres  Bretons  occupaient  Aigremont  (Gard,  arr.  Alais,  c. 
Ledignan)  et  y  resuient  plusieurs  jours  ;  le  18,  c^était  le  Gascon  Bras 
de  Fer,  lieutenant  du  bour  de  Caupène  (Gers,  arr.  Condom,  c.  Nogaro), 
qui  mettait  au  pillage  les  environs  de  Montpellier  (/^û/.);  le  3  décembre, 
c'était  le  Limousin  qui  entrait  dans  cette  ville  et  s'y  arrêtait  deux 
jours  ;  le  6  décembre,  apparaissait  Robert  Lescot  avec  une  compagnie 
d'Anglais  (7^û/.,  p.  370);  le  9,  c*était  le  tour  du  seigneur  d'Aubeterre, 
capitaine  d'une  bande  d'Anglo-gascons  ;  le  18,  c'étaient  le  vicomte  de 
Lomagne  et  un  chevalier  d'Auvergne,  nommé  Jean  de  la  Roche,  qui 
se  logeaient  à  Saint-Martin-de-Londres  (Hérault,  arr.  Montpellier); 
enfin,  du  7  au  10  janvier  1366,  l'Anglo-gascon  Raynaud  de  VignoUes 
et  les  Bretons  Eon  Budes  et  Thibaud  du  Pont  venaient  camper  entre 
les  Ma  telles  et  Montamaud.  Les  dernières  bandes,  con^posées  d'Alle- 
mands et  de  Bretons,  dont  le  chroniqueur  de  Montpellier  nous  ait 
signalé  le  passage,  s'écoulèrent  les  18  et  19  février  1366  {Ibid,, 
p.  371). 

1.  Pierre  IV,  roi  d^Aragon,  contribua  aussi  bien  que  le  comte  de 
Trastamare  au  payement  de  la  solde  des  Compagnies  :  c  Etalèrent  jus- 
ques  à  Barsalonne,  et  par  le  trésorier  du  roy  Henry  furent  paiez....  Et 
après  eurent  un  aiiltre  paiement  à  Sarragosse  dont  il  ne  vouldrent 
partir  jusquez  à  ce  que  de  tout  le  temps  passé  eussent  esté  paiez,  ei  le 
furent  par  le  roy  d* Aragon  et  messire  Êertran.  »  Areh,  Nat,,  sect.  jud,, 
A'^  1475,  f<>  176.  —  Par  un  traité  conclu  k  Monzon  le  vendredi  saint 
31  mars  1363,  Pierre  IV  et  le  comte  de  Trastamare  s'étaient  engagés 
à  détrôner  don  Pèdre  à  frais  communs  et  à  se  partager  la  Castille 
(Areh.  génér,  J^ Aragon^  l^gAJo  de  Autografos,  appendice  G).  Mérimée, 
Histoire  de  don  Pèdre  /«,  éd.  de  1874,  p.  346,  545  et  546.  ^  Dans  un 
festin  que  Pierre  FV  offrit  aux  chefs  des  Compagnies  à  Barcelone  le 
1*'  janvier  1366,  du  Guesclin  s'assit  à  la  droite  du  roi,  qui  avait  à  sa 
gauche  l'infant  Raymond  Berenger,  son  oncle  (Chronique  de  Pedro  IV 
rédigée  par  lui-même  en  catalan  et  publiée  par  Carbonell,  Chroniques 
de  Espanya^  p.  196).  Pour  payer  les  mercenaires  français,  le  roi  d'Ara- 
gon tut  obligé  de  vendre  ses  biens  patrimoniaux  par  acte  daté  de  Sa- 
ra^osse  le  12  mars  1366  {Archiv.  génér,  d! Aragon^  reg.  1213,  p.  42  et 
suiv.),  car  il  lui  fallut  ajouter  aux  100000  florins  qu'il  avait  promis 
aux  chefs  des  Compagnies  un  supplément  de  20000  florins.  Mérimée, 
//«/.  de  don  Pèdre ^  p.  411. 

2.  Ce  Femand  de  Castro  était  le  frère  de  la  célèbre  Inez  de  Castro, 
surnommée  Port  de  Héron,  dont  les  tragiques  aventures,  racontées  avec 
une  naïveté  pleine  de  saveur  pur  rcxcclleiit  chroniqueur  portugais  Fer- 


SOMMAIRE  DU  PREMIER  LIVRE,  §§  546-359.  ljcxxv 

courtisans  qui  lui  soit  resté  fidèle,  de  sa  femme  *  et  de  ses  deux 
filles  Constance'  et  Isabelle *,  il  s'enferme  avec  ses  trésors  dans 
le  château  de  Séville  *  d'où  il  fait  voile  ^  bientôt  vers  la  Galice  et 
se  réfugie  à  la  Corogne.  P.  185  à  192,  354  à  360. 


nan  Lopes,  sont  deTcnues  de  bonne  heure  une  sorte  de  légende  ro- 
manesque où  les  poètes  de  tons  les  pajs,  à  l'exemple  de  Camoêns,  ont 
aimé  k  puiser  des  inspirations.  Quelques-unes  des  plus  belles  pages  de 
la  chronique  de  Feman  Lopes  ont  été  traduites  par  M.  Ferdinand 
Denis  (Chroniques  chevaleresques  Je  P Espagne  et  du  Portugal,  Paris,  1839, 
in-8,  I,  107  a  165).  Quoiau'en  dise  Froissart,  don  Femandde  Castro 
n'accompagna  pas  don  Pèare  dans  sa  retraite  sur  Séville;  il  se  trou- 
vait alors  en  Galice  dont  il  éuit  gouTemeur  pbur  le  roi  de  Castîlle. 

1.  Ce  titre  de  femme  ne  peut  s'appliquer  ni  à  Blanche  de  Bourbon, 
épouse  légitime  de  don  Pèdre,  morte  en  1361,  ni  à  la  fameuse  dona 
Maria  de  Padilla,  la  principale  concubine  du  roi  de  Castille.  Dans  son 
testament  écrit  à  Séville  pendant  l'hiver  de  1362,  don  Pèdre  désigne, 
il  est  vrai ,  dona  Maria  comme  sa  femme,  mais  on  sait  que  l'heureuse 
rivale  de  Blanche  de  Bourbon  n'avait  survécu  que  quelques  mois  à 
cette  infortunée  princesse.  Lorsqu'il  rédigea  son  testament,  don  Pèdre 
entretenait  quatre  maîtresses,  Mari  Ordz,  Mari  Alfon  de  FermosiJla, 
Juana  Garcia  de  Sotomajroi*  et  Urraca  AJfon  Carrillo  ;  il  fit  à  la  pre- 
mière un  legs  de  2000  doubles  castillanes,  aux  trois  autres  un  legs  de 
1000  doubles  seulement,  à  la  condition  qu'elles  entreraient  en  religion 
toutes  les  quatre  après  la  mort  de  leur  bienfaiteur,  jaloux  jusque  dans 
la  mort.  Si  don  Pèdre  n'emmena  qu'une  femme  avec  lui  en  1366  dans 
sa  retraite  sur  Séville,  ce  fut  sans  aoute  Mari  Ortiz  qui  parait  avoir  été 
une  sorte  de  sultane  favorite. 

2*  Constance  devait  épouser  plus  tard  Jean  de  Gand,  duc  de  Lan- 
castre,  fils  d'Edouard  III. 

3.  Isabelle  fut  mariée  dans  la  suite  à  Edmond,  duc  d'Yorck,  frère 
du  duc  de  Lancastre. 

'4.  Le  28  mars  1366,  veille  du  dimanche  des  Rameaux,  don  Pèdre, 
qui  se  trouvait  alors  à  Burgos,  avait  fait  charger  ce  qu'il  avait  de  plus 
précieux. sur  des  mules  et  s'était  sauvé  précipitamment  avec  les  infantes 
ses  filles,  n'ayant  pour  toute  escorte  que  les  six  cents  cavaliers  maures 
qui  composaient  sa  garde.  Il  avait  gagné  Tolède,  d'où  il  n'avait  pas 
tardé  à  reculer  jusqu'à  Séville.  Ayant  fait  venir  dans  cette  ville  tout 
l'or  et  l'argent  monnayés  qu'il  gardait  dans  le  château  d'Almodovar  del 
Rio,  il  l'avait  fait  embarquer  sur  une  galère  et  avait  chargé  Martin  Yanez 
de  se  rendre  avec  ce  trésor  à  Tavira,  en  Portugal;  mais  le  propre  ami- 
ral de  don  Pèdre,  le  Génois  Boccanegra,  s'étant  mis  à  la  poursuite  de 
Martin  Yanez,  captura  le  trésor,  qu'il  s'empressa  de  livrer  a  don  Henri, 
pour  se  concilier  les  bonnes  grâces  de  son  nouveau  maître.  Ce  trésor 
s'élevait  à  trente-six  quintaux  d'or,  sans  compter  une  quantité  considé- 
rable de  pierreries.  Boccanegra  reçut  comme  salaire  ae  sa  trahison  la 
riche  seigneurie  d'Otiel.  Salazar,  Casa  de  Lara^  t.  II,  lib.  XII.  Mérimée, 
Hist,  de  don  Pèdre^  p.  tô6. 

5.  Don  Pèdre  ne  s'embarqua  point  pour  se  rendre  en  Galice;  il 
prit  la  voie  de  terre  et  essaya  d'abord  de  chercher  un  refuge  en  Por- 


Lxxxvi  CHRONIQUES  DE  J.  FROISSART. 

Gomez  Garrillo%  les  grands  maîtres  de  Calatrava'  et  de  Saint- 
Jacques'  prennent  parti  pour  le  comte  de  Trastamare  devant 
qui  toutes  les  villes  ouvrent  leurs  portes  *.  Don  Henri  est  cou- 
ronne roi,  fait  comtes  ses  deux  frères  don  Sanche  ^  et  don  Tello  *, 
sans  oublier  les  chefs  des  Compagnies''  auxiliaires  qu'il  comble 
de  faveurs.  P.  192^  193,  360. 


tugal.  Presque  aanégé  dans  rAloazar  de  S^Tille  par  ses  sujets  ameutés 
cootre  loi,  il  monta  à  cheval  et  sortit  pour  ainsi  dire  fortiTement  de  la 
capitale  de  l'Andalousie  avec  les  deux  infantes  et  une  fille  naturelle  de 
don  Henri  son  rival,  surnommé  doua  Lëonor  des  Lions.  U  éuit  suivi 
du  maître  d'Alçantara,  Martin  Lopez,  de  son  chancelier  et  de  deux 
cenU  cavaliers  seulement.  Repoussé  par  le  roi  de  Portugal  Pierre  !«>*, 
le  monarque  fugitif  n'eut  d'autre  parti  à  prendre  que  de  gagner  la 
Galice  où  commandait  en  maître  don  Femand  de  Castro  qui  lui  était 
entièrement  dévoué. 

1 .  Gomez  Carillo  était  camarero  major  du  prétendant  don  Henri, 
comte  de  Trastamare. 

2.  Don  Diego  Gapcia  de  Padilla,  frère  de  dona  Maria  de  Padilla, 
grand  maître  de  Calatrava  sous  don  Pèdre.  Pero  Lopez  de  kya\a(Cro^ 
nica  del  rey  don  Pe^o^  p.  410)  confirme  sur  ce  point  le  témoignage  de 
Froissart.  ' 

3.  Don  Garcia  Alvarez  de  Tolède,  grand  maître  de  Santiago,  laissé 
par  don  Pèdre  dans  Tolède  avec  600  hommes  d'armes,  s'empressa  de 
livrer,  après  un  semblant  de  résistance,  cette  ville  à  don  Henri  et  rési- 
gna son  office  en^faveur  de  Gonzalo  Mexia,  vieux  serviteur  du  préten- 
dant, moyennant*  quoi  il  fut  gratifié  de  deux  domaines  considérables 
et  d'une  grosse  somme  d'argent. 

k.  Le  comte  de  Trastamare  et  ses  auxiliaires  avaient  occupé  succes- 
sivement Borja,  Calahorra,  où  don  Henri  s'était  fait  proclamer  roi  de 
Castille,  Briviesca,  enfin  Burgos  où  le  prétendant  avait  été  couronné  en 
grande  pompe  dans  le  monastère  de  las  Huelgas  le  jour  de  Pâques 
b  avril  1366. 

5.  Don  Sanche  fut  fait  comte  d'Albuquerque  (Espagne,  province 
d'Estramadure,  sur  la  frontière  de  Portugal).  Il  recueillit  ainsi  l'im- 
portant héritage  de  don  Juan  d'Albuquerque  qui ,  depuis  la  mort  du 
fils  de  ce  célèbre  capitaine,  avait  été  réuni  au  domaine  royal  de  Castille. 

6.  Don  Tello  reçut  le  titre  de  seigneur  de  Biscaye  et  fut  en  outre 
pourvu  du  fief  de  Castaneda. 

7.  Tous  les  érudits  prétendent,  sur  la  foi  d'Ayala,  que  don  Henri 
donna  alors  à  Bertrand  du  Guesclin  le  titre  de  comte  de  Trastamare 
et  la  seigneurie  deMolina  avec  d'immenses  domaines  (Buchon,  ChronU 
ques  de  Froissart^  éd.  du  Panthéon,  I,  506,  note  5  ;  Mérimée,  Hut,  de 
don  Pèdre^  p.  ^21).  Cette  assertion  n'est  pas  tout  à  fait  exacte.  Le 
titre  qui  fut  alors  conféré  au  comte  de  Longueville  est  celui  de  duc, 
non  de  comte,  de  Trastamare  {Arck.  Nat.^  J381,  vP  7;  L377,  d'après 
Arch.  du  Vatican,  Miscellanea,  arm.  XV,  caps.  2,  n<>  22  ;  Thalamus 
parvus^  p.  382).  Quant  an  duché  de  Molina,  Bertrand  n'en  fut  investi, 
du  moins  à  perpétuité  et  à  titre  héréditaire,  que  par  acte  daté  de  Sé« 


SOMMAIRE  DU  PREMIER  LIVRE,  gg  846.S39.  lxxxvii 

Après  le  couronnement  de  don  Henri,  le  comte  de  la  Marche, 
Arnoul,  sire  d'Audrehem ,  et  le  sire  de  Beaujeu  retournent  en 
France  ^  ;  mais  Bertrand  du  Guesclin^  et  Olivier  de  Mauny  *  avec 
les  Bretcms,   Hugh   de  Galverly  et  Eustache  d'Auberchicourt 

ville  le  k  mai  1369  (dom  Morice,  Preuves  de  V histoire  de  Bretagne^  I, 
1628  à  1631).  Diaprés  Ayala,  Hugh  de  Galverly,  chef  des  bandes  an- 
glo-gasconnes, fut  fait  comte  de  Garrion  (auj.  Carrion-de»los-Gondes, 
Espigne,  prov.  Léon,  à  64  ki].  O.  de  Burgos),  et  le  comte  de  Dénia, 
qui  commandait  les  auxiliaires  aragonais,  devint  marquis  de  Villena 
(Espagne,  prov.  Murcie,  à  64  kil.  N.  N.  E.  de  Murcie  et  à  88  kil.  S.O. 
de  Valence).  Le  nouveau  marquis  eut  en  partage  tous  les  biens  qui 
avaient  composé  la  dot  de  la  comtesse  de  T rastamare. 

1 .  Le  licenciement  des  Compagnies  eut  lieu  Vers  le  mois  de  mai  1366, 
après  rentrée  de  don  Henri  à  Sëville  où  le  trésor  de  don  Pèdre  livré 
par  Tamiral  Boccanegra  fournit  les  moyens  de  payer  la  solde  de  ces 
bandes  :  <c  Et  de  là  alèrent  à  Barges  (Burgos)  où  ilz  entrèrent  et  orent 
grant  finance,  tant  des  Sarrazins  que  Chrestians  que  des  Juis.  Et  avoient 
juré  et  promis  non  faire  guerre  a  messire  Bertran  ne  au  roy  Henry 
jusquez  un  an  après  leur  retour.  Et  après  avoient  prise  Tolète  Çïo- 
lède)  et  y  orent  grant  finance.  Après,  prindrent  Sebille  (Séville)  où  ilz 
trouvèrent  le  trésor  du  roi  Piètre ^  dont  ils  furent  paiez,  poub  buuc  rbtour- 
HEB.  »  Arch.  Nat,,  X«*  1475,  ^  176.  . 

2.  Ayala  (p.  (i22)y  d'accord  sur  ce  point  avec  Froîssart,  dît  que  don 
Henri  garda  a  son  service  Bertrand  du  Guesclin  et  Hugh  de  Galverly 
ainsi  que  quinze  cents  lances  choisies  surtout  parmi  les  bandes  fran- 
çaises  et  bretonnes.  Le  sire  d'Audrehem  resta  aussi  en  Espagne. 

3.  Lorsque  Bertrand  était  parti  pour  FEspagne  à  la  fin  de  1365, 
Olivier  de  Mauny,  alors  capitaine  de  Garentan  pour  le  comte  de 
Longueville,  n'avait  pas  accompagné  son  cousin.  Olivier  de  Mau- 
ny, seigneur  de  Lesnen  (fief  situe  en  Saint-Thual,  lUe-et -Vilaine, 
arr.  Samt-Malo,  c.  Tinténiac),  n'arriva  en  Languedoc  que  vers  le 
milieu  de  1366.  B  passa  devant  Montpellier  le  premier  juin  de  cette 
année  et,  après  avoir  mis  au  pillage  tous  les  environs  de  cette  ville 
récemment  cédée  au  roi  de  Navarre,  se  remit  en  route,  le  5,  dans  la 
direction  d'Agde  :  «  Item,  le  primier  jom  de  junh  (1366),  M.  Olivier 
de  Mauni  et  M.  G.  Boten  (il  faut'  sans  doute  lire  :  GefTroi  Budes, 
d'Uzel,  Gôtes-du-Nord,  arr.  Loudéac,  le  même  qui  déposa  le  17  sep- 
tembre 1371  dans  l'enquête  pour  la  canonisation  de  Gnarles  de  Blois  ; 
dom  Mbrice,  Preuves^  II,  10),  cavaliers  de  Bretanha,  capitanis  d'alcu- 
nas  grans  companhas ,  am  las  dichas  companhas  se  alojeron  als  barris 
dels  Augustis  et  en  los  autres  de  Montpellier  et  à  Gastel  Nou  et  en  los 
autres  luocs  entom  Montpellier,  et  estant  aqui  gasteron  motas  toze- 
lieyras  et  iluotas  sivadieyras  et  autres  camps  de  Montpellier  et  dels 
dichs  autres  luocs,  et  y  feron  motz  autres  mais,  e  puoys  a  V  joms  del 
dich  mes,  s'en  desalotjeron  et  aneron  s'en  en  Agades  (Agde,  Hérault, 
arr.  Béziers) ,  per  seguir  las  autras  companhas.  »  Thalamus  parvus^ 
p.  372. — Olivier  de  Mauny  se  rendait  en  Aragon  où  il  allait  prendre 

Possession  du  poste  de  capitaine  et  châtelain  de  Borja  (Aragon,  sur  la 
[uccha,  à  25  kil.  S.  E.  de  Taraçona,  à  la  limite  de  l' Aragon  et  de  la 


Lxxxviii  CHRONIQUES  DE  J.  FROISSART. 

avec  les  Anglais,  restent  en  Espagne  pour  aller  faire  la  guerre 
contre  les  Sarrasins  de  Grenade.  —  Retire  à  la  Corogne  avec  sa 
femme,  ses  deux  filles  et  don  Femand  de  Castro,  don  Pèdre  en- 
voie des  messagers  vers  le  prince  d'Aquitaine  et  de  Galles  pour 
le  prier  de  venir  à  son  secours  contre  le  bâtard  Henri.  Le  prince, 
après  en  avoii"  délibërë  avec  les  gens  de  son  conseil,  accueille 
favorablement  cette  demande,  et  cinq  chevaliers  anglais  partent 
pour  la  Corogne  afin  de  ramener  à  Bordeaux  le  roi  détrôné  de 
Castille.  Sur  ces  entrefaites,  don  Pèdre  se  rend  lui-même  à 
Rayonne.  P.  193  à  109,  360  à  365. 

Arrivée  et  séjour  de  don  Pèdre  à  Bordeaux  ^  Il  promet  de 
faire  roi  de  Castille  Edouard,  le  jeune  fils  du  prince  de  Galles,  et 
de  distribuer  ce  qu'il  a  consez^é  de  ses  trésors  '  aux  gens  d'ar- 
mes du  prince.  Celui-ci,  malgré  les  avis  de  ses  conseillers  qui 
le  détournent  d'une  intervention  armée  en  faveur  du  roi  détrôné, 
est  disposé  à  prendre  parti  pour  ce  dernier,  d'abord  parce  que , 
souverain  légitime ,  don  Pèdre  a  été  supplanté  par  un  bâtard, 
ensuite,  parce  que  l'adversaire  de  don  Henri  de  Trastamare  a  été 
de  tout  temps  pour  l'Angleterre  un  allié  fidèle.  Toutefois,  avant 


Nararre),  que  Tenait  de  loi  confier  son  cousin  Bertrand  nommé  par 
Pierre  IV  comte  de  Borja,  en  récompense  de  ses  services.  En  1375, 
du  Guesclin  vendit  ce  comté  à  rarcherêque  de  Saragosse,  movennant 
le  prix  de  27  000  florins  d*or  (communication  de  M.  le  marquis  de  Santa 
Coloma). 

1.  La  relation  deLopez  de  Ayala  diffère  un  peu  de  celle  de  Froissart. 
Le  chroniqueur  espagnol  prétend  que  don  Pèdre  se  rendit  d'abord  de 
Santiago  à  la  Corogne  où  il  reçut  le  sire  de  Pojane  et  un  autre  cheva- 
lier  gascon  députés  par  le  prince  de  Galles  pour  Tinviter  à  se  rendre 
dans  ses  États  d'Aquitaine.  De  la  Corogne  le  roi  détrôné  de  Castille  ga- 
gna Saint-Sébastien  et  de  là  Bajonne.  Arrive  dans  cette  dernière  ville, 
il  fit  savoir  son  arrivée  au  prince  et,  sans  attendre  que  celui-ci  vint  à 
sa  rencontre,  alla  au-devant  de  lui  jusqu'au  Cap  Breton  (auj.  Landes, 
arr.  Dax,  c.  Saint-Vincent-d^Tyrossc).  Quelques  jours  après  l'entre- 
vue de  Capbreton,  le  prince  d'Aquitaine,  don  Pèdre  et  Charles,  roi  de 
Navarre,  se  donnèrent  rendez-vous  à  Bayonne,  et  ce  ne  fut  qu'après 
cette  conférence  que  l'ex-roi  de  Castille  alla  lui-même  à  Bordeaux. 
Froissart,  qui  se  trouvait  alors  dans  cette  ville  à  la  cour  du  prince,  de- 
vait, selon  la  judicieuse  remarque  de  Buchon,  être  mieux  informé  de 
ces  détails  que  Lopez  de  Ayala  attaché  au  service  personnel  de  don 
Henri  de  Trastamare. 

2.  Don  Pèdre  n'avait  emporté  que  trente-six  mille  doubles  ;  la  plus 
forte  partie  de  son  trésor  et  ses  joyaux,  confiés  à  Martin  Yanez  et  sai- 
sis par  l'amiral  Boccanegra,  étaient  devenus,  comme  nous  l'avons  dit 
plus  haut,  la  proie  de  don  Henri  de  Trastamare. 


SOMMAIRE  DU  PREMIER  LIVRE,  §§  546-5S9.  lxxxtx 

de  mettre  ce  dessein  à  éxecution,  le  prince  d'Aquitaine  veut  avoir 
l'avis  de  ses  vassaux  et  des  grands  feudataires  de  sa  principauté. 
P.  199  à  204,  365. 

Le  prince  d'Aquitaine  convoque  à  im  parlement  à  Bordeaux  les 
seigneurs  et  barons,  tant  de  Poitou,  de  Saintonge,  de  Rouergue, 
de  Quercy,  de  Limousin,  que  de  Gascogne.  On  lui  conseille  d'en 
référer  au  roi  d^Angleterre ,  son  père ,  et  quatre  chevaliers  sont 
envoyés  à  cette  fin  à  Londres.  Edouard  III,  après  avoir  consulté 
les  gens  de  son  Parlement,  est  d'avis  que  son  fils  donne  suite  à 
son  projet  et  entreprenne  une  expédition  pour  remettre  don  Pèdre 
sur  le  trône.  Les  barons  d'Aquitaine,  convoqués  de  nouveau,  de- 
,  mandent  qui  payera  leur  solde.  Don  Pèdre  promet  d'employer 
tous  ses  trésors,  qui  sont  immenses,  au  payement  de  cette  solde  ; 
et  le  prince  anglais,  de  son  côté,  se  charge  de  pourvoir  aux  frais 
de  l'expédition  et  de  faire  les  avances  nécessaires  jusqu'à  l'arrivée 
en  Castiile.  Jean  Cbandos  et  Thomas  de  Felton  vont  à  Pampelune 
inviter  Charles  le  Mauvais  à  se  rendre  à  Rayonne,  afin  qu'on 
s'entende  avec  lui  sur  les  conditions  du  passage  à  travers  ses 
états  ;  car  l'armée  du  prince  ne  peut  pénétrer  en  Espagne  sans 
traverser  la  Navarre  en  franchissant  les  défilés  de  Roncevaux^ 
P.  i04  à  209,  366,  367. 

Le  prince  d'Aquitaine,  don  Pèdre  et  le  roi  de  Navarre  ont  en- 
semble à  Rayonne  *  des  conférences  qui  durent  plusieurs  jours. 
Moyennant  le  payement  d'une  somme  de  cent  vingt  mille  francs  ' 
et  la  cession  de  Logroiio  *,  de  Salvatierra  ^  et  de  Saint-Jean-Pied- 

1.  Roncevaux  ou  Roncesralles,  vallée  et  port  ou  patsage  situé  en 
Navarre,  sur  le  Tenant  espagnol  des  Pyrénées,  entre  Pampelune  et 
Saint- Jean-Pied-de-Port.  Roland,  chef  de  TaMère-garde  de  Tarmëe 
de  Charlemagne,  y  fut  vaincu  par  les  Sarrasins  et  y  périt  le  15  août  778. 

2.  ■  Nos  igitur  Petrus,  rex  Castellae  et  Legionis,  Carolus,  rex  Na- 
vairae  et  Edwardus,  princeps  Aquitaniœ,  supradicti,  convenientes  in 
unum  in  civitate  BaionensL  B.Rymer,  III,  800.  —  Cette  citation  prouve 

2ue  les  conférences  préliminaires,  où  le  prince  d'Aquitaine,  les  rois  de 
lastille  et  de  Navarre  s'entendirent  sur  les  conditions  de  leur  alliance, 
se  tinrent,  comme  le  dit  Froissart,  à  Rayonne  ;  mais  le  traité  lui-même 
ne  fut  rédigé  et  signé  par  les  plénipotentiaires  des  trois  contractants 
qu'à  Liboume,  dans  le  couvent  des  Frères  Mineurs  du  dit  lieu,  le  23 
septembre  1366.  Itid.,  800  à  807. 

3.  Le  traité  porte  200000  fiorins  <tor  vieux  :  c  £1  rey  don  Pedro  pa- 
gara  al  rey  de  Navarra  dozientas  vezes  mil  florines  de  oro,  s  Rymer,  III, 
801,  1- col.,  1.21  et  22. 

k.  Espagne,  prov.  Rurgos,  sur  TEbre,  à  88  kil.  £.  de  Rurgos. 

5.  Espagne,  prov.  Alava,  à  240  kii  E.  N.  E.  de  Vittoria.  Ayala  dit 


xc  CHRONIQUES  DE  J.  FROISSART. 

de-Port  *,  Charles  le  Mauvais  consent  à  laisser  passer  à  travers 
son  royaume  Farmëe  qui  doit  se  Vendre  en  Espagne  pour  réta- 
blir don  Pèdre  sur  le  trône  de  Castille.  L'allie'  de  don  Pèdre  s'em- 
presse de  rappeler  près  de  lui  ceux  de  ses  hommes  d'armes  que 
du  Guesclin  a  enrôlés  sous  la  bannière  du  comte  de  Trastamare. 
Eustache  d'Auberchicourt ,  Hugh  de  Calverly,  Gautier  Hewet, 
Mathieu  de  Goumay",  Jean  bevereux,  répondent  les  premiers  à 
l'appel  du  prince  et  quittent  l'Espagne  pour  retourner  à  Bor- 
deaux. Bientôt  après  le  départ  de  ces  chevaliers,  quelques-uns 
des  principaux  capitaines  d'aventure,  Robert  Briquet,  Jean  Cres- 
wey,  Robert  Cem',  Bertucat  d'Albret,  Gardot  du  Castel,  Naudon 
de  Bageran,  les  bours  de  Lesparre,  Camus  et  de  Breteuil,  repren- 
nent aussi  le  chemin  de  la  Gascogne  pour  aller  offrir  leurs  ser- 
vices au  prince  d'Aquitaine,  —  Du  Guesclin,  de  son  côté,  se  rend 
auprès  du  roi  d'Aragon,  du  duc  d'Anjou  qui  se  tient  alors  à 
Montpellier,  et  du  roi  de  France  *,  afin  d'engager  ces  princes  à 
prendre  parti  pour  Henri  de  Trastamare  et  à  lui  envoyer  des 
renforts.  P.  209  à  213,  367  à  369. 

A  la  nouvelle  de  l'expédition  projetée  par  le  prince  d'Aqui- 
Uine  et  de  Galles  pour  rétablir  don  Pèdre  sur  le  trône  de  Cas- 
tille, Pierre,  roi  d'Aragon,  fait  alliance  avec  don  Henri  de  Tras- 
tamare *,  et  interdit  aux  Compagnies  anglo-gasconnes,  qui  veulent 


2ue  don  Pèdre  s'engagea  à  céder  au  roi  de  Navarre  la  proYince  de 
riiipuzcoa  (oip.  Saint-Sébastien)  et  celle  de  Logrono. 

1.  Basses-Pyrénées,  arr.  Mauléon.  Don  Pèdre  s'engageait,  d'un  autre 
côté,  à  céder  au  prince  d'Aquitaine  une  partie  de  la  Biscaye,  particu- 
lièrement les  ports  de  mer  et  le  château  d'Ordiales  ;  il  se  reconnaissait 
en  outre  le  débiteur  du  prince  pour  une  somme  de  550  000  florins  d*or 
au  coiQ  de  Florence.  Cette  somme  et  56000  florins,  avancés  par  le 

S  rince  et  payés  au  roi  de  NaTarre ,  deyaient  être  remboursés  dans  le 
élai  d'un  an.  Les  jeunes  infantes,  filles  de  Marie  de  Padilla,  amsi  que 
les  femmes  et  les  enfants  des  seigneurs  castillans  émigrés,  demeureraient 
en  orage  à  Bordeaux  jusqu'au  payement  intégral  de  cette  dette.  Ry- 
mer,  III,  802,  703.  Ayala,  p.  433. 

2.  Vers  le  milieu  de  1366,  don  Henri  de  Trastamare  avait  dépêché 
ce  Mathieu  de  Goumay  à  Lisbonne  pour  obtenir  du  roi  de  Portugal 
r,u'il  demeurât  neutre  dans  la  lutte  qui  allait  s'ouvrir.  Vicomte  de 
Santarem,  Quadro  de  relacôes  poCitieas^  III,  26,  d'après  Mérimée, 
p.  439. 

3.  Il  y  a  tout  lieu  de  croire,  malgré  l'assertion  de  Froissart,  que  du 
Guesclin  ne  se  rendit  pas  de  sa  personne  auprès  du  roi  de  France  à  la 
fin  de  1366. 

4.  Le  10  octobre  1363,  don  Henri  de  Trastamare  s'était  obligé  par 


SOMMAIRE  DU  PREMIER  LIVRE,  §§  546-559.       xa 

quitter  l'Espagne  pour  rejoindre  la  bannière  du  prince,  le  passage 
à  travers  l'Aragon  et  la  Catalogne.  Ces  Compagnies  sont  enrôlées 
définitivement  au  service  du  prince  d'Aquitaine  par  Jean  Chandos 
envoy<^  en  mission  dans  le  pays  basque  auprès  de  leurs  chefs  ;  et 
à  la  prière  de  ce  chevalier,  Gaston  Phœbus,  comte  de  Foix,  con- 
sent à  laisser  passer  les  routiers  et  leurs  bandes  sur  son  terri- 
toire. P.  213  à  216,  369,  370. 

Par  le  conseil  de  Jean  Chandos  et  de  Thomas  de  Felton ,  le 
prince  de  Galles ,  non  content  d'avoir  fait  fondre  les  deux  tiers 
de  son  argenterie,  sollicite  et  obtient  d'Edouard  III  cent  mille 
friincs  *  pour  subvenir  aux  frab  de  Fexpëdition  projetée.  P.  216 
à  218,  371,  372. 

Le  sire  d'Albret  s'engage  à  servir  le  prince  d'Aquitaine  et  de 
Galles  à  la  tète  de  mille  lances.  Apprenant  que  les  gens  des  Com- 
pagnies, au  nombre  de  trois  mille,  après  avoir  franchi  les  Pyré- 
nées, doivent  passer  entre  Toulouse  et  Montauban,  Gui  d'Azay, 
sénéchal  de  Teulouse,  les  sénéchaux  de  Carcassonne ',  de  Nîmes* 
et  le  [vicomte*]  de  Narbonne  marchent  à  la  poursuite  de  ces 


e  traité  deBenifar,  de  livrer  à  Pierre  IV,  roi  d'Aragon,  le  rojanme  de 
MoTcie  et  en  outre  dix  villes  importantes  des  deux  Castilles,  Requena, 
Moya,  Otiel,  Canyet,  Cuenca,  Molina,  Médina  Celi,  Almazan,  Soria, 
Agreda.  Sommé  vers  le  milieu  de  1366  de  mettre  ce  traité  à  exécution 

SArch.  génér.  d'Aragon ,  reg.  1293  Secretorum,  p.  127),  le  rival  de  don 
^èdre,  pour  s'assurer  Talliance  de  Pierre  IV  dans  la  '  lutte  qui  allait 
s'ouvrir,  avait  consenti  à  céder  au  roi  d'Aragon  le  royaume  de  Murcie. 

1.  La  somme  que  le  roi  d'Angleterre  mit  à  la  disposition  de  son  fils 
fut  prélevée  sur  une  des  échéances  de  la  rançon  du  roi  Jean.  Le 
l**"  mars  1366,  Edouard  III,  confirmant  un  acte  en  date  du  13  décem- 
bre 1363,  assigna  à  son  fils  aine  lïidouard,  prince  de  Galles,  60000 
écus  d'or  à  prendre  sur  le  premier  payement  du  second  million  dâ  par 
le  roi  de  France,  ou  qui  premièrement  se  doit  faire  du  second  million  (R7- 
mer,  m,  787).  Par  acte  date  d'Ax  (Ax-sur-Ari<fge,  Ariëge,  arr.  Foix), 
le  29  janvier  1367  (n.  st.),  Edouard,  prince  d'Aouitaine  et  de  Galles, 
donna  procuration  à  Jean  des  Roches,  sénéchal  ae  Bigorre,  pour  rece- 
voir en  son  lieu  et  place  30  000  francs  sur  la  rançon  du  roi  Jean  (Ârch, 
Nat,^  J6k2,n*2f). 

2.  C'est  Arnaud  d*£spagne  qui  était  alors  sénéchal  de  Carcassonne. 

3.  Le  sénéchal  de  Beaucaire  et  de  Nimes  ^'appelait  Gui  de  Pro- 
hins. 

k.  Aimeri  de  Lara,  vicomte  de  Narbonne,  à  qui  Froissart  donne  par 
eri'eur  le  titre  de  comte,  amiral  de  France  du  28  octobre  1369  à  fé- 
vrier 1373,  mourut  en  1382  et  fut  enterré  à  l'abbaye  de  Fontfroide,  au 
diocèse  de  Narbonne  (auj.  château  de  la  commune  de  Narbonne).  An- 
selme, Histoire  généal.^  VII,  759,  760. 


xcii  CHRONIQUES  DE  J.  FROISSART. 

pillards  ^  à  la  tète  de  cinq  cents  lances  et  de  quatre  mille  bidaus. 
P.  218  à  220,  372  à  374. 

Traquée  par  les  Français ,  une  des  bandes  anglo-gasconnes  se 
réfugie  dans  Montauban;  et  Jean  Trivet,  capitaine  anglais  de 
cette  forteresse,  dans  une  entrevue  qu'il  a  avec  Gui  d'Azay  et  le 
vicomte  de  Narbonne' ,  refuse  de  livrer  des  gens  d'armes  qui 
viennent  rallier  la  bannière  du  prince  son  maître  '.  P.  220  à  223, 
374  à  376. 

Une  bataille  se  livre  sous  les  murs  de  Montauban  entre  les 
Fr^'inçais  et  les  gens  des  Compagnies  commandés  par  Robert  Ceni  ' 


1 .  OlÎTier  de  Maunjr,  avant  d'aller  prendre  possesaion  de  son  poste 
de  capitaine  de  Borja  pour  Bertrand  du  Guesclin,  s'était  mis  à  la  pour- 
suite des  Compagnies  anglo-gasconnes,  et  était  accouru  au  secours  de 
Louis,  duc  d*Ânjou,  frère  du  roi  de  France  et  aon  lieutenant  en  Lan- 
guedoc, dont  ces  bandes  avaient  envahi  le  gouveniement.  Le  13  août 
1366,  Olivier,  h  la  tête  de  ses  Bretons  renforcés  des  gens  d*armes  du 
duc  d'Anjou  et  des  arbalétriers  de  la  commune  de  Toulouse,  attaqua 
Tune  de  ces  bandes  retranchée  derrière  les  palissades  de  Montech 
(Tarn-et-Garonne,  arr.  Castelsarrasin,  à  12  kil.  S.  O.  de  Montauban), 
la  mit  en  déroute,  lui  tua  cent  hommes,  fit  quatre-vingt  prisonniers  et 
captura  cinq  cents  chevaux  c  Item  en  aquei  an  meteys  (1366),  a  xni 
d*aost,  loi  gens  d'armas  de  mossenhor  GMivier  de  Mauni  et  de  la  co- 
muna  de  Tnoloza,  aneron  armatz  combattre  una  oompanha  d*Angles 
que  era  en  los  barris  de  Montuoch,  en  Tolzan,  e  los  desconfiron  si 
que  nU  ac  entorn  lxxx  près  e  c  mortz  et  entom  \^  cavalguaduras  pre- 
zas  :  els  autres  (ugiron.  »  Thalamus  parvus,  p.  372. 

2.  Charles  Y  s*ëtant  plaint  au  roi  d'Angleterre,  précisément  à  l'oc- 
casion de  l'affaire  de  Montauban,  de  ce  que  les  Compagnies  s'auto- 
risaient du  prince  d'Aquitaine  pour  faire  guerre  au  rojaume  de 
France,  Edouard  III  adressa  à  son  fils  aîné  une  lettre  assez  sévère  où 
on  lit  ce  qui  suit  :  a  Et  les  dites  gentz  d'armes  et  Compaignies,  requis 
paravant  (le  combat  livré  devant  Montaubau)  par  les  gentz  de  nostre 
dit  frère  (le  roi  de  France)  par  quoi  et  par  qui  et  en  quel  noun  il 
venoient  faire  guerre  en  la  terre  de  nostre  dit  frère,  respoudirent  que 
c'estoit  de  par  vous  et  pur  vous  et  en  vostre  noun ,  et  que  de  ce  il 
avoient  voz  lettres  et  mandement  :  lesquelles  choses  seroient,  se  il  est 
ainsi,  contre  la  paix  et  alliances,  à  grant  deshonour  et  esclaundre  de 
nous  et  de  nostre  estât,  et  aussi  de  vous  et  de  noz  filz,  prelatz  et 
autres  gentz  de  nostre  roialme,  et  nous  desplairoit  très  durement,  ne 
ne  pourriens  en  nulle  manère  ces  choses  par  dissimulacion  passer, 
sans  y  mettre  remède.  »  Rjmer,  III,  808. 

3.  £n  1368,  ce  Robert  Ceni  ou  Cheni  fut  fait  prisonnier  dans  l'ab- 
baye fortifiée  d'Olivet  (auj.  lieu-dit  de  la  commune  de  Saint-Julien- 
sur-Cher,  Loir-et-Cher,  arr.  de  Romorantin,  c.  Menetou-sur-Cher,  sur 
la  rive  gauche  du  Cher),  par  Louis  de  Sancerre,  Gui  le  Baveux  et  le 
gouverneur  de  Blois.  Robert  Cheni  eut  la  tête  tranchée  ainsi  que  tous 
les  routiers  plac^*  sous  ses  ordres.  Bièl.  Nat,,  ms.  fr.  n*  4987,  f^  87  >*. 


SOMMAIRE  DU  PREMIER  LIVRE,  §§  546-559.     xciii 

et  Bertucat  d'Albret*.  Les  Français  sont  bien  trois  contre  un; 
mais  Jean  Trivet  et  les  soudoyers  de  la  garnison  viennent  à  la 
rescousse  des  routiers,  et  les  habitants  de  la  ville  eux*mêmes  font 
pleuvoir  sur  les  Français  une  grêle  de  pierres  *.  En  outre,  le  bour 
de  Breteuil,  Naudon  de  Bageran  amènent  aux  Anglo-gascons 
pendant  Faction  un  renfort  de  quatre  cents  combattants  de  trou- 
pes fraîches  '.  Les  Français  sont  mis  en  pleine  déroute.  Gui 
d'Azay,  les  vicomtes  de  Narbonne  et  d'Uzès,  le  seigneur  de  Mont- 
morillon,  les  sénéchaux  de  Garcassonne,  de  Beaucaire  et  plas  de 
cent  chevaliers  sont  faits  prisonniers.  Cet  engagement  a  lieu 
devant  de  Montauban  la  veille  de  la  mi-août,1366.  P.  223  à  226, 
376  à  379. 
Bertucat  d'Albret,  Robert  Ceni,  Jean  Trivet,  Robert  d'Aube- 


1.  La  lettre  du  roi  d'Angleterre,  dont  nous  Tenons  de  citer  un 
fragment,  mentionne  .en  outre  parmi  les  chefs  de  ces  bandes  Rocanpa- 
dour,  le  bour  Camus,  Garciot  du  Castel  et  un  routier  nommé  Frère 
Darrère,  que  dom  Vaissete  appelle  Fierderrière.  Hist,  du  Languedoc^ 
IV,  332. 

2.  Le  combat  n'eut  pas  lieu  au  pied  des  remparts  de  Montauban, 
comme  le  raconte  Froissart,  mais  à  la  Villedieu  (1  ani-ct-Garonne,  arr. 
Castelsarrasin,  c.  Montech),  à  12  kil.  a  l'ouest  de  Montauban.  «  Et 
Tendemain  (l4  août  1366),  ledit  seneschal  (de  Toulouse)  et  ses  gentz 
cheyauchèrent  après  les  dites  gentz  d'armes  et  compaignes  jtuqes  près 
^unt  pille  appelée  la  Fille  Dieu^  pris  de  Montauban^  en  la  terre  et  obeis^ 
sance  de  nostre  dit  frère^  et  illoec  s'arrestèrent  les  dites  gentz  d'armes  et 
Compaignes  et  se  mistrent  en  arroy  de  combattre....  »  Rvmer,  III, 
808,  coi.  1. 

3.  La  défaite  fut  amenée  par  la  défection  d'une  bande  de  routiers 
à  la  solde  du  duc  d'Anjou  qui,  après  avoir  promis  de  rester  simples 
spectateurs  du  combat,  prirent  parti  pour  les  Anglo-gascons,  aussitôt 
que  l'action  fut  engagée  et  chargèrent  en  queue  les  Français,  c  Deux 
centz  combattantz  anglais,  qui  avoient  au  commencement  esté  avecques 
les  gentz  de  nostre  dit  frère  (le  roi  de  France)  et  s'estoient  retraitz, 
parceq'il  disoient  qu'il  ne  se  combatroient  point  encontre  les  ditz 
gentz  d'armes  et  Compaignes,  parceq'il  estoient  de  leur  alliance  et  se- 
rement,  et  ^'il  venoient  de  vostre  principauté  (c'est  Edouard  III  qui  , 
écrit  au  pnnce  d'Aquitaine),  corurent  par  darrère  sur  les  gentz  de 
nostre  dit  frère,  et  adonc  furent  les  gentz  de  nostre  dit  frère  aesconfiz 
et  pris  et  mors  une  partie.  »  Rjrmer,  III,  808,  col.  2.  —  L'auteur  de  la 
chronique  romane  de  Montpellier  dit,  de  son  côté,  que  Gui  d'Azajr, 
sénéchal  de  Toulouse,  Arnaud  d'Espagne,  sénéchal  de  Carcassonne,  le 
bour  de  Béarn,  les  vicomtes  de  Narbonne  et  de  Caraman  et  beaucoup 
d'autres  vaillants  hommes  «  y  foron  nafratz  et  apreyzonatz  per  la  tra- 
cion  de  II<^  homes  d'armas  angles  loscals  anavon  am  los  Frances  ;  els 
Frances,  cofizan  se  d'els,  los  avian  meses  en  l'arieregarda,  e  quant  venc 
al  combatre,  els  feriron  sus  los  Frances.  0  Thalamus  parvus,  p.  372. 


xciv  CHRONIQUES  DE  J.  FROISSART. 

terre  *,  le  bour  de  Breteail  et  Naudon  de  Bageran  se 'partagent 
le  butin.  Les  prisonniers  s'engagent  à  payer  rançon  à  Bordeaux 
dans  un  délai  convenu  et  sont  mis  en  liberté  à  cette  condition  ; 
mais  le  pape  Urbain  Y  leur  défend  sous  peine  d'excommunication 
de  verser  les  sommes  promises  et  déclare  nuls  tous  engagements 
pris  envers  les  gens  des  Compagnies  ^.  Ceux-ci  adressent  des  ré- 
clamations à  Jean  Chandos,  connétable  d'Aquitaine',  qui  élude 
leurs  plaintes  pour  ne  pas  froisser  le  Saint-Père.  P.  226  à  228, 
379,  380. 

L'effectif  des  Compagnies  anglo-gasconnes  s'élève  à  douze  mille 
soudoyers  :  le  prince  de  Galles  les  prend  à  ses  gages  depuis  la 
lin  d'août  i366  jusqu'à  l'entrée  de  février  1367.  D'un  autre  côté, 
don  Henri  de  Trastamare  retient  à  son  service  les  soudoyers  français 
et  surtout  les  bandes  bretonnes  dont  les  principaux  chefs  sont,  après 
Bertrand  du  Guesclin,  Silvestre  Budes  \  Alain  de  Saint-Pol,  Guil- 
laume du  Bruel  et  Alain  dé  Lakouet*.  —  Sur  ces  entrefaites, 


1 .  Ce  Robert  d^Aubeterre  appartenait  sans  doute  à  la  même  famille 
aae  Gtiardia  Raymond,  sire  d  Anbeteire,  qui  aTait  été  comme  nous 
I  avons  dit  plus  haut ,  le  principal  condottiere  des  Compagnies  anglo- 
gasconnes  emmenées  en  Espagne  par  Bertrand  du  Guesclin,  à  moins 
que  Froissart  n'ait  fait  confusion  et  n'ait  voulu  désigner  le  sire  d' Aube- 
terre  lui-même.  U  est  certain  que  celui-ci  alla  rejoindre  le  prince  de 
Galles  sons  les  ordres  duquel  il  combattit  à  Najera  :  a  Tontes  les  debtes 
d'Aubeterre  furent  confisquéez,  car  le  sire  estoit  jure  messire  Bertran  et 
se  tourna  contre  lui.  Oultre,  il  fit  depuis  ou  royaulme  de  France  avec  les 
Compaignes,  »  jirch.  Nat,^  sect.  jud.,  X*«  1475,  f>  176. 

2.  Urbain  Y,  Tun  des  papes  les  plus  grands  et  les  plus  saints  qui 
aient  régi  la  chrétienté,  combattait  alors  les  Compagnies  sans  trêve  ni 
merci  et  lançait  contre  elles  à  coups  redoublés  les  foudres  apostoliques. 
Par  une  bulle  datée  d'Avignon  le  2  mai  1366  et  adressée  a  Parchevê- 
que  de  Toulouse,  il  venait  d'excommunier  et  de  frapper  des  pins  ter- 
ribles  anatbèmes  les  bandes  de  pillards  cantonnées  en  France  et  spécia- 
lement dans  le  Languedoc  {Areh,  Nat,^  L312,  n<>  9).  S'il  fallait  en  croire 
le  duc  d'Anjou  dans  les  instructions  qu'il  remit  en  1376  à  ses  ambassa- 
deurs auprès  de  don  Henri,  roi  de  Castille,  l'affaire  de  la  Villedieu  aurait 
coûté  plus  de  trois  millions  au  royaume  de  France. 

3.  Silvestre  Budes,  fils  de  Guillaume  Budes  et  de  Jeanne  du  Gues- 
clin, seigneur  d'Uzel  (auj.  Uzel-près-l'Oust,  Côtes-du-Nord,  arr.  Lou- 
déac),  était  le  cousin  de  Bertrand  du  Guesclin  dont,  s'il  faut  en  croire 
d'Argentré,  il  porta  la  bannière  à  la  bataille  de  Najera.  Il  était  frère  de 
Geffroi  Budes  dont  nous  avons  eu  déjà  l'occasion  de  parler. 

k.  Cet  Alain  de  Lakonet  ou  de  Lakouet  était  sans  doute  le  frère  de 
Yon  ou  Yvon  de  Lacouet,  c  chevalier  de  Bretaigne  »,  dont  Olivier  de 
Mauny  se  porta  garant  vis-à-vis  du  roi  de  France  le  26  avril  1368. 
Arch,  Nat.,  J65<1,  nP  72. 


SOMMAIRE  DU  PREMIER  LIVRE,  gg  546-559.      «v 

Jean,  duc  de  Lancastre^,  vient  amener  au  prince  de  Galles  son 
frère  un  renfort  de  quatre  cents  hommes  d'armes  et  de  quatre 
cents  archers.  Le  roi  de  Majorque ,  dépouillé  de  ses  états  par  le 
roi  d'Aragon,  se  rend  aussi,  vers  la  même  époque,  à  la  cour  de 
Bordeaux  où  il  expose  ses  griefs ,  et  on  lui  donne  l'assurance 
qu'au  retour  de  l'expédition  d'Espagne  on  l'aidera  à  recouvrer 
son  royaume  *.  Le  prince  d'Aquitaine  reçoit  continuellement  des 
plaintes  au  sujet  des  désordres  de  tout  genre  commis  par  les  gens 
des  Compagnies  qu^il  a  enrôlés  à  son  service;  mais  il  attend  la 
délivrance  de  la  princesse  sa  fenmie,  qui  est  sur  le  point  d'accou- 
cher, et  on  lui  conseille  de  laisser  passer  la  fête  de  Noël  avant 
de  s'engager  dans  les  défilés  de  Roncevaux  '.  Le  7  décembre,  il 
écrit  au  sire  d'Albret  de  lui  amener  deux  cents  lances,  au  lieu  de 
mille,  comme  il  avait  été  convenu  d'abord.  Le  sire  d'Albret  se 

1.  Par  acte  daté  de  Westminster  le  20  octobre  1366,  Edouard  III 
mande  à  deux  de  ses  sergents  d'armer  dans  les  ports  de  Plvmouth,  de 
Dartmouth,  de  Weymouth  et  de  Fowej,  vingt  naTires  destinés  à  trans- 
porter  en  Aquitaine  Jean,  duc  de  Lancastre,  avec  des  hommes  d*armes 
et  des  archers  (Rvmer,  III,  810).  Le  départ  d'Angleterre  de  Jean  de 
Gand  dut  avoir  lieu  peu  après  le  2  novembre,  jour  où  le  roi  son  père 
lui  accorda  un  sauf-«6nduit  {Ihid.^  812).  Cf.  p.  x.xxvni,  note  3. 

2.  Jayme  II,  roi  de  Majorque,  père  de  Jajme  dont  il  est  question 
dans  ce  passage  de  Froissart,  avait  été  détrône  par  Pierre  IV,  roi 
d'Aragon,  dit  le  Cérémonieux,  qui  avait  réuni  le  rojratmie  de  Majorque 
à  r^agon  par  un  acte  solennel  an  29  mars  I3kk.  Dans  une  campagne 
entreprise  pour  reconquérir  ses  États,  Jayme  II  fut  blessé  grièvement 
et  mourut  des  suites  de  ses  blessures  le  25  octobre  1349.  Pour  subve- 
nir aux  frais  de  cette  dernière  et  malheureuse  tentative,  il  avait  vendu 
au  roi  de  France,  le  18  avril  1349,  pour  120000  écus  d'or,  tout  ee  qui 
lui  resuit  de  son  royaume,  c'est-à-dire  les  seigneuries  de  Montpellier 
et  de  Lattes  (Hérault,  arr.  et  c.  Montpellier).  Sa  veuve  Yolande,  qui 
continuait  de  s'intituler  reine  de  Majorque,  se  remaria  à  Othon,  duc  de 
Brunswick,  et  celui-ci  autorisa  sa  femme,  le  20  novembre  1353,  à  trai- 
ter avec  le  roi  de  France  au  sujet  de  1000  livres  de  rente  viagère  qu'elle 
réclamait  du  dit  roi  pour  son  douaire  (jirch,  iVa/.,  J598,  n9  21).  Jayme, 
fils  de  Jayme  II,  qui  prit  part  à  l'expédition  du  prince  de  Galles  en 
Espagne,  était  le  troisième  mari  de  Jeanne  I  de  Naples,  petite-fille  de 
Robert,  roi  de  Naples,  qu'il  avait  épousée  le  14  décembre  1362.  Jeanne 
avait  succédé  comme  reine  de  Naples  à  Robert  son  a!eul  mort  le  19  jan- 
vier 1343. 

3.  Pour  se  rendre  de  Guyenne  en  Castille,  il  n'y  avait  au  quatorzième 
siècle  qu'une  seule  route  ou  une  armée  pût  s'engager  avec  de  la  cava- 
lerie ;  c'était  celle  qui,  passant  par  Saint-Jean-Pied-de-Port,  longe  la 
fameuse  vallée  de  Roncevaux,  et  qui,  après  avoir  franchi  la  cime  des 
Pyrénées  par  un  col  élevé,  suit  le  cours  de  l'Arga  pour  venir  débou- 
cher sur  Pampelune. 


xcvi  CHRONIQUES  DE^J.  FROISSART. 

fâche  et  répond  qu'il  renonce  à  servir  le  prince,  car  il  ne  saurait 
trier  ces  deux  cents  lances  parmi  les  mille  qu'il  avait  retenues 
pour  faire  partie  de  l'expédition.  Le  prince  d'Aquitaine  est  outré 
de  dépit  d'une  telle  réponse  et  se  montre  bien  résolu  à  ne  pas 
laisser  cette  insolence  impunie;  toutefois,  le  comte  d'Armagnac 
accourt  à  Bordeaux  et  réussit  à  obtenir  la  grâce  du  sire  d'Albret, 
son  neveu  S  grâce  à  l'entremise  de  Jean  Chandos  et  de  Thomas 
de  Felton.  Cet  incident  n'en  doit  pas  moins  être  considéré  comme 
le  point  de  départ  de  la  brouille  entre  le  prince  de  Galles  et  le 
sire  d'Albret>.  P.  228  à  234,  380  à  382. 


1.  Mathe  d* Armagnac,  seconde  femme  de  Bernard  Ezv  et  mère  d'Ar- 
naud Amanieu,  sire  d'Albret,  yicomte  de  Tartes,  fille  de  Bernard  VI, 
comte  d'Armagnac  et  de  sa  première  femme  Isabelle  d*Albret,  ëuit 
Taînëe  des  deux  sœurs  de  Jean  I,  comte  d'Armagnac.  Par.  conséquent, 
Arnaud  Amanieu,  sire  d'Albret,  qui  figure  dans  ce  récit,  était  bien, 
comme  le  dit  Froissart,  le  nereu  du  comte  d^ Armagnac.  Anselme,  Hîst. 
génial.,  ra,  (kl5,  VI,  20d. 

2.  Le  mécontentement  du  sire  d^Albret  avait  une  cause  moins  che- 
valeresque que  celle  qui  est  indiquée  ici  par  le  secrétaire  de  la  reine 
d'Angleterre,  alors  l'un  des  hôtes  et  des  historiographes  de  la  cour  de 
Bordeaux.  Arnaud  Amanieu  avait  été  gratifié  d'une  rente  annuelle  de 
1000  livres  sterling,  équivalant  à  6000  francs  d'or,  sur  la  cassette  d'E- 
douard III,  mais  cette  rente  éteit  si  mal  payée,  qu'à  la  fin  de  1368,  on 
devait  au  titulaire  dix  ans  d'arrérages,  soit  60  000  francs.  Le  k  mai 
1368,  Charles  V  maria  Marguerite  de  Bourbon,  l'une  des  sœurs  ca- 
dettes de  sa  femme,  au  sire  d'Albret  et)  le  19  novembre  suivant ,  il 
s'engagea  à  verser  entre  les  mains  de  son  nouveau  beau-frère  les 
60000  francs  d'arrérages  dus  par  le  roi  d'Angleterre,  et  en  outre  à  lui 
servir  la  rente  annuelle  de  6000  francs  promise,  mais  non  payée,  par 
Edouard  III  :  c'est  en  reconnaissance  de  ces  deux  actes  si  profondé- 
ment politiques  qu'Arnaud  Amanieu  se  décida,  vers  la  fin  de  cette  an- 
née, à  porter  appel  devant  le  Parlement  de  Paris  de  ses  démêlés  avec  le 
prince  d'Aquitaine,  en  d'autres  tenues,  à  fournir  au  roi  de  France, 
qui  éuit  prêt,  un  prétexte  pour  se  faire  atUquer  et  pour  poursuivre, 
sous  les  apparences  d'une  guerre  défensive,  la  revanche  de  Poitiers  et 
de  Brétigny.  Areh,  Nat.^  JJ99,  n»  345. 


CHRONIQUES 

DE  J.  FROISSART. 

LIVRE  PREMIER. 


§  474.  Li  intention  dou  roy  Edowart  d'Englelerre 
estoit  tèle  que  il  enteroit  en  ce  bon  pays  de  Biausse 
et  se  trairoit  tout  bellement  sus  celle  belle,  douce  et 
bonne  rivière  de  Loire,  et  se  venroit  tout  cel  esté 
jusques  apriès  aoust  rafreschir  en  Bretagne.  Et  tan-  5 
tost  sus  les  vendenges,  qui  estoient  moult  belles  ap- 
parans^  il  retourroit  en  France  et  venroit  de  rechief 
mettre  le  siège  devant  Paris,  car  point  ne  voloit  re- 
tourner en  Engleterre,  pour  ce  qu'il  en  avoit  au 
partir  parlé  si  avant,  si  aroit  eu  se  intention  dou  dit  lo 
royaume^  et  lairoit  ses  gens  par  ses  forterèces^  qui 
guerre  faisoient  pour  lui,  en  France,  en  Brie,  en  Cam- 
pagne^ en  Pikardie^  en  Pontieu,  en  Vismeu,  en  Vexin 
et  en  Normendie,  guerriîer  et  heriier  le  royaume  de 
France,  et  si  taner  et  fouler  les  cités  et  les  bonnes  ^5 
villes  que  de  leur  volenté  il  s'acorderoient  à  lui. 

Adonc  estoient  en  Paris  li  dus  de  Normendie  et  si 

VI— 1 


2  CHRONIQUES  DE  J.  FROISSÀRT.  [1360] 

doy  frère^  et  li  dus  d^Orliiens,  leurs  oncles,  et  tous  li 
plus  grans  eonsaulz  de  France,  qui  imaginoient  bien 
le  voiage  dou  roy  d'Engleterre,  et  comment  il  et  ses 
gens  fouloient  et  apovrissoient  le  royaume  de  France, 
5  et  que  ce  ne  se  pooit  longement  tenir  ne  souffrir, 
car  les  rentes  des  signeurs  et  des  ^lises  se  perdoient 
generaument  partout.  Adonc  estoit  canceliers  de 
France  uns  moult  sages  et  vaillans  homs  messires 
Guillaumes  de  Montagut,  evesques  de  Tieruane,  par 

10  qui  conseil  on  ouvroit  en  partie  en  France,  et  bien 
le  valoit,  en  tous  estas,  car  ses  eonsaulz  estoit  bons  et 
loyaus.  Avoecques  lui  estoient  encores  doi  clerc  de 
grant  prudense,  dont  li  uns  estoit  abbes  de  Clugni, 
et  li  autres  mestres  des  Frères  Preeceurs^  et  le  appel- 

15  loit  on  frère  Symon  de  Lengres^  mestres  en  divinité. 
Cil  doi  clerch  darrainnement  nommet,  à  le  priière^ 
[requeste*]  et  ordenance  dou  duc  de  Normendie  et 
de  ses  firères  et  dou  duch  d*Orliiens,  leur  oncle,  et 
de  tout  le  grant  conseil  de  France  entirement^  se  par- 

so  tirent  de  Paris  sus  certains  articles  de  pais^  et  messi- 
res Hughes  de  Genève,  signeur  d'Antun,  en  leur  com- 
pagnie, et  s'en  vinrent  devers  le  roy  d'Engleterre 
qui  cheminoit  en  Biausse  par  devers  Gaillardon.  Si 
parlèrent  cil  doi  prélat  et  li  chevaliers  au  dit  roy 

25  d'Engleterre,  et  commencièrent  à  trettier  pais  entre 
lui  et  ses  alliiés  et  le  royaume  de  France  et  ses  alliiés, 
asquelz  trettiés  li  dus  de  Lancastre  et  li  princes  de 
Galles,  li  contes  de  le  Marce  et  pluiseur  hault  baron 
[d'Engleterre*]  furent  appelle. 


1.  Ms.  A  7,  fo  224  vo.  —  Mss.  B  1,  l  II,  f»  146,  B  3  et  4  (lacune). 

2.  Ms.  B  4,  f>  221.  —  Ms.  B  1,  t.  II  (lacane). 


[1360]  LIVRE  PREUIER,  §  474.  3 

Si  ne  fîi  mies  cilz  trettiés  si  tost  acomj^s,  quoiqu'il 
fdst  entamés,  mes  fu  moult  longement  démenés.  Et 
toutdis  aloit  li  rois  [d'Ëngleterre]  avant,  querant  le  eras 
pays.  Cil  trettieur,  comme  bien  cohsilliet,  ne  voloient 
mies  le  roy  lassier  ne  leur  pourpos  anientir  ;  car  il    5 
veoienl  le  royaume  de  France  en  si  povre  estât  et  si 
grevé  que  en  trop  grant  péril  il  estoit^  se  il  attendoient 
encores  un  esté.  D'autre  part^  li  rois  d'Ëngleterre  de- 
mandoit  [et  requeroit*]  les  offres  si  grandes  et  si  pre- 
judiciales  pour  tout  le  royaume  de  France^  que  à  envis  10 
s'i  acordoient  li  signeur  pour  leur  honneur.  Et  si  oou- 
venoit  par  pure  nécessité  qu'il  fust  ensi  ou  auques  priès^ 
se  il  voloient  venir  à  pais  :  siques  tous  leurs  trettiés. 
et  leurs  parlemens  durèrent  dixsept  jours^  toutdis  en 
poursievant  le  roy  d'Ëngleterre.  Li  dessus  nommet   15 
prélat  et  li  sires  d'Antun^  messires  Hughes  de  Genève, 
qui  moult  bien  estoit  et  volentiers  oys  en  le  court 
dou  roy  d'Ëngleterre^  renvoioient  tous  les  soirs  ou  de 
jour  à  aultre  leurs  trettiés  et  leurs  procès  devers  le 
duch  de  Normendie  et  ses  frères  en  le  cité  de  Paris,   so 
et  sus  quel  fourme  ne  estât  il  estoient^  pour  avoir 
response   quel  cose  en  estoit  bon  à  faire,  et  dou 
sourplus  comment  il  se  maintenroient.  Cil  procet  et 
ces  paroUes  estoient  consilliet  secrètement  et  examiné 
souffissamment  en  le  cambre  dou  duch  de  Normendie,   S5 
et  puis  estoit  rescrit  justement  et  parfaitement  li  in- 
tention dou  duch  de  Normendie  et  li  advis  de  son 
conseil  as  dis  trettieurs  :  par  quoi  riens  ne  se  passoit^ 
de  l'un  costé  ne  d'autre,  qu'il  ne  fust  bien  specefiiet 
et  justement  cancelé.  30 

1.  Ms.  B  4.  —  Ms.  B  1  (Imiine). 


4  CHRONIQUES  DE  J.  FROISSART.  [i360] 

Là  estoient^  en  le  cambre  dou  roy  d'Engleterre 
sus  son  logeis^  ensi  comme  il  cheoit  à  point  et  qu'il 
se  logoit  sus  son  chemin^  tant  devant  le  cité  de 
Chartres  comme  ailleurs^  des  dessus  dis  trettieurs 
5  françois  grans  oflfres  mises  avant ,  pour  venir  à  con- 
clusion et  à  fin  de  guerre  et  à  ordenance  de  pais , 
asquelz  coses  li  rois  d'Engleterre  fu  trop  durs  à  en- 
tamer; car  li  intentions  de  lui  estoit  tèle  que  il  vo- 
loit  demorer  rois  de  France,  comment  que  il  ne  le 

10  fust  mies,  et  morir  rois  de  France,  et  voloit  ostoiier 
en  Bretagne,  en  Blois,  en  Tourainne  cel  esté,  si  com 
ci  dessus  est  dit.  Et,  se  li  dus  de  Lancastre  ses  cou- 
sins, que  moult  amoit  et  creoit,  li  euist  otant  descon- 
silliet  le  pais  à  faire  que  il  li  consilloit,  il  ne  s'i  fust 

15  point  acordés;  mais  il  li  remoustroit  moult  sagement 
et  disoit  :  «  Monsigneur,  ceste  guerre  que  vous  tenés 
au  royaume  de  France,  est  moult  mervilleuse  et  trop 
fretable  pour  vous.  Vos  gens  y  gaagnent,  et  vous  y 
perdes  et  alewés  le  temps.  Tout  consideret,  se  vous 

20  guerriiés  selonch  vostre  oppinion,  vous  y  userés  vos- 
tre  vie,  et  c'est  fort  que  vous  en  venés  ja  à  vostre 
entente.  Si  vous  conseille  que,  entrues  que  vous  en 
poés  issir  à  vostre  honneur,  vous  en  issiés  et  prendés 
les  offires  que  on  vous  présente;  car,  monsigneur, 

25  nous  poons  plus  perdre  sus  un  jour  que  nous  n'a- 
vons conquis  dedens  vingt  ans.  » 

Ces  paroUes  et  pluiseurs  aultres  belles  et  soubtieves, 
que  li  dus  de  Lancastre  remoustroit  fiablement  en 
istance  de  bien  au  roy  d'Engleterre,  convertirent  si  le 

30  dit  roy,  parmi  le  grasce  dou  Saint  Esperit  qui  y  ouvra 
ossi  ;  car  il  avint  à  lui  et  à  toutes  ses  gens  ossi ,  lui 
estant  devant  Chartres,  un  grant  miracle  qui  moult  le 


[1360]  LIVRE  PREMIER,  $  475.  5 

humilia  et  brisa  son  corage,  car  entrues  que  cil  tret- 
tieur  [franchois*]  aloient  et  preeçoient  le  dit  roy  et 
son  conseil  et  encores  nulle  response  agréable  n'en 
avoient^  uns  orages,  uns  tempes  et  uns  effbudres  si 
grans  et  si  horribles  deseendi  dou  ciel  en  l'ost  le  roy  5 
d'Engleterre^  que  il  sambla  bien  proprement  à  tous 
ceulz  qui  là.estoient^  que  li  siècles  deuist  finer,  car  il 
cheoient  de  Tair  pières  si  grosses  que  elles  tuoient 
hommes  et  chevaus,  et  en  furent  li  plus  hardi  tout 
eshidé.  Et  adonc  regarda  li  rois  d'Engleterre  devers  10 
Teglise  Nostre  Dame  de  Chartres,  et  se  voa  et  rendi 
dévotement  à  Nostre  Dame^  et  prommist^  si  com  il 
dist  et  confessa  depuis,  que  il  s'accorderoit  à  le  pais. 
A  ce  donc  estoit  il  logiés  en  un  village  assés  priés  de 
Chartres  qui  s'appelle  Bretegni^  et  là  fu  li  certainne  15 
ordenance  et  compositions  faite  et  jettée  de  le  pais, 
sus  certains  poins  et  articles  qui  ci  ensievant  sont 
ordonné.  Et  pour  ces  coses  plus  entérinement  faire 
et  poursievir,  li  trettieur  d'une  part,  et  d'aulre  grant 
clerch  en  droit  dou  conseil  le  roy  d'Engleterre,  or-  20 
donnèrent  sus  le  fourme  de  la  pais,  par  grant  délibé- 
ration et  par  bon  avis,  une  lettre  qui  s'appelle  la 
chartre  de  la  pais,  dont  la  teneur  s'ensieut  ensi. 

§  475.  a  Edowart,  par  le  grasce  de  Dieu  roy  d'Engle- 
terre,  signeur  d'Irlande  et  d'Aquitainne,  à  tous  ceulz  25 
qui  ces  présentes  lettres  veront,  salut.  [Savoir  faisons 
que,]  comme  pour  les  dissentions,  debas,  descors  et 
estris,  meus  et  espérés^  à  mouvoir  entre  nous  et  nostre 
très  chier  frère  le  roy  de  France,  certains  tretteurs 

1.  M».  B  4.  —  Ms.  B  1,  t.  II,  fo  146  vo  (lacune). 


6  CHAONIQUES  DE  J.  FRCMSSART.  [i360] 

et  procureurs  de  nous  et  de  nostre  très  obier  fil 

ainsnet  Edouwart^  prince  de  Galles^  aians  à  ce  souffis- 

,saat  pooir  et  auctorité  pour  nous  et  pour  lui  et  nostre 

royaume,  d'une  part,  et  certains  aultres  trettieurs  et 

6  procureurs  de  nostre  dit  frère  et  de  nostre  très  chier 
neveu  Charle,  duch  de  Normendie^  [dalphin  de 
Vienne],  fil  ainsné  de  nostre  dit  frère  de  France,  aiant 
pooir  et  auctorité  de  son  dit  père  en  ceste  partie, 
pour  son  dit  père  et  pour  lui,  soient  assamblé  à  Bre- 

10  tegni  priés  de  Chartres,  ouquel  Heu  est  trettié,  parlé 
et  acordé  finable  pais  et  concorde  des  trettieurs  et 
procureurs  de  l'une  et  l'autre  partie  sus  les  dissen*^ 
tions,  debas,  guerres  et  descors  devant  dis,  lesquelz 
trettiés  et  paix  les  procureurs  de  nous  et  de  nostre 

15  dit  fil,  pour  nous  et  pour  lui,  et  les  procureurs  de 
nostre  dit  frère  et  de  nostre  dit  neveu,  pour  son  père 
et  pour  lui,  jurront  sus  saintes  Ewangiles,  tenir, 
garder  et  acomplir  ce  dit  trettié ,  [et  ossi  le  jurerons 
et  nostre  dit  filz  ossi,  ainsi  comme  dessus  est  dit 

20  et  que  il  s'en  sievra  ou  dit  trettié  ^]  :  parmi  lequel 
acort,  entre  les  aultres  coses,  nostre  frère  de  France 
et  son  filz  devant  dis  sont  tenu  et  ont  prommis  bail- 
lier  et  délivrer  et  delaissier  à  nous,  nos  hoirs  et  suc- 
cesseurs à  tous  jours,  les  cités,  contés,  villes,  chastiaus, 

25  forterèces,  terres,  isles,  rentes  et  revenues  et  aultres 
coses  qui  s'ensievent,  avoech  ce  que  nous  tenons  en 
Ghiane  et  en  Gascongne,  à  tenir  et  possesser  perpe- 
tuelment,  à  nous  et  à  nos  hoirs  et  à  nos  succes- 
seurs, ce  qui  est  en  demainne,  en  demainne,  et  ce 

30  qui  est  en  fief,'  en  fief,  et  par  le  temps  et  manière  chî 

1.  Ms.  B  4,  f>  221  yo.  —  Ms.  B  1,  t.  II,  F>  447  (lacune). 


[1360]  LIVRE  PREMIER,  $  475.  7 

apriès  esclarcis  :  c'est  à  savoir,  la  cité^  le  chastiel  et 
la  conté  de  Poitiers  et  toute  la  terre  et  le  pays  de 
Poito^  ensamble  le  fief  de  Thouwart  et  la  terre  de 
BelleviUe^  le  cité  et  le  chastiel  de  Saintes  et  toute  la 
terre  et  le  pays  de  Saintonge  par  deçà  et  par  delà  la  5 
Charente,  avoech  la  ville  ^  chastiel  et  forterèce  de  le 
Rooelle  et  leurs  appertenances  [et  appendances]  ;  la 
dté  et  le  chastiel  d'Agens  et  la  terre  et  le  pays  d'Agi- 
nois;  la  cité,  la  ville  et  le  chastiel  et  toute  la  terre  de 
Pieregorch,  la  terre  et  le  pays  de  Piereguis;  la  cité  et  10 
le  chastiel  de  Limoges,  la  terre  et  le  pays  de  Limo- 
zin;  la  cité  et  le  chastiel  de  Chaours  et  la  terre  et  le 
pays  de  Caoursin;  la  cité,  le  chastiel  et  le  pays  de 
Tarbe,  et  la  terre,  le  pays  et  la  conté  de  Bigorre;  la 
conté,  la  terre  et  le  pays  de  Gauvre;  la  cité  et  le  chas-  15 
tiel  d'Angouloime,  et  la  conté,  la  terre  et  le  pays 
d'Angoulesmois;  le  chastiel,  le  ville  et  la  cité  de  Ro- 
dais, et  la  conté,  la  terre  et  le  pays  de  Roerge.  Et  se 
il  y  a,  en  la  ducé  d'Aquitainne,  aucuns  signeurs, 
comme  le  conte  de  Fois,  le  conte  d'Ërmignach,  le  20 
conte  de  LaiUe,  les  visconte  de  Quarmaing,  le  conte 
de  Pieregorch,  le  visconte  de  Limoges  ou  aultres  qui 
tiennent  aucunes  terrés  ou  lieus  dedens  les  mètes  des 
dis  lieus,  il  en  feront  hommage  à  nous  et  tous  aultres 
services  et  devoirs  deus  à  cause  de  leurs  terres  et  25 
lieus,  en  le  manière  qu'il  les  ont  fais  dou  temps 
passé,  tout  soit  ce  que  nous  ou  aucuns  des  rois  d*£n- 
gleterre  anciennement  n'i  aions  rien  eu  ;  en  apriès,  la 
visconte  de  Moustruel  sus  mer,  en  le  manière  que 
dou  temps  passé  aucun  roy  d'Engleterre  l'ont  tenu,  30 
et,  se  en  la  ditte  terre  de  Moustruel  ont  esté  aucun 
débat  dou  partage  de  la  terre,  nostre  frère  de  France 


8  CHRONIQUES  DE  J.  FROISSART.  [1360] 

nous  a  prommis  que  il  le  nous  fera  esclarcir  au  plu$ 
hasteement  comme  il  pora,  lui  revenu  en  France;  la 
conté  de  Pontieu  tout  entièrement,  sauf  et  excepté 
que^  se  aucunes  coses  y  ont  esté  aliénées  par  les 
5  rois  d'Engleterre  qui  ont  régné  pour  le  temps  et  ont 
ancienement  tenu  la  ditte  conté  et  appertenances^  [en*] 
aultres  personnes  que  as  rois  de  France^  nostre  dit 
frère  ne  si  successeur  ne  seront  pas  tenus  de  le  ren- 
dre à  nous.  Et^  se  les  dittes  allienations  ont  esté  faites 

10  des  rois  de  France  qui  ont  esté  pour  le  temps^  sans 
aucun  moiien,  et  nostre  dit^frère  le  tiegne  en  présent 
en  sa  main,  il  les  laissera  à  nous  entièrement^  excepté 
que^  se  les  rois  de  France  les  ont  eus  par  escange  à 
aultres  terres,  nous  deliverons  ce  qu'il  en  a  eu  par 

15  escange^  ou  nous  laisserons  à  nostre  dit  frère  les 
coses  ensi  aliénées.  Mes,  se  li  roy  d'Engleterre  qui 
ont  esté  pour  le  temps  de  lors^  en  avoient  aliéné  ou 
transporté  aucune  cose  en  autres  personnes  que  es 
rois  de  France,  et  ossi  depuis  il  soient  venus  es 

20  mains  de  nostre  dit  frère,  espoir  par  partage^  nostre 
dit  frère  ne  sera  pas  tenus  de  les  nous  rendre.  Et 
ossi^  se  les  coses  dessus  dittes  doient  hommage,  nos- 
tre dit  frère  les  baillera  à  aultres  qui  en  feront  hom^ 
mage  à  nous  et  à  nos  successeurs;  et,  se  les  dittes 

25  coses  ne  doient  hommage^  il  nous  baillera  un  teneur 
qui  nous  en  fera  le  devoir,  dedens  un  an  proçain 
apriès  ce  que  il  sera  partis  de  Calais.  Item,  le  chas- 
tiel  et  le  ville  et  la  signourie  de  Calais,  le  chastiel^  le 
ville  et  la  signom*ie  de  Merk^  les  villes,  chastiaus  et  si- 

30  gnouries  de  Sangates^  Coulongne,  Hames^  Walle  et 

1.  Ms.  B  3,  ^  236.  —  Ms.  B  1,  t.  II,  f»  Ikl  vo  (lacune). 


[4360]  LIVB£  PREMIER,  §  475.  9 

Oye,  avoech  tières,  bois  marès^  rivières,  rentes,  si- 
gnouries,  advoesons  d'églises,  et  toutes  aultres  aper- 
tenances  et  lieus  entregisans  dedens  les  mètes  et 
bondes  qui  s'ensievent,  c'est  à  savoir  de  Calais 
jusques  au  fil  de  le  rivière  par  devant  Gravelines,  5 
et  ossi  par  le  fil  meismes  de  la  rivière  [tout  entour 
Lengle,  et  aussi  par  la  rivière  qui  va  par  delà  Poil, 
et  aussi  par  mesme  la  rivière  *]  qui  chiet  ou  grant 
lay  de  Ghines,  jusques  à  Fretin,  et  d'illuech  par  le 
vallée  entour  le  montagne  de  Calkuli  y  encloant  10 
meisme  la  montagne,  et  ossi  jusques  à  la  mer,  avoech 
Sangate  et  toutes  ses  a pper tenances;  le  chastiel  et  le 
ville  et  tout  entirement  la  conté  de  Ghines  avoech 
toutes  les  terres,  villes,  chastiaus,  forterèces,  lieus, 
hommes,  hommages,  signouries,  bois,  foriès,  droitu-  15 
res  d'icelles,  ossi  entièrement  comme  li  contes  de 
Ghines  darrainnement  mort  les  tenoit  au  temps  de 
sa  mort.  Et  obéiront  les  églises  et  les  bonnes  gens 
estans  dedens  les  limitations  de  la  ditte  conté  de 
Ghines,  de  Calais  et  de  Merk  et  des  aultres  lieus  des^  20 
sus  dis,  à  nous,  ensi  comme  il  obeissoient  à  nostre 
dit  frère  et  au  conte  de  Ghines  qui  fii  pour  le  temps  : 
toutes  lesquelz  coses,  comprises  en  ce  présent  article 
et  l'article  proçain  précèdent  de  Merk  et  de  Calais, 
nous  tendrons  en  demainne,  excepté  les  hiretages  25 
des  églises,  [qui  demourront  as  dites  églises  1  entière- 
ment, quel  part  qu'il  soient  assis,  et  ossi  excepté  les 
hyretages  des  aultres  gens  des  pays  de  Merk  et  de 
Calais  assis  hors  de  le  ville  et  fremeté  de  Calais  jus- 


1.  jirch.  I>îat,,  J  638,  n"  1.  —  Ms.  B  1,  t.  U,  fo  148  (lacune). 

2.  Ms.  B  4,  f>  222  vo.  —  Ms.  B 1  (lacune). 


iO  CHRONIQUES  DE  J.  FR0I8SART.  [1360] 

ques  à  le  value  de  cent  livrées  de  terre  par  an^  de  la 
monnoie  courant  ou  pays^  et  en  desous,  [lesquels 
hiretages  leur  demourront  jusques  à  le  value  dessus 
dite  et  en  desous'];  mes  [les]  habitations  et  hyreta- 

5  ges  assis  en  la  ditte  ville  de  (Valais  avoech  leur  aper- 
tenanoes  demorront  [en  demaine  à  nous  pour  en 
ordenner  à  nostre  volunté.  £t  ossi  demorront*]  as 
habitans  en  la  terre  ^  ville  et  conté  de  Ghines^  tous 
leurs  demainnes  entièrement  et  y  [revenront*]  plainne- 

10  ment^  sauf  ce  qui  est  dit  par  avant  des  confortacions^ 
mètes  et  bondes  dessus  dittes  en  l'article  de  Calais^ 
et  tous  les  isles  adjacens  as  terres,  pays  et  Ueus  avant 
nommés^  ensamble  avoech  tous  les  aultres  isles^  les^ 
quelz  nous  tenions  on  temps  dou  dit  trettié.  Et  euist 

15  esté  pourparlé  que  nostre  dit  frère  et  son  ainsnet  fil 
renonçassent  as  [dis]  ressors  et  souverainnetés  et  à 
tout  le  droit  qu'il  poroient  avoir  as  coses  dessus 
dittes^  et  que  nous  les  tenissions  comme  voisins^  sans 
nul  ressort  et  souverainneté  de  nostre  dit  frère  ou 

20  ix)yaume  de  France,  et  que  tout  le  droit  que  nostre  dit 
frère  avoit  es  coses  dessus  dittes^  il  nous  cedast  et 
transportast  perpetuelement  et  à  tous  jours.  Et  ossi 
euLst  esté  pourparlé  que  samblablement  nous  et 
oestres  dit  filz  renoncissions  expresseement  à  toutes 

S5  les  coses  qui  ne  doient  estre  baillies  ou  délivrées  à 
nous  par  le  dit  trettié,  et  par  especial  au  nom  et  au 
droit  de  la  couronne  et  dou  royaume  de  France,  et 
hommage,  souverainneté  et  demainne  de  la  ducée  de 

1.  Ms.  B  ^,  f»  222  y^.  —  M».  B  1,  t.  II,  f»  148  vo  (lacune). 

2.  jirch.  Nat.,  J  638,  n©  1.  —  M».  B  1,  t.  II,  f«  1^8  r>  (lacune). 

3.  Ms.  B  4,  f«  222  vo.  —  Ma.  B  1  :  «  pcnderont.  »  —  Ms.  B  3,  f»  236: 
«  appartiendront.  » 


[1360]  LIVRE  PRElilER,  §  475.  ii 

Normendie,  de  la  conté  de  Touraiane,  des  contés  d'An- 
gou  et  du  Mainne,  de  la  souveraînneté  et  hommage  de 
la  conté  et  dou  pays  de  Flandres^  de  la  souverainneté 
et  hommage  de  la  ducée  de  Bretagne,  excepté  que  le 
droit  dou  conte  de  Montfort,  tel  qu'il  le  poet  et  doit  5 
avoir  en  la  ducé  [et  pais']  de  Bretagne,  nous  reservons 
et  metons  par  mos  exprès  hors  de  nostre  trettié^  sauf 
tant  que  nous  et  nostre  dit  frère  de  France  venu  à 
Calais  en  ordenerons  si  à  point,  par  le  bon  avis  et 
conseil  de  nos  gens  à  ce  députés,  que  nous  metteroi»  lo 
à  pais  et  à  acord  le  dit  conte  de  Montfbrt  et  nostre 
cousin  messire  Charle  de  Blois^  qui  demande  et  ca- 
lenge  droit  à  l'iretage  de  Bretagne.  Et  renonçcms  à 
toutes  aultres  demandes  que  nous  Élisions  ou  faire 
porions,  pour  quelque  cause  que  ce  soit^  exceptet  les  15 
coses  des^is  dittes  qui  doient  demorer  et  estre  bail- 
lies  à  nous  et  à  nos  hoirs,  et  que  nous  leur  trans|K>r- 
tissions^  cessisions  et  delaississions  tout  le  droit  que 
nous  porions  avoir  à  toutesles  coses  qui  à  nous  ne 
doieiît  estre  baillies  :  sus  lesquelz  coses,  apriès  plui-  20 
seurs  altercations  eues  sur  ce,  et  par  especial  pour  ce 
que  les  dittes  renunciations  [ne  se  font  pas  de  pre^ 
sent^  avons  finablement  accordé  avec  nostre  dit 
frère  par  la  manière  qui  s'ensuit^  c'est  assavoir  que 
nous  et  nostre  dit  ainsné  filz  renoncerons  et  ferons  35 
et  avons  promis  à  faire  lesrenunciftl»ns*j^  transpors^ 
cessions  et  delaissemens  dessus  dis^  quant  et  si  tost 
que  nostre  dit  frère  ara  bailliet  à  nous  ou  à  nos 
gens  especialment  de  par  nous  députés,  la  cité  et  le 

1.  ais.  B  4,  r>  222  T«.  —  Ms.  B  I,  t.  II,  f«  US  v»  (lacune). 

2.  Arch.  Nai.,  J  ^38,  n»  3.  —  Ms.  B  1,  t.  II,  P>  149  (Uuîime). 


12  CHRONIQUES  DE  J.  FROISSART.  [1360] 

chastiel  de  Poitiers  et  toute  la  terre  et  le  pays  de 
Poito,  ensamble  le  fief  de  Touwart  et  la  terre  de  Bel- 
leville,  le  cité  et  le  chastiel  d'Agen,  et  toute  la  terre 
et  le  pays  d'Aginois^  la  cité  et  le  chastiel  de  Piere- 
5  gorch  et  toute  la  terre  et  le  pays  de  Piereguis,  la 
eliité  et  le  chastiel  de  Caours  et  toute  la  terre  et  le 
pays  de  Quersin^  la  chité  et  le  chastiel  de  Rodais  et 
toute  la  terre  et  le  pays  de  Roerge,  la  cité  et  le  chas- 
tiel de  Saintes  et  toute  la  terre  et  le  pays  de  Sain- 

10  tonge,  le  chastiel  et  le  ville  de  le  Rocelle  et  toute  la 
terre  et  le  pays  de  Rocellois,  le  cité  et  le  chastiel  de 
Limoges  et  toute  la  terre  et  le  pays  de  Lymozin,  le 
cité  et  le  chastiel  d'Angouloisme^  la  terre  et  le  pays 
d'Angoulesmois^  la  terre  et  le  pays  de  Bigorre,  la 

15  terre  de  Gauvre,  la  conté  de  Pontieu  et  la  conté  de 
Ghines  :  lesquelz  coses  nostre  dit  frère  nous  a  prom- 
mis  à  baillier,  en  le  fourme  que  ci  dessus  est  con- 
tenu, ou  à  nos  especiaus  députés,  dedens  un  an  en- 
sievant^  lui  parti  de  Calais  pour  retourner  en  France. 

20  Et  tantos  ce  fait^  devant  certainnes  personnes  que 
nostre  dit  frère  députera,  nous  et  nostre  dit  ainsnet 
fil  ferons  en  nostre  royaume  en  Engleterre  ycelles 
renunciations,  transpors^  cessions  et  delaissemens^ 
par  foy  et  par  sierement  solenelment^  et  d'icelles  fe- 

S5  rons  bonnes  lettres  ouvertes  seelées  de  nostre  grant 
seel,  par  [la]  manière  et  fourme  comprises  en  nos 
aultres  lettres  sur  ce  faites,  et  que  compris  est  ou  dit 
trettiet,  lesquèles  nous  envoierons  à  la  feste  de  l'As- 
sumption  Nostre  Dame  proçainnement  ensiewant,  en 

30  l'église  des  Augustins  en  le  ville  de  Bruges,  et  les  fe- 
rons baillier  à  ceulz  que  nostre  dit  fi'ère  y  envoiera 
lors  pour  les  recevoir.  £t^  se  dedens  le  terme  qui  mis 


[1360]  LIVRE  PREMIER,  $  ^^^'  ^3 

y  est,  nostre  dit  frère  ne  pooit  baillier  ne  délivrer  ai- 
siement  à  nous  ou  à  nos  députés  les  cités,  villes, 
chastiaus,  lieus,  forterèees  et  pays  ci  dessus  nommés, 
comment  que  il  en  doie  faire  son  plain  pooir  sans 
nulle  dissimulation,  il  les  nous  doit  délivrer  et  bail-  5 
lier  ou  faire  délivrer  et  baillier  dedens  le  terme  de 
quatre  mois  ensievant  l'an  acomplit.  Avoech  toutes 
ces  coses  et  aultres  qui  s'ensievront  chi  apriès,  est 
dit  et  acordé  par  le  teneur  dou  trettié  que  nous, 
renvoiié  et  ramené  nostre  frère  de  France  en  le  ville  lo 
de  Calais,  six  sepmainnes  apriès  ce  que  il  y  sera  venus, 
nous  devons  recevoir,  ou  nos  gens  à  ce  especialment 
de  par  nous  députés,  six  cens  mille  frans,  et  par  quatre 
ans  ensievant  cescun  an  six  cens  mille  frans,  et  de 
ce  délivrer  et  mettre  en  ostage  et  envoiier  demorer  en  15 
nostre  cité  de  I^ondres  en  Engleterre  des  plus  nobles 
dou  royaume  de  France,  qui  point  ne  furent  prison- 
nier à  le  bataille  de  Poitiers,  et  de  dix  neuf  cités  et 
villes  des  plus  notables  dou  royaume  de  France,  de 
çascune  deux  ou  quatre  hommes,  ensi  comme  il  20 
plaira  à  nostre  conseil.  Et  tout  ce  acompli,  les  hosta- 
ges  venus  à  Calais  et  le  premier  paiement  paiiet,  ensi 
que  dit  est,  nous  devons  nostre  frère  de  France  et 
Phelippe  son  jone  fil  délivrer  quittement  en  le  ville 
de  Boulongne  sus  mer,  et  tous  ceulz  qui  avoech  yaus  25 
furent  prisonnier  à  le  bataille  de  Poitiers,  qui  ne  se- 
roient  rançonné  à  nous  ou  à  nos  gens,  sans  paiier 
nulles  raençons.  Et  pour  ce  que  nous  savons  de  vé- 
rité que  nostres  cousins  messires  Jakemes  de  Bour- 
bon, qui  pris  fti  à  le  bataille  de  Poitiers,  a  tousjours  30 
mis  et  rendu  grant  painne  à  ce  que  pais  et  acord 
fuissent  entre  nous  et  nostre  dit  frère  de  France,  en 


14  CHRONIQUES  DE  J.  FROISSART.  [1360] 

quelconque  estât  qu'il  soit,  rançonnés  ou  à  rançon- 
ner, nous  le  deliverons  sans  eoust  et  sans  fret  avoec- 
ques  nostre  dit  frère  en  le  ville  de  Boulongne,  mes 
que  eilz  trettiés  soit  tenus  ensi  que  nous  espérons 
5  qu'il  le  sera.  Et  ossi  nous  a  prommis  nostre  dit  frère 
que  il  et  son  ainsnet  fil  renonceront  et  feront  sambla- 
blement  lors  et  par  le  manière  dessus  ditte  les  renon- 
ciations, transpors,  cessions  et  delaissemens,  acordés 
par  le  'dit  trettié  à  faire  de  leur  partie,  si  comme 

10  est  dit  dessus.  Et  envolera  nostre  frère  ses  lettres 
patentes  seelées  de  son  grant  seel  as  dis  lieus  et  ter- 
mes, pour  les  baillter  et  délivrer  as  gens  qui  de  par 
nous  y  seront  député,  samblablement,  comme  dit  est. 
Et  ossi  nous  a  prommis  et  acordé  nostre  dit  frère 

15  que  li  et  si  hoir  surserront,  jusques  as  termes  des 
dittes  renunciations  dessus  esclarcis,  de  user  de  sou^ 
verainnetés  etressors  en  toutes  les  cités,  contés,  villes, 
chastiaus,  forterèces,  pays,  terres,  isles  et ,  lieus  que 
nous  tenions  ou  temps  dou  dit  trettié,  lesquelz  nous 

20  doient  demorer  par  le  dit  trettié,  et  as  aultres  qui  à 
cause  des  dittes  renunciations  et  dou  dit  trettié  nous 
seront  baillies  et  doient  demorer  à  perpétuité  à  nous 
et  à  nos  hoirs,  sans  ce  que  nostre  dit  frère  ou  ses 
hoirs  ou  aultres,  à  cause  de  le  couronne  de  France, 

25  jusques  as  termes  dessus  esclarcis  et  yceulz  [durans*], 
puissent  user  d'aucuns  services  de  souverainneté  ne 
demander  subjection  sur  nous,  nos  hoirs,  nos  subjès 
d'icelles,  presens  et  à  venir,  ne  querelles  ou  appiaus 
en  leur  court  recevoir,  ne  rescrire  à  ycelles,  ne  de 

30  juridition  aucune  user  à  cause  des  cités,  contés,  chas- 

I.  Ms.  A  8,  f<»  220  vo.  —  M«».  H  I,  t.  II,  f»  150  :  «  durer,  i 


[1360]  LIYIUE  PREMIER,  $  475.  15 

tiausy  villes^  terres ,  islez  et  lieus  proçainnement 
nommez.  Et  nous  a  ossi  aeordé  tiostre  dit  frère  que 
nous,  nos  hoirs  ne  aucuns  de  nos  subgès^  à  cause 
des  dittes  cités,  contés^  chastiaus,  villes,  pays^  terres, 
isles  et  lieus  proçains  avant  dis^  comme  dit  est^  soions  5 
tenus  ne  obUgiés  del  recognoistre  nostre  souverain^ 
ne  de  faire  aucune  subjection^  service  ne  devoir  à  lui 
ne  à  ses  hoirs  ne  à  le  couronne  de  France  jusques  as 
termes  des  renunciations  devant  dittes.  Et  ossi  acor- 
dons  et  prommetons  à  nostre  dit  frère  que  nous  et  lo 
nos  hoirs  {surserrons*]  de  nous  appeller  et  porter  title 
et  nommer  roy  de  France^  par  lettres  ou  aultrement^ 
jusques  as  termes  dessus  nommés  et  yceulz  [durans*]. 
Et  combien  que  es  articles  dou  dit  acord  et  trettié  de 
le  pais^  ces  présentes  lettres  ou  aultres  dependans  des  15 
dis  articles  ou  de  ces  présentes  ou  aultres  quelcon- 
ques que  elles  soient^  soient  ou  fuissent  aucunes  [pa- 
reilles *] ,  ou  fait  aucun  que  nous  ou  nostre  dit  frère 
deissions  ou  feissions^  [4^^]  sente^isseut  translation 
ou  renunciations  taisibles  ou  expresses  des  ressors  et  20 
souverainnetés,  est  li  intentions  de  nous  et  de  nostre 
dit  frère  que  les  avant  dis  souverainnetés  et  ressors 
que  nostre  dit  frère  se  dit  avoir  ens  es  dittes  terres 
qui  nous  seront  baillies,  comme  dit  est,  demorront 
en  Testât  ouquel  elles  sont  à  présent;  mais  toutesfois  25 
il  surserra  de  en  user  et  demander  subjection^  par 
le  manière  dessus  ditte,  jusques  as  termes  dessus 
esclarcis.  Et  ossi  volons  et  acordons  à  nostre  dit  frère 

1-  Ms.  B  k,  f<»  237.  —  Ms.  B  l  :  «  «irsurrons.  » 

2.  Ms.  A  8,  f»  220  vo.  —  Ms.  B  1  :  «  durer.  9 

3.  Ms.  A  8,  F»  220  vo.  —  Ms.  B  1  :  «  parolics.  »> 
k.  Ms.  B  4,  f»  223  vo.  _  Ms.  B  1  :  c  qu'il.  > 


i6  CHRONIQUES  DE  J.  FROISSàRT.  [i360] 

que^  apriès  ce  que  il  ara  baillies  les  dittes  cités^  con- 
tés^ chastiaus^  villes,  forterèeesy  terres,  P^ys»  '  isles  et 
lieus  dessus  nommés^  ensi  que  baillier  les  nous  doit 
ou  à  nos  députés,  parmi  sa  délivrance  et  renuncia- 

5  tions,  transpors  et  cessions  qui  sont  à  faire  de  se 
partie  par  lui  et  par  son  ainsné  fil^  faites  et  envoiiés 
as  dis  lieus  et  jour  à  Bruges  les  dittes  lettres,  et  bail- 
lies  as  députés  de  par  nous,  que  la  renunciation, 
cession,  transport  et  délaissement  à  faire  de  nostre 

10  partie  soient  tenues  pour  faites.  £t  par  habundant 
nous  renunçons  dès  lors  par  exprès  au  nom,  au  droit 
et  au  calenge  de  le  couronne  et  dou  royaume  de  France 
et  à  toutes  les  coses  où  nous  devons  renuncier  par 
force  dou  dit  trettié,  si  avant  comme  pourfiter  pora 

15  à  nostre  dit  frère  et  à  ses  hoirs.  Et  volons  et  acor- 
dons  que  par  ces  présentes  le  dit  trettiet  de  pais  et 
acord  fait  entre  nous  et  nostre  dit  frère,  [ses*]  subgès, 
alliiés  et  adkerens  d'une  part  et  d'autre,  ne  soit, 
quant  as  aultres  coses  contenues  en  ycelli,  empiré  et 

20  afoibli  en  aucune  manière;  mais  volons  et  nous  plaist 
que  il  soient  et  demeurent  en  leur  plainne  force  et 
virtu.  Toutes  lesquèles  coses  en  ces  présentes  lettres 
escriptes,  nous,  rois  d'Engleterre  [dessus  dit'],  volons, 
octroions  et  prommetons  loyaument  et  en  bonne  foy, 

25  et  par  nostre  sierement  fait  sus  le  corps  de  Dieu  et 
sur  saintes  Ewangiles,  tenir,  garder,  entériner  et 
acomplir  sans  fraude  et  sans  mal  engin  de  nostre 
partie.  Et  à  ce  et  pour  ce  faire,  obligons  à  nostre  dit 
frère  de  France  nous  et  nos  hoirs,  presens  et  à  venir, 


1.  M«.  A  8,  ^  no  To.  —  Mss.  B  :  «  les.  »• 

2.  Ms.  B  4,  f»  223  y^.  —  M».  B  1,  t.  U,  fo  150  r»  (lacune). 


[i360]  LIVRE  PREMIER,  §  476.  17 

en  quelque  lieu  qu'il  soient.  Et  renonçons  par  nos 
dis  fois  et  sieremens^  à  toutes  exceptions  de  fraude,  de 
decevance^  de  crois  [prinse*]  et  à  prendre,  et  à  im- 
petrer  dispensation  de  pape  ou  d'autre  au  contraire^ 
laquèle^  se  impetrée  estoit^  nous  volons  estre  nulle  et  5 
de  nulle  valeur^  et  que  nous  ne  nous  en  puissions 
aidier,  et  as  drois  disans  que  royaume  ne  pora  estre 
devisé  et  gênerai  renonciation  [non'j  valloir  fors  en 
certainne  manière^  et  à  tout  ce  que  nous  porions  faire, 
dire  ou  opposer  au  contraire  en  jugement  et  dehors,  lo 
En  tesmoing  desquèles  coses ,  nous  avons  fait  mettre 
nostre  grant  seel  à  ces  présentes  lettres^  données  à 
Bretegni  dalés  Chartres,  le  vingt  cinquime  jour  dou 
mois  de  may,  l'an  de  grasce  Notre  Signeur  mil  trois 
cens  et  soixante,  m  15 

§  476.  Quant  ceste  lettre,  qui  s'appelle  li  une  des 
Chartres  de  le  paix,  car  encores  en  y  eut  des  aultres 
faites  et  seelées  en  celle  anée  en  le  ville  de  Calais,  si 
com  je  vous  en  pafleray,  quant  temps  et  lieus  seront, 
fu  jettée,  on  le  moustra  au  roy  d'Engleterre  et  à  son  20 
conseil.  Liquelz  rois  et  ses  consaulz,  quant  il  l'eurent 
oy  lire,  respondirent  as  trettieurs  qui  de  ce  s'estoient 
ensonniiet  et  en  istance  de  bien  cargié  :  «  elle  nous 
plaist  moult  bien  ensi.  » 

Dont  fu  ordonné  que  li  abbes  de  Clugni  et  frères  25 
Jehans  de  Lengres  et  messires  Huges  de  Genève,  sires 
d'Antun,  qui  pour  le  duch  de  Normendie  y  estoient 
commis,  partesissent  de  là,  la  chartre  grossée  et  sec- 


1.  Mft.  B  3,  ^  237  yo.  —  Mw.  B  1  et  B  4  (]acime). 

2.  Ms.  B  3.  —  Ms8.  B  1  et  B  4  (lacune). 

VI  —  a 


18  CHRONIQUES  DE  J.  FROISSART.  [1360] 

lée  avoech  eulz^  et  venissent  à  Paris  devers  le  duch 
et  son  conseil  et  leur  remoustrassent  l'ordenance 
dessus  ditte  et  en  fesissent  au  plus  briefinent  qu'il 
peuissent  relation. 
5  Li  dessus  nommé  s'i  acordèrent  volentiers  et  re- 
tournèrent à  Paris  où  il  furent  receu  à  grant  joie.  Si 
se  traisent  devers  le  duch  de  Normandie  et  ses  frères, 
le  duch  d'Orliiens  présent  et  le  plus  grant  partie  dou 
conseil  de  France.  Là  remoustrèrent  11  dessus  dit 

10  mouk  couvignablement  sus  quel  estât  il  avoient  parlé 
et  quel  cose  fait  et  esploitié  ;  il  furent  volentiers  oy, 
car  la  pais  estoit  moult  désirée.  Là  fu  la  dessus  ditte 
lettre  leute  et  bien  examinée,  ne  onques  n'i  fu  de 
point  ne  d'article  débat ue;  mais  seela  li  dus  de  Nor- 

15  mendie  comme  ainsnés  filz  dou  roy  de  France  et 
hoirs  dou  roy  son  père.  Et  furent  assés  tost  apriès  li 
dessus  dit  trettieur  renvoiiet  devers  le  roy  d'Engle- 
terre  qui  les  attendoit  en  son  host  priés  de  Chartres. 
Quant  il  furent  venu,  il  n'i  eut  mies  grans  parle- 

20  menSy  car  il  disent  que  à  toutes  ces  coses  li  dus  de 
Mormendie^  si  frère,  leurs  oncles  et  tous  li  con- 
saulz  de  France  estoient  doucement  et  benignement 
acordé. 

Ces  nouvelles  plaisirent  grandement  bien  au  roy 

25  d'Engleterre  et  à  son  conseil.  Adonc,  pour  le  mieulz 
foire  que  laissier,  et  pour  plus  grant  seurté,  fu  en 
l'ost  le  roy  d'Engleterre  une  triewe  criée  à  durer  jus- 
ques  à  le  Saint  Michid  en  un  an  à  tenir  fermement 
et  establement   entre  le  royaume  de  France  et  Je 

30  royaume  d'Engleterre  et  tous  leurs  adherens  et  alliés, 
d^uile  part  et  d'aultre,  et  dedens  ce  terme,  bonne 
pais  entre  les  dis  rois  et  leurs  parties.  Et  tantost  fu- 


[1360]  LIVRE  PREMIER,  §  476.  19 

rent  ordonné  sergant  d'armes  de  par  le  roy  de 
France,  commis  et  envoiîet  de  par  le  duch  de  Nor- 
mendie^  qui  se  esploitièrent  parmi  le  royaume  de 
France  de  chevaucier  et  de  noncier  publikement  ens 
es  cités,  villes^  chastiaus^  bours  et  forteréces,  ceste  5 
Iriewe  et  espérance  de  pais,  lesquèles  nouvelles  fo- 
rent partout  volentiers  oyes. 

Encores  revenu  les  dessus  dis  trettieurs  en  Tost  le 
roy  d'Engleterre,  il  requisent  au  dit  roy  et  à  son  con- 
seil, que  quatre  baron  d'Engleterre,  comme  procu-  10 
reur,  à  lui  venissent  avoech  yaus  en  le  cité  de  Paris 
pour  venir  jurer  le  pais  en  son  nom,  pour  mieulz 
apaisier  le  peuple  :   laquel  cose  li  rois  d'Engleterre 
acorda  moult  volentiers.  Et  y  forent  ordonné  et  en- 
voiié  li  sires  de  Stanfort,  messires  Renaulz  de  Gobe-   15 
hem,  messires  Guis  de  Briane  et  messires  Rogiers  de 
Biaucamp,  banereth.  Cil  quatre  signeur,  à  l'orde- 
nance  de  leur  signeur,  se  partirent  et  se  misent  au 
chemin  avoecques  l'abbé  de  Clugni  et  monsigneur 
Hughe  de  Genève,  et  chevaucièrent  tant  qu'il  vinrent  20 
au  Montleheri. 

Quant  cil  de  Paris  sceurent  leur  venue,  par  le 
commandement  dou  duch  de  Normendie,  toutes  les 
religions  et  li  clergiés,  en  grant  reverense  et  à  pour- 
cessions,  widièrent  de  le  cité  et  vinrent  bien  avant  25 
sus  les  camps  contre  les  barons  d*Engleterre  dessus 
nommés,  et  les  amenèrent  ensi  moult  honnourable- 
ment  dedens  Paris.  Et  encores  vinrent  contre  yaus 
pluiseur  hault  signeur  et  grant  baron  de  France,  qui 
lors  se  tenoient  dedens  Paris,  et  sonnèrent  toutes  les  30 
cloches  de  Paris  à  leur  venue.  Et  forent,  à  ce  donc 
qu'il  entrèrent  en  le  cité,  toutes  les  grans  rues  jon- 


20  CHRONIQUES  DE  J.  FROISSART.  [1360] 

chies  et  parées  de  draps  d'or^  ossi  honnourable- 
ment  comme  on  pooit  aviser  et  deviser;  et  ensi 
furent  il  amené  au  palais  qui  richement  estoit  appa- 
reilliés  pour  eulz  recevoir.  Là  estoient  li  dus  de  Nor- 
5  mendie,  si  frère,  leurs  oncles  li  dus  d'Orliiens  et 
grant  fuison  de  prelas  et  de  signeurs  dou  royaume 
de  France,  qui  les  recueillièrent  bellement  et  reve- 
ramment. 

Là  lisent  au  palais,  présent  tout  le  peuple,  cil 

10  quatre  baron  d'Engleterre  sierement  et  jurèrent  ou 
nom  dou  roy  leur  signeur  et  de  ses  enfans,  sus  le 
corps  Jhesu  Cris  sacré  et  sus  saintes  Ewangiles,  à  tenir 
et  à  acomplir  le  dit  trettié  de  le  pais,  si  com  ci  des- 
sus est  esclarcis.  Ces  coses  faites,  il  furent  mené  ou 

15  palais,  et  là  festiié  et  honnouré  très  grandement  dou 
duch  de  Normendie,  de  ses  frères  et  des  haus  barons 
de  France  qui  là  estoient.  Apriès  ce,  il  furent  mené 
en  le  Sainte  Chapelle  dou  palais,  et  lor  furent  mous- 
trées  les  plus  belles  reliques  et  li  plus  digne  jeuiel 

20  dou  monde  qui  là  estoient  et  sont  encores,  et  meis* 
mement  la  sainte  couronne  dont  Diex  fu  couronnés 
à  son  saintisme  traveiL  Et  en  donna  li  dus  de  Nor- 
mendie à  çascun  des  chevaliers  une  des  plus  grandes 
espines  de  la  ditte  couronne,  laquèle  c6se  cescuns 

25  des  chevaliers  prisa  moult  et  le  tint  au  plus  noble 
jeuiel  que  on  li  peuist  donner.  Et  furent  là  ce  jour 
et  le  soir  et  Tendemain,  jusques  apriès  disner;  et 
quant  il  prisent  congiet,  li  dus  de  Normendie  fist  à 
çascun  donner  un  moult  biel  et  bon  coursier  riche- 

30  ment  paré  et  ensellé,  et  pluiseurs  aultres  biaus  jeuiaus, 
desquelz  je  me  passerai  assés  briefment,  et  dont  il 
remerciièrent  grandement  le  duc  de  Normendie. 


[1360]  LIVRE  PREMIER,  §  477.  21 

Apriès  ce,  il  se  partirent  dou  dit  duc  et  dès  si* 
gneurs  qui  là  estoient,  moult  amiablement,  et  s'en 
retournèrent  devers  le  roy  lor  signeur,  et  y  vinrent 
Tendemain  assés  matin  en  grant  compagnie  de  gens 
d'armes  qui  les  convoiièrent  jusques  à  là^  et  qui  de-  5 
voient  ossi  le  roy  d*£ngleterre  et  ses  gens  conduire 
jusques  à  Calais,  et  faire  ouvrir  cités^  villes  et  chas- 
tiaus^  pour  yaus  laissier  passer  [parmy  ^]  paisieulement 
et  aministrer  tous  vivres. 

§  477.  Quant  il  furent  parvenu  jusques  en  Post  le  lo 
roy  d'Engleterre  leur  signeur^  il  li  recordèrent  com 
honnourablement  il  avoient  esté  receu,  et  li  remous- 
trèrent  les  dignes  jeuiaus  que  li  dus  de  Normendie 
lor  avoit  donnés.  De  quoi  li  rois  eut  grant  joie  et 
festia  grandement  le  connestable  de  France  et  les  15 
signeurs  qui  là  estoient  venu^  et  leur  donna  biaus 
dons  et  grans  jeuiaus  et  assés. 

Adonc  fu  ordonné  que  toutes  manières  de  gens  se 
deslogassent  et  traisissent  bellement  et  en  pais  devers 
le  Pont  de  l'Arce,  [pour*]  là  passer  le  Sainne,  et  puis  20 
vers  Abbeville,  pour  passer  le  Somme  ^  et  puis  aller 
tout  droit  à  Calais.  Dont  se  deslogièrent  toutes  ma- 
nières de  gens  et  se  misent  au  chemin.  Et  avoient 
ghides  et  chevaliers  de  France  envoiiés  de  par  le 
duch  de  Normendie  qui  les  conduisoient  et  les  me-  25 
noient  ensi  comme  il  dévoient  aler. 

Li  rois  d'Ëngleterre,  quadt  il  se  parti,  passa  parmi 
la  cité  de  Chartres  et  y  herbega  une  nuit.  A  Tende- 


1.  Ms.  E  4,  fo  235.  --  Ms.  B  1,  t.  n,  f>  152  (lacune). 

2.  Ms.  B  4.  —  Ms.  B  1  (lacune). 


22  CHRONIQUES  DE  J.  FROISSART.  [1360] 

main^  il  vint  moult  dévotement  et  si  enfant  en  l'église 
de  Nostre  Dame,  et  y  oïrent  messe  ;  et  y  fisent  grande 
offrande  et  puis  s'en  partirent  et  montèrent  à  chevaK 
Si  entendi  que  li  rois  et  si  enfant  vinrent  à  Har- 

5  flues  en  Normendie,  et  là  passèrent  il  le  mer  et  re- 
tournèrent en  Engleterre.  Li  demorant  de  l'host  vin- 
rent au  mieulz  qu  il  peurent  sans  damage  et  sans 
péril,  et  partout  leur  estoient  vivre  appareillié  pour 
leur  argent  jusques  en  le  ville  de  Calais.  Et  là  prisent 

10  li  François  congiet  d'yaus  qui  les  avoient  aeonvoiiés. 
Si  passèrent  li  Englès  depuis^  au  plus  bellement  qu'il 
peurent,  sans  damage  et  sans  perU  et  retournèrent  en 
•  Engleterre. 

Sitost  que  li  rois  d'Engleterre  fu  retournés  arrière 

15  en  son  pays,  qui  y  vint  auques  des  premiers,  il  se 
traist  à  Xx)ndres.  Et  fîst  mettre  hors  de  prison  le  roy 
de  France  et  le  fîst  venir  secrètement  au  palais  à 
Wesmoustier;  et  se  trouvèrent  en  le  chapelle  dou 
dit  palais.  Là  remoustra  li  rois  d'Engeleterre  au  roy 

îo  de  France  tous  les  trettiés  de  le  pais,  et  comment  ses 
filz  li  dus  de  Normendie,  ou  nom  de  lui,  avoit  juret 
et  seelé  à  savoir  quel  cose  il  en  disoit.  Li  rois  de 
France,  qui  ne  desiroit  aultre  cose  fors  sa  délivrance, 
à  quel  meschief  que  ce  fust,  et  issir  hors  de  prison, 

25  ne  Teuist  jamais  contredit  ne  mis  empeecement  à  ces 
ordenances;  mes  respondi  que  Diex  en  fust  loés 
quant  pais  estoit  entre  yaus.  Quant  messires  Jakemes 
de  Bourbon  seut  ces  nouvelles,  si  en  fu  durement 
resjoys  ;  et  vînt  à  Londres  au  plus  tost  qu'il  peut 

30  devers  l'un  roy  et  l'autre  qui  li  fisent  grant  cière. 
Depuis  chevaucièrent  il  tout  ensamble  et  li  princes 
de  Galles  en  leur  compagnie;  et  vinrent  à  Windesore 


[1360]  LIVRE  PREMIER,  $  477.  23       ' 

là  OÙ  madame  la  royne  estoit^  qui  moult  fu  resjoie  de 
leur  venue  et  de  la  pais  dou  roy  son  signeur  et  dou 
roy  de  France  son  cousin.  Si  eut  là  grans  approce- 
mens  d'amours  entre  ces  parties,  et  donnés  et  rendus 
grans  dons  et  biaus  jeuiaus.  Depuis  fu  il  acordé  que  5 
U  rois  de  France  et  ses  filz  et  li  baron  de  France^  qui 
là  estoient  pour  le  temps^  se  partesissent  et  se  traisis- 
sent  devers  Calais.  Adonc  prisent  il  congiet  à  la  royne 
d'Engleterre  et  à  ses  filles,  qui  moult  estoit  lie  de  le 
pais  et  dou  département  dou  roy  de  France»  Si  10 
aconvpia  li  rois  d'Engleterre  le  roy  de  France  jusques 
à  Douvres,  et  là  le  tint  tout  aise  eus  ou  chastiel  de 
Douvres  deux  jours,  et  tous  les  François  ossi.  Au 
tierch  jour,  il  entrèrent  en  mer,  li  princes  de  Galles, 
li  dus  de  Lancastre,  li  contes  de  Warvich,  messires  45 
Jehans  Chandos  et  pluiseur  aultre  signeur  en  leur 
compagnie,  et  arrivèrent  à  Calais  environ  le  Saint 
Jehan  Baptiste.  Si  se  tinrent  en  le  ditte  ville  de 
Calais  tout  aisiement,  et  attendirent  là  un  terme  les 
messagiers  dou  duch  de  Normendie  qui  dévoient  20 
aporter  le  finance  de  six  cens  mille  frans  [de  France  ^]. 
Mais  li  paiemens  ne  vint  mies  si  tost  comme  on  esperoit 
que  il  deuist  venir,  car  il  ne  fu  pas  si  tost  recueillies 
des  officiiers  dou  roy  de  France.  Si  vinrent  li  dus  de 
Normendie  et  si  doi  frère  en  le  cité  d'Amiens,  pour  25 
mieulz  oïr  tous  les  jours  nouvelles  dou  roy  leur  père 
et  attendre  à  ses  besongnes  et  à  sa  délivrance.  £t 
entrues  se  coeilloit  li  paiemens  parmi  le  dit  royaume. 
Si  entendi  et  oy  recorder  adonc  que  messires  Galeas, 
sires  de  Melans  et  de  pluiseurs  cités  en  Lombardie,   30 

1 .  Ms.  A  8,  f>  222  iro.  _  Mm.  B  (lacune). 


24  CHRONIQUES  DE  J.  FROISSART.  [1360] 

fist  ce  premier  paiement,  parmi  un  trettiet  qui  se 
mist  avant  adonc,  car  il  avoit  un  sien  fil  à  marier; 
si  rouva  au  roy  de  France  que  il  li  vosist  donner  et 
acorder  une  sienne  fille  :  parmi  tant  il  paieroit  ces 

5  six  cens  mille  firans.  Li  rois  de  France  qui  se  veoit 
en  dangier,  pour  avoir  l'argent  plus  appareilliet^  s'i 
acorda  legierement.  Or  ne  fu  mies  cilz  mariages  si 
tost  fais  ne  acordés  ne  confremés^  pour  quoi  la 
finance  ne  fu  mies  si  tost  appariilie  ne  ne  vint  avant. 

10  Si  convint  ce  dangier  souffrir  au  roy  de  France  et 
attendre  Pordenance  de  ses  gens. 

§  478.  Quant  li  princes  de  Galles  et  li  dus  de  Lan- 
castre^  qui  se  tenoient  à  Calais  dalès  le  roy  de  France^ 
veirent  que  li  termes  passoit  et  que  li  paiemens  point 

15  ne  s'approçoît,  si  eurent  volenté  de  retourner  en 
Ëngleterre.  Et  misent  ordenance  [en  ce  *],  et  laissiè- 
rent  le  roy  de  France  en  le  garde  de  quatre  moult 
souffissans  chevaliers,  monsigneur  Renault  de  Gobe- 
hem^  monsigneur  Gautier  de  Mauni^  monsigneur  Gui 

20  de  Briane  et  monsigneur  Rogier  de  Biaucamp.  Et 
paioit  li  rois  de  France  ses  frès  et  les  firès  de  ces 
signeurs  et  de  leurs  gens  :  si  montèrent  grant  fuison 
le  terme  de  quatre  mois  qu'il  furent  à  Calais. 

Or  vous  parlerons  d'aucuns  chevaliers  englès^  cha- 

25  pitains  de  garnisons,  qui  se  tenoient  en  France  et 
estoient  tenus  deux  ans  ou  trois  en  avant,  ançois 
que  pais  se  fesist.  Cil  qui  avoient  apris  à  guerriier  et 
à  heriier  le  pays,  furent  moult  courouciés  de  ces 
nouvelles^  quant  il  eurent  commandement  dou  roy 

1.  Ms.  B  4,  F>  225  ▼<>.  —  Ms.  B  1,  t.  H,  f>  153  (lacune). 


[1360]  LIVRE  PREMIER,  §  478.  25 

d'Engleterre  qu'il  partesissent;  mes  amender  ne  le 
peurent.  Si  vendirent  li  pluiseur  leurs  forterèces  à 
chiaus  dou  pays  environ,  et  en  reçurent  grant  argents 
Et  puis  s'en  partirent  li  aueun  ;  et  li  aucun  ne  s'en 
veurent  mies  partir  ensi,  qui  avoient  apris  à  pillier.     5 
Et  fisent  guerre  comme  en  devant,  en  l'ombre  dou 
roy  de  Navare;  et  ce  furent  cil  qui  se  tenoient  sus 
les  marées  de  Normendie  et  de  Bretagne.  Mes  mes- 
sires  Eustasses  d'Aubrecicoiu*t,  qui  se  tenoit  dedens 
le  ville  de  Âthegni,  quant  il  s'en  parti,  le  vendi  bien  10 
et  chier  à  chiaus  dou  pays.  Or  prist  il  simplement 
ses  couvens,  dont  il  fu  depuis  mal  paiiés,  et  si  n'en 
eut  aultre  cose.  Si  se  partirent  tout  cil  qui  tenoient 
forterèces  en  Laonnois,  en  Soissonnois^  en  Pikardie, 
en  Brie,  en  Gastinois  et  en  Campagne.  Si  retour-   15 
noient  li  aucun,  qui  avoient  assés  gaegniet,  en  leurs 
pays,  ou  qui  estoient  tanet  de  guerriier,  et  li  pluiseur    - 
se  retraioient  en  Normendie  devers  les  forterèces  na- 
varoises. 

Or  vint  cilz  paiemens  de  ces  six  cens  mille  florins  en  30 
le  ville  de  Saint  Orner  et  fu  tous  quois,  mis  et  arestés 
en  l'abbeye  c'on  dist  de  Saint  Bertin,  sans  porter 
adonc  plus  avant,  car  li  aucun  hault  baron  de  France, 
qui  esleu  et  nommé  estoient  pour  estre  ostagiier  et 
entrer  en  Engleterre,  refusoient  et  ne  voloient  venir  25 
avant  et  en  faisoient  grant  dangier.  De  quoi,  se  li 
argens  fîist  paiiés  et  délivrés  en  le  ville  de  Calais  as 
Englès,  et  li  signeur  de  France  ne  volsissent  entrer 
en  ostagerie,   ensi  que  couvens  et  ordenance   de 
trettié  se  portoient,  la  ditte  somme  des  florins  fust      30 
perdue,  la  pais  fust  brisie,  et  li  rois  Jehans  de  France 
fust  remenés  arrière  en  Engleterre.  Sus  ces  coses 


26  CHRONIQUES  DE  J.  FROISSART.  [1360] 

avoit  bien  manière  et  avis  de  regarder  comment  on 
en  peuist  user. 

§  479.  Ensi  demora  lî  rois  de  France  à  Calais^  dou 
mois  de  juUet  jusques  en  le  fin  dou  mois  d*octembre. 

5  Quant  ces  coses  furent  si  approcies  que  li  paiemens 
premiers  tous  pourveus,  si  com  chi  dessus  est  dit^ 
et  venu  à  Saint  Omer  cil  qui  dévoient  entrer  en  os- 
tagerie  pour  le  roy  de  France,  et  li  rois  d'Engleterre 
enfourmés  de  toutes  ces  coses,  il  rapassa  le  mer  à 

10  grant  quantité  de  signeurs  et  de  barons  et  vint  de 
rechief  à  Calais.  Là  eut  grans  parlemens  de  Fune 
partie  et  l'autre  dou  conseil  des  deux  rois  qui  par 
l'ordenance  de  le  paix  s'appelloient  frère.  Là  fiirent 
de  rechief  lentes,  avisées  et  bien  examinées  les  let- 

15  très  qui  s'appellent  chartre  de  le  pais,  à  savoir  se 
riens  y  avoit  à  mettre  ne  à  oster  ne  nul  article  à 
corrigier.  £t  tous  les  jours  donnoient  li  doy  roy  l'un 
à  l'autre  à  disner,  et  leurs  en&ns,  si  grandement  et 
si  estoffeement  que  merveilles  seroit  à  penser.  Et  es- 

20  toient  en  reviaus  et  en  récréations  ensamble  si  or- 
donneement  que  grant  plaisance  y  prendoient  toutes 
manières  de  gens  au  regarder.  Et  laissoient  li  doi 
roy  leurs  gens  et  leurs  consaulz  couvenir  dou  sour- 
plus  :  siques  entre  yaus  il  fu  là  avisé  et  regardé  pour 

25  le  milleur  et  pour  le  plus  grant  seurté  que  aultr^ 
lettres,  comprendans  tous  les  articles  de  le  pais,  fuis- 
sent escriptes  et  seelées  les  deux  rois  presens  et  leurs 
enfans.  Et  pour  tant  que  li  certains  arrès  de  le  pais 
venoit  et  descendoit  dou  roy  d'Engleterre,  ces  lettres 

30  qui  furent  là  Eûtes  dient  ensi. 


[1360]  LIYRB  PREMIER,  g  480.  27 

§  480,  <  Edouwars,  par  le  grasce  [de]  Dieu  roy  d*En- 
gleterre,  signeur  d'Irlande  et  d'Acquitainne^  à  tous 
ceulz  qui  ces  présentes  lettres  veront^  salut.  Savoir  fai- 
sons que  nous^  pensans  et  considerans  que  les  rois  et 
princes  crestiien^^  qui  yoelent  bien  gouvrener  le  peu-  5 
pie  qui  leur  est  subgeti  doient  fuir  et  eschiewer  guer- 
res^ dissentions  et  discors,  dont  Diex  est  offendus,  et 
querre  et  amer,  pour  eulz  et  pour  leurs  subgès,  pais^ 
unité  et  concorde,  par  laquèle  Tamour  dou  souverain 
roy  des  roys  poet  estre  acquise,  li  subget  sont  gou-  lo 
vrené  en  transquilité  et  as  perilz  des  guerres  est  obvié, 
et  recordans  les  grans  maulz,  damages  et  afflictions 
que  nostre  royaume  et  no  subget  ont  soustenu  par 
lonch  tamps^  pour  cause  et  occasion  des  guerres  et 
descors  qui  ont  duré  longement  entre  nous  et  nostre  15 
très  chier  frère  le  roy  de  France,  et  les  royaumes, 
subgès^  amis  et  aidans  et  alliiés  d'une  part  et  d'autre^ 
sur  laquèle  entre  nous  et  nostre  dit  frère  finablement 
est  fais  bons  accors^  et  bonne  pais  refourmée^  et  de- 
sirans  ycelle  garder  [et]  tenir,  et  persévérer  en  vraie  20 
amour  perpetuelment  par  bonnes  et  fermes  alliances 
entre  nous  et  nostre  dit  frère,  nos  hoirs  et  les  royau- 
mes voisins  et  les  subgès  de  l'un  et  de  l'autre,  par 
quoi  justice  en  soit  mieuls  gardée  et  exersée,  les 
drois  et  les  signouries  de  l'un  et  de  l'autre  mieulz  25 
defTendus,  les  rebelles,  malfaiteurs,  desobeissans  [à] 
l'un  [et]  à  l'autre  estre  plus  aisiement  constrains  à  obéir 
[et  cesser  des  rebellions  et  excès*,]  et  toute  crestienté 
estre  maintenue  en  plus  paisieule  estât,  et  la  Terre 
Sainte  en  poroit  estre  mieus  secourue  et  aidie;  et  30 

1.  Areh,  NaU^  J  639,  n»  15. 


28  CHRONIQUES  DE  J.  FROISSART.  [i360] 

toutes  ces  coses  et  aultres  attendans^  et  considerans 
que  nostre  Saint  Père  le  pape  ait  dispensé^  par  grant 
délibération  avoech  nous  et  nostre  dit  frère  de  France, 
c'est  à  savoir  avoec  nous  et  tous  nos  subgès,  tant  de 
5  gens  d'église  comme  de  seculers,  sus  toutes  les  con* 
fédérations  y  alliances  y  couvenances  ,  obligations , 
liens  et  sieremens  qui  [pourroient  *]  iestre  entre  nous, 
nostre  royaume  et  nos  subgès,  d'une  part,  et  le  pays 
et  les  bonnes  villes,  [g^ns  et  subgès  *]  de  le  conté  de 

10  Flandres,  d'autre  part;  comme  le  bien  et  l'effect  de  la 
ditte  pais  entre  nous  et  nostre  dit  frère  de  France, 
les  royaumes  [et]  subgès  de  France  et  d'Engleterre, 
poeent  estre  empeeciet  par  ycelles,  et  pour  ce  les  ait 
le  dit  nostre  Saint  Père  cassées,  ostées,  anuUées  et 

45  irritées  dou  tout,  si  comme  en  ses  lettres  et  pro- 
cès sur  ce  fait  est  plus  plainnement  contenu  :  pour 
considération  des  cessions  et  causes  dessus  dittes,  et 
ossi  [vouUiantz'J  acomplir,  en  tant  comme  touchier 
nous  poet ,  le  dit  acort  fait  sus  les  dittes  alliances,  si 

20  comme  ottriié  l'avons  comme  dit  est,  et  [eue  *]  sur 
ce  très  grande  et  meure  délibération,  avons  fait  et 
par  ces  présentes  faisons  pour  nous,  nos  enfans,  nos 
hoirs  et  successeurs,  nostre  roialme,  noz  terres  quel- 
conques et  nos  subjiz,  d'une  part,  et  le  royaume  de 

25  France,  ses  terres  et  ses  subgès,  d'autre  part,  perpé- 
tuelles alliances,  confédérations,  amistés,  pactions  et 
couvenances  qui  apriès  s'ensievent  :  c'est  assavoir 
que  nous,  nos  en£ins,  nos  hoirs  et  successeurs,  nos- 


1.  Ms.  B  3,  f>  240.  -  Ms.  B  1,  t.  H,  f»  154  (lacune). 
^    Ms.  B  4,  f»  226  v«.  —  Ms.  B  1  (lacune). 

3.  jirck,  Nat,^  J  639,  n»  15. 

4.  Arch,  Nat.,  J  639,  n»  15. 


[1360]  LIVRE  PREIOER,  §  480.  29 

tre  royaume,  no  terre  et  nos  subgès  quelconques, 
presens  et  à  venir,  nés  et  à  nestre,  serons  à  tousjours 
mes  à  nostre  dit  frère  de  France,  ses  hoirs,  ses  en- 
fans  et  successeurs,  le  royaume  de  France,  ses  terres  et 
ses  subgès  quelconques,  bons,  vrais  et  loyaus  amis  et  5 
alliiés,  et  les  garderons  à  nostre  loyal  pooir,  leurs 
honneurs  et  leurs  droîs.  Et  où  nous  sarions  ne  po- 
rions  savoir  leur  deshonneur,  lem*  vitupère  et  leur 
damage,  nous  leur  noncerions  ou  ferions  noncier.  Et 
empeecerons  et  grèverons  de  tout  nostre  pooir  leurs  lO 
ennemis  [presens  et  advenir^],  nés  et  à  nestre,  quelz 
qu'il  soient;  ne  nul  [conseil*],  confort  ne  ayde  encon- 
tre eulz  ne  soufferons  ne  ne  donrons,  par  quelque 
cause  et  occasion  que  ce  soit  ou  puist  estre,  en  ap- 
pert ou  en  repost,  ne  ne  dirons  ne  ferons;  ne  yceulz  15 
ennemis,  au  damage  et  prejudisse  de  nostre  dit  frère, 
ses  hoirs  ou  le  royaume  de  France,  secrètement  ne 
receptrons  ne  recevrons,  ne  recepter  ne  recevoir  fe- 
rons ou  soufferons  en  aucune  manière,  en  nostre 
royaume  ou  aultres  nos  terres  et  nos  signouries;  ne  80 
par  yceulz  royaume  et  terres  ou  aucun  d'eulz,  ou  pre- 
judisce  et  damage  de  nostre  dit  frère,  ses  hoirs  suc- 
cesseurs, le  royaume  de  France,  ses  terres  et  ses  subgès, 
leurs  dis  ennemis  passer  ne  demorer  sciamment  souf- 
ferons; ne  aultrement  yceulz  ennemis,  pour  nous  ou  85 
pour  aultres,  en  appert  ou  en  repost,  sour  quelque 
title  ou  couleur  que  ce  soit,  contre  nostre  frère,  ses 
hoirs  ou  ses  subgès  et  le  royaume  de  France  et  aul- 
tres terres,  ne  porterons  ne  soustendrons;  nos  amis 

1.  Ms.  B  4,  f^  226  v«.  —  Ms.  B  1,  t.  II,  (o  154  yo  (Ucunc). 

2.  Ms.  B  d.  -^  Ms.  B  1  (lacune). 


30  CHRONIQUES  DE  J.  FROISSART.  [1360] 

et  nos  alliiés  à  leur  amour  et  alliances,  se  il  nous  en 
requièrent^  de  nostre  pooir  enduirons.  Et  ne  souffe* 
rons  aucuns  de  nos  subgès  ne  aultres  quelconques 
aler  ne  entrer  ou  royaume  de  France  ou  aultres  ter- 

5  res  de  nostre  dit  frère,  ses  enfans,  hoirs  et  succes- 
seurs, pour  y  faire  guerre,  damage  ou  offense  aucune, 
as  gages  ou  au  service  d'autrui  ou  aul  trament,  par 
quelconques  cause  et  manière  que  ce  soit;  ançois  les 
empeecerons  et  destourberons  de  tout  nostre  pooir. 

10  Et,  se  aucun  de  nos  subgès  faisoient  le  contraire  ou 
aucune  guerre  villainne  ou  damage  à  nostre  dit  frère 
ou  royaume  de  France,  par  terre  ou  par  mer,  à 
ses  enfans,  hoirs  et  successeurs  ou  subgès,  nous  les 
en  punirons  ou  ferons  punir  si  grandement  qu'il  sera 

15  exemples  à  tous  aultres.  Et  de  tout  nostre  pooir  ferons 
reparer  et  radrecier  tous  les  damages,  attemptes  ou 
emprises  fais  contre  ces  présentes  alliances,  se  nous 
en  sommes  requis.  Et  toutes  fois  que  nostre  dit  frère, 
ses  hoirs  et  successeurs  aront  mestier  de  nostre  ayde, 

20  et  il  nous  en  requerront  ou  feront  requerre,  nous, 
encontre  toute  personne  qui  puisse  vivre  et  morir, 
leur  aiderons  et  donrons  tout  le  bon  conseil,  confort 
et  ayde,  à  leurs  propres  frès  et  despens,  que  nous 
ferions  ou  porions  faire  pour  nostre  propre  fait  et 

35  besongne,  et  sans  fraude  et  mal  engin,  non  contres- 
tant  quelconques  aultres  alliances^  amistés  et  con- 
fédérations que  nous  et  nostre  predicesseur  avons 
eues  ou  temps  passé  à  quelconques  aultres  persones, 
asquèles  toutes  et  çascune  d'icelles  nous  renonçons 

30  dou  tout  pour  nous,  nos  successeurs,  royaume,  terres 
et  subgès  à  tous  jours  mes  par  ces  présentes,  réservé 
toutesvoies  et  exepté  le  pape  et  le  saint  collège  de 


[1360]  LIVRE  PREMIER,  $  ^^^-  ^i 

Romme,  et  Tempereur  de  Romme  qui  ores  est^  les- 
quels nous  ne  volons  estre  compris  en  ces  présentes 
alliances,  en  aucune  manière.  Et  pour  ce  que  les 
alliances,  confédérations^  couvenances,  pactions  et 
aultres  coses  dessus  dittes  et  çascune  d'icelles  soient    5 
plus  fermement  tenues,  gardées  et  acomplies,  nous 
avons  juré  sus  le  saint  corps  Jhesu  Cris  sacré,  et  en- 
core jurons  et  prommetons  par  le  foy  de  nostre  corps 
et  en  paroUe  de  roy,  les  coses  dessus  dittes  et  ças- 
cune d'icelles  tenir  fermement  et  acomplir  à  tous   10 
jours,  sans  les  enfraindre  en  tout  ou  en  [partie,  en] 
aucune  manière,  par  quelconques  cause  et  occasion 
que  ce  soit.  Et,  se  nous  faisions,  procurions  ou  souf- 
frions sciamment  le  contraire  estre  fait,  ce  que  Diex 
ne  voeille,  nous  volons  estre  tenu  et  réputé  en  tous  15 
Hex  et  en  toutes  places  et  en  tous  cas,  pour  faulz, 
mauvais  et  desloyaus  parjure,  et  encourre  en   tel 
blasme  et  tel  diffame  comme  roy  sacré  doit  encourir 
en  tel  cas.  Par  ces  présentes  alliances,  nous  n'enten- 
dons ne  volons  que  aucun  préjudice  se  face  à  nous  20 
ne  à  nos  hoirs  et  subgès,  par  quoi  nous  [et]  eulz  ne 
porions  et  porons  recepter,  porter  et  tenir  tous  les 
banis  dou  royaume  de  France  et  afuis,  presens  et  à 
venir,  nés  et  à  nestre,  par  quelconques  cause  et  oc- 
casion que  ce  soit»  par  manière  qui  a  esté  fait  et  25 
acoustumé  de  faire  ou  temps  passé.  Et  soumettons, 
quant  à  toutes  ces  coses,  nous,  nos  hoirs  et  succes- 
seurs, à  le  juridition  el  cohertion  de  l'église  de  Romme. 
Et  volons  et  consentons,  tant  comme  en  nous,  que 
nostre  Saint  Père  le  pape  conferme  toutes  ces  coses,  30 
en  donnant  monitions  et  mandemens  generaulz  sour 
l'acomplissement  d'icelles  contre  [nous],  nos  hoirs  et 


32  CHRONIQUES  DE  J.  FROISSART.  [1360] 

successeurs  et  contre  tous  nos  subgès^  soient  com- 
munes, collèges,  universités  ou  personnes  singulères 
quelconques,  et  en  donnant  sentenses  generaulz 
d'escumeniement,  de  suspention  et  de  [interdiction*]^ 

5  pour  estre  encourut  par  nous  et  par  eulz,  sitost  que 
nous  et  euls  ferons  ou  attempterons ,  en  occupant 
ville,  chastiel  et  forterèce,  ou  aultre  cose  quelconque 
Élisant,  ratefiant  ou  aggrevant,  en  donnant  conseil, 
confort,  faveur  ou  aide,  celeement  ou  en  appert, 

10  contre  la  ditte  pais  et  ces  certainnes  alliances.  Et 
avons  fait  samblablement  jurer  toutes  les  devant 
dittes  coses  par  nostre  très  chier  fil  ainsné  le  prince 
de  Galles,  et  nos  filz  puisnés,  Leonniel,  conte  de 
Dulnestre,  Jehan,  conte  de  Ricemont,  Ayn)on,  conte 

15  de  Langlée,  et  nos  cousins,  monsigneur  Phelippe  de 
Navare,  et  les  dus  de  Lancastre  et  de  Bretagne,  le 
conte  de  Stanfort  et  le  conte  de  Sallebrin,  le  signeur 
de  Mauni,  Gui  de  Briane,  Renault  de  Gobehen,  le 
captai  de  Beus,  le  signeur  de  Montferrant,  Jame 

20  d'Audelée,  Rogier  de  Biaucamp,  Jehan  Chandos, 
Raoul  de  Ferrières,  chapitainne  de  Calais,  Edowart 
le  Despensier,  Thomas  et  Guillaume  de  Felleton, 
Eustasse  d'Aubrecicourt,  Franke  de  Halle,  Jehan  de 
Montbray,  Bietremieus  de  Bruwes,  Henri  de  Persi, 

25  Nicole  de  Tambourne,  Richart  de  Stafort,  Guillaume 
de  Grantson,  Jehan  de  Gommegnies,  Raoul  Spigre- 
niel,  Gastonnet  de  Graili  et  Guillaume  Bourtonne, 
chevaliers.  Et  ferons  ossi  jurer  samblablement,  au 
plus  tost  que  faire  porons  bonnement,  nos  aultres 

30  enfans  et  la  plus  grant  partie  des  prelas,  des  églises, 

1.  Arck  Nat.,  i  639,  no  15.  —  Mi.  B  1  :  t  juridition.  »  F»  155  t«. 


[1360]  LIVRE  PREMIER,  §  481.  33 

contes^  barons  et  aultres  nobles  de  nostre  royaume. 
En  tesmoing  de  laquel  cose^  nous  avons  fait  mettre 
nostre  seel  à  ces  présentes  lettres^  données  en  nostre 
ville  de  Calais,  le  vingt  quatrime  jour  dou  mois  d'oc- 
tembre^  Tan  de  grasce  Nostre  Signeur  mil  trois  cens  ft 
et  soixante.  » 

§  481 .  Quant  ceste  lettre,  qui  s'appelle  confédé- 
ration et  alliance  entre  le  roy  de  France  et  le  roy 
d'Engleterre,  fii  grossée  et  seelée  sus  le  fourme  et 
manière  que  vous  avés  oy,  on  le  lisi  et  publia  devant  10 
les  deut  rois  et  tous  leurs  enfans  et  consaulz  qui  là 
estoient  présent.  Si  sambla  à  çascun  estre  belle  et 
bonne  et  grant  conjonction  d'amour  et  de  paiâ. 
Âdonc  se  traisent  d'un  lés  li  consaulz  dou  roy  de 
France,  et  consiUièrent  une  longhe  espasse  ensamble  15 
sus  les  renonciations  que  li  rois  d'Engleterre  devoit 
faire  et  avoit  prommis  à  faire  par  le  trettié  de  le 
pais  donné  et  ordonné  à  Bretegni  priés  de  Chartres, 
lui  venut  à  Calais. 

Quant  il  en  eurent  parlé  ensamble,  il  se  traisent  20 
devers  le  roy  d'Engleterre  et  son  conseil,  le  roy  de 
France  présent  qui  avoit  toutdis  parlé  à  lui,  tant  que 
ses  gens  avoient  consilliet.  Et  là  requist  li  evesques 
de  Tieruane,  canceliers  de  France  et  promeus  à  estre 
cardinaulz,  au  dit  roy  d'Engleterre  que  il  volsist  25 
acomplir  de  point  en  point  le  dit  trettié  de  le  pais 
et  tous  les  articles,  à  le  cautèle  dou  temps  à  venir. 
Li  rois  d'Engleterre  respondi  qu'il  en  estoit  tous 
desirans,  mes  que  on  li  desist  de  quoi  et  comment. 

Là  fil  aportée  la  ditte  chartre  de  le  pais  et  leute  so 
generalment.  Et  apriès  ce  li  consauls  dou  roy  de 

TI  —  3 


84  CHRONIQUES  DE  J.  FROISSIRT.  [1S60] 

France  requisent  que  une  ohartre  auques  samblable 
à  ceste^  faisans  mention  plainnement  des  renuncia- 
tions^  fust  grossée  pour  mieus  confermer  leurs  orde- 
nances  et  apaisier  toutes  gens  as  quelz  la  pais  pooit 
5  touchier.  Li  rois  d'Engleterre  et  ses  consaulz  Taoor- 
dèrent  legierement  et  yolentiers.  Dont  furent  li  tret- 
tieur  et  li  plus  grant  partie  dou  conseil  de  Tun  roy 
et  de  l'autre  mis  ensamble.  Et  là  fu  une  grosse  lettre 
jettée  de  rechief  et  puis  escripte  notablement  et 
10  grossée  sus  la  date  de  la  précèdent  alliance  et  con- 
fédération :  laquèle  chartre  des  renunciations  dist 
ensi. 

•  §  482.  «  Edowars^  par  le  grasce  de  Dieu  roy  d*En- 
gleterre,  signeur  d'Irlande  et  d'Acquitainne,  à  tous 

15  ceulz  qui  ces  présentes  veront,  salut.  Savoir  faisons 
que  nous  avons  promimis  et  prommetons  baillier  ou 
Élire  baillier  et  délivrer  reaiment  et  de  fait  au  roy 
de  France  nostre  très  chier  firère  ou  à  ses  députés 
especiaus  en  celle  partie  as  frères  Âugustins  dedens 

20  la  ville  de  Bruges^  au  jour  de  la  feste  Saint  Ândrieu 
proçain  venant  en  un  an,  lettres  seelées  de  nostre 
grant  seel  en  las  de  soie,  en  cire  vert^  ou  kas  que 
nostre  dit  frère  ara  &it  les  renonciations  qu'il  doit 
Élire  de  se  partie  et  nostre  très  chier  neveu  son  fil 

95  ainsné^  et  ycelles  baillier  à  nos  gens  ou  députés  au 
dit  lieu  et  terme,  par  le  manière  que  obligié  y  sont  : 
desquèles  lettres  la  teneur  de  mot  en  mot  s'ensieut 
ensi. 

Edowars,  par  le  grâce  de  Dieu  roi  d'Engleterre, 

30  signeur  d'Irlande  et  d'Acquitainne ,  savoir  faisons  à 
tous  presens  et  à  venir  que^  comme  guerres  mor- 


[1360]  UVBE  PREBflER,  §  482.  35 

tèles  aient  longement  duret  entre  nous^  qui  avons 
réclamé  avoir  droit  au  royaume  et  à  le  couronne  de 
France,  d'une  part,  et  le  roy  Phelippe  de  France 
lui  vivant,  et  après  son  décès  entre  nostre  très  chier 
firère  son  fil  le  roy  Jehan  de  France,  d'autre  part^    5 
et  aient  porté  moult  grans  damages^  non  pas  seu- 
lement à  nous  et  à  tout  nostre  royaume,  mes  as 
royaumes  voisins  et  à  toute  crestienté  ;  car  par  les 
dittes  guerres  sont  maintes  fois  avenues  batailles 
mortèles^  occisions  de  gens,  pillemens^  arsures  et  10 
destruction  de  peuple  et  perilz  de  ames^  défloration 
de  pucelles  et  de  viergenes^  deshonnestemens  de 
femmes  mariées  et  veves,  et  arsures  de  villes,  de  ab- 
beies  et  de  manoirs  et  de  edefisses^  roberies  et  [op- 
pressions*], guettemens  de  voies  et  de  chemins^  jus-  15 
tiee  en  est  faille  et  la  foy  crestiienne  refroidie  et  . 
marchandise  perie,  et  tant  d  autres  malefîsces  et  horri- 
bles fais  s'en  sont  ensievoit  qu'il  ne  poeent  estre  dit^ 
nombret  ne  escript^  par  lesquèles  nostre  dit  royaume 
et  li  aultre  royaume  par  crestienneté  ont  soustenu  20 
moult  d'afQictions  et  de  damages  inreparables.  Pour 
quoi,  nous,  considerans  et  pensans  les  maulz  dessus 
dis  et  que  vraisamblable  estoit  que  plus  grant  s'en 
poroient  venir  ou  temps  à  venir,  et  aians  grant  pité 
et  grant  compassion  de  nostre  peuple  qui,  en  le  [pro-  25 
secucion']  de  nos  guerres,  ont  exposé  leurs  corps  et 
leurs  biens  à  tous  perilz,  sans  eskiewer  despens  et 
mises,  dont  nous  devons  bien  avoir  perpetuèle  me- 
more,  avons  pour  ce  soustenu  par  pluiseurs  fois 


1.  Ms.  A  8,  f^  225  ^.  —  Ms.  B  1,  t.  II,  f«  156  vo  :  c  expressions.  » 

2.  Arch.  ^a/.,  J  639,  no  11. 


36  CHRONIQUES  DE  J.  FROISSART.  [1360] 

trettié  de  pais^  premièrement  par  le  moiien  de  hon- 
nourables  pères  en  Dieu  pluiseurs  cardinaulz  et  mes- 
sages de  nostre  Saint  Père  le  pape^  qui  à  grant  dili- 
gense  [et  instance  ']  y  travillièrent  pour  le  temps  de 
5  lors^  et  depuis  ce  y  ait  eu  pluiseurs  trettiés  pour- 
parles  et  pluiseurs  voies  touchies  entre  nous  et  nostre 
dit  frère  de  France.  Finablement^  ou  mois  de  may 
darrainnement  passet^  vinrent  en  France  messages 
de  par  nostre  Saint  Père  le  pape,  nostre  très  chier  et 

10  féal  l'abbet  de  Clugni,  frères  Symons  de  Lengres, 
mestre  en  divinité^  mestre  de  l'ordene  des  Frères 
Preeceurs,  et  Hughe  de  Genève,  chevalier,  signeur 
d'Antun,  où  nous  estions  lors  en  nostre  host.  Et  tant 
alèrent  et  vinrent  li  dit  message   devers  nous  et 

15  devers  nostre  très  ehier  neveu  Charle  duc  de  Nor- 
mendie,  dalphin  de  Yiane  et  régent  pour  le  temps 
dou  royalme  de  France,  que  en  pluisem*s  lieus  se 
assamblèrent  trettieurs  d'une  partie  et  d'aultre,  pour 
parler^et  trettiier  de  pais  entre  nous  et  nostre  dit  frère 

20  de  France  et  les  royaumes  de  Fun  et  de  Tautre.  Et 
au  darrainnier  se  assamblèrent  li  dit  trettieur  et  pro- 
cureur de  par  nous  et  de  par  nostre  ainsné  fil  le 
prince  de  Galles,  as  coses  dessus  escriptes  par  espe- 
cial  députés,  et  li  procureur  et  trettieur  de  nostre  dit 

25  frère  et  son  ainsné  fil,  aiant  à  ce  pooir  et  auctorité 
de  Tun  et  de  l'autre,  à  Bretegni  priés  de  Chartres,  ou- 
quel  lieu  fu  parlé ,  trettié  et  acordé  des  trettieurs  et 
procureurs  de  Tune  partie  et  lautre,  sus  tous  les 
discors,  dissentions  et  guerres  que  nous  et  nostre  dit 

30  frère  avions  l'un  contre  l'autre  :  lequel  trettié  et  pais 

1.  Mt.  Bk,^  228.  -  Mt.  B  1,  t.  U,  f>  156  to  (lacnnO- 


[1360]  LIVRE  PREMIER,  §  482.  37 

li  procureur  d'une  partie  et  d'autre,  pour  Tune  partie 
et  pour  l'autre,  jurèrent  sus  saintes  Ewangiles  tenir 
et  garder;  et  apriès  le  jurèrent  nostres  dis  filz  [solemp- 
nelment*]  pour  nous  et  pour  lui,  et  le  dit  nostre 
neveu  le  duch  de  Normendie,  aiant  à  ce  pooir,  pour  5 
son  dit  père  nostre  frère  et  pour  lui.  Apriès  ces  coses 
ensi  faites  et  à  nous  raportées  et  exposées,  conslderet 
que  nostre  dit  frère  de  France  s'acordoit  et  consen- 
toit  au  dit  trettiet  et  voloit  ycelui  et  la  pais  tenir, 
garder  et  acomplir  de  sa  partie,  yceulz  trettiés  et  10 
pais,  dou  conseil  et  consentement  de  pluiseurs  de 
nostre  sanch  et  linage,  dus,  contes,  chevaliers  et 
gens  d'église,  de  [barons  *]  et  aultres  nobles,  bour- 
gois  et  aultres  sages  de  nostre  royaulme,  pour  apai- 
sier  les  guerres ,  les  maulz  et  les  doleurs  dessus  15 
dis  dont  le  peuple  estoit  si  malement  mené,  si  com 
dessus  est  dit  et  escript,  à  Tonneur  et  la  glore  dou 
roy  des  roys,  et  pour  reverense  de  Sainte  Eglise, 
de  nostre  Saint  Père  le  pape  et  de  ses  messages, 
avons  consenti  et  consentons,  et  le  rattefions,  gréons  20 
et  approuvons,  comme,  par  le  teneur  dou  dit  trettié 
et  pais,  nostre  dit  frère  de  France  doit  délivrer  et 
delaissier,  et  a  baillié,  délivré  et  delaissié,  si  comme 
il  est  contenu  en  ses  lettres. sur  ce  faites  plus  plain- 
nement,  à  perpétuité  à  nous,  pour  nous  et  pour  nos  25 
hoirs  et  successeurs,  à  tenir  perpetuelment  [et]  à 
tous  jours  toutes  les  coses  qui  s'ensievent,  par  .e  ma- 
nière que  nostre  dit  frère  et  ses  filz  et  leurs  ancis- 
seurs  rois  de  France  les  ont  tenu  dou  temps  passé, 

1.  Meh.  Nat,,  J  639,  n»  11.  —  Ms.  B  1,  t.  II,  P>  157  :  «  pewonelle- 
ment.  » 

2.  Ms.  B  4,  f»  228  ▼«.  —  fils.  B  1,  t.  n,  (^  157  (lacune). 


38  CHRONIQUES  DE  J.  FROISSART.  [i360] 

c'est  à  savoir^  ce  qui  est  en  souverainneté,  à  tenir  en 
souverainneté  [et  ce  qui  est  en  demaine^  tenir  en 
demaine*]^  et  ce  qui  est  en  fief^  à  tenir  en  fief, 
et  sans  rappiel  à  tous  jours  mes  pour  lui  ne  pour  ses 

5  hoirs^  quelzconques  qu'il  soient^  presens  et  à  venir  : 
c'est  à  savoir  la  cité  et  le  chastiel  et  toute  [la  conté 
de  Poitiers,  et  toute*]  la  terre  et  le  pays  de  Poito, 
ensamble  le  fief  de  Towart  et  la  terre  de  Belleville, 
la  cité  et  le  chastiel  de  Saintes  et  toute  la  terre  et  le 

10  pays  de  Saintonge  par  deçà  et  par  delà  le  Charente^ 
la  cité  et  le  chastiel  d'Agen,  la  terre  et  le  pays  d'A- 
ghinois,  la  chité,  le  chastiel  et  toute  la  conté  de 
Pieregorch  et  la  terre  et  le  pays  de  Piereguis,  le  cité 
et  le  chastiel  de  Limoges  et  toute  la  terre  et  le  pays 

15  de  Limozin,  la  chité  et  le  chastiel  de  Chaours  et  toute 
la  terre  et  le  pays  de  Quersin,  le  ville,  le  chastiel  et 
[tout]  le  pays  de  Tarbe,  et  la  terre,  pays  et  conté  de 
BigorrCy  la  conté,  la  terre  et  le  pays  de  Gauvre,  le 
cité  et  le  chastiel  d'Angouloisme  et  toute  la  terre 

20  et  le  pays  d'Angoulesmois,  la  cité  et  le  chastiel 
de  Rodais  et  toute  la  terre  et  le  pais  de  Roerge, 
et  ce  que  nous  ou  aultres  rois  d'Engleterre  ancien- 
nement tindrent  en  le  ville  de  Moustruel  sus  mer 
et  es  apertenances.  Item,  la  conté  de  Pontieu  tout 

25  entièrement,  sauf  et  excepté  et  selonch  la  teneur 
de  Farticle  contenu  ou  dit  trettié  qui  de  la  ditte 
conté  fait  mention.  Item,  le  chastiel  et  le  ville 
[de  Calais,  le  chastiel  et  ville']  et  la  signourie  de 
Merk,  les  villes,  chastiaus  et  signouries  de  Sangattes, 

1.  Ms.  B  4.  —  Ms.  B  1  (lacune). 

2.  Ms.  B  4.  —  Ms.  B  1.  (lacune). 

3.  Ms.  B  4.  —  Ms.  B  1  (lacune\ 


[1360]  LIVRE  PREMIER,  S  ^2.  «       39 

Coulongne^  Hames^  Walle  et  Oye^  avoec  les  terres^ 
hoiSf  mares,  rivières,  rentes^  signouries  et  aultres 
[choses  ^]  contenues  en  l'article  dou  trettiet  faisant  de 
ce  mention.  Item^  le  chastiel,  le  ville  et  tout  entière- 
ment la  conté  de  Ghines,  avoech  toutes  les  terres,  ^ 
villes^  chastiaus,  forterèces,  lieus^  hommes^  homma- 
ges^ signouries^  bois^  foriès  et  droitures^  selonc  la 
teneur  de  l'article  faisant  de  ce  mention  plus  plain- 
nement  ou  dit  trettié^  et  avoech  les  isles  et  adjacens 
tierres^  pays  et  lieus  avant  nommés^  ensamble  avoech  10 
tous  les  aultres  isles  et  adjacens  tierres^  pays  et 
lieus  avant  nommés^  ensamble  avoech  tous  les  au- 
tres isles,  lesquels  nous  tenions  à  présent  et  tenons^ 
c'est  à  entendre  ou  temps  dou  dit  trettié.  [Et 
comme. par  la  forme  et  manière  du  dit  traictié*]  et  l& 
de  le  pais,  nous  et  nostre  dit  firère  le  roy  de  France 
devons  et  avons  prommis,  par  foy  et  par  sierement, 
l'un  à  l'autre^  yceulz  treltiés  et  pais  tenir  et  garder  et 
acomplir  et  non  venir  encontre,  et  soions  tenu,  nous 
et  nostre  dit  frère  et  nos  fils  ainsnés  dessus  dis,  20 
par  obligation  et  prommesse,  par  fois  et  par  siere- 
mens  fais  d'une  partie  et  d'aultre,  certainnes  renun- 
ciations  l'un  pour  l'autre,  selonch  la  fourme  et  teneur 
dou  dit  article  entre  les  aultres  ou  dit  trettié  de  le 
pais,  dont  la  fourme  est  tèle  :  Item,  est  acordé  que  le  35 
roy  de  France  et  son  ainsnet  fil  le  régent,  pour  eulz 
et  pour  leurs  hoirs  et  pour  tous  les  rois  de  France  et 
leurs  successeurs  à  tous  jours,  et  au  plus  tost  qu'il  se 
pora  faire,  sans  mal  engin,  et  au  plus  tart  dedens  le 


1.  Ms.  B  4.  —  Ms.  B  1  (lacune). 

2.  Ms.  B  3,  F»  2^2.  —  Ms.  B  1,  t.  II,  £<>  157  vo  (lacune). 


40  CHRONIQUES  DE  J.  FEOISSART.  [1360] 

Saint  Michiel  prochain  venant  en  un  an,  renderont 
et  bailleront  au  dit  roy  d'Engleterre  et  à  tous  ses 
hoirs  et  successeurs^  et  transporteront  en  eulz  tous 
les  honneurs  et  regalitës,  obedienses,  hommages^ 

5  ligeautés,  vassaus^  fiés^  services,  recognissances,  siere- 
mens^  droitures^  mère  et  mixte  impare^  toutes  ma- 
nières de  juriditions^  hautes  et  basses,  ressers^  sauve- 
gardes^ signouries  et  souverainnetés  quiapertenoient^ 
apertiennent  et  poront  en  aucune  manière  apertenir 

10  as  rois  et  [à]  la  couronne  de  France  ou  à  aucune  aul* 
tre  personne^  pour  cause  dou  roy  et  de  la  couronne 
de  France,  hoirs  ne  successeurs,  tant  de  signeurs 
comme  de  subgès  nobles  ou  non  nobles^  en  quelque 
temps  que  ce  soit^  es  cités,  contés^  chastiaus,  terres^ 

15  pays^  isles  et  lieus  avant  nommés^  ou  en  aucun 
d'iceulz,  et  à  leur  apertenances  et  apendances  quel- 
conques, ou  es  personnes^  vassaus  et  subgès  quel- 
conques d'iceulz,  soient  prince,  duc,  conte,  visconte, 
arcevesque,  evesque  et  aultres  prelas  d'église,  barons, 

SO  nobles  et  aultres  quelconques,  sans  riens  à  eulz, 
leurs  hoirs  et  successeurs,  la  couronne  de  France  ou 
aultre  que  ce  soit,  retenir  ne  reserver  en  yceulz,  pour 
quoi  il  ne  leurs  hoirs  ou  successeurs  ou  aucuns  rois 
de  France,  ou  aultres  que  ce  soit,  à  cause  dou  roy  et 

S5  de  la  couronne  de  France,  aucune  cose  y  poront  ca- 
lengier  ou  demander  ou  temps  à  venir  sus  le  roy 
d'Engleterre,  ses  hoirs  et  ses  successeurs,  ou  sus  au- 
cuns des  vassaus  et  subgès  avant  dis  pour  cause  des 
pays  et  lieus  avant  nommés,  ensi  que  toutes  les  avant 

30  nommées  personnes  et  leurs  hoirs  et  successeurs 
[perpetuelment  seront  hommes  lièges  et  subgiz  du 
roi  d'Engleterre   et  à   touz    ses    heirs   et   succès- 


[1360]  UVRE  PREBUER,  S  ^^i^  41 

sours*],  et  que  le  dît  roy  d'Engleterre,  ses  boira  et  ses 
successeurs^  toutes  les  personnes^  cités^  contés,  terres, 
pays,  isles,  chastiaus  et  lieus  avant  nommés  et  toutes 
leurs  apertenances  et  leur  appendances  aront  et  ten- 
ront,  et  à  eulz  demorront  plainnement^  perpétuel-  5 
ment  et  franchement  en  leur  signourie,  souverain- 
neté,  obéissance  j  ligeauté  et  subjection,  comme  les 
rois  de  France  les  avoient  et  tenoient  ens  ou  temps 
passé,  et  que  li  dis  rois  d'Engleterre,  ses  hoirs  et  ses 
successeurs,  aront  et  tendront  perpetuelment  et  pai-  10 
sieulement  tous  les  pays  avant  nommés^  avoech  leurs 
apertenances  et  appendances  et  les  aultres  coses 
avant  nommées,  en  toute  francise  et  liberté  perpe- 
tuèle^  comme  signeur  souverain  et  lige  et  voisin  au 
roy  de  France  et  au  dit  royaume  de  France^  sans  y  15 
recognoistre  souverainneté  ou  faire  obéissance^  hom- 
mage^ ressort^  subjection  et  sans  faire  ou  temps  à 
venir  aucun  service  et  recognissance  au  roy  ne  à  le 
couronne  de  France^  des  contés^  cités^  chastiaus^ 
terres,  pays^  isles^  lieus  et  personnes  avant  nommées  20 
ou  pour  aucune  d'icelles.  Item^  est  acordé  que  li 
rois  de  France  et  ses  ainsnés  fîlz  renonceront  expres- 
sément as  dis  ressors  et  souverainnetés  et  à  tout  le 
droit  qu'il  ont  ou  poront  avoir  à  toutes  les  coses 
qui  par  ce  présent  trettié  doient  appertenir  au  roy  85 
d'Engleterre.  Et  samblablement  li  rois  d'Engleterre 
et  ses  ainsnés  filz  renonceront  expressément  à  toutes 
les  coses  qui  par  ce  présent  trettié  ne  doient  estre  bail- 
lies  ne  données  au  roy  d'Engleterre,  et  à  toutes  les 
demandes  qu'il  Êiisoit  au  roy  de  France,  et  par  espe-  30 

1.  Jreh.  Nat.t  J  639,  n*  11. 


4S  CHRONIQUES  DE  J.  FROISSART.  [1360] 

cial  au  nom^  au  droit,  as  armes  et  au  calenge  de  la 
couronne  de  France  et  dou  royaume,  à  l'ommage  et 
souverainneté  et  demainne  de  la  ducé  de  Normen* 
die,  de  la  ducé  de  Tourainne,  des  contés  d*Ângo  et 

5  du  Mainne,  et  à  la  souverainneté  et  hommage  de  la 
ducé  de  Bretagne,  et  à  la  souverainneté  et  hommage 
de  la  conté  et  dou  pays  de  Flandres,  et  à  toutes  aul- 
très  demandes  que  li  rois  d'Engleterre  feisoit  en  de- 
vant ou  temps  dou  dit  calenge  ou  faire  poroit  ou 

40  temps  à  venir  au  dit  royaume  de  France,  par  quel- 
conque cause  que  ce  soit,  oultre  et  excepté  ce  qui 
par  ce  présent  trettié  doit  demorer  ou  estre  bailliés 
[au  roy  d'Engleterre  et  à  ses  hoirs.  Et  transporteront, 
cesseront  et  délaisseront  li  un  roy  à  l'autre,  perpe- 

15  tuelement  tout  le  droit  que  chascuns  d'eulx  a  ou  peut 
avoir  en  toutes  les  choses  qui  par  ce  présent  trettiet 
doivent  demourer  ou  estre  bailliés^]  à  çascun  d*eulz; 
et  dou  temps  et  lieu  où  et  quant  les  dittes  renoncia- 
tions se  feront,  [parleront  et  ordeneront  les  deus 

20  rois  à  Calays  ensemble'].  Et  pour  ce  que  nostre  dit 
(rêve  de  France  et  son  ainsnet  fil,  pour  tenir  et 
acomplir  les  articles  de  la  pais  et  accors  dessus  dis, 
ont  renonciet  expressément  as  ressers  et  souverain- 
netés  compris  es  dis  articles,  et  à  tout  le  droit  qu'il 

Sô  avoient  ou  avoir  pooient  en  toutes  les  coses  dessus 

dittes  que  nostre  dit  frère  nous  a  à  baillier,  délivrer 

*  et  delaissier  et  es  aultres  qui  d*or  en  avant  nous  doient 

demorer  ou  apertenir  par  les  dis  trettiés  et  pais  : 

[nous,  parmi  les  dittes  choses,  renonchons  expresse- 


1.  M».  B  4,  P»  229  To.  —  Ms.  B  1,  t.  II,  fo  158  ^o  (lacune). 

2.  J'-ck.  Nat.j  J  639,  no  11. 


[1360]  UVRE  PREIOKR,  $  488.  4S 

ment  à  toates  les  choses  qui  par  les  dis  traitteurs  et 
pais]  ne  doivent  estres  baillies  ne  demorer  à  nous^ 
pour  nous  ne  pour  nos  hoirs,  et  à  toutes  les  deman- 
des que  nous  faisions  ou  porions  faire  envers  nostre 
dit  fihère  de  France,  et  par  especial^  au  nom  et  au  5 
droit  de  la  couronne  et  dou  royaume  de  France,  à 
l'ommage,  souverainneté  et  demainne  de  la  duoé  de 
Normendie,  dou  ducé  de  Tourainne,  des  contés 
d'Ango  et  du  Mainne,  et  à  la  souverainneté  et  hom- 
mage dou  pays  et  de  la  conté  de  Flandres,  et  à  la  10 
souverainneté  et  hommage  de  la  ducé  de  Bretagne, 
et  à  toutes  aultres  demandes  que  nous  disions  ou 
Élire  porions  à  nostre  dit  frère,  pour  quelque  cause 
que  ce  fîist,  oultre  et  excepté  ce  que  par  ce  présent 
trettié  doit  demorer  à  nous  et  à  nos  hoirs.  Et  en  lui  45 
transportons,  cessons  et  délaissons,  et  il  en  nous,  et 
li  uns  en  l'autre,  au  mieulz  que  nous  poons,  tout  le 
droit  que  cescuns  de  nous  poroit  ou  poet  avoir  en 
toutes  les  coses  qui  par  le  dit  trettiet  et  pais  doient 
demorer  ou  estre  baillies  à  çascun  de  nous,  sauf  et  30 
réservé  as  églises  et  gens  d'églises  ce  qui  à  eulz  aper- 
tient  ou  poet  apertenir,  et  que  tout  ce  qui  a  esté 
occuppé  et  est  détenu  dou  leur  pour  ooquison  des 
guerres  leur  soit  [recompensé,  restitué  ^  et]  rendu  et 
délivré,  et  que  les  villes  et  forterèces  et  tous  les  ha-  25 
bitans  en  ycelles  seront  et  demorront  en  tèles  liber- 
tés et  francises  comme  elles  estoient  par  devant  en 
nostre  main  et  signourie,  et  leur  seront  confremés 
par  nostre  dit  frère  de  France,  se  il  en  est  requis,  se 
contraires  ne  sont  as  coses  devant  dittes.  Et  soume-  30 

1.  Ms.  A  8,  fo  227  vo,  _  Bfi.  B  1,  t  H,  f>  150(lacun<f). 


4  CHRONIQUES  DE  J.  FROISSÂRT.  [1360] 

tons,  quant  à  toutes  ces  coses,  nous  et  nos  hoirs  et 
successeurs  à  le  juridition  et  cohertion  de  l'église  de 
Romme.  Et  volons  et  consentons  que  nostre  Saint 
Père  le  pape  conferme  toutes  ces  coses^  en  donnant 

5  monitions  et  mandemens  generauls  sus  l'acomplisse- 
ment  d'îcelles  contre  nous^  nos  hoirs  et  successeurs, 
et  contre  tous  nos  subgès,  soient  communes  ^  col- 
lèges, universités  ou  personnes  singulères  quelcon- 
ques, en  donnant  sentenses  generauls  d'escumenie- 

10  ment,  de  suspention  et  d*entredit^  pour  estre  encheut 
par  nous  ou  par  eulz  par  ce  fait  et  si  tost  que  nous  ou 
eulz  ferons  ou  attempterons^  en  occuppant  ville  ou 
chastiel^  cité -ou  forterèce,  ouaultre  quelconque  cose 
faisant,  ratefîant  ou  [aggreant*],  en  donnant  conseil, 

15  confort,  faveur  ne  ayde,  celeement  ou  en  appert, 
contre  la  ditte  pais  :  desquèles  sentenses  il  ne  puis- 
sent estre  absols  jusques  qu'il  aient  fait  plenière  sa- 
tisfacion  à  tous  ceulz  qui  par  celui  fait  aront  soustenu 
ou  soustendront  damage.  Et  avoech  ce  volons  et 

20  consentons  que  nostre  Saint  Père  le  pape,  pour  ce 
que  plus  fermement  soit  tenue  et  gardée  la  ditte  pais 
à  perpétuité,  toutes  pactions^  confédérations,  allian- 
ces et  convenances,  comment  que  elles  puissent  estre 
nommées^  qui  poront  estre  prejudiciales  ou  obviier 

25  par  quelque  voie  à  la  ditte  pais  ou  temps  présent  ou 
à  venir,  supposé  que  elles  fuissent  fermes  ou  vallées 
par  painnes  et  par  sieremens  ou  confremées  de  nos- 
tre Saint  Père  le  pape  ou  d'autres,  soient  quassées, 
irritées  et  mises  au  noient,  comme  contraire  au  bien 

1.  Ms.  A  8,  f»  227  ▼•.  —  M».  B  1,  t.  n,  P»  159  :  «  âggrcrant.  ■ 


[1360]  LIVRE  PREMIER,  $  482.  45 

commun  et  au  bien  de  [paix  commune  ^]  et  pourfi- 
table  à  toute  crestienté,  et  desplaisans  à  Dieu^  et 
tous  sieremens  [fais  en  tel  cas  soient  relaciés^  et 
diserné  par  le  dit  nostre  Saint  Père  le  pape,  que 
nuls  ne  soit  tenus  à  tels  seremens*]^  alliances  et  cou-    5 
yenances  tenir  ou  garder,  et  deffendre  que  ou  temps 
à  venir  ne  soient  [faites*]  tèles  ou  samblables;  et^  se 
de  fait  aucuns  attemptoit  et  faisoit  le  contraire,  que 
dès  maintenant  les  casse  et  irrite,  et  rende  nulles  et 
de  nulle  vertu^  et  nientmains  nous  les  en  punirons,   10 
comme  violateurs  de  pais^  par  painne  de  eorps  et  de 
biens^  si  comme  li  cas  le  requerra  et  que  raisons  le 
vodra.  £t^  se  nous  faisions^  procurions  ou  souffrions 
estre  fait  le  contraire,  que  Diex  ne  voeille!   nous 
volons  estre  tenu  et  réputé  pour  desloyal  et  mençon-  15 
gier,  et  volons  encourir  en  tel  blasme  et  diffame 
comme  rois  sacrés  doit  encourir  en  tel  cas.  Et  jurons 
sus  le  corps  Jhesu  Cris  sacré  les  coses  dessus  dittes 
tenir^  garder  et  acomplir  et  encontre  non  venir  par 
nous  ou  par  aultre^  par  quelque  cause  ou  manière  so 
que  ce  soit.  Et  pour  ce  que  les  dittes  coses  et  çascune 
d'icelles  soient,  de  point  en  point  et  par  le  fourme 
et  manière  dessus  ditte,  tenues  et  acomplies,  nous 
obligons  nous^  nos  hoirs  et  tous  les  biens  de  nous  et 
de  nos  hoirs,  à  nostre  dit  frère  le  roy  de  France  et  85 
à  ses  hoirs ^  et  jurons  sus  saintes  Evangiles,  par 
nous  corporelment  touchies^  que  nous  parlerons^ 
attenderons  et  acomplirons,  ou  cas  dessus  dit^  tou* 

1.  Ms.  A  8,  f^  227  T*.  —  Ms.  B  1,  t.  II,  f>  159  t«  :  c  pays  commun. 
•—  Ms.  B  4,  f^  230  :  c  paix  commun»  i' 

2.  Ms.  B  ik.  —  Ms.  B  1  (lacune). 

3.  Ms.  B  4.  —  Ms  B  1  (lÉcane). 


46  CHRONIQUES  DE  J.  FROISSAAT.  [1360] 

tes  les  derant  dittes  coses  par  nous  prommises  et 
acordëes,  comme  devant  est  dit.  Et  volons  que^  ou 
cas  que  nostre  dit  frère  et  nostre  dit  neveu  aroient 
iaites  les  renonciations  et  envoiies  et  baillies,  comme 

5  dit  est,  et  les  dittes  lettres  ne  fuissent  baillies  à  nos- 
tre dit  firère  ou  à  ses  députes^  au  lieu,  au  terme  et 
par  le  [fourme  et  ^]  manière  que  dessus  est  dit,  dès 
lors  ou  cas  dessus  dit,  nos  présentes  lettres  et  quan- 
ques  compris  est  dedens^  aient  tant  de  vigheur^  d'ef- 

10  fect  et  fermeté  comme  aroient  nos  aultres  lettres  par 
nous  prommises  et  baillies,  comme  dessus  est  dit^ 
sauf  toutesvoies  et  réservé  pour  nous,  nos  hoirs  et 
successeurs,  que  les  dittes  lettres  dessus  eneorporées 
n'aient  aucun  effect,  ne  ne  nous  puissent  porter  au- 

15  cun  prejudisse  ou  damage  jusques  à  ce  que  nostre 
dit  frère  et  nostre  dit  neveu  aront  faites^  envoiies  et 
baillies  les  dittes  renunciations  par  le  manière  dessus 
ditte^  et  si  soufBssamment  baillies  et  délivrées  en 
temps  et  en  liu  que  il  souffisse  à  nous  et  à  nostre 

20  especial  conseil,  et  ossi  qu'il  ne  s'en  puissent  aidier 
contre  tous  nous^  nos  hoirs  et  successeurs^  en  au- 
cune manière^  se  non  ou  cas  dessus  dit«  En  tiesmoing 
de  laquel  cose^  nous  avons  fait  mettre  nostre  seel  à 
ces  présentes  lettres,  données  à  Calais,  le  vingt  qua- 

35  trime  jour  dou  mois  de  octembre,  l'an  de  grasce 
Nostre  Signeur  mil  trois  cens  et  soissante.  » 

§  483.  Quant  ceste  arrière  chartre,  qui  s'appelle 
lettre  des  renonciations  tant  d'un  roy  comme  de 
l'autre,  fii  escripte,  grossée  et  seelée^  on  le  lisi  et  pu- 

1.  Ms.  B  4,  P>  230.  —  M».  B  1,  t.  II,  f»  160  ▼<»  (1mw>«)- 


[1360]  UVBE  PRranER,  S  ^^'  ^^ 

blia  generaument  en  le  cambre  dou  Conseil^  presens 
les  deux  rois  dessus  nommés  et  leurs  eonsauls  :  si 
samblaà  çascun  à  estre  belle  et  bonne^  bien  dittee  et 
bien  ordenée.  Et  là  de  rechief  jurèrent  li  doy  roy  et 
leur  doy  ainsnet  fîl^  sus  les  saintes  ewangiles  corpo-  5 
rehnent  touchies  et  sus  le  corps  Jhesu  Ois  sacré,  à 
tenir^  garder  et  acomplir  et  non  enfiradndre  tous  les 
coses  dessus  dittes.  Depuis  encores^  par  Favis  et  re- 
gard dou  roy  de  France  et  de  son  estroit  conseil  et 
sus  le  fin  de  leur  parlement^  fîi  requis  li  rois  d'En-  lo 
gleterre  que  il  volsist  donner  et  acorder  une  com- 
mission gênerai  qui  s*estendesist  sus  tous  ciaulz  qui 
pour  le  temps  tenoient  en  l'ombre  de  se  guerre 
villes,  chastiaus  ou  forterèces  ou  royaume  de  France, 
par  quoi  il  euissent  cause,  conmiandement  et  co-  15 
gnissance  de  vuidier  et  partir. 

Li  rois  d'Engleterre,  qui  ne  voloit  que  tout  bien 
et  bonne  pais  nourir  entre  lui  et  son  frère  le  roy  de 
France,  ensi  que  juré  et  prommis  Favoit,  descendi  à 
ceste  cequeste  legierement,  et  li  sambla  de  raison.  90 
Et  commanda  à  ses  gens  que  elle  fust  faite  sus  le 
milleur  fourme  que  on  poroit,  à  Tentente  et  discré- 
tion dou  roy  de  France  son  frère  et  de  son  conseil. 
Adonc  de  rechief  se  remisent  li  plus  especial  dou 
conseil  des  deux  rois  dessus  nommés  ensamble,  et  25 
fîi  là  jettée^  escripte  et  puis  grossée,  par  l'avis  de 
l'un  et  de  l'autre,  une  commission  dont  la  teneur 
s'ensieut  ensi. 

§  484.  ((  Edouwars,  par  le  grasce  de  Dieu  roy  d'Ën- 
gleterre,  signeur  d'Irlande  et  d'Acquitainnes,  à  tous  30 
nos  chapitainnes,  gardes  de  villes  et  de  chastiaus. 


48  CHRONIQUES  DE  J.  FROISSART.  [1360] 

adherens  et  alliiés  estans  es  parties  de  France^  tant 
en  Pikardiei  en  Bourgongne,  en  Ango,  en  Berri^  en 
Normendie^  en  Bretagne^  en  Auvergne,  en  Campa- 
gne^ en  [Mainne  ^]  et  en  Tourainne  et  en  toutes  les 

5  mètes  et  limitations  dou  demainne  et  de  le  tenure 
de  France,  salut.  Comme  paix  et  acord  soient  fait 
entre  nous,  nos  alliiés,  aidans  et  adherens^  d'une 
part,  et  nostre  très  chier  frère  le  roy  de  France,  ses 
alliiés  et  adherens,  d'autre  part,  sus  tous  les  debas 

10  et  descors  que  nous  avons  eu  dou  temps  passet  ou 
porions  avoir  ensamble,  et  aions  juré  sus  le  corps 
Jhesu  Cris  la  ditte  pais,  et  ossi  nostre  très  chier  fil  et 
ainsné  et  aultres  enfans,  et  cil  de  nostre  sanch  avoec 
pluiseurs  prelas,  barons,  chevaliers  et  des  plus  no- 

l&  tables  de  nostre  royaume;  et  ossî  ont  juré  nostre  dit 

frère  et  nostre  dit  neveu  le  duch  de  Normendie  et 

nos  aultres  neveus  ses  en&ns  et  pluiseur  de  leur 

,  sanch  avoech  pluiseurs  prelas,  barons,  chevaliers  dou 

dit  royaume  de  France;  comme  ensi  soit  ou  aviegne 

20  que  aucun  guerrieur  de  nostre  royaume  et  de  nos 
subgès  se  poront  eflTorcier  de  faire  ou  d'entreprendre 
aucune  cose  contre  la  ditte  pais,  en  prenant  ou  déte- 
nant forterèces,  villes,  cités  ou  chastiaus,  ou  Élisant 
pillage  ou  prenant  gens  ou  arrestant  leurs  corps, 

25  leurs  biens  ou  marchandises,  ou  aultres  coses  faisant 
contre  la  ditte  pais,  de  quoi  il  nous  desplairoit  très 
grandement  et  ne  le  poKons  nullement  ne  vorrions 
passer  sus  Tombre  de  dissimulation  en  aucune  ma- 
nière, nous  volons  obviier  de  tout  nostre  pooir  es 

30  coses  dessus  dittes.  Si  volons,  desirons  et  ordonnons 

1.  Ms.  6  i,  ^  à44.  —  Mm.  B  1  et  B  i^  :  «  Hiimainne.  i 


[1360]  UVRE  PREMIER,  §  484.  49 

par  délibération  de  notre  conseil,  de  certainne  sieute^ 
que,  se  nulz  de  nos  subgès^  de  quelconques  estât  ne 
condition  qu'il  soit^  face  ou  efforce  de  faire  contre 
le  pais^  en  faisant  pillages,  prenant  ou  détenant  for- 
terèces,  personne  ou  biens  quelconques  dou  royaume  5 
de  France  ou  aultres  de  nostre  dit  frère,  de  ses  sub- 
gès^  alliiés  et  adherens  ou  aultres  quelconques  facent 
contre  la  ditte  pais^  et  il  n'est  delaissié,  cessé  et  de- 
porté  de  ce  faire  et  rendre  les  damages  que  fais  ara 
dedens  un  mois  apriès  ce  que  il  ara  esté  sur  ce  re-  lo 
quis  par  aucuns  de  nos  ofiîiciiers^  sergans^  persones 
publiques,  [que  ^]  par  tel  fait  seulement  et  sans  aultres 
procès,  condempnation  ou  déclaration  il  soient  dès 
lors  tous  réputés  pour  banis  de  nostre  royaume  et 
de  tout  nostre  pooir  et  ossi  dou  royaiune  et  terre  de  15 
nostre  dit  frère,  et  tous  leurs  biens  confisqués  et 
obligiés  à  nous  et  à  nostre  demainne.  Et  se  il  pooient 
estre  trouvé  en  nostre  royaulme,  nous  commandons 
et  volons  expressément  que  punitions  en  soit ,  faite 
comme  de  traittes  et  rebelles  à  nous,  par  le  manière  20 
qu'il  est  acoustumé  à  faire  en  crime  de  l'estat  majes- 
tal,  sans  &ire  sur  ce  grâce,  remission,  souffrance  ne 
pardon.  Et  samblablement  le  volons  faire  de  nos 
subgès,  de  quelconque  estât  qu'il  soient,  qui  en 
nostre  royaume  deçà  et  delà  la  mer  prenderont,  oc-  25 
cuperont  et  detenront  forterèces  quelconques  contre 
le  volenté  à  ceulz  de  qui  elles  seront,  ou  qui  boute- 
ront feus,  ranceneront  villes  ou  personnes,  en  facent 
pillages   ou  roberies,    ou    feront  ou    esmouveront 

1.  Touf  les  manusorits  de  Froissait  et  même  le  texte  original  du 
protocole  {Arch,  Nat,,  J  638,  n»  16^")  portent.:  cqni»,  que  nous  n'en 
considérons  pas  moins  comme  une  mauraise  leçon. 

VI  —  4 


50  CHRONIQUES  DE  J.  FROISSAKT.  [1360] 

guerre  en  nostre  pooir  et  sous  nos  subgès.  Si  man- 
dons^ commandons  et  enjoindons  destroitement  et 
expressément  à  tous  nos  seneschaus^  baiUieus^  pre- 
Yos^  chastellains  ou  aultres  nos  officiiers^  sur  quan- 

&  que  il  se  poeent  fourfaire  envers  nous^  et  sus  painne 
de  perdre  leurs  offisses^  qu'il  publient  et  facent  pu* 
bliier  ces  présentes  par  tous  les  lieus  notables  de 
leurs  senescaudies,  baillietés,  prevostés  et  chastelle* 
ries,  et  que  nulz,  ce  mandement  oy  et  veu,  ne  de- 

10  meure  en  forterèce  qu'il  tiegne  ou  dit  royaume  de 
France  hors  de  Tordenance  et  dou  trettiet  de  le 
pais,  sus  à  estre  ennemis  à  nous  et  à  nostre  dit  frère 
le  roy  de  [France,  et  toutes  les  coses  dessus  dittes 
gardent  et  facent  garder  entérinement  et  acomplir 

15  de  point  en  point.  Et  sacent  tout  que,  se  il  en  sont 
négligent  ou  defallant,  avoech  le  painne  dessus  ditte, 
nous  leur  ferons  rendre  les  damages  à  tous  ceulz  qui 
par  leur  deffaute  ou  negligense  aront  esté  grevés  ou 
damagiés.  Et  avoech  ce  les  en  punirons  par  tel  manière 

20  qu'il  sera  exemples  à  tous  aultres.  En  tesmoing  des- 
quèles  coses,  nous  avons  Ëiit  faire  cestes  nos  lettres 
patentes,  données  à  Calais  le  vingtquatrime  jour  dou 
mois  d'octembre.  Tan  de  grasce  Nostre  Signeur  mil 
trois  cens  et  soissante.  » 

25  §  485.  Apriès  toutes  ces  coses  Ëiites  et  devisées  et 
ces  lettres  et  commissions  baillies  et  délivrées,  et  si 
bien  tout  ordonné  par  l'avis  adonc  de  l'un  et  de  l'au- 
tre que  les  parties  se  tenoient  pour  content,  voîrs  est 
qu'il  fu  parlé  de  monsîgneur  Charle  de  Blois  et  de 

30  monsigneur  Jehan  de  Montfort  sus  l'estat  de  Bre- 
tagne, car  cescuns  reclamoit  avoir  grant  droit  à  Tire- 


[11160]  LIVRE  PREMIER,  §  48».  51 

tage  de  Bretagne.  Et  quoique  là  en  fust  parlementé 
et  regardé  comment  on  poroit  couchier  les  coses  et 
yaus  apaisier^  riens  n'en  fu  diffiniement  fait;  car^  si 
com  je  fui  depuis  enfourmés^  li  rois  d*Ëngleterre  et 
li  sien  n'i  avoient  mies  trop  grant  affection.  Car  il  5 
presumoient  le  temps  à  venir^  pour  ce  que  il  couve- 
noit  toutes  manières  de  gens  d'armes  de  leur  costé 
partir  et  vuidier  des  garnisons  et  forterèces  qu'il  te- 
noient  à  présent  et  avoient  tenu  ou  royaume  de 
France,  et  retraire  quel  part  que  fust;  et  miculz  va-  10 
loit  et  plus  pourfîtable  estoit  que  cil  guerrieur  et 
pilleur  se  retraisissent  en  la  ducé  de  Bretagne,  qui  est 
uns  des  cras  pays  dou  monde  et  bons  pour  tenir 
gens  d'armes,  que  donc  qu'il  revenissent  en  £ngle- 
terre,  car  leur  pays  en  poroit  estre  perdus  et  robes.   15 

Geste  imagination  fîst  assés  briefment  passer  les  En- 
glès  le  parlement  et  l'article  de  Bretagne,  dont  ce  fu 
pechiés  et  mal  fait  que  on  n'en  esploita  aultrement; 
car,  se  li  doy  roy  volsissent  bien  acertes  par  l'avis 
de  leurs  consaulz,  pais  euist  là  esté  entre  les  parties  20 
dessus  dittes,  et  se  fust  cescuns  tenus  à  ce  que  on  li 
euist  donné  et  départi,  et  si  euist  messires  Charles  de 
Blois  reus  ses  enfans  qui  gisoient  prisonnier  en  En- 
gleterre,  et  si  euist  plus  longement  vescu  qu'il  ne 
fist.  Et  pour  ce  qu'il  n'en  fu  riens  fait,  onques  les  25 
guerres  ne  furent  si  grandes  en  la  ducé  de  Bretagne, 
en  devant  l'ordenance  de  la  pais  des  deux  rois  dont 
nous  parlons  maintenant,  que  elles  ont  estet  depuis, 
si  com  vous  orés  avant  en  l'ystore  et  par  les  signeurs, 
barons  et  chevaliers  dou  pays  de  Bretagne  qui  ont  30 
soustenu  l'une  opinion  et  l'autre  :  siques  li  dus 
Henris  de  Lancastre,  qui  fu  vaillans  sires,  sages  et 


52  GHR0;NIQUES  de  J.  FROISSART.  [1360] 

imaginatis^  et  qui  trop  durement  amoit  le  conte  de 
Montfort  et  son  avancement^  dist  au  roy  Jehan  de 
France,  présent  le  roy  d'Engleterre  et  le  plus  grant 
partie  de  leurs  consaulz  :  «  Sire,   encores  ont  les 

5  triewes  de  Bretagne ,  qui  furent  prises  et  données 
devant  Rennes,  à  durer  jusques  au  premier  jour  de 
may  qui  vient.  Là  en  dedens  envoiera  li  rois  nos 
sires,  par  le  regard  de  son  conseil,  gens  de  par  lui 
et  de  par  son  fil  le  jone  duch  monsigneur  Jehan  de 

10  Montfort,  en  France  devers  vous,  et  cil  aront  pooir 
et  auctorité  d'entendre  et  de  prendre  tel  droit  que  li 
dis  messires  Jehans  poet  avoir  de  le  succession  son 
signeur  de  [père]  à  la  ducé  de  Bretagne,  et  que  vous 
et  vos  consaulz  et  li  nostres  mis  ensamhie  en  ordon- 

15  neront.  Et  pour  plus  grant  seurté,  c'est  bon  que  les 
triewes  soient  ralongies  jusques  à  le  Saint  Jehan 
Baptiste  ensievant.  »  Ënsi  fu  il  fait  comme  li  dessus 
dis  dus  de  Lancastre  le  parlementa,  et  puis  parlèrent 
li  signeur  d'aultre  cose. 

ao  §  486.  Li  rois  Jehans  de  France ,  qui  avoit  grant 
désir  de  retourner  en  son  royaume,  et  c'estoit  rai- 
sons, moustroit  au  roy  d'Engleterre  de  bon  corage 
tous  les  signes  d'amour  qu  il  pooit  et  ossi  à  son  neveu 
le  prince  de  Galles,  et  li  rois  d'Engleterre  otant  bien 

S5  à  lui.  Et  par  plus  grant  conjonction  d'amour,  li  doi 
roy,  quoique  il  s*appellassent  par  l'ordenance  de  le 
pais  frère,  donnèrent  à  quatre  chevaliers,  cescuns  de 
son  costé,  le  somme  de  huit  mif  frans  françois  de 
revenue  par  an,  c'est  à  entendre  cescun  deux  mil. 

30  Et  pour  ce  que  la  terre  de  Saint  Salveur  le  Visconte 
en  Constentin,  qui  venoit  au  roy  d'Engleterre  dou 


[1360]  LIVRE  PREMIER,  $  487.  53 

costé  monsigneur  Godefroy  de  Harcourt^  par  don  et 
par  vendage  que  li  dis  messires  Godefrois  en  avoit 
fait  au  dit  roy  d'Engleterre,  si  eom  il  est  contenu  ci 
dessus  en  ce  livre ,  et  que  la  ditte  terre  estoit  hors 
de  Fordenance  dou  trettié  de  le  pais,  et  couveuoit  5 
que,  quiconques  tenist  la  terre,  qu'il  en  fust  homs  de 
fief  et  d'ommage  au  roy  de  France,  et  pour  celi  cause 
li  rois  d'Engleterre  Tavoit  donné  et  réservé  à  monsi- 
gneur Jehan  Chandos,  qui  pluiseurs  biaus  services  li 
avoit  fais  et  à  ses  enfans.  De  quoi  li  rois  de  France,  10 
par  grant  délibération  de  corage  et  d*amour,  le  con- 
ferma  et  seela,  à  le  priière  dou  roy  d'Engleterre,  au 
dit  monsigneur  Jehan  Chandos,  à  tenir  et  possesser 
ensi  comme  son  bon  hyretage*  Si  es  ce  une  moult 
belle  terre  et  rendable,  car  elle  vault  bien  une  fois  15 
l'an  seize  mil  frans.  Encores  avoech  toutes  ces  coses 
furent  pluiseurs  aultres  lettres  faites  et  alliances,  des- 
quèlez  je  ne  puis  mies  dou  tout  faire  mention  ;  car 
quinze  jours  ou  environ  que  li  doy  roy  et  leur  enfant 
et  leurs  consaulz  furent  en  le  ville  de  Calais,  tous  les  SO 
jours  y  avoit  parlemens  et  nouvelles  ordenances,  en 
reconfermant  et  alloiant  le  paix.  Et  d'abundant  re- 
nouvelloient  lettres,  sans  brisier  ne  corrompre  les 
premières,  et  les  faisoient  toutes  sus  une  datte  pour 
estre  mieulz  seures  et  plus  approuvées,  desquèles  je  25 
euch  depuis  le  copie  par  les  registres  de  le  cancelerie 
de  Pun  roy  et  l'autre. 

§  487.  Quant  toutes  ces  coses  furent  si  bien  devi- 
sées  et  ordonnées  que  nulz  n'i  savoit  ne  pooit  par  rai- 
son riens  amender  ne  corrigier,  et  que  on  ne  cuidoit  30 
mies,  par  les  grandes  alliances  et  obligations  où  li  doy 


84  CHRONIQUES  DE  J.  FROISSART.  [1360] 

roy  et  leur  enfant  estoient  loîiet  et  avoient  juret,  que 
ceste  pais  se  deuist  brisier,  mais  si  fist,  si  com  vous 
orés  avant  ens  ou  livre,  et  que  tout  cil  qui  dévoient 
estre  oslagiier  pour  le  rédemption  dou  roy  de  France 

5  furent  venu  à  Calais,  et  que  li  rois  d'Engletenre 
leur  eut  juré  à  tenir  et  garder  paisieulement  en  son 
royaume,  et  que  li  sis  cens  mil  florin  furent  paiiet 
as  députés  le  roy  d'Engleterre,  li  dis  rois  d'Engleterre 
donna  au  roy  de  France  en  son  chastiel  de  Calais  un 

10  moult  grant  souper  et  bien  ordonné.  Et  servirent  si 
enfant  et  li  dus  de  Lancastre  et  li  plus  grant  baron 
d'Engleterre  à  nus  chiés.  Âpriès  ce  souper,  prisent  fina- 
blement  li  doy  roy  congiet  li  un  à  Fautre  moult  amia- 
blement,  et  retourna  li  rois  de  France  à  son  hostel. 

15  A  Fendemain,  qu'il  fu  la  vigile  Saint  Symon  et  Saint 
Jude,  se  parti  li  rois  de  France  de  Calais,  et  tout  cil  de 
son  costet  qui  partir  se  dévoient.  Et  se  mist  li  rois  de 
France  tout  à  piet  en  istance  que  pour  venir  en  pè- 
lerinage à  Nostre  Dame  de  Boulongne,  et  li  princes 

20  de  Galles  et  si  doi  frère  en  se  compagnie,  monsigneur 
Leonniel  et  monsigneur  Aymon%  Et  ensi  vinrent  il 
tout  de  piet  et  devant  disner  jusques  à  Boulongne, 
où  il  furent  receu  à  grant  joie.  Et  là  estoit  li  dus  de 
Normendie,  qui  les  attendoit.  Si  vinrent  li  dessus  dit 

25  sîgneur  tout  à  piet  en  Feglise  Nostre  Dame  de  Bou- 
longne, et  fisent  leurs  ofh:*andes  moult  deuement,  et 
puis  tournèrent  en  Tabbeye  de  laiens,  qui  estoit  appa- 
reillie  pour  le  roy  recevoir  et  les  enfans  dou  roy 
d'Engleterre.  Si  furent  là  ce  jour  et  la  nuit  ensie- 

30  vaut  dalés  le  roy  en  grant  revel  ;  et  Fendemain  bien 
matin  il  retournèrent  à  Calais  devers  le  roy  leur  père, 
qui  les  attendoit.  Si  rapassèrent  tout  cil  signeur  en- 


[1360]  LIVRE  PREMIER,  $  488.  85 

samble  le  mer  et  li  ostagiier  de  Franee  :  ce  fu  la 
vigile  de  Toussains  l'an  mil  trois  cens  et  soissante. 

§  488.  Or  est  raisons  que  je  tous  nomme  tous  les 
nobles  dou  royaume  de  France  qui  entrèrent  en  En- 
gleterre  pour  le  roy  de  France  :  premièrement  mon-    5 
signeur  Phelippe  duc  d'Orliiens  jadis  filz  dou  roy 
Phelippe  de  France^  en  apriès  ses  deux  neveus^  le 
duch  d'Ango  et  le  duch  de  Berri^  et  puis  le  duch  de 
Bourbon^    le   conte  d'Alençon,  monsigneur  Jehan 
d'Estampes^  Gui  de  Blois  pour  le  conte   Loeis  de  lo 
Blois  son  frère^  le  conte  de  Saint  Pol,  le  conte  de 
Harcourt^  le  conte  daufin  d'Auvergne,  monsigneur 
Engherant  signeur  de  Couci,  monsigneur  Jehan  de 
Lini^  le  conte  de  Porsiien,  le  conte  de  Brainne,  le 
signeur  de  Montmorensi^  le   signeur  de  Roie^  le  15 
signeur  de  Praiiaus,  le  signeur  d'Estouteville,  le  si- 
gneur de  Clères,  le  signeur  de   Saint   Venant^  le 
signeur  de  la  Tour  d'Auvergne,  le   signeur  d'En- 
glure,  le  signeur  de  Trainiel,  le  signeur  de  Mau- 
lévrier,  le  signeur  de  Bouberk  et  le  signeur  d'An-  20 
dresel  et  encores  des  aultres  que  je  ne  puis  ou  sai 
tous  nommer.  Ossi  de  h,  bonne  cité  de  Paris,  de 
Thoulouse,  de  Roem,  de  Rains,  de  Bourges  en  Berri, 
de  Tours  en  Touraine,  de  Lyons  sus  le  Rosne,  de 
Sens  en  Boui^ongne,  d'Orliiens,  de  Troies,  de  Chaa-  25 
Ions  en  Champagne,  d'Amiens,  de  Biauvais,  d'Arras, 
de  Tournay,  de  Rem  en  Normendie,  de  Saint  Omer, 
de  Lille  et  de  Douay,  de  çascune  deux  ou  quatre 
bourgois.  Si  passèrent  fînablement  tout  le  mer  et 
s'en  vinrent  amanagier  en  le  bonne  cité  de  Londres.  30 
Là  les  recarga  li  rois  d'Engleterre  au  maieur  de  Lon- 


56  CHRONIQUES  DE  J.  FROISSART.  [1360] 

dres  et  à  ses  officiiers,  et  leur  commanda  et  enjoindi, 
sur  quanqu'il  se  pooient  meffaire  envers  lui^  que  il 
fuissent  à  ces  signeurs  et  à  ces  gens  courtois ,  et  les 
fesissent  yaus  et  leurs  gens  tenir  en  pais,  car  il  es- 
5  toient  en  se  garde.  Li  commandemens  dou  roy  fu 
tenus  et  bien  gai^dés  en  toutes  manières.  Et  aloient 
cil  hostagier  jeuer  sans  péril  et  sans  rihote  aval  le 
cité  de  Londres  et  environ.  Et  li  signeur  aloient  ca- 
chier  et  voler  à  leur  volenté  et  yaus  esbatre  et  de- 
10  duire  sus  le  pays  et  veoir  les  dames  et  les  signeurs 
ensi  conmie  il  leur  plaisoit;  ne  onques  ne  furent 
constraint,  mais  trouvèrent  le  roy  d'Engleterre  moult 
amiable  et  moult  courtois.  Or  parlerons  un  petit  dou 
roy  de  France  qui  estoit  venus  à  Boulongne. 

15  $  489.  Li  rois  de  France  ne  séjourna  gaires  à  Bou- 
longne sus  mer,  mes  s'en  parti  tantost  apriès  le  fieste 
de  le  Toussains,  et  vint  à  Moustruel  et  puis  à  Hedin^ 
et  fîst  tant  que  il  entra  en  le  bonne  cité  d'Amiens,  et 
partout  estoit  il  receus  grandement  et  noblement. 

20  Quant  il  eut  esté  à  Amiens,  où  il  se  tint  priés  jusques 
au  Noël,  il  s'en  parti  et  vint  à  Paris.  Là  fu  il  solen- 
nelment  et  reveramment  receus,  et  à  grans  pources- 
sions  de  tout  le  clergié  de  Paris  amenés  et  aconvoiiés 
jusques  au  palais  là  où  il  descendis  et  messires  Phe- 

25  lippes  ses  filz  ossi,  et  tout  li  signeur  qui  avoecques 
le  roy  estoient.  Et  là  fu  li  disners  grans  et  nobles  et 
bien  estoffés.  Je  ne  vous  aroie  jamais  devisé  com 
poissamment  li  rois  de  France  fu  recueillies,  à  ce  re- 
tour en  son  royaume,  de  toutes  manières  de  gens, 

80  car  il  y  estoit  moult  désirés.  Se  li  donna  on  des  biaus 
dons  et  fist  on  des  riches  presens,  et  le  vinrent  veoir 


[1360]  LIVRE  PREMIER,  S  ^^0.  57 

et  yiseter  li  prélat  et  li  baron  de  son  royaume,  et  le 
festioient  et  conjoissoient  ensi  eomme  il  apçrtenoit^ 
et  li  rois  les  i^cevoit  doucement  et  bellement^  car 
moult  bien  le  savoit  £ïire. 

§  490.  Assés  tost  apriès  ce  que  li  rois  Jehans  fu    5 
retournés  en  France^  passèrent  le  mer  li  commis  et 
establi  de  par  le  roy  d'Engleterre  pour  prendre  le 
possession  de[s]  terres^  des  pays^  des  contés,  des  se- 
neschàudies^  des  cités,  des  villes,  des  chastiaus  et  des 
forterèces  qui  li  dévoient  estre  baillies  et  délivrées  lO 
par  le  trettiet  de  le  pais.  Si  ne  fu  mies  si  tost  fait, 
car  pluiseurs  signeurs  en  le  Langue  d'och  ne  veurent 
mies  de  premiers  obéir  ne  yaus  rendre  au  roy  d'En- 
gleterre^ quoique  li  rois  de  France  les  quittast  de  foy 
et  d'ommage^  et  leur  venoit  à  trop  grant  contraire  et  15 
diversité  ce  que  estre  engiès  les  couvenoit,  et  espe- 
cialment  ens  es  lontainnes  marées,  le  conte  de  Pie- 
regorch,  le  conte   de  Comminges^  le  visconte  de 
Chastielbon^  le  visconte  de  Quarmain,  le  signeur  de 
Taride^  le  signeur  de  Pincornet  et  pluiseur  aultre.   30 
Et  s'esmervilloient  trop  dou  ressort  dont  li  rois  de 
France  les  quittoit.  Et  disoient  li  aucun  que  il  n'aper- 
tenoit  mies  à  lui  à  quitter  et  que  par  droit  il  ne  le 
pooit  faire^  car  il  estoient  en  le  Gascongne  tifop  an- 
ciiennement  chartret  et  privilegiiet  dou  grant  Char-  S5 
lemainne,  qui  fu  rois  de  France  et  d'Alemagne  et  em- 
"  perères  de  Romme^  que  nuls  rois  de  France  ne  pooit 
mettre  le  ressort  en  aultre  court  qu'en  le  sienne,  et 
pour  ce  ne  veurent  mies  cil  signeur  de  premiers  le- 
gierement  obéir.  Mais  li  rois  de  France,  qui  voloit  80 
tenir  et  à  son  pooir  acomplir  ce  qu'il  avoit  jiu*et  et 


88  CHROmQUES  DB  J.  FROISSâRT.  [4360] 

seelet,  y  envoia  monsigneur  Jakemon  de  Bourbon, 
son  chier  cousin^  liquelz  apaisa  le  plus  grant  partie 
de  ces  signeurs.  Et  dennr^t  homme  cil  qui  devenir 
le  dévoient  au  roy  d*£iigl<?terre^  li  contes  d'Ermi- 
5  gnach,  li  sires  de  Labreth  et  moult  d  aultres  qui  à  le 
priière  dou  roy  de  France  et  de  monsigneur  Jake- 
mon de  Bourbon  obéirent^  com  envis  que  ce  fust. 
A  Tautre  costé,  ossi  sus  le  marine^  en  Poito  et  en 
Rocellois  et  tout  en  Saintonge,  vint  il  à  trop  grant 
10  desplaisir  as  barons,  as  chevaliers  et  as  bonnes  villes 
dou  pays,  quant  il  les  convînt  estre  englès.  Et  par 
especial  cil  de  le  ville  de  le  Rocelle  ne  sU  voloient 
acorder  et  s'escusèrent  par  trop  de  fois,  et  detriièrent 
plus  d'un  an  que  onques  il  ne  veurent  laissier  entrer 
15  Englès  en  leur  ville.  Et  se  poroit  on  esmervillier  des 
douces,  amiables  et  piteuses  paroUes  qu'il  escrisoient 
et  rescrisoient  au  roy  de  France ,  en  suppliant  pour 
Dieu  que  il  ne  les  volsist  mies  quitter  de  leurs  fois 
ne  eslongier  de  son  demainne  ne  mettre  en  mains 
20  estragnes^  et  que  il  avoient  plus  chier  à  estre  tailliet 
tous  les  ans  de  le  moitiet  de  leur  chavance  que  donc 
que  il  fuissent  ens  es  mains  des  Englès.  Sachiés  que 
li  rois  de  France,  qui  veoit  leur  bonne  volenté  et 
loyauté  et  ooit  leurs  escusances  moult  souvent,  avoit 
25  grant  pité  d'yaus;  mais  il  leur  mandoit  et  rescrisoit 
affectueusement  et  songneusement  que  il  les  couve- 
noit  obéir  :  aultrement  la  pais  seroitenfrainte  et  bri- 
sie,  par  lequel  coupe  ce  seroit  trop  grant  prejudisse 
au  royaume  de  France.  Siques  quant  cil  de  le  Ro- 
se celle  veirent  le  destroit,  et  que  escusances  ne  mous- 
trances  ne  priières  que  il  fesissent  ne  valloient  riens, 
il  obéirent,  mes  ce  fu  à  trop  grant  dur.  Et  disent  bien 


[1361]  LIVRE  PREMIER,  §  491.  59 

li  plus  notable  de  le  ville  de  le  Roeelle  :  <r  Nous  aour- 
rons  les  Englès  des  lèvres^  mais  li  coers  ne  s'en  mou- 
vera  ja.  » 

Ensi  eut  li  rois  d'Ënjsft^lerre  le  saisine  et  possession 
de  la  ducé  d'Aqiiitainnes,  déh  conté  de  Pontieu  et  de     5 
Ghines  et  de  toutes  les  terres  que  il  devoit  avoir  par 
deçà  la  mer^  c'est  à  entendre  ou  royaume  de  France, 
qui  li  estoient  données  et  acordées  par  Tordenance 
dou  trettié.  Et  proprement  en  ceste  anée  passa  messî- 
res  Jehans  Chandos^  comme  regens  et  lieutenans  de  lo 
par  le  roy  d'Engleterre,  et  vint  prendre  le  possession 
de  toutes  les  terres  dessus  dittes,  les  fois  et  les  hom- 
mages des  contes,  des  viscontes^  des  barons  et  des 
chevaliers^  des  cités,  des  villes  et  des  forterèces^  et 
mist  et  institua  partout  seneschaus^  baillieus^  ofiî-  15 
cuiers  à  sen  ordenance^  et  vint  demorer  à  Niorth.  Si 
tenoit  li  dis  mesires  Jehans  Chandos  grant  estât  et 
noble^  et  bien  avoit  de  quoi,  quant  li  rois  d'Engle- 
terre  qui  moult  Tamoit  le  voloit^  et  certes  il  en  estoit 
bien  mérites^  car  il  fu  doulz  chevaliers^  courtois  et  so 
amiables,  larges^  preus,  sages  et  loyaus  en  tous  estas 
et  qui  vaillamment  se  savoit  estre  et  avoir  entre  tous 
signeurs  et  toutes  dames,  onques  chevaliers  de  son 
temps  mieus  de  li. 

§  491  •  Entrues  que  li  commis  et  député  de  par  le  25 
roy  d'Engleterre  prendoient  les  saisines  et  posses- 
sions des  terres  dessus  dittes,  si  com  ordenance  de 
trettié  et  de  pais  se  portoit^  estoient  aultre  commis  et 
establi  ossi  de  par  le  roy  d'Engleterre  ens  es  mètes 
et  limitations  de  France  avoecques  les  gens  dou  roy  30 
de  France^  qui  faisoient  vuidier  et  partir  toutes  ma- 


60  CHRONIQUES  DE  J.  FROISSART.  [1361] 

nières  de  gens  d'armes  des  fors  et  des  garnisons  qu'il 
tenoient.  Et  Ivmv  oonimanfl<M(nt  et  enjoindoient 
estroitement^  s\is  a  perdra  c^^ips  et  avoir  et  estre 
ennemi  au  roy  d'Eni^Ieteri^e,  quf  il  baillassent  et  de- 

5  livrassent  les  forloi  cop*>  qu^il  k  soient  as  gens  dou 
roy  de  France.  Là  avoit  aucuns  chapitainnes^  cheva- 
liei*s  et  escuiers  de  le  nation  et  dou  ressort  d'Engle- 
terre  qui  obeissoient  et  qui  rendoient  ou  faisoient  ren- 
dre par  leurs  compagnons  les  dis  fors  qu'il  tenoient. 

10  Et  s'en  y  avoit  ossi  de  telz  qui  ne  voloient  obéir; 
et  disoient  qu'il  faisoient  guerre  en  l'ombre  et  nom 
dou  roy  de  Navarre.  Et  encores  en  y  avoit  assés  d'es- 
tragnes  nations  qui  estoient  grant  chapitainne  et 
grant  pilleur  qui  ne  s'en  voloient  mies  partir  si  le- 

15  gierement  telz  que  Alemans,  Braibençons,  Flamens, 
Haynuiers,  Bretons,  Gascons,  mauvais  François  qui 
estoient  apovrî  des  guerres  :  se  voloient  recouvrer  au 
guerriier  le  dit  royaume  de  France.  De  quoi  telz  ma- 
nières de  gens  persévérèrent  en  leur  mauvaisté  et 

20  fisent  depuis  moult  de  mauls  ou  dit  royaume,  oultre 
tous  chiaus  qui  grever  les  voloient.  Et  quant  les  cha- 
pitainnes  des  dis  fors  estoient  parti  courtoisement 
et  avoient  rendu  ce  qu'il  tenoient  et  il  se  trouvoient 
sus  les  camps,  il  donnoient  leurs  gens  congiet.  Cil 

25  qui  avoient  apris  à  pillier  et  qui  bien  savoient  que 
de  retournei  en  leur  pays  ne  lor  estoît  point  pourfi- 
table,  ou  e&poir  n'i  osoient  il  retourner  pour  les  vil- 
lains  fais  dont  il  estoient  acusé,  se  cueilloient  en- 
samble  et  faisoient  nouviaus  chapitainnes  et  pren- 

30  doient  par  droite  élection  tout  le  pieur  des  leurs,  et 
puis  chevauçoient  oultre  en  sievant  l'un  l'autre.  Si 
se  recueillièrent  premièrement  en  Champagne  et  en 


[1361]  LIVRE  PREBOER,  §  491.  61 

Bourgongne^  et  fisent  là  grandes  routes  et  grandes 
compagnies  qui  s'appelloient  les  Tart  Venus,  pour 
tant  que  il  avoient  encores  peu  pilliet  ens  ou 
royaume  de  France.  Si  vinrent  et  prisent  soudaînne- 
ment  en  Campagne  le  fort  chastiel  de  Genville  et  très  5 
grant  avoir  dedens  que  on  y  avoit  assamblé  de  tout 
le  pays  d'environ  sus  le  fiance  dou  fort  lieu.  Et  quant 
ces  Ck)mpagnes  eurent  trouvé  ce  grant  avoir,  qui  bien 
estoit  prisiés  à  cent  mil  frans,  il  le  départirent  entre 
yaus  tant  qu'il  peut  durer.  Et  tinrent  le  chastiel  un  lo 
temps;  et  coururent  et  gastèrent  tout  le  pays  de 
Champagne^  l'evesqué  de  Vredun,  de  Toul  et  de 
Lengres.  Et  quant  il  eurent  assés  pilliet^  il  passèrent 
oultre,  mes  il  vendirent  ançois  le  chastiel  de  Gen« 
ville  à  chiaus  dou  pays  et  en  eurent  vingt  mil  15 
frans. 

Et  puis  entrèrent  en  Bourgongne  et  là  s'en  vinrent 
esbatre  et  reposer  et  raireschir,  en  attendant  l'un 
l'autre;  et  y  fisent  moult  de  mauls  et  de  villains  fais^ 
car  il  avoient  de  leur  acord  aucuns  chevaliers  et  es-  20 
cuiers  dou  pays  qui  les  menoient  et  conduisoient.  Si 
se  tinrent  un  grant  temps  entours  Besençon,  Digon 
et  Biaune  et  robèrent  tout  celi  pays,  car  nulz  n'aloit 
au  devant.  Et  prisent  le  bonne  ville  de  Givri  en 
Biaunois  et  le  robèrent  et  pillièrent  toute^  et  se  tin-  35 
rent  là  un  temps  et  entours  Vregi  pour  le  cause  dou 
cras  pays.  Et  toutdis  accroissoit  leurs  nombres^  car 
cil  qui  se  partoient  des  forterèces  et  lesquels  leur 
mestre  donnoient  congiet^  se  traioient  tous  celle  part. 
Si  furent  bien  dedens  le  quaresme  quinze  mil  comba-  30 
tans.  Quant  il  se  trouvèrent  si  grant  nombre,  il  or- 
donnèrent et  establirent  entre  yaus  pluiseurs  cha- 


/^ 


62  CHRONIQUES  DE  J.  FROISSART.  [136J] 

pitainnes  à  qui  il  obéirent  dou  tout.  Si  vous  en 
nommerai  aucuns.  Li  plus  grans  mestres  entre  yaus 
estoit  uns  chevaliers  ^  Gascongne^  qui  s'appeUoit 
messires  Segins  de  Batefol  :  cilz  avoit  de  se  route 

5  bien  deux  mil  combatans.  Ëncores  y  estoient  Talbart 
Talbardon,  Guios  dou  Pin,  Ëspiote,  le  Petit  Mes- 
chin^  Batillier,  Hanekin  François,  le  Bourch  Gamus^ 
le  JBourc  de  Lespare,  Naudon  de  Bagherant,  le 
Bourch  de  Bretueil^  Lamit^  Hagre  l'Escot,  ÂUn^est, 

10  Ourri  l'Alemant^  Bourduelle,  Bernart  de  la  Sale^  Ro- 
bert Brikety  Carsuelle,  Ainmenion  d'Ortige,  Garsiot 
dou  Chastiel,  Guionet  de  Paus,  Hortingo  de  la  Salle 
et  pluiseurs  aultres. 

Si  se  avisèrent  ces  Compagnes,  environ  le  mi  qua- 

15  resme^  qu'il  se  trairoient  vers  Avignon  et  iroient 
veoir  le  pape  et  les  cardinaulz.  Si  passèrent  oultre  et 
entrèrent  en  le  conté  de  Mascons  et  s'adrecièrent 
pour  venir  en  le  conté  de  Forès^  ce  bon  cras  pays, 
et  vers  Lyons  sus  le  Rosne. 

20  §  492.  Lî  rois  de  France  entendi  ces  nouvelles 
que  ces  Compagnes  monteplioîent  ensi^  qui  gastoient 
et  essilloient  son  royaume  :  si  en  fu  durement  cou- 
rouciés;  car  il  li  fu  dit  et  remoustré  par  grant  espe- 
cialité  de  conseil  que  ces  Compagnes  poroient  si 

25  montepliier  que  ilz  feroient  plus  de  mauls  et  de  vil- 
lains  fais  ou  royaume  de  France,  ensi  que  ja  faisoient^ 
que  li  guerre  des  Englès  n'euist  fait.  Si  eut  avis  et 
conseil  li  dis  rois  que  d  envoiier  contre  yaus  et  com- 
batre.  Si  en  escrisi  li  rois  de  France  especiaument  et 

30  souverainnement  devers  son  cousin^  monsigneur 
Jakemon  de  Bourbon^  qui  se  tenoit  adonc  en  le  ville 


[136i]  UVR£  PREMIER,  $  492.  63 

de  Montpellier;  et  avoit  mis  nouvellement  monsi- 
gneur  Jehan  Chandos  en  le  saisine  et  possession  de 
pluiseurs  terres^  cités^  villes  et  chastiaus  de  la  ducé 
de  Ghiane^  si  comme  ci  dessus  est  contenu.  Et  li 
mandoit  li  dis  rois  que  il  se  fesist  chiés  contre  ces  5 
Compagnes  et  presist  tant  de  gens  d'armes  de  tous 
costés  que  il  fust  fors  assés  pour  yaus  combatre. 

Quant  messires  Jakemes  de  Bourbon  entendi  ces 
nouvelles^  il  s'avala  incontinent  vers  Avignon  sans 
faire  nulle  part  point  d'arrest.  Et  envoioit  partout  10 
lettres  et  messages  en  priant  et  commandant  les  no- 
bles, chevaliers  et  escuiers^   ou  nom  dou  roy  de 
France,  que  il  traisissent  avant  devers  Lyons  sus  le 
Rosne,  car  il  voloit  ces  maies  gens  combatre.  Li  dis 
messires  Jakemes  de  Bourbon  estoit  tant  amés  des  15 
gentilz  hommes  parmi  le  royaume  de  France  que 
cescuns  obeissoit  à  lui  très  volentiers.  Si  le  sievoient 
chevalier  et  escuier  de  tous  costés,  d'Auvergne ,  de 
Limozin,  de  Prouvence,  de  Savoie  et  de  le  daufîné 
deViane.  Et  d'autre  part  ossi  revenoient  grant  fuison  20 
de  chevaliers  et  d'escuiers  de  la  ducé  et  de  la  conté 
de  Bourgongne ,  que  li  jones  dus  de  Boui^ongne  y 
envoioit.  Si  se  traioient  toutes  ces  gens  d'armes  et 
passoient  otdtre,  ensi  qu'il  venoient,  devers  Lyons  sus 
le  Rosne  et  en  le  conté  de  Mascons.  Si  s* en  vint  mes-  25 
sires  Jakemes  de  Bourbon  en  le  conté  de  Forés  dont 
la  contesse  de  Forés  sa  suer  estoit  dame  de  par  ses 
enfans,  car  li  contes  de  Forés  ses  maris  estoit  nou- 
vellement trespassés.  Et  gouvrenoit  pour  le  temps 
d'adonc  messires  Renaulz  de  Forés ,  frères  au  dit  30 
conte  y  la  conté  de  Forés,  liquelz  recueiila  le  dit 
monsigneur  Jakemon  et  ses  gens  moult  liement.  Et 


64  CHRONIQUES  DE  J.  FROISSART.  [1361] 

là  estoient  si  doi  neveu^  et  neveu  ossi  à  monsigneur 
JakemoQ^  à  qui  il  les  représenta  moult  doucement. 
Lî  dis  messires  Jakemes  les  reçut  moult  bellement  et 
les  mist  dalés  lui  pour  chevaueier  et  yaus  armer  et 
5  pour  aidier  à  deffendre  leur  pays^  car  les  Compagnes 
tiroient  à  venir  celle  part. 

§  493.  Quant  ces  routes  et  ces  Compagnes,  qui  se 
tenoient  vers  Chalon  sus  la  Sone  et  environ  Tournus 
et  tout  là  en  ce  bon  pays  et  cras^  entendirent  que  li 

10  François  se  recueilloient  et  assambloient  pour  yaus 
combatre,  si  se  traisent  les  chapitainnes  tout  ensam- 
ble  pour  avoir  avis  et  conseil  comment  il  se  main- 
tenroient.  Si  nombrèrent  entre  yaus  leurs  gens  et 
leurs  routes  et  trouvèrent  qu'il  estoient  environ  seize 

15  mil  combatansy  uns  c'autres.  Si  disent  ensi  entre 
yaus  :  a  Nous  irons  contre  ces  François  qui  nous  dé- 
sirent à  trouver  et  les  combaterons  à  nostre  avantage^ 
se  nous  poons^  ne  mies  aultrement.  S'aventure  donne 
que  li  fortune  soit  pour  nous^  nous  serons  tout  riche 

20  et  recouvré  pour  un  grant  temps  ^  tant  en  bons  pri- 
sonniers que  nous  prenderons  que  en  ce  que  nous 
serons  si  redoubté  où  nous  irons  que  nus  ne  se  met- 
tent contre  nous;  et  se  nous  perdons ,  nous  serons 
paiiet  de  nos  gages,  d 

25  Cilz  pourpos  fîi  entre  yaus  tenus  et  arrestés.  Si  se 
deslogièrent  et  montèrent  contremont  par  devers  les 
montagnes  pour  entrer  en  le  conté  de  Forés  et  venir 
sus  le  rivière  de  Loire.  Et  trouvèrent  en  leur  chemin 
une  bonne  ville  qui  s'appelle  Chierleu^  dou  bailliage 

30  de  Mascons;  si  l'environnèrent  et  assallirent  forte-' 
ment  et  se  misent  en  grant  painne  dou  prendre.  Et 


[i36î]  LIVRE  PREMIER,  §  494.  65 

y  furent  à  Passaut  un  jour  tout  entier^  mes  riens  n'i 
fisent^  car  elle  fu  bien  gardée  et  bien  deffendue  des 
gentiiz  hommes  dou  pays  qui  s'i  estoient  retrait  : 
aultrement  elle  euist  esté  prise.  Il  passèrent  oultre  et 
s'espardirent  parmi  la  terre  le  signeur  de  Biaugeu  5 
qui  marcist  illuech^  et  y  lisent  moult  de  maulz.  Et 
puis  tantost  entrèrent  en  Tarcevesquié  de  Lyons;  et 
ensi  qu'il  aloient  et  cheminoient^  il  prendoient  petis 
fors  où  il  se  logoient  et  fisent  moult  de  destourbiers 
partout  où  il  conversèrent.  Et  prisent  un  chastiel^  et  lo 
le  signeur  et  la  dame  dedens,  qui  s'appelle  Brinay,  à 
trois  liewes  de  Lyons  sus  le  Rosne.  Là  se  logièrent  il 
et  arrestèrent,  car  il  entendirent  que  li  François  es- 
toient tout  trait  sus  les  camps  et  apparillié  pour  yaus 
eombatre.  15 

§  494.  Ces  gens  d'armes,  assamblés  avoech  mon- 
signeur  Jakemon  de  Bourbon  qui  se  tenoit  à  Lyons 
sus  le  Rosne  et  là  environ,  entendirent  que  les  Com- 
pagnes approçoient  durement  et  avoient  pris  le  ville 
de  Brinay  et  encores  des  aultres  fors,  et  gastoient  et  20 
exilloient  tout  le  pays.  Si  despleurent  moult  ces  nou- 
velles à  monsigneur  Jakemon  de  Bourbon,  pour  tant 
que  il  avoit  en  gouvrenance  le  conté  de  Forés,  la 
ten'e  à  ses  neveus,  et  ossi  fist  il  à  tous  les  aultres.  Si 
se  misent  as  camps,  et  se  trouvèrent  grant  fuison  de  25 
bonnes  gens  d'armes,  chevaliers  et  es.cuiers,  et  che- 
vaucièrent  par  devers  les  ennemis  et  envoiièrent 
leurs  coureurs  devant  pour  savoir  quels  gens  il  trou- 
veroient. 

Or  vous  dirai  le  grant  malisse  des  Compagnes  :  il  30 
estoient  logiet  sus  une  montagne  et  avoient  envoiiet 

VI  —  5 


66  GEŒIONIQUES  DE  J.  FROISSART.  [i36t] 

desous^  [en  lieu  ']  où  on  ne  les  pooit  aviser  ne  ap- 
procier,  la  droite  moitié  de  leurs  gens  et  les  mieus  à 
harnas,  et  laissièrent  ces  coureurs  françois,  tout  de 
fait  avisety  approcier  si  priés  d'yaus  que  il  les  euis- 
5  sent  bien^  se  il  volsissent.  Et  retournèrent  cil  sans 
damage  devers  monsigneur  Jakemon  de  Bourbon  et 
le  viconte  d'Usés  et  messire  Renault  de  Forés  et  les 
signeurs  qui  là  les  avoîent  envoiiés.  Si  en  recordé- 
rent  au  plus  priés  qu'il  peurent  de  ce  que  il  avoient 

10  veu  et  disent  ensi  :  «  Nous  avons  veu  les  Compagnes 
rengies  et  ordenées  sus  un  tertre,  et  bien  avisé  à 
nostre  loyal  pooir;  mais,  tout  considéré^  il  ne  sont 
non  plus  de  cinq  ou  de  six  mil  hommes  là  environ^ 
et  encores  sont  il  si  mal  armé  que  merveiHes.  » 

15  Quant  messires  Jakemes  de  Bourbon  oy  ce  raport, 
si  dist  à  TÂrceprestre  qui  estoit  assés  priés  de  lui  : 
oc  Ârcheprestre,  vous  m'aviés  dit  qu'il  estoient  bien 
quinze  mil  combatans^  et  vous  oés  tout  le  contraire.  » 
—  «  Sire,  respondi  li  Arceprestres^  encores  n'en  y 

20  cuide  jou  mies  mains  ;  et  se  il  n'i  sont^  Diex  y  ait 
parti  C'est  tout  pour  nous,  si  regardés  que  vous 
volés  Ëiire.  »  —  «  En  nom  Dieu,  respondi  messires 
Jakemes  de  Bourbon,  nous  les  irons  combatre  ou 
nom  de  Dieu  et  de  saint  Jorge.  » 

25  Là  fist  li  dis  messires  Jakemes  arrester  sus  les 
camps  toutes  ses  banières  et  ses  pennons  et  cmionna 
ses  batailles  et  inist  en  très  bon  arroy  ensi  que  pour 
tantost  combatre^  car  il  veoient  leurs  ennemis  devant 
yaus.  Et  fist  là  pluiseurs  nouviaus  chevaliers  :  pre- 

30  mierement  son  ainsné  Fil  messire  Pîère,  et  leva  ba- 

1.  Ms.  B  4,  f^  S34  vo.  —  Ms.  B  1,  t.  U,  t»  166  vo  (lacune). 


[1362]  UYRE  PREBOEa,  $  494.  67 

nière,  et  son  neveu  le  jone  conte  de  Forés,  et  leva 
banière  ossi,  et  le  signeur  de  Yillars  et  de  Rousseil- 
Ion,  et  leva  banière,  et  li  sires  de  Tourqon^  et  li  sires 
de  Montelimar  et  li  sires  de  Groulée^  de  le  Daufîné. 
Là  estoient  messires  Robers  et  messires  Loeis  de  5 
Biaugeu,  [messires  Loys^]  de  Ghalon^  messires  Huges 
de  Viane ,  li  vieontes  d'Uzès  et  pluiseurs  bons  ehe- 
Taliers  et  escuiers  de  là  environ^  qui  tout  se  desi- 
roient  à  avanciër  pour  honneur,  et  ruer  ces  Compa- 
gnes jus  qui  vivoient  sans  nul  title  de  raison.  Si  fu  lo 
ordonnés  li  Arceprestres^  qui  s'appelloit  messires  Re- 
naulz  de  Cervole^  à  gouvrener  la  première  bataille  et 
Fentreprist  volentiers,  car  il  fu  hardis  et  appers  che- 
valiers durement  et  avoit  en  se  route  plus  de  quinze 
cens  combatans.  15 

Ces  gens  de  Compagnes^  qui  estoient  en  une  mon- 
tagne, veoient  trop  bien  l'ordenance  et  le  convenant 
des  François,  mes  on  ne  pooit  veoir  le  leur  ne  yaus 
approcier^  fors  à  meschief  et  à  dangier.  Et  estoient  sus 
une  montagne  où  il  avoit  plus  de  mil  charelées  de  30 
rons  cailliaus  :  ce  leur  fist  trop  d'avantage  et  de  pourfit, 
je  vous  dirai  par  quel  manière.  Ces  gens  d*armes  de 
France,  qui  les  desiroient  et  voloient  combatre,  com- 
ment qu*il  fust,  ne  pooient  venir  à  yaus  ne  approcier^ 
s'il  ne  costioient  celle  montagne  où  il  estoient  tout  S5 
aresté.  Siques,  quant  il  vinrent  par  desous  yaus,  cil 
d'amont  qui  estoient  tout  avisé  de  leur  Ëiit  et  pour- 
veu  cescuns  de  grant  fuison  de  cailliaus,  car  il  ne  les 
couvenoit  que  baissier  et  prendre,  commencièrent  à 
jetter  si  fort  et  si  ouniement  et  si  roit  sus  ciaus  qui  30 

1    Ms.  B  4,  f»  235.  —  Ms.  B  1,  t.  II,  f»  167  (lacune). 


(58  CHRONIQUES  DE  J.  FKOISSART.  [i362] 

les  approçoienty  qu'il  efibndroient  bacinès,  com  fors 
qu'il  [fussent^  et  navroient  et  mehaignoient  telement 
gens  d'armes  que  nuls  ne  pooit  ne  osoit  aler  ne 
passer  avant,  com  bien  que  tai^iés  il  ^]  fust.  Et  fu  ceste 
5  première  bataille  si  foulée  que  onques  depuis  ne  se 
peut  bonnement  aidier.  Âdonc  au  secours  approciè- 
rent  les  aultres  batailles,  messires  Jakemes  de  Bour- 
bon, ses  filz  et  ses  neveus,  et  leurs  banières  et  grant 
fnison  de  bonnes  gens  qui  tout  s'aloient  perdre,  dont 

10  ce  fu  damages  et  pités  que  il  n'ouvrèrent  par  plus 
grant  avis  et  milleur  conseil.  ' 

Bien  avoient  dit  li  Arceprestres  et  aucun  cheva- 
lier anciien  qui  là  estoient  que  on  aloit  combatre 
les  Compagnes  en  trop  grant  péril  ou  parti  où  il 

15  se  tenoient  et  que  on  se  souffresist  tant  que  on  les 
euist  eslongiés  de  ce  fort  où  il  estoient  mis,  si  les 
aroit  on  plus  aise;  mais  il  n'en  peurent  onques 
estre  oy.  Ensi  que  messires  Jakemes  de  Bourbon  et 
li  aultre  signeur,  banières  et  pennons  devant  yaus, 

20  approçoient  et  costioient  celle  montagne,  li  plus 
niée  et  li  pis  armé  des  Compagnes  les  afoloient,  car 
il  jettoient  si  roit  et  si  ouniement  ces  pières  et  ces 
cailliaus  sus  ces  gens  d*armes  qu'il  n'i  avoit  si 
hardi  ne  si  bien  armé  qui  ne  les  ressongnast.  Et 

25  quant  il  les  eurent  tenus  en  tel  estât  et  bien  batus 
une  grande  espasse,  leur  grosse  bataille  fresce  et 
nouvelle  vinrent  autour  de  celle  montagne  et  trou- 
vèrent une  aultre  voie,  et  estoient  ossi  drut  et  ossi 
serré  comme  une  brousse.  Et  avoient  leurs  lances 

30  toutes  recopées  à  le  mesure  de  six  pies  ou  environ, 

1.  Ms.  B  d,  f^  235.  —  Ms.  B  1,  t.  II,  f>  167  (lacune). 


[i362]  LIVRE  PREMIER,  §  495.  69 

et  puis  s'en  vinrent  en  cel  estât  de  grant  volenté, 
en  escriant  d'une  vois  :  «  Saint  George  I  »  ferir  en 
ces  François.  Si  en  reversèrent  à  celle  première 
empainte  pluiseurs  par  terre.  lA  eut  grant  riflic  et 
grant  touellis  des  uns  et  des  aultres.  Et  se  abandon-  5 
noient  et  combatoient  ces  Compagnes  si  très  hardie- 
ment  que  merveilles  seroit  à  penser,  et  reculèrent  les 
François.  Et  là  fu  li  Arceprestres  bien  bons  cheva- 
liers et  vaillamment  se  combati,  mes  il  fu  si  entre- 
pris  et  si  menés  par  force  d'armes  que  durement  fu  lo 
navrés  et  bleciés  et  retenus  à  prisonnier^  et  pluiseur 
chevalier  et  escuier  de  se  route. 

Que  vous  feroi  je  lonch  parlement  de  celle  beson- 
gne?  Li  François  en  eurent  le  pieur,  et  y  fu  dure- 
ment navrés  messires  Jakemes  de  Bourbon^  et  ossi  15 
fu  messires  Pières  ses  filz.  Et  y  fu  mors  li  jones 
contes  de  Forés  et  pris  messires  Renaulz  de  Forés 
.  ses  oncles,  li  vicontes  d'Usés,  messires  Robers  de  Biau- 
geu,  messires  Loeis  de  Chalon  et  plus  de  cent  che- 
valiers. Encores  à  grant  dur  furent  raporté  en  le  2o 
cité  de  Lyons  sus  le  Rosne  messires  Jakemes  de 
Bourbon  et  messires  Pières  ses  filz.  Geste  bataille  de 
Brinay  fu  l'an  de  grasce  Nostre  .Signeur  mil  trois 
cens  soissante  et  un,  le  venredi  apriés  les  Grandes 
Paskes.  25 

§  495.  Trop  furent  cil  des  marées  où  ces  Compa- 
gnes se  tenoient  esbahi,  quant  il  oïrent  recorder  que 
leurs  gens  estoient  desconfi.  Et  n'i  eut  si  hardi,  ne 
tant  euist  bon  chastiel  et  fort,  qui  ne  fremesist  ;  car 
li  sage  supposèrent  et  imaginèrent  tantost  que  grans  hO 
meschiés  en  nesteroit  et  mouteplieroit,  se  Diex  pro- 


70  CHRONIQUES  DE  J.  FROISSART.  [4362] 

prement  n*i  metoit  remède.  Cil  de  Lyons  furent 
moult  efiraé  quant  il  entendirent  que  la  journée  es- 
toit  pour  les  Compagnes;  toutes  fois^  il  recueillièrent 
moult  doucement  toutes  manières  de  gens  qui  de  le 

5  bataille  retournoient.  Et  furent  par  especial  moult 
couroucié  et  destourbé  de  le  navrure  monsigneur 
Jakemon  de  Bourbon  et  de  monsigneur  Pière  son  fil; 
et  les  vinrent  moult  bellement  viseter,  et  les  dames 
et  les  damoiselles  de  le  ville,  dont  il  estoit  bien  amés. 

10  Messires  Jakemes  de  Bourbon  trespassa  de  ce  siècle 
trois  jours  apriès  ce  que  la  bataille  eut  esté^  et  mes- 
sires Pières  ses  filz  ne  vesqui  nient  longhement  puis- 
sedi.  Si  furent  de  tout  plaint  et  regreté.  De  la  mort 
dou  dit  monsigneur  jakemon  fu  li  rois  de  France  ses 

15  cousins  moult  courouciés^  mais  amender  ne  le  peut^ 
se  li  convint  passer. 

Or  vous  parlerons  de  ces  Compagnes  comment  il 
persévérèrent  ensi  que  gens  tout  resjoy  et  reconforté 
de  leurs  besongnes,  pour  le  belle  journée  qu'il  avoient 

20  eu^  dont  il  eurent  grant  pourfit  tant  ou  grant  gaaing 
qu'il  eurent  sus  le  place  comme  en  bons  prisonniers. 
Ces  dittes  Compagnes  menèrent  bien  le  temps  à  leur 
volenté  en  celui  pays,  car  nulz  n'aloit  à  Fencontre. 
Tantost  apriès  le  desconfiture  de  Brinay,  il  entrèrent 

25  et  s'espardirent  parmi  le  conté  de  Forés  et  le  gaslè- 
rent  et  pillièrent  toute,  excepté  les  forterèces.  Et  pour 
ce  que  il  estoient  si  grans  routes  que  uns  petis  pays 
ne  leur  tenoit  nient,  il  se  partirent  en  deux  pars.  Et 
retint  messires  Seguis  de  Batefol  le  mendre  part; 

30  toutes  fois ,  il  avoit  bien  en  se  part  trois  mil  com- 
batans.  Si  s'en  vînt  séjourner  et  demorer  en  Anse, 
une  ville  sus  le  Sone  à  une  lîewe  de  Lyons,  et  le  fist 


[IMO]  UVBX  PBEBflKR,  g  ^^^-  71 

fortement  remparer  et  fortefîierJ  Et  se  tenoient  ses 
gens  environ  celle  marce^  où  il  y  a  un  des  cras  pays 
dou  monde.  Si  oouroient  et  rançonnoient  à  leur  aise 
et  volonté  tout  le  pays  par  deçà  et  par  delà  le  Sonnej 
le  conté  de  Masoons^  l'arcevesquié  de  Lyons^  le  tière  5 
le  signeur  de  Biaugeu  et  tout  le  pays  jusques  à  Mar- 
celli  les  Nonnains  et  le  conte  de  Nevers.  Li  aultre 
partie  des  Cbmpagnes^  Naudon  de  Bagherant,  Es^ 
piote^  Carsuelle^  Robert  Briket>  Qrtingho  et  Bernar- 
det  de  la  Salle,  Lamit,  le  bourch  Camus^  le  bouroh  lo 
deBretuel^  le  bourch  de  Lespare  et  pluiseur,  tout 
d'une  sorte  et  alliance^  s'avalèrent  devers  Avignon  et 
disent  que  il  iroient  veoir  le  pape  et  les  cardinaus 
et  aroient  de  leur  aident,  ou  il  seroient  heriiet  de 
grant  manière;  et  se  tenroient  là  en  oe  contour  et  15 
tout  l'esté,  tant  pour  attendre  les  laençons  de  leurs 
prisonniers  que  pour  veoir  comment  la  paix  des 
deux  rois  se  tenroit.  En  alant  ce  chemin  d'Avignon, 
il  prendoient  villes  et  fors,  ne  riens  ne  se  tenoit 
devant  yaus,  car  li  pays  estoit  durement  eflraés^  et  30 
là  en  celle  marce  il  n'avoient  onques  eu  point  de 
guerre  :  si  ne  se  savoient  li  homme  des  petis  fors 
tenir  ne  garder  contre  telz  gens  d*armes. 

Si  entendirent  ces  Ck)mpagnes  que  au  Pont  Saint 
Esperit^  à  sept  liewes  priés  d'Avignon^  il  y  avoit  grant  25 
avoir  et  grant  trésor  dou  pays  d'environ,  qui  là 
estoit  recueillies  et  rassamblés  et  mis  sus  le  fiance 
de  le  forterèce.  Si  avisèrent  entre  yaus  li  compa- 
gnon^ se  il  pooient  prendre  le  Pont  Saint  Esperit, 
il  lor  vaurroit  trop,  car  il  seroient  mestre  et  signeur  30 
dou  Rosne  et  de  chiaus  d'Avignon.  Si  estudiièrent 
tant  et  jettèrent  leur  avis  que,  à  ce  que  j'ai  depuis 


72  CHRONIQUES  DE  J.  FROISSART.  [1360] 

oy  recorder,  Batilliêr,  Guiot  dou  Pin,  Lamit  et  Petit 
Meschin  chevaucièrenl  et  leurs  routes  une  nuit  toute 
nuit  bien  quinze  liewes  et  vinrent  sus  le  point  dou 
jour  à  le  ditte  ville  dou  Pont  Saint  Esperit,  et  Fes- 

5  ehiellèrent  et  le  prisent  et  tous  chiaus  et  toutes  celles 
qui  dedens  estoient,  dont  ce  fu  pités  et  damages,  car 
il  y  occirent  tamaint  preudomme,  et  violèrent  ta- 
mainte  dame  et  damoiselle.  Et  y  conquisent  si  grant 
avoir  que  sans  nombre,  et  grandes  pourveances  pour 

10  vivre  un  an  tout  entier.  Et  pooient  par  celi  pont 
courir  à  leur  aise  et  sans  dangier,  une  heure  ou 
royaume  de  France  et  l'autre  en  l'Empire.  Si  se  ra- 
valèrent et  rassamblèrent  là  tout  li  compagnon,  et 
couroient  tous  les  jours  jusques  ens  es  portes  d'Avi- 

15  gnon.  De  quoi  li  papes  et  tout  li  cardinal  estoient 
en  grant  angousse  et  en  grant  paour.  Et  avoient  ces 
Compagnes  dou  Pont  Saint  Esperit  fait  un  chapi- 
tainne  souverain  entre  yaus,  qui  se  faisoit  adonc 
communément  appeller  amis  à  Dieu  et  anemis  à 

20  tout  le  monde. 

§  496.  Encores  avoit  adonc  en  France  grant  fuison 
de  pilleurs  englès,  gascons  et  alemans,  qui  voloient, 
ce  disoient,  vivre,  et  y  tenoient  des  forterèces  et  des 
garnisons.  Quoique  li  commis  de  par  le  roy  d'Engle- 

25  terre  leur  euissent  commandé  à  vuidier  et  partir,  il 
n  avoient  pas  tout  obéi,  dont  moult  desplaisoît  au 
roy  de  France  et  à  son  conseil.  Mais  quant  li  plui- 
seur  de  ces  pillars,  qui  se  tenoient  en  divers  lieus  ou 
royaume  de  France,  entendirent  que  leur  compa- 

30  gnon  avoient  ruet  jus  monsigneur  Jakemon  de  Bour- 
bon et  bien  deux  mil  chevaliers  et  escuiers  et  pris 


[4361]  UVRE  PREMIER,  §  497.  73 

tamaint  bon  et  riche  prisonnier,' et  de  rechief  pris  et 
conquis  le  ville  dou  Pont  Saint  Esperit  et  si  grant 
avoir  dedens  que  sans  nombre,  et  esperoient  encores 
que  il  conquerroient  Avignon  où  il  metteroient  à 
merci  le  pape  et  les  cardinaulz  et  lout  le  pays  de  5 
Prouvence,  cescuus  eut  en  pourpos  d'aler  celle  part 
en  convoitise  de  pluiseurs  maulz  faire  et  plus  gae- 
gnier.  Ce  fu  la  cause  pour  quoi  pluiseur  pilleur  et 
guerrieur  laissièrent  leurs  fors  et  s'en  alèrent  devers 
leurs  compagnons^  en  espérance  de  plus  pillier.  lO 

§  497.  Quant  li  papes  Innocens  VI'  et  li  collèges 
de  Romme  se  veirent  ensi  vexé  et  guerriiet  par  ces 
maleoites  gens^  si  en  furent  durement  esbahi  et  or- 
donnèrent une  croiserie  sus  ces  mauvais  crestiiens 
qui  se  mettoient  en  painne  de  destruire  crestienneté,  1& 
ensi  comme  les  Wandeles  fisent  jadis,  sans  title  de 
nulle  raison^  et  gastoient  tous  les  pays  où  il  conver- 
soient  sans  cause,  et  roboient  sans  déport  quanqu*il 
pooient  trouver,. et  violoient  femmes  vielles  et  jones 
sans  pité^  et  tuoient  honunes  et  femmes  et  enfans  SO 
sans  merci  qui  riens  ne  leur  avoient  méfait.  Et  qui 
plus  de  villains  fais  y  faisoit,  c'estoit  li  plus  preus  et 
li  mieulz  parés.  Si  fisent  li  papes  et  li  cardinal  ser* 
monner  de  le  crois  partout  publikement,  et  absoloient 
de  painne  et  de  coupe  tous  chiaus  qui  prendoient  le  25 
crois  et  qui  s'abandonnoient  de  corps  et  de  volenté 
pour  destruire  celle  mauvaise  gent  et  leur  compa- 
gnie. Et  eslLsirent  li  dit  cardinal  monsigneur  Pière 
dou  Moustier  cardinal  d'Arras,  dit  d'Ostie,  à  estre 
chapitainne  de  celle  ditte  croiserie,  liquelz  se  traist  30 
tantost  hors  d'Avignon  et  s'en  vint  demorer  et  se- 


74  CHROraQUES  DE  J.  FROISSAAT.  [1861] 

journer  à  Garpentras^  à  quatre  liewes  d'ÂTignon,  et 
retenoit  toutes  manières  de  gens  et  de  saudoiiers  qui 
venoient  devers  li  et  qui  voloient  sauver  leurs  âmes 
et  acquerre  les  pardons  de  le  croiserie.  Pluiseur  s'en 
5  alèrent  celle  part^  chevaliers  et  escuiers  et  aultres, 
qui  ouidoient  avoir  grans  bienfais  dou  pape^  avoech 
les  pardons  deseure  dis;  mes  on  ne  leur  voloit  riens 
donner.  Si  s'en  partoient  et  aloient  li  auoun  en  Lom-* 
hardie.  Li  aultre  retoumoient  en  leurs  pays^  et  li 
10  aultre  se  mettoient  en  le  mauvaise  compagnie  qui 
toutdis  accroissoit  de  jour  en  jour.  Si  se  départirent 
en  pluiseurs  lieus  et  pluiseurs  compagnies,  et  fisent 
otant  de  chapitainnes  comme  de  compagnies. 

§  498.  Ensi  herriièrent  il  le  pape  et  les  oardinaulz 

15  et  les  marées  d'environ  Avignon  et  y  fisent  moult  de 
maulz  jusques  bien  avant  en  Testé  l'an  mil  trois  cens 
soissante  et  un.  Or  avint  que  li  papes  et  li  cardinal 
s'avisèrent  d'un  moult  gentil  chevalier  et  bon  guer* 
rieur,  le  markis  de  Montfermt»  qui  avoit  grant  temps 

10  tenu  guerre  contre  les  signeurs  de  Melans  et  encores 
faisoit.  Si  le  mandèrent,  et  il  vint  en  Avignon.  Si  fu 
moult  festiiés  et  honnourés  dou  pape  et  de  tous  les 
cardinaus.  Là  fu  trettié  devers  lui  que,  parmi  une 
grande  somme  de  florins  qu'il  devoit  avoir^  il  mette- 

95  roit  hors  de  le  terre  dou  pape  et  de  là  environ  les 
Compagnes  et  les  menroit  en  Lombardie.  Si  trettia  li 
dis  markis  de  Montferrat  devers  les  chapitainnes  des 
Compagnes  et  las  amena  à  ce  que,  parmi  sobsante 
mil  florins  qu'il  eurent  pour  départir  entre  yaus,  et 

80  ossi  grans  gages  que.  li  db  markis  leur  ordonna,  il 
s'acordèrent  à  ce  qu'il  iroiejit  en  Lombardie,   et 


[1861]  LITRE  PRIâdER,  %  498.  75 

avoecques  tout  ce  il  seraient  absols  de  painne  et  de 
coupe.  Tout  ce  feit^  aoompli  et  acordé  et  les  florins 
paiiés^  il  rendirent  le  ville  dou  Pont  Saint  Esperit  et 
laissièrent  le  marce  d'Avignon  et  passèrent  oultre 
avoecques  le  dit  markis^  dont  li  rois  Jehans  et  tous  5 
ses  royaumes  furent  grandement  resjoy  quant  il  se 
veirent  quitte  de  telz  gens;  mes  encores  en  retour^ 
nèrent  assës  en  Bourgongne.  Et  ne  se  parti  mies 
adonc  messires  S^hins  de  Batefol  qui  tenoit  Anse^ 
pour  trettié  ne  cose  que  on  li  seuist  prommettre.  lo 
Mais  li  dis  royaumes,  en  pluiseurs  lieus^  fii  plus  à  pais 
que  devant^  quant  les  plus  grans  routes  des  Compa- 
gnes en  furent  parties  et  passées  oultre  avoecques  le 
dit  markis  en  le  tière  de  Pieumont.  Liquelz  markis 
en  fist  trop  bien  se  besongne  sus  les  sîgneurs  de  Me-  15 
lansy  et  conquist  villes^  chastiaus  et  forterèces  et  pays 
sus  yaus.  Et  eut  pluiseurs  rencontres  et  esoarmuces  sus 
yaus  à  sen  honneur  et  pourfit.  Et  le  misent  les  Com- 
pagnes dedens  un  an  ou  environ  tout  au  dessus  de 
sa  guerre^  et  li  fisent  en  partie  avoir  sen  entente  des  so 
deux  sîgneurs  de  Mebns^monsigneur  Oaleas  et  mon- 
signeur  Bernabo,  qui  depuis  régnèrent  en  grant  pro- 
spérité. Et  quant  pais  fu  entre  yaus  et  le  markis^  li 
aucun  de  ces  compagnons^  qui  avoient  assés  gaa- 
gniet  et  qui  estoient  tanet  de  guerriier,  retournèrent  S5 
en  leurs  nations;  mais  li  plus  grant  partie  se  misent 
encores  au  malfkire  et  retournèrent  en  Franee. 

Dont  il  avint  que  messires  Seghins  de  Batefol,  qui 
s'estoit  tenus  tout  le  temps  en  le  garnison  de  Anse  sus 
le  rivière  de  Sone,  prist,  embla  et  esciella  une  bonne  80 
cité  en  Auvergne,  c'on  dist  Brude,  et  siet  sus  le  ri- 
vière d'Ailiier.  Si  se  tint  là  dedens  plus  d'un  anet  le 


76  CHRONIQUES  DE  J.  FROISSART.  [4362] 

fortefia  telement  qu'il  ne  doubtoit  nul  homme.  Et 
eouroit  tout  le  pays  d^environ  jusques  au  Pui,  jus- 
ques  à  la  Casse  Dieu,  jusques  à  Clermont^  jusques  à 
Tillathy  jusques  à  Montferr[a]at,  à  Rion^  à  le  Nonnète^ 

5  à  Ysoire^  à  Oudable,  à  Saint  Bonnet  l'Arsis  et  toute 
la  terre  le  conte  dauSn  qui  estoit  pour  le  temps  os- 
tagiers  en  Engleterre,  et  y  fist  trop  durement  de 
grans  damages.  Et  quant  il  eut  honni  et  apovri  le 
pays  de  là  environ,  il  s'en  parti  par  acord  et  par  tret- 

40  tié  et  enmena  tout  son  pillage  et  son  grant  trésor,  et 
se  retraist  en  Gascongne  dont  il  estoit  issus.  Dou  dit 
monsigneur  Seghin  ne  sçai  je  plus  avant,  fors  tant 
que  j'ay  oy  depuis  compter  qu'il  morut  assés  mer- 
villeusement.  Diex  li  pardoinst  tous  ses  méfiais  ! 

15  §  499.  En  ce  temps  trespassa  de  ce  siècle  en  En- 
gleterre  li  gentilz  dus  Henris  de  Lancastre,  de  quoi 
li  rois  et  tout  li  hault  baron  dou  pays  furent  du- 
rement courouciet^  se  amender  le  peuissent.  De  lui 
demorèrent  deux  filles^  madame  Mehaut  et  madame 

20  Blance.  Li  ainsnée  eut  le  conte  Guillaume  de  Haynau, 
filz  à  monsigneur  Loeis  de  Baivière  et  à  madame 
Margherite  de  Haynau^  et  la  mainsnée  eut  monsi- 
gneur Jehan,  conte  de  Ricemont^  fil  au  roy  d'Engle- 
terre,  qui  fii  depuis  dus  de  Lancastre  de  par  ma- 

25  dame  sa  femme.  Par  le  mort  dou  duc  Henri  de  Lan- 
castre et  monsigneur  Jakemon  de  Bourbon  demora 
li  trettiés  à  poursievir  de  monsigneur  Jehan  de  Mont- 
fort  qui  s'appelloit  dus  de  Bretagne  et  de  monsi- 
gneur Charle  de  Blois,  qui  avoient  esté  pourparlé 

30  en  le  ville  de  Calais^  si  com  ci  dessus  est  dit,  dont 
grans  maulz  et  grans  guerres  avinrent  depuis  ens 


[1361]  UVR£  PREMIER,  S  SOO.  77 

OU  pays  de  Bretagne^  si  corn  vous  orés  avant  en 
Tystore. 

Auques  en  celle  saison  ossi  trespassa  de  ce  siècle 
li  Jones  dus  de  Boui^ongne  qui  s'appelloit  messires 
Phelippes,  par  laquèle  mort  vaghièrent  pluiseur  pays,     5 
car  il  estoit  grans  sires  durement  :  premièrement 
dus  de  Bourgongne^  contes  de  Bourgongne^  contes 
d'Artois,  [d'Auvergne*]  et  de  Boulongne^  palatins  [et 
seigneur  de  Salins'].  £t  avoit  à  fenune  une  jone 
damoiselle^  fille  au  conte  Loeis  de  Flandres  de  l'une  lo 
des  filles  le  dueh  Jehan  de  Braibant.  Dont  il  avint 
que  par  proismeté  madame  Mai^herite^  mère  au  dit 
.  conte  de  Flandres,  se  traist  à  le  conté  d'Artois  et  à 
le  conté  de  Bourgongne  et  en  fist  foy  et  hommage 
au  roy  de  France.  Ossi  messires  Jehans  de  Boulon-   15 
gne  [fut  conte  d'Auvergne,  et  lui  vint  par  droite  suc- 
cession*] la  conté  de  Boulongne  et  en  devint  homs 
au  roy  de  France.  Avoech  tout  ce^  li  rois  Jehans  de 
France  par  proismeté  retint  et  prist  la  ducé  de  Bour- 
gongne et  tous  les  drois  de  Campagne^  dont  il  des*  30 
plaisi  grandement  au  roy  de  Navare,  se  amender  le 
peuist^  car  il  s'en  disoit  hoirs  et  successères.  de  la 
ditte  conté  de  Campagne.  Mais  ses  demandes  ne  li 
valiirent  onques  nulle  cose;  car  li  rois  Jehans  le 
haioit  durement  :  se  dist  bien  que  ja  il  ne  tenroit  20 
piet  de  terre  en  Brie  ne  en  Champagne,  • 

§  500.  En  ce  temps  vint  en  pourpos  el  en  devo- 

1.  M».  A  8,  P»  236.  —  Ms.  B  1,  t.  II,  fb  170  (lacune). 

2.  M«.  A  8.  —  Ms.  B  1  :  t  de  Brie  et  sires  des  foires  de  Cam- 
pagne. » 

3.  Ms.  A  8.  —  lis.  B  I  :  t  contes  d'Auvergne,  se  traist  par  droite 
succession  à.  » 


Y8  GHROniQUBS  UB  I.  F1MMSSÂRT.  [1362] 

tion  au  roy  de  France  qu'il  iroit  en  Avignon  veoir  le 
pape  et  les  cardinaus^  tout  jeuant  et  esbatant  et  vise- 
tant  la  ducé  de  Bourgongne  qui  nouvellement  li 
estoit  escheue.  Si  fist  li  dis  rois  &ire  ses  pourveances 

s  et  se  parti  de  le  cité  de  Paris  entours  le  Saint  Jehan 
Baptiste  l'an  mil  trois  cens  soissante  et  deux^  et  laissa 
monsigneur  Charle^  son  ainsnet  fil  le  duch  de  Nor- 
mendie^  régent  et  gouvreneur  dou  royaume  de  France. 
Si  enmena  li  dis  rois  avoecques  li  monsigneur  Jehan 

10  d'Artois^  comte  d'Eu^  son  cousin  germain,  que  moult 
amoit ,  le  conte  de  Tankarville  et  le  conte  de  Dam- 
martin^  monsigneur  Boucicau^  mareschal  de  France^ 
et  monsigneur  Emoul  d'Âudrehen^  monsigneur  Tris- 
tran  de  Maignelers^  le  grant  prieur  de  France  et 

15  pluiseurs  aultres.  Et  chemina  tant  li  dis  rois  à  petites 
journées  et  à  grans  despens,  et  en  séjournant  de 
ville  en  ville  et  de  cité  en  cité  en  le  ducé  de  Bour- 
gongne^ que  il  vint  environ  [la  feste  de  Noël]  à  Ville- 
nove  dehors  Avignon.  Là  estoit  sei  hostelz  appareil- 

90  liés  pour  lui  et  pour  ses  gens  et  toutes  ses  grosses 
pourveances  Ëiites.  Si  iu  très  grandement  conjoïs  et 
festiiés  dou  pape  et  de  tout  le  collège  d'Avignon.  Et 
visetoient  souvent  l'un  lautre,  li  rois  de  France  le 
pape^  et  li  cardinal  le  dit  roy.  Si  se  tint  à  Yillenove 

95  tout  le  temps  et  toute  le  saison  ensievant. 

Environ  le  Noël,  trespassa  de  ce  siècle  li  papes 
Innocens.  Si  furent  li  cardinal  en  grant  discort  de 
&ire  pape,  car  çascuns  le  voloit  estre,  et  par  especial 
li  cardinaulz  de  Boulongne  et  li  cardinaulz  de  Piere- 

30  gorch^  qui  estoient  li  plus  grant  de  tout  le  collège. 
De  quoy^  par  leur  dissension ,  et  qu'il  furent  grant 
temps  en  conclave,  li  collèges  se  misent  et  arrestèrent 


[1S6«]  UVRE  PllBMIfi&,  S  KOI.  T9 

dott  tout  en  Fordenance  et  disposition  des  deux  car- 
dinaulz  dessus  nommés.  De  quoi,  quant  il  veirent 
que  il  avoient  falli  à  le  papalité  et  qu'il  ne  le  pooient 
estre,  il  disent  ensamble  que  nulz  des  aultres  ossi  ne 
le  seroit.  Si  esllsirent  Tabbé  de  Saint  Victor  de  Maiv  5 
selle ^  qui  estoit  moult  sains  homs  et  de  belle  vie, 
grans  clers  et  qui  moult  avoit  travilliet  pour  l'église 
en  Lombardie  et  ailleurs.  Si  le  mandèrent  li  doi  car^ 
dinal  que  il  venist  en  Avignon.  Il  Tint  au  plus  tost 
qu'il  peut  :  si  reçut  ce  don  en  bon  gré,  et  fîi  créés  10 
papes  et  appelles  Urbains  V*.  Si  régna  depuis  en 
grant  prospérité  et  augmenta  moult  Teglise  et  y  fist 
pluiseurs  biens  à  Romme  et  ailleurs.  Assés  tost  apriès 
sa  création,  entendi  li  rois  de  France  que  messires 
Pières  de  Lusegnon,  rois  de  Cippre  et  de  Jherusa-  15 
lem,  devoit  venir  en  Avignon  et  avoit  apassé  mer. 
Si  dist  li  rois  de  France  qu'il  attenderoit  sa  venue, 
car  moult  grant  désir  avoit  de  lui  veoir,  pour  les 
biens  qu'il  en  avoit  oy  recorder  et  le  guerre  qu'il 
avoit  fait  as  Sarrasins,  car  voirement  avoit  li  rois  de  90 
Cippre  pris  nouvellement  le  forte  cité  de  Sathalie  sus 
les  ennemis  de  Dieu  et  occis  tous  chiaus  et  celles 
qui  y  furent  trouvé. 

§  501 .  En  ce  meisme  temps  et  en  cel  yvier  eut 
grans  parlemens  en  Engleterre  sus  les  ordenances  dou  25 
pays  et  especialment  sus  les  enfans  dou  roy  d'En- 
gleterre.  Car  on  regarda  et  considéra  que  li  princes 
de  Galles  tenoit  grant  estât  et  noble,  et  bien  le  pooit 
faire ^  car  il  estoit  vaillans  homs  durement;  mais  il 
hioit  ce  biel  et  grant  hyretage  d'Aquitainne^  où  tous  30 
biens  et  toutes  habondances  estoient.  Se  li  fit  re- 


80  CHRONIQUES  DE  J.  FROISSAIT.  [1362] 

moustré  et  dit  dou  roy  son  père  que  il  se  volsist 
traire  de  celle  part,  car  il  y  avoit  bien  terre  en  la 
ducé  pour  tenir  si  grant  estât  comme  il  vorroit.  Ossi 
li  baron  et  li  chevalier  dpu  pays  d'Âquitainne  le  vo- 

5  loient  avoir  dalés  yaus  et  en  avoient  priiet  le  roy  son 
père,  quoique  messires  Jehans  Chandos  leur  fust  doulz^ 
amiables  et  bien  courtois  et  compains  en  tous  estas^ 
mais  encores  avoient  il  plus  chier  leur  naturel  si- 
gneur  que  nul  autre.  Li  princes  descendi  legierement 

10  à  ceste  ordenance  et  se  apparilla  grandement  et  es- 
toffeement^  ensi  comme  il  apertenoit  à  lui,  à  son  estât 
et  à  madame  sa  femme.  Et  quant  tout  fu  pourveu^ 
il  prisent  congiet  au  roy  et  à  la  royne  et  à  leurs  frères 
et  se  partirent  d'Engleterre  et  nagièrent  tant  par  mer^ 

15  yaus  et  leurs  gens,  qu'il  arrivèrent  à  le  Rocelle. 

Nous  soufierons  un  petit  à  parler  dou  prince  et 
parlerons  encores  d'aucunes  ordenances  qui  furent 
en  celle  saison  faites  et  instituées  en  Engleterre.  Il 
fu  fait  et  ordonné,  par  l'avis  dou  roy  premièrement 

so  et  de  son  conseil,  que  messires  Lyonniaus,  secons 
filz  dou  roy  d'Engleterre,  qui  s'appelloit  contes  de 
Dulnestre^  fust  en  avant  nommés  et  escris  dus  de  Cla* 
rense;  secondement,  [que]  mes^^  Jehans,  filz  dou 
dit  roy  puisnés,  qui  s'appelloit  contes  de  Ricemont^ 

25  fust  en  avant  nommés  et  pourveus  de  la  ducé  de  Lan- 
castre^  laquèle  terre  li  venoit  de  par  madame  Blance 
sa  femme,  pour  la  succession  dou  bon  duc  Henri  de 
Lancastre.  Encores  fu  adonc  avisé  et  considéré  entre 
le  roy  d'Engleterre  et  son  conseil  que,  se  messires 

30  Avmons,  qui  s'appelloit  contes  de  Cantbruge,  pooit 
venir  par  voie  de  mariage  à  le  fiUe  dou  conte  de 
Flandres  qui  estoit  veve,  on  ne  le  poroit  miex  mettre 


[1362]  LIVRE  PREMIER,  S  ^^2.  8i 

ne  assener.  Et  quoiqu'il  en  fust  adonc  proposé,  il 
n'en  fu  pas  sitost  trettié^  car  il  couvenoit  ceste  cose 
faire  par  moiiens,  et  si  estoit  la  dame  encores  assés 
jone. 

En  ce  temps  trespassa  la  mère  dou  roy  d*Engle*  5 
terre^  madame  Ysabiel  de  France^  fille  jadis  au  biau 
roy  Phelippe  de  France.  Se  li  fîst  li  rois  d'Engleterre 
ses  filz  faire  son  obsèque  as  Frères  Meneurs  à  Londres 
noblement  et  grandement  et  très  reveramment.  Et  y 
furent  tout  li  prélat  et  li  baron  d'Engleterre  et  li  si-   lo 
gneur  de  France  qui  ostagier  estoient.  Et  fu  ce  Êiit 
ains  le  département  dou  prince  et  de  le  princesse. 
Et  tantost  apriès,  si  comme  ci  dessus  [est]  dit,  il  se 
partirent  d'Engleterre  et  nagièrent  tant  par  mer  qu'il 
arrivèrent  en  le  Rocelle^  où  il  furent  receu  à  grant  is 
joie^  et  là  reposèrent  par  quatre  jours. 

$  502.  Sitost  que  messires  Jehans  Chandos^  qui 
grant  temps  avoit  gouvrené  la  ducé  d'Aquitainne, 
entendi  ces  nouvelles  et  la  venue  dou  prince  et  de 
"la  princesse,  il  se  parti  de  Niorth  où  il  se  tenoit  et  so 
s'en  vint  à  belle  compagnie  de  chevaliers  et  d'es- 
cuiers  en  le  ville  de  le  Rocelle.  Si  se  conjoïrent  et 
festiièrent  grandement  li  princes  et  ilz  et  madame  la 
princesse  et  tout  li  compagnon  qui  se  cognissoient. 
Si  fu  li  princes  amenés  à  grant  joie  à  Poitiers^  et  là  95 
le  vinrent  veoir  tout  li  baron  et  li  chevalier  de  Poito 
et  de  Saintonge  qui  pour  le  temps  s'i  tenoient^  et  li 
lisent  feaulté  et  homçiage.  Puis  chevauça  li  princes 
de  cité  en  cité  et  de  ville  en  ville  et  prist  partout  les 
fois  et  les  hommages,  ensi  comme  il  apertenoit  dou  30 
Ëdre,  et  vint  à  Bourdiaus  et  là  se  tint  un  grant  temps, 

vi~6 


82  CHRONIQUES  DE  J.  FROISSART.  [1363] 

et  toutdis  la  princesse  dalés  lui.  Si  le  vinrent  là  veoir 
li  conte^  li  visconte,  li  baron  et  li  chevalier  de  Gas- 
congne  ;  et  li  princes  les  reçut  tous  liement  et  s'a- 
cointa  si  bellement  d'yaus  que  tout  s'en  contentèrent. 

5  Et  meismement  li  contes  de  Fois  le  vint  veoir  auquel 
li  princes  fîst  grant  feste.  Et  fu  adonc  la  |>ais  faite  de 
lui  et  dou  conte  d'Ermignach ,  qui  un  grant  temps 
s'estoient  heriiet  et  guerriiet.  Âssés  tost  après  fu  fais 
connestables  de  tout  le  pays  d'Âquitainne  messires 

10  Jebans  Chandos^  et  marescbaus  messires  Guiçars 
d'Angle.  Si  pourvei  li  princes  les  chevaliers  de  son 
hostel  et  chiaus  qu'il  amoit  de  ces  biaus  et  grans 
offisces  parmi  la  ducé  d'Âquitainne;  et  raempli  ces 
seneschaudies  et  ces  bailliages  de  chevaliers  d'Engle- 

15  terre  qui  tantost  tinrent  grant  estât  et  poissant ,  es* 
poîr  plus  grant  que  cil  dou  pays  ne  vokissent,  mais 
point  n'en  aloit  par  leur  ordenance*  Nous  lairons  à 
parler  dou  prince  d'Âquitainnes  et  de  Galles  et  de  la 
princesse  et  parlerons  dou  roy  Jehan  de  France  qui 

20  se  tenoit  à  Villenove  dehors  Avignon. 

§  503.  Environ  le  Candeler  l'an  de  grasce  mil  trois 
cens  soissante  et  deux,  descendi  li  rois  Pierres  de  Cipre 
en  Avignon,  de  laquèle  venue  la  cours  fu  moult  res- 
joïe.  Et  alèrent  pluiseur  cardinal  contre  lui  et  l'ame- 

25  nèrent  au  palais  devers  le  pape  Urbain  qui  liement 
et  doucement  le  reçut^  et  ossi  fist  li  rois  de  France 
qui  là  estoit  presens.  Et  quant  il  eurent  là  esté  une 
espasse  et  pris  vin  et  espisses,  li  dôi  roy  se  partirent 
dou  pape,  et  se  retraist  çascuns  à  son  hostel.   Ce 

30  terme  pendant,  se  fist  uns  gages  de  bataille  devant  le 
roy  de  France,  à  Villenove  dehors  Avignon,  de  deux 


[I363J  LIVAË  PREMIER,  $  503.  83 

moult  apers  chevaliers  de  Gascongne^  monsigneurÂy- 
meniou  de  Pumiers  et  monsigneur  Fouque  d'Arciac. 
Quant  il  se  furent  combatu  bien  et  chevalereusement 
assés  ensamble^  li  dis  rois  de  France  fist  trettier  de 
le  pais  et  les  acorda  de  leur  rihote.  Ensi  se  tinrent  5 
cil  doi  roy  tout  ce  temps  et  le  quaresme  en  Avignon 
ou  priés  de  là  :  si  visetoient  souvent  le  pape  qui  les 
recueilloit  doucement. 

Or  avint  pluiseurs  fois  en  ces  visitations  que  li 
rois  de  Cippre  remoustra  au  pape^  présent  le  roy   10 
de  France  et  les  cardlnaulz,  comment  pour  sainte 
crestiennetet  ce  seroit  noble  cose  et  digne  qu'i[l]  ou- 
veroit  le  saint  voiage  d'oultre  mer  et  qu'i[l]  iroit  sus 
les  ennemis  de  Dieu.  A  ces  paroUes  entendoit  li 
rois  de  France  volentiers  et  bien  proposoit  en  soi   15 
meismes  qu'il  iroit,  se  il  pooit  vivre  trois  ans  tant 
seulement^  pour  deux  raisons.  Li  une  estoit  que 
li  rois  Phelippes  ses  pèrâs  l'avoit  jadis  voé  et  prom- 
mis;  la  seconde,  pour  traire  hors  dou  royaume  de 
France  toutes  manières  de  gens  d'armes,  nommés  20 
Compagnes,  qui  pilloient  et  destruisoient  sans  nul 
title  de  raison  son  royaume  et  pour  sauver  leurs 
âmes.  Ce  pourpos  garda  et  réserva  li  rois  de  France 
en  soi  meismes,  sans  parler  à  nullui^  jusques  au  jour 
dou  saint  venredi  que  papes  Urbains  preeça  en  sa  S5 
chapelle  en  Avignon,  présent  les  deux  rois  de  France 
et  de  Cipre  et  le  saint  collège. 

Apriès  la  predicacion  faite  qui  fu  moult  humle  et 
moult  dévote,  li  rois  Jehans  de  France  par  grant  dé- 
votion emprist  la  crois  et  le  voa  et  pria  doucement  au  30 
pape  que  il  li  volsist  acorder  et  confremer.  Li  papes  li 
acorda  volentiers  et.benignement.  Là  présentement 


84  GEŒIONIQUES  DE  J.  FROISSART.  [i363] 

l'emprisent  et  encargièrent  messires  Tallerans^  car- 
dinal de  Pieregorchy  messires  Jehans  d'Artois,  contes 
d'EUf  li  contes  de  Dammartin,  li  contes  de  Tankar- 
ville^  messire  Emoulz  d'Âudrehen^  li  grans  prieur 
5  de  France^  messires  Boucicaus  et  pluiseur  aultre  che- 
valier qui  là  estoient  présent  et  dedens  le  cité  d'Avi- 
gnon pour  le  jour.  De  ceste  emprise  fu  durement 
liés  li  rois  de  Cipre  et  en  regratia  grandement  Nostre 
Signeur  et  le  tint  à  grant  vertu  et  mistère. 

10  §  504.  Tout  ensi  que  vous  poés  oïr,  emprisent  et  en- 
chargièrenty  dessus  leur  deseurain  vestement,  la  ver- 
melle  crois,  li  rois  Jehans  de  France  et  li  dessus  nommet. 
Avoech  tout  ce^  nos  sains  pères  li  papes  le  confrema 
et  l'envoia  preecier  en  pluiseurs  lieus,  et.  non  pas  par 

15  universe  monde  :  je  vous  dirai  cause  pour  quoi.  Li 
rois  de  Cipre  ^  qui  là  estoit  venus  en  istance  de  ce 
esmouvoir  et  qui  avoit  empris  et  en  plaisance  de 
venir  veoir  Fempereour  de  Romme  et  tous  les  haus 
signeurs  de  l'Empire,  le  roi  d'Engleterre  ossi  et  en 

so  sievant  tous  les  chiés  des  signeurs  crestiens,  ensi 
comme  il  fîst^  si  com  vous  orés  avant  en  Tystore,  offiri 
au  Saint  Père  et  au  roi  de  France  corps^  chevance  et 
parole  pour  dire  et  remoustrer^  là  partout  où  il  ven- 
roit  et  s'embateroit^  le  grasce  et  le  dévotion  de  leur 

S5  voiage,  pour  faire  y  encliner  et  descendre  tous  si- 
gneurs qui  de  ce  aroient  mention.  Si  estoit  cilz  dis 
rois  tant  creus  et  honnourés  et  de  raison  que  on 
disoit  que^  parmi  son  travel  et  le  certainneté  qu'il 
remousteroit  à  tous  signeurs  de  ce  voiage^  avanceroit 

80  plus  tous  coers  que  aultres  predicacions.  Si  s'en 
souflSri  on  à  preecier  hors  dou  royaume  de  France^ 


[1363]  LIVRE  FREflllER,  §  504.  85 

et  SUS  ce  pourpos  s'arrestèreal.  Tantost  apriès  Paskes 
qui  furent  l'an  mil  trois  cens  soissante  trois,  li  rois 
de  Cipre  parti  d'Avignon  et  dist  qu'il  voloit  aler 
veoir  l'Empereur  et  les  signeurs  de  l'Empire,  et  puis 
revenroit  par  Braibant,  par  Flandres  et  par  Haynau,  5 
ou  dit  royaume  de  France.  Si  prist  congiet  au  pape 
et  au  roy  de  France  qui  en  tous  cas  s'acquittèrent 
trop  bien  devers  lui  en  dons  et  en  jeuiaus  et  en 
grasces  que  H  papes  li  fist  et  à  ses  gens.  Assés  tost 
apriès  le  département  dou  roy  de  Cipre,  li  rois  de  lo 
France  prist  congiet  et  s'en  ala  devers  le  ville  de 
Montpellier  pour  viseter  la  Langue  d'och  où  il  n  avoit 
en  grant  temps  esté. 

Or  parlerons  dou  roy  de  Cipre  et  dou  voiage  qu'il 
fist.  Il  chemina  tant  par  ses  journées  qu'il  vint  en  Aie-  15 
magne,  en  une  cité  que  on  appelle  Prage,  et  là  trouva 
il  l'empereur,  monseigneur  Charte  de  Behaigne,  qui 
le  reçut  liement  et  grandement,  et  tout  li  signeur  de 
l'Empire  qui  dalés  lui  estoient.  Si  fu  li  rois  de  Cipre  à 
Praghe  et  là  environ  bien  trois  sepmainnes  et  enhorta  20 
grandement  en  l'Empire  ce  saint  voiage.  Et  partout, 
ensi  comme  il  ala  et  passa  parmi  Alemagne^  li  Empe^ 
rères  le  fist  defiretiier.  Puis  vint  li  dis  rois  de  Cipre  en 
le  ducé  de  JuUers,  où  li  dus  li  fist  grant  feste.  Et  de  là 
s'avala  il  en  Braibant^  où  li  dus  ossi  et  la  duçoise  le  S5 
reçurent  grandement  et  liement  en  le  bonne  ville  de 
Brouxelles  en  disners^  en  soupers,  en  joustes,  en  re« 
viaus  et  en  esbatemens^  car  bien  faire  le  savoient; 
et  li  donnèrent  au  département  grans  dons  et  biaus 
jeuiaus.  Puis  s'en  parti  li  dis  rois  de  Cipre  et  s  en  ala  30 
en  Flandres  veoir  le  conte  Loeis^  qui  ossi  le  reçut 
et  festia  grandement.  Et  trouva  à  ce  donc  li  rois  de 


86  CHRONIQUES  DE  J.  FROISSART.  [1363] 

Cipre  le  roy  de  Danemarke  en  le  bonne  ville  de 
Bruges;  et  disoit  on  là  communément  que  cilz  rois 
avoit  passet  mer  pour  venir  veoîr  le  roy  de  Cipre.  Si 
se  conjoïrent  et  festiièrent  assés.  Et  par  especial  li 
5  contes  Loeis  de  Flandres  conjoy  et  festia  très  hon- 
nourablement  en  le  ville  de  Bruges  le  dit  roy  de 
Cipre,  et  fîst  tant  que  li  dis  rois  se  contenta  grande- 
ment de  lui  et  des  barons  et  des  chevaliers  de  sa 
terre.  Si  se  tint  tout  cel  estet  li  dis  rois  de  Cipre^  en 
10  faisant  son  voiage  depuis  le  département  d'Avignon^ 
en  l'Empire  et  sus  ces  frontières  pour  enhorter  ce 
saint  voiage  empris  :  de  quoi  pluiseur  signeur  avoient 
grant  joie  et  desiroient  bien  que  il  se  fesist. 

§  505.  En  ce  temps  avoit  li  rois  d'Engleterre  (ait 
15  grasce  à  quatre  dus  qui  estoient  hostagier  en  Engle- 
terre  pour  le  roy  de  France,  c'est  à  savoir  le  duch 
d'Orliens,  le  duch  d'Ango,  le  duch  de  Berri  et  le 
duch  de  Bourbon,  et  se  tenoient  cil  quatre  signeur  à 
Calais.  Et  pooient  chevaucier  quel  part  qu'il  voloient 
20  trois  jours  hors  de  Calais^  et  au  quatrime  dedens 
soleil  esconsant  revenir.  Et  l'avoit  fait  li  rois  d'Engle- 
terre  en  istance  de  bien^  et  pour  ce  qu'il  fuissent 
plus  proçain  de  leur  pourcach  de  France  et  que  il 
songnassent  de  leur  délivrance  ensi  qu'il  &isoient. 
25  Les  quatre  signeurs  dessus  dis  estans  à  Calais^  il  en- 
voiièrent  pluiseurs  fois  grans  messages  de  par  yaus 
au  roy  de  France  et  au  duch  de  Normendie  son 
ainsné  fil  qui  là  les  avoient  mis^  en  yaus  remous- 
trant  et  priant  qu'il  entendesissent  à  leur  délivrance, 
ensi  que  juré  et  prommis  leur  avoient^  quant  il  en- 
trèrent en  Engleterre;  ou  aultrement  il  y  entende- 


[1363]  LIVRE  PREMira,  §  506.  87 

roient  eulz  meismes  et  ne  se  tenroient  point  pour 
prisonnier.  Quoique  cîl  signeur,  ensi  que  vous  sa- 
vés^  fuissent  très  proçain  dou  roy^  leur  messagier  et 
promoteur  n'estoient  mies  oy  ne  délivré  à  leur  aise, 
dont  grandement  en  desplaisoit  as  signeurs  dessus  5 
dis  et  par  especial  au  duch  d'Ango,  et  disoit  bien 
qu'il  y  pourveroit  de  remède,  comment  qu'il  s'en 
presist.  Or  estoit  adonc  li  royaumes  et  li  consaulz 
dou  roy  et  dou  duch  de  Normendie  durement  char- 
giés  et  ensonniiés,  tant  pour  le  crois  que  li  rois  de  lo 
France  avoit  adonc  encargiet  que  pour  le  guerre  dou 
roy  de  Navarre,  qui  guerrioit  et  herioit  fortement  le 
royaume  de  France  et  avoit  remandé  aucuns  des 
chapitainnes  des  Compagnes  en  Lombardie  pour 
mieulz  faire  sa  guerre.  Ce  estoit  la  principal  cause  15 
pour  quoi  on  ne  pooit  legierement  entendre  as  qua- 
tre dus  dessus  nommés  ne  leurs  messagiers  délivrer, 
quant  il  estoient  venu  en  France. 

« 

$  506.  Quant  li  rois  de  Cipre  eut  visetés  et  veus 
les  signeurs  et  les  pays  dessus  nommés,  il  retourna  20 
en  France  et  trouva  à  Paris  le  roy  Jehan  et  le  duc  de 
Normeddie  et  grant  fuison  de  signeurs,  barons  et 
chevaliers  de  France  que  li  rois  y  avoit  mandés  pour 
le  roy  de  Cipre  mieulz  festier.  Si  y  eut  une  espasse 
de  temps  grans  reviaus  et  grans  esbatemens  et  ossi  25 
grans  parlemens  et  grans  consaulz  comment  ceste 
croiserie,  à  savoir  estoit,  se  poroit  parfumir  àhonnour 
tant  dou  roy  de  France  comme  de  son  royaume.  Et 
pour  ce  en  parloient  et  proposoient  li  aucun  leur  avis 
que  il  veoient  le  dît  royaume  grevé  et  occupé  de  30 
guerres^  de  Compagnes,  de  pilleurs  et  de  reubeurs 


88  CHRONIQUES  DE  J.  FROISSART.  [1363] 

qui  y  descendoient  et  venoient  de  tous  pays.  Si  ne 
sambloit  pas  bon  as  pluiseurs  que  cilz  volages  se 
fesist  jusques  à  tant  que  li  royaumes  fust  en  milleur 
estât  ou  à  tout  le  mains  on  eùist  pais  au  roy  de  Na- 
5  vare.  Non  obstant  ce  et  toutes  guerres^  nulz  ne  pooit 
abrisier  ne  oster  le  dévotion  dou  roy  de  France  que 
il  ne  fesist  le  pèlerinage;  et  Facorda  et  jura  au  roy 
de  Cipre  à  estre  à  Marselle  dou  march  qui  venoit  en 
un  an  que  on  compteroit  Tan  mil  trois  cens  soissante 

10  quatre^  et  que  sans  £siute  adonc  il  passeroit  et  live- 
roit  passage  et  pourveances  à  tous  chiaus  qui  passer 
vorroient. 

Sus  cel  estât,  se  parti  li  rois  de  Cipre  dou  roy 
de  France  et  vei  que  il  avoit  bon  terme  encores 

15  de  retraire  en  son  pays  et  de  faire  ses  pourveances. 
Si  dist  et  considéra  en  soi  meismes  que  il  voloit  aler 
veoir  le  roy  Charle  de  Navare  son  cousin  et  trettiier 
bonne  pais  et  acord  entre  lui  et  le  roy  de  France.  Si 
se  mist  à  voie  en  grant  arroy  et  issi  de  Paris  et  prist 

80  le  chemin  à  Roem  et  fist  tant  qu'il  y  parvint.  Jà  le 
reçut  li  arcevesques  de  Roem,  messires  Jehans 
d'Alençon  ses  cousins^  moult  grandement  et  le  tint 
dalés  li  moult  aisiement  trois  jours.  Au  quatrime^  il 
s'en  parti  et  prist  le  chemin  de  Kem  et  esploita  tant 

35  qu'il  passa  les  gués  Saint  Clément  et  vint  en  la  forte 
ville  de  Chierebourc.  Là  trouva  il  le  roy  de  Navare 
et  monsigneur  Loeis  son  frère  à  bien  petit  de  gens. 
Cil  doi  signeur  de  Navare  recueliièrent  le  roy.de 
Cipre  liement  et  grandement  et  le  festiièrent  selonc 

30  leur  aisément  moult  honnourablement,  car  bien  le 
pooient  et  sa  voient  Ëdre. 
En  ce  termine  que  li  rois  de  Cipre  se  tenoit  dalés 


[1363]  LIVRE  PREMIER,  $  507.  89 

yaus^  il  s'avança  de  trettiier  pour  pais^  se  trouver  le 
peuist^  entre  ces  signeurs,  d'une  part,  et  le  roy  de 
France,  d'autre;  et  en  parla  par  pluiseurs  fois  moult 
ordonneement,  car  il  fu  sires  de  grant  avis  et  bien 
enlangagiés.  A  toutes  ses  paroUes  respondirent  cil  doi    5 
signeur  de  Navare  ossi  moult  gracieusement  et  se  excu- 
sèrent en  ce  que  point  n  estoit  leur  coupe  que  il  n'es- 
toient  bon  ami  au  roy  de  France  et  au  royaume,  car 
grant  désir  avoient  de  l'estre,  mes  que  on  leur  rende- 
sist  leur  hiretage  que  on  leur  tenoit  et  empeeçoit  à  10 
tort.  Li  rois  de  Cipre  euist  volentiers  amoienet  ces  be- 
songnes,  se  il  peuist,  et  veu  que  li  enfant  de  Navare 
se  fuissent  mis  sus  lui,  mes  leurs  trettiés  ne  s'estendi- 
rent  mies  si  avant.  Quant  li  rois  de  Cipre  eut  esté  à 
Chierebourc  environ  quinze  jours,  et  que  li  dessus  16 
dit  signeur' l'eurent  festiiet  selonch  leur  pooir  moult 
grandement,  il  prist  congiet  d'yaus  et  dist  qu'il  ne 
cesseroit  jamais  si  aroit  esté  en  Ëngleterre  et  là  pree- 
cié  et  enhorté  au  dit  roy  d'Ëngleterre  et  à  ses  enfans 
le  crois  à  prendre.  Si  se  parti  de  Cierebourch  et  fist  so 
tant  par  ses  journées  qu'il  vint  à  Kem  et  passa  outre 
et  vint  au  Pont  de  l'Arce  et  là  passa  le  Sainne.  Et 
puis  chevauça  tant  par  ses  journées  qu'il  entra  en 
Pontieu  et  passa  le  rivière  de  Somme  'à  Abbeville  et 
puis  vint  à  Rue  et  à  Moustruel  et  puis  à  Calais  où  il  S5 
trouva  trois  dus,  le  duch  d'Orliens,  le  duch  de  Berri 
et  le  duch  de  Bourbon,  car  li  dus  d'Ango  estoit  re- 
tournés en  France,  je  ne  sçai  mies  sus  quel  estât. 

$  507.  Cil  troi  duch  dessus  nommet  reçurent,  ensi 
comme  prisonnier. en  la  ditte  ville  de  Calais,  le  roy  30 
de  Cipre  moult  liement,  et  li  rois  ossi  s'acointa 


90  CHRONIQUES  DE  J.  FROISSART.  [1363] 

d'yaus  moult  doucement.  Si  furent  là  ensamble  plus 
de  douze  jours.  Finablement^  quant  li  rois  de  Gpre 
eut  vent  à  volenté,  il  passa  le  mer  et  arriva  à  Dou- 
vres. Si  se  tint  là  et  rafreschi  par  deus  jours,  entrues 

5  que  on  descarga  ses  vaissiaus  et  mîst  hors  ses  che- 
vaus.  Puis  chevauça  li  dis  rois  de  Cipre  à  petites 
journées  à  sen  aise  et  s'en  vint  devers  le  bonne  cité 
de  Londres.  Quant  il  y  parvint^  il  y  fu  grandement 
bien  festiiés  et  conjoïs  des  barons  de  France  qui  là 

10  se  tenoient  et  ossi  de  chiaus  d'Engleterre  qui  che- 
vaucièrent  contre  lui,  car  li  rois  d'Ëngleterre  y  en- 
vola ses  chevaliers,  le  conte  de  Herfort,  monsigneur 
Gautier  de  Mauni,  le  signeur  Despensier,  monsigneur 
Raoul  de  Ferrières,  monsigneur  Richart  de  Penne- 

15  bruge,  monsigneur  Alain  de  Boukeselle  et  monsi- 
gneur Richart  Sturi,  qui  l'acompagnièrent  et  amenè- 
rent jusques  à  son  hostel  parmi  la  cité  de  Londres. 
Je  ne  vous  poroie  mies  dire  ne  compter  en  un  jour 
les  nobles  disners,  les  soupers,  les  festiemens  et  les 

so  conjoïssemens,  les  dons,  les  presens,  les  jouiaus  c'on 
fisty  donna  et  présenta,  especialment  li  rois  d*Engle- 
lerre  et  la  royne  Phelippe,  sa  femme,  au  gentil  roy 
Pière  de  Cipre.  Et,  au  voir  dire,  bien  y  estoient  tenu 
dou  fiiire,  car  il  les  estoit  venus  veoir  de  loing  et  à 

S5  grant  fret,  et  tout  pour  enhorter  et  enditter  le  roy 
que  il  volsist  prendre  la  vermeille  crois  et  aidier  à 
ouvrir  ce  passage  sus  les  ennemis  de  Dieu.  Mais  li 
rois  d'Engleterre  s'escusa  bellement  et  sagement  et 
dist  ensi  :  a  Certes,  biaus  cousins,  j'ay  bien  bonne 

30  volenté  d'aler  en  ce  voiage,  mais  je  sui  en  avant  trop 
vieubs,  si  en  lairai  convenir  mesenfans.  Et  je  croi  que, 
quant  li  voiages  sera  ouvers,  que  vous  ne  le  ferés  pas 


[1363]  LIVRE  PREMIER,  §  507.  91  * 

sealz  ;  ains  ares  des  chevaliers  et  des  escuiers  de  ce 
pays  qui  vous  y  serviront  volentiers.  »  —  «  Sire,  dist  li 
rois  de  Cipre,  vous  parlés  assës,  et  croy  bien  que 
voiremenl  y  venront  il  pour  Dieu  servir  et  yaus  avan- 
cier,  mes  que  vous  leur  acordés,  car  li  chevalier  et  li  5 
escuier  de  ceste  terre  traveilient  volentiers.  »  — 
«  Oil,  dist  li  rois  d'Engleterre^  je  ne  leur  debateroie 
jamèsy  se  aultres  besongnes  ne  me  sourdent  et  à  mon 
royaume,  dont  je  ne  me  donne  de  garde.  » 

Onques  li  rois  de  Cipre  ne  peut  aultre  cose  im-  10 
petrer  au  roy  d'Ëngleterre  ne  plus  grant  clarté  de 
son  voiage^  fors  tant  que  toutdis  fu  il  liement  et 
honourablement  festiiés  en  disners  et  en  grans  sou- 
pers. Et  avint  ensi  en  ce  termine  que  li  rois  David 
d^Escoce  avoit  à  besongnier  en  Engleterre  devers  le  15 
roy^  siquesy  quant  il  entendi  sus  son  chemin  que  li 
rois  de  Cipre  estoit  à  Londres,  il  se  hasta  durement 
et  se  prist  moult  priés  de  lui  trouver.  Et  vint  li  dis 
rois  d'Escoce  si  à  point  à  Londres  que  encores  n'es- 
toit  il  point  partis.  Si  se  recueillièrent  et  conjoirent  SO 
grandement  cil  doi  roy  ensamble^  et  leur  donna  de 
recief  li  rois  d*Engleterre  deux  fois  à  souper  ou  pa- 
lais de  Wesmoustier.  Et  prist  là  li  rois  de  Cipre  con- 
giet  au  roy  d'Ëngleterre  et  à  le  royne^  qui  li  donnèrent 
à  son  département  grans  dons  et  biaus  jeuiaus.  Et  25 
donna  li  rois  d'Ëngleterre  au  roy  de  Cipre  une  nef 
qui  s*appelloit  Katherine  trop  belle  et  trop  grande 
malement.  Et  l'avoit  li  rois  d'Ëngleterre  meismement 
fait  faire  et  edefiier  ou  nom  de  lui  pour  passer  oultre 
en  Jherusalem,  et  prisoit  on  ceste  nef  nommée  Ka-  30 
tberinè  douze  mil  frans^  et  gisoit  adonc  ou  havene 
de  Zanduich.  De  ce  don  remercia  li  rois  de  Cipre  le 


.  M  CHRONIQUES  DE  J.  FROISSART.  [1363] 

roy  d'Engleterre  moult  grandement,  et  Ten  sceut 
grant  gret.  Depuis  ne  séjourna  il  gaires  ens  ou  pays^ 
mes  eut  volenté  de  retourner  en  France.  Encores 
avoech  toutes  ces  coses  li  rois  d'Engleterre  deffretia 
5  le  roy  de  Cipre  de  tout  ce  qu'il  et  ses  gens  despendi- 
rent, alant  et  venant^  en  son  royaume.  Mais  je  ne  sçai 
que  ce  fu,  car  il  laissa  le  vaissiel  dessus  nommé  à 
Zanduic^  ne  point  ne  Fenmena  avoeeques  lui,  car 
depuis  deux  ans  apriès  je  le  vi  la  arester  à  Tancre. 

10  §  508.  Or  se  parti  li  rois  de  Cipre  d'Engleterre  et 
rapassa  le  mer  à  Boulongne.  Si  oy  dire  sus  son  che- 
min que  li  rois  de  France ,  li  dus  de  Normendie ,  li 
dus  d'Ango  et  messires  Phelippes  ses  mainsnés  frères 
et  li  grans  consaulz  de  France  dévoient  estre  en  le 

15  bonne  cité  d'Amiens.  Si  tira  li  rois  de  Cipre  celle  part 
et  y  trouva  le  roy  de  France  voirement  nouvellement 
venu  et  une  partie  de  son  conseil.  Si  fu  d'yaus  gran- 
dement festiiés  et  conjoïs,  et  leur  recorda  la  grigneur 
partie  de  ses  volages^  liquel  l'oirent  et  l'entendirent 

^0  volentiers.  Quant  il  eut  là  esté  une  espasse,  il  dist 
que  il  n'avoit  riens  fait  jusques  à  tant  que  il  aroit  veu 
le  prince  de  Galles  son  cousin  et  dist^  se  il  plaisoit  à 
Dieu,  que  il  l'iroit  veoir  ains  son  retour  et  les  barons 
de  Poito  et  d'Aquitainne.  Tout  ce  li  acorda  li  rois  de 

S5  France  assés  bien.  Mais  il  li  pria  chierement  à  son 
département  que  il  ne  presist  nul  aultre  voiage  à  son 
retour,  fors  parmi  France.  Li  rois  de  Cipre  li  eut  en 
couvent. 

Si  se  parti  li  rois  de  Cipre  d'Amiens  et  chevauça 

30  vers  Biauvais  et  passa  le  Sainne  à  Pontoise  et  fist 
tant  par  ses  journées  que  il  vint  à  Poitiers.  A  ce  donc 


[1363]  UVRE  PREMIER,  $  508.  98 

estoient  li  princes  et  la  princesse  en  Angouloime.  Et 
là  devoit  avoir  moult  proçainnement  une  très  grant 
feste  de  quarante  chevaliers  et  de  quarante  escuiers^ 
attendans  dedens  que  madame  la  princesse  devoit 
bouter  hors  de  ses  cambres  à  sa  relevée^  car  elle  5 
estoit  acoucie  d'un  biau  fil  qui  s'appelloit  Edouwars 
ensi  com  son  père.  Sitost  'que  li  princes  sceut  la 
venue  dou  roy  de  Cipre,  il  envoia  devers  lui  par  es- 
pecial  monsigneur  Jehan  Chandos  et  grant  foison 
des  chevaliers  de  son  hostel^  qui  l'amenèrent  en  grant  lo 
reviel  et  moult  honnourablement  devers  le  prince, 
qui  le  reçut  ossi  humlement  et  grandement  en  tous 
estas  que  il  avoit  esté  nulle  part  receus  sus  tout  son 
voiage. 

Nous  lairons  un  petit  à  parler  dou  roy  de  Cipre  et  15 
parlerons  dou  roy  de  France  et  vous  compterons  en 
quel  istance  ilz  et  ses  consaulz  estoient  venu  à  Amiens. 
Je  fui  adonc  enfourmés,  et  voirs  estoit,  que  li  rois 
Jehans  avoit  pourpos  et  affection  d'aler  en  Engle- 
terre  veoir  le  roy  Edouwart  son  frère  et  la  royne  SO 
d'Engleterre  sa  suer.  Et  pour  ce  avoit  il  là  assamblé 
une  partie  de  son  conseil,  et  ne  li  pooit  nulz  brisier 
ne  oster  ce  pourpos.  Si  estoit  il  fort  consilliés  dou 
contraire.  Et  li  disoient  pluiseur  prélat  et  baron  de 
France  que  il  entreprendoit  une  grant  folie,  quant  il  95 
se  voloit  mettre  encores  ou  dangier  dou  roy  d'En- 
gleterre.  Il  respondoit  à  ce  et  disoit  que  il  avoit  trouvé 
ou  roy  d'Engleterre  son  frère,  en  le  royne  et  en  ses 
neveus  leurs  enfans,  tant  de  loyauté,  d'onneur,  d'a- 
mour et  de  courtoisie  que  il  ne  s'en  pooit  trop  loer  30 
et  que  en  riens  il  ne  se  doubtoit  d'yaus  qu'il  ne  li 
fuissent  courtois,  loyal  et  ami  en  tous  cas.  Et  ossi  il 


M  CHRONIQUES  DE  J.  FROISSART.  [1364] 

voloit  excuser  son  fil  le  duch  d'Ango  qui  estoit  re- 
tournés en  France. 

A  ceste  parolie  n'osa  nulz  parler  dou  contraire^ 
puisque  il  l'avoit  ensi  £|rresté  et  affremé  en  lui.  Si 

5  ordonna  là  de  recief  son  fil  le  duch  de  Normendie 
à  estre  regens  et  gouvrenères  dou  royaume  de 
France  jusques  à  son  retour.  Et  prommist  bien  à 
son  mainsné  fil,  monsigneur  Phelippe^  que,  lui  re- 
venu de  ce  voiage  où  il  aloit,  il  le  feroit  duch  de 

10  Bourgongne  et  le  ahireteroit  de  le  ducé.  Quant 
toutes  ces  coses  furent  bien  faites  et  ordonnées  à  sen 
entente  et  ses  pourveances  en  le  ville  de  Boulongne, 
il  se  parti  de  le  cité  d'Amiens  et  se  mist  à  voie  et 
chevauça  tant  qu'il  vint  à  Hedin.  Là  s'arresta  il  et 

15  tint  son  NoeL  Et  là  le  vint  veoir  li  contes  Loeis  de 
Flandres  qui  moult  l'amoit,  et  li  rois  lui,  et  furent 
ensamble  ne  sai  trois  jours  ou  quatre.  Le  jour  des 
Innocens^  se  parti  li  dis  rois  de  Hedin  et  prist  le  che-  * 
min  de  Moustruel  sus  Mer.  Et  li  contes  de  Flandres 

so  retourna  arrière  en  son  pays. 

§  509.  Tant  esploita  li  rois  Jehans  qu'il  vint  à 
Boulongne^  et  se  loga  en  l'abbeye,  et  tant  i  sé- 
journa qu'il  eut  vent  à  volenté.  Si  estoient  avoec- 
ques  li  et  de  son  royaume  pour  passer  le  mer,  mes- 

25  sires  Jehans  d'Artois,  contes  d'Eu,  li  contes  de  Dam- 
martin^  li  grans  prieur  de  France^  messires  Bouci- 
caus,  marescbaus  de  France^  messires  Tristrans  de 
Maignelers^  messires  Pierres  de  Villers,  messires  Je- 
hans de  Ainviile^  messires  Nicolas  Brake  et  pluiseur 

30  aultre.  Quant  leurs  nefs  furent  toutes  chargies  et  li 
maronnier  eurent  bon  vent^  il  le  segnefiièrent  au  roy. 


[1364]  LIVRE  PREMIER,  S  ^^*  ^^ 

Si  entra  li  rois  en  son  vaissiel  environ  mienuit^  et 
toutes  ses  gens  ens  es  aultres^  et  furent  à  Tancre  celle 
première  marée  jusques  au  jour  devant  Boulongne. 
Quant  il  se  desancrèrent,  il  eurent  vent  à  volenté  : 
si  tournèrent  devers  Engleterre.  Si  arrivèrent  à  Dou-  5 
vres  environ  heure  de  vespres;  ce  fu  l'avant  vigile 
de  l'Apparition  des  trois  Rois. 

Ces  nouvelles  vinrent  au  roy  d'Engleterre  et  à 
la  roynequi  se  tenoient  adonc  à  Eltem^  un  moult 
bel  manoir  dou  roy  à  sept  liewes  de  Londres^  que  10 
li  rois  de  France  estoit  arivés  et  descendus  à  Dou- 
vresl  Si  envoia  tantost  des  chevali^*s  de  son  hostel 
celle  part,  monsigneur  Bietremiu  de  Bruwes^  mon- 
signeur  Alain  de  Boukeselle  et  monsigneur  Richart 
de  Pennebruge.  Chil  se  partirent  dou  roy  et  che-  I6 
*vaucièrent  devers  Douvres,  et  trouvèrent  là  encores 
le  roy  de  France;  si  le  conjoïrent  et  bienvegniè- 
rent  grandement  et  li  disent  que  li  rois  leurs  sires 
estoit  moult  liés  de  sa  venue.  Li  rois  de  France  les 
en  crut  legierement.  L'endemain  au  matin  monta  so 
li  dis  rois  à  cheval^  et  montèrent  tout  cil  qui  avoec- 
ques  lui  estoient,  et  ehevaucièrent  devers  Cantor- 
bie,  et  vinrent  là  au  disner.  A  entrer  en  l'église  de 
Saint  Thiunas,  fist  li  rois  de  France  grant  reve- 
rense  et  donna  au  corps  saint  un  moult  riche  jeuiel  25 
et  de  grant  valeur.  Si  se  tint  là  li  dis  rois  deux 
'jours  :  au  tierch  jour  il  s'en  parti  et  chevauça  le  che- 
min de  Londres,  et  fist  tant  par  ses  journées  qui 
estoient  petites,  qu'il  vint  à  Eltem  où  li  rois  d'En- 
gleterre et  la  royne  et  grant  fuison  de  signeurs^   30 
de  darnes^  de  damoiselles  estoient  tout  appareilliet 
pour  lui  recevoir.  Ce  f u  un  dimence  à  heure  de  re- 


96  CHRONIQUES  DE  J.  FROISSART.  [i364] 

levée  qu'il  vint  là  :  si  i  eut  entre  celle  heure  et  le 
souper  grans  danses  et  grans  earoles,  et  là  estoit  11 
Jones  sires  de  Couei^  qui  s'efibrçoit  de  bien  danser  et 
de  canter  quant  son  tour  venoit.  Et  volentiers  estoit 

5  veus  des  François  et  des  Ënglès;  car  trop  bien  li 
aSreoit  à  faire  quanqu'il  faisoit. 

Je  ne  vous  puis  mies  de  tout  parler  ne  recor- 
der  corn  honourablement  li  rois  d'Englelerre  et  la 
royne  reçurent  le  roy  de  France;  et  quant  il  se 

10  parti  de  Eltem^  il  vint  à  Ix)ndres.  Si  vuidièrent 
toutes  manières  de  gens  par  connestablies  contre  lui 
et  le  recueillièrent  en  grant  reverense.  Et  ensi  fu 
amenés^  en  grant  fuison  de  menestraudies ,  jusques 
en  l'ostel  de  Savoie  qui  estoit  ordenés  et  appareil- 

15  liés  pour  lui.  Ens  ou  dit  hostel  avoecques  le  roy 
estoient  herbergiet  cil  de  son  sanch^  li  ostagier  de 
France:  premièrement,  ses  frères  li  dus  d*Orliens^ 
ses  fîlz  li  dus  de  Berri;  si  cousin^  li  dus  de  Bour- 
bon^ li  contes  d'Alençon^  Guis  de  Blois^  li  contes 

ao  de  Saint  Pol  et  moult  d'aultres.  Si  se  tint  là  li 
rois  de  France  une  partie  de  l'ivier  entre  ses  gens 
liement  et  amoureusement^  et  le  visetoient  souvent 
li  rois  d'Engleterre  et  si  eniant,  li  dus  de  Clarense,  li 
dus  de  Lancastre  et  messires  Aymons.  Et  furent  par 

95  pluiseurs  fois  en  grans  reviaus  et  récréations  ensam* 

ble,  en  diners  et  en  soupers  et  aultres  manières  en 

.  cel  hostel  de  Savoie  et  ou  palais  de  Wesmoustier,  qui 

siet  priés  de  là^  où  li  rois  de  France  aloit  secrètement, 

quant  il  voloit,  par  le  rivière  de  le  Tamise.  Si  regre- 

30  tèrent  pluiseurs  fois  cil  doy  roy  monsigneur  Jakemon 
de  Bourbon^  et  disoient  bien  que  ce  fu  grans  damages 
de  lui,  car  trop  bien  li  affireoit  à  estre  entre  signeurs. 


[1364]  LIVRE  PREMIER,  §  5i0.  97 

§  510.  Nous  lairons  un  petit  à  parler  dou  roy 
Jehan  de  France,  et  parlerons  dou  roy  de  Cipre  qui 
vint  en  Angouloime  devers  le  prince  de  Galles,  son 
cousin,  qui  le  reçut  liement.  Ossi  lisent  tout  li  baron 
et  li  chevalier  de  Poito  et  de  Saintonge  qui  dalés  le  5 
prince  estoient,  li  viscontes  de  Touwars,  li  jones 
sires  de  Pons,  li  sires  de  Partenai,  messires  Loeis  de 
Harcourt,  messires  Guiçars  d'Angle;  et  des  Englès/ 
messires  Jehans  Chandos,  messires  Thumas  de  Felle- 
ton,  messires  Neel  Lorinch,  messires  Richars  de  Pont-  10 
chardon,  messires  Symons  de  Burlé,  messires  Bau- 
duins  de  Fraiville,  messires  d'Aghorisses  et  li  aultre. 
Si  fu  li  rois  de  Cipre  moult  festiés  et  bien  honnourés 
dou  prince,  de  la  princesse,  des  barons  et  des  che- 
valiers dessus  dis,  et  se  tint  illuech  plus  d'un  mois.  15 
Et  puis  le  mena  messires  Jehans  Chandos  jewer  et 
esbatre  parmi  Saintonge  et  parmi  Poito,  et  veoîr  le 
bonne  ville  de  le  RoceUe,  où  on  li  iist  grant  feste.  Et 
quant  il  eut  partout  esté,  il  retourna  en  Angouloime 
et  fu  à  celle  grosse  feste  que  li  princes  y  tint,  où  il  20 
eut  grant  fuisou  de  chevaliers  et  d'escuiers. 

Assés  tost  apriès  la  feste,  li  rois  de  Cipre  prist 
congiet  dou  prince  et  des  chevaliers  dou  pays;  mes 
ançois  leur  eut  il  remoustré  pourquoi  il  estoit  là 
venus,  et  pourquoi  especialment  il  portoit  la  crois  25 
vermeille,  et  comment  [li  papes  li  avoit  confirmé, 
et  la  dignité  du  voiaige,  et  comment^]  li  rois  de 
France,  par  dévotion,  et  pluiseur  grant  signeur 
Favoient  empris  et  juré.  Li  princes  et  li  chevalier 
li  respondirent   moult   courtoisement  que   c'estoit  30 

1.  Ms.  B  4,  (^  2k2.  —  Ms.  B  1,  t.  U,  e>  177  (lacune). 

VI  —  7 


98  CHRONIQUES  DB  J.  PROISSAET.  [1364] 

voirement  uns  voiages  où  toutes  gens  dV>nneur  et 
de  bien  par  raison  dévoient  bien  entendre^  et  qu^ 
s'il  plaisoit  à  Dieu  que  li  passages  fust  ouvers^  il 
ne  le  feroit  mies  seuls,  mes  en  aroit  de  chiaus  qui  ' 

5  se  désirent  à  avancier*  De  ces  responses  se  tint 
li  rois  de  Gpre  tous  oontens,  et  se  parti  dou  dit 
prince  et  de  la  princesse  et  des  barons  dou  pays. 
Mes  messires  Jehans  Chandos  le  yeult  acompagnier, 
ensi  qu'il  fist,  et  li  tint  toutdis  compagnie  tant  qu'il 

<0  fîi  hors  de  le  prinçauté. 

Si  me  samble  que  li  rois  de  Cipre  retourna  arrière 
par  devers  France  pour  revenir  à  Paris,  en  istance  de 
ce  que  pour  trouver  le  roy  revenu  :  mais  non  fera, 
car  li  rois  de  France  estoit,  en  l'ostel  de  Savoie,  en 

15  Ëigleterre,  acouciés  malades;  et  aggrevoit  tous  les 
jours,  dont  trop  grandement  desplaisoit  au  roy  d'&i- 
gleterre  et  à  le  roy  ne,  car  li  plus  sage  médecin  dou 
pays  le  jugoient  en  grant  péril.  Et  de  ce  estoit  tout 
enfourmës  li  dus  de  Normendie,  qui  se  tenoit  à  Paris 

90  et  qui  avoit  le  gouvrenement  de  France,  comment 
li  rois  de  France  ses  pères  estoit  fort  grevés  de  ma- 
ladif; car  messires  Boucicaus  estoit  râpasses  le  mor 
et  en  avoit  enfourmé  le  dit  duch* 
Se  ceste  nouvelle  estoit  sceue  en  France,  li  rois  de 

25  Navare,  qui  se  tenoit  en  Chierebourch,  en  savoit  ossi 
toute  la  certainneté,  dont  il  n'estoit  mies  courou- 
ciés  ;  car  il  esperoit  que,  se  li  rois  de  France  moroit, 
sa  guerre  en  seroit  plus  belle.  Si  escrisi  secrètement 
devers  monsigneur  le  captai  de  Beus  son  cousin,  qui 

âO  se  tenoit  adonc  dalés  le  conte  de  Fois,  son  serourge, 
en  lui  priant  chierement  que  il  volsist  venir  parler  à 
lui  en  Normendie,  et  il  le  feix>it  signeur  et  souverain 


[1364]  LIVRE  PREMIER,  §  510.  W 

par  dessus  tous  ses  chevaliers.  Li  captaus,  qui  desiroit 
les  armes  et  qui  estoit  par  linage  tenus  de  servir  son 
cousin  monsigneur  de  Navare^  obéi  et  se  parti  dou 
conte  de  Fois^  et  s'en  vint  par  le  prinçauté^  et  pria 
aucuns  chevaliers  et  escuiers  sus  son  chemin.  Mes  5 
petit  en  eut^  car  point  ne  se  voloient  adonc  armer  li 
Englès,  ne  K  Gascon^  ne  li  Poitevin,  pour  le  fait  dou 
roy  de  Navare,  contre  le  couronne  de  France;  car  il 
sentoient  les  alliances^  jurées  à  Calais  entre  le  roy  d'En- 
gleterre  leur  signeur  et  le  roy  de  France,  si  grandes  et  10 
si  fortes  'qu^  ne  les  voloient  mies  bleder  ne  brisier. 
Siques,  ce  terme  pendant  et  le  captai  de  Beus 
venant  en  Normendie  devers  le  roy  de  Navare,  li  rois 
Jehans  de  France  trespassa  de  ce  siècle^  en  Engle- 
terre,  en  Fostel  de  Savoie^  dont  li  rois  d'Engleterre  15 
et  la  rôyne  et  tout  leur  enfant  et  pluiseur  baron 
d'Engleterre  forent  moult  courouciet,  pour  Torineur 
et  la  grant  amour  que  li  rois  de  France^  depuis  la 
pais  faite,  leur  avoit  moustré.  Li  dus  d'Orliens,  ses 
frères,  et  11  dus  de  Berri,  ses  ûh,  qui  de  le  mort  le  20 
roy  de  France  leur  signeur  estoient  moult  courou- 
ciet^ envoiièrent  ces  nouvelles  en  grant  haste  devers 
le  duch  de  Normendie,  qui  se  tenoit  à  Paris.  Quant  li 
dis  dus  en  sceut  la  vérité  de  la  mort  le  roy  son  père, 
fîi  il  moult  courouciés^  ce  fii  raisons;  mes  ilz,  comme  25 
cilz  qui  se  séntoit  successères  de  Firetage  de  France 
et  de  la  couronne,  et  qui  estoit  enfourmés  aucune- 
ment dou  roy  de  Navare,  coiounent  il  avoit  pourveu 
et  pourveoit  encores  tous  les  jours  ses  garnisons  en 
le  conté  d'Evrues,  et  qu'il  metoit  sus  gens  d'armes  30 
pour  lui  guerriier,  s'avisa  que  il  y  pourveroit  de  re- 
mède et  de  conseil,  se  il  pooit. 


iOO  CHRONIQUES  DE  J.  FROISSAET.  [1364] 

En  ce  temps  s'armoit  et  estoit  toutdis  armés  £ran- 
(oîs  uns  chevaliers  de  Bretagne  qui  s'appelloit  mes- 
sires  Bertrans  de  Gaiekin.  li  biens  de  lui,  et  la 
proèce  n'estoit  mies  encores  grandement  renommée 
5  ne  cogneue^  fors  entre  les  chevaliers  et  escuiers  qui 
Fantoient  et  ens  ou  pays  de  Bretagne^  où  il  avoit 
demoré  et  toutdis  tenu  la  guerre  pour  monsigneur 
Charle  de  Blois  contre  le  conte  de  Montfort.  Cilz 
messires  Bertrans  estoit  et  fu  toutdis  durement  ewi- 

10  reus  chevaliers  et  bien  amés  de  toutes  gens  d'armes^ 
et  ja  estoit  il  grandement  en  le  grasce  dou  duc  de 
Normendie^  pour  les  vertus  qu'il  en  ooit  recorder. 
Dont  il  avint  que^  sitos  que  li  dus  de  Normendie  seut 
le  trespas  dou  roy  son  père,  ensi  que  cilz  qui  se 

15  doubtoit  grandement  dou  roy  de  Navare,  il  dist  à 
monsigneur  Boucicau,  mareschal  de  France  :  «  Mes- 
sire  Boucicauy  partes  de  ci^  avoech  ce  que  vous  avés 
de  gens,  et  chevauciés  vers  Normendie.  Vous  i  trou- 
vères messire  Bertran  de  Claiekin;  si  vous  prendés 

20  priés,  je  vous  prî,  vous  et  lui,  de  reprendre  sus  le 
roy  de  Navare  la  ville  de  Mantes,  par  quoi  nous 
soions  signeur  de  la  rivière  de  Sainne.  »  Messires 
Boucicaus  respondi  :  c  Sire,  volentiers.  »  Âdonc  se 
parti  il,  et  emmena  avoecques  lui  grant  fuison  de 

25  bons  compagnons,  chevaliers  et  escuiers,  et  prist  le 
chemin  de  Normendie  par  devers  Saint  Germain  en 
Laie,  et  donna  à  entendre  à  tous  chiaus  qui  avoec- 
ques lui  estoient,  qu'il  aloit  devant  le  chastiel  de  Ro- 
leboise,  que  manière  de  gens  nommés  ^Compagnes 

80  tenoient. 

§  51 1 .  Roleboise  est  un  chastiaus  biaus  et  fors  du- 


II364J  UVBE  PREMIER,  $  511.  |0i 

rement,  seans  sus  le  rivière  de  Sainne,  à  une  liewe 
priés  de  Mantes^  et  estôit  à  ce  temps  garnis  et  raem- 
plis  de  compagnons  gens  d'armes  qui  Êiisoient 
guerre  d'yaus  meismes,  et  couitoient  otant  bien  sus 
le  terre  le  roy  de  Navare  que  sus  le  royaume  de  5 
France.  Et  avoient  un  chapitainne  à  qui  il  obeis- 
soient  dou  tout,  et  qui  les  retenoit  et  paioit  parmi 
certains  gages  qu'il  leur  donnoit.  Et  estoit  cilz  nés  de 
le  ville  de  Brouxelles^  et  s'appelloit  Wautre  Obstrate, 
apert  homme  d'armes  et  outrageus  durement.  Cilz  et  lo 
ses  gens  avoient  le  pays  de  là  environ  tout  pilliet  et 
robet,  et  n'osoit  nulz  aler  de  Paris  à  Mantes^  ne  de 
Mantes  à  Roem  ne  à  Pontoise,  pour  chiaus  de  le 
garnison  de  Roleboise.  Et  n'avoient  cure  à  qui  :  otant 
bien  les  gens  le  roy  de  Navare  ruoient  il  jus,  quant  15 
il  les  trouvoient,  que  les  François;  et  par  especial  il 
constraîndoient  si  chiaus  de  Mantes,  qu'il  n'osoient 
issir  hors  de  leurs  portes,  et  se  doubtoient  plus 
d'yaus  que  des  François. 

Quant  messires  Boucicaus  se  parti  de  Paris,  quoi-  20 
qu'il  donnast  à  entendre  que  il  alast  celle  part,  il 
se  faindi  de  prendre  le  droit  chemin  de  Roleboise, 
et  attendi  monsigneur  Bertran  de  Claiekin  et  se  route, 
qui  avoit  en  devant  chevauciet  devant  le  cité  d'Evrues 
et  parlementé  à  chiaus  de  dedens;  mes  on  ne  li  35 
avoit  volu  ouvrir  les  portes  :  ançois  avoient  cil  d'E- 
vrues fait  samblant  que  de  lui  servir  de  pierres  et 
de  mangonniaus,  et  de  traire  à  lui  et  à  ses  gens,  se 
il  ne  se  fust  si  legierement  partis  des  barrières  où  il 
estoit  arrestés.  Et  estoit  messires  Bertrans  de  Claiekin  30 
retrais  arrière  devers  le  mareschal  Boucicau,  qui  l'at^ 
tendoit  sus  un  certain  lieu  assés  priés  de  Roleboise. 


102  CHRONIQUES  DE  J.  FROISSART.  [1364] 

Quant  il  se  furent  trouvé^  il  estoient  bien  cinq  cens 
hommes  d'armes. 

Si  eurent  li  doi  chapitainne,  messires  Bertrans  et 
messires  Bouchicaus^  sus  les  camps  là^  moult  grant 

5  parlement  ensamble^  à  savoir  comment  il  se  mainten- 
roient,  ne  par  quel  manière  il  poroient  avoir  le  ville 
de  Mantes,  où  il  tiroient.  Si  consUlièrent  entre  yaus  que 
messires  Boucicaus,  lui  centime  de  chevaus  tant  seu- 
lement, chevauceroit  devant  et  venroit  à  Mantes,  et 

10  feroit  l'efi&aé,  et  diroit  à  chiaus  de  le  ville  que  cil  de 
Roleboise  le  cacent  et  que  il  le  laissent  [entrer]  ens.  Se 
il  y  entre,  tantost  il  se  saisira  de  le  porte,  et  messires 
Bertrans  et  se  grosse  route  tantost  venront  ferant  bâ- 
tant, et  enteront  en  le  ville  et  en  feront  leur  volenté  : 

15  se  il  ne  l'ont  par  celle  voie,  il  ne  poeent  mies  veoîr 
comment  il  l'aient.  Toutesfois  pour  le  milleur  cilz 
consaulz  fu  tenus,  et  le  tinrent  entre  yaus  li  signeur  en 
secré,  et  se  parti  messires  Boucicaus  et  le  route  qu'il 
devoit  mener,  et  chevaucîèrent  à  le  couverte  par  de- 

20  vers  Mantes,  et  messires  Bertrans  d'autre  part,  et 
se  misent  il  et  li  sien  en  embusche  assés  priés  de 
Mantes. 

Quant  messires  Boucicaus  et  se  route  denrent 
approcier  la  ville  de  Mantes,  il  se  desroutèrent  ensi 

25  comme  gens  desconfîs  et  mis  en  cace.  Et  s'en  vint  li 
dis  mareschaus,  espoir  lui  dixime,  et  li  aultre  petit  à 
petit  le  sievoîent.  Si  s  arresta  devant  la  barrière,  car 
toutdis  y  avoit  gens  qui  le  gardoient,  et  dîst  :  «  Ha- 
rou,  bonnes  gens  de  Mantes,  ouvrés  vos  [portes  et 

30  nous  laissez  entrer  dedens  *]  et  nous  recueillies  ;  car 

1.  Ms.  A  8,  fo  242  vo.  -,  Ms.  B  1,  t.  Il,  (»  178  y^  (lacune). 


[1364]  UVÏÏE  PBElflER,  S  ^^^-  iOS 

yeci  ces  mourdreours  et  pillars  de  Roleboise  qui  nous 
encaucent  et  nous  ont  desconfîs  par  grant  mesaven* 
tare.  »  —  a  Qui  estes  vous,  sire?  »  dient  cil  qui  là  es- 
toient  et  qui  la  barrière  et  le  porte  gardoieat.  —  «  Si- 
gneur,  je  sui  Boucicaus,  mareschaus  de  France,  que  li  t 
dus  de  Normendie  envoioit  devant  Roleboise,  mais 
il  m'en  est  trop  mal  pris;  car  li  larron  de  dedens 
m'ont  ja  desconfî,  et  me  convient  fuir^  voelle  ou  non^ 
et  me  prenderont  à  mains  et  ce  que  j'ai  de  rema- 
nant de  gens,  se  vous  ne  nous  ouvrés  le  porte  bien  ic 
tost.  1^  Cil  de  Mantes  respondirent^  qui  cuidièrent 
bien  que  il  leur  desist  vérité  :  ir  Sire^  nous  savons 
bien  voirement  que  cil  de  Roleboise  sont  nostre  eU' 
nemi  et  li  vostre  ossi,  et  n'ont  cure  à  qui  il  aient  la 
guerre,  et  d'autre  part  que  li  dus  de  Normendie  vos  15 
sires  nous  het  pour  le  cause  dou  roy  de  Navare 
nostre  signeur  :  si  sommes  en  grant  double  que  nous 
ne  soions  deceu  par  vous  qui  estes  mareschaus  de 
France.  »  —  «  Par  ma  foy,  signeur,  dist  il,  nennil  ; 
je  ne  sui  ci  venus  en  aultre  entente  que  pour  grever,  20 
comment  qu'il  m'en  soit  mal  pris,  la  garnison  de 
Roleboise.  » 

A  t^s  parolles,  ouvrirent  cil  de  Mantes  leur  bar- 
rière et  leur  porte,  et  laissièrent  ens  passer  mon- 
signeur  Boucicau  et  se  route,  et  toutdîs  venoient  S5 
gens  petit  à  petit.  Entre  les  darrainiers  des  gens 
monsigneur  Boucicau  et  les  gens  monsigneur  Ber- 
Iran,  n'eurent  cU  de  Mantes  nul  loisir  de  refremer 
leur  porte;  car  quoique  messires  Boucicaus  et  li  plus 
grant  partie  de  ses  gens  se  traissent  tantost  à  hostel  80 
et  se  desarmèrent  pour  mieuls  apaisier  chiaus  de  le 
ville,  li  darrainnier  qui  estoient  Breton,  se  saisirent 


104  CHRONIQUES  DE  J.  FROISSART.  [1364] 

des  barrières  et  de  le  porte.  Et  n'en  fiirent  mies  mes- 
tre  cil  de  le  ville^  car  tantos  messires  Berlrans  et  se 
route  vinrent  les  grans  galos^  qui  estoient  mis  en 
embusche,  et  entrèrent  en  le  ville,  et  eseriièrent  : 

5  c(  Saint  Yve  1  Claiekin  !  A  le  mort^  à  le  mort  tous  Na- 
varois  !  »  Dont  entrèrent  cil  Breton  par  ces  hostels; 
si  pillièrent  et  robèrent  tout  ce  qu'il  trouvèrent,  et 
prisent  des  bourgois  desquels  qu'il  veurent  pour  leurs 
prisonniers^  et  en  tuèrent  ossi  assés. 

10  Et  tantos  incontinent  qu'il  furent  entré  en  Mantes, 
ensi  com  vous  oés  recorder,  une  route  de  Bretons  se 
partirent  et  ferîrent  chevaus  des  esporons  et  ne  cessè- 
rent si  vinrent  à  Meulent  une  liewe  par  dedelà  et  entrè- 
rent en  le  ville  assés  soubtievement  ;  car  il  disent  que 

15  c'estoient  gens  d'armes  que  messires  Guillaumes  de 
Gauville,  chapitainne  d'Evrues,  envoioit  là,  et  que 
otant  ou  plus  en  estoient  demoret  à  Mantes.  Cil  de 
Meulent  cuidièrent  proprement  que  il  deissent  vérité, 
pour  tant  qu'il  estoient  venu  le  chemin  de  Mantes  et 

SO  ne  pooient  venir  aultre  voie  que  par  là  ne  avoir 
passé  le  Sainne  fors  au  pont  à  Mantes.  Si  les  crurent 
legierement  et  ouvrirent  leurs  barrières  et  leurs  por- 
tes ^et  misent  en  leur  ville  ces  Bretons  qui  tantost  se 
saisirent  des  portes  et  eseriièrent  :  «  Saint  Yve  !  Clai- 

S5  kin  !  1^  Et  commencièrent  à  occire  et  à  decoper  ces 
gens  qui  furent  tout  esperdu  et  prisent  à  fuir  et  à 
yaus  sauver,  cescuns  qui  mieuls  mieulz,  quant  il  se 
veirent  ensi  deceu  et  trahi  et  n'eurent  nul  pooir 
d'yaus  recouvrer  ne  sauver. 

30  Ensi  furent  Mantes  et  Meulent  prises,  dont  li  dus 
de  Normendie  fu  moult  joians,  quant  il  en  sceut  les 
nouvelles,  et  li  rois  de  Navare  moult  courouciés, 


[13641  LIVRE  PREMIER,  §  512.  105 

quant  il  en  sceut  la  vérité.  Si  mist  tantost  gardes  et 
chapitainnes  especiaulz  partout  ses  villes  et  ses  chas- 
tiaus,  et  tint  à  trop  grant  damage  le  perte  de  Mantes 
et  Meulent^  car  ce  li  estoit  par  là  une  trop  belle 
entrée  en  France.  5 

§  512.  En  celle  propre  sepmainne  arriva  li  captaus    . 
de  Beus  ou  havene  de  Chierebourch,  à  bien  quatre 
cens  hommes  d^armes.  Se  li  fist  li  rois  de  Navare 
grant  feste,  et  le  recueilla  moult  doucement,  et  li  re- 
moustra^  en  lui  complaindant  dou  duch  de  Normen-   10 
die,  comment  on  li  a  voit  pris  et  emblé  ses  villes, 
Mantes  et  Meulent,  et  se  mettoient  encores  en  painne 
tous  les  jours  li  François  de  tollir  le  demorant.  Li 
captaus  li  dist  :  a  Monsigneur,  se  il  plaist  à  Dieu, 
nous  irons  au  devant  et  esploiterons  telement  que  15 
vous  les  rares,  et  encores  des  aultres.  On  dist  que  li 
rois  de  France  est  mors  en  Engle  terre:  si  verra  on    , 
pluiseurs  nouvelletés  avenir  en  France  temprement, 
parmi  ce  que  nous  y  renderons  painne.  »  De  la  venue 
du  captai  de  Beus  fu  11  rois  de  Navare  tous  recon-  30 
fortes,  et  dist  que  il  le  feroit  temprement  chevaucier 
en  France.  Si  manda  li  dis  rois  gens  de  toutes  pars, 
là  où  il  les  pooit  avoir.  Âdonc  estoit  en  Normendie, 
sus  le  marine,  uns  chevaliers  d'Engleterre  qui  aultre- 
fois  se  estoit  armés  pour  le  roy  de  Navare',  et  estoit  25 
apers  homs  d'armes  durement,  et  l'appelloit  on  mon- 
signeur Jehan  Jeuiel  :  cils  avoit  toutdis  de  se  route 
deux  cens  ou  trois  cens  combatans.  Li  rois  de  Navare 
escrisi  devers  lui  et  le  pria  que  il  le  volsist  venir  servir 
à  ce  que  il  avoit  de  gens,  et  il  li  remeriroit  grande-  30 
ment.  Messires  Jehans  Jeuiaus  descendi  à  le  priière 


fOa  CHRONIQUES  DS  h  FBOISSART.  [4364J 

dou  roy  de  Navare  et  vint  devers  lui  tost  et  aperto* 
ment^  et  se  mist  dou  tout  en  son  servioe« 

Bien  savoit  et  estoit  enfourmés  li  dus  de  Nonnen- 
die  que  II  rois  de  Navare  faisoit  son  amas  de  gens 
5  d'armes  et  que  li  captaus  de  Beus  en  seroit  chiés  et 
gouvrenères.  Si  se  pourvei  selonc  ce  et  escnsi  devers 
monsigneur  Bertran  de  Qaiekin  qui  se  teuoit  à 
Mantes,  et  li  manda  que  il  et  si  Breton  fesisseQt  firon* 
tière  contre  les  Navarois  et  se  mesissent  as  camps^ 

10  et  il  li  envoieroit  gens  assés  pour  combatre  le  pois-* 
sance  dou  roy  de  Navare,  £t  ordonna  encores  li  dis 
dus  de  Normendie  à  demorer  monsigneur  Boucicau 
en  le  ville  de  Mantes^  et  de  garder  là  le  firontière  et 
Mantes  et  Meulent^  pour  les  Navarois,  Tout  ensi  fu 

15  &it  comme  li  dus  ordonna.  Si  se  parti  messires  Ber* 
brans  à  tout  ses  Bretons  et  se  mist  sus  les  camps  par 
devers  Vernon.  En  briefs  jours^  envoia  li  dus  de  Nor* 
mendie  devers  lui  grans  gens  d'armes  en  pluiseurs 
routes^  le  conte  d'Auçoirre^  le  visconte  de  Byaumont, 

20  l6  signeur  de  Biaugeu^  monsigneur  Loeis  de  Chalon, 
monsigneur  l'Aroeprestre^  le  mestre  des  arbalestriers 
et  pluiseurs  bons  chevaliers  et  escuiers.  Encores  es- 
toient  en  ce  temps  issu  de  Gascongne  et  venu  en 
France^  pour  servir  le  duch  de  Normendie,  li  sires 

35  deLabrethy  messires  Âymenions  de  Pumiers,  mes- 
sires Petitons  de  Courton^  messires  li  soudis  de  I^es- 
trade  et  pluiseur  aultre  appert  chevalier  et  escuier  : 

0  de  quoi  li  dis  dus  de  Normendie  leur  savoit  grant 
gret,  et  leur  donna  tantos  grans  gages  et  grans  pour- 

30  fis,  et  leur  pria  que  il  volsissent  aler  et  chevaucier 
en  Normendie  contre  ses  ennemis.  Li  dessus  nom- 
met^  qui  ne  desiroient  ne  demandoient  aultre  cose 


[1364]  LIVRB  PREMIER,  g  512.  107 

qae  les  armes  ^  obéirent  volentiers  et  se  misent  en 
arroi  et  en  ordenance  et  vuidièrent  de  Paris,  et  che- 
vaucièrent  devers  Normendie,  excepte  le  corps  dou 
signeur  de  Labreth.  Cilz  demora  à  Paris  dalés  le 
duch,  mes  ses  gens  alèrent  en  celle  chevaucie.  5 

En  ce  temps,  issî  des  frontières  de  Bretagne,  des 
basses  marces  devers  Âlençon,  uns  chevaliers  bretons 
françois  qui  s'appelloit  messires  Braimons  de  Laval, 
et  vint  sus  une  ajournée  courir  devant  le  cité  d^& 
vrues;  si  avoit  en  se  compagnie  bien  quarante  lances,  10 
tous  Bretons.  Â  ce  donc  estoit  dedens  Evrues  uns 
Jones  chevaliers  qui  s'appelloit  messires  Guis  de 
Gauville.  Sitost  qu'il  entendi  l'effroi  de  chiaus  d'£« 
vrues,  il  se  courut  armer  et  fist  armer  tous  les  com^ 
pagnons  saudoiiers  qui  laiens  ou  chastiel  estoient,  et  15 
puis  montèrent  sus  leurs  chevaus  et  vuidièrent  par 
une  porte  desous  le  chastiel  et  se  misent  as  camps. 
Messires  Braimons  avoit  ja  fait  se  emprise  et  se 
monstre  et  s'en  retournoit  tout  le  pas.  Evous  venu 
monsigneur  Gui  de  Gauville,  monté  sus  fleur  de  20 
coursier,  le  tai^e  au  col  et  le  glave  ou  poing,  et  e&- 
crie  tout  en  hault  :  «  Braimon,  Braimon,  vous  n'en 
irés  pas  ensi,  il  vous  fault  parler  à  chiaus  d'Evrues  : 
vous  les  estes  venus  veoîr  de  si  priés  qu'il  vbus  voe-- 
lent  aprendre  à  cognoistre.  »  25 

Quant  messires  Braimons  se  oy  escrier,  si  retourna 
son  coursier  et  abaissa  son  glave,  et  s'adreoa  droite- 
ment  dessus  moiisigneur  Gui.  Cil  doi  chevalier  se  con- 
sievirent  de  grant  ravine  telement  sus  les  targés,  que 
les  glaves  volèrent  en  tronçons  ;  mes  il  se  tinrent  si  30 
francement  que  onques  ne  se  partirent  des  arçons,  et 
passèrent  oultre.  Au  retour  qu'il  fisent,  il  sacièren  t  leurs 


108  GHRONIQUBS  DE  J.  FROISSART.  [i364] 

espées^  ei'tantost  s'entremellèrent  leurs  gens.  De  pre- 
mières venues^  il  en  y  eut  tamaint  reversé^  d'une  part 
et  d'aultre.  Là  eut  bon  puigneis,  et  se  acquittèrent 
li  Breton  moult  loyaument^  et  se  combattirent  vas- 
5  saument;  mes  finablement  il  ne  peurent  obtenir  le 
place,  ançois  les  convint  demorer,  car  gens  crois- 
soient  toutdis  sus  yaus.  Et  furent  tout  mort  ou  pris; 
onques  nuls  n'en  escapa,  et  prist  messires  Guis  de 
Gauville  monsigneur  Braimon  de  Laval,  et  Teumena 
10  comme  son  prisonnier  dedens  le  chastiel  d'Evrues, 
[et  ossi  y  furent  menés  tous  les  aultres  qui  pris  es- 
toient.  Ensi  eschei  de  ceste  aventure,  dont  messires 
Guis  fu  durement  prisiés  et  amés  dou  roy  de  Navare 
et  de  tous  ceux  de  la  ville  d'Evrues  **]        . 

15  §  513.  Âuques  en  ce  temps,  retourna  en  France  li 
rois  de  Cipre  qui  revenôit  d'Aquitainne,  et  s'en  vint 
droitement  à  Paris  et  se  traist  devers  le  régent  le  duc 
de  Normendie.  Â  ce  donc  estoient  dalés  lui  si  doi 
frère,  li  dus  d'Ango  et  messires  Phelippes,  qui  puis  fu 

20  dus  de  Bourgongne,  et  attendoient  le  corps  dou  roy 
leur  père,  que  on  raportoit  d'Engleterre.  Si  leur  aida 
à  complaindre  li  dis  rois  de  Cipre  leur  duel,  et  il 
meismes  prist  en  grant  desplaisance  ceste  mort  dou 
roy  de  France,  pour  le  cause  de  ce  que  ses  voiages 

35  en  estoit  arriérés,  et  s'en  vesli  de  noir.  Or  vint  li 
jours  que  li  corps  dou  dit  roy  de  France,  qui  estoit 
embauàumés  et  mis  en  un  sarcu,  approça  Paris,  le- 
quel corps  messires  Jehans  d'Artois ,  li  contes  de 
Dammartin  et  li  grans  prieus  de  France  racondui- 

1.  Ms.  B  4,  fo  244  vo.  —  Ms.  B  1,  t.  H,  (^  180  r^  (lacune). 


[1364]  LIVRE  PREMIER,  §  5i3.  i09 

soient.  Si  vuidièrent  de  Paris  li  dus  de  Nonnendie  et 
si  frère  et  li  rois  de  Cipre  et  la  grigneur  partie  dou 
clergiet  de  Paris,  et  alèrent  tout  à  piet  oultre  Saint 
Denis  en  France;  et  là  fu  il  aportés  et  ensepelis  en 
§rant  solennité.  Et  canta  li  arcevesques  de  Sens  la  5 
messe  le  jour  de  son  obsèque. 

Apriès  le  service  fait  et  le  disner  qui  fu  moult  grans 
et  moult  nobles^  li  signeur  et  li  prélat  retournèrent 
tout  à  Paris.  Si  eurent  parlement  et  conseil  ensamble 
à  savoir  comment  il  se  maintenroient^  car  li  royau-  10 
mes  ne  pooit  longement  estre  sans  roy.  Si  fu  consil- 
liet  par  Pavis  des  prelas  et  des  nobles  que  on  se  trai- 
roit  devers  le  cité  de  Rains^  pour  couronner  à  roy 
monsigneur  Charle,  duch  de  Nonnendie.  Lors  fist 
on  appareillier  moult  grandes  pourveances  par  tout  15 
ensi  que  li  nouviaus  rois  devoit  aler,  passer  et  de- 
morer,  et  par  especial  en  le  cité  de  Rains.  Si  en  es- 
crisi  cilz  qui  s'appelloit  encores  dus  de  Normendie 
à  son  oncle,  monsigneur  Wincelart^  duc  de  Brat- 
bant  et  de  Lussembourc^  et  ossi  au  conte  de  Flan-  20 
dres,  en  priant  que  il  volsissent  estre  à  son  couron- 
nement. Et  estoit  li  jours  assignés  au  jour  de  le  Tri- 
nité proçain  venant. 

Entrues  que  ces  besongnes,  ces  pourveances  et  cil 
signeur  s'ordonnoient,  s'approçoient  ossi  li  François  et  25 
li  Navarois  en  Normendie.  Et  ja  estoit  venus  en  le  cité 
de  Evrues  li  captaus  de  Beus,  qui  là  faisoit  son  amas 
et  sen  assamblée  de  gens  d'armes  et  de  compagnons 
tout  partout  où  il  les  pooit  avoir.  Si  parlerons  de  lui 
et  de  monsigneur  Bertran  de  Claiekin,  et  d'une  belle  30 
journée  de  bataille  qu'il  eurent  le  joedi  devant  le 
Trinité,  que  li  dus  de  Normendie  devoit  estre  cou- 


iiO  CHRONIQUES  DK  J.  FROISSART.  [136k] 

ronnés  et  oonsacrés  à  roy  de  France^  ensi  qu'il  fii  en 
PegUse  cathedral  de  Rains. 

§  514.  Quant  messires  Jehans  de  Graili^  dis  et 
nommés  captaus  de  Beus^  eut  fait  son  amas  et  sek 

5  assambiée^  en  le  cité  de  Evrues,  de  gens  d'armes^ 
d'areiers  et  de  brigans^  il  ordonna  ses  besongnes  et 
laissa  en  le  ditte  cité  chapitainne^  un  chevalier  qui 
'  s'appelloit  messires  Legiersd'Orgesi,  et  envoiaà  Ron- 
ces monsigneur  Gui  de  Gauville^  pour  faire  frontière 

10  sus  le  pays^et  puis  se  parti  de  Eynies  à  tout  ses  gens 
d'armes  et  ses  arciers^  car  il  entendi  que  li  lYançois 
chevauçoient,  mais  il  ne  savoit  quel  part.  Si  se  mist 
as  camps  ^  en  grant  désir  que  d'yaus  combatre;  si 
nombra  ses  gens  et  se  trouva  sept  cens  lances^  trois 

15  cens  arciers  et  bien  cinq  cens  aultres  hommes  aida- 
blés.  Là  estoient  dalés  lui  pluiseur  bon  chevalier  et 
escuier,  e^  par  especial  uns  banerès  dou  royaume  de 
îîavare,  qui  s'appelloit  li  sires  de  Saus;  et  li  plus 
grans  après  et  li  plus  apers  et  qui  tenoit  le  plus 

20  grande  route  de  gens  d'armes  et  d'arciers,  c'estoît  uns 
chevaliers  d'Engleterre,  qui  s'appelloit  messires  Je- 
hans Jeuiel.  Si  y  estoient  messires  Pierres  de  Saken- 
villè^  messires  Guillaumes  de  GauviUe^  messires 
Bertrans  dou  Franc,  le  bascle  de  Maruel  et  pluiseur 

25  aullre,  tout  en  grant  volenté  d'encontrer  monsigneur 
Bertran  et  ses  gens  et  dé  combatre.  Si  tiroient  à  venir 
devers  Pasci  et  le  Pont  de  FArce;  car  bien  pensoient 
que  li  François  passeroient  là  le  rivière  de  Sainne, 
voîres  se  il  ne  l'avoient  ja  passé. 

30  '  Or  avint  que,  droitement  le  merkedi  de  le  Pente- 
coustCj  si  com  li  captaus  et  se  route  chevauçoient  au 


[Ide4]  LIVAE  PAïaUEA,  $  514;  111 

dehors  d'un  bois^  il  enoontrèrent  d'aventure  un  hi- 
raut  qui  s'appelloit  le  Roy  Faucon,  et  estoit  cilz  au 
matin  partis  de  Tost  des  François.  Si  tretost  que  li 
captaus  de  Beus  le  vei^  bien  le  recongneut  et  li  fist 
grant  cière^  car  il  estoit  hiraus  au  roy  d'Engleterre^    5 
et  K  demanda  dont  il  venoit  et  se  il  savoit*  nulles  nou- 
Telles  des  François.   «  En  nom  Dieu^  monsigneur^ 
dist  il,  oid:  je  me  parti  hui  matin  d'yaus  %t  de  leur 
route^  et  vous  quièrent  ossi  et  ont  grant  désir  de 
vous  trouver.  »  —  «  Et  quel  part  sont  il  ?  ce  dist  li  10 
captaus;  sont  il  deçà  le  Pont  de  TArce  ou  delà?  »  — 
a  En  nom  Dieu^  dist  Faucons^  sire,  il  ont  passé  le 
Pont  de  FAroe  et  Yrenon,  et.  sont  maintenant^  je 
oroi,  assés  priés  de  Pasci.  »  —  «  Et  quelz  gens  sont 
il^  dist  li  captaus,  et  quelz  capitainnes  ont  il?  Di  le  15 
moi)  je  t'en  pri,  doulz  Faucon.  *  —  <c  En  nom  Dieu, 
sire,  il  sont  bien  mil  et  cinq  cens  combatans  et  tou- 
tes bonnes  gais  d'armes.  Si  y  sont  messires  Betran 
de  Claiekin,  qui  a  le  plus  grant  route  de  Bretons,  li 
contes  d'Auçoirre,  li  viscontes  de  Byaumont,  mes-  so 
sires  Loeis  de  Ghalon,  li  sires  de  Biaugeu,  monsi-    . 
gneur  le  mestre  des  arbalestriers,  monsigneur  l'Ar- 
ceprestre,  messires  Oudars  de  Renti.  Et  si  y  sont 
de  Gascongne,  vostre  pays,  les  gens  le  signeur  de 
liabreth,  messires  Petiton  de  Ck>urton  et  messires  25 
Perducas  de  Labreth;  si  y  est  messires  Aymenions  de 
Pumiers  et  messires  li  soudis  de  Lestrade.  » 

Quant  li  captaus  oy  nommer  les  Gascons,  si  fu  du- 
rement esmerviUiés ,  et  rougia  tous  de  felonnie,  et 
replika  sa  parolle  en  disant  :  «  Faucon,  Faucon,  es[t]  80 
ce  à  bonne  vérité  oe  que  tu  dis  que  cil  chevalier  de 
Gascongne,  que  tu  nonmxes,  sont  là,  et  les  gens  le 


ii2  CHRONIQUES  DE  J.  FROISSART.  [1364J 

signeur  de  Labreth?  »  —  «  Sire,  dist  li  hiraus^  par 
ma  foi,  oïl.  »  —  «  Et  où  est  11  sires  de  Labreth?  dist  li 
captaus.  »  —  «  En  nom  Dieu,  sire,  respondi  Fau- 
eons,  il  est  à  Paris  dalés  le  régent  le  duch  de  Nor- 
5  mendie,  qui  s'appareille  fort  pour  aler  à  Rains,  car 
on  dist  ensi  partout  communément  que  dimence  qui 
vient,  il  s'i  fera  sacrer  et  couronner.  »  Adonc  mist  li 
captaus  sa  main  à  sa  tieste,  et  dist  ensi  que  par  mau- 
talent  :  «  Par  le  cap  saint  Ântone,  Gascon  contre 

10  Gascon  s^esprouveront.  n 

Âdonc  parla  li  Rois  Faucons  pour  Prie,  un  hiraut 
que  li  Arceprestres  envoioit  là,  et  dist  au  captai  : 
oc  Monsigneur,  assés  priés  de  ci  m'attent  uns  hiraus 
françois  que  li  Arceprestres  envoie  devers  vous,  li- 

15  quels  Arceprestres,  à  ce  que  j'entens  par  le  hiraut, 
parleroit  à  vous  volentiers.  »  Dont  respondi  li  cap- 
taus et  dist  à  Faucon  :  <r  Faucon,  dittes  à  ce  hiraut 
françois  qu'il  n*a  que  faire  plus  avant,  et  qu'il  die  à 
PArceprestre  que  je  ne  voeil  nul  parlement  à  lui.  » 

80  Adonc  s'avança  messires  Jehans  Jeuiel,  et  dist  :  «Sire, 
pourquoi  ?  Espoir  est  ce  pour  nostre  proufit.  »  Dont 
dist  li  captaus  :  «  Jehan,  Jehan,  non  est  ;  mes  est  li 
Arceprestres  si  grans  baretères,  que,  se  il  venoit  jus- 
ques  à  nous,  en  nous  comptant  gengles  et  bourdes, 

25  il  aviseroit  et  imagineroit  nostre  force  et  nos  gens  : 
si  nous  poroit  tourner  à  grant  contraire.  Si  n'ai  cure 
de  ses  parlemens.  »  Adonc  retourna  li  Rois  Faucons 
devers  Prie  son  compagnon  qui  Fattendoit  au  coron 
d'une  haie,  et  escusa  monsigneur  le  captai  bien  et 

80  sagement,  tant  que  li  hiraus  en  fu  tous  contens,-  et 
raporta  arrière  à  PArceprestre  tout  ce  que  Faucons  li 
avoit  dit. 


[1364]  LIVRE  PREMIER,  §  545.  113 

§  515.  Ensi  eurent  li  François  et  li  Navarois  co- 
gnissance  li  uns  de  l'autre^  par  le  raport  des  deux 
hiraus;  si  se  consillièrent  et  avisèrent  sur  ce  et  se 
radrecièrent  ensi  que  pour  trouver  Pun  Tautre.  Quant 
li  captaus  eut  oy  dire  à  Faueon  quel  nombre  de  gens    5 
d'armes  li  François  estoient  et  qu'il  estoient  bien   . 
quinze  cens,  il  envoia  tantost  certains  messages  en  le 
cité  d'Evi*ues,  devers  le  chapitainne^  en  lui  segnefiant 
que  il  fesist  vuidier  et  partir  toutes  manières  de  jones 
compagnons  armerés  dont  on  se.  pooit  aidier^  et  lo 
traire  devers  Cocheriel;  car  il  pensoit  bien  que  là  en 
cel  endroit  trouveroit  il  les  François^  et  sans  faute  ^ 
quel  part  qu'il  les  trouvast^  il  les  combateroit.  Quant 
ces  nouvelles  vinrent  en  le  cité  d'Evi'ues  à  monsi- 
gneur  Legier  d'Orgesi,  il  le  fîst  criier  et  publiier^  et   15 
commanda   estroitement  que   tout  cil  qui  à  ceval 
estoient,  incontinent  se  traissent  devers  le  captai.  Si 
en  partirent  de  recief  plus  de  six  vingt,  tous  jones 
compagnons^  de  le  nation  de  le  ville. 

Ce  merkedi,  se  loga  à  heure  de  nonne  li  captaus  sus  20 
une  montagne 9  et  ses  gens  tout  environ;  et  li  Fran- 
çois qui  les  desiroient  à  trouver,  chevaucièrent  avant 
et  tant  qu'il  vinrent  sus  une  rivière  que  on  claime  ou 
pays  Yton,  et  keurt  autour  devers  Evrues  et  nest  de 
bien  priés  de  Ronces  ;  si  se  logièrent  ce  merkedi  tout 
aisiement,  à  heure  de  relevée,  ens  uns  biaus  prés  tout 
dou  lonch  ceste  rivière. 

Le  joedi  au  matin,  se  deslogièrent  li  Navarois,  et 
envoiièrent  leurs  coureurs  devant,  pour  savoir  se  il 
oroient  nulles  nouvelles  des  François;  et  li  François  30 
envoiièrent  ossi  les  leurs,  pour  savoir  se  il  oroient 
nulles  telles  nouvelles  des  Navarois.  Si  en  raportèrent 

V!  —  B 


114  CHRONIQUES  DE  J.  FROISSÂRT.  [1364] 

oescans  à  se  partie,  en  mains  d'espasse  que  de  deux 
liewes^  cerlainnes  nouvelles;  et  chevauçoient  li  Na- 
varois^  ensi  que  Faucons  les  menoit,  droit  à  Tadrèce, 
le  chemin  qu'il  estoit  venus.  Si  vinrent  environ  heure 

5  de  prime  sus  les  plains  de  Coceriel^  et  veirent  les 
François  devant  yaus ,  qui  ja  ordonnoient  leurs  ba- 
tailles,  et  y  avoit  grant  fuison  de  banières  et  de  pen- 
nons^  et  estoient  par  samblant  plus  tant  et  demi  qu'il 
ne  fuissent.  ^ 

10  Si  se  arrestèrent  li  dit  Navarois  tout  quoi  au  dehors 
d'un  petit  bos  qui  là  siet^  et  puis  se  traisent  avant  les 
chapitainnes  et  se  misent  en  ordenance.  Première- 
ment, il  fîsent  trois  batailles  bien  et  faiticement  tout 
à  piet,  et  envoiièrent  leurs  chevaus^  leurs  maies  et 

15  leui^  garçons  en  ce  petit  bois  qui  estoit  dalés  yaus^  et 
establirent  monsigneur  Jehan  Jeuiel  en  le  première 
bataille,  et  li  ordonnèrent  tous  les  Englès^  hommes 
d'armes  et  arciers.  La  seconde  eut  li  captaus,  et 
pooient  estre  en  se  bataille  environ  quatre  cens  com- 

20  batans,  uns  c'autres.  Si  estoient  dalés  le  captai  li 
sires  de  Sa  us  en  Navare,  uns  jones  chevaliers,  et  se 
banière,  et  messires  Guiilaumes  de  Gauville  et  mes- 
sires  Pierres  de  Sakenville.  La  tierce  eurent  troi 
aultre  chevalier,  messires  li  bascles  de  Marueil,  mes- 

25  sires  Bertrans  dou  Franc  et  messires  Sanses  Lopins, 

et  estoient  ossi  environ  quatre  cens  armeures  de  fier. 

Quant  il  eui^ent  ordonné  leurs  batailles,  «il  ne  s'es- 

longièrent  point  trop  lonchd'un  de  l'autre^  et  prisent 

l'avantage  d'une  montagne  qui   estoit   à  le  droite 

30  main  entre  le  bois  et  yaus^  et  se  rengièrent  tout  de 
front  sus  celle  montagne  par  devant  leurs  ennemis. 
Et  misent  encores,  par  grant  avis,  le  pennon  dou 


[iat>4]  LIVRE  PJEl£Mi£R,  §  516.  M5 

captai  en  un  fort  buisson  espinerës,  et  ordonnèrent 
là  autour' soissante  armeures  de  fier  pour  le  garder 
et  deffendre.  Et  le  fisent  par  manière  d'estandart 
pour  yaus  ralloiier,  se  par  force  d'armes  il  estoient 
espars  ;  et  ordonnèrent  encores  que  point  ne  se  de-  5 
voient  partir  ne  descendre  de  le  montagne  pour  cose 
qui  avenist^  mès^  se  on  les  voloit  combatre^  on  les 
alast  là  querre. 

§516.  Tout  ensi  ordonné  et  rengié  se  tenoient 
bavarois  et  Ënglès,  d'un  costé^  sus  le  montagne  que  lo 
je  TOUS  di.  Entrues  ordonnoient  li  François  leurs  ba- 
tailles, et  en  fisent  trois  et  une  arrière  garde.  La 
première  eut  messires  Bertrans  de  Claiekin  à  tout  les 
Bretons^  et  fu  ordonnés  pour  assambler  à  le  bataille 
dou  captai.  La  seconde  [eut  li  contes  d'Auçoirre  :  si  15 
estoient  avecques  lui  gouverneurs  de  celle  bataille']  li 
viscontes  de  Byaumont  et  messires  Bauduins  d'Ane- 
kins,  mestres  des  arbalestriers,  et  eurent  avoech  yaus 
les  François^  les  Normans  et  les  Pikars^  monsigneur 
Oudart  de  Renti^  monsigneur  Engherant  d'Uedin,   20 
monsigneur  Loeis  de  Haveskierkes  et  pluiseurs  aultres 
bons  chevaliers  et  escuiers.  La  tierce  eut  li  Arcepres- 
tres  et  les  Bourghegnons  avoech  lui^  moùsigneur 
Loeis  de  Chalon^  le  signeur  de  Biaugeu^  monsigneur 
Jehan  de  Yiane,  monsigneur  Gui  de  Frelai^  monsi-  25 
gneur  Hughe  de  Yiane  et  pluiseiu^s  aultres;  et  devoît 
assambler  ceste  bataille  au  bascle  de  Marueil  et  à  se 
route.  Et  l'autre  bataille  qui  estoit  pour  arrière  garde, 

1.  Mf.  A  8,  F»  245  ^r^.  '—  Mm.  B  :  «  eurent  H  contes  d'Ançoiire  et 
Il  viscontes  de  BjaumonX  et  messires  Bauduins  d'Anekins.  i  Ms.  B  1 , 
^183. 


116  CHRONIQUES  DE  J.  FR01S3ART.  [1364] 

estoit  toute  purainne  de  Gascons^  desquelz  messires 
Aymenions  de  Pumiers,  messires  li  soudis  de  Les- 
trade,  messires  Perducas  de  Labreth  et  messires  Pe- 
titon  de  Courton  furent  souverain  et  meneur. 

5  Or  eurent  là  cil  chevalier  gascon  un  grant  avis;  il 
imaginèrent  tantost  Tordenance  dou  captai  et  com- 
ment cil  de  son  lés  avoient  mis  et  assis  son  pennon  sus 
un  buisson,  et  le  gardoient  aucun  des  leurs,  car  il  en 
voloient  faire  leur  estandart.  Si  disent  ensi  :  «  Il  est  de 

10  nécessité  que,  quant  nos  batailles  seront  assamblées, 
nous  nos  traions  de  fait  et  adreçons  de  grant  volenté 
droit  au  pennon  le  captai,  et  nous  mettons  en  painne 
dou  conquerre;  se  nous  le  poons  avoir,  nostre  en- 
nemi en  perderont  moult  de  leur  force  et  seront  en 

15  péril  de  estre  desconfî.  »  Encores  avisèrent  cil  dît 
Gascon  une  aultre  ordenance  qui  leur  fu  moult  pour- 
fitable  et  qui  leur  parfist  leur  journée. 

S  517.  Assés  tost  aprîès  que  li  François  eurent  or- 
données leurs  batailles,  li  chief  des  signeurs  se  misent 

20  ensamble  et  consillièrent  [un  grant  temps  ^]  comment  il 
se  maintenroient;  car  il  veoient  leurs  ennemis  gran- 
dement sus  leur  avantage.  Là  disent  li  Gascon  dessus 
nommet  une  paroUe  qui  fu  volentiers  oye  :  «  Sîgneur, 
nous  savons  bien  que  ou  captai  a  un  ossi  preu  et  seur 

25  chevalier  et  conforté  de  ses  besongnes  que  on  trou- 
veroit  aujourd'ui  en  toutes  terres,  et  tant  comme  il 
sera  sus  le  place  et  pora  entendre  au  combatre,  il 
nous  portera  trop  grant  damage;  si  ordonnons  que 
nous  mettons  as  chevaux,  trente  des  nostres,  tous 

1.  Ms.  B  d,  fo  246  ▼<>.  —  Ms.  fi  1,  t.  U,  fb  183  (lacune). 


[1364]  LIVRE  PREMIER,  §  518.  117 

des  plus  appers  et  plus  hardis  par  avis^  et  cil  trente 
n'entendent  à  aultre  cose  fors  vaus  adrecier  devers 
le  captai.  Et  entrues  que  nous  entenderons  à  con- 
querre  son  pennon,  il  se  metteront  en  painne,  par 
le  force  de  leurs  coursiers  et  de  leurs  bras,  à  desrom-  5 
pre  le  priesse  et  de  venir  jusques  au  dit  captai;  et  de 
fait  [il  prenderont  le  captai  *]  et  tourseront  et  Rem- 
porteront entre  yaus,  et  [menront  *]  à  sauveté  où  que 
soit,  et  ja  n'i  attenderont  fin  de  bataille.  Nous  disons 
ensi  que,  se  il  [puet*]  estre  pris  ne  retenus  par  celle  10 
voie,  la  journée  sera  nostre,  tant  fort  seront  ses  gens 
esbahi  de  sa  prise.  » 

Li  chevalier  de  France  et  de  Bretagne,  qui  là  es- 
toient,  acordèrent  ce  conseil  legierement  et  disent 
que  c'estoit  uns  bons  avis  et  que  ensi  seroit  fait.  Si  15 
triièrent  et  eslisirent  tantost,  entre  leurs  batailles, 
trente  hommes  d'armes  des  plus  hardis  et  plus  en- 
treprendans  par  avis,  qui  fuissent  en  leurs  routes, 
et  furent  monté  cil  trente  cescun  sus  bons  coursiers, 
les  plus  legiers  et  plus  rades  qui  fuissent  sus  le  place,  20 
et  se  traisent  d'un  lés  sus  les  camps,  avisé  et  enfour- 
mé  quel  cose  il  dévoient  faire,  et  li  aultre  demorèrent 
tout  à  piet  sus  les  camps  en  [leur*]  ordenance,  ensi 
qu'il  [dévoient  *]  estre. 

§  518.  Quant  cil  signeur  de  France  eurent  ordonné  25 
à  leur  avis  leurs  batailles,  et  que  cescuns  savoit  quel 


1.  Ms.  A  3,  fo  246.  —  Ms.  B  1,  t.  II,  f«  183  vo  :  «  il  le  prenderont.  » 

2.  Ms.  A  8.  —  Ms.  B  1  :  c  remporteront.  9 

3.  M».  B  4,  f*>  246  v«.  —  Ms.  B  1  :  c  iiocnt.  » 

4.  Ms.  B  4.  —  Ms.  B  1  :  «se.  » 

5.  Ms.  A  8,  P»  246  ▼«.  —  Ms.  B  1  :  t  le  devoit.  > 


liH  CHRONIQUES  DE  J.  FROISSART.  [1364] 

cose  il  devoil  &ire,  il  regardèrent  entre  yaus  et  pour- 
parièrent  longement  quel  cri  pour  le  journée  il  crîe- 
roient,  et  à  laquèle  banière  [ou  pennon  •]  il  se  retrai- 
roient.  Si  fiirent  grant  temps  sus  un  estât  que  de 
5  criier  :'  <<*  Nostre  Dame  !  Auçoirre  1  »  et  de  faire  pour 
ce  jour  leur  souverain  dou  conte  d*Auçoirre.  Mais  li 
dis  contes  ne  s'i  volt  onques  acorder^  ançois  s'escusa 
moult  bellement^  en  disant  :  a  Signeur,  grant  mercis 
de  i'onneur  que  veus  me  portés  et  volés  faire  ;  mais 

10  tant  comme  à  présent  je  ne  voeil  pas  ceste ,  car  je 
sui  encores  trop  jones  pour  encargier  si  grant  fais  et 
tèle  honneur,  et  s*est  la  première  journée  arrestée  on 
je  fm  onques  :  pour  quoi  vous  prenderés  un  aultre  de 
moi.   Ci  sont  pluiseur  bon  chevalier,  monsigneur 

15  Bertran  [de  Claquin'],  monsigneur  FArceprestre , 
monsigneur  le  Mestre',  monsigneur  Loeis  de  Chalon 
monsigneur  Aymenion  de  Pumiers,  monsigneur  Ou- 
dart  de  Renti,  qui  ont  esté  en  pluiseurs  grosses  be- 
songnes  et  journées  arrestées,  et  scèvent  mieulz  com- 

20  ment  télz  besongnes  se  doivent  gouvrener  que  je  ne 
face  :  si  m'en  déportés,  et  je  vous  en  pri.  » 

Adonc  regardèrent  tout  li  chevalier  qui  là  estolent 
l'un  l'autre,  et  li  disent  :  «  Contes  d'Auçoirre,  vous 
estes  li  plus  grans  de  mise,  de  terre  et  de  linage  qui 

25  ci  soit  ;  si  poés  bien  et  de  droit  estre  nos  chiés.  »  — 
w  Certes ,  signeur,  respondi  il ,  vous  dittes  vostre 
courtoisie  :  je  serai  aujourd'ui  vos  compains,  et 
morrai  et  viverai  et  attenderai  l'aventure  dalés  vous; 


1.  Ms.  B  4.  —  Ms.  B  1  (lacune). 

2.  M».  B  3,  f*»  259  ▼«.  ^  Ms.  B  1  (lacune). 

3.  Ms.  A  17,  f^  311  :  «  Baudouin  d'Annequins,  »  Baudouin  d'An- 
nequin  c'tait  maître  des  arbalétriers. 


£1364]  UVRE  PREMIER,  §  518*  il9 

mes  de  souverainneté  n'i  voeil  je  point  avoir.  »  Adone 
Tardèrent  il  l'un  par  l'autre  lequel  done  il  ordon- 
neroieat.  Si  y  fu  avisés  et  regardés  pour  le  milleur 
chevalier  de  toute  le  place^  et  qui  plus  s'estoit  corn- 
batus  de  le  main  et  qui  mieulz  savoit  ossi  comment  5 
telz  coses  se  dévoient  maintenir,  messires  Bertrans 
de  Claiekin.  Si  fu  ordonné  de  commun  acord  que 
on  crieroit  :  «  Nostre  Dame  !  Claiekin  1  »  et  que  on 
s'ordonneroit  celle  journée  dou  tout  par  le  dit  mon* 
signeur  Bertran.  10 

Toutes  ces  coses  faites  et  establies,  et  cescuns 
sires  desous  se  banière  ou  sen  pennon,  il  regardoient 
leurs  ennemis  qui  estoient  sus  le  tierne ,  et  point  ne 
partoient  de  leur  fort,  car  il  ne  l'a  voient  mies  en 
conseil  ne  en  volenté  :  dont  moult  anoioit  as  Fran-  15 
çois^  pour  tant  que  [il  les  veoient  grandement  en 
leur  avantage^  et  aussi  que^]  li  solaus  commençoit 
hault  à  monter,  qui  leur  estoit  uns  grans  contraires; 
car  il  faisoit  malement  chaut.  Si  le  ressongnoient 
tout  li  plus  seur;  car  encor  estoient  il  tout  enjun  et  90 
n'avoient  toursé  ne  porté  vin  ne  vitaille  avoech 
yaus,  qui  riens  leur  vausîst,  fors  aucuns  signeurs  qui 
avoient  pelis  flaconciaus  plains  de  vin^  qui  tantost 
furent  vuidiet.  Et  point  ne  s'estoient  de  ce  pourveu  ne 
avisé  dou  matin,  pour  ce  que  il  se  cuidoient  tantost  25 
combatre  que  il  seroient  là  venu  et  sans  arrest.  Et 
non  fisent^  ensi  que  il  apparu;  mes  les  detriièrent  li 
Englès  et  li  Navarois  par  soutilleté  ce  qu'il  peurent^ 
et  fu  plus  de  remontière  ançois  que  il  se  mesissent 
ensamble  pour  combatre.  30 

1.  Ms.  B  4,  f»  247.  —  Ms.  B  1,  t.  II,  f^  184  (Uca»e). 


iâO  CHRONIQUES  DE  J.  FROISSART.  [i364] 

Quant  li  signeur  de  France  en  veirent  le  couve- 
nant,  il  se  remisent  ensamble  par  manière  de  con- 
seil^ à  savoir  comment  il  se  maintenroient  et  se  on 
les  iroit  combatre  ou  non.  A  ce  conseil  n'estoient  il 
5  mies  bien  d'acort  j  car  li  aucun  voloient  que  on  les 
alast  requerre  et  combatre,  comment  qu  il  fust,  et 
que  c'estoit  grans  blasmes  pour  yaus^  quant  tant  y 
mettoient.  lA  debatoient  li  aucun  mieulz  avisé  ce 
conseil,  et  disoient  que^  se  on  les  aloit  combatre 

10  ens  ou  parti  où  il  estoient  et  ensi  aresté  sus  leur 
avantage,  on  se  metteroit  en  très  grant  péril;  car 
des  cinq  il  aroient  les  trois.  Finablement,  il  ne  pooient 
estre  d'acort  que  [de*]  yaus  aler  combatre.  Bien 
veoient  et  consideroient  li  Navarois  le  manière  d'yaus^ 

15  et  disoient  :  «  y[e]és  les  ci  :  il  venront  tantost  à  nous 
pour  nous  combatre;  il  en  sont  en  grant  frefel  et 
grant  volenté.  » 

Là  avoit  aucuns  chevaliers  et  escuiers  normans^  pri- 
sonniers entre  les  Englès  et  Navarois,  qui  estoient  re- 

20  crus  sus  leurs  fois;  et  les  laissoient  paisieulement  lor 
mestre  aler  et  chevaucier^  pour  tant  qu'il  ne  se  pooient 
armer^  deviers  les  François.  Se  disoient  cil  as  signeurs 
de  France  :  «  Signeur^  avisés  vous,  car,  se  la  journée 
d'ui  se  départ  sans  bataille,  nostre  ennemi  seront  de- 

25  main  trop  grandement  reconforté;  car  on  dist  entre 
yaus  que  messires  Loeis  de  Navare  y  doit  venir  à  bien 
trois  cens  lances.  »  Siques  ces  paroUes  enclinoient 
grandement  les  chevaliers  et  les  escuiers  de  France  à 
combatre  y  comment  qu'il  fust,  les  Navarois.  Et  en 

30  furent  tout  appareillié  et  ahati  par  trois  ou  par  quatre 

1.  Ms.  B  a.  —  Ms.  B  1  (lacune.) 


4364]  LIVRE  PREMIER,  S  ^^^'  ^^^ 

fois;  mes  toutdis  vaincoient  li  plus  sage  et  disoient  : 
«  Signeur^  attendons  encores  un  petit  et  veons  com- 
ment il  se  maintenront;  car  il  sont  bien  si  grant  et 
si  presumptueus  que  il  nous  désirent  otant  à  com- 
batre^  que  nous  faisons  eulz.  »  5 

La  en  y  avoit  pluiseur  durement  foulés  et  malme- 
nés, pour  le  grant  caleur  que  il  faisoit,  car  il  estoit 
sus  l'eure  de  nonne;  si  avoient  juné  toute  la  ma- 
tinée,  et  estoient  armé  et  féru  dou  soleil  parmi  leurs 
armeures  qui  estoient  eseaufées.  Si  disoient  bien  cil  :  10 
et  Se  nous  nos  alons  combatre  ne  lasser  contre  celle 
montagne,  ou  parti  où  nous  sommes,  nous  serons 
perdu  d^avantage;  mes  retreons  nous  meshui  en 
nostres  logeis^  et  de  matin  arons  nous  aultre  con- 
seil. M  Ensi  estoient  il  en  diverses  opinions.  i& 

§  51 9.  Quant  li  chevalier  de  France,  qui  ces  gens 
avoient  sus  leur  honneur  à  conduire  et  à  gouvi*ener, 
veirent  que  li  Navarois  et  li  Englès  d'une  sorte  ne 
partiroient  point  de  leur  fort,  et  que  il  estoit  [ja  ']  haute 
nonne,  et  si  ooient  les  paroUes  que  li  prisonnier  20 
françois  qui  venoient  de  Fost  des  Navarois,  leur  di- 
soient^  et  si  veoient  le  grigneur  partie  de  leurs  gens 
durement  foulé  et  travilliet  pour  le  chaut,  si  leur 
tournoit  à  grant  desplaisance.  Si  se  remisent  ensam- 
ble  et  eurent  aultre  conseil,  par  l'avis  de  monsigneur  25 
Bertran  de  Claiekin^  qui  estoit  leurs  chiés  et  à  qui  il 
obeissoient.  «  Signeur^  dist  il,  nous  veons  que  nostre 
ennemi  nous  detrient  à  combatre,  et  si  en  sont  en 
grant  volenté,  si  com  je  l'espoir;  mes  point  ne  des- 

1.  Mi.  B  4,  P>  2M  To.  —  Ms.  B  1,  t.  n,  P>  184  T«  (lacune). 


it2  CHRONIQUES  DE  J.  FROISSART.  [1364] 

cenderont  de  leur  fort^  se  ce  ne  n'est  par  un  parti 
que  je  vous  dirai.  Nous  ferons  samblant  de  nous  re- 
traire et  de  non  combatre  mesiiui,  ossi  sont  nos  gens 
durement  foulé  et  travilliet  pour  le  chaut;  et  ferons 
5  tous  nos  variés^  nos  harnois  et  nos  chevaus  passer 
tout  bellement  et  ordonneement  outre  ce  pont  et 
l'aiguë  et  retraire  à  nos  logeis,  et  toutdis  nous  ten* 
rons  sus  èle  et  entre  nos  batailles  en  agait,  pour  veoir 
comment  il  se  maintenront.  Se  il  nous  désirent  à 

10  combatre,  il  descenderont  de  leur  montagne  et  nous 
yenront  requeire  tout  au  plain.  Tantost  que  nous 
yerons  leur  couvenanty  se  il  le  font  ensi,  nous  serons 
tout  appareillié  de  retourner  sus  yaus,  et  ensi  les 
arons  nous  mieulz  à  nostre  aise.  »  Cilz  consaulz  fu 

15  arestés  de  tous^  et  le  tinrent  pour  le  milleur  entre  yaus. 
Adonc  se  retraist  cescuns  sires  entre  ses  gens  et  des- 
sous se  banière  ou  son  pennon^  ensi  comme  il  deroit 
estre^  et  puis  sonnèrent  leurs  trompètes  et  fisent 
grant  samblant  d'yaulz  retraire;  et  commandèrent 

20  tout  chevalier  et  escuier  et  gens  d*armes^  leurs  variés 
et  garçons  à  passer  le  pont  et  mettre  oultre  le  rivière 
leur  harnas.  Si  en  passèrent  pluiseur  en  cel  estât  et 
priés  ensi  que  tout^  et  depuis  aucunes  gens  d'armes 
iUintement. 

S5  Quant  messires  Jebans  Jeuiel^  qui  estoit  appers 
chevaliers  et  vighereus  durement  et  qui  avoit  gi*ant 
désir  des  François  combatre,  perçut  le  manière  com- 
ment il  se  retraioienty  si  dist  au  captai  :  «  Sire^  sire^ 
descendons  apertement;  ne  veés  vous  le  manière 

30  comment  li  François  s'enfuient  ?  »  Dont  respondi  li 
captaus  et  dist  :  a  Messire  Jehan  ^  messire  Jehan ,  ne 
créés  ja  que  si  vaillant  homme  qu'il  sont  là^  s'enfuient 


[1864]  LIVRE  PREMIER,  $  S19.  iS3 

ensî;  il  ne  le  font  fors  par  malisse  et  pour  nous 
attraire.  »  Âdonc  s  avança  messires  Jehans  Jeuiaus^ 
qui  moult  engrans  estoit  de  combatre^  et  dist  à  ceulz 
de  sa  route ^  et  en  escriant  :  «Saint  Jorge I  Passés 
'  avant  I  Qui  m'aime,  se  me  siewe  :  je  m'en  vois  eom-  5 
batre.  »  Dont  se  hasta  il^  son  glave  en  son  poing,  par 
devant  toutes  les  batailles^  et  estoit  ja  avalés  jus 
de  le  montagne  et  une  partie  de  ses  gens,  ançois 
que  li  captaus  se  meuist.  Quant  messires  li  cap- 
taus  veit  que  c'estoit  acertes  et  que  Jehans  Jeuiel  lo 
s'en  aloit  combatre  sans  lui^  se  le  tint  à  grant  pre- 
sumption,  et  dist  à  chiaus  qui  dalés  lui  estoient  : 
«  Alons,  alons,  descendons  la  montagne  apertement; 
messires  Jehans  Jeuiaus  ne  se  combatera  point  sans 
mi.  »  Dont  s'avancièrent  toutes  les  gens  dou  captai^  15 
et  ils  premièrement,  son  glave  en  son  poing. 

Quant  li  François  qui  estoient  en  agait,  les  veirent 
descendus  et  venus  ou  plain^  si  furent  tout  resjoy  et 
disent  entre  yaus  :  «  Veci  che  que  nous  demandions 
hui  tout  le  jour.  >i  Adonc  retournèrent  il  tout  à  un  fois,  20 
en  grant  volenté  de  recueillier  leurs  ennemis^  et  es- 
<n*iièrent  d'une  vois  :  «  Nostre  Dame  I  Claiekin  !  »  Si 
drecièrent  leurs  banières  devers  les  Navarois,  et  com- 
mencièrent  les  batailles  à  assambler  de  toutes  pars^ 
et  tout  à  piet.  Ëvous  monsigneur  Jehan  Jeuiel  tout  25 
devant,  le  glave  ou  poing,  qui  oorageusement  vint 
assambler  à  le  bataille  des  Bretons,  desquels  messires 
Bertrans  estoit  cbiés,  et  là  fist  tamainte  grant  apertise 
d'armes,  car  il  fu  hardis  chevaliers  malement.  Dont 
s'espardirent  ces  batailles,  cil  chevalier  et  cil  escuier  30 
sus  ces  plains,  et  commencièrent  à  lancier,  à  fertr  et  à 
fraper  de  toutes  armeures,  ensi  que  il  les  avoient  à 


i24  CHRONIQUES  DE  J.  FROISSART.  [1364] 

maîn^  et  à  entrer  en  l'un  l'autre  par  vasselage^  et  yaus 
eombatre  de  grant  volenté.  Là  crioient  li  Englès  et  li 
Navarois  d'un  lés  :  «  Saint  Jorge  1  Navare  !  i>  et  li 
François  :  «  Nostre  Dame  1  Claiekin  !  »  Là  furent  moult 

5  bon  chevalier,  dou  costet  des  François  :  premièrement 
messires  Bertrans  de  Claiekin,  li  jones  contes  d'Au- 
çoirre,  li  viscontes  de  Byaumont,  messires  Bauduins 
d'AnekinSy  messires  Ix)eis  de  Chalon,  li  jones  sires  de 
Biaugeu  messires  Anthones,  qui  là  leva  banière,  mes- 

10  sires  Loeis  de  Haveskierke,  messires  Oudars  de  Renti, 
messires  Engherans  d'Uedins;  et  d'autre  part^  li  Gas- 
con, qui  avoient  leur  bataille  et  qui  se  combatoient  à 
par  yaus  :  premièrement  messires  Aymenions  de  Pu- 
miersy  messires  Perducas  de  Labreth,  messires  li  sou- 

15  dis  de  Leslrade,  messires  Petiton  de  Courton  et  plui- 
seur  aultre,  tout  d'une  sorte.  Et  s'adrecièrent  cil 
Gascon  à  le  bataille  dou  captai  et  des  Gascons  :  ossi 
il  avoient  grant  volenté  d'yaus  trouver.  Là  eut  grant 
hustin  et  dur  puigneis,  et  fait  tamainte  grant  aper- 

20  tise  d'armes. 

Et  pour  ce  que  en  armes  on  ne  doit  point  mentir 
à. son  loyal  pooir,  on  me  poroit  demander  que  li 
Arceprestres ,  qui  là  estoit  uns  grans  chapitains  et 
qui  tenoit  grant  route,  estoit  devenus,  pour  ce  que 

25  je  n'en  faî  nulle  mention.  Je  vous  en  dirai  le  vé- 
rité. Si  tretost  que  li  Arceprestres  vei  l'assamble- 
ment  de  le  bataille  et  que  on  se  combateroit,  il  se 
bouta  hors  des  routes  ;  mais  il  dist  à  ses  gens  et  à 
celui  qui  portoit  se  banière  :  «  Je  vous  ordonne  et 

30  commande,  sur  quanques  vous  poés  fourfaire  envers 
moy^  que  vous  demorés  et  attendes  fin  de  journée. 
Je  me  pars  sans  retourner^  car  je  ne  me  puis  hui 


[i364]  UYRE  PREMIER,  §  510.  125 

combatre  ne  estre  armés  contre  aucuns  chevaliers 
qui  sont  par  delà;  et^  se  on  vous  demande  de  mi^  si 
en  respondés  ensi  à  chiaus  qui  en  parleront.  »  Adonc 
se  parti  il,  et  uns  siens  escuiers  tant  seulement,  et  ra- 
passa  le  rivière  et  laissa  les  aultres  convenir.  Onques  5 
François  ne  Breton  ne  s'en  donnèrent  garde ,  pour 
tant  que  il  veoient  ses  gens  et  se  banière  jusques  en 
le  fin  de  le  besongne,  et  le  cuidoient  dalés  yaus.  Or 
vous  parlerons  de  le  bataille,  comment  elle  fu  perse* 
verée,  et  des  grans  apertises  d'armes  qui  y  furent  fai-  10 
tes  celle  journée,  ensi  que  vous  orés. 

§  520.  Au  commencement  de  le  bataille,  quant 
messires  Jehans  Jeuiel  fu  descendus,  et  toutes  gens  le 
sievirent  dou  plus  priés  qu'il  peurent,  et  meismement 
li  captaus  et  se  route,  et  cuidièrent  avoir  le  journée   15 
pour  yaus;  mes  il  en  fu  tout  aultrement.  Quant  li 
Navarois  veirent  que  li  François  estoient  retournet 
par  bonne  ordenance,  il  conçurent  tantost  qu'il  s' es- 
toient fourfet.  Nonpourquant,  comme  gens  de  grant 
emprise,  il  ne  s'esbahirent  de  riens,  mes  eurent  bien  20 
intention  de  tout  recouvrer  par  bien  combatre.  Si 
reculèrent  un  petit  et  se  remisent  ensamble,  et  puis 
se  ouvrirent  et  fisent  voie  à  leurs  arciers  qui  estoient 
derrière  yaus,  pour  traire.  Quant  li  arcier  furent  de- 
vant, si  s'eslargirent  et  commencièrent  à  traire  de  25 
grant  manière;  mes  li  François  estoient  si  fort  armé 
et  si  bien  paveschié  contre  le  tret,  que  onques  il  n'en 
lurent  grevé,  se  petit  non,  ne  pour  ce  n'en  laissièrent 
il  point  à  combatre,  mes  entrèrent,  et  tout  à  piet,  eus  es 
Navarois  et  Englès,  et  cil  entre  eulz  de  grant  volenté.   30 
Là  eut  grant  bouteis  et  lanceis  des  uns  as  aultres,  et 


126  CHRONIQUES  DB  J«  FROISSART.  [1364] 

toUoient  à  l'un  l'autre^  par  force  de  bras  et  de  lui- 
tier^  leurs  lances  et  leurs  haces  et  les  armeures  dont 
il  se  combatoient;  et  se  prendoient  et  fiançoient  pri- 
sonniers li  un  l'autre^  et  se  approçoîent  de  si  priés 
5  que  il  se  combatoient  main  à  main  si  vaillamment 
que  nulles  gens  mieulz.  Si  poés  bien  croire  que  en 
tel  presse  et  en  tel  péril  il  en  y  avoît  des  mors  et  des 
reversés  grant  fuison;  car  nulz  ne  s'espargnoit,  d'un 
costet  ne  d'aultre.  Et  vous  di  que  li  François  n'a- 

10  voient  que  faire  de  dormir  ne  de  reposer  sus  leur 
bride,  car  il  avoient  gens  de  grant  fait  et  de  hardie 
emprise  à  le  main  :  si  couvenoit  çascun  acquitter 
loyaument  à  son  pooîr  et  deflFendre  son  corps,  et 
garder  son  pas  et  prendre  son  avantage,  quant  il  ve- 

15  noit  à  point;  aultrement  il  euissient  esté  tout  des- 
confi.  Si  vous  dî  pour  vérité  que  li  Breton  et  li 
Gascon  y  furent  là  très  bonnes  gens,  et  y  fisent  pluî- 
seurs  belles  aperlîses  d'armes. 

Or  vous  voeil  je  compter  des  trente  qui  estoient 

20  esleu  pour  yaus  adrecier  au  captai,  et  {estoient*]  trop 
bien  monté  sus  fleurs  de  coursiers.  Chil  qui  n'enten- 
doient  à  aultre  cose  que  à  leur  emprise,  si  com  cargîé 
en  estoient,  s'en  vinrent  tout  serré  là  où  li  captaus  se 
combatoit  moult  vaillamment  d'une  hace  et  donnoit 

25  les  cops  si  grans  que  nulz  ne  l'osoit  approcier,  et 
rompirent  le  priesse  par  force  de  chevaus,  et  ossi 
[parmi  •]  Payde  des  Gascons  qui  leur  fisent  voie.  Cil 
trente  qui  estoient  trop  bien  monté,  ensi  que  vous 
savés,  et  qui  sa  voient  quel  cose  il  dévoient  faire,  ne 

1.  Ms.  B  3,  ï^  261  vo.  —  Ms.  B  1,  t.  U,  f»  186  t©  (lacune). 

2.  »b.  B  4,  fo  2W  ▼«:  —  M».  B  1  (lacune). 


[i3&4]  LIVRE  PREMIER,  $  ^t\.  127 

veurent  mies  ressongnier  le  painne  ne  te  péril  ;  mes 
vinrent  jusques  au  captai  et  Tenvironnèrent,  et  s'ar- 
restèrent  dou  tout  sur  lui^  et  le  prisent  et  embraciè- 
rent  de  fait  entre  yaus  par  force,  et  puis  vuidièrent 
le  place  et  l'emportèrent  en  cel  estât.  Et  en  ce  lieu  5 
eut  adonc  grant  abateis  et  dur  puigneis,  et  se  corn- 
mencièrent  toutes  les  batailles  à  converser  de  celle 
part,  car  les  gens  dou  captai ,  qui  sambloient  bien 
foiu'sené,  crioîent  t  «  Rescousse  au  captai  !  Rescousse  I  » 
Nientnuiins,  ce  ne  leur  peut  valoir  ne  aidier  :  li  cap-  10 
taus  en  fu  portés  et  ravis  en  le  manière  que  je 
vous  di,  et  mis  à  sauveté;  de  quoi^  en  Feure  que  ce 
avlnt,  on  ne  savoit  encores  de  vérité  liquel  en  aroient 
le  milleur. 

§  521 .  En  ce  toueil  et  en  ce  grant  hustin  et  frois-   15 
seis,  et  que  Navarois  et  Englès  entendoient  à  sievir  le 
trace  dou  captai  qu'il  en  veoient  mener  [et  porter  *] 
devant  yaus^  dont  il  sambloient  tout  foursené^  mes- 
sires  Aymenions  de  Pumiers,  messires  Petilon  de 
Courton,  messires  li  soudis  de  Lestrade  et  les  gens  le  20 
signeurde  Labreth,  d'une  sorte,  entendirent  de  grant 
volenté  à  yaus  adrecier  au  pennon  le  captai  qui  estoit 
en  un  buisson  et  dont  li  Navarois  faisoient  leur  es- 
tandart.  Là  eut  grant  hustin  et  dur  et  forte  bataille, 
car  il  estoit  bien  gardés  et  de  bonnes  gens,  et  par  25 
especial  messires  li  bascles  de  Marueil   et  messires 
Joffrois  de  Rousseillon  y  estoient.  Là  eut  fait  tamainte 
grant  apertise  d'armes,  mainte  prise  et  mainte  res- 
cousse, et  maint  homme  blecié  et  navré  et  reversé 

1.  M».  B  4.  —  M».  B,  1,  t.  II,  f»  187  T"  (lacune). 


128  CHRONIQUES  DE  J.  FROISSART.  [1364] 

par  terre,  qui  onques  depuis  ne  se  relevèrent.  Tou- 
tesfois^  ii  Navarois^  qui  là  estoient  dalés  ce  buisson  et 
le  pennon  dou  captai,  furent  ouvert  et  reculé  par 
force  d'armes,  et  mors  li  bascles  de  Marueil  et  plui- 

5  seur  aultre,  et  pris  messires  Joffrois  de  Rousseillon  et 
fianchiës  prisons  de  monsigneur  Aymenion  de  Fu- 
miers^ et  tout  li  aultre  qui  là  estoient,  mort  ou  pris 
ou  reculé  si  avant  qu'il  n'en  estoit  là  nulle  nouvelle 
entours  le  buisson,  quant  li  pennons  dou  dit  captai 

10  fu  pris  et  conquis  et  deschirés  et  rués  par  terre. 

Entrues  que  li  Gascon  entendoien t  à  ce  faire,  li  Pikart, 
li  François^  li  Normant^  li  Breton  et  li  Bourghegnon 
se  combatoient  'd'autre  part  moult  vaillamment.  Et 
bien  leur  besongnoit,  car  li  Navarois  les  avoient  re- 

15  culés,  et  [estoit  demourez  ^]  mort  entre  yaus,  dou  costé 
des  François,  li  viscontes  de  Byaumont,  dont  ce  fu 
damages;  car  il  estoit  à  ce  jour  jones  chevaliers  et 
bien  tailliés  de  valloir  encores  grant  cose.  Si  l'avoient 
ses  gens  à  grant  meschief  porté  hors  de  le  priesse 

20  ensus  de  le  bataille^  et  là  le  gardoîent.  Je  vous  di, 
si  com  je  oy  depuis  recorder  ceulz  qui  y  furent  d'un 
costé  et  d'autre,  que  on  n'avoit  point  veu  la  pareille 
bataille  de  celle,  de  otèle  quantité  de  gens^  estre  ossi 
bien  combatue  comme  celle  lu;  car  il  estoient  tout  à 

25  piet  et  main  à  main.  Si  s'entrelaçoient  li  un  dedens 
l'autre,  et  s'esprouvoient  au  bien  combatre  de  telz 
armeures  qu'il  portoient;  et  par  especial  de  ces  haces 
donnoient  il  si  grans  horions  que  tout  s'estonnoient. 
Là  furent  navré  et  durement  blecié  messires  Petitons 

30  de  Courton  et  messires  li  soudis  de  Lestrade,  et  tele- 

1.  Ms.  A  8,  f"  249.  —  Ms8.  £  :  a  estoient  demoret.  »  MauvaUe  leçon. 


[1364]  LIVRE  PREMIER,  §  521.  129 

ment  que  depuis^  pour  le  journée,  ne  se  peurent  ai- 
dîer.  Messires  Jehans  Jeuiel,  par  qui  la  bataille  com- 
mença et  qui  de  premiers  moult  vassaument  avoit 
assaillis  et  envaïs  les  François,  y  fist  ce  jour  tamainte 
grant  apertise  d'armes,  et  ne  daigna  onques  reculer^  et    5 
se  embati  si  avant  qu'il  fu  durement  bleciés  et  navrés, 
en  pluiseurs  lieus  ou  corps  et  ou  cief,.et  fu  pris  et 
fîanciés  prisons  d'un  escuier  de  Bretagne  desous  le 
banière  monsigneur  Bertran  de  Claiekin  :  adonc  fu  il 
portés  hors  de  la  presse.  Li  sires  de  Biaugeu,  messi*   10 
res  Loeis  de  Chalon,  les  gens  de  l'Arceprestre,  avoech 
grant  fuison  de  bons  chevaliers  et  escuiers  de  Bour- 
gongne ,  se  combatoient  d  autre  part  moult  vaillam- 
ment et  bien  savoient  à  qui  respondre;  car  une  route 
de  Navarois  et  les  gens  à  monsigneur  Jehan  Jeuiel   15 
leur  estoient  au  devant.  Et  vous  di  que  li  François 
ne  l'avoient  point  d'avantage,  car  il  trouvoient  dures 
gens  merveilleusement  contre   yaus.  Messires  Ber- 
trans  et  si  Breton  se  acquittèrent  loyaument  bien  et 
se  tinrent  tousjours  ensamble,  en  aidant  l'un  l'au-  20 
tre.  Et  ce  qui  desconfi  les  Navarois  et  Englès,  ce 
fu  la  prise  du  captai,  qui  fu  pris  très  le  commen- 
cement, et  le  conques  de  son  pennon,  où  ses  gens 
ne   se  peurent  ralloiier.    Li   François  obtinrent  le 
place,  mes  il  leur  cousla  grandement  des  leurs;  et  y  25 
furent  mort,  de  leur  costé,  li  viscontes  de  Byaumont, 
si  com  vous  avés  oy,  messires  Bauduins  d'Anekins, 
mestres  des  arbalestriers,  messires  Loeis  de  Haves- 
kierke  et  pluiseur  aultre.  Et  des  Navarois,  mors  uns 
banerès  de  Navare  qui  s'appelloit  li  sires  de  Sans,  et  30 
grant  fuison  de  ses  gens  dalés  lui,  et  mors  messires 
U  bascles  de  Marueil,  uns  apers  chevaliers  durement. 


130  CHRONIQUES  DE  J.  FROISSARÏ.  [i364] 

si  com  dessus  est  dît,  et  ossî  morut  ce  jour  prison- 
niers messires  Jehans  Jeuîel.  Si  y  furent  pris  messi- 
res  Guillaumes  de  Gau ville,  messire  Pierres  de  Sa- 
kenville,  messires   Joffrois  de  Roussellon,  messires 

5  Bertrans  dou  Franch  et  pluiseur  aultre  :  petit  s^en 
sauvèrent  que  tout  ne  fuissent  ou  mort  ou  pris 
sus  le  place.  Geste  bataille  fu  en  Normendie  assés 
pries  de  Coceriel,  par  un  joedi,  le  [seizième*]  jour 
de  may,  l'an  de  grasce  mil  trois   cens   soissante 

10  quatre. 

§  522.  Apriès  ceste  desconfiture,  et  que  tout  li 
mort  estoient  ja  desvesti ,  et  que  eeseuns  entendoit  à 
ses  prisonniers,  qui  les  avoit,  ou  à  lui  mettre  à  point, 
qui  bleciés  estoit,  et  que  ja  la  grignour  partie  des 

15  François  avoient  rapasset  le  pont  et  le  rivière  et  se 
retraioient  à  leurs  logeis ,  tout  foulé  et  tout  lassé,  fu- 
rent il  en  aventure  d'avoir  aucun  meschief,  dont  il 
ne  se  donnoient  garde.  Je  vous  dirai  comment. 
Messires  Guis  de  Gauville,  filz  à  monsigneur  Guil- 

20  laumé  de  Gauville,  qui  pris  estoit  sus  le  place,  es- 
toit  partis  de  Ronces,  une  garnison  navaroise  ;  car 
il  avoit  entendu  que  leurs  gens  se  dévoient  combatre, 
ensi  qu^il  fîsent;  et  durement  s'estoit  hastés  pour 
estre  à  celle  journée,  ou  à  tout  le  mains  il  esperoit 

25  qne  à  l'endemain  on  se  combateroit.  Si  voloit  estre 
dalés  le  captai,  comment  qu'il  fust,  et  avoit  en  se 
route  environ  cinquante  lances  de  bons  compagnons 
et  tous  bien  montés.  Li  dis  messires  Guis  et  se  route 
s'en  vinrent  tout,  à  brochant  les  grans  eslais,  jusques 

1.  M*.  A  2.  —  MssfB  :  c  qaatoriime.  »  M».  B  1,  t.  II, f»  187  v©. 


[1364]  UVRË  PREMIER,  g  522.  131 

en  le  place  où  la  bataille  avoit  esté.  Li  François,  qui 
estoient  derrière  et  qui  nulle  garde  ne  s*en  donnoient 
de  celle  sourvenue,  sentirent  la  friente;  si  se  re- 
boutèrent tantost  tous  ensamble  et  s'en  vinrent 
contre  les  Navarois ,  en  escriant  :  a  Retournés  1  Re-  5 
tournés  !  Yeei  les  ennemis  !  »  De  cel  effroi  furent 
li  pluiseur  moult  efiraé,  et  là  fîst  messires  Aymenions 
de  Pumiers  à  leurs  gens  un  grant  confort  :  encores 
estoit  il,  et  toute  se  route^  sus  le  place.  Sitos  comme 
il  vei  ces  Navarois  approcier,  il  se  retrest  sus  dextre  lo 
et  fist  desvoleper  son  pennon,  et  lever  et  mettre  tout 
bault  sus  un  buisson  ^  par  manière  d'estandart,  pour 
ralloiier  leurs  gens. 

Quant  messires  Guis  de  Gauviile,  qui  en  haste 
estoit  adreciés  sus  le  place,  en  vei  le  manière  et  re-  15 
cognut  le  pennon  monsigneur  Aymenion  de  Pumiers, 
et  oy  escrier  :  «  Nostre  Dame  I  Claiekin  !  »  et  ne  per- 
çut nuUui  de  cbiaus  qu'il  demandoit ,  mes  en  veoit 
grant  fuison  tous,  mors  gésir  par  terre,   si  cognent 
tantost  que  leurs  gens  avoient  estet  desconfi,  et  li  20 
François  obtenu  le  place.  Si  fist  tant  seulement  un 
puigneis,  sans  faire  nul  samblant  de  combatre,  et 
passa  ouUre  assés  priés  de  monsigneur  Aymenion  de 
Pumiers  qui  estoit  tous  appareilliés  de  lui  recueillier, 
se  il  fust  traist  avant,  et  s'en  râla  son  chemin  ensi  20 
comme  il  estoit  venus  :  je  croi  bien  que  ce  fu  devers 
le  garnison  de  Conces. 

Or  parlerons  nous  des  François  comment  il  persé- 
vérèrent. La  journée,  ensi  que  vous  avés  entendu, 
fu  pour  yaus,  et  rapassèrent  le  soir  oultre  le  rivière,   30 
et  se  traisent  à  leurs  logeis,  et  se  aisièrent  de  ce  qu'il 
-  eurent.  Si  fu  li  Arcéprestres  durement  demandés  et 


432  CHRONIQUES  DE  J.  FROISSART.  [1364] 

dépariés^  quant  on  se  perçut  qu'il  n'avoit  point  estet 
a  e  bataille  et  qu'il  s'en  estoit  partis  sans  parler.  Si 
Tescusèrent  ses  gens  au  mieulz  qu'il  peurent.  Et  sachiés 
que  li  trente,  qui  le  captai  ravirent  et  emportèrent, 
5  ensi  que  vous  avés  oy,  ne  cessèrent  onques  de  che- 
vaucier,  si  l'eurent  amené  ou  chastiel  de  Yrenon  et 
là  dedens  mis  à  sauveté.  Quant  ce  vint  à  l'endemain, 
il  se  deslogièrent  et  toursèrent  tout,  et  chevauciè- 
rent  par  devers  Vrenon,  pour  venir  en  le  cité  de 

10  Roem,  et  tant  fisent  qu'il  y  parvinrent.  En  le  cité  et 
ou  chastiel  de  Roem  laissièrent  il  une  partie  de 
leurs  prisonniers ,  et  s'en  retournèrent  li  pluiseur  à 
Paris,  tout  liet  et  tout  joiant,  c'estoit  raisons  ;  car  il 
avoient  eu  une  moult  belle  journée  pour  yaus,  et 

15  moult  pourfîtable  pour  le  royaume  de  France.  Car, 
se  li  contraires  fust  avenus  as  François,  messires  li 
captaus  de  Beus  euist  fait  un  grant  escars  en  France; 
car  il  avoit  empris  et  en  pourpos  que  de  chevaucier 
jusques  à  Rains,  au  devant  dou  duch  de  Normendie, 

20  qui  ja  y  estoit  venus  pour  lui  faire  couronner  et  con- 
sacrer, et  la  duçoise  sa  femme  o  lui  ;  mes  Diex  ne 
le  veult  mies  consentir  :  ce  doit  on  moult  bien  es- 
pérer. 

§  523.  Ces  nouvelles  s'espardirent  en  pluiseurs 
25  lieus,  que  li  captaus  estoit  pris  et  toutes  ses  gens  rués 
jus.  Si  en  acquist  messires  Bertrans  de  Claîekin  grant 
grasce  et  grant  renommée  de  toutes  manières  de 
gens  ou  royaume  de  France,  et  en  fu  ses  noms  moult 
eslevés.  Si  vinrent  les  nouvelles  jusques  au  duch  de 
30  Normendie  qui  estoit  à  Rains;  si  s'en  resjoy  grande- 
ment et  en  loa  Dieu  pluiseurs  fois.  Si  en  fu  sa  cours 


[1364]  LIVRB  PREMIER,  g  523.  133 

et  toutes  les  cours  des  signeurs  qui  là  estoient  venu 
à  son  couronnement^  plus  liet  et  plus  joiant. 

Ce  fu  le  jour  de  le  Trinité  Tan  de  grasce  Nostre 
Signeur  mil  trois  cens  soissante  quatre  que  li  rois 
Charles,  ainsnés  fîlz  dou  roy  Jehan  de  France,  fu  5 
couronnés  et  consacrés  à  roy  en  le  grant  église  Nostre 
Dame  de  Rains,  et  ensi  madame  la  royne  sa  femme, 
fille  au  duch  Pière  de  Bourbon,  de  révèrent  père  en 
Dieu  monsigneur  Jehan  de  Cran,  arcevesque  de 
Rains.  Là  furent  li  rois  Pières  de  Cippre,  li  dus  lO 
d'Ango,  li  dus  de  Bourgongne,  messires  Wincelaus 
de  Behagne,  dus  de  Lussembourch  et  de  Braibant, 
oncles  au  dit  roy,  li  contes  d'Eu,  li  contes  de  Dam- 
martin,  li  contes  de  Tankarville,  li  contes  de  Wedi- 
mont,  messires  Robers  d'Alençon,  li  arcevesques  de  15 
Sens,  li  arcevesques  de  Roem  et  tant  de  prelas  et  de 
signeurs  que  je  ne  les  aroie  jamais  tous  nommés  :  si 
m'en  passerai  brielînent.  Si  y  furent  adonc  les  festes 
et  les  solennités  grandes.  Et  demorèrent  li  rois  de 
France  et  la  royne  en  le  cité  de  Rains  cinq  jours.  Si  20 
y  eut  grans  dons  et  grans  presens  donnés  et  pré- 
sentés as  signeurs  estragniers,  dont  la  plus  grant 
partie  prisent  là  congiet  au  dit  roy  et  retournèrent 
en  leurs  lieus. 

Si  retourna  li  rois  de  France  devers  Paris  à  pe-  25 
tites  journées  et  à  grans  esbatemens,  et  grant  fuison 
de  prelas  et  de  signeurs  avoecques  lui,  et  toutdis  li 
fist  li  rois  de  Cippre  compagnie.  On  ne  vous  poroit 
mies  dire  ne  recorder,  en  un  jour  d'esté ,  les  solen- 
nités ne  les  grans  reviaus  que  on  li  fist  en  le  cité  de  30 
Paris,  quant  il  y  entra.  Si  estoient  ja  revenu  à  Paris 
la   grigneur  partie  des   signeurs  et  chevaliers  qui 


134  CHRONIQUES  DE  J.  FROISSART.  [1364] 

avoient  esté  à  le  besongne  de  Koeeriel.  Si  leur  fist 
li  rois  grant  fiesle  et  les  vei  moult  volentiers,  et  par 
espeeial  monsigneur  Bertran  de  Claiekiu  et  les  cheva- 
•  liers  de  Gascongne,  monsigneur  Aymenion  de  Pu- 
6  miers  et  les  autres,  car  li  sires  de  Labreth  avoit  esté 
à  son  couronnement. 

§  524.  A  le  revenue  dou  roy  de  France  à  Paris,  fu 
pourveus  et  ravestîs  dou  duçainné  de  Bourgongne 
messires  Phelippes  ses  mainsnés  frères.  Et  se  parti  de 

10  Paris  à  grant  gent  et  en  ala  prendre  le  saisine  et  pos- 
session et  Pommage  des  barons ,  chevaliers,  cités, 
chastiaus  et  bonnes  villes  de  la  ditte  ducé.  Quant  li 
dus  de  Bourgongne  eut  viseté  tout  son  pays,  il  re- 
tourna en  France  en  grant  solas,  et  ramena  avoecques 

15  lui  son  compère  monsigneur  l'Arceprestre,  et  le  ra- 
paisa  au  roy  parmi  bonnes  escusances  que  li  Arcepres- 
très  moustra  au  dit  roy  de  ce  que  adonc,  à  le  journée 
de  Coceriel,  il  ne  se  pooit  armer  contre  le  captaL  Et 
meismement  li  captaus,  qui  estoit  adonc  amenés  à 

20  Paris  dalés  le  roy  et  qui  avoit 'juret  à  là  tenir  prison, 
et  à  le  priière  le  signeur  de  Labreth  et  des  Gascons  li 
avoit  li  dis  rois  eslargi  celle  grasce,  aida  le  dît  Arce- 
prestre  à  escuser  devers  le  roy  et  les  chevaliers  de 
France  qui  parloient  villainnement  sus  se  partie.  Et 

25  ossi  il  avoit  fait  de  nouviel  aucuns  biaus  services  au 
roy  de  France  et  au  duch  de  Bourgongne,  car  il 
avoit  en  la  ditte  ducé  de  Boui^ongne  ruet  jus,  au 
dehors  de  Digon,  bien  quatre  cens  pillars,  des  quelz 
Guios  dou  Pin,  Tallebart  Tallebardon,  Jehan  de  Cau- 

30  four  et  Thiebaut  de  Caufour  estoient  meneur  et  cha- 
pitainne  :  pour  quoi  li  rois  descend  i  plus  legiere- 


[1364]  LIYJEŒ  PREMIER,  $  524.  135 

ment  à  lui  faire  grasce  et  de  pardonner  son  mauta- 
lent. 

Si  fist  li  dis  rois  en  ce  temps  coper  le  chief  à 
monsigneur  Pière  de  Sakenville,  en  le  cité  de  Roem, 
pour  tant  qu'il  avoit  esté  navaroisj  et  messires  Guil-  5 
laumes  de  Gauville  n'en  euist  eu  mies  mains  ^  se 
n'euist  esté  messires  Guis  ses  fi\z,  qui  segnefîa  au  roy 
de  France  que,  se  on  faisoit  son  père  nulle  griefté, 
il  le  feroit  samblablement  à  monsigneur  Braimont  de 
Laval,  un  grant  signeur  de  Bretagne,  qu'il  tenoit  son  ic 
prisonnier  ens  ou  chastiel  d'Evrues.  De  quoi  li  lina- 
ges  dou  chevalier,  qui  sentoient  leur  cousin  en  ce 
péril,  en  parlèrent  au  roy  et  fîsent  tant  que  par  es- 
cange  il  reurent  monsigneur  Braimont,  et  messires 
Guillaumes  de  Gauville  fu  délivrés  :  ensi  se  portèrent  15 
les  pareçons.  Si  fu  envoiiés  li  captaus,  de  Paris  à 
Miaus  en  Brie,  et  là  tenoit  prison,  entrues  que  lî  dus 
de  Bourgongne  fist  une  clievaucie  en  Biausse  dont  je 
vous  parlerai.  Mais  ançois  racquitta  messires  Bertrans 
de  Claiekin  le  chastiel  de  Roleboise ,  dont  Wautre  20 
Obstrate  estoit  chapitains  ;  mais  anbois  qu'il  le  volsîst 
rendre,  il  en  eut  une  grande  somme  de  florins,  ne 
sçai  cinq  ou  six  mil  frans,  et  puis  s'en  retourna  ar- 
rière en  Braibant  dont  il  estoit. 

Encores  se  tenoient  pluiseurs  forterèces  en  Kaus,  25 
en  Normendie,  ou  Pierce,  en  Biausse  et  ailleurs  qui 
trop  fort  herioîent  le  royaume  de  France,  li  aucun 
en  l'ombre  dou  roy  de  Navare,  et  li  aultre  d'eulz 
meismes,  pour  pillier  et  pour  rober  sus  le  royaume 
à  nul  tîtle  de  raison.  Si  en  desplaisoit  grandement  30 
au  roy  de  France,  car  les  complaintes  en  venoîent 
tous  le^  jours  à  lui  :  si  y  veult  pourvèir  de  remède. 


436  ŒRONIQUES  DE  J.  FROISSART.  [1364] 

Et  y  envoia  son  frère  le  duc  de  Bourgongae^  et  grant 
fuison  de  bons  chevaliers  et  escuiers  en  se  compa- 
gnie. Et  fist  li  dis  dus  son  mandement  et  son  amas 
de  gens  d'armes  en  le  cité  de  Chartres.  Si  se  partirent 

5  de  là)  quant  tout  furent  assamblé,  et  se  traisent  par 
devers  Machevanville,  un  moult  fort  chastiel  que  li 
Navarois  tenoient.  Et  pour  constraindre  mieulz  à 
leur  aise  le  dit  chastiel,  il  en  fîsent  mener  et  achariier 
avoech  eulz  pluiseurs  engiens  de  la  cité  de  Chartres. 

10  Si  estoient  en  le  compagnie  dou  duch  de  Bourgongne 
messires  Bertrans  de  Claiekin,  messires  Boucicaus^ 
mareschaus  de  France^  li  contes  d'Auçoirre^  messires 
Loeis  de  Chalon,  li  sires  de  Biaugeu,  messires  Ayme- 
nions  de  Pumiers,  li  sires  de  Rainneval,  li  Beghes  de 

15  Vellainnes,  messires  Nicoles  de  Ligne  ^  mestrè  des 

arbalestriers  pour  le   temps ,   messires   Oudars  de 

Renti^  messires  Engherans  du  Edins  et  pluiseur  aul- 

tre  bon  chevalier  et  escuier. 

Si  s'arroutèrent  ces  gens  d'armes  par  devers  Mar- 

20  cerain ville  ^  et  estoient  bien  cinq  mil  combatans. 
Quant  il  se  veirent  si  grant  fuison  sus  les  camps  ^ 
si  eurent  conseil  que  il  se  departiroient  en  trois 
pars ,  pour  plus  tost  constraindre  leurs  ennemis  : 
desquèles  pars  messires  Bertrans  de  Claiekin  en  pren- 

25  deroit  jusques  à  mil  combatans  et  s'en  iroit  par  de- 
vi'ers  Constentin  et  sus  les  marces  de  Chierebourch, 
pour  garder  là  les  frontières  que  li  Navarois  ne 
fesissent  nul  damage  au  pays  de  Normendie.  Si  se 
départi  li  dis  messires   Bertrans  de   le  route  dou 

90  duch  et  enmena  avoecques  lui  monsigneur  Loeis  de 
Sanssoirre,  le  conte  de  Joni,  monsigneur  Ernoul 
d'Audrehen  et  grant  fuison  de  chevaliers  et  d'es- 


[1364]  LIVRE  PREMIER,  §  525.  i37 

cùiers  de  Bretagne  et  de  Normendie.  L^autre  charge 
eut  desous  lui  messires  Jehans  de  le  Rivière  et  se 
départi  ossi  de  le  route  dou  dueh,  et  en  se  com- 
pagnie grant  fuison  de  chevaliers  et  d'escuiers  de 
France  et  de  Pikardie.  Et  entrèrent  cil  en  le  conté  5 
d'Evrues  et  s*en  vinrent  seoir  devant  un  chastiel  que 
on  dist  d'Akegni.  Et  li  dus  de  Bourgongne  et  la  plus 
grosse  route  s*en  vinrent  devant  Macerenville  ;  si  le 
assegièrent  et  environnèrent  de  tous  poins.  Et  fisent 
tantost  drecier  et  ass[eo]ir  les  engiens  par  devant,  lo 
qui  jettoient  nuit  et  jour  à  le  forterèce  et  durement  le 
constraindoient. 

§  525.  Entrues  que  ces  gens  d'armes  estoient  ensi 
en  Biausse  et  en  Normendie  et  que  il  guerrioient  as- 
prement  et  fortement  les  Navarois  et  les  ennemis  15 
dou  royaume^  estoit  [sur  les  marches  d'Auviergne,  à 
tout  bien  trois  mille  combatans*],  messires  Loeis  de 
Navare^  frères  mainnés  au  roy  de  Navare  et  ossi  à 
monsigneur  Phelippe  qui  fu,  car  ja  estoit  il  trespas* 
ses  de  ce  siècle^  liquels  messires  Loeis  avoit  encar*  20 
giet  le  fais  de  le  guerre  pour  le  roy  son  frère^  et  avoit 
deffiiet  le  roy  de  France,  pour  t^nt  que  ceste  guerre 
touchoit  au  calenge  de  lor  hiretage ,  si  com  enfour- 
més  estoit,  et  avoit  rassamblés  depuis  le  bataille  de 
Koceriel,  et  rassambloit  encores  tous  les  jours,  gens  25 
d'armes,  là  où  il  les  pooit  avoir.  Si  avoit  tant  fait 
par  moiiens  et  par  chapitains  de  Ck)mpagnes ,  dont 
encores  avoit  grant  fuison  ens  ou  royaume  de 
France,  que  il  avoit  bien  douze  cens'  combatans  en 

1.  Ms.  d'Amiens.  —  Mss.  B  et  A  (lacune). 


138  CHRONIQUES  DB  J.  FRCHSSAAT.  [1364] 

se  route.  Et  e&toient  dalés  lui  messîres  Robers  Ca- 
nolles^  messîres  Robers  Ceni,  messîres  Robers  Bri- 
kés  et  Carsuelle.  Et  estoient  ces  gens  d'armes  j  qui 
tous  les  jours  croîssoîent,  logîet  entre  le  rivière  de 

s  Loire  et  le  rivière  d'Allier,  et  avoient  courut  upe 
grant  partie  dou  pays  de  Bourbonnois  environ  Mou- 
lins en  Auvergne  et  Saint  Pierre  le  Moustier  et  Saint 
Poursain. 
De  ces  gens  d'armes  que  messîres  Loeis  de  Navare 

10  menoit,  se  parti  une  route  dé  compagnons^  envi- 
rons quatre  cens,  desquels  Bemars  de  la  Salle  et 
Hortingo  estoient  conduiseur,  et  passèrent  le  Loire 
au  dehoi^s  de  Marcelii  les  Nonnaîns,  et  puis  chevau- 
cièrentj  tant  par  nuit,  car  les  jours  il  se  tenoient  ens 

15  es  bois  sans  yaus  amoustrer,  que  sus  un  ajourne* 
ment  il  vinrent  à  la  Charité  sus  Loire,  une  grosse 
ville  et  bien- fremée  :  si  Teschiellèrent  .sans  nul  estri 
et  se  boutèrent  dedens.  Or  aida  adonc  Diex  trop 
bien  chiaus  de  le  ville;  car,  se  cil  compagnon  se 

20  fuissent  hasté,  il  euissent  pris  et  eu  hommes  et  femmes 
et  moult  grant  pillage  en  la  Charité;  mes  riens  n'en 
lisent  :  je  vous  dirai  pourquoi.  A  ce  lés  par  où  il 
entrèrent  en  le  ville  de  le  Charité,  a  une  grande 
phàce  entre  le  porte  et  le  ville,  où  nuls  ne  demeure* 

35  Si  cuidièrçnt  adonc  li  compagnon  que  les  gens  euis- 
sent fait  embusce  en  le  ville  et  qu'il  les  attendesis- 
sent  :  si  n'osèrent  aler  avant  jusques  a  tant  qu'il  fu 
grans  jour&.  En  ce  terme  se  sauvèrent  cil  de  la  ville; 
car,  si  tretos  comme  il  sentirent  leurs  ennemis  ensi 

30  venus,  il  enportèrent  à  effort  leurs  milleurs  coses  ens 
es  batiaiiB  qui  estoient  sus  le  rivière  de  Loire,  et  mi- 
sent femmes  et  enfans  tout  à  loisir,  et.  pi^is  nagièrent 


[1364]  LIVRE  PREMIER,  §  596.  139 

à  sauveté  derers  la  cité  de  NeVe»^  qui  siet  à  cinq 
liewes  de  là.  Quant  il  fu  grans  jours^  b  Navarois  et 
Englès  et  Gascon  qui  avoient  eschiellé  le  ville^  se 
traisent  avant  et  trouvèrent  les  maisons  toutes  vuides. 
Si  eurent  conseil  que  celle  ville  il  tenroient  et  le  for*»  5 
tefieroîenty  car  elle  lor  seroît  trop  bien  seans  pour 
courir  deçà  et  delà  le  Loire.  Si  envoiièrent  tantost 
noncier  tout  leur  fait  à  monsigneur  Loeis  de  Navare 
qui  se  tenoit  en  le  marce  d'Auvergne,  comment  U 
avoieiit  esploitié  et  qu'il  tenoient  le  Charité  sus  Loire,  ta 
De  ces  nouvelles  fu  li  dis  messires  Loeis  tous  joians^ 
et  y  envoia  incontinent  monsigneur  Robert  Briket 
et  Carsuelle,  à  bien  trois  cens  armeures  de  fier.  Cil 
passèrent  parmi  le  pays  sans  contredit^  et  entrèrent 
par  le  pont  sus  Loire  en  la  Charité.  Quant  il  se  trou-  15 
vêrent  ensamble^  si  fbrent  plus  fort,  et  commenoiè» 
rént  à  guerrîier  fortement  et  destroitement  le  dît 
royaume,  et  couroient  à  leur  aise  et  volenté  par  deçà 
et  delà  le  Loire,  ne  nulz  ne  leur  aloit  au  devant,  et 
toutdis  leur  croissoient  gens.  Or  vous  parlerons  dou  20 
duch  de  Bourgongne  et  dou  siège  de  IMÔsicerënville. 

S  526.  Tant  sist  U  dis  dus  devant  Macerainville  et 
le  constraîndî  et  apressa,  par  assau^et  par  les  engiens 
qui  jettoîent  nuit  et  jour,  que  cil  qui  dedens  estoient 
se  rendirent,  salve  leurs  cofps  et  leurs  biens;  si  s'en  25 
partirent,  et  tantost  lî  dus  en  envoîa  prendre  le  sai- 
sine et  le  possession  par  ses  mareschaas,  monsigneur 
Bôucîcau  et  monsigneur  Tehail  de  Viane,  mareschal 
de  Bourgongne.  Et  délivra  li  dus  le  chastiel  à  un  es- 
cuîèr  de  Biausse  qui  s'appellôlt  Phelippofe  de  Chartres.  30 
Cilz  le  prîst  en  garde  et  quarante» compagnons  avoech 


140  CHRONIQUES  DE  J.  FROISSAKT.  [1364] 

li.  Puis  s'en  parti  li  dus  et  toute  li  hos^  et  s'en  vin- 
retit  devant  un  aultre  chastiei  que  on  dist  Chamero- 
les.  Si  le  assegièrent  ces  gens  d'armes  tout  environ^ 
car  il  siet  en  plain  pays  ;  et  y  fist  on  asseoir  et  dre- 

.5  cier  les  engiens  qui  estoient  amené  de  Chartres.  Cil 

engien  estoient  grant  durement,  et  en  y  avoit  quatre 

qui  moult  constraindirent  et  travillièrent  chiaus  de 

le  forterèce. 

Or  vous  parlerons  ossi  un  petit  de  monsigneur 

10  Jehan  de  le  Rivière  qui  tenoit  siège  devant  Akegni, 
assés  priés  de  Passi,  en  le  conté  d'Evrues,  et  avoit  en 
se  route  bien  deux  mil  combatans,  car  il  estoit  si 
bien  dou  roy  qu'il  voloit  :  se  li  faisoit  on  ses  finan- 
ces et  ses  délivrances  à  sa  volenté.  Ens  ou  chastiei 

15  d'Akegni  avoit  Englès,  Normans,  François  et  Navarois, 
qui  là  estoient  retrait  puis  la  bataille  de  Coceriel.  Et 
se  tinrent  et  deffendirent  cil  le  chastiei  moult  bien, 
et  ne  les  pooit  on  mies  bien  avoir  à  sen  aise,  car  il 
estoient  bien  pourveu  d'artillerie  et  de  vivres  :  pour 

20  quoi  il  se  tinrent  plus  longement.  Toutes  fois  finable- 
ment  il  furent  si  mené  et  si  apressé  qu'il  se  rendirent, 
salves  leurs  vies  et  leurs  biens,  et  se  partirent  et  se 
retraisent  dedens  Cherebourch.  Si  prist  messires  Je- 
hans  de  la  Rivière  la  saisine  dou  dit  chastiei  d'Akegni 

25  et  le  rafreschi  de  nouvelles  gens,  et  puis  se  desloga  et 

parti  et  toutes  ses  hos,  et  se  traisent  par  devant  la 

ville  et  la  cité  d'Evrues.  Si  estoient  avoecques  lui  et 

^      de  se  carge  messires  Hues  de  Chasteillon ,  li  sires  de 

Kauni,  messires  Mahieus  de  Roie,  li  sires  de  Montsaut, 

30  li  sires  de  Helli,  li  sires  de  Cresekes,li  sires  de  Saintpi, 
messires  Oudars  de  Renti,  messires  Engherans  du 
Edins  et  pluiseur  bon  chevalier  et  escuier  de  France. 


[1364]  LIVRE  PREMIER,  §  527.  iki 

Par  dedens  la  cité  d'Evrues  estoient^  pour  le  garder, 
messires  Guillaumes  de  Gauville  et  messires  Legiers 
d'Orgesi  qui  trop  bien  en  songnièrent.  Si  avoient  il 
souvent  l'assaut^  mes  il  estoient  si  bien  sus  leur  garde 
quHl  n'en  faisoient  compte.  5 

§  527.  Entrues  que  messires  Jehans  dp  le  Rivière 
et  li  dessus  dit  baron  et  chevalier  de  France  seoient 
devant  la  cité  d'Evrues,  li  dus  de  Bourgongne  apressa 
si  chiaus  de  Chamerolles  qu'il  ne  peurent  plus  durer 
et  se  rendirent  simplement  en  le  volenté  dou  duch.  lo 
Si  furent  pris  à  merci  tout  li  saudoiier  estragnier^ 
mes  aucun  pillars  de  le  nation  de  France  qui  là  s'es- 
toient  bouté  furent  tout  mort.  Là  vinrent  en  Tost  li 
bourgois  de  Chartres  et  priièrent  au  duch  de  Bour- 
gongne qu'il  leur  volsist  donner,  pour  le  salaire  de  15 
leurs  engiens,  le  chastiel  de  Chamerolles  qui  moult 
les  avoit  heriiés  et  çuvriiés  dou  temps  passé.  Li  dus 
leur  acorda  et  donna  en  don  à  faire  ent  leur  volenté. 
Tantost  cil  de  Chartres  misent  ouvriers  en  oevre,  et 
abatirent  et  rasèrent  tout  par  terre  le  dit  chastiel  :  on-  20 
ques  n'i  laissièrent  pierre  sur  aultre. 

Âdonc  se  desloga  li  dis  dus  et  passa  oultre,  et  s'en 
vint  devant  un  autre  chastiel  que  on  dist  Drue[s],  qui 
siet  ou  plain  de  le  Biausse,  et  le  tenoient  pillart.  Si 
le  conquisent  li  François  par  force ,  et  furent  tout  25 
mort  cil  qui  dedens  estoient.  Puis  passèrent  oultre  et 
s'en  alèrent  devant  un  aultre  fort  que  on  dist  Preus  : 
si  le  assegièrent  et  environnèrent  de  tous  costés,  et  y 
livrèrent  tamaint  assaut  ^  ançois  que  le  peuissent 
avoir.  Finablement,  cil  de  Preus  se  rendirent^  salve  30 
leurs  corps,  mais  aultre  cose  il  n  en  portèrent  :  en- 


1 

j 


i4S  CHRONIQUES  DE  J.  FROISSAKT.  [i364] 

cores  eouvint  il  demorer  eu  le  prison  dou  dit  dueb^ 
en  sa  volenté^  tous  chiaus  qui  François  estoient.  Si 
fist  li  dus  de  Bourgongne  par  ses  mareschaus  prendre 
le  saisine  dou  ehastiel  de  Preus^  et  puis  le  donna  à 

6  un  chevalier  de  Biausse  que  on  appelloit  messire 

Pierre  dou  Bois  Ruffin.  Cilz  le  fist  remparer  et  prde- 

ner  bien  et  à  point,  et  le  garda  toutdis  depuis  bien  et 

souflissamment. 

Âpriès  ces  coses  faites^  li  dus  de  Bourgongne  et 

10  une  partie  de  ses  gens  s'en  vinrent  raifrescir  en  le  cité 
de  Chartres.  Quant  il  eurent  là  esta  cinq  jours, ,  il 
s'en  partirent  et  se  traisent  par  devant  le  ehastiel  de 
Couvai,  et  le  assegièrent  de  tous  poins.  Ceste  garni- 
son de  Couvai  avoit  fait  moult  de  destourbiers  ens 

15  ou  pays  d'environ  :  pour  tant  se  prendoit  li  dus  de 
Bourgongne  plus  priés  comment  il  le  peuist  avoir,  et 
bien  disoit  qu'il  ne  s'en  partiroit,  si  les  aroit  à  sa  vo- 
lenté,  et  avoit  fait  drecier  par  (Rêvant  jusques  à  six 
grans  engiens  qui  jettoient  ouniement  à  le  forterèce 

20  et  moult  le  traviUoient.  Quant  cil  de  Couvai,  veirent 
que  il  estoient  si  apressé,  si  commencièrent  à  trettier, 
et  se  fuissent  volentiers  rendu,  salve  leurs  corps  et 
leurs  biens;  mais  li  dus  n'i  voloit  entendre,  se  il  ne 
se  rendoient  simplement  :  ce  que  il  n  euissent  jamais 

25  fait,  car  U  savoient  bien  qu'il  estoient  tout  mort  d'a- 
vantage. 

Ëntrues  que  cil  siège ,  ces  prises ,  cil  assaut  et  ces 
chevaucies  se  faisoient  en  Biausse  et  en  Normendie, 
couroient  d'autre  part  messires  Loeis  de  Navare  et 

30  ses  gens  en  le  Basse  Auvergne  et  en  Berri,  et  y  te- 
noient  les  camps,  et  y  honnissoient  et  apovrissoient 
durement  le  pays^  ne  nulz  n'aloit  au  devant.  Et  ossi 


[4364]  LIVRB  PREMIER,  §  527.  i43 

chil  de  le  Charité  Êiisoient  autour  d'yaus  che  qu'il 
voloient;  dont  les   complaintes   en  venoient   tous 
les  jours  au  roy  de  France.  D'autre  part,  li  contes 
de  Montbliar  avoecques  aucuns   alliiés  d'Alemagne 
"  estoient  entré  en  la  ducé  de  Bourgongne  par  devers    5 
Besençon,  et  y  honnissoient  ossi  tout  le  pays  :  pour 
quoi  li  rois  de  France  eut  conseil  qu'il  briseroit  tous 
ces  sièges  de  Biausse  et  de  Normendie,  et  envoieroit    * 
le  duch  de  Boui^ongne  son  frère  en  son  pays;  car 
bien  y  besongnoit.  Si  le  manda  incontinent  qu^il  des-   10 
fesist  son  siège  et  se  retraisist  devers  Paris ,  car  il  le 
couvenoit  aler  d'autre  part,  et  se  li  segnefia  dere- 
ment  Fafaire  ensi  qu'il  aloit. 

V'  Quant  li  dus  oy  ces  nouvelles,  si  fu  tous  pen- 
sieuSy  tant  pour  son  pays  que  on  11  ardoit^  que   15 
pour  ce  qu'il  avoit  parlé  si  avant  dou  siège  de  Cou- 
vai, qu'il  ne  s'en  partiroit  si  les  aroit  à  sa  volenté. 
Si  remoustra  ce  à  son  conseil,  et  trouva  que,  ou  cas 
que  li  rois  le  remandoit,  qui  là  l'avôit  envoiiet,  il 
s'en  pooit  bien  partir  sans  fourfet,  mais  on  n'en  20 
fist  nul  samblanl  à  chiaus  de  Couvai.  Si  leur  fu  de- 
mandé des  mareschaus  se  il  se  voloient  rendre  sim- 
plement. Ils  respondirent  que  nennii,  mes  volentiers 
se  renderoient,   salve  leurs  corps  et  leurs  biens. 
Finablement ,  li  dus  vei  que  partir  le  couvenoit  :  si  25 
les  laissa  passer  parmi  ce  trettié,  et  rendirent  le  chas- 
tiel  de  Couvai  au  dit  duch,  et  s'en  partirent,  si  com 
chi  dessus  est  dit.  Si  en  prîst  li  dus  de  Boui^ongne 
-  le  saisine  et  le  possession  et  puis  le  délivra  à  un  es- 
cuier  de  Biausse  qui  s'appelloit  Phelippes  d'Arcies.   80 
Chil2  le  rempara  bien  et  biel  et  le  repourvei  et  ra- 
freschi  de  tous  bons  compagnons. 


i44  CHRONIQUES  DE  J.  FROISSART.  [4364] 

Ce  fait,  li  dus  de  Bourgongne  et  ses  gens  d'annes 
s'en  revinrent  à  Chartres.  St  recarga  li  dus  le  plus  grant 
partie  de  ses  gens  au  eonte  d'Auçoûre  et  au  maresehal 
Boucicau  et  à  monsigneur  Loeis  de  Sansoirre.  Si  se 

5  parti  et  en  mena  avoecques  lui  monsigneur  Loeis  de 
Chalon^  le  signeur  de  Biaugeu^  monsigneur  Jehan  de 
Viane  et  tous  les  Bourghignons.  Et  chevaucièrent 
tant  qu'il  revinrent  à  Paris.  Si  passèrent  oultre  les 
gens  d'armes^  sans  point  d'arrest^  en  alant  devers 

10  Bourgongne.  Mes  li  dus  s'en  vint  devers  le  roy  son 
frère,  qui  se  tenoit  à  Vaus  la  Contesse  en  Brie,  et  là 
fu  il  un  jour  tant  seulement  dalés  lui  et  puis  s'en 
parti.  Si  esploita  tant  qu'il  vint  à  Troies  en  Campa- 
gne^ et  puis  passa  oultre  et  prist  le  chemin  de  Len- 

15  grès,  et  partout  mandoit  gens  efibreiement. 

Et  ja  s'estoient  cueilliet  et  pourveu  li  Bourghegnon 
grandement  et  mis  en  frontière  contre  les  ennemis. 
Et  là  estoit  li  Archeprestres,  sires  de  Chastielvillain,  li 
sires  de  Vregi,  li  sires  de  Grantsi,  li  sires  de  Sombre- 

20  non^  li  sires  de  Rougemont,  et  uns  moult  riches  et  haulz 
gentilz  homs  qui  s'appelloit  Jehans  de  Bourgongne, 
li  sires  d'Epoises,  messires  Hughes  de  Viane,  li  sires 
de  Trichastiel  et  proprement  li  evesques  de  Lengres. 
Si  furent  encores  li  baron  et  li  chevalier  de  Bourgon- 

25  gne  moult  resjoï,  quant  leurs  sires  fu  venus.  Si  che- 
vaucièrent contre  leurs  ennemis,  de  quoi  on  disoit 
bien  que  il  estoient*  quinze  cens  lances,  mais  il  n'osè- 
rent attendre^  sitost  que  il  sentirent  la  venue  dou  dit 
duch  et  de  ses  gens.  Si  se  retraisent  arrière  oultre  le 

30  Rin;  mais  li  Bourghegnon  ne  se  faindirent  mies  d'en- 
trer en  le  conté  de  Montbliar  et  en  ardirent  une 
grant  partie. 


i364]  LIVRE  PREMIER,  §  528.  i4K 

§  528.  Entrues  que  ceste  chevaucie  se  fist  en 
Bourgongne,  eavoia  li  rois  de  France  monsigneur 
Moriel  de  Tiennes  son  eonnestable  et  ses  deux  ma- 
reschaus^  monsigneur  Boucicau  et  monsigneur  Mou- 
ton de  BlainviUe,  et  grant  fuison  de  chevaliers  et  es-  5 
cuiers,  par  devant  la  Charité  sus  Loire,  liquel  y  misent 
le  siège,  si  tost  comme  il  y  furent  venu,  et  le  asse- 
gièrent  d'un  costé  bien  et  fortement.  Si  aloient  li 
compagnon^  pour  leurs  corps  avancier,  pries  que  tous 
les  jours  escarmucier  à  chiaus  de  dedens.  Là  y  avoit  10 
des  apertises  d'armes  faites  pluiseurs.  Et  y  tinrent  le 
siège  li  dis  connestables  et  li  doi  mareschal  de  France, 
sans  point  partir  jusques  adonc  que  li  dus  de  Bour- 
gongne  et  la  plus  grant  partie  de  ses  gens,  qui  avoient 
chevaucie  avoecques  lui  en  le  conté  de  Montbliar,  15 
furent  tout  revenu  en  France  devers  le  roy  et  le  trou- 
vèrent à  Paris. 

Sitost  que  li  dus  de  Bourgongne  fu  là  revenus,  li 
dis  rois  l'envoia  à  plus  de  mil  lances  devant  la 
Charité.  Ensi  fu  U  sièges  renforciés.  Et  se  fist  chiés  90 
de  toutes  ces  gens  d'armes  li  dus  de  Bourgongne. 
Et  estoient  bien  li  François  à  siège  par  devant  la 
Charité  plus  de  trois  mil  lances,  chevaliers  et  es- 
cuiers.  De  quoi  li  pluiseur  se  aloient  souvent  en- 
venturer  et  escarmucier  à  chiaus  de  le  garnison.  Si  S5 
en  y  avoit  des  navrés  des  uns  et  des  aultres.  Et  là 
furent  fait  chevalier  et  levèrent  banière,  à  une  sallie 
que  chil  de  le  Charité  lisent  hors,  messires  Robers 
d'Alençon,  filz  au  conte  d'Âlençon  qui  demora  à 
Creci,  et  messires  Loeis  d'Auçoirre,  filz  au  conte  30 
d'Auçoirre  et  frères  au  conte  d'Auçoirre  qui  là  estoit 
presens.  Si  furent  durement  li  compagnon  de  le 

▼I  —  10 


146  CHRONIQUES  DE  J.  FROISSART.  [f364] 

Charité  apressé^  et  se  fuissent  volentiers  parti  par 
composition  se  il  peuissent;  mes  li  dos  de  Boorgon- 
gne  n'i  voloit  entendre,  se  il  ne  se  rendoient  sim- 
plement. 
5  En  ce  temps  ^  estoit  sus  le  marce  d'Auvergne , 
messires  Loeis  de  Navare  qui  destmisoit  et  ardoit 
ossi  là  à  ce  lés  tout  le  pays^  et  assambloit  et  prioit 
gens  de  tous  eostés  pour  venir  secourir  ses  gens  de 
le  Charité;  car  volentiers  ewist  levé  le  siège^  et  avoit 

10  bien  deux  mil  combatans.  Et  avoit  li  dis  messires 
Loeis  de  Navare  envoiiet  en  Bretagne  devers  mon<- 
signeur  Robert  CanoUe  et  monsigneur  Gautier  Huet 
et  monsigneur  Mahieu  de  Goumay  et  aucuns  cheva- 
liers et  escuiers  qui  là  estoient  dalés  le  conte  de 

15  Montfort,  en  priant  que  il  se  volsissent  prendre  priés 
de  lui  venir  servir^  et  que  sans  Êiute  il  iroit  com- 
batre  les  François  qui  gisoient  assés  esparsement  de- 
vant la  Charité.  Chil  chevalier  d'Engleterre  i  desi- 
roient  moult  à  aler;  mès^  en  ce  temps  ^  seoit  11  dis 

20  contes  de  Montfort  devant  le  fort  chastiel  d'Auroy 
en  Bretagne,  que  li  rois  Artus  fist  jadis  fonder^  et 
avoit  juré  qu'il  ne  s'en  partiroit  si  Taroit  pris  et  con- 
quis à  sa  volenté.  Avoech  tout  ce,  il  entendoit  que 
messires  Charles  de  Blois  estoit  en  France  et  pour- 

25  cacfaoit  devers  le  roi  de  France  à  avoir  gens  d'armes 
pour  venir  lever  le  siège  et  yaus  combatre.  Si  np 
laissoit  mies  volentiers  ces  chevaliers  et  escuiers  d'En- 
gleterre  partir  de  lui^  car  il  ne  savoit  quel  besongne 
il  en  aroit;  mes  en  mandoit  et  en  prioit  tous  les 

30  jours  là  où  il  en  pensoit  à  avoir  et  à  recouvrer^  tant 
en  Engleterre  comme  en  la  ducé  d'Aquitainne 


[1364]  LIVRE  PREMIER,  §  Sl9.  147 

<  §  529.  On  voet  bien  dire  et  maintenir  que  cil  qui 
estoient  en  garnison  en  le  Charité  sus  Loire^  euissent 
eu  fort  temps;  car  li  dus  de  Bourgongne^  qui  tenoit 
par  devant  toute  la  fleiu*  de  le  chevalerie  de  France, 
les  avoit  ja  durement  apressés  et  tolut  le  rivière^  que    5 
nulles  pourveances  ne  leur  pooient  venir.  Si  en  es- 
toient li  compagnon  durement  esbahi;  car  messires 
Loeis  de  Navare^  où  leur  espérance  de  reconfort 
gisoity  estoit  retrès  et  s'en  raloit  en  Normendie  devers 
Chierebourch,  par  l'ordenance  et  avis  dou  roy  son   lo 
frère.  Mes  che  que  messires  Charles  de  Blois  estoit 
pour  le  temps  dalés  le  roy  de  Franche  son  cousin^  et 
li  remoustroit  pluiseurs  voies  de  raison  où  li  rois  se 
sentoit  grandement  tenus  de  lui  aidier  contre  le  conte 
de  Montfort^  et  Êiire  le  voloit^  si  en  chei  trop  bien  à  15 
chiaus  de  le  Charité  sus  Loire  ;  car^  ensi  que  je  vous 
ay  dit  comment  il  estoient  apressé,  li  rois  de  France^ 
pour  deffîdre  ce  siège  ^  afin  que  messires  Charles  de 
Blois  euist  plus  de  gens  d'armes,  manda  au  duch  de 
Bourgongne  son  frère^  que  il  presist  chiaus  de  le  SO 
Charité  en  trettié  et  les  laiast  passer^  parmi  tant  qu  il 
rendesissent  le  forterèoe  et  qu'il  jurassent  ossi  solen- 
nelment  que^  dedens  trois  ans,  pour  le  fait  dou  roy 
de  Navare  ne  s'armeroient. 

Quant  li  dus  vei  le  mandement  dou  roy  son  fi^re,  S5 
si  fist  remoustrer  par  ses  maresehaus  as  chapitainnes 
de  le  Charité ,  le  trettié  par  où  il  pooient  venir  et 
descendre  à  acord.  Cil  de  le  Charité^  qui  se  veoient 
en  bien  periUeus  parti,  y  entendirent  volentiers,  et 
jurèrent  solennelment  à  yaus  non  armer  contre  le  30 
royaume  de  France ,  le  terme  de  trois  ans.  pour  le 

fait  dou  roy  de  Navare.  Parmi  tant,  on  les  laissa  pai* 


148  CHRONIQUES  DE  J.  FROISSART.  [1364] 

sieulement  partir;  mais  il  n'enportèrent  riens  dou 
leur,  et  s'en  alèrent  la  plus  grant  partie  tout  à  piet, 
et  passèrent  parmi  le  royaume  de  France,  sus  le 
conduit  dou  duc  de  Bourgongne.  Ensi  reconquisent 

5  li  François  le  ville  de  la  Charité  sus  Loire ,  et  y  re- 
vinrent cil  [et. celles']  de  le  nation  qui  vuidié  en  es- 
toient  et  ailleurs  aie  demorer;  et  se  deffist  li  sièges, 
et  retourna  li  dus  de  Bourgongne  arrière  en  France, 
et  en  remena  tous  ses  Bourghegnons,  dont  il  avoit 

10  grant  plenté. 

Or  vous  parlerons  de  monsigneur  Charlon  de 
Blois,  comment  il  persévéra,  et  d'une  grant  assam- 
blée  dé  gens  d'armes  qu'il  mist  sus  et  amena  en  Bre- 
tagne, et  de  monsigneur  Jehan  de  Montfort,  comment 

15  il  se  pourvei  ossi  à  l'encontre. 

§  530.  Li  rois  de  France  acorda  à  son  cousin,  mon- 
signeur Charle  de  Blois,  que  il  euist  de  son  royaume 
jusques  à  mil  lances,  et  escrisi  à  monsigneur  Bertran 
de  Claiekin,  qui  estoit  en  Normendie,  que  il  s'en 

20  alast.en  Bretagne  pour  aidier  et  conforter  monsigneur 
Charle  de  Blois  contre  monsigneur  Jehan  de  Mont- 
fort.  De  ces  nouvelles  fu  li  dis  messires  Bertrans 
moult  resjoïs,  car  il  avoit  toutdis  tenu  le  dit  monsi- 
gneur Charle  pour  son  naturel  signeur.  Si  se  parti 

25  de  Normendie  à  tout  che  que  il  avoit  de  Bretons  et 
chevauça  devers  Tours  en  Tourainne  pour  aler  en 
Bretagne.  Et  messires  Boucicaus,  mareschaus  de 
France,  s'en  vint  en  Normendie  en  son  lieu  tenir  le 
frontière.  Tant  esploita  li  dis  messires  Bertrans  et 

1.  Ms.  B  4,  îo  253  v«.  —  Ms.  B  1,  t.  H,  f»  193  t«  (lacune). 


[1364]  LIVRE  PREMIER,  §  530.  449 

se  route  que  il  vint  à  Nantes  en  Bretagne,  et  là 
trouva  le  dit  monsigneur  Charle  et  madame  sa  famé 
qui  le  rechurent  liement  et  doucement,  et  lî  sceu- 
rent  très  grant  gré  de  ce  qu'il  estoit  ensi  venus.  Et 
eurent  là  parlement  ensamble,  comment  il  se  main-  5 
tenroient;  car  ossî  y  estoient  lî  grigneur  partie- des 
barons  de  Bretagne,  et  avoient  tout  pourpos  et  affec- 
tion de  aidier  monsigneur  Charle,  et  le  tenoient 
tout  à  duc  et  à  signeur.  Et  pour  venir  lever  le  siège 
de  devant  Auroy  et  combatre  monsigneur  Jehan  de  10 
Montfort,  ne  demorèrent  Ions  jours  que  grant  baron- 
nie  et  chevalerie  de  France  et  de  Normendie  vinrent, 
li  contes  d'Auçoirre,  li  contes  de  Joni,  li  sires  de 
Friauville,  lî  sires  de  Prie,  li  Bèghes  de  Vellainnes  et 
pluîseur  bon  chevalier  et  escuier,  tout  d'une  sorte  15 
et  droite  gens  d*armes. 

Ces  nouvelles  vinrent  à  monsigneur  Jehan  de  Mont- 
fort  qui  tenoit  son  siège  devant  Auroy,  que  messires 
Charles  de  Blois  faisoit  grant  amas  de  gens  d'ai*mes,  et 
que  grant  fuison  de  signeurs  de  France  li  estoient  venu  20 
et  venoient  encores  tous  les  jours,  avoecques  Tayde 
et  confort  qu'il  avoit  encores  des  barons,  chevaliers  et 
escuiers  de  la  ducé  de  Bretagne.  Sitost  que  messires 
Jehans  de  Montfort  entendi  ces  nouvelles,  il  le  se- 
gnefîa  fîablement  en  la  ducé  d'Aquitainne  as  cheva-  25 
liers  et  escuiers  d'Engleterre  qui  là  se  tenoient,  et 
especialment  à  monsigneur  Jehan  Chandos,  en  lui 
priant  chierement  que  à  che  grant.  besoing  il  le  vol- 
sist  venir  conforter  et  consillier,  et  que  il  apparoit 
en  Bretagne  uns  biaus  fais  d'armes,  auquel  tout  si-  30 
gneur,  chevalier  et  escuier,  pour  leur  honneur  avan- 
chier,  dévoient  volentiers  entendre.  Quant  messires 


150  CHRONIQUES  DE  J.  FROISSART.  [1304] 

Jehans  Chandos  se  vei  priiés  si  affectueusement  dou 
conte  de  Montfort^  si  en  parla  à  son  signeur  le  prince 
de  Galles^  à  savoir  que  bon  en  estoit  à  faire.  Li  prin* 
ces  li  respondi  qu'il  y  pooit  bien  aler  sans  nul  fourfet; 
5  car  ja  faisoient  li  François  partie  contre  le  dit  conte 
en  l'ocquison  de  monsigneur  Gharle  de  Blois,  et  qu'il 
l'en  donnoit  bon  congiet. 

De  ces  nouvelles  fu  li  dis  messires  Jehans  Chandos 
moult  liés^  et  se  pourvei  bien  et  grandement  et  pria 

10  pluiseurs  chevaliers  et  escuiers  de  la  ducé  d'Acqui- 
tainnes;  mes  trop  petit  en  alèrent  avoecques  lui,  se  il 
n'estoient  Englès.  Toutesfois  il  enmena  bien  deux 
cens  lances  et  otant  d'arciers,  et  chevauça  tant  parmi 
Poîto  et  Saintonge^  qu'il  entra  en  Bretagne  et  vînt  au 

15  siège  devant  Auroy.  Et  là  trouva  il  le  conte  de  Mont- 
fort  qui  le  recheut  liement  et  grandement,  et  fu  moult 
resjoïs  de  sa  venue  :  ossi  furent  proprement  messires 
Oliviers  de  Cliçon^  messires  Robers  CanoUes  et  li  aultre 
compagnon;  et  leur  sambloit  proprement  et  generau- 

so  ment  que  nulz  maulz  ne  leur  pooit  avenue  puisqu'il 
avoient  monsigneur  Jehan  Chandos  en  leur  compa- 
gnie. Si  passèrent  le  mer  [hastivement  *]  d'Engleterre 
en  Bretagne  pluiseur  chevalier  et  escuier  qui  desî- 
roient  leurs  corps  à  avancier  et  yaus  combattre  as 

S5  François,  et  vinrent  par  devant  Auroy,  en  l'ayde  dou 
conte  de  Montfort,  qui  tout  les  rechut  à  grant  joie. 
Si  estoient  bien  Englès  et  Breton^  quant  il  furent 
tout  assamblé,  seize  cens  combatans^  chevaliers  et 
escuiers  et  gens  d'armes^  et  environ  huit  cens  ou 

30  neuf  cens  arciers. 

1.  Ms.  B    ,{0  254.  ^  M«.  B  1,  t.  II,  P>  m  r»  (lacune). 


[1364]  LIVRE  PREMIER,  §  531.  151 

§  531  •  Nous  revenrons  à  monsigneur  Charle  de 
Blois  qui  se  tenoit  en  la  bonne  cité  de  Nantes  et  là 
Êiisoit  son  amas  et  son  mandement  de  chevaliers  et 
escuiers  de  toutes  pars,  là  où  il  en  pensoit  à  recou- 
vrer par  priière,  car  bien  estoit  enfourmës^.  que  li  5 
contes  de  Montfort  estoit  durement  fors  et  bien  re- 
confortés d^Englès.  Si  prioit  les  barons^  les  che- 
valiers et  les  escuiers  de  Bretagne^  dont  il  avoit 
eus  et  recheus  les  hommages,  que  il  li  vosissent  ai- 
dier  à  garder  et  à  deffendre  son  hyretage  contre  ses  lO 
ennemis»  Si  vinrent  des  barons  de  Bretagne,  pour  lui 
servir  et  à  son  mandement^  li  viscontes  de  Hohem^  li 
sires  de  Lyon,  messires  Charles  de  Dignant^  li  sires 
de  Rays,  li  sires  de  Rieus,  li  sires  de  Tournemine,  li 
sires  d'Ansenis,  li  sires  de  Malatrait,  li  sires  de  Kin-  15 
tin,  li  sires  d'Avaugor,  li  sires  de  Rocefort,  li  sires  de 
Gargoulé,  li  sires  de  Lohiac,  li  sires  dou  Pont  et 
moult  d'aultres  que  je  ne  puis  mies  tous  nommer.  Si 
se  logièrent  cil  signeur  et  leurs  gens  en  le  cité  de 
Nantes  et  ens  es  villages  d'environ.  Quant  il  furent  20 
tout  assamblé,  on  les  esma  à  vingt  cinq  cens  lances 
parmi  chiaus  qui  estoient  venu  de  France.  Si  ne  veu- 
rent  point  ces  gens  d'armes  là  faire  trop  lontain  sé- 
jour, mais  consillièrent  à  monsigneur  Charle  de  Blois 
de  chevaucier  par  devers  les  ennemis.  25 

Au  département  et  au  congiet  prendre,  madame  la 
femme  à  monsigneur  Charle  de  Blois  dist  à  son  mari, 
présent  monsigneur  Bertran  de  Claiekin  et  aucuns 
barons  de  Bretagne  :  ccMonsigneur,  vous  en  aies  def- 
fendre et  garder  mon  hiretage  et  le  vostre,  car  ce  qui  30 
est  mien  est  vostre,  lequel  messires  Jehans  de  Mont- 
fort  nous  empeece  et  a  empeechiet  un  grant  temps  à 


j 


152  CHRONIQUES  DE  J.  FROISSART.  [1364] 

tort  et  sans  cause  :  ce  set  Dieus  et  li  baron  de  Breta- 
gne qui  chi  sont  comment  j'en  sui  droite  hiretière. 
Si  vous  pri  chierement  que,  sus  nulle  ordenance  ne 
composition  ne  trettié  d'acort  ne  voeilliés  descendre 
5  que  li  cdrps  de  la  ducë  ne  nous  demeure.  »  Et  ses  ma- 
ris li  eut  en  couvent.  Adonc  se  parti,  et  se  partirent 
tout  li  baron  et  li  signeur  qui  là  estoient ,  et  prisent 
congiet  à  leur  dame  qu'il  tenoient  pour  duçoise.  Si 
se  aroutèrent  et  acheminèrent  ces  gens  d'armes  et 
10  ces  hos  par  devers  Rennes  et  tant  esploitièrent  qu'il 
y  parvinrent.  Si  se  logièrent  dedens  la  cité  de  Rennes 
et  environ  et  s'i  reposèrent  et  rafreschirent,  pour 
aprendre  et  mieulz  entendre  dou  couvenant  de  leurs 
ennemis. 

15  §  532.  Entre  Rennes  et  Auroy,  là  où  messires  Je- 
hans  de  Montfort  seoit,  a  huit  liewes  de  pays.  Si 
vinrent  ces  nouvelles  au  dit  siège  que  messires  Char- 
les de  Blois  approçoit  durement  et  avoit  la  plus  belle 
gent  d'armes,  les  mieulz  ordenés  et  armés  que  on 

20  euist  onques  mes  veus  issir  de  France.  De  ces  nou- 
velles furent  li  plus  des  Englès  qui  là  estoient,  qui 
desiroient  à  combatre,  tout  joiant.  Si  commencièrent 
cil  compagnon  à  mettre  leurs  armeures  à  point  et  à 
refourbir  leurs  lances,  leurs  daghes,  leurs  haces,  leurs 

25  plates,  haubregonsy  hyaumes,  bachinés,  visières,  es- 

pées  et  toutes  manières  de  harnas,  car  bien  pen- 

soient  qu'il  en  aroient  mestier  et  qu'il  se  combate- 

roient.  Adonc  se  traisent  en  conseil  les  chapitainnes 

^  de  l'hosty  li  contes  de  Montfort  premièrement,  mes- 

30  sires  Jehans  Chandos,  par  lequel  conseil  en  partie  il 
voloit  user,  messires  Robers  CanoUes,  messages  Us- 


[1364]  LIVRE  PREMIER,  §  532.  153 

tasses  d'Aubrecicourt^  messires  Hues  de  Cavrelée^ 
messires  Gautîers  Hués^  messires  Mahieus  de  Gour- 
nay  et  li  aultre.  Si  regardèrent  et  considérèrent  cil 
baron  et  cil  chevalier,  par  le  conseil  de  Tun  et  de 
Pautre  et  par  grant  avis,  qu'il  se  retraîroient  au  ma-^  5 
tin  hors  de  leurs  logeis,  et  prenderoient  terre  et  place 
sus  les  camps  y  et  là  aviseroient  de  tous  assens,  pour 
mieus  avoir  ent  le  cognissance.  Si  fu  ensi  nonciet  et 
segnefiiet  parmi  leur  host  que  cescuns  fust  à  l'ende- 
fnain  appareilliés  et  mis  en  arroi  et  en  ordenance  de  10 
bataille  y  ensi  que  pour  tantost  combatre.  Geste  nuit 
passa  :  l'endemain  vint,  qui  fu  par  un  samedi,  que  li 
Englès  et  Breton  d'une  sorte  issirent  hors  de  leurs 
logeis  et  s'erf  vinrent  moult  faiticement  et  ordenee- 
ment  ensus  dou  dit  chastiei  d'Âuroy,  et  prisent  place  15 
et  terre  et  distrent  et  afiremèrent  entre  yaus  que  là 
attenderoient  il  leurs  ennemis. 

Droitement  ensi  que  entours  heure  de  prime  j 
messires  Charles  de  Blois  et  toute  sen  host  vinrent, 
qui  s'éstoient  parti  le  venredi  apriès  boire  de  la  cité  20 
de  Rennes,  et  avoient  celle  nuit  jeu  à  trois  petites 
liewes  priés  d'[Auroy].  Et  estoient  les  gens  à  monst- 
gneur  Charlon  de  Blois  le  mieus  ordené  et  le  plus 
faiticement  et  mis  en  milleur  convenant  que  on 
peuist  veoir  ne  deviser.  Et  chevauçoient  si  serré  que  25 
on  ne  peuist  jetter  un  estuef  que  il  ne  cheist  sus 
pointe  de  glave,  tant  les  portoient  il  proprement  roi- 
des  et  contremont.  De  yaus  veoir  et  regarder  propre- 
ment ,  li  Englès  gens  d'onneur  y  prendoient  grant 
plaisance.  Si  se  arrestèrent  li  François,  sans  yaUs  des-  30 
royer,  devant  leurs  ennemis,  et  prisent  terre  entre 
grans  bruières;  et  fu  commandé  de  par  leur  mares* 


i$4  CHRONIQUES  DE  J.  FROISSART.  [1364] 

chai  que  nulz  n  alast  avant  sans  commandement  ne 
fesist  course,  jouste  ne  empainte.  Si  se  arrestèrent 
toutes  gens  d'armes^  et  se  misent  en  arroi  et  en  bon 
couvenant  ensi  que  pour  tantos  combatre^  car  il 
5  n'esperoient  aultre  cose  et  en  avoient  grant  désir. 

§  533.  Messlres  Charles  de  Blois^  par  le  conseil 
de  monsigneur  Bertran  de  Ciaiekin,  qui  estoit  là  ans 
grans  chiés  et  moult  creus  et  aloses  des  barons  de 
Bretagne^  ordonna  ses  batailles,  et  en  fîst  trois  et 

10  une  arrière  garde.  Et  me  samble  que  messires  Ber- 
trans  eut  le  première,  avoecques  grant  fuison  de  bons 
chevaliers  et  escuiers  de  Bretagne.  La  seconde  eurent 
li  contes  d'Auçoirre  et  li  contes  de  Joni,  avoecques 
grant  fuison  de  bons  chevaliers  et  escuiers  de  France. 

15  Et  la  tierce  eut  et  la  grigneur  partie  messires  Charles 
de  Bloisy  et  en  sa  compagnie  pluiseurs  haus  barons  de 
Bretagne.  Et  estoient  dalés  lui  li  viscontes  de  Rohem, 
li  sires  de  Lyon,  li  sires  d?Avaugor,  messires  Charles 
de  Dignant,  li  sires  d'Ansenis,  li  sires  de  Malatrait  et 

20  pluiseur  aultre.  En  l'arrière  garde  estoient  li  sires  de 
Rais,  li  sires  de  Rieus,  li  sires  de  Tournemine,  li  sires 
dou  Pont  et  moult  d'aultres  bons  chevaliers  et  es- 
cuiei^,  et  avoit  en  çascune  de  ces  batailles  bien  mil 
combatans.  lit  aloit  messires  Charles  de  Blois  de  ba- 

25  taille  en  bataille  amonester  et  priier  çascun  moult 
bellement  et  doucement,  qu'il  volstssent  estre  loyal 
et  preudomme  et  bon  combatant;  et  retenoit  sus 
s'ame  et  sa  part  de  paradys,  que  ce  seroit  sus  son 
bon  et  juste  droit  que  on  se  combateroit.   Là  K 

30  avoient  tout  en  couvent  li  un  par  l'autre  que  si  bieki 
s'en  acquitteroient  qu'il  leur  en  saroit  gré.  Or  vous 


[i364]  LIVRE  PREMIER,  g  ^34.  i5S 

parlerons  dou  couvenant  des  Englès  et  des  Bretons 
de  Fautre  costé,  et  comment  il  ordoimèrent  leurs  ba- 
tailles. 

§  534*  Messires  Jehans  Chandos^  qui  estoit  chapi- 
tains  et  souverains  regars  dessus  yaus  tous^  quoique    5 
li  contes  de  Montfort  en  fust  chiés^  car  li  rois  d'En- 
gleterre  li  avoit  ensi  escript  et  ossi  mandé  que  sou- 
verainnement  et  especialment  il  entendestst  as  be- 
songnés  de  son  fil^  que  bien  tenoit  pour  fil^  car  i) 
avoit  eu  sa  fille  par  Cause  de  mariage^  estoit  devant  10 
aucuns  barons  et  chevaliers  de  Bretagne  qui  se  te^ 
noient  dalés  monsigneur  Jehan  de  Montfort^  et  avoit 
bien  imaginé  et  considéré  le  couvenant  des  François^ 
lequel  en  soi  meismes  il  prisoit  dur^nent  et  ne  s'en 
peut  taire.  Si  dist  :  «  Se  Diex  m'ayt^  il  appert  hui  15 
que  toute  fleur  d'onneur  et  de  chevalerie  est  par 
delà,  avoecques  grant  sens  et  bonne  ordenance«  )»  Et 
puis  dist  tout  en  haut  as  chevaliers  qui  oïr  le  peu- 
rent  :  «  Signeur^  il  est  heure  que  nous  ordenons 
nos  batailles^  car  nostre  ennemi  nous  en  donnent  so 
exemple.  »  Cil  qui  Poirent,  respondirent  :  <  Sire, 
vous   dittes  veritë,  et  vos  estes  ckî  nos  mestres 
et  nos  consilliers  :  si  en  ordenés  à  rostre  entente  > 
car  dessus  vous  n'i  ara  point  de  regart,  et  si  sa- 
vés  mieuls  tous  seuls  comment  tel  cose  se  doit  main-  35 
tenir  que  nous  ne  faisons  entre  nous  aultres.  » 

Là  fîst  lidis  messires  Jehans  Qiandos  trois  batailles 
et  une  aiTÎère  garde,  et  mist  en  la  première  monsigneur 
Robert  Canolle,  monsigneur  Gautier  Huet  et  monsi- 
gneur Richart  Burlé;   en  la  seconde^  monsigneur  30 
Olivier  de  Qiçon,  monsigneur  Eustasse  de  Aubreci- 


ir)6  CHRONIQUES  DE  J.  FROISSART.  [4364] 

court  et  monsigneur  Mahieu  de  Gournây.  La  tierce 
il  ordonna  au  conte  de  Montfort,  et  demora  dalés 
lui;  et  avoit  en  çascune  bataille  cinq  cens  hommes 
d'armes  et  trois  cens  arcîers.  Quant  ce  vint  sus  le 

5  arrière  garde,  il  appella  monsigneur  Hue  de  Cavrelée 
et  li  dist  ensi  :  «  Messire  Hue,  vous  ferës  l'arrière 
garde  et  ares  cinq  cens  combatans  desous  vous  en 
vo  route,  et  vous  tenrés  sus  èle,  et  ne  vous  mouverés 
de  vostre  pas,  pour  cose  qui  aviegne,  se  vous  ne  veés 

10  le  besongne  que  nos  batailles  branlent  ou  ouvrent  par 

aucune  aventure;  et  là  où  vous  les  verés  branler  ou 

ouvrir,  vous  vos  trairésetles  reconforterés  et  rafreschi- 

rés  :  vous  ne  poés  faire  aujourd'ui  milleur  esploit.  » 

Quant  messires  Hues  de  Cavrelée  entendi  monsigneur 

15  Jehan  Chandos,  si  fu  tous  honteus  et  moult  courou- 
ciés.  Si  dist  :  «  Sire,  sire,  bailliés  vostre  arrière  garde 
à  un  aultre  qu'à  moy,  car  je  ne  m'en  quier  ja  enson- 
niier,  »  Et  puis  dist  encor^s  ensi  :  «  Chiers  sires,  en 
quel  manière  ne^estat  m'avés  vous  desveu  que  je  ne 

20  soie  ossi  bien  tailliés  de  moy  combatre  tout  devant 
et  des  premiers  c'uns  aultresV  »  Dont  respondi  messi- 
res Jehans  Chandos  moult  aviseement  et  dist  ensi  : 
«  Messire  Hue,  messire  Hue,  je  ne  vous  establis  mies 
en  l'arrière  garde  pour  cose  que  vous  ne  soiiés  uns 

25  des  bons  chevaliers  de  nostre  compagnie.  Et  sçai 
bien  et  de  vérité  que  très  volentiers  vous  combate- 
riés  des  premiers;  mais  je  vous  y  ordonne  pour  tant 
que  vous  estes  uns  sages  et  avisés  chevaliers,  et  se 
convient  que  li  uns  y  soit  et  le  face.  Si  vous  pri  chic- 

30  rement  que  vous  le  voelliés  faire.  El  je  vous  ai  en 
couvent  que,  se  vous  le  faites,  nous  en  vaurrons 
mieulz,  et  vous  meismes  y  acquerrés  haulte  honneur. 


[1364]  LIVRE  PREMIER,  S  ^35.  157 

Et  plus  avant  je  vous  prommeth  que  toute  la  pre- 
mière requeste  dont  vous  me  prières  je  le  feray  et  y 
descenderai.  » 

Nientmains,  pour  toutes  ces  paroUes^  li  dis  messi- 
res  Hues  ne  s'i  voloit  acorder  et  tenoit  et  aSremoit    5 
ce  pour  son  grant  blasme^  et  prioit  pour  Dieu  et  à 
jointes  mains  que  on  y  mesîst  un  aultre^  car  brief- 
ment  il  se  voloit  combatre  tous  des  premiers.  De  ces 
paroUes  et  responses  estoit  messires  Jehans  Chandos 
si  courouciés  que  priés  sur  le  point  de  larmiier;  si  10 
dist  encores  moult  doucement  :  «  Messire  Hue,  ou  il 
fault  que  vous  le  faciès  ou  je  le  face.  Or  regardés  le- 
quel il  vault  mieulz.  »  Adonc  s'avisa  li  dis  messires 
Hues  et  fu  à  ceste  darrainne  parolle  tous  confus,  si    - 
dist  :   a  Certes,  sire,  je  sçai  bien  que  vous  ne  me  15 
requeriés  de  nulle  cose  qui  tournast  à  men  deshon- 
neur, et  je  le  ferai  volentiers  puisqu'ensi  est.  »  Adonc 
prist  messires  Hues  de  Cavrelée  ceste  bataille  qui 
s'appelloit  arrière  garde,  et  se  trest  sus  les  camps  ar- 
rière des  autres  sus  èle,  et  se  mist  en  bonne  orde-  20 
nance. 

§  535.  Ensi,  ce  samedi,  au  matin,  qui  fu  le  huitime 
jour  dou  mois  de  octembre  l'an  mil  trois  cens  sois- 
sante  quatre,  furent  ces  batailles  ordenées  les  unes 
devant  les  aultres  ens  uns  biaus  plains,  assés  priés  25 
d'Auroi  en  Bretagne.  Si  vous  di  que  c'estoit  moult 
belle  cose  à  veoir  et  à  considérer,  car  on  y  veoit  ba- 
nières,  pennons  parés  et  armoiiés  de  tous  costés 
moult  richement.  Et  par  especial  li  François  estoient 
si  souflissamment  et  si  faiticement  que  c'estoit  uns  3o 
grans  déduis  dou  regarder. 


iM  GHROIVIQUES  DE  J.  FROISSART.  [1364] 

Or  VOUS  di  que,  entrues  qu'il  ordonnoient  et  avi- 
soient  leurs  batailles  et  leurs  besongnes,  H  sires  de 
Biaumanoir,  uns  grans  barons  et  riches  de  Bretagne, 
aloit  de  l'un  à  l'autre,  traittiant  et  pourparlant  de  la 

6  pais  ;  car  volentiers  l'i  euist  veu,  pour  les  périls  es- 
kiewer,  et  s'en  ensonnioît  de  bonne  manière,  et  le 
laissoient  li  Englès  et  li  Breton  de  Montfort  aler  et 
venir  et  parlementer  à  monsigneur  Jehan  Chandos 
et  au  conte  de  Montfort,  pour  tant  qu'il  estoit,  par 

10  foy  fiancie,  prisonniers  par  devers  yaus,  et  ne  se 
pooit  armer.  Si  mist  ce  dit  samedi  maint  pourpos  et 
tamainte  pareçon  [avant*],  pour  venir  à  pais;  mais  nulle 
ne  s'en  list,  et  detria  la  besongne,  toutdis  alant  de 
l'un  à  l'autre,  jusques  à  nonne;  et  par  son  sens  il  im- 

15  petra  des  deux  parties  un  certain  respît  pour  le  jour  et 

le  nuit  ensievant  jusques  à  l'endemain  à  soleil  levant* 

Si  se  retraist  çascuns  en  son  logeis  ce  samedi,  et  se 

aisièrent  de  ce  qu'il  eurent  :il  avoient  assés  de  quoi. 

Ce  samedi  au  soir^  issi  li  chastelains  d'Auroi  de  sa 

20  garnison,  pour  tant  que  li  respis  couroit  de  toutes  par- 
ties, et  s'en  vint  paisieulement  en  l'ost  de  monsigneur 
Charle  de  Blois,  son  mestre,  qui  le  rechut  liement.  [Si 
appelloit  on  le  dit  escuier  Henry  de  Sauternelle^  appert 
homme  d'armes  durement,  et  enmena*]  en  se  com- 

25  pagnie  quarante  lanches  de  bons  compagnons,  tous 
armés  et  bien  montés,  qui  li  avoient  aidiet  à  garder 
la  forterèce.  Quant  messires  Charles  de  Blois  vei  son 
chastelain,  se  li  demanda  tout  en  riant  de  l'estat  dou 
chastiel.  a  En  nom  Dieu^  dist  li  dis  chastelains,  mon- 


1.  Ms.  B  4,  fo  256.  —  Ms.  B  1,  t.  II,  fo  197  ilacime) 

2.  M».  B  k,  f»  256  —  Ms.  B  1,  t.  II,  f«  197  (lacune). 


[1364]  LIVRE  PREMIER,  S  ^^^'  ^^^ 

signeur,  Dieu  merci^  si  sommes  encores  bien  pourveu 
pour  le  tenir  deux  mois  ou  trois^  se  il  se  besongne.  » 
—  «  Hem*iy  Henri^  respondi  messires  Charles,  demain 
dou  jour  serés  vous  délivrés  de  tous  poins,  ou  par 
acort  de  pais  ou  par  bataille.  »  *-*  «  Sire^  oe  dist  11  es-  5 
cuiers^  Diex  y  ait  part  !»  —  «  Far  ma  Soy^  Henri,  dist 
messires  Charles,  qui  reprist  encores  la  parolle,  par 
la  grasce  de  Dieu^  j'ai  en  ma  compagnie  jusques  à 
▼ingt  cinq  cens  hommes  d'armes,  de  ossi  bonne  es- 
toffe  et  [ossi*]  appareilliés  d'yaus  acquitter,  qu'il  en  10 
y  ait  nulz  ou  royaume  de  France.  »  •—  «  Monsigneur^ 
respondi  li  escuiers,  c'est  uns  grans  avantages  :  si  en 
devés  loer  Dieu  et  regraoiier  grandement^  et  ossi 
monsigneur  Bertran  de  Claiekin  et  les  barons  de 
France  et  de  Bretagne,  qui  vous  sont  venu  servir  si  15 
courtoisement.  i> 

Ensi  se  esbatoit  de  paroltes  li  dis  messires  Charles 
de  Blois  à  ce  Henri,  et  dont  à  l'un  et  puis  à  l'autre, 
et  passèrent  ses  gens  celle  nuitie  moult  aisiement. 
Ce  soir  fu  priiés  moult  affectueusement  messires  ao 
Jehans  Chandos  d  aucuns  Ënglès,  chevaliers  et  es«* 
cuters,  qu'il  ne  se  vosist  mies  assentir  à  la  pais  de 
leur  signeur  et  de  monsigneur  Charle  de  Blois^  car  il 
avoient  tout  aleuet  et  despendu:  si  estoient  povre.  Si 
voloient  par  bataille  ou  tout  parperdre  ou  recouvrer.  » 
Et  messires  Jéhans  Chandos  leur  eut  en  couvent. 

§  536.  Quant  ce  vint  le  dimenœ  au  matin,  cescuns 
en  son  host  se  apparilta,  vesti  et  arma.  Si  dist  on 
pluiseurs  messes  en  Tost  monsigneur  Charle  de  Blois, 

1.  Ms.  B  3,  f>  369  t^.  —  BIss.  B  1  et  B4  (bcunt^ 


i60  CHRONIQUES  DE  J.  FROISSART.  [1364] 

et  se  acumenia  qui  acumeniier  se  veult.  Et  ossi  fisent 
il  en  tel  manière  en  Tost  dou  conte  de  Montfort.  Un 
petit  apriès  soleil  levant,  se  retraist  cescuns  en  se 
bataille  et  en  son  arroi^  ensi  qu'il  avoient  esté  le  jour 
5  devant. 

Assés  tost  apriès^  revint  li  sires  de  Biaumanoir, 
qui  portoit  les  trettiés  et  qui  volentiers  les  euist 
acordés^  se  il  peuist.  Et  s'en  vint  premiers^  à  che- 
vauçant,  devers  monsigneur  Jehan  Chandos,  qui  issi 

10  de  se  bataille  si  tretost  comme  il  le  vei,  et  laissa  le 
-conte  de  Montfort  dalés  qui  il  estoit,  et  s'en  vint  sus 
les  camps  parler  à  lui.  Quant  li  sires  de  Biaumanoir 
le  \eiy  si  le  salua  moult  haultement  et  li  dist  :  a  Mes- 
sire  Jehan,  msssire  Jehan ^  je  vous  pri,  pour  Dieu, 

15  que  nous  mettons  ces  deux  signeurs  à  acord;  car  ce 
seroit  trop  grans  pités,  se  tant  de  bonnes  gens  comme 
il  y  a  ci,  se  combatoient  pour  leurs  oppinions  aidier 
à  soustenir.  » 

Âdonc  respondi  messires  Jehans  Chandos  tout  au 

so  contraire  des  paroUes  qu'il  avoit  mis  avant  le  nuit 
devant,  et  dist  :  «  Sire  de  Biaumanoir,  je  vous  prî, 
ne  chevauciés  meshui  plus  avant;  car  nos  gens  dient 
que,  se  il  vous  poeent  enclore  entre  yaus,  il  vous 
occiront.  Avoech  tout  ce,  dites  à  monsigneur  Charle 

26  de  Blois,  que,  [comment  qu'il  en  aviengne*],  mes- 
sires Jehans  de  Montfort  se  voet  combatre  et  issir  de 
tous  trettiés  de  pais  et  d'acort,  et  dist  [ensi  que  au- 
jourd'ui*]  il  demorra  dus  de  Bretagne  par  bataille,  ou 
il  morra  en  le  painne;  »  Quant  li  sires  de  Biaumanoir 


1.  Ms.  A  8,  f°  257.  —  Mss.  B  (lacune). 

2.  Ms.  B  k,  fo  256  v«.  •—  M».  B  1,  t.  U,  £«  197  (lacune). 


[1364]  LIVRE  PREMIER,  S  ^^36.  461 

entendi  mpnsigneur  Jehan  Chandos  ensi  parler,  si 
s'enfelleni  et  fu  moult  courouciés^  et  dist  :  <c  Chandos^ 
Chandos^  ce  n'est  mies  li  intention  de  monsigneur 
qu'il  n'ait  plus  grant  désir  de  combatre  que  messires 
Jehans  de  Montfort^  et  ossi  ont  toutes  nos  gens.  »  A  5 
ces  parolles  il  se  parti ,  sans  plus  riens  dii'è,  et  re- 
tourna devers  monsigneur  Charle  de  Blois  et  les  ba- 
rons de  Bretagne  qui  l'attendoient. 

D'autre  part,  messires  Jehans  Chandos  se  retraist 
devers  le  conte  de  Montfort  qui  li  demanda  :  a  Com-  10 
ment  va  la  besongne?  que  dist  nostre  adversaire?  » 
—  «  Qu'il  dist?  respondi  messires  Jehans  Chandos. 
Il  vous  mande  par  le  signeur  de  Biaumanoir^  qui 
tantost  se  part  de  ci,  qu'il  se  voet  combatre^  com- 
ment qu'il  soit^  et  demorra  dus  de  Bretagne^  15 
ou  il  mourra  en  le  painne.  »  Et  tèle  response  fist 
adonc  messires  Jehans  Chandos  pour  encoragier, 
plus  encores  qu'il  ne  fust,  son  dit  signeur  le  conte 
de  Montfort.  Et  fu  la  fins  de  la  paroUe  monsigneur 
Jehad  Chandos  qu'il  dist  :  «  Or  regardés  que  vous  en  20 
volés  faire^  se  vous  vos  volés  combatre  ou  non.  »  — 
«  Par  monsigneur  saint  Jorge,  dist  messires  Jehans 
de  Montfort^  oïl;  et  Diex  voeiUe  aidier  le  droit: 
faites  avant  passer  nos  banières  et  nos  arciers.  »  Et 
il  si  fisent.  25 

Or  vous  dirai  dou  signeur  de  Biaumanoir  qui 
dist  à  monsigneur  Charle  de  Blois  :  a  Sire,  sire,  par 
monsigneur  saint  Yve,  je  ay  oy  la  plus  grosse  pa- 
roUe de  monsigneur  Jehan  Chandos,  que  je  oïsse, 
grant  temps  a;  car  il  dist  que  li  contes  de  Montfort  30 
demorra  dus  de  Bretagne  et  vous  moustera  aujour- 
•d'ui  que  vous  n'i  avés  nul  droit.  »  De  ceste  paroUe 

VI    —    i  1 


162  CHRONIQUES  DE  J.  FROISSART.  [1364] 

mua  couleur  messires  diarles  de  Blois^  et  respondi  : 
c  Dou  droit  soit  hui  en  Dieu  qui  le  scet,  et  ossi  font 
li  baron  de  Bretagne.  »  Adonc  fist  il  avant  passer 
banières  et  gens  d'armes^  ou  nom  de  Dieu  et  de 
5  saint  Tve* 

§  537.  Un  petit  devant  heure  de  prime,  se  appro- 
cièrent  les  batailles^  de  quoi  ce  fu  très  belle  cose  à 
regarder,  si  com  je  l'oy  dire  chiaus  qui  y  furent  et  qui 
veu  les  avoient,  car  li  François  estoient  ossi  serré  et 

10  ossi  joint  que  on  ne  peuist  mies  jetter  une  pomme 
que  elle  ne  cheist  sus  un  bachinet  ou  sus  une  lance. 
Et  portoit  cescuns  homs  d  armes  son  glave  droit  de 
vaut  lui,  retaillé  à  le  mesure  de  cinq  pies,  et  une  bace 
forte,  dure  et  bien  acérée,  à  courtes  mances ,  à  son 

15  costé  ou  sus  son  col.  Et  s'en  yenoient  ensi  tout  bel- 
lement le  pas,  cescuns  sires  en  son  arroi  et  entre  ses 
gens,  et  sa  banière  ou  son  pennon  devant  lui,  avises 
de  ce  qu'il  devoit  faire.  Et  d'autre  part  ossi,  li  En- 
glès  estoient  très  faiticement  et  très  bien  ordonné. 

20  Si  se  assamblèrent  premièrement  la  bataille  monsi- 
gneur  Berlran  de  Claiekin  et  li  Breton  de  son  lés,  à  le 
bataille  monsigneur  Robert  CanoUe  et  monsigneur 
Gautier  Iluet,  Et  misent  li  signeur  de  Bretagne,  cil 
qui  estoient  d'un  lés  et  de  l'autre,  les  banières  des 

25  deux  signeurs  qui  s'appelloient  dus,  l'un  contre  l'au- 
tre, et  les  aultres  batailles  se  assamblèrent  ensi  par 
grant  ordenance  Tun  contre  l'autre.  Tjà  eut  de  pre- 
miers encontres  grans  bouteis  et  esteceîs  de  lances  et 
fort  estour  et  dur.  Bien  est  vérités  que  li  arcier  traii- 

30  rent  de  commencement;  mes  leurs  très  ne  greva 
noient  as  François,  car  il  estoient  trop  bien  armet  et 


£1364]  UVRB  PRBtilER,  S  ^^7.  163 

fort,  et  ossi  bien  paveschiet  contre  le  tret.  Si  jettèrent 
cil  arcier  leurs  ars  jus,  qui  estoient  fort  compagnon, 
able  et  legier,  et  se  boutèrent  entre  les  gens  d'armes 
de  leur  costé^  [et  puis  s'en  vinrent  à  ces  Franchois  qui 
portoient  ces  haces.  Si  se  aherdirent  à  iaulx  de  grant  5 
volenté*],  et  tollirent  de  commencement  aspluiseurs 
leurs  haces^  de  quoi  il  se  combatîrent  depuis  bien  et 
faiticement.  Là  eut  fait  tamaintes .  grans  apertises 
d'armes,  mainte  luitte,  mainte  prise  et  mainte  res- 
cousse; et  sachiés  qui  estoit  cheus  à  terre^  c'estoit  10 
fort  dou  relever,  se  il  n'estoit  trop  bien  secourus. 

La  bataille  monsigneur  Charle  de  Blois  s'adreça  droi- 
tement  à  le  bataille  monsigneur  Jehan  de  Montfort^ 
qui  estoit  forte  et  espesse.  £n  se  compagnie  et  en  se 
bataille  estoient  li  viscontes  de  Rohem,  li  sires  de  15 
Lyon,  messires  Charles  de  Dignant,  li  sires  de  Kin- 
tin,  li  sires  d*Ânsenis  et  li  sires  de  Rocefort,  et  ces- 
cuns  sires  se  banière  devapt  lui.  Là  eut,  je  vous  di, 
dure  bataille,  et  grosse  et  bien  combatue,  et  furent 
cil  de  Montfort  de  commencement  durement  rebouté.  20 
Mes  messires  Hues  de  Cavrelée,  qui  estoit  sus  èle  et 
qui  avoit  une  belle  bataille  et  de  bonnes  gens,  venoit 
à  cel  endroit  où  il  veoit  ses  gens  branler^  ouvrir  ou 
desclore,  et  les  reboutoit  et  mettoit  sus  par  force 
d'armes.  Et  ceste  ordenance  leur  valli  trop  grande*  25 
ment;  car  sitos  qu'il  avoit  les  foulés  remis  sus^  et  il 
veoit  une  aultre  bataille  ouvrir  ou  branler,  il  se 
traioit  celle  part  et  les  reconfortoit  par  tèle  manière 
comme  il  est  dit  devant. 

.    1.  M»,  B  ï,  ('  257.  —  Ms.  B  1,  t.  If,  fo  193  v»  (lacune} 


164  CHRONIQUES  DE  J.  FROISSART.  [1364] 

§  538.  D*autre  part,  se  combatoient  messires  Oli- 
viers de  Cliçon,  messires  Ëustasses  ^'Aubrecicourt^ 
messires  Richars  Burlé^  messires  Jehans  Boursiers^ 
messires  Mahieus  de  Gournay  et  pluiseur  aultre  bon 
5  chevalier  et  escuier,  à  le  bataille  dou  conte  d'Au- 
çoirre  et  dou  conte  de  Joni,  qui  estoit  moult  grande 
et  moult  grosse  et  moult  bien  estoffée  de  bonnes 
gens  d'armes.  Là  eut  fait  ossi  mainte  belle  apertise 
d'armes,  mainte  prise  et  mainte  rescousse.   Là  se 

10  combatoient  François  et  Bretons,  d'un  lés,  moult  vail- 
lamment et  très  kardiement  des  haces  qu'il  portoient 
et  qu'il  tenoient. 

Là  fu  messires  Charles  de  Blois  durement  bons 
chevaliers  et  qui  vaillamment  et  hardiement  se  com- 

15  bâti  et  assambla  à  ses  ennemis  de  grant  volenté. 
Et  ossi  y  fu  bons  chevaliers  ses  aversaires  li  contes 
de  Montfort  :  cescuns  y  entendoit  ensi  que  pour  li. 
Là  estoit  li  dessus  dis  messires  Jehans  Chandos,  qui 
y  faisoit  trop  grant  fuison  d'armes;  car  il  f u  à  son 

20  temps  fors  chevaliers  et  hardis  durement  et  resson- 
gniés  de  ses  ennemis,  et  en  bataille  sages  et  avisés  et 
plains  de  grant  ordenance.  Si  consilloit  le  conte  de 
Montfort  ce  qu'il  pooit  et  le  adreçoit  à  entendre,  à 
reconforter  ses  gens  et  li  disoit  :  «  Faites  ensi  et  ensi, 

25  et  traiiés  vous  de  ceste  part  et  d'autre.  »  Li  jones 
contes  de  Montfort  le  creoit  et  ouvroit  volentiers 
par  son  conseil. 

D'autre  part,  messires  Bertrans  de  Claiekin,  li  sires 
de  Tournemine,  li  sires  d'Avaugor,  li  sires  de  Rais, 

30  li  sires  de  Rieus,  li  sires  de  Lohiac,  li  sires  de  Gar- 
goulé,  li  sires  de  Malatrait,  li  sires  dou  Pont  et  li 
sires  de  Prie  et  tamaint  bon  chevalier  et  escuier  de 


[4364]  LIVRE  PREMIER,  §  538.  4 60 

Bretagne  et  de  Normendie,  qui  là  estoient  dou  costé 
monsigneur  Charlon  de  Bloîs,  se  combatoient  moult 
vaillamment,  et  y  fisent  mainte  belle  apertise  d'ar- 
mes, et  tant  se  combatirent  que  toutes  ces  batailles 
se  recueillièrent  ensamble,  excepté  li  arrière  garde  5 
des  Englès,  dont  messires  Hues  de  Cavrelée  estoit 
chiés  et  souverains.  Geste  bataille  se  tenoit  toutdis 
sus  èle,  et  ne  s'ensonnioit  d'autre  cose  fors  de  ra- 
drecîer  et  mettre  en  conroy  les  leurs  qui  branloient 
ou  qui  se  desconfisoient.  10 

Entre  les  autres  chevaliers  englès  et  bretons,  mes- 
sires Oliviers  de  Cliçon  y  fu  bien  veus  et  avisés  qu'il 
y  fist  merveilles  d'armes  de  son  corps,  et  tenoit  une 
hace  dont  il  ouvroit  et  rompoit  ces  presses,  et  ne 
Tosoit  nuls  approcier.  Et  se  embati,  tèle  fois  fu,  si  15 
avant  qu'il  fu  en  grant  péril,  et  y  eut  moult  à  faire  de 
son  corps  en  le  bataille  dou  conte  d'Auçoirre  et  dou 
conte  de  Joni.  Et  trouva  durement  fort  encontre  sur 
lui,  tant  que  d'un  cop  d'une  hace  il  fu  férus  en  tra-, 
vers,  qui  li  abati  le  visière  de  son  bacinet,  et  li  en-  20 
tra  li  pointe  de  le  hace  en  l'ueil,  et  l'en  eut  depuis 
crevet  ;  mais  pour  ce  ne  demora  mies  que  il  ne  fust 
encores  très  bons  chevaliers.  Là  se  recouvroient  ba- 
tailles et  banières,  qui  une  heure  estoient  tout  au 
bas,  et  tantost  par  bien  combatre  se  remettoient  sus,   25 
tant  d'un  lés  comme  de  l'autre. 

Entre  les  aultres  chevaliers,  fu  messires  Jehans  Chan- 
dos  très  bons  chevaliers,  et  vaillamment  s'i  combati, 
et  tenoit  une  hace  dont  il  donnoit  les  horions  si  grans 
que  nulz  ne  l'osoit  approcier;  car  il  estoit  grans  che-  30 
valiers  et  fors  et  bien  fourmes  de  tous  membres.  Si 
s'en  vint  combatre  à  le  bataille  le  conte  d'Auçoirre  et 


i66  CHRONIQUES  DE  J.  FROISSART.  [i364] 

des  François,  et  là  eut  fait  mainte  belle  apertise  d^ar- 
mes.  Et  par  force  de  bien  combatre  il  rompirent  et 
reboutèrent  ceste  bataille  bien  avant  ^  et  le  misent  à 
tel  meschief  que  briefment  elle  fu  desconfîte^  et  toutes 
5  les  banières  et  li  pennon  de  eeste  bataille  jettes  par 
terre,  rompus  et  deschirés^  et  li  sîgneur  mis  et  con- 
tourné en  grant  meschief;  car  il  n'estoient  aîdië  ne 
conforté  de  nul  costé^  mais  estoient  leurs  gens  tous 
ensonniiés  d'yaus  deOendre  et  entendre  au  combatre. 

10  Au  voir  dire,  quant  une  desconliture  vient,  li  des- 
confi  se  descoùfîsent  et  esbahissent  de  trop  peu ,  et 
sus  un  cheu,  il  en  chiet  trois^  et  sus  trois,  dix,  et  sus 
dix,  trente,  et  pour  dix,  se  il  s^enfuient,  il  s'enfuient 
cent.  Ensi  fu  de  ceste  bataille  d'Auroy.  Là  crioient  et 

15  escrioient  cil  signeur  et  leurs  gens  qui  estoient  dalés 
yaus,  leurs  ensengnes  et  leurs  cris  :  de  quoi  li  aucun 
estoient  oy  et  reconforté,  et  li  aucun  non,  qui  es- 
toient en  trop  grant  presse  ou  trop  en  sus  de  leurs 
gens.  Toutesfois  li  contes  d'Auçoirre,  par  force  d'ar- 

20  mes,  fa  durement  navrés  et  pris  desous  le  pennon 
de  monsigneur  Jehan  Chandos  et  fîanciés  prisons,  et 
li  contes  de  Joni  ossi,  et  occis  li  sires  de  [T]rie,  uns 
grans  banerès  de  Normendie,  et  pluiseur  bon  cheva- 
lier et  escuier  de  Normendie. 

25  §  539.  Encores  se  combatoient  les  aultres  batailles 
moult  vaillamment,  et  se  tenoient  li  Breton  en  bon 
convenant.  Et  toutesfois,  à  parler  loyaument  d'armes, 
il  ne  tinrent  mies  si  bien  leur  pas  ne  leur  arroi,  ensi 
qu'il  apparu,  que  lisent  li  Englès  et  li  Breton  don 

30  costé  le  conte  de  Montfort,  et  trop  grandement  leur 
valli  ce  jour  celle  bataille  sus  èle  de  monsigneur  Hue 


[1364]  LIVRE  PREMIER,  §  539.  467 

de  Cavrelée.  Quant  li  Englès  et  li  Breton  de  Mont- 
fort  veîrent  ouvrir  et  branlet*  les  François,  si  se  con- 
fortèrent entre  yaus  moult  grandement,  et  eurent 
tantost  li  pluiseur  leur  chevaus  appareilliés;  si  mon- 
tèrent et  eommeneièrent  à  cacier  fort  et  vistement.    5 

Adonc  se  parti  messires  Jehans  Chandos  et  une 
grant  route  des  siens,  et  s^en  vinrent  adrecier  sus 
le  bataille  monsigneur  Bertran  de  Claiekin,  où  on 
faisoit  merveilles  d'armes,  mais  elle  estoit  ja  ouverte, 
et  pluiseur  chevalier  et  escuier  mis  en  grant  mes-  10 
chief.  Et  encores  le  furent  il  plus,  quant  une  grosse 
roule  d'Englès  et  messires  Jehans  Chandos  y  sour- 
vinrent.  Là  eut  donqé  tamaint  pesant  horion  de  ces 
haces,  et  fendu  et  effondré  tamaint  bachinet,  et  maint 
homme  navré  et  mort.  Et  ne  peurent,  au  voir  dire,  15 
messires  Bertrans  ne  li  sien  porter  ce  fais.  Si  fu  là 
pris  li  dis  messires  Bertrans  de  Claiekin  d'un  escuier 
englès  desous  le  pennon  à  monsigneur  Jehan  Chan- 
dos. En  celle  presse,  prist  et  fiança  pour  prisonnier  li 
dis  messires  Jehans  Chandos  un  baron  de  Bretagne  ao 
qui  s'appelloit  le  signeur  de  Rays,  hardi  chevalier 
durement* 

Apriès  ceste  grosse  bataille  des  Bretons  rompue, 
la  ditte  bataille  fu  ensi  que  desconflte.  Et  perdi- 
rent li  aultre  tout  leur  arroy,  et  se  misent  en  fuite,  25 
cescuns  au  mieulz  qu'il  peut,  pour  lui  sauver, 
excepté  aucun  bon  chevalier  et  escuier  de  Bretagne, 
qui  ne  voloient  mies  laissier  leur  signeur  monsigneur 
Charlon  de  Blois,  mes  avoient  plus  chîer  à  morir  que 
reprocie  lor  fust  fuite.  Si  se  recueillièrent  et  ralliiè-  30 
rent  autour  de  lui  et  se  combatirent  desous  se  ba- 
nière  depuis  moult  vaillamment  et  très  asprement,  et 


168  amONIQUES  D£  J.  FROISSART.  [1364] 

là  eut  fait  tamainte  grant  apertise  d'armes.  Et  se  tin- 
rent inessires  Charles  de  Blois  et  ehil  qui  dalés  lui 
estoîent,  une  espasse  de  temps,  en  yaus  deffendant 
et  combatant;  mes  fînablement  il  ne  se  peurent  tant 
5  tenir  qu'il  ne  fuissent  ouvert  et  desroutet  par  force 
d'armes,  car  la  plus  grànt  partie  des  Englès  conver- 
soient  celle  part. 

Là  fu  la  banière  à  monsigneur  Gharle  de  Blois 
conquise  et  jettée  par  terre,  et  cils  ochis  qui  le 

10  portoit.  Là  fu  occis  en  bon  convenant  li  dis  messires 
Charles  de  Blois,  le  viaire  sus  ses  ennemis,  et  uns 
siens  filz  bastars  qui  s'appelloit  messires  Jehans  de 
Blois,  et  pluiseur  aultre  chevalier  et  escuier  de  Bre- 
tagne. Et  me  samble  que  il  avoit  ensi  esté  ordené 

15  et  pourparlé  en  Post  des  Eqglès,  au  matin,  que, 
se  on  venoit  au  dessus  de  le  bataille  et  que  messires 
Charles  de  Blois  fust  trouvés  en  le  place^  on  ne  le  de- 
voit  prendre  à  nulle  raençon,  mes  occire.  Et  ensi,  en 
cas  samblable,  li  François  et  li  Breton  avoîent  or^ 

20  donné  de  monsigneur  Jehan  de  Montfort,  car  en  ce 
jour  il  voloîent  avoir  fin  de  guerre.  Là  eut,  quant 
ce  vint  à  le  cache  et  à  le  fuite,  grant  mortalité,  grant 
occision  et  gfant  desconfiture,  et  tamaint  bon  che- 
valier et  escuier  pris  et  mis  en  grant  meschief. 

25  Là  fu  toute  la  fleur  de  la  bonne  chevalerie  de  Bre- 
tagne pour  le  temps  et  pour  le  journée  morte  ou  prise, 
car  moult  petit  de  gens  d'onneur  escapèrent,  qui  ne 
fuissent  mort  ou  pris.  Et  par  especial  des  banerès  de 
Bretagne  y  demorèrent  mort  messires  Charles  de  Di- 

30  gnant,  li  sires  de  Lyon,  li  sires  d'Ansenis,  li  sires 
d'Avaugor,  li  sires  de  LohiaCi  li  sires  de  Garçoulé,  li 
sires  de  Malatrait,  li  sires  dou  Pont  et  pluiseur  aultre 


[1364]  LIVRE  PREMIER,  §  540.  169 

chevalier  et  escuier  que  je  ne  puis  mies  tous  nom- 
mer; et  pris  li  viseônles  de  Rohem,  messires  Guis  de 
Lyon,  li  sires  de  Rocefort,  li  sires  de  Rays,  li  sires  de 
Rieus,  li  sires  de  Tournemine,  messires  Henris  de 
Malalrait,  messires  Oliviers  de  Mauni,  li  sires  de  Ri-  5 
ville,  li  sires  de  Friauville,  li  sires  d'Ainneval  et  plui- 
seur  aultre  de  Normendie,  et  pluiseur  bon  chevalier 
et  escuier  de  France  avoecques  le  conte  d'Auçoirre 
et  le  conte  de  Joni. 

Briefment  à  parler,  ceste  desconfîture  fu  moult  10 
grande  et  moult  grosse,  et  grant  fuison  de  bonnes 
gens  y  eut  mors,  tant  sus  les  camps  comme  en  le 
cache,  car  elle  dura  huit  liewes  dou  pays,  d'Auroy 
jusques  moult  priés  de  Rennes.  Si  avinrent  là  en 
dedens  tamaintes  aventures,  qui  toutes  ne  vinrent  15 
mies  à  congnissance.  Et  y  eut  aussi  maint  homme 
mort  et  pris  et  recreu  sus  les  camps,  ensi  que  li  au- 
cun escheoient  en  bonnes  mains,  et  qu'il  trouvoient 
leurs  mestres  courtois.  Ceste  bataille  fu  assés  priés 
d'Auroy  en  Bretagne,  Tan  de  grasce  Nostre  Signeur  20 
mil  trois  cens  soissante  quatre,  le  neuvime  jour  dou 
mois  de  octembre. 

§  540.  Apriès  la  grande  desconfîture,  si  com  vous 
avés  oy,  et  la  place  toute  délivrée,  li  chief  des  si- 
gneurs,  Englés  et  Breton  d'un  lés,  retournèrent  et  25 
n^entendirent  plus  au  cachier,  mes  en  laissiérent  con- 
venir leurs  gens.  Si  se  traisent  d'un  lés  li  contes  de 
Montfort,  messires  Jehans  Chandos,  messires  Robers 
CanoUes,  sgiessires  Eustasses  d'Aubrecicourt,  messires 
Mahieus  de  Goumay,  messires  Jehans  Boursiers,  30 
messires  Gautiers  Hués,  messires  Hues  de  Cavrelée, 


170  CHRONIQUES  DE  J.  FROISSART.  [1364] 

messires  Richars  Burlé,  messires  Richars  Tanton  et 
pluiseur  aultre.  Et  s'en  vinrent  ombriier  dou  lonch 
d'une  haie,  et  se  commencièrent  à  désarmer^  car  il 
veirent  bien  que  la  journée  estoit  pour  yaus.  Si  misent 

5  li  aucun  leurs  banières  et  leurs  pennciis  à  celle  haie, 
et  les  armes  de  Bretagne  tout  hault  sus  un  buisson  ^ 
pour  ralloiier  leurs  gens.  Âdonc  se  traisent  messires 
Jehans  Chandos,  messires  Robers  CanoUes,  messires 
Hues  de  Cavrelée  et  aucun  chevalier  devers  monsi* 

10  gneur  Jehan  de  Montfort,  et  li  disent  tout  en  riant  : 
«  Sires ^  loés  Dieu  et  si  faites  bonne  chîère,  car  vous 
avés  hui  conquis  l'iretage  de  Bretagne.  »  Il  les  enclina 
moult  doucement,  et  puis  parla  que  tout  l'oïrent  : 
€<  Messire  Jehan  Chandos,  ceste  bonne  aventure  m'est 

16  hui  avenue  par  le  grant  sens  et  proèce  de  vous,  et 
se  le  sçai  je  de  vérité,  ossi  le  scèvent  tout  chilqui 
chi  sont  :  si  vous  pri,  buvés  à  mon  hanap.  »  Âdonc 
li  tendi  un  flascon  [plain  *]  de  vin  où  il  avoit  beu,  pour 
lui  rafreschir,  etdist  encores  en  lui  donnant  :  «  Avoec- 

20  ques  Dieu,  je  vous  en  doi  savoir  plus  de  gré  que  à 
tout  le  monde.  »  En  ces  paroUes  revint  li  sires  de 
Cliçon,  tous  escaufés  et  enflâmes,  et  avoit  moult  lon- 
gement  poursievis  ses  ennemis  :  à  painnes  s'en  estoit 
il  peus  partir,  et  ramenoient  ses  gens  grant  fuison  de 

25  prisonniers.  Si  se  retraist  tantost  par  devers  le  conte 
de  Montfort  et  les  chevaliers  qui  là  estoient,  et  dcs- 
cendi  de  son  coursier;  si  s'en  vint  esventer  et  rafres- 
chir dalés  yaus. 

Enlrues  que  li  contes  de  Montfort  et  li  chevalier 

30  estoient  en  cel  estât,  revinrent  doi  chevalier  et  doi 

1.  Ms.  B  4,  f»  258  To.  —  Ms.  B  1,  t.  Il,  P>  201  Ga^une). 


[1364]  LIVRE  PREMIER,  S  5^^.  *7i 

hiraut  qui  avoient  chercié  les  mors,  pour  savoir  que 
messires  Charles  de  Blois  estoit  devenus,  car  il  n'es- 
toient  point  certain  se  il  estoit  mors  ou  non.  Si 
disent  ensi  tout  en  hault  :  «  Monsigneur,  faites  bonne 
chière,  car  nous  ayons  veu  vostre  adversaire,  messire    5 
Charle  de  Blois,  mort.  «>  A  ces  parolles  se  leva  li 
contes  de  Montfort,  et  dist  qu'il  le  voloit  aler  veoîr 
et  que  il  avoit  désir  de  le  veoir  otant  bien  mort  que 
vif.  Si  s'en  alèrent  avoecques  lui  li  chevalier  qui  là  es- 
toient.  Quant  il  furent  venu  jusques  au  liu  où  il  gisoit,   10 
tournés  d^une  part  et  acouvers  d'une  targe,  il  le  fist 
descouwir,  et  puis  le  regarda  moult  piteusement,  et 
pensa  une  espasse,  et  puis  dist  :  a  Ha  !  monsigneur 
Charle,  monsigneur  Charle,  biaus  cousins,  com  par 
vostre  oppinion  maintenir  sont  advenu  en  Bretagne  15 
maint  grant  meschief  !  Se  Diex  m'ayt,  il  me  desplaist 
quant  je  vous  trueve  ensi,  se  estre  peuist  aultrement.  » 
Et  lors  commença  à  larmiier.  Adonc  le  tira  arrière 
messires  Jehans  Chandos  et  li  dist  :  «  Sire,  sire, 
partons  de  ci  et  regracions  Dieu  de  le  belle  aventure  20 
que  vous  avés,  car  sans  le  mort  de  cesti  -ne  poiés 
vous  venir  à  Tiretage  de  Bretagne.  »  Adonc  ordonna 
li  contes  que  messires  Charles  de  Blois  fust  portés  à 
Ghingant,  et  il  le  fu  incontinent,  et  là  ensepelis 
moult  reveramment,  liquels  corps  de  li  saîntefia  par  25 
le  grasce  de  Dieu,  et  le  appelle  on  saint  Charle,  et 
le  approuva  et  canonnisa  papes  Urbains  V**,  qui  re- 
gnoit  pour  le  temps,  car  il  faisoit  et  fait  encor  en 
Bretagne  tous  les  jours  maint  grant  et  biel  miracle. 


30 


§  541 .  Apriès  ceste  ordenance^  et  que  li  mort  fu- 
rent desvestî  et  que  leurs  gens  furent  retourné  de  le 


172  CHRONIQUES  DE  J.  FROISSART.  [1364] 

cache,  il  se  retraisent  devers  leurs  logeis  dont  au 
.  matin  il  s'estoienl  parti.  Si  se  desarmèrent  et  puis  se 
aîsièrent  de  ce  qu'il  eurent,  il  avoient  assés  de  quoi, 
et  entendirent  à  leurs  prisonniers.  Et  fisent  remuer 
5  et  apparillier  les  navrés  et  les  blechîés,  et  leurs  gens 
meismes  qui  esloient  navret  et  blechiet  fisent  il  rap- 
pareillier  et  remettre  à  point. 

Quant  ce  vint  le  lundi  au  matin,  li  contes  de 
Montfort  fist  à  savoir,  sus  le  pays,  à^chiaus  de  la  cité 
10  de  Rennes  et  des  villes  environ,  qu'il  donnoit  et 
acordoit  triewes  trois  jours  pour  recueillîer  les  mors 
dessus  les  camps  et  ensepelir  et  mettre  tous  en  sainte 
terre  :  laquèle  ordenance  on  tint  à  moult  bonne.  Si 
se  tint  li  contes  de  Montfort  par  devant  le  chastiel 
15  d'Auroy  à  siège  et  dist  que  point  ne  s'en  partiroit  si 
l'aroit  à  sa  volenté. 

Ces  nouvelles  s'espardirent  en  pluiseurs  lieus  et  en 
pluiseurs  pays,  comment  messires  Jehans  de  Mont- 
fort, par  le  conseil  et  confort  des  Englès,  avoit  ob- 
20  tenu  le  place  contre  monsigneur  Charle  de  Bloîs,  et 
lui  mort  et  desconfi,  et  mort  et  pris  toute  la  fleur  de 
Bretagne  qui  faisoient  partie  contre  lui.  Si  en  avoit 
messires  Jehans  Chandos  grandement  le  grasce  et  le 
renommée.  Et  disoient  toutes  manières  de  gens,  che- 
rs valiers  et  escuiers,  qui  à  le  besongne  avoient  esté, 
que  par  lui  et  par  son  sens  et  sa  grant  proèce  avoient 
li  Englès  et  li  Breton  obtenu  [la  place  *]. 

De  ces  nouvelles  furent  tout  li  amit  et  li  confor- 
tant à  monsigneur  Charle  de  Blois  couroucié,  ce  fu 
30  bien  raisons,  et  par  especial  li  rois  de  France,  car 

1.  Ms.  A  8,  P>  260.  —  Mm.  B  (lacune^ 


[1364]  LIVRE  PREMIER,  S  ^^*  ^"^3 

ceste  descoâfiture  li  touchoit  grandement,  pour  tant 
que  pluiseur  bon  chevalier  de  son  royaume  avoient 
là  esté  mort  et  pris^  messires  Bertrans  de  Claiekin 
que  moult  amoit^  li  contes  d'Âuçoirre^  11  contes  de 
Jonî  et  tout  li  baron  de  Bretagne^  sans  nullui  excep-  5 
ter.  Si  envola  li  dis  rois  Charles  de  France  son  frère 
monsigneur  Loeis^  duc  d'Angho,  sus  les  marces  de 
Bretagne,  pour  reconforter  le  pays  qui  estoit  moult 
désolés  pour  l'amour  de  leur  signeur  monsigneur 
Charle  de  Blois  que  perdu  avoient,  et  pour  reconfor-  lo 
ter  ossi  madame  de  Bretagne,  femme  au  dit  monsi- 
gneur Charle  de  Blois,  qui  estoit  si  désolée  et  descon- 
fortée de  la  mort  de  son  mari  que  riens  ni  falloit. 

A  ce  estoit  li  dis  dus  d'Ango  bien  tenus  dou  faire, 
quoique  volen tiers  le  fesist,  car  il  avoit  à  espeuse  la  15 
fille  dou  dit  monsigneur  Charle  et  de  la  ditte  dame. 
Si  prommetoit  de  grant  volenté  as  bonnes  villes, 
chités  et  chastiaus  de  Bretagne  et  au  demorant  dou 
pays,  conseil,  confort  et  ayde,  en  tous  cas.  En  quoi 
la  dame,  que  il  clamoit  mère,  et  li  pays  eurent  une  20 
espasse  de  temps  grant  fiance  jusques  adonc  que  li 
rois  de  France  et  ses  consaulz,  pour  tous  perilz  oster 
et  eschiewer,  y  misent  attemprance,  si  com  vous  orés 
recorder  assés  temprement. 

Si  vinrent  ossi  ces  nouvelles  au  dit  roy  d'Engle-  25 
terre,  car  li  contes  de  Montfort  l'en  escrisi ,  au  cin- 
quime  jour  que  la  bataille  avoit  esté  devant  Auroi, 
en  le  ville  de  Douvres.  Et  en  aporta  lettres  de  créance 
uns  variés  poursievans  armes  qui  avoit  esté  à  le  ba- 
taille, et  lequel  li  rois  d'Engleterre  fist  tantost  hiraut,  30 
par  lequel  hiraut  et  aucuns  chevaliers  d'un  lés  et  de 
Tautre  qui  furent  à  le  bataille  je  fui  enfourmés.  Et 


174  CHRONIQUES  DE  J.  FROISSART.  [136<^] 

la  cause  pour  quoi  li  rois  d'Ëngleterre  estoit  adonç 
à  Douvres^  je  le  vous  dirai. 

§  542.  Il  est  bien  voirs  que  uns  mariages  entre 
monsigneur  Âymon^  conte  de  Cantbruge,  fil  au  dit 
5  roy  d'Ëngleterre^  et  la  fille  dou  conte  Loeis  de  Flan- 
dres^ avoit  esté  trettiiës  et  pourparlés  trois  ans  en 
devant.  Auquel  mariage  li  contes  de  Flandres  estoit 
nouvellement  assentis  et  acordés^  mes  que  papes 
Urbains  Y*'  les  vosist  dispenser^  car  il  estoient  moult 

10  prooain  de  linage.  Et  en  avoient  esté  li  dus  de  Lian- 
castre  et  messires  Aymenions  ses  firères  et  grant  fui- 
son  de  barons  et  de  chevaliers,  en  Flandres,  devers  le 
dit  conte  Loeis  qui  les  avoit  recbeus  moult  bonou- 
rablement.  £t  par  plus  grant  conjonction  de  pais 

15  et  d*amour,  li  dis  contes  de  Flandres  estoit  venus 
avoecques  eulz  à  Calais  et  passa  le  mer  et  vint  à 
Pouvres ,  où  li  dis  rois  et  une  partie  de  son  conseil 
l'avoit  rechéu.  Et  encores  estoient  il  là,  quant  li  des- 
sus d^  variés  et  messages  en  ce  cas  aporta  les  nou- 

20  velles  de  la  besongne  d'Auroy,  ensi  comme  elle  avoit 
aie. 

De  laquèle  avenue  li  rois  d'Engleterre  et  tout  li 
baron  qui  là  estoient  furent  moult  resjoy,  et  ossi  fu 
li  contes  de  Flandres,  pour  l'amour  et  honneur  et 

35  avancement  de  son  cousin  germain  le  conte  de  Mont- 
fort.  Et  donna  li  dis  rois  au  dit  varlet,  qu'il  fist  hiraut, 
si  com  dessus  est  dit,  le  nom  de  Windesore  et  moult 
grant  pourfit.  Si  furent  li  rois  d'Engleterre,  li  contes 
de  Flandres  et  li  signeur  dessus  nommé   environ 

30  trois  jours  à  Douvres,  en  festes  et  en  esbatemens.  Et 
quant  il  eurent  révélé  et  jeué  et  fait  ce  pour  quoi  il 


[1364]  UYKR  PREMIER,  S  ^^'  ^'^ 

estoient  là  assamblé^  11  dis  contes  de  Flandres  prist 
congiet  au  roy  d'Ëngleterre  et  se  parti.  Si  me  samble 
que  li  dus  de  I^ancastre  et  messires  Âymons  rapassè- 
rent  le  mer  à  Calais  avoecques  le  dit  conte  de  Flan- 
dres et  U  tinrent  toutdis  ccHnpagnie  jusques  à  tant  0 
qu'il  fu  revenus  à  Bruges.  Nous  nos  soufferons  à  par- 
ler de  ceste  matère  et  parlerons  dou  conte  de  Mont- 
fort  et  dirons  comment  il  persévéra  en  Bretagne. 

§  543.  Li  contes  de  Montfort,  si  com  ci  dessus  est 
dit,  tint  et  mist  le  siège  devant  Auroy,  et  dist  qu'il  10 
ne  s'en  partiroit  si  Taroit  à  se  volentë.  Cil  dou 
chastiel  n'estoient  bien  aise,  car  il  avoient  perdu 
leur  chapitainne  Henri  de  le  Sauternèle,  qui  estoit 
demorés  à  le  besongne^  et  toute  le  fleur  de  leurs 
compagnons.  Et  ne  se  trouvoient  laiens  que  un  bien  15 
petit  de  gens,  et  se  ne  leur  apparoit  nulz  secours  de 
nul  costé  :  si  eurent  conseil  de  yaus  rendre  et  le 
forterèce,  salve  leurs  corps  et  leurs  bi^is.  Si  trettîiè- 
rent  devers  le  dit  conte  de  Montfort  et  son  conseil 
sus  Testât  dessus  dit.  Lî  dis  contes,  qui  avoit  en  20 
pluiseurs  lieus  à  entendre  et  point  ne  savoit  encores 
comment  li  pays  se  vorroit  maintenir,  les  prist  à 
merci  et  laissa  paisieulement  partir  chiaus  qui  partir 
vorrent,  et  prist  le  saisine  et  possession  de  le  forte- 
rèce  et  y  mist  gens  de  par  lui.  25 

Et  puis  cbevauça  oultre,  et  toute  son  host  qui  tous 
les  jours  croissoit ,  car  gens  d'armes  et  arcier  li  ve- 
noient  d'Engleterre  à  effort;  et  ossi  se  tournoient 
pluiseur  chevalier  et  escuier  de  Bretagne  devers  lui , 
et  par  especial  cil  Breton  bretonnant.  Si  s'en  vinrent  30 
devant  le  bonne  ville  de  Jugon^  qui  se  doy  contre  lui 


i76  CHRONIQUES  DE  J.  FROISSART.  [1364] 

et  se  tint  trois  jours,  et  le  fist  li  dis  eontes  de  Mont- 
fort  assallir  par  deux  assaus^  et  en  y  eut  moult  de 
blechiés  dedens  et  dehors.  Cil  de  Jugon,  qui  se 
veoient  assalli  et  point  de  recouvrier  ens  ou  pays  ne 

5  savoient^  n'eurent  mies  conseil  d*yaus  tenir  trop  lon- 
gement  ne  de  faire  herriier^  et  recogneurent  le  comte 
de  Montfort  à  signeur^  et  li  ouvrirent  leurs  portes^  et 
li  jurèrent  foy  et  loyauté  à  tenir  et  à  garder  à  tous- 
jours  mes.  Si  remua  li  dis  contes  tous  ofliciiers  en 

10  le  ville  et  mist  nouviaus. 

Et  puis  chemina  devers  le  [bonne  *]  ville  de  Di- 
gnant.  La  mist  il  grant  siège^  et  qui  dura  bien  avant 
en  l'ivier;  car  la  ville  estoit  bien  garnie  de  grans 
pourveances  et  de  bonnes  gens  d'armes.  Et  ossi  li 

15  dus  d'Ango  leur  mandoit  que  il  se  tenissent  ensi 
que  bonnes  gens  dévoient  faire  ^  car  il  les  confor- 
teroit.  Geste  oppinion  les  fist  tenir  et  endurer  ta- 
maint  grant  assaut.  Quant  il  veirent  que  leurs  pour- 
veances amenrissoient  et  que  nulz  secours  ne  leur 

20  apparoit,  il  treltièrent  de  le  pais  devers  le  conte  de 
Montfort,  liquelz  y  entendi  volentiers  et  ne  desiroit 
aultre  cose,  mes  que  il  le  volsissent  recognoistre  à 
signeur,  ensi  qu'il  fisent.  Et  enti^a  en  la  ditte  ville  de 
Dignant  à  grant  solennité,  et  li  fisent  tout  feaulté  et 

25  hommage. 

Puis  chevauça  oultre  et  s'en  vint  à  toutes  ses 
hoos  devant  le  bonne  cité  de  Camper  Correntin  :  si 
le  assega  de  tous  poins,  et  y  fist  amener  et  achariier 
les  grans  engiens  de  Vennes  et  de  Dignant,  et  dist  et 

30  prommist  qu'il  ne  s'en  partiroit  si  Taroit.  Et  vous  di 

1.  Ma.  B  k,  f«  260.  —  Ms.  B  I,  t.  Il,  f«  203  (lacune). 


[1364]  LIVRE  PREMIER,  §  544.  .  177 

ensi  que  li  Englès  et  li  Breton  de  Montfort,  messires 
Jehans  Chandos  et  li  aultre,  qui  avoient  en  le  bataille 
d^Auroi  pris  grant  fuison  de  bons  prisonniers,  che- 
valiers et  escuiers^  n'en  rançonnoient  nesun  ne  ne 
mettoient  à  finance^  pour  tant  qu'il  ne  voloient  mies  5 
qu'il  se  recueillassent  ensamble  et  en  fuissent  de  re- 
chief  combatu;  mais  les  envoioient  en  Poito  et  en 
Saintonge,  à  Bourdiaus  ou  en  le  Rocelle,  tenir  prison^ 
et  entrues  conqueroient  li  dit  Breton  et  Englès  d'un 
costé  le  pays  de  Bretagne.  10 

§  544.  Entrues  que  li  contes  de  Montfort  seoit 
devant  le  cité  de  Camper  Correntin^  et  moult  le  abs- 
traint  par  assaus  d'engiens  qui  nuit  et  jour  y  jet- 
toient,  comoient  ses  gens  tout  le  pays  d'environ,  et 
ne  laissoient  riens  à  prendre,  se  il  n'estoit  trop  chaut  15 
ou  tropcpesant.  De  ces  avenues  estoit  li  rois  de  France 
bien  enfourmés.  Si  eut  sur  ce  pluiseurs  consaulz, 
pourpos  et  imaginations  par  pluiseurs  fois  à  savoir 
comment  il  poroit  user  des  besongnes  de  Bretagne, 
car  elles  estoient  en  moult  dur  parti ,  et  se  n*i  pooit  20 
bonnement  remediier,  se  il  n'esmouvoit  son  royaume 
et  fesist  de  rechief  guerre  as  Englès,  pour  le  fait  de 
Bretagne,  ce  que  on  ne  li  consilloit  mies  à  Êiire. 
Et  li  fu  dit  en  grant  especialité  et  délibération  de 
conseil  :  «  Très  chiers  sires,  vous  avés  soustenu  le  25 
oppinion  monsigneur  Charle  de  Blois  vostre  cousin, 
et  ossi  fist  vostre  signeur  de  père  et  li  rois  Phelippes 
vostres  taions  qui  li  donna  en  mariage  Firetière  [et  la 
duché  ^]  de  Bretagne,  par  lequel  fait  moult  de  grans 

1.  Ma.  B  4,  f^  260.  —  fils.  B  1,  t.  U,  f^  203V  (lacune). 


178  CHRONIQUES  DE  J.  FROISSART.  [136^] 

mauls  sont  avenu  en  Bretagne  et  ens  es  pays  voisins. 
Or  est  tant  aie  que  messires  Charles  de  Blois^  vostres 
cousins,  en  Firetage  gardant  et  deffendant^  est  mors; 
et  n'est  nulz  de  son  costet  qui  ceste  guerre  ne  le 
5  droit  de  son  calenge  reliève,  ear  ja  sont  en  Ëngle- 
terre  prisonnier,  à  qui  moult  il  en  touche  et  ap^tient, 
si  doi  ainné  fil,  Jehans  et  Guis.  Et  si  veons  et  oons 
recorder  tous  les  jours  que  messires  Jehans  de  Mont- 
fort  prent  et  conquiert  cités,  villes  et  ehastiaus,  et 

10  les  attribue  dou  tout  à  lui,  ensi  comme  son  lige  hire- 
tage.  Par  ensi,  poriés  vous  perdre  vos  drois  et  le 
hommage  de  Bretagne  qui  est  une  moult  grosse  et 
notable  cose  en  vostre  royaume  et  que  vous  devës 
bien  doubler  à  perdre;  car»  se  li  contes  de  Mont- 

15  fort  le  relevoit  de  vostre  frère  le  roy  d'Engleterre, 
ensi  que  fist  jadis  ses  pères,  vous  ne  le  porriés  ra- 
voir sans  grant  guerre  et  hayne  entre  vous  et  le 
roy  d'Ëngleterre,  où  bonne  pais  est  miaintenant,  que 
noas  ne  vous  consillons  pas  à  brisier.  Si  vous  con- 

20  sillons,  et  nous  samble,  tout  considéré  et  imaginé, 
chiers  sires,  que  ce  seroit  bon  que  de  envoiier  cer- 
tains moiiens  et  sages  trettieurs  devers  monsigoeur 
Jehan  de  Montfort,  pour  savoir  comment  il  se  voelt 
maintenir,  et  de  entamer  matère  de  pais  entre  lui  et 

25  le  pays  et  la  ditte  dame  qui  s*en  est  appellée  duçoise; 
et  sur  ce  que  cil  trettieur  trouveront  en  lui  et  en  son 
conseil,  vous  ares  avis.  Au  fort,  mieulz  vaurroit  que 
il  demorast  dus  de  Bretagne,  afin  que  il  le  vokist 
reeognobtre  de  vous  et  vous  en  fesist  toutes  droi- 

30  tures^  ensi  que  uns  sires  feaulz  doit  faire  à'  son  si- 
gneur,  que  la  cose  fust  en  plus  grant  péril  ne  va- 
riement.  )i 


[1364]  LIVRE  PREMIER,  $  544.  179 

A  ces  paroUes  entendi  U  dis  rois  de  France  volen» 
tiers^  et  furent  adonc  avisé  et  ordonné  en  France 
messires  Jehans  de  Craan,  archevesques  de  Rains^  et 
li  sires  de  Craan  ses  cousins,  et  messires  Bouchicaus, 
mareschaus  de  France,  d'aler  en  ce  voiage  devant  5 
Camper  Correntin  [parler  et  trettier  au  conte  de  Mont- 
tort  et  à  son  conseil,  sur  Testât  que  vous  avés  oy.  Si 
se  partirent  ces  trois  seigneurs  dessus  nommés  du 
roy  de  France^  quant  il  furent  avisé  et  informé  de  ce 
que  il  dévoient  faiire  et  dire,  et  exploitièrent  tant  par  10 
leurs  journées  qu'il  vinrent  au  siège  des  Bretons  et  des 
Englès  devant  Camper  Corentin  ^],  et  se  nommèrent 
messagier  au  roy  de  France.  Li  contes  de  Montfort, 
messires  Jehans  Chandos  et  cil  de  son  conseil  les 
reçurent  liement.  Si  remoustrèrent  chil  signeur  bien  15 
et  sagement  ce  pour  quoi  il  estdient  là  envoiiet.  A 
ce  premier  trettié  respondi  li  contes  de  Montfort 
que  il  s'en  consilleroit,  et  y  assigna  journée.  Ce  terme 
pendant)  vinrent  cil  troi  signeur  de  France  séjourner 
en  le  cité  de  Rennes.  so 

Si  envoya  li  contes  de  Montfort  en  Engleterre  le 
signeur  Latimier,  pour  remoustrer  au  roy  ces  trettiés 
et  quel  cose  à  faire  il  Ven  consilleroit.  Li  rois  d'An- 
gleterre, quant  il  en  fîi  enfburmés,  respondi  tantos 
que  il  consilloit  bien  le  conte  de  Montfort  à  faire  25 
pais,  mais  que  la  ducé  de  Bretagne  li  demorast,  et 
e$si  que  il  recompensast  la  ditte  dame,  qui  duçoise 
s*en  estoit  appellée,  d'aucune  cose ,  pour  tenir  son 
testât  bien  et  honnestement,  et  li  assignast  sa  rente 
et  revenue  en  certain  lieu  où  elle  le  peuist  avoir  sans  30 

1.  Ms.  B  4,  ^  260  ▼«.  —  Ms.  B  1,  t.  II^  f>  204  (lacane). 


180  CHRONIQUES  DE  J.  FROISSART.  [1364] 

dangîer.  Li  sires  Latimiers  raporta  arrière,  par  es- 
cript^  tout  le  conseil  et  la  response  dou  roy  dTEn- 
gleterre  au  conte  de  Montfort^  qui  se  tenoit  devant 
Camper  Correntin. 
5  Depuis  ces  lettres  et  ces  responses  veues  et  oyes, 
messires  Jehans  de  Montfort  et  ses  consaulz  envoiiè- 
rent  devers  les  messages  dou  roy  de  France,  qui  se 
tenoient  à  Rennes.  Cil  vinrent  en  Post.  Là  leur  fii  la 
response  faite  bien  et  courtoisement ,  et  leur  fu  dit 

10  que  ja  messires  Jehans  de  Montfort  ne  se  partiroit 
dou  calenge  de  Bretagne,  pour  cose  qui  avenist,  se  il 
ne  demoroit  dus,  ensi  qu'il  s'en  tenoit  et  appelloit  ; 
mais  là  où  lî  rois  de  France  li  feroit  ouvrir  paisieu- 
lement  cités,  villes  et  chastiaus,  et  rendre  fiés  et 

15  hommages  et  toutes  droitures,  ensi  que  li  duch  de 
Bretagne  anciennement  l'avoient  tenu,  il  le  recognis- 
teroit  volentiers  à  signeur  naturel  et  l'en  feroit  hom- 
mages et  tous  services,  présent  et  oant  les  pers  de 
France,  et  encores,  par  cause  de  proïsmeté  et  de 

20  ayde,  il  aideroit  et  conforteroit  de  aucune  recom- 
pensation sa  cousine,  la  femme  à  monsigneur  Charlon 
de  Blois,  et  aideroit  à  délivrer  ossi  moult  volentiers 
ses  cousins  qui  estoient  prisonnier  en  Engleterre, 
Jehan  et  Gui. 

35  Ces  responses  plaisirent  bien  à  ces  signeurs  de 
France  qui  là  avoient  estet  envoiiet  *  ;  si  prisent 
jour  et  terme  de  le  accepter  ou  non  :  on  lor  acorda 
legierement.  Tantost  il  envoiièrent  devers  le  duch 
d'Ango,  qui  estoit  retrais  à  Angîers,  et  auquel  li  rois 

30  avoit  remis  toutes  les  ordenances  dou  faire  ou  dou 

1.  Ms.  B  4,  f»  261.  —  Ms.  B  1,  t.  H,  i^  204  v«  (lacune). 


[1365]  LIVRE  PREMIER,  §  545.  181 

laiier.  Quant  li  dus  d'Ângo  vei  les  trettiés,  il  se 
consilla  sus  une  grant  espassé  :  lui  bien  consilliet , 
iinablement  il  les  accepta,  et  revinrent  arrière  doi 
chevalier  qui  envoiiet  avoient  esté  devers  lui,  et  ra- 
portèrent  la  response  dou  dit  duc  d'Ango,  par  escript  5 
et  seelé.  Si  se  départirent  de  le  cité  de  Rennes  li 
dessus  dit  messagier  au  roy  de  France,  et  vinrent 
devant  Camper  Correntin. 

Là  fu  finablement  la  pais  faite  et  acordée   et 
seelée  de  monsigneur  Jehan  de  Montfort.  Et  de-  lo 
mora  adonc  dus  de  Bretagne,  parmi  tant  que^  se  il 
n'avoit  enfans  de  sa  char  par  loyauté  de  mariage,  la 
terre  apriès  son  dechiés  deyoit  retourner  as  enfans 
monsigneur  Charle  de  Blois.  Et  demorroit  la  dame, 
femme  qui  fu  à  monsigneur  Charle  de  Blois  ^  con-  15 
tesse  de  Pentèvre,  laquèle  terre' pooit  valoir  par  an 
environ  vingt  mil  frans,  et  tant  li  devoit  on  faire 
valoir.  Et  devoit  li  dis  messires  Jehans  de  Montfort 
venir  en  France,  quant  mandés  y  seroit,  et  faire 
hommage  au  roy  de  France  et  recognoistre  la  ducé  20 
de  lui.  De  tout  ce  prist  on  Chartres  et  instrumens 
[publiques^]  et  lettres  grossées  et  seelées  de  Tune 
partie  et  de  l'autre.  Et  par  ensi  entra  li  contes  de 
Montfort  en  l'iretage  de  Bretagne^  et  en  demora  dus 
un  temps,  jusques adonc  que  aultres  renouvelemens  S5 
de  guerres  revinrent,  si  com  vous  orés  recorder 
avant  en  Tistore. 

§  545.  Âvoech^toutes  ces  coses,  parmi  l'ordenance 
de  le  pais,  reut  li  sires  de  Cliçon  toute  sa  terre  en- 

1.  Bis.  B  4,  f>  261.  —  Bis.  B  1,  t.  H,  6»  20k  iro  (lacune). 


i82  CHRONIQUES  DE  J.  FROISSART.  [i365] 

tiarement  que  li  rob  Phelippes  jadis  li  avoit  tolue  et 
ostée,  et  li  rendi  li  rois  Charles  de  France  et  eneores 
de  l'autre  assés.  Cilz  sires  de  Cliçon  depuis  s'acointa 
dou  roi  de  France  que  c'estoit  fait  en  France  tout 

5  ce  qu'il  voloit,  et  sans  lui  n'estoit  riens  fait.  Si  fu 
tous  li  pays  de  Bretagne  moult  joieus^  quant  il  se 
trouvèrent  en  pais.  Et  prist  li  dis  dus  les  fois  et  les 
hommages  des  cités,  des  villes^  des  chastiaus  et  de 
tous  les  prelas  et  les  gentilz  hommes.  Assés  tost  apriès^ 

10  se  maria  cilz  dis  dus  à  la  fille  de  madame  la  princesse 

de  Galles  que  elle  avoit  eu  de  monsigneur  Thumas 

de  Hollandes.  Et  en  fhrent  les  noces  Eûtes  en  le 

bonne  cité  de  Nantes  moult  grandes  et  moult  nobles. 

Eneores  avint,  en  cest  yvier,  que  la  royne  Jehane^ 

15  ante  dou  dit  roy  de  Navare^  et  la  royne  Blance,  sa  suer 
germaine^  pourcacièrent  et  esfJoitièrent  tant  que  pais 
fil  faite  et  acordée  entre  le  roy  de  France  et  le  roy 
de  Navare^  parmi  Payde  et  le  grant  sens  de  monsi* 
gneur  le  captai  de  Beus^  qui  y  rendi  grant  cure  et 

20  grant  diligense^  et  parmi  tant  fii  il  quittes  et  délivrés 
de  sa  prison.  Et  li  moustra  et  fist  de  fait  li  rois  de 
France  grant  signe  d'amour^  et  li  donna  le  biel  chastiei 
de  Nemouses  et  toutes  les  appendances  de  la  chaste- 
lerie^  où  bien  apertiennent  troi  mil  frans  par  an  de 

95  revenue.  Et  en  devint  homs  li  dis  captaus  au  roy  de 
France  :  douquel  hommage  li  dis  rois  fu  moult  res^ 
joïs^  car  il  amoit  grandement  le  service  d*un  tel  che- 
valier comme  li  captaus  estoit  pour  ce  temps^  mes  il 
ne  le  fu  mies  trop  longement. 

30  C^  quant  il  revint  en  le  prinçauté  devers  le  prince 
de  Galles^  li  princes^  qui  savoit  et  estoit  enfourmœ 
de  ceste  ordenanoe^  l'en  blasma  durement  et  dist  qu'il 


[136KJ  LIVRE  PREMIER,  S  ^^^  ^^ 

ne  se  pooit  acquitter  loyaument  à  sarvir  deua  signeurs, 
et  qu'il  estoit  trop  convoiteus,  quant  il  avoit  pris  terre 
en  France  où  il  n'estoit  ne  prisiés  ne  honnourés.  Quant 
li  captaus  se  vei  en  ce  parti  et  si  dur  recheus  et  ap- 
pelles dou  prince  de  Galles  son  naturel  signeur^  il  se  5 
virgonda  et  dist^  en  lui  escusant^  qu'il  n'estoit  mies 
trop  avant  loiiés  au  roy  de  France  et  que  bien  pooit 
deffaire  tout  ce  que  fait  estoit.  Si  renvoia  par  un 
sien  chevalier  son  hommage  au  roy  de  France,  et  re- 
nonça à  tout  ce  que  donné  li  avoit.  £t  demora  depuis  lo 
li  dis  captaus  dalés  le  prince.  Parmi  le  composition 
et  ordenance  de  le  pais  qui  se  fist  entre  le  roy  de 
France  et  le  roy  de  Navare,  tlemorèrent  au  dit  roy 
de  France  Mantes  et  Meulent^  et  li  rois  li  rendi  aul- 
tres  chastiaus  en  Normendie.  15 

En  ce  temps^  se  parti  de  France  messires  Loeis  de 
Navare  et  passa  oultre  en  Lombardie  pour  espouser 
la  royne  de  Naples.  Mais  à  son  département  il  eni- 
prunta  au  roy  de  France,  sus  aucuns  chastiaus  que  il 
tenoit  en  Normendie ,  soissante  mil  florins,  liquelz,  20 
messires  Loeis,  depuis  qu'i[l]  eut  espousé  la  ditte 
dame,  ne  vesqui  point  longement.  Diex  It  pardoinst 
tous  ses  pechiés,  car  il  fu  moult  courtois  chevaliers  ! 

§  546.  En  ce  temps ,  estoient  les  Compagnes  si 
grandes  en  France  que  on  n'en  savoit  que  faire,  car  25 
les  guerres  du  roy  de  Navare  et  de  Bretagne  estoient 
Êdiies.  Si  avoient  apris  cil  compagnon,  qui  poursie- 
voient  les  armes,  à  pillier  et  à  vivre  davantage  sus  lé 
plat  pays.  Si  ne  s'en  pooient  ne  ossi  ne  voloient  de* 
'tenir  ne  astenir,  et  tous  leurs  recours  estoit  en  30 
France.  Et  appelloient  ces  Compiles  le  royaume 


484  CHRONIQUES  DE  J.  FROISSART.  [1365] 

de  France  leur  cambre.  Toutes  fois,  il  n'osoient  con- 
verser en  Acquitainnes,  la  terre  dou  prince,  ne  on 
ne  les  y  ewist  mies  souffers.  Et  ossi,  au  voir  dire, 
la  plus  grant  partie  des  chapitainnes  estoient  gascon 

5  et  englès  et  homme  dou  roy  d'Engleterre  ou  dou 
prinche.  Aucuns  Bretons  y  pooit  bien  avoir,  mais 
c'estoit  petit.  De  quoi  moult  de  gens  ou  royaume  de 
France  murmuroient  et  parloient  sus  le  partie  dou 
roy  d'Engleterre  et  dou  prince,  et  disoient  couver- 

10  tement  qu'il  ne  se  acquittoient  mies  bien  envers  le 
roy  de  France,  quant  il  n'aidoient  à  bouter  hors  ces 
maies  gens  dou  dit  royaume*  Nequedent,  il  les  avoient 
plus  chier  ensus  de  eulz  que  dalés  yaus.  Si  considé- 
rèrent li  sage  homme  dou  royaume  de  France  que, 

15  se  on  n'i  mettoit  remède  et  conseil,  ou  que  on  les 
combatesist  ou  que  on  les  envoiast  hors  par  grant 
mise  d'argent,  il  destruiroient  le  noble  royaume  de 
France  et  sainte  crestienneté. 

A  ce  donc  avoit  un  roy  en  Hongherie  qui  les  vol- 

20  sist  bien  avoir  eus  dalés  lui,  et  les  euist  trop  bien  en- 
sonniiés  contre  les  Turs  à  qui  il  guerioit  et  qui  li  por- 
toient  moult  de  damages.  Si  en  escripsi  devers  le  pape 
Urbain  cinquime,  qui  estoit  pour  le  temps  en  Avignon, 
qui  volentiers  en  euist  veu  le  délivrance  dou  royaume 

25  de  France,  et  ossi  devers  le  roy  de  France  et  devers 
le  prince  de  Galles.  Si  traitta  on  devers  les  chapi- 
tainnes, et  leur  oflfri  on  grant  argent  et  vivres  et  pas- 
sage ;  mes  onques  ne  s'i  veurent  assentir.  Et  respon- 
dirent  que  ja  il  n'iroient  si  lonch  guerriier,  car  il  fu 

30  là  dit  entre  yaus  d'aucuns  compagnons  qui  cognis- 
soient  le  pays  de  Hongrie  que  il  y  avoit  telz  destrôis 
que,  se  il  y  estoient  embatu,  jamais  n'en  isteroient, 


[1365]  LIVRE  PREMIER,  §  547.  i85 

et  les  y  ferait  on  morir  de  maie  mort.  Geste  cose  les 
effrea  si  que  il  n'i  eurent  talent  d'aler. 

§  547.  Quant  li  papes  [Urbains  *]  et  li  rois  de  France 
veirent  que  il  ne  venroient  point  à  leur  entente  de 
ces  maleoites  gens  qui  ne  se  voloient  vuidier  ne  5 
partir  dou  royaume  de  France^  mes  y  mouteplioient 
tous  les  jours,  si  regardèrent  et  avisèrent  une  aultre 
voie. 

En  ce  temps,  y  avoit  un  roy  en  Castille  qui  s  ap- 
pelloit  dan  Pières,  de  mervilleuses  opinions  plains,   lO 
et  estoit  durement  rebelles  à  tous  commandemens 
et  ordenances  de  TEglise^  et  voloit  sousmettre  tous 
ses  voisins  crestiiens,  especialment  le  roy  d'Arragon 
qui  s'appelloit  Pierre,  liquelz  estoit  bons  et  [vrais  *] 
catholikes,  et  li  avoit  tolut  une  grant  partie  de  sa  15 
terre,  et  encores  se  mettoit  il  en  painne  dou  tollir 
le  demorant.  Avoech  tout  ce,  cilz  rois  dans  Piètres 
avoit  trois  frères  bastars,  enfans  dou  bon  roy  Alphons 
son  père  et  d'une  dame  qui  s'appella  la  Riche  Donc. 
Li  ainnés  avoit  à  nom  Henris,  li  secons  dan  Tille,  et  20 
li  tiers  Sanses.  Cilz  rois  dans  Piètres  les  haoit  dure- 
ment et  ne  les  pooit  veoir  dalés  lui,  et  volentiers 
par  pluiseurs  fois  les  euist  mis  à  fin  et  decolés,  se  il 
les  euist  tenus.  Nekedent,  il  avoient  esté  moult  amé 
dou  roy  leur  père.  Et  avoit  très  son  vivant  donné  li  25 
rois  Alphons  à  Henri  Fainnet  le  conté  d'Ësturges; 
mes  li  rois  dans  Pières  li  avoit  retolut,  et  tous  jours 
guerrioient  ensamble.  Qlz  bastars  Henris  estoit  et 


1.  Ms.  A  s,  f»  363.  —  Mss.  B  (lacune). 

2.  Ms.  B  3,  f»  275  ^.  ^  Mss.  B  1  et  B  4t  (lacune). 


186  CHRONIQUES  BE  J.  FROISSART.  [4365] 

fu  moult  hardis  et  preus  chevaliers ,  et  avoit  grani 
temps  conversé  en  France  et  poursievi  les  gaerres  et 
servi  le  roy  de  France  et  le  amoit  durement.  Gilz 
rois  dans  Pières,  si  com  famés  couroit^  avoit  fait 

5  mofir  la  mère  de  ces  enfens  moult  diversement  :  de 
quoi  il  lor  en  desplaisolt,  c'estoit  bien  raisons.  Avoech 
tout  ce,  ossi  [avoit  ^]  &it  morir  et  exilliet  pluiseurs  haus 
barons  dou  royaume  de  Gastille,  et  estoit  si  crueulz 
et  si  plains  d'erreur  et  de  austérité  que  tout  si  hom- 

10  me  le  cremoient  et  ressongnoient  et  le  haoient,  se 
moustrer  li  osaissent*  Et  avoit  fait  morir  une  très 
bonne  et  sainte  dame  que  il  avoit  eu  à  fenmie,  ma- 
dame Blance  de  Bourbon ,  fille  au  duch  Pière  de 
Bourbon  et  su^  germainne  à  la  royne  de  France  et 

15  à  la  contesse  de  Savoie*  De  laquèle  mort  il  desplai** 
soit  grandement  à  son  linage^  qui  est  uns  des  nobles 
dou  monde. 

Encores  eouroit  famés  des  gens  ce  roy  dan  Piètre 
meismement  que  il  s'estoit  amiablement  composés 

ao  au  roy  de  Grenade  et  au  roy  de  Bellemarîne  et  au 
roy  de  Tramesainnes^  qui  estoient  ennemi  de  Dieu  et 
incrédule.  Et  se  doubtoient  ses  gens  que  il  ne  fesist 
aucuns  griés  et  molestés  à  son  pays  et  ne  violast  les 
^Uâes^  car  ja  leur  lolloit  il  lor  rentes  et  revenues  et 

25  tenoit  les  prelas  de  son  royaume  en  prison  et  les 
constraindoit  par  manière  de  tirannisie.  Dont  les 
plaintes  grandes  et  grosses  venoient  tous  les  jours  à 
nostre  saint  père  le  pape^  en  suppliant  que  il  y  vol- 
sist  pourveir  de  remède  :  asquelz  complaintes  et 

30  priières  papes  Urbains  descendi  et  envoia  tantost  ses 

1.  Us.  B  3,  f>  275^.  r-  Mm.  B  1  et  B  4  (lacune).   . 


[i365]  LIVRE  PREMIER,  §  547.  I8Y 

messages  en  Castille  devers  ee  roy  dan  Piètre^  en  lai 
mandant  et  commandant  qu^il  venist  tantost  et  sans 
delay^  en  propre  personne^  en  court  de  Romme, 
pour  lui  laver  et  purgier  des  villains  mesfais  dont  il 
estoit  amis..  Cilz  rois  dans  Piètres^  comme  orguilieus  5 
et  presumptueus^  ne  daigna  obéir,  mes  villena  en« 
cores  grandement  les  messages  dou  Saint  Père^  dont 
il  encbei  grandement  en  l'indignation  de  TEglise  et 
dou  chîef  de  TEglise  nostre  Saint  Père  le  pape.  Si 
persévéra  toutdis  cils  rois  dans  Piètres  en  son  pechié.  lo 
Adonc  fu  regardé  et  avisé  comment  ne  par  quel 
voie  on  le  poroit  batre  ne  corrigier^  et  fu  dit  qu'il 
n'estoit  mies  dignes  de  porter  nom  de  roy  et  de  tenir 
royaume.  Et  fa  en  plain  concitore^  en  Avignon  et  en 
le  cambre  dou  pape^  escumeniiés  publikement  et  re»  I5 
pûtes  pour  bougre  et  incrédule^  et  fu  adonc  avisé  et 
regardé  que  on  le  constrainderoit  par  ces  Compagnes 
qui  se  tenoient  ou  royaume  de  France.  Si  furent 
mandé  en  Avignon  11  rois  d'Arragon^  qui  durement 
haoit  ce  roi  dan  Piètre^  et  Henris  li  bastars  d'Es*»  t6 
pagne.  Là  fu  de  nostre  Saint  Père  le  pape  legttir 
mes  Henris  à  obtenir  royaame^  et  maudis  et  con- 
dempnés  de  bouche  de  pape  li  rois  dan  Piètres.  Là 
dist  li  rois  d'Arragon  que  il  ouveroit  son  royaume 
et  liveroit  passage^  et  aministeroit  vivres  et  pourras 
veances  pour  toutes  gens  d'armes  et  leurs  poursie- 
vans,  qui  en  Castille  vorroient  aler  et  entrer  pour 
confondre  ce  roy  dan  Pière  et  bouter  hors  de  son 
royaume. 

De  ceste  ordenance  fu  moult  resjoïs  li  rois  de  30 
France,  et  mist  painne  et  conseil  à  ce  que  mes- 
sires  Bertrans  de  Claiekin,  que  messires  J^ians  Chan- 


188  CHRONIQUES  DE  J.  FROISSART.  [1366] 

dos  tenoit  [prisonnier ^]^  fust  mis  à  finance;  il  le  fu 
parmi  cent  mil  frans  qu'il  paia  :  si,  en  paiièrent  une 
partie  li  papes,  li  rois  de  France  et  Henris  li  Bastars. 
Tantos  apriès  sa  délivrance,  on  traitta  devers  les  cha- 
5  pitainnes  des  Compagnes,  et  leur  prommist  on  grant 
pourfit  à  faire,  mais  que  il  volsissent  aler  en  Castille. 
Il  s'i  acordèrent  legierement  parmi  grant  argent  qu^il 
eurent  pour  départir  entre  yaus.  Et  fu  adonc  cilz 
voiages  segnefiiés,  en  le  prinçauté^  as  chevaliers  et  as 

10  escuiers  dou  prince.  Et  par  especial  messires  Jehans 

Chandos  en  fu  priiés  que  il  volsist  estre  uns  des  chiés 

avoech  messire  Be[r]tran  de  Claiekin  ;  mes  il  s'escusa 

et  dist  que  point  n'iroit.  Pour  ce,  ne  se  demora  mies 

•  li  voiages  à  faire;  si  y  alèrent  de  le  prinçauté  et  des 

15  chevaliers  dou  prince,  messires  Eustasses  d'Aubreci- 
court,  messires  Hues  de  Cavrelée,  messires  Gautiers 
Huet,  messires  Mahieus  de  Gournay,  messires  Per- 
ducas  de  Labreth  et  pluiseur  aultre.  Si  se  fîst  tous 
souverains  chiés  de  ceste  emprise  messires  Jehans  de 

30  Bourbon,  contes  de  le  Marce,  pour  contrevengier  la 
mort  de  sa  cousine  germainne  la  royne  d'Espagne,  et 
devoit  user  et  ouvrer,  ensi  qu'il  fist ,  par  le  conseil 
de  monsigneur  Bertran  de  Claeikin  ;  car  li  dis  contes 
de  le  Marce  estoit  adonc  uns  moult  jones  chevaliers. 

25  En  ce  voiage  se  mist  ossi,  en  grant  route,  li  sires  de 
Biaugeu  qui  s'appelloit  Antones,  et  pluiseur  aultre 
bon  chevalier,  telz  que  messires  Ernoulz  d'Audrehen, 
mareschaus  de  [France "J,  messires  li  Bèghes  de  Vel- 
lainnes,  messires  li  Bèghes  de  ViUers,  li  sires  d'An- 


1.  Mb.  B  3,  f>  276.  —  Mss.  B  1  et  B  4  (lacune). 

2.  Ms.  B  4,  f>  262  To.  --  Ms.  B  1,  t.  U,  f>  207  (Ucnne). 


[1366]  LIVRE  PREMIER,  §  547.  189 

toing  en  Haynau,  messires  Alars  de  Brifueil^  messîres 
Jehans  de  NuefVille^  messires  Gauwains  de  Bailluel^ 
messires  [Jehans^]  de  Bergettes^  li  Alemans  de  Saint 
Venant  et  moult  d'autres  que  je  ne  puis  mies  tous 
nommer.  Et  se  approcièrent  toutes  ces  gens  d'armes  5 
et  avancièrent  leur  voiage,  et  se  misent  au  chemin , 
et  fîsent  leur  assamblée  en  le  Languedok  et  à  Mont- 
pellier et  là  environ,  et  passèrent  tout  à  Nerbonne 
pour  aler  devers  Parpegnant  et  pour  entrer  ens  ou 
royaume  d'Arragon.  Si  pooient  ces  gens  d'armes  10 
estre  environ  trente  mil.  La  estoient  tout  li  chief  des 
Compagnes,  c'est  à  savoir  messires  Robers  Briket, 
Jehan  Carsuelle^  Naudon  de  Bagherant,  Lamit^  le 
Petit  Mescbin,  le^ourch  Camus,  le  bourch  de  Les- 
pare,  le  bourch  de  Bretueil,  Batillier,  Espiote,  Aymé-  15 
nion  d'Ortige,  Perrot  de  Savoie  et  moult  d'autres^ 
tout  d  un  acort  et  d'une  alliance^  et  en  grant  volenté 
de  bouter  hors  ce  roy  dan  Piètre  dou  royaume  de 
Castille  et  mettre  [y*]  le  conte  d'Esturge  son  frère  le 
bastart  Henri.  Et  envoiièrent  ces  gens  d'armes,  quant  20 
il  deurent  entrer  en  Arragon  pour  coulourer  et  em- 
bellir leur  fait,  certains  messages  de  par  yaus  devers 
le  roy  dan  Piètre,  qui  ja  estoit  enfourmés  de  ces  gens 
d*armes  qui  voloient  venir  sus  lui  ens  ou  royaume 
de  Castille.  Mais  il  n'en  faisoit  nul  compte;  ançois  25 
assambloit  ses  gens  pour  résister  contre  yaus  et  com- 
batre  bien  et  hardiement  à  l'entrée  de  son  pays.  Et 
li  mandèrent  que  il  volsist  ouvrir  les  pas  et  les  des- 
trois  de  son  royaume  et  aministrer  vivres  et  pour- 


1.  Mft.  B  4.  —  Ms.  B  1  (lacune). 
^.  Ms.  B  4.  —  Ms.  B  1  (lacune]. 


190  CHRONIQUES  DE  J.  FROISSART.  [1366] 

veances  as  pèlerins  de  Dieu  qui  avoîent  emprîs,  et 
par  dévotion,  d*entrer  et  aler  ens  ou  royaume  de  Gre- 
nade ,  pour  vengier  la  souffrance  Nostre  Sîgneur  et 
destruire  les  incrédules  et  exaucier  no  foy.  Li  rois 

5  dan  Piètres  de  ces  nouvelles  ne  fist  que  rire,  et  res- 
pondi  qu'il  n'en  feroît  riens  ne  que  il  n'obeiroit  ja 
à  tel  truandaille. 

Quant  ces  gens  d'armes  et  ces  Compagnes  seorent 
sa  response,  si  tinrent  ce  roy  dan  Piètre  à  moult  or- 

10  guilleus  et  presumptueus^  et  se  hastèrent  et  avan- 
chièrent  tantost  de  lui  faire  dou  pis  qu*il  peurent. 
Si  passèrent  tout  parmi  le  royaume  d'Arragon  et  lé 
trouvèrent  ouvert  et  appareilliet  et  partout  vivres  et 
pourveances  à  bon  marchîet  bien  et  largement;  car 

15  li  rois  d'Arragon  avoit  grant  joie  de  leur  venue,  pour 
tant  que  ces  gens  d'armes  li  raquisent  et  reconquîsent 
tantost  sus  le  roy  de  Castille  toute  la  terre  entière- 
ment que  li  rois  dans  Piètres  avoit  de  jadis  conquis 
et  le  tenoit  sur  lui  de  force.  Et  passèrent  ces  gens 

20  d'anies  le  grant  rivière  qui  départ  Castille  et  Arra- 
gon,  et  entrèrent  ou  dit  royaume  d'Espagne.  Quant 
il  eurent  tout  reconquis,  villes,  cités,  destrois,  chas- 
tiaus,  pors  et  passages  que  li  rois  dans  Piètres  avoit 
attribués  à  lui  dou  royaume  d'Arragon,  le  rendirent 

25  messires  Bertrans  et  ses  routes  au  roy  d'Arragon, 
parmi  tant  que  il  jura  que  de  ce  jour  en  avant  il 
aideroit  et  coriforteroit  en  toutes  manières  Henri  le 
Bastart  contre  le  roy  dan  Piètre. 

Ces  nouvelles  vinrent  au  dit  roy  de  Castille  que 

30  François,  Breton,  Normant,  Englès,  Pikart  et  Bour- 
ghegnon  estoient  entré  ens  son  royaume  et  avoient 
passé  le  grosse  rivière  qui  départ  Castille  et  Arragon^ 


[1366]  UVRfi  PREMIER,  §  547.  191 

et  avoient  tout  reconquis  ce  qui  estoit  par  de  delà 
l'aiguë  où  tant  de  painne  avoit  eu  au  conquerre.  Si 
fu  durement  courouciés^  et  dist  que  la  cose  ne  de- 
morroit  pas  ensi.  Si  fist  un  très  especial  mandement 
et  commandement  par  tout  son  royaume,  en  disant  5 
et  en  segneiiant  à  tous  ceulz  asquelz  ses  lettres  et  si 
message  se  adreçoient  que  il  voloit  tantost  et  sans 
delay  aler  combatre  ces  gens  d'armes  qui  estoient 
entré  en  son  pays  et  royaume  de  Castille.  Trop  peu 
de  gens  obéirent  à  ses  cômmandemens  ;  et  quant  il  10 
cuida  avoir  une  grant  assamblée  de  ses  hommes^  il 
n'eut  nullui^  mes  le  relenquirent  et  refusèrent  tout  li 
baron  et  li  chevalier  d'Espagne ,  et  se  tournèrent 
devers  son  frère  le  bastart  Henri^  et  le  convint  fuir  : 
autrement  il  euist  esté  pris  à  mains^  tant  estoit  il  fort  15 
hays  de  ses  hommes  ;  ne  nulz  ne  demora  en  ce  temps 
dalés  lui^  fors  uns  loyaus  chevaliers  qui  s'appelloit 
Ferrans  de  Chastres.  Cilz  ne  le  volt  onques  relenquir, 
pour  cose  qui  avenist.  Et  s'en  vint  li  rois  dans  Piètres 
en  Seville,  la  milleur  cité  d'Espagne,  Quant  il  y  fii  20 
venus^  il  ne  se  senti  mies  trop  à  segur,  mes  fist  tour- 
ser  et  mettre  en  nef  et  en  grans  calans  son  trésor^ 
sa  femme  et  ses  enÊms^  et  se  parti  de  Séville^  Fer- 
rant de  Castres  avoecques  lui.  Si  arriva  li  rois  dan 
Piètres^  à  privée  mesnie  et  comme  uns  homs  desba-  25 
retés  et  desconfis^  en  Galisse^  à  un  port  c'on  dist  le 
Calongne^  où  il  y  a  un  fort  chastiel  durement.  Si 
se  boutèrent  là  dedens  li  rois  dans  Piètres^  sa 
femme  et  deus  filles  qu'il  avoit ^  jones  damoiselles, 
Constanses  et  YsabieL  Et  n'avoit  de  tous  ses  honn  30 
mes  ne  de  tout  son  conseil^  fors  seulement  le  des- 
sus dit  chevalier  dan  Ferrant  d^  Castres.  Or  vous 


192  CHRONIQUES  DE  J.  FROISSART.  [1366] 

dirons  de  Henri  le  Bastart^  son  frère,  comment  il 
persévéra. 

§  548.  Ensi  que  j'ai  ja  dit  devant,  cilz  rois  dan 
Piètres  estoit  si  hays  de  ses  hommes  par  tout  le 

5  royaume  de  Castille,  de  ehief  en  cor,  pour  les  grandes 
et  mervilleuses  justices  qu'il  avoit  faites  et  le  occision 
et  destruction  des  nobles  de  son  royaume  qu'il  avoit 
mis  à  fin  et  occis  de  sa  main  que^  si  tretos  que  conte^ 
baron ,  chevalier  et  noble  dou  dit  royaume  veirent 

10  Henri,  son  frère  le  bastart,  entrer  en  Castille  à  si  grant 
poissance^  il  se  traisent  tout  par  devers  lui,  et  le  re- 
churent à  signeur.  Et  chevaucièrent  partout  avoec- 
ques  lui,  et  fisent  ouvrir  cités,  bours,  villes  et  chas- 
tîauz,  et  toutes  manières  de  gens  faire  hommage.  Et 

15  crioient  d'une  vois  li  Espagnol  une  heure  :  «  Vive 
Henris,  et  muire  dans  Piètres  qui  nous  a  esté  si 
crueulz  et  si  hausters  1  »  Ensi  menèrent  tout  parmi 
le  royaume  de  Castille,  c'est  à  savoir  messires  Gom- 
més Garilz,  li  grans  mestres  de  Calletrave  et  li  mes- 

20  très  de  Saint  Jakeme,  le  dit  Bastart,  et  fisent  toutes 
gens  obéir  à  lui,  et  le  couronnèrent  à  roy  en  le  cité 
d'Esturges.  Et  li  fisent  tout  prélat,  conte,  baron  et 
chevalier,  reverense  comme  à  roy,  et  li  jurèrent 
qu'il  le  tenroient  à  tous  jours  mes,  serviroient  et 

25  obeiroient  pour  leur  signeur  et  leur  roy,  et  en  cel 
estât,  [se  besoings  estoit  \]  il  morroient. 

Si  chevauça  li  dis  Henris  de  cité  en  cité  et  de  ville 
en  ville,  et  partout  li  fist  on  reverense  et  recueilloite 
de  roy.  Si  donna  li  dis  rois  Henris  as  chevaliers  es- 

1.  Ifs.  B  %,  i^  263  ▼».  —  Mb.  B  1,  t.  U,  f»  208  v»  (lacune). 


[1366]  UVRfi  PREMIER,  S  ^^9-  ^^3 

tragniersy  qui  remis  ens  ou  royaume  de  Castille  Pa- 
voient,  grans  [dons  ']  et  riches  jeuiaus,  tant  et  si  lar- 
gement que  tout  le  recommandoient  pour  large  et 
honnourable  signeur.  Et  [disoient  communément 
Franchois,  Normans  et  Bretons^  que  en  lui  avoit  noble  5 
et  vaillant  signeur  ■],  et  qu'il  estoit  dignes  de  vivre  et 
de  tenir  terre  et  regneroit  encores  poissamment  et 
en  grant  prospérité.  Ensi  se  vei  li  Bastars  d*£spagne 
en  le  signourie  dou  royaume  de  Castille,  et  fist  ses 
deus  frères,  dan  Tille  et  Sanse,  eescun  conte,  et  leur  lo 
donna  grant  revenue  et  grant  pourfît.  Si  demora  rois 
de  Castille,  de  Galisse  et  de  Seville ,  de  Toulette  et 
de  Luzebonne  jusques  adonc  que  li  poissance  dou 
prince  de  Galles  et  d'Aquitainnes  l'en  mist  hors  et 
remist  le  roy  dan  Piètre,  son  frère,  de  rechief  en  le  15 
possession  et  signourie  des  royaumes  dessus  dis ,  si 
com  vous  orés  recorder  avant  en  l'istore, 

§  549.  Quant  li  rois  Henris  se  vei  en  oel  estât  et 
ensi  au  dessus  de  toutes  ses  besongnes  et  que  toutes 
gens,  frans  et  villains,  en  Castille  obeissoient  à  lui  et  20 
le  tenoient  et  appelloient  leur  signeur  et  leur  roy,  et 
encor  n'estoit  apparant  de  nul  contraire  que  on  li 
volsist  debatre,  si  ymagina  et  jetta  son  avis,  pour  son 
nom  exaucier  et  pour  emploiier  ces  gens  de  Compa- 
gnes qui  estoient  issu  hors  de  France,  que  il  feroit  un  25 
voiage  sus  le  roy  de  Grenade.  Si  en  parla  à  pluiseurs 
chevaliers  qui  là  estoient  et  en  furent  bien  d'acort, 
Encores  retenoit  toutdis  dalés  lui  li  dis  rois  Henris 


1.  fils.  B  (i.  —  Ms.  B  1  (lacune)> 

2.  Ms.  B  4.  —  Ms.  B  1  (lacune). 

VI  —  13 


194  GHBONIQUKS  DE  J.  E&OISSART.  [13«6] 

lc;s,  obevaliers  4ou  prince,  xaessir^s  Sautasses  d'Aubire- 
cicoart^  messires  Hues  de  Cavrel^  et  le$  autres,  et 
|leur  ^]  faisoit  et  moustroit  grant  samblaot  d'amour, 
en  istance  de  ce  qu'il  en  voloit  estre  aidiés  et  servis 
5  ens  ou  voiage  de  Grenade  où  il  esperoit  à  aler.  Assés 
tost  apriès  son  couronnement,  se  départirent  de  lui 
et  prisent  congiet  li  plus  grant  partie  des  chevaliers 
de  France  y  et  lor  fist  grant  pourfit  au  partir*  Et  re* 
jtournèrent  li  contes  de  le  Marce,  messires  £rnoulz 

10  d*Audrehen,  li  sires  de  Biaugeu  et  pluisew  aullre. 
Et  enpores  demorèrent  en  Castille,  dalés  le  dit  roy 
Henri,  messires.  Bertrans  de  Claiekin,  messires  0}î- 
yie]:s  de.  Mauni  et  li  Breton  et  ossi  les  Compagnes , 
jusques  adonc  que  aultres  nouvelles  lor  vinrent;,  fit 

15  fu  messires  Bertrans  de  Claiekin  connestables  da  tout 
le  royaume  de  CastiUe,  par  Taoort  dou  roy  Henri  pre* 
mierement  .çt  de  V>ius  ies  barons  dou  pays*  Or  vous 
parlerons  dou  roy  dan  Piètre  comment  il  s'estoit 
maintenus» 

20  Vous  avés  bien  oy  recorder  commuent  il  s'estoit 
boutas,  eus  Qu  ohastiel  de  le  iCalongne  sus  mer,  sa 
fenp[Qe  o  lui  et  ses  deus  filles  et  dan  Ferrant  de  Cas* 
tre^  tajat  seulement,  siques,  entrues  que  li  Bastars  ses 
frères  par  le  poissance  des  gens  d'armes  qu'il  avoit 

35  attrais  bors.de  France,  conqueroit  Gastille,  et  qae 
tou9  li  pays  se  rendoit  à  lui  ^  si  com  dii  dessus  est 
dit^  il  avoit  esté  durement  efiraés^  et  ne  s*esloit  mies 
dou  tqut  assegurés  ou  dit  cbastiel  de  le  Calongne, 
car  il  dopbtoît  trop  malement  son  frère  le  Bastart,  et 

30  bien  sentoit  que  là  où  on  le  saroit^  on  le  venroit 

1.  Mi.  B  4>  t^  26k.  —  M»^.  B  1«  t.  U,  (^  âQS  v»  (lacivie).     . 


[laM]  UVRE  PREMIER,  §  B49.  19i( 

queire  de  force  et  assegier.  Si  n  avoit  mies  attendu 
ce  péril,  mes  estoit  partis  de  nuit  et  mis  ens  une  nef, 
sa  femme  o  lui  et  ses  deux  filles  et  dan  Ferrant  de 
Castres  et  tout  ce  qu'il  avoit  d  or  et  d'argent  et  de 
jeuîaus.  Mes  il  eurent  le  vent  si  contraire  que  onques  5 
il  ne  peurent  adonc  eslongier  le  Calongne;  et  les  y 
convint  retourner  et  rentrer  de  rechief  en  le  forte- 
rèce.  Âdonc  demanda  conseil  li  rois  dans  Piètres  à 
dant  Ferrant  de  Castres,  son  chevalier,  comment  il  se 
maintenroît,  et  en  lui  complaindant  de  fortune  qui  10 
K  estoit  si  contraire.  «  Monsigneur,  dist  li  chevaliers, 
anoois  que  vous  partes  de  chi,  ce  seroit  bon  que 
vous  envoiîssiés  deviers  vostre  cousin  le  prince  de 
Galles  a  savoir  se  il  vous  vorroit  recueillier,  et  que, 
pour  Dieu  et  par  pité,  il  volsist  entendre  à  vous;  car  15 
en  aucunes  manières  il  y  est  tenus  pour  grans  allian- 
ces que  li  rois  ses  pères  et  ii  vostres  eurent  de  jadis 
ensamble.  Li  princes  de  Galles  est  bien  si  nobles  et 
si  gentilz  de  sanch  et  de  corage  que,  quant  il  sera 
enfourmés  de  vos  anois  et  tribulations,  il  y  prendera  20 
grant  compation.  Et  se  il  vous  voloit  aidier  et  remettre 
en  vostre  royaume ,  il  n^est  aujourd^ui  sires  qui  le 
peuist  faire  avant  lui,  tant  est  cremus  et  redoublés 
par  tout  le  monde  et  amés  de  toutes  gens  d'armes. 
Et  vous  estes  encores  chi  bien  et  en  bonne  forterèce  25 
ponr  vous  tenir  un  temps,  tant  que  nouvelles  voos 
seront  ï^ctoumées  d'Aquitainnes.  » 

A  ce  conseil  s'acorda  legierement  li  rois  dans  Piè- 
tres,  et  forent  lettres  escriptes  mouh  piteuses  et 
moult  amiables,  et  uns  chevaliers  et  doi  escuier  priiet  30 
de  faire  ce  voiage.  Cil  Temprisent  volentiers  et  se 
boutèrent  en  un  Iki  en  mer  et  arrivèrent  à  fiaioue, 


196  CHRONIQUES  DE  J.  FROISSART.  [1366] 

une  cité  qui  se  tient  dou  roy  d'Engleterre.  Si  deman- 
dèrent dou  prince.  On  leur  dîst  qu'il  estoit  à  Bour- 
diaus.  Il  montèrent  as  chevaus  et  fîsent  tant  par  leur 
esploit  qu'il  vinrent  en  le  cité  de  Bourdiaus  et  des- 
5  cendirent  à  hostel^  et  puis  assés  tost  il  se  traisent 
par  devers  Tabbeye  de  Saint  Andrieu  où  li  princes  se 
tenoit.  Si  disent  as  chevaliers  qu'il  trouvèrent  en  le 
place  ^  qu'il  estoient  Espagnol  et  messagier  au  roy 
dan  Piètre  de  Castille. 

10  Ces  nouvelles  vinrent  tantost  au  prince;  si  les  veult 
veoir  et  savoir  quel  cose  il  demandoient.  Cil  s'en 
vinrent  par  devant  lui,  et  se  jettèrent  en  genoulz  et 
le  saluèrent  à  leur  usage  ^  et  recommendèrent  le  roy 
leur  signeur  son  cousin  à  lui,  et  li  baillièrent  leurs 

15  lettres.  Li  princes  fîst  lever  les  dis  messages,  et  prist 
les  lettres  et  les  ouvri,  et  puis  les  lisi  par  deus  fois  à 
grant  loisir,  et  regarda  comment  piteusement  li  rois 
dans  Piètres  avoit  escript  à  lui  et  li  segnefioit  ses 
durtés  et  ses  povretés,  et  comment  ses  frères  li  Bas- 

20  tars,  par  le  poissance  des  grans  alliances  qu'il  avoit 
faites  au  pape  premièrement,  au  roy  de  France,  au 
roy  d'Arragon  et  as  Compagnes,  l'avoit  bouté  hors 
de  son  hiretage,  le  royaume  de  Castille.  Se  li  prioit, 
pour  Dieu  et  par  pité,  que  il  i  volsist  entendre  et 

25  pourveir  de  conseil  et  de  remède  :  si  feroit  bien  et 
aumosne,  et  en  acquerroit  grasce  à  Dieu  et  loenge  à 
tout  le  monde;  car  ce  n'est  mies  drois  d'un  roy 
crestiien  deshireter  et  ahireter  par  poissance  et  tyran- 
nidie  un  bastart.  Li  princes,  qui  estoit  vaillans  che- 

30  valiers  et  sages  durement,  cloy  les  lettres  en  ses 
mains,  et  puis  dist  as  messages  qui  là  estoient  en 
présent  :  a  Vous  nous  estes  li  bien  venus  de  par 


[1366]  UVRB  PREMIER,  §  549.  197 

nosire  cousin  le  roy  de  Castiile  :  vous  demorrés  ci 
dalés  nous^  et  ne  vous  partirés  point  sans  response.  » 
Adonc  furent  tantost  apparilliet  li  chevalier  dou 
prince,  qui  trop  bien  savoient  quel  cose  il  dévoient 
faire  ^  et  emmenèrent  le  chevalier  espagnol  et  les  5 
deus  escuiers,  et  les  tinrent  tout  aise. 

Li  princes ,  qui  estoit  demorés  en  sa  cambre  et 
qui  busioit  grandement  sus  ces  nouvelles  et  su5 
les  lettres  que  li  rois  dans  Piètres  li  avoit  en- 
voiies^  manda  tantost  monsigneur  Jehan  Chandos  lo 
et  monsigneur  Thumas  de  Felleton,  les  deus  plus  es- 
peciaulz  de  son  conseil,  car  li  uns  estoit  grans  senes- 
chaus  d'Aquitainnes  et  li  aultres  connestables.  Quant 
il  furent  venu  par  devant  lui,  si  leur  dist  tout  en  riant  : 
cf  Signeur,  veci  grans  nouvelles  qui  nous  viennent  15 
d'Espagne  :  li  rois  dans  Pières  nos  cousins  se  com- 
plaint  grandement  dou  bastart  Henri  son  frère,  qui 
li  toit  de  fait  son  hiretage  et  l'en  a  bouté  hors  et  es- 
cacietj  ensi  que  vous  avés  bien  oy  recorder  par  ceulz 
qui  en  sont  revenu.  Si  nous  prie  moult  doucement  20 
sur  ce  de  confort  et  d'ayde,  ensi  comme  il  appert  par 
ses  lettres.  »  Adonc  de  rechief  leur  lisi  li  dis  princes 
les  dittes  lettres  par  deus  fois  de  mot  à  mot,  et  li  che- 
valier volentiers  y  entendirent.  Quant  il  lor  eut  leu, 
si  dist  ensi  :  «  Vous,  messire  Jehan,  et  vous,  messire  25 
Thumas,  vous  estes  li  plus  especial  de  mon  conseil 
et  cil  où  le  plus  je  m'affie  et  arreste  :  si  vous  pri  que 
vous  m'en  voeilliés  consillier  quel  cose  en  est  bonne 
à  faire.  »  Adonc  regardèrent  li  doi  chevalier  l'un 
l'autre,  sans  riens  parler.  Et  li  princes  de  rechief  les  30 
appella  et  dist  :  ce  Dittes,  dittes  hardiement  ce  qu'il 
vous  en  samble.  a 


198  GHRONlQtES  DE  S.  FftOlSSÀRT.  [1366] 

Là  fu  li  dîis  princes  de  Galles  consittiés  de  ces 
deas  chevaliers,  si  com  je  fui  depuis  cnfourmés, 
que  il  volsîst  envoiîer,  devers  ce  roy  dan  Piètre  de 
Castille,  gens  d'armes  jusques  à  le  Catongne  où  îl 
5  se  tenoit,  si  com  ses  lettres  et  sî  message  disoient, 
et  fust  amenés  avant  jusques  à  Bourdîaus,  pour 
savoir  plus  plaînnement  quel  cose  il  voloit  dire, 
et  adonc  sus  ses  paroiles  il  aroient  avis  et  seit>it  si 
bien  consUliés  que  par  raison  il  lî  deveroît  souffire. 
10  Geste  response  plaîsî  bien  au  prince.  Si  en  furent 
prîiel  et  ordonné  de  par  le  prince,  dealer  en  ce  voîagô 
et  querre  à  le  Calongne  en  Galisse  le  roy  dan  Piètre 
et  son  remanant  :  premièrement  messîres  Thumas 
de  Felleton  souverain  et  chief  de  [ceste  emprise  *]  et 
ih  armée,  messires  Richars  de  Pontchardon,  messires 
Neelz  Lorinch ,  messîres  Symons  Burlé  et  messires 
Guk  Jaumes  Toursiaus  ;  et  devait  avoir  en  ceste  armée 
iouze  nés  cargies  d^arciers  et  de  gens  d  armes.  Si 
fisent  cil  chevalier  dessus  nommé  leur  pourveance 
20  et  leur  ordenance,  tout  ensî  que  pour  aler  en  Galisse, 
et  se  partirent  de  Bourdiaus  et  dou  prince,  les  mes- 
sagiers  dou  roy  dan  Piètre  en  [leur*]  compagnie,  et 
chevaucièrent  devers  Bayone,  et  tant  fisent  qu'il  y 
parvinrent.  Si  séjournèrent  là  quatre  jours,  en  atten- 
ds dant  Tent,  et  cargant  leurs  vaissiaus  et  ordonnant 
leurs  besongnes. 

Au  cinquime  jour,  ensi  comme  îl  dévoient  partir, 
li  rois  dans  Piètres  de  Castille  arriva  à  Bayône,  et 
éstoît  partis  de  le  Calongne  en  grant  cremeur,  et 


1.  Ma.  A  8,  f»  266  v«.  ^  Ms.  B  1,  t.  II,  £*>  210  (lacune) 

2.  Ms.  B  4,  F>  265.  ^  Ms.  B  1,  U  IX  -  «  vo.  j 


[1366]  LIVBE  PREMIER^  $  550.  iM 

û'i  avoit  osé  [plus*]  demorer,  son  remanaiU  avoec- 
ques  lui^  qui  n'estoit  mie  grans^  et  une  partie  de 
son  trésor,  ce  qu'il  en  avoit  pout  amener.  Si  furent 
)es  nouvelles  de  sa  venue  moult  grandes  entre  les 
Ënglès.  Et  se  traisent  tantost  messires  Thumas  de  5 
Felleton  et  li  chevalier  devers  lui,  et  le  recueillièrent 
moult  doucement,  et  li  comptèrent  et  moustrèrent 
comment  il  estoient  appariUiet  et  esmeu,  par  le  com- 
mandement de  leur  signeur  le  prince,  de  lui  aler 
querre  jusques  à  le  Calongne  ou  ailleurs,  se  il  be*  lo 
songnoit.  De  ces  nouvelles  fu  li  rois  dans  Piètres 
moult  joieus»  et  en  remercbia  grandement  monsi- 
gneur  le  prince  et  les  chevaliers  qui  là  estoient^ 

§  550.  La  venue  dou  roy  dan  Piètre  qui  estoit 
arrivés  à  Bayone  segnefiièreat  messires  Thumas  de  15 
Felleton  et  li  aultre  au  prince  qui  en  fu  tous  resjoïsu 
Depuis  ne  séjournèrent  gaires  de  temps  li  dessus  dit 
chevalier  dou  prince  en  le  cité  de  Bayone,  et  amenè- 
rent le  roy  dan  Piètre  de  Castille  par  devers  le  cite 
de  Bourdiaus^  et  esploitièrent  tant  qu'il  y  vinrent.  20 
Mais  U  princes,  qui  moult  desiroit  à  veoir  ce  roy  dan 
Piètre  son  cousin,  et  pour  lui  plus  honnourer  et 
mieulz  festiier,  vuida  hors  de  Bourdiaus,  bien  acon^- 
pagniés  de  chevaliers  et  d'escuiers,  et  vint  contre  le 
dit  roy,  et  li  fist  grant  reverense.  Quant  il  Vencon-  25 
tra,  [iP]  Tonnera  de  fait  et  de  parolles  moult  gran- 
dement, car  bien  le  savoit  faire,  nulz  princes  à  son 
temps  mieulz  de  lui.  £t  quant  il  se  furent  recueilUet 


1.  Ms.  B  4.  —  Ms.  B  1,  t.  Il,  fû  210  ▼<*  (lacune). 

2.  Mb.  a  8,  f^  267.  —  Msa.  B  :  «  et.  > 


200  CHRONIQUES  DE  J.  FROISSART.  [4366] 

et  conjoy,  ensi  comme  il  apertenoit,  il  chevaucièrenl 
vers  Bourdiaus.  Et  mist  li  dis  princes  le  roy  dan 
Piètre  au  dessus  de  lui,  ne  onques  ne  le  volt  faire 
ne  consentir  aultrement. 

5  Lâ^  en  chevauçant,  remoustroit  li  rois  dans  Piètres 
au. prince,  envers  qui  moult  il  se  humilioit,  ses  po- 
vretés,  et  comment  ses  frères  li  Bastars  Tavoit  boutet 
et  escachiet  hors  de  son  royaume  de  Castille,  et  se 
complaindoit  ossi  grandement  de  le  desloyauté  de 

10  ses  hommes,  car  tout  l'avoient  relenqui,  excepté 
uns  chevaliers  qui  là  estoit,  qu'il  li  ensignoit,  qui 
s'appelloit  dan  Ferrant  de  Castres.  Li  princes  moult 
sagement  et  courtoisement  le  reconfortoit,  et  li  prioit 
que  il  ne  se  volsist  mies  trop  esbahir  ne  desconforter; 

15  car,  se  il  avoit  perdu ,  il  estoit  bien  en  le  poîssance 
de  Dieu  de  lui  rendre  toute  sa  perte  et  plus  avant, 
et  avoir  vengance  de  ses  ennemis. 

Ensi  en  parlant  pluiseurs  paroUes  unes  et  aul- 
tres,  chevaucièrent  il  jusques  à  Bourdiaus,  et  descen- 

20  dirent  en  Fabbeye  de  Saint  Andrieu ,  Fostel  dou 
prince  et  de  la  princesse.  Et  fu  li  rois  dans  Piètres 
menés  en  une  cambre  qui  estoit  ordonnée  pour  lui. 
Et  quant  il  fu  appareilliés,  ensi  que  à  lui  apertenoit,  il 
vint  devers  la  princesse  et  les  dames  qui  le  rechurent 

25  bellement  et  courtoisement,  ensi  que  bien  le  savoient 
faire.  Je  vous  poroie  ceste  matère  trop  démener  de 
leurs  festes  et  leurs  conjoïssemens;  si  m'en  passe- 
rai briefment,  et  vous  compterai  comment  cils  rois 
dans  Piètres  esploita  devers  le  prince,  son  cousin, 

30  lequel  il  trouva  grandement  courtois  et  amiable  et 
descendant  à  ses  priières  et  volentés,  quoi  que  aucun 
de  son  conseil  li  euissent  remoustré  et  dit,  ensi  que 


[4366]  LIVRE  PREMIER,  $  550.  201 

je  VOUS  dirais  ançois  que  eilz  rois  daus  Piètres  fiist 
venus  à  Bourdiaus. 

Aucun  sage  signeur  et  imaginatif,  tant  de  Gas-. 
congue  comme  d'Engleterre,  qui  estoient  dou  con- 
seil le  dit  prince^  et  qui  loyaument  à  leur  avis  le     5 
dévoient  et  voloient  consillier,  li  avoient  dit  fiable- 
ment^  quant  il  en  avoit  rusé  et  parlé  à  yaus^  ançois 
que  onque^  Feuist  veu  :  «  Monsigneur,  vous  avés  oy 
dire  et  recorder  par  piuiseurs  fois  :  Qui  trop  embrace, 
mal  estraint.  Il  est  vérités  que  vous  estes  li  uns  des   lo 
princes  dou  monde  li  plus  prisiés,  li  plus  doubtés  et 
li  plus  honnourés^  et  tenés  par  de  deçà  le  mer  grant 
terre  et  belle  signourie^  Dieu  merci,   bien  et  en 
pais;  ne  il  n'est  nulz  rois^  tant  soit  proçains,  pois- 
sans  ne  lontains^  qui  au  temps  présent  vous  osast  15 
couroucier^  tant  estes  vous'^renommés  de  bonne  che- 
valerie, de  grasce  et  de  fortune  :  si  vous  deveroit 
par  raison  souffire  ce  que  vous  avés,  et  non  acquerre 
nul  anemi.  Nous  le  vous  disons  pour  tant  que  cilz 
rois  dans  Piètres   de  Castille,   qui  maintenant   est  20 
boutés  hors  de  son  royaume,  est  uns  homs  et  a 
estet  tousjours  moult  austères  et  cruelz  et  plains  de 
mervilleuses  semilles;  et  par  li  ont  esté  fait  et  eslevé 
tamaint  mal  ens  ou  royaume  de  Castille,  et  tamains 
[vaillans']  homs  decolés  et  mis  à  iSn  sans  raison;  et  par  25 
lesquelz  villains  fais,  que  il  a  fais  et  consentis  à  faire, 
il  s'en  trueve  ores  decheus  et  boutés  hors  de  «on 
royaume.  Avoech  tout  ce,  il  est  ennemis  à  l'Eglise  et 
escumeniiés  dou  Saint  Père,  et  est  réputés  et  a  esté 
un  grant  temps  comme  uns  tirans ,  et  sans  nul  title  30 

1.  Ms.  A  8,  f»  267  yo.  —  AIss.  B  (lacune). 


SOI  GHBOIOQtJES  DB  S.  FROIfiSART.  [f  M6] 

de  raidon  â  a  tousjours  grevd  et  gaerroiiet  ses  yoi« 
sins^  le  roy  d'Arragon  et  le  roy  de  Navare^  et  yaus 
par  poksanoe  yoIu  ddriiireter,  et  fiat>  si  comme  feme 
et  renommée  keurt  parmi  son  royaume  de  ses  gêna 

5  meismes,  morir  sa  moultier^  une  jone  dame  vostre 
cousine^  fille  au  duoh  de  Bourl>on  :  pour  quoi  vous 
y  deveriës  bien  penser  et  regarder  ;  car  tout  ce  qull 
a  a  sottfirir  maintenant,  ce  sont  verghes  de  Dieu,  ech 
vdiies  sur  lui  pour  lui  oastiiar  et  pour  donner  as 

10  autres  rois  erestiiens  et  princes  de  terres  exemple  que 
il  ne  fiicent  mies  enfà.  » 

De  lek  parolles  et  samblables  atoit  esté  avides  et 
consiUiés  U  prinee^  en  devant  ce  que  li  rois  dans 
Piètres  ftist  arivés  à  Bayone;  mais  à  ces  paroUes  et 

15  eonsaaljs  il  avoit  respondu  trop  vaillamment  et  diat 
enst  :  «  Signeur^  je  eroi  et  tîeng  dertaînnement  que 
à  vostre  loyal  pooir  vous  me  consilliés.  Je  vous  di 
que  je  sui  tous  enfourmés  de  le  vie  et  l'estat  ce  roy 
dan  Piètre  ^  et  sçai  bien  que  sans  nombre  il  a  fait 

30  des  maulE  assés^  dont  maintenant  il  s'en  trueve  der« 
rière;  et  ce  qui  en  présent  nous  muet  et  enccv^e 
de  lui  voloir  aidier,  la  cause  est  tèle  que  je  le  vous 
dirai.  Ce  n-est  pas  cose  [afferant  %  deue  ne  raison* 
nable^  d'un  bàstart  tenir  royaume  et  hiretage^  et 

%  bouter  hors  de  son  royaume  et  hiretage  un  sien 
frère,  roy  et  hoir  de  la  terre  par  loyal  mariage;  et 
tout  roy  et  en&nt  de  roy  ne  le  doient  nullement 
voloir  ne  consentir,  car  c'est  uns  grans  prejudLsces 
contre  Festat  royal.  Avoech  tout  ce,  monsigneur  mon 

30  père  et  cilz  rois  dans  Piètres  de  Castille  ont  eu  de 

1.  Ms.  A  8,  f>  267  To.  ^Mss.  B  (kieune). 


[1366]  lilVlUI  PAEHIEll,  $  BSO*  20S 

grant  temp»,  Cê  sai  je  de  vérité^  allknoet  el  ooafiMle^ 
rations  endtunble^  par  Ie6qaèlê6  nous  sommes  tenu 
de  lui  aidier^'  ou  cas  que  nous  eiLscnnmes  de  Ir 
meismeâ  priiet  et  requis,  h 

EnsI  li  dis  priûces^  meus  et  enooragiës  de  voloir    5 
àidiet*  et  conforter  ee  roy  dati  Piètre  en  son  grant 
besoing,  avoit  respôndu  à  ehiaus  de  son  conseil  ^ 
quant  àparlés  et  avises  en  avc4t  estet;  ne  onques 
on  ne  li  pot  oster  ne  brisier  son  ^t  pourpos  que 
touldis  il  ne-fust  en  un,  et  eno(»es  plus  fermes  et  lo 
plus  entiers^  quant  li  dis  rois  dans  Piètres  de  CastiUe 
fil  Tenus  dalés  lui  en  le  cîié  de  Bourdiaus;  Car  li 
dis  rois  s'umelioit  moult  envers  lui,  et  H  offrok  et 
prommetoit  Igrans  dons  et  grads  pourfis  à  Aûre^  et 
disoit  que  il  feroit  Ëdowart,  sonjone  fil^  roy  de  Ga**  15 
lisse  ^  et  départiroit  à  lui  et  à  ses  hommes  tcès  grani 
avoir  qu'il  avoit  laissiet  derrière  lî  ens  cni  royaume 
de  Gastille^  lequel  il  n'avoit  po«it  amener  avoeoquea 
lui^  et  estoit  si  bien  repus  et  enfermes  que  nuk  ne 
le  savoit^  fors  il  tant  seulement»  A  ees  pardles  ea->  ao 
tendoient  li  ofaevàlier  dou  prince  Tolentâers,  ear  £n« 
glès  et  Gascon  de  leUr  nature  sont  grandement  ôon» 
voiteus.  Si  iu  consilHet  ati  prince  que  il  assambbst 
tous  les  barons  de  la  duoé  d'Aquitainne  et  son  e»t 
pecial  conseil)  et  euist  à  Bourdiaus  un  gênerai  pttn>  S5 
lement)  et  là  remoustrast  li  rois  dans  Pièti»s  à  tous 
comment  il  se  *v6loit  maintenir  et  de  qucH  il  les  sate^ 
fieroit^  se  il  eStoit  ensi  que  li  princes  l'empresist  à  ra- 
mener en  son  pays  et  fesist  sa  poissance  don  re- 
mettre. Dont  furent  lettres  escriptes^  et  messagier  30 
emploiié^  et  signeur  mandé  de  toutes  pars  :  premiè- 
rement y  li  contes  d'Ermignacb ,  li  contes  de  Piere- 


204  CHRONIQUES  DE  J.  FROISSART.  [1366] 

gorthy  li  contes  de  Comminges,  li  sires  de  Labreth^ 
li  viscontes  de  Cannaing^  li  captaus  de  Beus^  li  sires 
deTaride,  li  viscontes  de  Chastielbon,  li  sires  de 
Lescuty  li  sires  de  Rosem^  li  sires  de  Lespare,  li  sires 
5  de  Caumont^  li  sires  de  Mouchident^  li  sires  de  Cour- 
ton,  li  sires  de  Pincornet  et  tout  li  [autre*]  baron  de 
Gascongne  et  de  Berne.  Et  en  fu  priiés  li  contes  de 
Fois^  mais  il  n'i  vint  mies^  ançois  s'escusa  pour  tant 
que  il  avoit  adonc  mal  en  une  jambe  ^  si  ne  pooit 
10  cevauchier;  mes  il  y  envoia  son  conseil. 

§  551 .  A  ce  parlement  qui  (a  assignés  en  le  bonne 
cité  de  Bourdiaus^  vinrent  tout  li  conte,  li  visconte, 
li  baron  et  li  sage  homme  d'Aquitainne ,  tant  de 
Poito,  de  Saintonge,  de  Rperge,  de  Quersin,  de  Li- 

15  mosin,  comme  de  Gascongne.  Quant  il  furent  tout 
venu,  il  entrèrent  en  parlement,  et  parlementèrent 
par  trois  jours  sus  Testât  et  ordenance  de  ce  roy  dan 
Piètre  d'Espagne  qui  estoit  [et  se  tenoit  ■]  toutdis  pre- 
sèns  en  mi  le  parlement,  dalés  le  dit  prince,  son  cou- 

20  sin,  qui  parloit  et  langagoit  pour  lui,  en  coulourant 
ses  besongnes.  Finablement,  il  fu  dit  et  conseilliet  au 
prince  que  il  envoiast  souffissans  mess^^es  devers  le 
roy  son  père  en  Engleterre,  pour  savoir  quel  cose  il 
en  diroit  et  conseilleroijt  à  faire,  ançois  que  de  lui  il 

25  empresist  ce  voiage  [à  foire'].  Et  quant  on  aroit  eu  la 
response  dou  dit  roy  d'Engleterre,  li  baron  se  remet- 
teroient  ensamble  et  consilleroient  si  bien  le  dit 


1.  Ms.  A  8,  f*>  268.  —  Ms».  B  (lacune). 

2.  Ms.  A  8.  —  Mfts.  B  (lacune). 

3.  Ms.  B  4,  f^  266.  —  Ms.  B  1,  t.  II,  ^  212  (lacune^ 


[i366]  LIVRE  PREMIER,  §  mi.  205 

prince,  que  par  raison  il  li  deveroit  souffire.  Adone 
furent  nommé  et  ordonné  quatre  chevalier  dou 
prince ,  qui  dévoient  aler  en  Engleterre  :  li  sires  de 
le  Ware ,  messires  Neel  Lorinch,  messires  Jehans  et 
messires  Helyes  de  Pumiers.  .Si  se  départi  adonc  cilz  0 
parlemens  ensi^  et  s'en  rala  cescuns  en  son  lieu,  et 
demora  li  rois  dans  Piètres  à  Bourdiaus  dalés  le 
prince  et  le  princesse  qui  moult  l'onneroient. 

Assés  tost  se  départirent  de  Bourdiaus  li  dessus  dit 
[quatre  *]  chevalier  qui  estoient  ordonné  pour  aler  en  10 
Engleterre,  et  entrèrent  en  deus  nefs  ordonnées  et 
appareillies  pour  yaus.  Et  esploitièrent  tant  par  mer, 
à  l'ayde  de  Dieu  et  dou  vent,  qu'il  arrivèrent  à  Han- 
tonne,  et  reposèrent  là  un  jour  pour  yaus  rafreschir 
et  traire  hors  des  vaissiaus  leurs  chevaus  et  leurs  har-  15 
nois.  Et  puis  montèrent  le  secont  jour  et  chevauciè- 
rent  tant  par  leurs  journées  qu'il  vinrent  en  le  cité 
dé  Londres  ;  si  demandèrent  dou  roy  où  il  estoit.  On 
lor  dist  qu'il  se  tenoit  à  Windesore.  Si  alèrent  celle 
part,  et  furent  grandement  bien  venu  et  recueillie  20 
dou  roy  et  de  le  royne,  tant  pour  l'amour  dou  prince 
[leur  fil']  qui  là  les  envoioil,  que  pour  ce  que  il  es- 
toient signeur  et  chevalier  de  grant  recommendation. 
Si  moustrèrent  cil  dit  signeur  et  chevalier  leurs  lettres 
au  roy  qui  les  ouvri  et  fist  lire,  et  en  respondi  quant  25 
il  y  eut  un  petit  pensé  et  visé,  et  dist  :  «  Signeur, 
vous  vos  trairés  à  Londres,  et  je  manderai  aucuns 
barons  et  sages  de  mon  conseil  ;  si  vous  en  respon- 
derons  et  expédierons  temprement.  »  Geste  response 


1.  M».  B  4,  f>  266  ▼•.  —  M».  B  1,  t.  H,  f>  212  ▼«  (lacune). 

2.  Mft.  B  4.  —  Ms.  B  1  (lacune). 


306  CHRONIQUES  DE  >.  FROISSâRT.  t^3663 

pleut  adono  assës  bien  à  ces  chevaliers,  et  se  retrai- 
tent à  l'endemain  à  Londres.  Ne  demora  [gaires  de 
temps  *]  depuis^  que  li  rois  d'Engleterre  vint  à  Wes^ 
mou^tier,  et  là  furent  à  ce  jour  une  partie  des  plus 
5  grans  de  son  conseil,  son  fil  le  duc  de  Lanoastre,  le 
conte  d*Arondiel^  le  conte  de  Saslebrin^  li  sires  de 
Mauni^  messires  Renaus  de  Gobehem^  li  sires  de  Persi^ 
li  sires  de  Nuefville  et  moult  d'autres^  et  ossi  des  prelas^, 
K  eVésques  deWincestre/lî  evesques  de  LincoHe  tet  li 

vo  evesques  de  Londres.  Si  consillièrent  grandement  et 
longement  sus  les  lettres  dou  prince  et  le  priière  que 
il  feisoit  au  roy  son  père.  Finablement^  il  sambla  au 
roy  et  à  son  conseil  cose  deue  et  raisonnable  don 
prince  de  Galles  emprendre  ce  voiage  de  remettre  et 

16  mener  le  roy  d'Espagne  arrière  en  son  [royaome^  et 
hiretage;  et  le  acordèrent  tout  notorement^  et  sur  ce 
il  rescriôrent  lettres  notables  et  autentikes,  de  par 
le  roy  et  le  conseil  d'Engleterre,  au  dit  prince  et  à 
tous  les  barons  d'Aquitainnes.  Et  les  raportèrent  ar- 

«0  rièrechil  qui  aporté  les  avoient,  et  devinrent  en  le 
cité  de  Bourdiaus,  où  il  trouvèrent  le  prince  et  le 
roy  dan  Piètre,  asquelz  il  baîUièrent  aucunes  lettres 
ijne  U  roÎB  d'Engleterre  leur  envoioit.  Si  fu  de  recief 
tms  pariemens  nommés  et  assignés  en  le  cité  de 

»  Bôurdiaus,  et  y  vinrent  tout  cil  qui  mandé  y  furent. 
Si  furent'  là  leutes  generalment  les  lettres  don  roy 
d'Engleterre,  qui  parloient  et  devisoient  plainne- 
ment  comïnent  il  voloit  que  li  princes  ses  fiulz,  ou 
nom  de  Dieu  et  de  saint  Jorge,  empresist  le  roy  dan 


1.  Ms.  B  4.  —  Ms.  B  1  (lacune). 

2.  M:  A  8,  P>  268  to.  ^  Mss.  B  (lacune). 


[Id60]  liVRB  PBEMIIER,  S  Mi.  i07 

Piètre  son  cousin  a  remettre  en  son  bycetage^  dont 
on  l'avoit  à  tort  et  sans  raison  fraudeléusement,  si  oom 
apparant  estoit^  bouté  hors.  St  faisoient  enoores  les 
lettres  dou  roy  d'Englet^re  mention  que  moult  il 
estoit  tenus. par  certainnes  alliances  faites  de  jadis^  5 
obli§ies  et  acouvenencies  entre  lui  et  le  roy  de  Cas* 
tille  son  cousin^  de  lui  aidier  ou  cas  que  li  besoins 
touchoit  et  que  priiés  et  requis  en  estoitv  Et  corn- 
mandoit  li  rois  d*£ngle  terre  à  tous  ses  feaulzet  priait 
à.  tous  ses  amis  que  ii  princes  de  Galles  ses  filz  fust  10 
aidiés^  confortés  et  oonsiUiés  en  toutes  sesbeson*- 
gaes^  si  comme  il  seroit  d'yaus,  se  il  y  estoit  pre- 
sens. 

'    Quant  tout  U  baron  d'Aquitainne  oïrent  lire  ces 
lettres  et  veirent  le  mandement  dou  roy  et  le  grande  is 
Tolenté  dou  prince  lor  signeur^  si  en  respondirent 
liement  et  disent  ;  «Monsigneur^  nous  obéirons  au 
commandement  le  roy  nostre  signeur  et  vostre  père, 
c'est  bien  xaisons,  et  serons  tout  appareiUiet  toutes 
fois  qu'il  vous  plaira^  et  vous  servirons  en  ce  voiage  ss 
et  le  roy  dan  Piètre  ossi;  mes  nous  volons  savmr 
qui. nous  paiera  et  delivera  de  nos  gages^  car  on  ne 
met  mies  gens  d'armes  hors  de  leurs  hosteulz^  enû 
que  pour  aler  guerriier  en  estragne  pays^  sans  estre 
paiiet  et  delivret.  £t^  se  ce  fîist  pour  les  besongoes  9b 
de  nostre  chter  sigpeur  vostre  père  ou  pour  les  Yos^ 
très  ou  pour  vostre  honneur  ou  de  nostre  pays,  nous 
n'en  partissions  pas  si  avant  que  nous  faisons.  »  Adoo^ 
regarda  li  princes  sus  le  roy  dan  Piètre  et  dist  :  ce  Sire 
rois^  vous  oés  que  nos  gens  dient ,  si  en  respondés  :   3o 
à  vous  en  tient  à  respondre  qui  les  devés  et  volés 
ensonniier.  »  Adonc  respondi  li  rois  dans  Piètres  au 


208  CHRONIQUES  DE  J.  FROTSSART.  [1366] 

prince  et  dist  :.«  Mon  [chier^]  cousin^  si  avant  que 
mon  or,  mon  argent  et  tout  mon  trésor  que  j'ai 
amené  par  de  deçà^  qui  n'est  pas  si  grans  de  trente 
fois  comme  cilz  de  par  de  delà  est,  se  pora  estendre^ 

5  je  le  voeil  donner  et  départir  à  vos  gens.  )»  Dont  dist 
li  princes  :  a  Vous  dittes  bien ,  et  dou  sourplus  j'en 
ferai  ma  debte  devers  yaus  et  délivrance^  et  vous 
presterai  tout  ce  que  il  vous  besongnera  jusques  à  ce 
temps  que  nous  serons  en  Castille.  »  —  «  Par  mon 

10  chief,  respondi  li  rois  dans  Piètres^  si  me  ferés  grant 
grasce  et  grant  courtoisie.  » 

Encores  en  ce  parlement  regardèrent  aucun  sage, 
li  contes  d'Ermignach^  li  sires  de  Pumiers^  messires 
Jehans  Chandos^  li  captaus  de  Beus  et  li  aultre  que 

15  li  princes  de  Galles  ne  pooit  nullement  faire  ce  voiage 
sans  Tacort  et  confort  dou  roy  Charle  de  Navare  ;  ne 
il  ne  pooient  entrer  ne  aler  en  Espagne  fors  par  son 
pays  et  les  destrois  de  Raincevaus^  douquel  passage  il 
n^estoient  mies  bien  asseguré  de  Tavoir^  car  li  dis 

20  rois  de  Navare  et  li  rois  Henris  avoient  de  nouviel 
faites  grans  alliances  ensamble.  Et  là  fu  longement 
parlementé  comment  on  s^en  poroit  chevir.  Si  fu  dit 
et  considéré  des  sages  que  uns  parlemens  se  feroit  et 
assigneroit  en  le  cité  de  Baione  de  toutes  ces  parties^ 

25  et  là  en  dedens  envoieroit  li  princes  souffissans  hom* 
mes  et  trettieurs  par  devers  le  roy  de  Navare,  qui  li 
prieroiént  ou  nom  dou  prince  que  il  volsist  estre  à 
ce  parlement  en  le  cité  de  Baione.  Cilz  consaulz  fu 
tenus  et  arrestés^  et  sur  ce  se  parti  li  dis  parlemens; 

30  et  eurent  en  couvent  cescuns  de  estre  à  Baione  au 

1.  Mb.  A  8,  fo  268  ▼<>.  —  Mm.  B  (lacune). 


[1366]  LIVRE   PREMIER,  g  S»^.  209 

jour  que  mis  et  ordonnés  y  fu.  En  ce  terme,  envoia 
li  princes  monsigneur  Jehan  Chandos  et  monsigneu^  * 
Thumas  de  Felleton  devers  le  roy  de  Navare  qui  se 
tenoit  en  le  cité  de  Pampelune.  Cil  doy  chevalier, 
comme  sage  et  bien  enlangagiet,  esploitièrent  si  bien  5 
par  devers  le  roy  de  Navare  que  il  leur  eut  en  cou- 
vent et  scella  pour  estre  à  ce  parlement^  et  sur  ce  il 
retournèrent  (levers  le  prince  à  qui  il  recordèrent 
ces  nouvelles. 

§  552.  Au  jour  que  cilz  parlemens  fu  assignés  en   lO 
le  cité  de  Baione^  vinrent  li  princes,  li  rois  d'Es- 
pagne, li  contes  d'Ermignach,  li  sires  de  Labreth  et 
toutli  baron  de  Gascongne,  de  Poito,  de  Quersin, 
de  Saintonge,  de  Roerge  et  de  Limozin.  Et  là  fu  li 
rois  de  Navare  personelment,  auquel  li  princes  et  li   IB 
rois  dans  Piètres  fisent  moult  d'onneur  et  de  reve- 
rense,  pour  tant  que  il  en  pensoient  mieulz  à  valoir. 
Là  eut,  en  le  cité^de  Baione,  de  rechief  grans  parle- 
mens et  Ions,  et  durèrent  cinq  jours.  Et  eurent  li  dis 
princes  et  ses  consaulz  moult  de  painne  et  de  traveil  20 
ançois  que  il  peuissent  avoir  le  roy  de  Navare  de  leur 
acort  y  car  il  n*estoit  mies  legiers  à  entamer  là  où  il 
veoitque  on  avoit  besoingde  lui.  Toutes  fois,  li  grans 
sens  dou  prince  l'amena  à  ce  que  il  jura,  prommist 
et  scella  au  roy  dan  Piètre  pais ,  amour,  alliances  et  25 
confédération,  et  li  rois  dans  Piètres  ossi  à  lui  sur 
certainnes  compositions  qui  furent  là  ordonnées,  des- 
quèles  li  princes  de  Galles  fu  moiiens,  trettiières  et 
devisères  :  c'est  à  savoir  que  li  rois  dans  Piètres,       > 
comme  rois  de  toute  Castille,  donna,  scella  et  acorda  30 
au  roy /de  Navare  et  à  ses  hoirs,  pour  tenir  hireta- 

YI  —  ik 


210  CHRONIQUES  DE  J.  FROISSART.  [1366] 

blement^  toute  la  terre  dou  Groing^  ensi  comme  elle 
s'estent  par  deçà  et  delà  la  rivière ,  et  toute  la  terre 
et  la  contrée  [de  Sauveterre  *],  le  ville,  le  chastiel  et 
toutes  les  appendances,  et  le  ville  de  Saint  Jehan  dou 
5  piet  des  Pors  et  le  marce  de  là  environ  :  lesquèles 
terres,  villes  et  chastiaus  et  signouries  il  li  avoit  tolut 
de  jadis  et  tenu  de  force.  Avoech  tout  ce ,  li  dis  rois 
de  Navare  devoit  avoir  six  vingt  mil  frans,  pour  ouvrir 
son  pays  et  lassier  passer  paisieulement  toutes  gens 

10  d*armes  et  yaus  faire  aministrer  vivres  et  pourvean- 
ces,  leurs  deniers  paians.  De  laquèle  somme  de  florins 
li  princes  fîst  sa  debte  envers  le  roy  de  Navare.  Quant 
li  baron  [de  la  prinçauté  *]  d'Aquitainnes  seurent 
que  parlemens  et  trettiés  se  portoient  ensi  que  on 

15  estoit  d'acort  au  roy  de  Navare,  il  veurent  savoir  qui 
les  paieroit  de  leurs  gages.  Et  là  li  princes,  qui  grant 
affection  avoit  en  ce  voiage,  en  fîst  sa  debte  envers 
yaus,  et  li  rois  dans  Piètres  au  prince.  Quant  toutes 
ces  coses  [furent  ordonnées  et  confremées,  et  que 

20  cescuns  sceut  quel  cose  il  devoit  faire  et  avoir,  et  il 
eurent  séjourné  en  le  cité  de  Baione  plus  de  douze 
jours  et  jeué  et  révélé  ensamble  moult  amiablement, 
li  rois  de  Navare  prist  congiet  et  se  retraist  ens  ou 
royaume  de  Navare  dont  il  s'estoit  partis,  et  s'i  tint 

25  depuis  un  temps  pour  mieulz  garder  son  pays.  Et  si 
se  départirent  tout  cil  signeur  li  un  de  l'autre,  et  se 
retraist  cescuns  en  son  lieu.  Meismement  li  princes 
s'en  revint  à  Bourdiaus  et  li  rois  dans  Piètres  demora 
à  Baione. 


1.  M».  B  4,  fo  267  vo.  —  Ms.  B  I,  t.  II,  f«  214  (lacune). 

2.  Ms.  B4.  —  Ms.  Bl  (lacune). 


[4366]  LIVRE  PREMIER,  §  552.  211 

Si  envoia  tantost  li  dis  princes  ses  hiraus  en  Es- 
pagne par  devers  ses  chevaliers  et  aucunes  chapi- 
tainnes  des  Compagnes^  qui  estoient  Ënglès  et  Gascon 
favourable  et  obéissant  à  lui ,  yaus  dire  et  segnefîier 
que  il  se  retraisissent  tout  bellement  et  presissent  5 
congiet  dou  dit  bastart  Henri  ^  car  il  avoit  mestier 
d'yaus  et  les  emploieroit  ailleurs.  Quant  li  hiraut,  qui 
ces  lettres  et  ces  nouvelles  aportèrent  en  Castille 
devers  les  chevaliers  dou  prince  furent  venu  devers 
yaus,  il  veirent  et  cogneurent  tantost  que  il  les  re-  10 
mandoit  :  si  prisent  congiet  au  dit  roy  Henry^  au 
plus  tost  qu'il  peurent  et  au  plus  courtoisement,  sans 
yaus  descouvrir  ne  l'intention  dou  prince.  Li  rois 
Henris,  qui  es  toit  larges,  courtois  et  honnourables^ 
leur  donna  [congié*]  moult  doucement^  et  les  re-  15 
mercia  grandement  de  leur  bon  service  et  leur  de- 
parti  au  partir  de  ses  biens  tant  que  tout  s'en  con- 
tentèrent. Si  vuidièrent  d'Espagne  messires  Eustasses 
d*Aubrecicourt,  messires  Hues  de  Cavrelée,  messires 
Gantiers  Hués^  messires  Mahieus  dis  de  Gournay,  20 
messii*es  Jehans  d'Evrues  et  leurs  routes  et  pluiseur 
aultre  chevalier  et  escuier  que  je  ne  puis  mies  tous 
nommer,  de  Tostel  dou  prince^  et  revinrent  au  plus 
tost  et  plus  hasteement  qu'il  peurent. 

Encores  estoient  toutes  les  Compagnes  et  les  cha-  25 
pitainnes  des  Compagnes  esparses  parmi  le  pays  ;  si 
ne  sceurent  mies  sitost  ces  nouvelles  que  li  dessus 
nommet  chevalier  fisent.  Toutes  fois,  quant  il  les 
seurent,  il  se  recueillièrent  ensamble  et  se  misent  au 
retour,  loist  à  savoir  :  messires  Robers  Brikés,  Jehans  30 

1.  Ms.  B  3,  r^  281.  —  Mss.  B  1  et  3  (lacune). 


212  CHRONIQUES  DE  J.  FROISSART.  [1366] 

Cressuelle^  messires  Robers  Ceui^  messires  Perducas 
de  Labrelh,  messires  Garsis  dou  Chastiel^  Naudon 
de  Bagerant^  le  bourch  de  Lespare,  le  bourch  Camus, 
le  bourch  de  Bretueil  et  li  aultre.  Et  ne  seul  mies 

5  sitost  li  rois  Henris  les  nouvelles  ne  le  volenté  dou 
prince ,  que  il  voloit  ramener  son  frère  le  roy  dan 
Piètre  en  Espagne^  que  fisent  li  dessus  dit.  Et  bien 
lor  besongna^  car^  se  il  l'euist  sceu,  il  ne  fuissent 
miès  parti  si  legierement  qu'il  fisent^  car  bien  estoit 

10  en  se  poissance  d'yaus  porter  contraire  et  destour- 
bier.  Toutes  fois,  quant  il  en  sceut  le  certainneté. 
par  samblant  il  n'en  fîst  mies  trop  grant  compte,  et 
en  parla  à  monsigneur  Bertran  de  Claiekin  qui  estoit 
cncores  dalés  lui  et  dist  :  u  Dan  Bertran^  regardés 

15  dou  prince  [de  Galles*].  On  nous  a  dit  qu'il  nous  vorra 
guerriier  et  remettre  ce  Juis,  qui  s'appelle  rois  de 
Castille^  par  force,  en  nostre  royaume.  Et  vous,  qu'en 
dittes  ?»  —  ce  Monsigneur ,  respondi  messires  Ber- 
trand, il  est  bien  si  vaillans  chevaliers,  puisqu'il  l'a 

20  entrepris,  il  en  fera  son  pooir.  Si  vous  di  que  yous 
faciès  bien  garder  vos  destrois  et  vos  passages  de 
tous  lés,  par  quoi  nulz  ne  puist  entrer  ne  issir  de 
vostre  royaume,  fors  par  vostre  congiet,  et  tenés  à 
amour  toutes  vos  gens.  Je  sçai  de  vérité  que  vous 

25  ares  en  France  grant  aye  de  chevaliers  et  d'escuiers 
qui  volentiers  vos  serviront  :  je  m'en  retournerai, 
par  vostre  congiet,  par  de  delà,  et  vous  y  acquerrai 
tous  les  amis  que  je  porai.  »  —  «  Par  ma  foy,  dist  li 
rois,  dans  Bertran,  vous  dilles  bien,  et  dou  sour- 

80  ^  plus  je  me  ordonnerai  par  vous  et  par  vostre  con- 

1.  M«.  A  8,  f«  269  vo.  —  Mss.  B  (lacune). 


[1366]  LIVRE  PREMIER,  §  553.  213 

«eil.  »  Depuis  ne  demora  gaires  de  temps  que  mes- 
sires  Bertrans  de  Claiekin  se  parti  dou  roy  Henri,  et 
s'en  vint  en  Arragon  où  li  rois  le  reeueilla  liement^ 
et  fu  bien  quinze  jours  dalés  lui.  Et  puis  s'en  parti 
et  fist  tant  par  ses  journées  qu'il  vint  à  Montpellier^  5 
et  là  trouva  il  le  duc  d'Ango  qui  le  reçut  ossî  moult 
liement^  car  moult  l'amoit.  Quant  il  eut  là  esté  un 
terme  dalés  lui ,  il  s'en  parti  et  s'en  revînt  en  France 
devers  le  roy  qui  le  rechut  à  grant  joie. 

§  553.  Quant  les  certainnes  nouvelles  s'espardi-   lo 
rent  en  Espagne  et  en  Arragon  et  ossi  ou  royaume 
de  France,  que  li  princes  de  Galles  voloit  remettre  le 
roy  dan  Piètre  arrière  eus  ou  royaume  de  Castille, 
si  en  furent  pluiseur  gens  esmervilliet  et  en  parlèrent 
en  tamainte  manière.  Li  aucun  disoient  que  li  princes   15 
einprendoit  ce  voiage  par  orgueil  et  presumption,  et 
estoit  courouciés  de  l'onneur  que  messires  Bertrans 
de  Claiekin  avoit  eu  de  conquerre  tout  le  royaume 
de  Castille  ou  nom  dou  roy  Henri  et  de  li  faire  roy. 
Li  autre  disoient  que  pités  et  raisons  le  mouvoient  à  20 
ce  que  de  voloir  aidier  le  roy  dan  Piètre  à  remettre 
en  son  hiretage;  car  ce  n'estoit  mies  cose  deue  ne 
raisonable    d'un  bastart   tenir   royaume  et   porter 
nom  de  roy.  Ensi  estoient  par  le  monde  pluiseur 
chevalier  et  escuier  en  diverses  opinions.  Toulesfois,   25 
li  rois  Henris  escripsi  tantos  devers  le  roy  d'Arragon , 
et  envoia  grans  messages,  en  priant  que  i\  ne  se  vosist 
nullement  acorder  ne  composer  par  devers  le  prince 
[d*Acquitaine*l  ne  ses  allyés;  car  il  estoit  et  volpit  eslre 

1,  Ma.  B  4,  f*>  268.  —  Ms.  B  1,  t.  II,  P»  215  (lacune). 


214  CHRONIQUES  DE  J.  FROÏSSART.  [1366] 

ses  bons  amis.  Li  rois  d'Arragon^  qui  moult  l'amoit  à 
avoir  à  voisin,  car  il  avoit  trouvé  dou  temps  passé  le 
roy  dan  Piètre  moult  cruel  et  auster,  Ven  assegura 
et  dist  que  nullement,  pour  à  perdre  grant  partie 

5  de  son  royaume,  il  ne  se  allieroit  ne  acorderoit  au 
dit  prince,  ne  à  ce  roy  dan  Piètre,  mais  ouveroit 
son  pays  pour  laissier  passer  toutes  manières  de 
gens  dWmes  qui  en  Espagne  vorroient  aler,  tant  de 
France  comme  d'ailleurs,  en  son  confort,  et  einpe- 

10  ceroit  tous  chiaus  qui  grever  et  contrariier  le  vor- 
roient. 

Cilz  rois  d'Arragon  tint  bien  tout  ce  qu'il  pro- 

mist  à  ce  roy  Henri;  cai*,  si  tretost  comme  il  sceut 

*  de  vérité  que  li  princes  de  Galles  voloît  aidier  le  roy 

15  dan  Piètre,  et  que  les  Compagnes  tendoient  à  retraii^e 
celle  part  et  en  le  prinçaulé,  il  fist  clore  tous  les  pas 
d*Arragon  et  garder  bien  destroitement ,  et  mist 
gens  d'aimes  et  géniteurs  sus  les  montagnes  et  es 
destrois  de  Catellongne,  sique  nulz  ne  pooit  passer 

20  fors  en  grant  péril.  Mais  les  Compagnes  trouvèrent  un 
aultre  chemin ,  et  eurent  trop  de  maulz  et  de  povre-  - 
tés,  ançois  que  il  peuissent  issir  hors  des  dangiers 
d'Arragon.  Toutesfois,  il  vinrent  sus  les  marces  de  le 
coûté  de  Fois,  et  trouvèrent  le  pays  de  Fois  clos 

25  contre  yaus;  car  li  dis  contes  ne  voloit  nullement 
que  telz  gens  entrassent  en  sa  terre. 

Ces  nouvelles  vinrent  au  prince  de  Galles,  qui  pour 
le  temps  se  tenoit  à  Boiirdiaus,  et  pensoit  et  imagi- 
noit  nuit  et  jour  comment  à  sen  honneur  il  poroil 

30  parfurnir  ce  voiage,  que  ces  Compagnes  ne  pooient 
passer  ne  retourner  en  Aquitainne,  et  que  li  pas  et 
destroit  d'Arragon  et  de  Catellongne  leur  estoient 


[1366]  LIVRE  PREMIER,  §  SÎ53.  215 

deveé  et  clos,  et  estoient  à  l'entrée  de  le  conté  de 
Fois,  et  non  pas  trop  à  leur  aise.  Si  se  doubta  li  dis 
princes  que  li  rois  Henris  et  li  rois  d'Arragon  par 
constrainte  ne  menassent  telement  ces  gens  d'armes 
qui  estoient  bien  douze  mil,  desquels  il  esperoit  à  5 
avoir  le  confort,  et  ossi  par  grans  dons  et  prom- 
messes^  que  il  ne  fuissent  contre  lui.  Si  se  avisa  li 
dis  princes  que  il  envoieroit  devers  yaus  monsigneur 
Jehan  Chandos  pour  trettier  à  yaus  et  retenir,  et  ossi 
par  devers  le  conte  de  Fois^  que  par  amours  il  ne  leur  10 
vosist  faire  nul  contraire ,  et  tout  le  damage  que  il 
feroient  sus  lui  ne  en  sa  terre,  il  leur  renderoit  au 
double. 

Ce  message  à  faire ,  pour  l'amour  de  son  signeur 
le  prince,  emprist  messires  Jehans  Chandos,  et  se  15 
parti  de  Bourdiaus  et  chevauça  devers  le  cité  de 
Dax  en  Gascongne,  et  esploita  tant  par  ses  journées 
qu'il  vint  en  le  conté  de  Fois  où  il  trouva  le  dit 
conte.  Si  parla  à  lui  si  aviseement  et  si  couvignable- 
ment  que  il  eut  le  conte  de  Fois  d'acort,  et  le  laissa  20 
passer  oultre  parmi  son  pays  paisieulement.  Si  trouva 
les  Compagnes  en  un  pays  que  on  dist  Bascle.  Là 
tretta  il  à  yaus ,  et  esploita  si  bien  que  il  eurent  tout 
en  couvent  de  servir  et  de  aidier  le  prince  en  ce 
voiage ,  parmi  grant  argent  qu'il  dévoient  avoir  de  25 
prest.  Et  tout  ce  leur  jura  messires  Jehans  Ghandos 
[qu'il  n'y  trouveroient  point  de  deflFaule.  Si  se  parti 
dUaulx  li  dis  messires  Jehans  Chandos  ]\  et  vint  de 
recief  devers  le  conte  de  Fois  et  li  pria  doucement 
que  ces  gens,  qui  estoient  au  prince,  il  volsist  souf-   30 

1.  Ms.  B  4,  f»  268  y^,  —  Ms.  B  1,  t.  II,  P»  216  (lacune). 


21 G  CHRONIQUES  DE  J.  FROISSART.  [i366] 

frir  et  laissier  passer  parmi  un  des  corons  de  sa 
terre. 

Li  contes  de  Fois,  qui  voloit  estre  agréables  au  prince 

et  qui  estoit  ses  lioms  en  aucune  manière ,  pour  lui 

5  complaire^  li  acorda^  parmi  tant  que  ces  Compagnes 

ne  dévoient  porter  nul  damage  à  lui  ne  à  se  terre. 

Messires  Jehans  Cliandos  li  eut  en  couvent^  et  envoia 

arrière  un  sien  chevalier  et  un  hiraut  devers  les  Com- 

,    pagnes,  et  tout  le  trettiet  qui  estoit  entre  lui  et  le 

10  conte  de  Fois^  et  puis  s*en  retourna  arrière  en  le 

prinçauté.  Si  trouva  le  dit  prince  à  Bourdiaus,  à  qui 

il  recorda  tout  son  voiage  et  comment  il  avoit  es- 

ploitié.  Li  princes,  qui  le  creoit  et  amoit,  se  tint  bien 

à  contens  de  son  esploit  et  de  ce  voiage. 

15  §  554.  En  ce  temps,  estoit  li  princes  de  Galles  en 
la  droite  ileur  de  la  jonèce,  et  ne  fu  onques  soelés 
ne  lassés^  depuis  qu'il  se  commença  premièrement  à 
armer,  de  guerriier  et  de  tendre  à  tous  haus  et  no> 
blés  fais  d'armes.  Et  encores,  à  ceste  emprise  dou  dit 

20  voiage  d'Espagne  et  de  remettre  ce  roy  escachiet  par 
force  d'armes  en  son  royaume,  honneiu^s  et  pités  l'en 
esmeurent.  Si  en  parloit  souvent  à  monsigneur  Jehan 
Chandos  et  à  monsigneur  Thumas  de  Felleton,  qui 
estoient  li  plus  especial  de  son  conseil,  en  demandant 

35  qu'il  leur  en  sambloit. 

Chil  doi  chevalier  li  disoient  bien  :  «  Monsi- 
gneur, certes  c'est  une  haute  emprise  et  grahde, 
sans  comparison  plus  forte  et  plus  hautainne  que 
ceste  ne  fu  de  bouter  hors  le  roy  dan  Piètre  de  son 

30  pays ,  car  il  estoit  hays  de  tous  ses  hommes ,  et 
tout  le  relenquirent,  quant  il  en  cuida  estre  aidiés. 


[4366]  LIVRE  PREMIER,  §  BK^.  217 

Or  joist  et  possesse  à  présent  cilz  rois  bastars  de 
tout  le  royaume  entièrement  de  Castille  et  a  l'amour 
des  nobles  et  des  prelas  et  de  tout  le  demorant, 
et  l'ont  fait  roy  :  si  le  vorront  tenir  en  cel  estât, 
comment  qu*il  prende.  Si  avés  bien  mestier  que  5 
vous  aiiés  en  vostre  compagnie  grant  fuison  de 
bonnes  gens  d'armes  et  d'arciers,  car  vous  trouvères 
bien  à  qui  combatre,  quant  vous  vem'és  en  Espagne. 
Si  vous  loons  et  consilions  que  vous  rompes  la  gri- 
gnour  partie  de  vo  vaisselle  d'argent  et  de  vostre  10 
trésor,  dont  vous  estes  bien  aisiés  maintenant,  et  en 
faites  &ire  monnoie  pour  donner  et  departii*  large-* 
ment  as  compagnons,  desquelz  vous  serés  servis  en 
ce  voiage  et  qui  pour  l'amour  de  vous  iront,  car 
pour  le  roy  dan  Piètre  n'en  feroient  il  riens.  Et  si  15 
envoiiés  devers  le  roy  vostre  père,  en  priant  que  vous 
soiiés  aidiés  de  cent  mil  frans^  que  li  rois  de  France 
doit  envoiier  en  Engleterre  dedens  brief  terme» 
Prendés  finance  tout  partout  là  où  vous  le  poés  avoir, 
car  bien  vous  besongnera,  sans  taillier  vos  hommes  20 
ne  vostre  pays  :  si  en  serés  mieulz  amés  et  servis  de 
tous.  » 

A  ce  conseil  et  à  pluiseurs  aultres  bons,  que  li  doi 
dessus  dit  chevalier  li  donnèrent ,  se  tint  li  princes 
de  Galles;  et  fist  rompre  et  brisier  les  deus  pars  de  25 
toute  se  vaisselle  d'or  et  d'argent,  et  en  fist  faire  et 
forgier  monnoie  pour  donner  as  compagnons.  Avoech 
tout  ce,  il  envoia  en  Engleterre  devers  le  roy  son 
père,  pour  impetrer  ces  cent  mil  frans  dont  je  parloie 
maintenant.  Li  rois  d'Engleterre ,  qui  sentoit  assés  30 
les  besongnes  dou  prince  son  fil,  li  acorda  legiere- 
ment  et  en  escrisi  devers  le  roy  de  France  et  l'en 


218  CHRONIQUES  DE  J.  FROISSART.  [1366] 

envoia  lettres  de  quittancez.  Si  furent  li  oent  mii 
frans  en  celle  saison  délivré  as  gens  dou  prince  et 
départi  à  toutes  manières  de  gens  d'armes. 

§  555.  Une  fois,  estoit  en  récréation  li  princes  de 

5  Galles  en  sa  cambre,  en  le  cité  d'Angouloime,  avoech 
pluiseurs  chevaliers  de  Gascongne,  de  Poito  et  d'En- 
gleterre;  et  bourdoit  à  yaus  et  yaus  à  lui  de  ce  voiage 
d'Espagne,  et  fu  dou  temps  que  messires  Jehans 
Chandos  estoit  oultre  apriès  les  Compagnes.  Si  tourna 

10  son  chief  devers  le  signeur  de  Labreth  et  U  dist  : 
(f  Sires  de  Labreth,  à  quèle  quantité  de  gens  d'armes 
me  pores  vous  servir  en  ce  voiage?  »  Li  sires  de 
Labret  fu  tous  apparilliés  de  respondre,  et  moult  lie- 
ment  li  dist  ensi  :  «  Monsigneur,  se  je  voloie  priier 

15  tous  mes  amis,  c'est  à  entendre  mes  feaulz,  j'en 
aroie  bien  mil  lances,  et  toute  ma  terre  gardée.  »  — 
«  Par  mon  chief,  sire  de  Labreth,  dist  li  princes, 
c'est  belle  cose.  »  Lors  regarda  sus  le  signeur  de  Fel- 
leton  et  sus  aucuns  chevaliers  d'Engleterre,  et  leur 

20  dist  en  englès  :  a  Par  ma  foy,  on  doit  bien  amer  la 
terre  où  on  a  un  tel  baron  qui  poet  servir  son  si- 
gneur à  mil  lances.  »  Apriès,  il  s'en  retourna  devers 
le  signeur  de  Labreth  et  dist  de  grant  volenté  :  «  Sires 
de  Labreth,  je  les  retieng  tous.  »  —  «  Che  soit,  ou 

25  nom  de  Dieu,  monsigneur,  »  ce  respondi  li  sires  de 
Labreth.  De  ceste  retenue  deubt  depuis  estre  avenus 
grans  maulz,  si  com  vous  orés  avant  en  l'ystore. 

Or  retournons  nous  as  Compagnes  qui  s'estoient 
acordé  et  ahers  avoech  le  prince.  Si  vous  di  que  il 

30  eurent  moult  de  maulz,  ançois  que  il  fuissent  revenu 
et  rentré  en  le  prinçauté,  tant  de  géniteurs  comme 


[1366]  LIVRE  PREMIER,  §  5SK.  21^ 

de  chiaus  de  Kateliongne  et  d'Arragon^  et  se  dépar- 
tirent en  trois  routes.  Li  une  des  compagnies  et  plus 
grande  s'en  alèrent  costiant  Fois  et  Berne  ;  li  aultre, 
Castellongne  et  Hermignach;  et  la  tierce  s'avalèrent 
entre  Arragon  et  Fois,  par  l'acort  dou  conte  d'Ermi-  5 
gnach,  dou  signeur  de  Labreth  et  dou  conte  de  Fois. 
En  celle  route^  avoit  le  plus  grant  partie  de  Gascons. 
Et  s'en  venoient  cil  compagnon ,  qui  pooient  estre 
environ  Iroi  mil,  par  routes  et  par  Ck)mpagnes^  en 
l'une  Iroi  cens,  en  l'autre  quatre  cens,  devers  Tar-  10 
cevesquiet  de  Thoulouse,  et  dévoient  passer  entre 
Thoulouse  et  Montalben. 

A  ce  donc,  avoit  un  bon  chevalier  de  Finance  à  sé- 
néchal à  Thoulouse,  qui  s'appelloit  messires  Guis 
d'Azai.  Quant  il  entendi  que  ces  Compagnes  appro-   15 
çoient  et  qu'il  chevauçoient  en  routes  et  ne  pooient 
estre  en  somme  non  plus  de  ti*ois  mil  combatans  qui 
encores  estoient  foulé,  lassé  et  mal  armé,  mal  monté 
et  pis  cauchié,  si  dist  qu'il  ne  voloit  mies  que  tek 
gens  approçassent  Tholouse  ne  le  royaume  de  France,   20 
pour  yaus  recouvrer,  et  qu'il  leur  iroit  au  devant  et 
les  combateroit,  s'il  plaisoit  à  Dieu.  Si  segnefia  tan- 
tost  se  intention  au  conte  de  Nerbonne  et  au  senes- 
cal  de  Carcassonne  et  à  celui  de  Biaukaire  et  à  tous 
les  officiiez  et  chevaliers  et  escuiers  de  là  environ ,   25 
en  yaus  mandant  et  requérant  ayde  pour  aidier  à  gar- 
der le  frontière  contre  ces  maies  giens  nommés  Com- 
pagnes. Tout  cil,  qui  mandé  et  priiet  furent,  obéirent 
et  se  hastèrent  et  vinrent,  au  plus  tost  qu'il  peurent, 
en  le  cité  de  Toulouse.  Et  se  trouvèrent  grans  gens,   30 
bien  cinq  cens  lances,  chevaliers  et  escuiers,  et  quatre 
mille  bidaus,  et  se  misent  tout  sus  les  camps  par  de- 


220  CHKONIQUES  DE  J.  FROISSART.  [i366] 

vers  Montalben,  à  sept  liewes  de  Thoulouse  où  ces 
gens  se  tenoient^  li  premier  qui  venu  estoient;  et, 
tout  compté,  il  ne  se  trouvoient  non  plus  de  deux: 
cens  lances,  mais  il  attendoient  les  routes  de  leurs 
5  compagnons  qui  dévoient  passer  par  là. 

§  556.  Quant  li  contes  de  Nerbonne  et  messires 
Guis  d'Azai,  qui  se  faisoient  souverain  et  meneur  de 
toutes  ces  gens  d'armes,  furent  parti  de  le  cité  de 
Thoulouse,  il  s'en  vinrent  logier  assés  pries  de  Mon- 

10  talben,  qui  adonc  se  tenoit  dou  prince,  et  en  estoit 
chapitains  à  ce  jour  uns  chevaliers  englès  qui  s'ap^ 
pelloit  messires  Jehans  Trivés.  Si  envoiièrent  cil  si- 
gneur  de  France  leurs  coureurs  par  devant  Montalben, 
pour  attraire  hors  ces  Compagnes  qui  s'i  tenoient. 

15  Quant  le  chapitainne  de  Montalben  entendi  que  U 
François  estoient  venu  à  main  armée  et  à  host  devant 
sa  forterèce,  si  en  fu  durement  esmervilliés,  pour  tant 
que  la  terre  estoit  dou  prince.  Si  vint  as  barrières 
de  la  ditte  ville,  et  fist  tant  que  sus  assegurances  ii 

20  parla  as  dis  coureurs  et  leur  demanda  qui  là  les  en- 
voioit  et  pourquoi  il  s'avançoient  de  courir  sus  le 
terre  dou  prince ,  qui  estoit  voisine  et  devoit  estre 
amie  avoec  le  corps  dou  signeur  au  royaume  et  au 
roy  de  France.  Cil  respondirent  et  disent  :  «  Nous  ne 

25  sommes  mies  de  nos  signeurs,  qui  chi  nous  ont  en- 
voiiet,  dou  rendre  raison  si  avant  cargiet  ;  mes  pour 
vous  apaisier,  se  vous  volés  venir  ou  envoiier  par  de- 
vers nos  sîgneurs,  vous  en  ares  bien  response.  »  — 
«  Oil,  dist  la  chapitainne  de  Montalben,  je  vous  pri 

30  que  vous  vos  retraiiés  par  devers  yaus,  et  leur  dittes 
qu'il  m'envoient  un  saufconduit  par  quoi  je  puisse 


[i366]  LIVRE  PREMIER,  §  556.  221 

aler  parler  à  yaus  et  retourner  arrière ,  ou  il  m'en- 
voient dire  plainnement  poiurquoi  ne  à  quel  title  il 
me  font  guerre;  car  se  je  cuidoie  que  ce  fust  [tout*]  à 
certes,  je  le  segnefieroie  à  monsigneur  le  prince  qui 
y  pourveroit  tantost  de  remède.  »  Chil  respondirent  5 
qu'il  le  feroient  volentiers.  U  retournèrent  et  recor- 
dèrent à  leurs  mestres  toutes  ces  parolles. 

Li  saufconduis  [fu*]  impetrés  ou  nom  dou  dit  mes- 
sire  Jehan  Trivet  et  aportés  à  Montalben.  Adonc  se 
parti  il,  lui  cinquime  tant  seulement,  çt  vint  ou  logeis  lo 
des  dessus  dis  François,  et  trouva  les  signeurs  qui  es- 
toient  tout  appareilUet  de  lui  recevoir  et  avisé  de  res- 
pondre.  Il  les  salua,  il  li  rendirent  sen  salut,  et  puis  leur 
demanda  à  quel  cause  il  avoient  envoiiet  courir  à  main 
armée  par  devant  sa  forterèce  qui  se  tenoit  de  mon-  15 
signeur  li  prince.  Cil  respondirent  :  «  Messire  Jehan, 
sachiés  que,  à  vous  ne  à  monsigneur  le  prince,  nous 
ne  volons  nulle  ahatie  ne  point  de  guerre;  mes  nous 
volons  nos  ennemis  cachier,  où  que  nous  les  savons.  » 
—  «  Et  qui  sont  vostre  ennemi  ne  où  sont  il?  »  ce  20 
respondi  li  chevaliers.  —  a  En  nom  Dieu ,  dist  li 
contes  de  Nerbonne ,  il  sont  dedens  Montalben  et 
sont  robeur  et  pilleur,  qui  ont  robet  et  pilliet  et  pris 
et  couru  mal  deuement  sus  le  royaume  de  France  : 
ce  ne  fait  mies  à  souffrir.  Et  ossi,  messire  Jehan,  se  25 
vous  estiés  bien  courtois  ne  amis  à  vos  voisins,  vous 
ne  les  deveriés  mies  soustenir,  qui  pillent  et  robent 
les  bonnes  gens  sans  nul  tifle  de  guei:*re,  car  par  telz 
oevres  s'esmuevent  les  haynes  entre  les  signeurs.  Si 


1.  Ma.  B  4,  f>  270.  —  Ms.  B  1,  t.  II,  f«  217  vo  (lacune). 

2.  Ms.  B4.  —  Ms.  B  1  (lacane). 


222  CHRONIQUES  DE  J.  FROISSâAT.  [1366] 

les  metés  hors  de  vostre  forterèce,  ou  aultrement 
vous  n'estes  mies  amit  au  roy  ne  au  royaume  de 
France.  »  —  ce  Signeur,  dist  la  capitainfte  de  Montal- 
ben,  il  est  bien  voirs  que  il  a  gens  d'armes  dedens 

5  ma  garnison,  que  monsigneur  le  prince  a  mandés^  et 
les  tient  à  lui  et  pour  ses  gens.  Si  ne  sui  mies  con- 
silliés  que  d'yaus  [faire  partir  si  soubdainement  *]  ne 
faire  vuidier;  et^  se  cil  vous  ont  fais  aucun  desplaisir^ 
je  ne  puis  mies  veoir  qui  droit  vous  en  face,  car  ce 

10  sont  gens  d'armes  :  si  les  convient  vivre  ensi  qu'il 
ont  acoustumé  et  sus  le  royaume  de  France  et  sus  la 
prinçauté.  d 

Dont  respondirent  li  contes  de  Nerbonne  et  mes^ 
sires  Guis  d'Azai  et  disent  :  «  Ce  sont  gens  d'armes, 

15  voirement  telz  et  quels  ^  qui  ne  sèvent  vivre  fors  de 
pillage  et  de  roberie^  et  qui  mal  courtoisement  ont 
chevauciet  sus  nos  mètes  :  si  le  comparront,  se  nous 
les  poons  tenir  as  camps.  Car  il  ont  ars,  pris  et 
pilliet  et  fait  moult  de  mauls  en  le  senescaudie  de 

20  Thoulouse,  dont  les  plaintes  en  sont  venues  à  nous; 
et,  se  nous  leur  souffrions  à  faire,  nous  serions 
traitte  et  parjm^e  envers  le  roy  nostre  signeur  qui 
ci  nous  a  establi  pour  garder  sa  terre.  Si  lor  dittes 
hardiement  de  par  nous  ensi,  car  puisque  nous  sa- 

25  vous  où  il  logent  et  herbergent,  nous  ne  retourne- 
rons, si  l'arons  amendé,  ou  il  nous  coustera  encores 
plus.  » 

Aultre  response  n'en  peut  adonc  avoir  li  capi- 
tainne  de  Montalben  :  si  se  parti  mal  contens  d'yaus 

30  et  dist  que,  pour  leurs  manaces,  il  ne  .briseroit  ja 

1.  Ms.  B  3,  i^  283  v<>.  -  Ms.  fi  1,  t.  II,  f»  218  (lacune). 


[1366]  LIVRE  PREMIER,  §  557.  2S3 

sen  entente,  et  retourna  en  Montalben  et  recorda 
as  compagnons  toutes  les  parolles  que  vous  avés 
oyes.  / 

§  557.  Quant  li  compagnon  entendirent  ces  nou^ 
velles,  si  ne  furent  mies  bien  asseguret^  car  il  n^es-  5 
toient  pas  à  jeu  parti  contre  les  François  :  si  se  tin- 
rent sus  leur  garde  dou  mieulz  qu'il  peurent.  Or 
avint  que,  droit  au  cinquime  jour  que  ces  parolles 
eurent  esté^  messires  Perducas  de  Labreth  à  tout  une 
grant  route  de  compagnons  deubt  passer  parmi  lo 
Montalben^  car  li  passages  estoit  par  là  pour  entrer 
en  le  prinçauté  :  si  le  fîst  à  savoir  à  chiaus  de  le  ville. 
Quant  messires  Robers  Geni  et  li  aultre  compagnon^ 
qui  là  se  tenoient  pour  enclos,  entendirent  ces  nou- 
velles^ si  en  furent  moult  resjoy,  et  segnefiièrent  tout  15 
secrètement  le  convenant  des  François  au  dit  monsi- 
gneur  Perducas  et  comment  il  les  avoient  là  assegiés 
et  les  maneçoient  durement^  [et  ossi  quels  gens  il  es* 
toient  ']  et  quels  chapitainnes  il  avoient. 

Quant  messires  Perducas  de  Labreth  entendi  ce^  si  20 
n'en  fu  de  noient  effraés,  mes  recueilla  ses  compa- 
gnons de  tous  lés  et  s*en  vint  bouter  par  dedens 
Montalben  où  il  fu  recheus  à  grant  joie.  Quant  il  fîi 
là  venus^  il  eurent  parlement  ensamble  comment  il 
se  poroient  maintenir,  et  eurent  d'acort  que  à  l'en-  25 
demain  il  s'armeroient  et  monteroient  tout  à  cheval, 
et  se  metteroient  hors  de  le  ville  et  se  adreceroient 
verâ  les  François,  et  leur  prieroient  que  paisieule- 
ment  il  les  laissassent  passer,  et^  se  il  ne  voloient 

1.  Ms.  B  k,  f«  270  V».  —  Ms.  B  1,  t.  U,  P»  ai8  ^  (lacune). 


224  CHRONIQUES  DE  J.  FROISSÀRT.  [1366] 

à  ce  descendre  et  que  combattre  les  couvenist,  il 
s^enventurroient  et  se  venderoient  à  leur  loyal  pooir. 
Tout  ensi  comme  il  l'ordonnèrent^  il  le  fisent. 
A.  l'endemain^  il  s'armèrent  et  sonnèrent  leurs 

5  trompètes,  et  montèrent  tout  à  cheval  et  vuidièrent 
hors  de  Montalben.  Ja  estoient  armé  li  François 
pour  l'effroi  qu'il  avoient  oy  et  veu,  et  tout  rengiet 
et  mis  devant  le  ville  ^  et  ne  pooient  passer  les  Com* 
pagnes  fors  que  parmi  yaus.  Adonc  |se  misent  tout 

10  devant  messires  Perducas  de  Labreth  et  messires  Ro- 
bers  Ceni  et  veurent  parlementer  as  François  et  priier 
que  on  les  laissast  passer  paisieulement  ;  mes  li  Fran- 
cois  leiu*  envoiièrent  dire  que  il  n*avoient  cure  de 
leur  parlement  et  qu'il  ne  passeroient^  fors  parmi  les 

15  pointes  de  leurs  glaves  et  de  leurs  espées.  Et  escriiè- 
rent  tantost  leurs  cris  et  disent  :  «Avant!  Avant!  A 
ces  pilleurs,  qui  pillent  et  robent  le  monde  et  vivent 
sans  raison  !  » 

Quant  les  Compagnes  veirent  que  c'estoit  à  certes 

20  et  que  combattre  les  couvenoit  ou  morir  à  honte, 
si  descendirent  tantost  jus  de  leurs  chevaus,  et  se 
rengièrent  et  ordonnèrent  tout  à  piet  moult  faitice- 
ment^  et  attendirent  les  François  qui  vinrent  sus  yaus 
moult  hardiement^  et  se  misent  ossi  par  devant  yaus^ 

25  tout  à  piet.  Là  commencièrent  à  traire^  à  lanchier  et  à 
estechier  li  un  à  l'autre  grans  cops  et  apers,  et  en  y 
eut  pluiseurs  abatus  des  uns  et  des  aultres^  de  premiè- 
res venues.  Là  eut  grant  bataille  forte  et  dure  et  bien 
combatue,  et  tamainte  apertise  d'armes  faite^  tamaint 

30  chevalier  et  tamaint  escuier  reversé  et  jette  par  terre, 
Toutesfois^  li  François  estoient  trop  plus  sans  com- 
parison  que  les  Compagnes,  bien  troi  contre  un  : 


[4366]  LIVRE  PREMIER,  §  557.  225 

si  n'en  avoient  mies  la  pieur  pareçon  et  reboutèrent 
à  ce  commenchementles  Compagnes,  [par  bien  com- 
batre  *,]  bien  avant  jusques  dedens  les  barrières.  Là  ot 
au  rentrer  maint  homme  mis  à  meschief,  et  euissent 
eu^  ce  qu'il  y  avoit  de  Compagnes,  trop  fort  temps,  5 
se  n'euist  esté  la  chapitainne  de  la  ditte  ville  qui  fîst 
armer  toutes  gens  et  commanda  estroitement  que 
cescuns  à  son  loyal  pooir  aidast  les  Compagnes  qui 
estoient  homme  au  prince. 

Lors  s'armèrent  tout  cil  de  le  ville  et  se  misent  lo 
en  conroy  avoec  les  Compagnes^   et  se  boutèrent 
en  l'escarmuce.  Et  meismement  les  femmes  de  le 
ville  montèrent  en  leurs  loges  et  en  leurs  soliers^ 
pourveues  de  pierres  et  de  cailliaus,  et  commen- 
chièrent  à  jetter  sus  ces  François  si  fort  et  si  roit  15 
qu'il  estoient  tout  ensonniA  d'iaus  targier^  pour  le 
jet  des  pierres,  et  en  blecièrent  pluiseurs  et  recu- 
lèrent par  force.' Dont  se  resvigurèrent  li  compa- 
gnon )  qui  furent  un  grant  temps  en  grant  péril,  et 
envaïrent  fièrement  les  François.  Et  vous  di  que  il  20 
y  eut  là  fait  otant  de  grans  apertises  d*armes^  de 
prises  et  de  rescousses ,  que  on  avoit  veu  en  grant 
temps  faire  ^  car  les  Compagnes  n'estoient  que  un 
petit  ens  ou  regart  des  François.  Si  se  prendoient 
priés  de  bien  faire  le  besongne^  et  reboutèrent  leurs  23 
ennemis  par  force  d'armes  tous  hors  de  le  ville. 

Et  avint  ensi,  entrues  que  on  se  combatoit,  que  une 
route  de  Compagnes,  que  li  bours  de  Bretuel  et  Nau- 
don  de  Bagherant  menoient,  en  laquèle  route  estoient 
bien  quatre  cens  combatans,  se  boutèrent  par  derrière  30 


1.  Mt.  A  8,  (^  273.  —  Mst.  B  (lacune). 

VI  — :  r> 


226  CHRONIQUES  DE  J.  FROISSART.  [1366] 

en  le  ville  ^  et  avoient  chevauciet  toute  le  nuit  en 
grant  haste  pour  là  estre,  car  on  leur  avoit  donnet  à 
sentir  que  li  François  avoient  assegiet  leurs  compa- 
gnons dedens  Montalben  :  si  vinrent  tout  à  point  à 

.  5  le  bataille.  Là  eut  de  rechief  grant  hustin  et  dur.  Et 
furent  li  François  par  ces  nouvelles  gens  fièrement 
assalli  et  combatu^  et  dura  cilz  puigneis  et  cilz  estours 
de  l'eure  de  tierce  jusques  à  basse  nonne. 

Finablementy  li  François  furent  desconfi  et  mis  en 

10  cace,  et  chil  tout  ewireus^  qui  peurent  partir,  monter 
à  cheval  et  aler  leur  voie.  Là  furent  pris  li  contes  de 
Nerbonne^  messires  Guis  d'Azai,  li  vicontes  d'Uzès^  li 
sires  de  Montmorillon^  li  seneschaus  de  Carcassonne, 
li  seneschaus  de  Biaukaire  et  plus  de  cent  chevaliers^ 

15  que  de  France,  que  de  Prouvence ,  que  des  marées 
de  là  environ,  et  tamains  bons  escuiers  et  mains 
riches  homs  de  Thoulouse  et  de  Montpellier.  Et  en- 
core en  euissent  il  plus  pris ,  se  il  euissent  cachiet , 
mais  il  n'estoient  c'un  peu  de  gens,  et  mal  monté  : 

20  si  ne  s'osèrent  enventurer  plus  avant,  et  se  tinrent  à 
ce  qu'il  eurent.  Geste  escarmuce  ta  à  Montalben,  le 
vigile  Nostre  Dame,  en  le  mi  aoust,  Fan  de  grasce 
mil  trois  cens  sissante  et  sis. 

%  558.  Apriès  [la  desconfiture  ^]  et  le  prise  des  dessus 
25  dis,  messires  Perducas  de  Labreth,  messires  Robers 
Ceni,  messires  Jehans  Trivés,  messires  Robers  d'Au- 
beterre,  li  bours  de  Bretuel,  Naudon  de  Bagherant 
et  leurs  routes  départirent  leur  butin  et  tout  leur 
gaaing,  dont  il  eurent  grant  fuison.  Et  tout  cil  qui 

1.  Mfl.  B  4,  fo  271.  —  Ma.  B  1,  t.  U,  fo  219  to  (lacune). 


[1366]  LIVRE  PREMIER,  §  588.  227 

prisonnier  avoient,  il  leur  demoroient^  et  en  pooient 
faire  leur  pourfit,  rançonner  ou  quitter^  se  il  to- 
loient^  dont  il  leur  fisent  très  bonne  compagnie.  Et 
les  rançonnèrent  courtoisement,  cescun  seloneh  son 
estât  et  son  afaire,  et  encores  plus  doucement^  pour  5 
tant  que  ceste  avenue  leur  estoit  fortuneusement  ve- 
nue et  par  biau  fait  d'armes;  et  les  recrurent  tous^ 
petit  s'en  fallirent^  et  leur  donnèrent  terme  de  raporter 
leurs  raençons  à  Bourdiaus  ou  ailleurs  où  bon  leur 
sambla.  Si  se  parti  cescuns  et  revint  en  son  lieu  et  en  lo 
son  pays.  Et  les  Compagnes  s'en  alèrent  devers  mon- 
signeur  le  prince  qui  les  rechut  liement  et  les  vei 
très  Yolentiers  et  les  envoia  logier  en  une  marce  que 
on  appelle  Bascle^  entre  les  montagnes. 

Or  vous  dirai  qu'il  avint  de  ceste  besongne,  et  15 
comment  li  contes  de  Nerbonne ,  li  seneschau»  de 
Thoulouse  et  li  aultre  prisonnier^  qui  avoient  esté 
rançonné  et  recreu  sus  leurs  fois ,  fînèrent  et  payè- 
rent. En  ce  temps,  regnoit  papes  Urbains  V**,  qui 
tant  haoit  ces  manières  de  gens  nommés  Compagnes  20 
que  plus  ne  pooit,  et  les  avoit  de  grant  temps  escu- 
meniiés  et  sentenciiés,  pour  les  villains  fais  qu'il  iai- 
soient  :  siques^  quant  il  fu  enfourmés  de  céste  jour- 
née et  comment,  en  bien  Élisant  à  sen  entente^  li 
contes  de  Nerbonne  et  li  aultre  avoient  esté  ruet  jus,  25 
si  en  fu  durement  courouchiés.  Et  se  soufTri  tant 
qu'il  se  furent  tous  mis  à  finance  et  revenu  en  leurs 
maisons.  Si  lor  manda  par  mos  exprès  et  defièndi 
estroitement  que  de  leurs  raençons  il  ne  paiassent 
nulles^  et  les  dispensa  et  absolst  de  leurs  fois.  30 

Ensi  furent  quitte  chil  signeur  chevalier  et  es- 
cuier  qui  avoient  estet  pris  à  Montalben^  et  n'osèrent 


nS  CHRONIQUES  DE  J.  FROISSART.  [4366] 

brîsier  le  commandement  dou  pape.  Si  vint  as  au- 
cuns bien  à  point  et  as  Compagnes  moult  mal  qui 
s'estoient  attendu  à  avoir  argent,  et  le  cuidoient  avoir 
pour  faire  leur  besongnci  yaus  armer^  monter  et  ap- 

5  pareillier^  ensi  que  compagnon  de  guerre  s*abillent^ 
quant  il  ont  largement  de  quoi^  et  il  n'eurent  riens. 
Si  leur  vint  à  grant  contraire  ceste  ordenance  dou 
pape^  et  se  complaindirent  par  pluiseurs  fois  à  mon- 
signeur  Jehan  Chandos,  qui  estoit  connestables  d'A- 

10  quitainnes  et  regars  par  droit  d'armes  sus  telz  be- 
songnes,  mais  il  s'en  dissimuloit  envers  yaus  au 
mieulz  qu'il  pooit^  pour  tant  que  il  savoit  voirement 
que  li  papes  les  escumenioit,  et  que  leur  fais  et  estas 
touchoit  à  pillerie^  siques  il  me  samble  qu'il  n'en 

15  eurent  onques  depuis  aultre  cose. 

§  559.  Nous  parlerons  dou  prince  de  Galles  et  ap« 
procerons  son  voiage^  et  vous  compterons  comment 
il  persévéra.  Premièrement,  si  com  ci  dessus  est  dit, 
il  fîst  tant  qu'il  eut  toutes  les  Ck)mpagnes  de  son  acort 

30  où  il  avoit  douze  mil  bons  combatans  ^  et  moult  li 
coustèrent  au  retenir;.  Et  encores,  quant  il  les  eut^  il 
les  soustint  à  ses  frès  et  à  ses  gages,  ançois  que  il 
partesissent  de  le  prinçauté^  de  l'issue  d'aoust  jusques 
à  l'entrée  de  février.  Avoech  tout  ce,  li  princes, 

25  d'autre  part,  retenoit  toutes  manières  de  gens  d'armes 
là  où  il  les  pooit  avoir.  Dou  royaume  de  France  n'en 
avoit  il  nul,  car  tout  se  traioient  devers  le  roy  Henri, 
pour  l'amour  et  les  alliances  qui  estoient  entre  le  roy 
leur  signeur  et  le  roy  Henri.  Et  encores  eut  li  dis 

30  rois  Henris  aucunes  des  Compagnes  qui  estoient 
Breton^  favourable  à  monsigneur  Berlran  de  Claiekin^ 


[1366]  UVR£  PREMIER,  $  5M.  2i9 

desquelz  Selevestre  Bude,  Alains  de  Saint  Pol^  Guil* 
laume  dou  Bruel  et  Alains  de  Lakonet  estoient  capi- 
tainne. 

Si  euist  bien  eu  li  dis  princes  de  Galles  encores 
plus  de  gens  d*armes  estragniers^  Alemans^   Fia-    5 
mens  et  Braibençons^  se  il  volsist;  mais  il  en  ren- 
voia  assés^  et  eut  plus  chier  à  prendre  -ses  feaulz  de 
le  princeté  que  les  estragniers.  Ossi  il  li  vint  uns 
grans  confors  d'Engleterre ,  car  quant  li  rois  d*En- 
gleterre  ses  pères  vei  que  cils  volages  se  feroit,  il  10 
donna  congiet  à  son  fil  monsigneur  Jehan ,  duch  de 
Lancastre^  de  venir  veoir  son  frère  le  prince  de  Galles 
à  une  quantité  de  gens  d'armes^  quatre  cens  hommes 
d*armes  et  quatre  cens  arciers.  Dont,  quant  les  nou- 
velles en  vinrent  au  dit  prince  que  ses  frères  devoit  16 
venir^  il  en  eut  grant  joie  et  se  ordonna  sur  ce. 

En  ce  temps^  vint  devers  le  dit  prince  en  le  cité  de 
Bourdiaus  messires  James^  rois  de  Maiogres.  Ensi  se 
faisoit  il  appeller,  quoique  il  nU  euist  riens  ;  car  li 
rois  d'Arragon  le  tenoit  sus  lui  de  force,  et  avoit  le  90 
père  ce  dît.roy  de  Maiogres  feit  morir  en  prison  en 
une  cité,  en  Arragon,  que  on  dist  Barselone.  Pour 
quoi  cilz  dis  rois  James,  pour  contrevengier  le  mort 
de  son  père  et.  recouvrer  son  hir étage,  estoit  trais 
hors  de  son  pays,  car  il  avoit  pour  ce  temps  à  moul-  35 
lier  la  royne  de  Naples.  Auquel  roy  de  Maiogres  li 
princes  fist  grant  feste  et  le  conjoy  doucement  et  le 
reconforta  grandement,  quant  il  li  eut  oy  recorder 
toutes  les  raisons  pour  quoi  il  estoit  là  venus  et  à 
quel  cause  li  rois  d'Arragon  li  faisoit  tort  et  li  tenoit  ao 
son  hiretage  et  avoil  son  père  mort.  Se  li  dist  li  dis 
princes  :  «  Sire  rois,  je  vous  proumeth  en  loyauté 


230  CHRONIQUES  DE  J.  FftOISSÀRT.  [4366] 

que  nous,  revenu  d'Espagne^  nous  n'entenderons  à 
aultre  cose  nulle^  si  vous  arons  recouvré  vostre  hire- 
tage  de  Mayogres,  ou  par  trettiés  d'amour  ou  de  force.  » 
Ces  prommesses  plaisirent  grandement  bien  au  dit 

5  roy.  Si  se  tint  en  le  cité  de  Bourdiaus  dalés  le  prince, 
attendans  le  département  ensi  que  li  aultre.  Et  li 
faisoit  li  dis  princes,  par  honneur^  le  plus  grant  partie 
de  ses  délivrances ,  pour  tant  qu'il  estoit  lontains  et 
estragniers^  et  n'avoit  mies  ses  finances  à  sen  aise. 

10  Tous  les  jours  venoient  les  plaintes  au  dit  prince 
de  ces  Compagnes  qui  faisoient  tous  les  maulz  dou 
monde  as  hommes  et  as  femmes,  ens  ou  pays  où  il 
conversoient.  Et  veissent  volentiers  cil  des  marces^ 
où  ces  gens  se  tenoient,  que  li  princes  avançast  son 

15  voiage.  Il  en  estoit  en  grant  volenté^  mes  on  li  con- 
silloit  que  il  laissast  passer  le  Noel^  par  quoi  il  euis- 
sent  Tivier  au  dos,  car  encores  n'en  saroient  il  si  peu 
prendre  que  li  passages  de  Raincevaus  ne  leur  fust 
destrois,  frois  et  lontains.  A  ce  conseil  s'enclinoit 

20  assés  li  princes ,  pour  tant  que  madame  la  princesse 
sa  femme  estoit  durement  enchainte  et  ossi  moult 
tenre  et  esplorée  dou  département  son  mari.  Si  euist 
volentiers  veu  li  dis  princes  que  elle  se  fust  acoucie 
ançois  son  département.  En  ce  detriement ,  se  fai- 

25  soient  et  ordonnoient  grandes  pdurveances  et  grosses 
et  trop  fort  besongnoient  ^  car  il  dévoient  errer  en 
un  pays  où  il  en  trouveroient  tout  petit. 

Entrues  que  cilz  séjours  se  faisoit  à  Bourdiaus^  et 
que  tous  li  pays  d'environ  estoit  plains  de  gens  d'ar- 

30  mes^  eurent  li  princes  et  ses  consauls  pluiseurs  con- 
sultations ensamble.  Et  m'est  avis  que  li  sires  de 
T^breth  fa  contremandés  de  ses  mil  lancée  ^  et  li 


[1366]  LIVRE  PREMIER,  S  ^^9.  231 

escripsi  li  dis  princes  par  le  conseil  de  ses  hommes 
ensi  :  «  Sires  de  Labreth^  comme  ensi  fu  que  de 
nostre  Yolenté  libéral^  en  ce  dit  voiage  où  nous  ten- 
dons par  le  grasce  de  Dieu  temprement  à  procéder, 
considéré  nos  besongnes^  les  frès  et  despens  que  nous  5 
avons  ^  tant  par  les  estragniers  qui  se  sont  bouté  en 
nostre  service  comme  par  les  gens  des  Compagnes 
desquels  li  nombres  est  grans^  et  ne  les  volons  pas 
laissier  derrière  pour  les  perilz  qui  s'en  poroient  en- 
sievir,  et  convient  que  nostre  terre  soit  gardée,  car  10 
tout  ne  s'en  poeent  pas  venir  ne  tout  demorer,  pour 
quoi  il  est  ordonné  par  nostre  especial  conseil  que 
en  cesti  voiage  vous  nous  servirés  et  estes  escris  à 
deus  cens  lances  :  si  les  voelliés  triier  et  mettre  hors 
des  aultres^  et  le  remanant  laissiés  leur  faire  leur  15 
pourfit.  £t  Diex  soit  garde  de  vous  !  Escript  à  Bout- 
dîaus  le  septime  jour  de  décembre.  » 

Ces  lettres^  seelées  dou  grant  seel  le  prince  de 
Galles,  furent  envoiies  au  signeur  de  Labreth  qui  se 
tenoit  en  son  pays  et  entendoit  fort  à  faire  toutes  ses  20 
pourveances  et  à  apparillier  ses  gens^  car  on  disoit  de 
jour  en  jour  que  li  princes  devoit  partir.  Quant  il 
vei  ces  lettres  que  li  princes  li  envoioit,  il  les  ouvrit 
et  les  lisi  deus  fois  pour  mieus  entendre,  car  il  en  fu 
de  ce  qu'il  trouva  dedens  durement  esmervilliés  et  25 
ne  s'en  pooit  ravoir,  tant  fort  estoit  il  courouciés  et 
disoit  ensi  :  «c  Comment!  messires  li  princes^  je  croi, 
se  gabe  et  trufe  de  mi^  quant  il  voet  que  je  donne 
congiet  maintenant  huit  cens  lances^  chevaliers  et 
esduiers,  lesquels  à  son  commandement  et  ordenance  30 
j'ai  tous  retenus.  £t  leur  ay  brisiet  leurs  poorfis  à 
faire  en  pluiseûrs  manières.  » 


232  CHRONIQUES  DE  J.  FROISSART.  (4366] 

Adonc^  en  son  aïr,  li  sires  de  Labreth  demanda 
tantost  unl^clereh.  Il  vint.  Quant  il  fu  venus  ^  il  li 
dist  :  «  Escrips  ^  »  et  li  elers  escrisl  ensi  que  li  sires 
de  Labreth  le  devisoit  :  <c  Chiers  sires  ^  je  sui  trop 
5  grandement  esmervilliés  de  unes  lettres  que  vous 
m'avés  envoiies.  £t  ne  sai  mies  bonnement  ne. ne 
trueve  en  mon  conseil  comment  sur  ce  je  vous  en 
sace  ne  doie  respondre^  car  il  me  tourne  à  grant  pre- 
judisce  et  à  blasme  et  à  tous  mes  hommes^  lesquelz 

10  à  vostre  ordenance  et  commandement  je  avoie  re- 
tenus, et  sont  tout  appareilliet  de  vous  servir.  Et 
leur  ay  destoumet  leur  pourfît  à  faire  en  pluiseurs 
manières^  car  li  aucun  estoient  meu  et  ordonné 
d'aler  oultre  mer  en  Prusce^  en  Constantinoble  ou 

13  en  Iherusalem,  ensi  que  tout  chevalier  et  escuier^  qui 
se  désirent  à  avancier,  font.  Si  leur  vient  à  grant 
merveille  et  desplaisance  de  ce  qu'il  sont  bouté  der- 
rière. Et  sont  tout  esmervilliet^  et  ossi  sui  je^  en  quel 
manière  je  le  puis  envers  vous  avoir  desservi.  ^Chiers 

20  sires  ^  plaise  vous  à  savoir  que  je  ne  saroie  les  uns 
sevrer  des  aultres.  Je  sui  li  pires  et  li  meures  de  tous. 
Et  se  li  aucun  y  vont^  tout  iront  :  ce  sace  Diex  qui 
vous  ait  en  sa  sainte  garde.  Escript,  etc.  » 

Quant  li  princes  de  Galles  eut  oy  ceste  response, 

^  si  le  tint  à  moult  presumptueuse^  et  ossi  lisent  aucun 
de  Son  conseil  d'Engleterre ,  chevalier  qui  là  es- 
toient. Si  crolla  li  dis  princes  la  teste  et  dist  en  en- 
glès^  si  com  je  fui  adonc  enfourmés^  car  j*estoie 
lors  pour  le  temps  à  Bourdiaus  :  a  Li  sires  de  La- 

30  breth  est  uns  grans  mestres  en  mon  pays^  quant  il 
voelt  brisier  l'ordenance  de  mon  conseil.  Par  Dieu^ 
il  n'ira  pas  ensi  qu'il  pense.  Or  demeure^  se  il  voelt^ 


[1366]  LIVRE  PREMIER,  §  550.  233 

car  sans  lui  ne  ses  mil  lances  ferons  nous  bien  le 
voiage.  » 

Adonc  parlèrent  aucun  chevalier  d'Engleterre  qui 
là  estoient  et  disent  :  a  Monsigneur^  vous  cognissiés 
encores  petitement  le  ponée  des  Gascons  et  comment  5. 
il  s'outrecuident.  Il  nous  amirent  peu  et  ont  amiré 
dou  temps  passé.  Ne  vous  souvient  il  pas  com  gran- 
dement il  se  veurent  jadis  porter  encontre  vous  en 
ceste  cité  de  Bourdiaus^  quant  li  rois  Jehans  de  France 
y  fu  premièrement  amenés?  Il  disoient  et  mainte-  lo 
noient  tout  notorement  que  par  yaus  et  leur,  emprise 
vous  aviés  fait  le  voiage  et  pris  le  roy  de  France,  Et 
bien  fu  apparant  qu'il  voloient  ce  porter  oultre ,  car 
vous  fîistes  en  grant  trettiés  contre  yaus  plus  de 
quatre  mois^  ançois  que  il  volsissent  consentir  que  li  15 
dis  rois  de  France  alast  en  Engleterre^  et  leur  con- 
vint plainnement  satisfaire  leur  volenté^  pour  yaus 
tenir  à  amour.  » 

Sus  ces  paroUes  se  teut  li  princes,  mes  pour  ce  ne 
pensa  il  mies  mains  «  Yeci  auques  le  première  fonda-  20 
tion  de  le  hayne  qui  fu  entre  le  prince  de  Galles  et 
le  signeur  de  Labreth.  Et  en  fu  adonc  li  sires  de 
Labreth  en  grant  péril,  car  li  princes  estoit  durement 
grans  et  haus  de  corage  et  crueulz  en  son  '  mr,  et 
voloit^  fust  à  tort^  fust  à  droit,  que  tout  signeur   25 
asquelz  il  pooit  commander  tenissent  de  lui.  Mes  li 
contes  d'Ermignach^  qui  oncles  estoit  au  dit  signeur 
de  Labreth,  fu  enfourmés  de  ces  avenues  et  des  gri- 
gnes  qui  estoient  entre  le  prince,  son  signeur,  et  son 
neveu  le  signeur  de  labreth.  Si  vint  à  Bourdiaus  de-  30 
vers  le  prince  et  monsigneur  Jehan  Chandos  et  mon- 
signeur  Thumas  de  Felleton  par  quel  conseil  li  prin- 


134  CHRONIQUES  DE  J.  FROISSART.  [1366] 

ces  faisoit  et  ouvroit  tout.  Et  amoiena  si  bien  ces 
parties  que  li  princes  se  teut  et  apaisa.  Mes  toutes  fois 
li  sires  de  Labreth  ne  fu  escrips  que  à  deus  cens  lances 
dont  il  n'estoit  mies  plus  liés,  ossi  n*estoient  s^  g^ns; 
ne  onques  depuis  ne  chierirent  tant  le  prince  comme 
il  faisoient  devant.  Si  leiir  couvint  porter  et  passer 
leur  anoi  au  mieulz  qu'il  peurent^  car  il  n'en  eurent 
adonc  aultre  cose. 


FIN   DU   TEXTE  DU   TOME  SIXIÈME. 


VARIANTES. 


VARIANTES* 


§  474.  U  intention.  —  Ms.  ifJnuens  :  Chil  doy  prélat  de 
Sainte  Eglise,  qui  estoient  dou  plus  estroit  consseil  le  docq  de 
Normendie  et  qui  veoient,  avoecq  aucuns  sages  hommes  du 
royaumme  de  France,  que  li  dis  royaummes  es^oit  durement 
blechiez  et  grèves  de  cief  en^ijor,  et  se  doubtoient  que  il  ne  pe<- 
wist  longement  porter  si  grans  (es,  car  on  ne  pooit  aller  en  nulle 
roarce  dou  royaumme  de  Franche  qu'il  n'y  ewist  Englès  ou  Na- 
varois  qui  constraindoient  si  les  bonnes  villes  que  nulle  marcan^ 
dise  n'y  pooit  aller  ne  venir,  et  ossi  le  plat  pays  que  les  tières 
demoroient  en  ries  et  les  vignes  à  labourer,  par  quoy  grant  Cul- 
mine et  grant  chiereté  de  temps  y  apparoient.  Et  si  y  avoient 
porté  et  souffert  ceste  tribulation  ung  grant  temps,  et  par  espe- 
cial  depuis  le  prise  le  roy  Jehan,  leur  signeur,  qui  gisoit  prison- 
niers en  Engleterre,  et  qui  vaillamment  s'estoit  combatus  et  avoit 
estet  pris  en  deffendant  son  pays.  Se  le  desiroient  moult  touttes 
gens  à  ravoir  et  veoir,  et  les  vaillans  hommes  qui  avoient  estet 
pris  dallés  lui,  dont  li  royaummes  estoit  moult  afoiblis;  et  tout  ce 
ne  se  pooit  faire  sans  pès.  Si  estoit  adonc  li  jonnes  dus  de  Nor- 
mendie (onssiJliet  de  chiaux  qu'il  amoit  et  creoit  le  mieux,  qu'il 
fesist  pès  au  roi  englès,  à  quel  meschief  que  ce  fuist,'car  tous  li 
royaummes  le  desiro^t.  De  quoy  li  dus,  meus  en  pité,  pour  soller 
son  coummun  peuple  et  hoster  de  tribulation,  dou  royaumme  dont 
il  estoit  drois  hoirs,  avoit  envoiiés  deviers  le  roy  d'Engleterre  les 
deus  prelas  dessus  diz,  qui  à  le  premierre  voie  n'esploitièrent  de 
riens;  car  li  roy  s  d'Engleterre  estoit  durement  courouchiés  pour 
le  mort  de  son  cousin  le  comte  de  le  Marche,  connestable  de  son 
host,  qui  estoit  nouvellement  mors  sour  leur  chemin,  et  pour  unes 
nouvelles  ossi  qui  lui  estoient  venues  d'Engleterre,  que  li  Fran- 
chois  avoient  mis  sus,  en  Normendie,  une  armée  de  gens  d'armes 


238  CHRONIQUES  DE  J.  FROISSART.  [4360] 

par  mer,  liquel  avoient  arivet  et  pris  terre  en  Engleterre  à  uo 
port  que  on  dist  Winneceuesëe.  Et  avoient  li  Franchois  le  ditte 
ville  arse  et  aucunes  maisons  d'entours,  pour  lesquelz  coses  li 
dessus  dis  roys,  à  le  premierre  requeste  et  priière  que  li  prélat  li 
fissent,  ne  respondi  riens,  et  se  partirent  de  li  et  revinrent  à  Paris, 
sans  riens  impetrer. 

Quant  li  roys  englès  eut  jeu  une  nuit  à  Mont  Leheri  et  toute  se 
host,  il  se  desloga  et  chevaucha  par  deviers  Gaillardon.  Che  jour 
que  li  rob  et  ses  gens  chevauchoient  vers  Gaillardon ,  chei  dou 
chiel  en  l'ost  le  roy  uns  effondres,  uns  tempestes,  ungs  orraiges, 
uns  esclistres,  uns  vens,  ungs  gresilz  si  grans,  si  mervilleuz  et  si 
oribles  qu'il  sambloit  que  li  chie[l]s  dewist  partir,  et  li  tierre 
ouvrir  et  tout  engloutir.  Et  cheoieàt  les  pierres  si  grandes  et  si 
grosses  que  elles  tuoient  ^hommes  et  cheval,  et  n'y  avoit  si  hardi 
qui  ne  fuist  tous  esbahis.  Et  meysmement  li  roys  se  voa  et  dounna 
à  Nostre  Damme  de  Chartres.  Adonc  y  eut  en  l'ost  aucuns  souf- 
fissans  hommes  qui  disoient  que  c'estoit  une  verghe  de  Dieu  en- 
voiiée  pour  exemple,  et  que  Dieux  moustroit  par  signe  qu'il  vol<- 
loit  que  on  fesist  pès.  Si  se  rafrenna  son  corraige  et  fu  plus 
humbles  et  débonnaire  assés  que  devant,  et  se  loga  de  haulte 
heure  sus  le  rivierre  de  Gaillardon.  A  Tendemain,  revinrent  li 
prélat  deviers  lui,  qui  tant  li  prechièrent  et  remoustrèrent  de 
biaux  exemples  et  de  bonnes  parolles,  que  on  li  entama  le  coer, 
ensà  que  par  force,  à  le  pès,  car  trop  à  envis  de  premiers  y  en* 
tendoit  ;  mais  se  volloit  aller  cel  este  rafreschir  en  Bretaingne  et 
en  Normendie,  et  laissier  couvenir  les  fortrèces  qui  pour  lui  se 
tenoient  ou  royaumme  de  France,  et  tantost  apriès  le  Saint  Jehan 
Baptiste  que  li  bleds  et  les  vignes  meuriroient,  revenir  devant 
Paris.  Telle  estoit  li  intention  dou  roy  englès;  mes  elle  li  mua  et 
canga,  car  il  fu  inspires  adonc  de  le  grâce  de  Dieu  à  le  priière  et 
parolle  que  li  prélat  et  li  preudomme  li  moustrèrent.  Et  ossi  li 
dus  de  Lancastre,  ses  cousms,  en  qui  il  avoit  moult  grant  fiance, 
et  qui  avoit  estet  avoecq  lui  en  gheriant  li  plus  grans  chiens  qu'il 
ewist,  y  rendoit  et  rendi  grant  painne,  si  que  en  travillant  et  en 
allant  à  petittes  journées  deviers  le  chité  de  Cartres,  tousjours 
en  querant  le  plus  cras  pays  pour  mieux  trouver  à  vivre,  et  puis 
par  deviers  Bonnevaus  et  par  deviers  le  marche  de  Vendosme. 
Et  adonc  li  dis  rois  englès  se  retray,  à  le  priière  de  l'abbetide 
Clugny,  par  deviers  le  marce  de  Cartres,  et  là  séjourna  et  de- 
moura  par  l'espaace  de  vingt  et  un  jours,  traitiant  de  pès,  laquelle 


[1360]      VARIANTES  DU  PREMIER  LIVRE,  §  474.         239 

fa  faitte  et  acord^e  à  grant  joie,  pour  le  tamps  d'adonc,  en  le 
uiannière  que  chi  apriès  s'enssuit,  seloncq  le  coppie  dou  proches 
que  pluisseurs  signeurs  eurent.  F<^  122  v^  et  123. 

P.  1 , 1.  3  :  belle,  douce. —C^j  mois  manquent  dans  les  mss.  A  7 
à  il. 

P.  1, 1.  4 et  5  :  tout  cel esté  jusques  apriès  aoust.  —  Ms,  Ail: 
tout  cel  jTver  jusques  après  Pasques.  F*  274. 

P.  1,  1.  7  :  retourroit.  —  Mss,  A  1  à  iV:  retourneroit. 

P.  1, 1.  12  :  faisoient.  -*  Ms.  A  il  :  menroient. 

P.  1,  !•  13  :  Pikardie.  —  Le  ms.  A  11  ajoute  :  Poictou. 

P.  1,  L  16  :  leur.  —  Le  ms,  A  il  ajoute  :  bonne. 

P.  1,  1.  16  :  U.  —  Mss.  A  :  :  elles.  P  217  v». 

P.  1,  1.  17  :  estoient.  —  Ms.  A  8  ;  estoit. 

P.  1,  1. 17  :  si.  —  Mss.  A  :  ses. 

P.  2,  1.  9  :*Tieruane.  —  Ms.  A^  :  Therouenne.  F»  217  v». 

P.  2, 1. 16  :  darrainnement.  —  Mss.  A  :  derrenierement. 

P.  2,  l.  21  :  d'Anlun.  —  Ms.  A  8  :  d'Octuin.  —  Ms.  A  il  : 
d'Antoin.  F»  274  v«. 

P.  2, 1.  24  :  doî.  —  Mss.  A  il  :  diz. 

P.  2,  L  28  :  pluiseur.  —  Le  ms.  A  8  ajoute  :  autres. 

P.  3,  1.  5  :  ne  leur  pourpos  anientir.  —  Ms.  ^  8  :  en  son 
propos  anientir. 

P.  3,  1.  9  :  requeroit.  —  Ms.  AS:  queroit. 

P.  3, 1.  11  :  acordoient.  —  Ms.  A  il  :  accordassent.  —  Ms.  A 
15 .'  accorderoient. 

P.  3,  1.  18  et  19  :  ou  de  jour.  —  Ms.  A  il  :  et  tous  les 
jours.  , 

P.  3,  1.  19  :  et  leurs.  —  Le  ms.  A  S  ajoute  :  parlemens  et. 

P.  3,  1.  23  et  24  :  Cil  procet  et'  ces  paroUes.  — -  Mss.  A  i^  à 
17  ;  ces  paroUez  et  ces  procedz. 

P.  3, 1.  26  :  rescrit.  —  Ms.  A  il  :  escrit.  F*  275. 

P.  3,  1.  28  :  par  quoi.  --  Ms.  A  il  :  pourquoy. 

P.  3,  1.  30  :  et  justement  cancelé.  —  Af  jj .  ^  15  à  17  ;  et  jus- 
tement et  parfaictement. 

P.  4,  1.  2  :  cheoit.  — -.  Ms.  A  M  :  escheoit. 

P.  4,  1.  7  :  fu  trop  durs.  —  Ms.  A%  :  estoit  dur.  F»  218. 

P.  4,  1.  9  :  comment.  —  Mss.  A  %^  15  à  17  .*  combien. 

P.  4, 1. 10  :  rois  de  France.  —  Mss.  A  7,  8,  15  à  17  :  en  cel 
esut.  F^"  225. 

P.  4, 1.  10  :  ostoiier.  —  Mss.  J  1,  S:  estoîer. 


240  CHRONIQUES  DE  J.  FROISSART.  [1360] 

P.  4,  1. 14  :  s'î.  —  Mss.  Al,%:  se. 

P.  4,  U  15  :  remoustroit.  —  Ms.  J  H  :  moustroit. 

P.  4,  1. 18  :  fretable.  —  Ms.  A  il  :  (rayable. 

P.  4,  1«  19  :  alewës.  —  Mss.  ^  8,  15  à  17  :  allouez. 

P.  4,  1.  20  :  userés.  —  Ms,  A  il  :  useriez. 

P.  4,  1.  21  :  venës.  —  Ms.  AS;  viengniez,  —  Mss.  A  iti  à 
il  :  veniez. 

p.  4,  1.  22  :  entente.  —  Ms.  AS:  entencion. 

P.  4, 1.  28  :  entrues.  —  Ms.  Al:  entrementres.  —  Ms.  AS: 
entre.  —  Ms.  A  15  ;  tandis.  —  Ms.  A  il  :  endementres. 

P.  4, 1.  25  :  sus.  —  Ms.  A  8  :  en. 

P.  4,  1.  26  :  dedens.  —  Mss.  A1,S,  i^  à  il  :  en.  ^ 

P.  4,  1.  27  :  soubtieves.  —  Ms.  A  8  ;  soutilles.  —  Mss.  A  ii 
à  il  :  subtilles. 

P.  4,  1.  30  :  parmi.  —  Mss.  A  :  par. 

P.  4,  1.  30  :  ouvra.  —  Mss.  A  :  ouvroit. 

P.  5,  1.  1  :  entrues.  —  Ms.  Al:  entrementres.  —  Mss.  A  8, 
15  •*  pendant.  —  Ms.  A  il  :  endementroes. 

P.  5, 1.  4  :  uns  orages,  uns  tempes  et  uns  e£foudres.  —  Ms.  A 
8  :  uns  temps  et  uns  efiToudres  et  uns  orages.  *-  Ms.  A  il  :  une 
orage  et  une  tempeste  et  une  fouldre.  — Ms.  ^  15  :  uns  oraiges, 
un  temps  et  une  fouldre.  F*  238  v«. 

P.  5, 1.  5  :  descendi.  —  Ms.  A  M  :  descendirent. 

P.  5,  1.  7  :  finer.  —  Ms.  A  il  :  fenir. 

P.  5,  1.  8  :  cheoient.  —  Mss.  ^  8,  15  à  17  ;  cheoît. 

P.  5,  1.  10  :  eshidé.  —  Mss.  A  :  esbahis. 

P.  5, 1.  14  :  à  ce  donc.  —  Ms.  AS:  adoncques. 

P.  5,  1.  15  :  Chartres.  — Ms.  B  Q:  Anchois  se  desloga  le  roy 
de  Galardon  et  toutes  ses  gens,  et  s'en  vint  devant  la  bonne  ville 
de  Chartres,  en  mstanche  que  pour  l'asegier  :  de  laquelle  mes- 
sire  Emoul  d'Àudrehem  estoit  capitaine,  avecques  grant  foison  de 
chevaliers  et  d'escuiers  du  pais  de  Bieause.  Sy  se  loga  le  roy 
d'Engleterre  en  ung  villaige  delës  Chartres,  qui  s'apelloit  Brete- 
gny,  et  toutes  ses  gens  ens  es  villaiges  d'entour,  où  il  faisoient 
logis  de  feullcs  et  de  bos;  car  le  saison  le  devoit,  car  che  fa  o 
joly  mois  de  may.  F**  608  et  609. 

P.  5,  1.  15  :  Bretegni.  —  Ms.  AS  :  Bretingny. 

P.  5,  1.  17  :  poins.  —  Mss.  A  7,  17  ;  couvens. 

P.  5,  1.  18  :  entérinement.  —  Mss.  A  :  entièrement. 

P.  5,  1. 19  :  poursievir.  —  Mss.  A  1  et  S  :  poursuir. 


[1360]      VARIANTES  DU  PREMIER  LIVRE,  S  ^^5.         241 

P.  5,  1.  20  :  clcrch.  —  Ms.  A  il  :  gens. 

P.  5,  1.  23  :  s'ensieut  ensi.  —  Ms.  A  S  :  est  teUe. 

§  47S.  Edowart.  —  Ms.  d'Amiens  :  C'est  assavoir  que  li  rois 
Edouwars  d'Eogleterre  et  si  hoir  doient  ravoir,  tenir  et  possesser 
perpétuellement,  paisieulement  et  quittement,  sans  nul  resort  et 
sans  tenir  en  fief  dou  roj  de  France  ne  d'autrui,  tous  les  pays  et 
terres  qui  chi  s'enssieuwent,  et  les  senescauchies,  c'est  assavoir  de 
Bergorre,  d'Agenès,  de  Kaorsin,  de  Pieregorch,  de  Roergue,  de 
Poito,  de  le  Rocelle,  de  Saintongue  et  de  Limoadn,  le  comte 
d'Agoulesme,  le  fief  de  Thouwart,  le  fief  de  Belleville,  avoecq 
toutte  la  ducë  de  Gyane  si  avant  que  elle  s'estendoit  anchienne- 
ment.  Et  doit  avoir  et  tenir  es  marches  de  Pikardie,  sans  ressort 
et  sans  tenir  en  fief  de  nuUui,  le  ville  et  le  castiel  de  Gallais  à  tout 
ses  appendanches,  le  terre  de  Melch  et  toutte  le  comté  de  Gines, 
villes  et  castiaux,  ensi  comme  s'estent.  Et  doit  avoir  encorres 
toutte  le  comté  de  Ponthieu  enthierement,  enssi  que  elle  fu  jadis 
dounnée  à  madamme  Ysabiel  de  Franche,  roynne  d'Engleterre, 
se  mère,  en  mariaige;  mes  celle  devera  il  tenir,  en  fief  dou  roy  de 
Franche,  s'il  le  voelt  ravoir,  enssi  comme  li  roy  s  9es  pères  fai- 
soit.  Encoires  devera  avoir  li  dis  roys  Edouwars,  pour  ses  frès, 
[cent]  mil  escus  à  paiier  six  fois,  cent  mil  dedens  trois  sepmaines 
apriès  le  feste  Saint  Jehan,  l'an  soissante,  et  le  remannant  dedens 
trois  ans  enssuivant,  chascun  an  le  derche  part.  Et  demourront 
au  roy  englès  quittement  touttes  raenchons  de  pays,  de  villes, 
de  maisons  et  de  prisons  acordées,  soient  paiiées  ou  à  paiier.  Et 
pour  tous  ces  couvens  et  ces  paiemens  aemplir  et  pourssieuwir, 
enssi  qu'il  sont  juret  et  creantet  d'une  part  et  d'autre,  li  dus  de 
Normendie  et  li  consseil  de  France  doient  envoiier  bons  hostages 
et  souffissans,  des  plus  nobles  et  plus  gentils  del  royaumme  de 
Franche,  et  d'aucunnes  des  bonnes  chités  et  ossi  des  bonnes  villes 
deux  bourgois,  pour  jesir  en  le  ville  de  Gallais  ou  en  Engleterre, 
jusques  à  tant  que  tout  chou  que  dit  est,  sera  paiiet  et  acomplit 
eutirement.  Et  parmy  tant  li  roys  englès  a  en  couvent  de  ra- 
mener le  roy  Jehan  de  Franche  à  Gallais,  dedens  le  jour  de 
le  Saint  Jehan  Baptiste,  et  là  endroit  tenir  par  Tespasse  de  troix 
sepmainnes  sous  ses  despens,  dedens  lesquelles  troix  sepmainnes 
doient  li  Franchois  avoir  acomplit  tous  les  couvens  deseure  de- 
vises, et  mis  les  gens  le  roy  englès  en  possession  paisieuUe  de  tous 
les  chastiaux  et  de  tous  les  pays  et  terre  deseure  dis,  desquftlx 

VI  —  16 


242  CHRONIQUES  DE  J.  FROISSART.  [1360] 

ils  on  ses  gens  ne  sont  point  en  saisinne.  Et,  se  tout  chou  n'estoit 
plainnement  fait  et  aemplit,  enssi  que  dit  est,  dedens  les  trois  sep- 
mainnes  apriès  le  Saint  Jehan,  li  roys  Jehan  de  Franche  et  tout 
li  dessus  dit  hostaige  doîent  demourer  tous  qois  en  prison  à  Cal- 
lais,  par  l'espasse  de  trois  mois  apriès  enssuiwant,  parmy  le 
somme  de  trente  mil  florins  que  li  Franchois  doient  rendre  et 
paiier  au  roy  des  Englès,  pour  les  frais  et  les  gages  de  lui,  de  ses 
gardes  et  des  sergans  qui  garderoient  le  roy  Jehan  et  les  autres 
hostaiges,  par  Tespasse  des  diz  trois  mois.  Et  deveront  demourer 
tousjours  li  Englès  saisis  des  castiaux  et  fortrèches  qu'il  ont  gaegniet 
ou  royaumme  jde  Franche,  jusques  à  tant  que  tout  chou  que  dit  est, 
sera  fait  et  acomplit  ou  bien  asseguret,  sauf  tant  qu'il  ne  doient  point 
pillier,  ne  faire  guerre  ne  tort  à  nullui.  Et  avoecq  tout  chou,  li  jonnes 
comtes  de  Montfort  doit  ravoir  le  comté  de  Montfort,  entièrement 
quitte  et  liège,  et  le  sienne  part  de  la  duchë  de  Bretaingne,  si  avant 
que  li  doy  roy  deseure  dit  diront  par  droit  qu'il  en  deveroit  avoir, 
oyes  et  examinées  diligamment  les  raisons  monseigneur  Carlon  de 
Blois,  d'une  part,  et  les  siennes,  d'autre.  Et  devera  tout  chou  tenir 
en  fief  dou  roy  de«Franche.  Et  apriès,  quant  tout  chou  sera  fait 
et  acomplit,  li  roys  Jehans  de  Franche  doit  estre  délivrés  et  ra- 
mennés  à  Paris,  et  seize  prisonniers  seullement  qui  furent  pris 
avoecq  lui  à  le  bataille  de  Poitiers,  telx  dont  entre  iaux  deux  li 
doy  roy  se  poront  acorder.  Et  affin  que  on  puist  paisieullement  et 
parfettement  aemplir  tout  chou  que  deviset  est,  une  trieuwe  gène- 
raubc  fu  acordée  à  durer  par  tant  jusques  à  le  feste  Saint  Micquiel, 
et  de  le  feste  Saint  Mickiel  en  ung  an  apriès  enssuivant.  Et  doient 
li  Franchois  menner  et  conduire  le  roy  Edouwart  à  tout  son  host, 
parmy  Franche  jusques  à  Callais,  paisieulement,  et  faire  livrer  à 
vivre  pour  leurs  deniers  payans,  et  ouvrir  villes,  castiaux,  fortrè- 
ches et  passages  pour  passer,  dormir  et  reposer  parmy,  sans  avoir 
grief  ne  molesté.  Et  parmy  toutles  ces  couvenenchez,  li  roys 
Edouwars  d'Engleterre  et  si  hoir  doient  quiter  et  renonchier  à  le 
calenge,  as  armes  et  au  nom  del  royaumme  de  Franche. 

Enssi  et  sus  ceste  fourme  fii  la  pès  devisée,  acordée  et  con- 
fremmée,  mes  les  cartres  ne  furent  mies  si  tost  escriptez  ne  gros- 
séez  ;  et  quant  elles  furent  escriptez,  li  conssaux  de  Franche  y 
missent  ung  point,  par  mannière  de  langage,  que  li  Englès  au  lire 
n'entendirent  mies  bien  ne  examinèrent,  mais  le  laissièrent  legie- 
rement  passer  ;  c'est  chou  qui  leur  a  depuis  empechiet  leur  que- 
relle, car  li  rois  Jehans,  li  dus  de  Normendie,  ses  aisnés  Gh^  et  li 


[i360]      VARIANTES  DU  PREMIER  LIVRE,  §  476.         243 

autre  frère,  quant  il  jurèrent  le  pès  à  tenir  et  à  poursiewir  sus 
Testât  dou  ressort,  affin  que,  pour  le  temps  à  venir,  il  y  eifissent 
droit  de  callenge  et  qu'il  ne  s'en  desnuassent  mies  dou  tout,  dissent 
enàsi  :  «  Seloncq  le  grosse  de  le  cartre,  nous  dounnons  et  reser* 
vous  toutes  les  coses  dessus  dittes,  etc.  »  Je  ne  vous  en.  parleray 
plus  tant  c'a  orres  ;  mes  quant  il  en  appertenra  à  parler,  j'en 
parlerai,  s'il  plaist  à  Dieu,  et  à  point.  F*  123. 

§  476.  Quant  ceste  lettre.  -*  Ms,  et  Amiens:  Or  revenrons  à 
nostre  pourpos.  li  dus  de  Normendie  jura  à  poursuiwir  et  à  main- 
te[ni]r  touttes  ces  coses  dessus  dites  et  devises,  comme  aisnés  hoirs 
del  royaumme,  en  le  présence  dou  pnnche  de  Galles,  dou  duch 
de  Lancastre,  dou  comte  de  Warvich,  dou  comte  de  Sallebrin,  de 
monsigneur  Renart  de  Gobehen,  de  monsigneur  Richart  de  Slan- 
fort,  du  seigneur  de  Perssi,  de  monsigneur  Gautier  de  Mauni  et 
de  monsigneur  Rogier  de  Biaucamp,  qui  là  estoient  comme  pro- 
cureur au  roy  englès,  et  ossi  fissent  pluisseur  seigneur  dou  royaunu 
me  de  France.  Et  d'autre  part  ossi  le  jurèrent  li  dessus  [dit]  sei- 
gneur d'Engleterre ,  comme  procureur  dou  roy  englès,  en  le 
présence  dou  ducq  de  Normendie  et  des  autres  seigneurs  de  Franche. 

Quant  toultes  ces  coses  furent  jurées  et  acordëes,  li  dus  de 
Normendie  et  ses  conssaux  retourna  à  Paris.  Et  li  prinches  de 
Galles  et  li  aultre  retournèrent  deviers  le  roy  et  son  host,  à  qui 
il  recordèrent  coumment  il  avoient  besongniet.  Si  pleut  moult  bien 
au  roy  tous  li  affaires.  Et  envoya  li  dis  rois  englès  ces  quatre  che- 
valiers, monsigneur  Renart  de  Gobehen,  monsigneur  Richard  de 
Stanfort,  monsigneur  Gautier  de  Mauni,  monsigneur  Rogier  de 
Biaucamp,  à  Paris,  pour  jurer  le  pès  au  palais  devant  tout  le  peu- 
ple. De  quoy,  quand  on  seut  leur  venue,  on  alla  contre  yaux  hors 
de  le  chité  de  Paris  bien  loing,  moult  reveramment  à  grant  pour- 
cession,  et  sonnèrent  touttes  les  cloches  de  Paris  à  leur  venue  en 
nom  de  solempnitë  et  de  feste.  Et  furent  ensi  amenet  jusques  au 
palais,  là  où  il  fissent  le  sierement,  voiant  et  oiant  tous  chiaux  qui 
olr  et  veoir  les  peurent,  de  par  le  roy  englès  et  tous  ses  enfans. 
Et  puis  furent  très  grandement  festiiet  et  honnouret  dou  duc  de 
Normendie  et  de  tous  les  seigneurs  et  les  nobles  de  Franche  qui 
là  estoient,  et  furent  menet  en  le  belle  cappelle  dou  palais  de 
Paris.  Si  leur  furent  moustrëes  les  plus  belles  reliques  et  les  plus 
digneus  joyaux  du  monde  qui  là  estoient,  et  meysmement  le  sainte 
couronne  dont  Dieux  fu  courounnés  à  son  saintimme  travel.  Et 


244  CHRONIQUES  DE  J.  FROISSART.     .      [1360] 

en  dounna  li  dus  de  Normendie  à  chacun  des  chevaliers  une  des 
plus  grandes  espinnes  de  le  dîtte  courounne,  laquelle  cose  cha* 
cuns  chevaliers  prisa  moult  et  le  tint  au  plus  noble  joyel  que  on 
li  pewist  dounner.  Àpriès,  li  dis  dus  de  Normendie  fist  dounner  à 
chacun  le  plus  biel  courssier  que  on  pewist  veoir  ne  trouver,  et 
grant  plentë  d'autres  joyaux  d'or  et  d'argent  et  de  très  presieuses 
pierres.  Et  puis  furent  conduit  et  remennet  noblement  et  puissam- 
ment jusque  à  lors  gens  qui  les  atendoient  par  deviers  Paloseal.  Si 
chevaucièrent  avoecq  yaux,  à  grant  compaignie  de  gens  d'armes, 
li  doy  marescal  de  Franche  jusques  à  l'ost  du  roy  Edouwart,  et 
de  là  en  avant  pour  yaux  conduire  panny  le  royaumme  [de  Fran- 
che] sauvement,  et  pour  yaux  faire  livrer  à  vivre  et  lors  nécessitez 
pour  leurs  deniers  payant,  enssi  que  couvens  estoit.  P  123  v^. 

P.  17,  1.  16  :  ceste.  —  Mss.  A  :  celle. 

P.  17,  1.  16  :  s'appeUe.  —  Mss.  A  :  s'appelloit. 

P.  17,  1.  17  :  Chartres.  —  Ms.  A  17  ;  lettres. 

P.  17,  1.  18  :  en  celle  anée.  —  Ms.  A  %  :  en  pluseurs  ma- 
nières. P»  221 . 

P.  17,  1.  21  :  quant  il.  —  Les  mss.  A  ajoutent  :  la  virent  et 
ik. 

P.  17, 1.  23  :  ensonniiet.  —  Ms.  AS:  embesoingniez. 

P.  17,  1.  23  :  istance.  —  Ms,  AS:  entencion. 

P.  18, 1.  8  :  partie.  ^^  Le  ms.  A  il  ajoute  :  de  son  conseil  et. 
F»  279  V. 
t.  P.  18,  I.  10  :  couvignablement.  —  Mss.  A  :  convenablement. 

P.  18,  1.  12  :  estoit.  —  Ms,  A  17;  fut. 

P.  18,  1.  12  :  moult.  —  Mss.  A  :  durement. 

P.  18,  1.  19  :  venu.  —  Ms,  AS:  revenuz. 

P.  18, 1.  20  :  à  toutes  ces  coses.  —  Mss.  A  :k  toutes  les  choses 
dessus  dites. 

P.  18,  1.  24  :  plaisirent.  —  Mss.  A:  pleurent. 

P.  18,  I.  25  :  et  à  son  conseil.  —  Ces  mots  manquent  dans  les 
mss.  A. 

P.  18,  1.  28  :  Michiel.  —  Le$  mss.  B  k  et  A  ajoutent  :  et  de  le 
Saint  Michiel  en.  F<»  224. 

P.  19,  1.  4  :  publikement.  —  Ce  mot  manque  dans  le  ms.  A  il. 
F»  280. 

P.  19,  1.  6  :  triewe.  —  Ms.  A  S  :  traittié.  F»  221  v«. 

P.  19,  I.  11  :  à  lui.  —  Ms.  A  S:  de  lui. 

P.  19,  1.  12  :  venir."—  Ces  mots  manquent  dans  les  mss.  A. 


[1360]      VARIANTES  DU  PREJ^IER  LIVRE,  S  ^77.         24» 

P.  19,  1.  46  :  Briane.  —  Ms.  À  17  ;  Brienne.  F*  280.  —  Ms. 
u/  15  :  le  sire  de  Neufville.  Y\  242. 

P.  19,  1. 18  :  de.  —  M&s.  A:  du  roy. 

P.  19,  1.  24  :  en  grant.  —  Le  ms,  A  17  ajoute:  ordonnance  et, 
—  Ce  ms,  omet  :  el  à  pourcessions. 

P.  19,  1.  25  :  widièrent.  —  Ms.  A  8  ;  vindrent.  F«  221  v».  — 
Ms,  ^  15  :  issirent.  — Ms,  A  il  :  se  partirent  de  la  ville  de  Paris. 

P.  19,  1.  27  :  ensi.  —  Ms.  A  il  :  dedens  Paris. 

P.  19,  1.  31  :  venue, —  Ms,  AS:  voulenté. 

P.  19, 1.  31  :  à  ce  donc.  —  Ms,  AS  :  adonques. 

P.  19,  1.  32,  et  p.  20,  1. 1  :  jonchies.  —  Mss,  ^  il  à  14  .- 
pavëes  d'. 

P.  20,  1.  2  :  pooit.  —  Ms,  A  S  :  pot. 

P.  20,  1.  7  :  bellement.  —  Mss.  A  8,  15  :  bien. 

P.  20,  1.  7  et  8  :  reveramment.  —  Ms»  A  1";     aigement. 

P.  20,  L  17  :  mène.  —  Ms.  AS:  amenez. 

P.  20, 1.  19  :  digne.  —  Ms.  A  S  :  riches. 

P.  20,  1.  29  :  donner.  —  Ms.  A  il  :  baillier. 

P.  20,  1.  3^  :  remercièrent.  —  Ms»  A  S  :  mercièrent. 

P.  21 ,  1.  2  :  estoient.  —  Ces  mots  manquent  dans  Us  mss.  A, 

P.  21,  I.  4  :  assës.  —  Ms.  A  il  :  bien. 

P.  21,  1.  9  :  vivres.  -*  Le  ms.A  15  ajoute  :  en  paiant  leurs 
deniers. 

§  477.  Quant  il  furent.  —  Ms,  é^ Amiens  :  Quant  il  furent 
parvenu  jusques  en  Vost  dou  roy  Edouwart ,  li  chevalier  d'En- 
gleterre  qui  avoient  esté  à  Paris,  li  racontèrent  tantost  le  très 
grande  honneur  et  feste  que  on  leur  avoit  fait  à  Paris,  et  li  mous- 
trèrent  les  nobles  jewîaux  que  on  leur  avoit  donnés  :  de  quoy  li 
roy  s  eut  grant  joie.  Si  festia  grandement  ces  seigneurs  franchois 
qui  là  estoient  venu  pour  ses  gens  conduire,  ensi  que  dit  est. 
Si  vint  à  l'endemain  li  roys  englès  en  le  cité  de  Gartres,  et  alla 
en  grant  dévotion  à  Teglise  de  Nostre  Damme,  et  aucun  des  sei- 
gneurs d'Engleterre.  Et  y  donna  li  roys  grans  dons  et  biaux 
jeuiaux,  et  ossi  fissent  li  seigneur;  puis  s'en  partirent  et  chevau- 
chièrent  leur  chemin  bellement  et  ordonneement  deviers  Normen- 
die  et  par  deviers  le  Pont  de  l'Arche,  pour  passer  là  endroit  la 
rivierre  de  Sainne,  si  qu'il  fissent.  Et  partout  là  où  il  venoient,  il 
trouvoient  les  bonnes  villes  ouvertes  pour  passer  tout  oultre,  et 
tout  chou  qu'il  leur  besongnoit  à  vendre  pour  marchiet  raison- 


146  CHRONIQUES  DE  J.  FROISSâRT.  [1360] 

nable.  Si  passoient  bellement  et  courtoisement  oultre ,  et  se  lo- 
goient  en  villes  campestres;  car  vous  devës  savoir  que,  sitost 
que  H  pès  fu  parfaite  et  acordëe,  on  le  fist  nunchier  etcriier 
par  tout  le  royaumme  de  Franche,  les  cités  et  les  bonnes  vil- 
les :  par  quoy  chacun  pooit  savoir  qu'il  devoit  faire.  Etli  roys 
englès  faisoit  toudis  ses  marescaux  chevauchier  derierre,  pour 
garder  que  ses  gens  ne  fesissent  forche,  villonnie  ne  outraige  à 
nullui,  ne  par  nuit,  ne  par  jour.  Quant  li  Englès  furent  parve- 
nus jusques  au  Pont  de  l'Arce»  ilz  se  logièrent  environ.  L'ende- 
main  au  matin,  li  roys  se  parti  de  ses  gens  et  s'en  alla  en  petite 
compaignie  par  deviers  un  port  dé  mer  que  on  claimme  Harflues. 
Là  trouva  il  de  ses  vaissiaux  qui  estoient  nouvellement  venu 
d'Engleterre. 

Li  roys  d'Engleterre  monta  en  mer  à  Harflues,  pour  revenir 
arrierre  en  Engleterre.  Et  ses  gens  passèrent  le  rivierre  de  Sainne 
au  Pont  à  TArche,  et  cheminèrent  bellement  et  courtoisement 
parmy  le  pays,  enssi  que  dit  est,  tant  qu'il  vinrent  à  Pekegny. 
Si  passèrent  là  endroit  le  rivière  de  Somme  et  fissent  tant,  en 
cheminant,  qu'il  parvinrent  à  le  forte  ville  de  Callaix.  Adonc 
prissent  li  Franchois  congiet  d'iaux ,  qui  les  avoient  courtoise- 
ment conduis;  et  li  Englez  s'appareillièrent  pour  passer  oultre  en 
Engleterre,  chacuns  enssi  que  mieux  peult.  Et  ossi  chacuns  des 
gens  d'armes  estranges  s'en  ralla  en  son  pays,  mes  petit  en  y  avoit» 

Et  si  trestost  que  li  roys  Edouwars  fu  venus  à  Londres  à  tel 
compaignie  qu'il  avoit,  et  qu'il  eut  estes  festiiés  et  conjols  de  ma- 
damme  la  roynne  d'Engleterre,  sa  femme,  il  s'en  alla  au  plus  tost 
qu'il  peult,  là  où  li  roys  Jelians  de  Franche  gisoit,  et  l'amena  à 
son  pallais  à  Wesmoustier,  à  Londres,  où  il  fii  festiiës  et  hon- 
nourés  grandement  dou  roy  d'Engleterre  et  de  roadamme  le 
roinne,.  dou  prinche  de  Gallez,  qui  point  ne  le  haioit,  dou  duc  de 
Lancastre  et  de  tous  les  seigneurs  enssuiwant  d'Engleterre.  Et 
estoit  adonc  li  roys  Jehans  de  Franche  logiés  en  l'ostel  de  Savoie, 
messires  Phelippes ,  ses  filz ,  avoecq  lui ,  messires  Jaquemes  de 
Bourbon ,  messires  Jehans  d'Artois,  li  comtez  de  Dammardn,  li 
comtes  de  Tamkarville,  li  comtes  d'Auçoire  et  li  autre  seigneur 
de  Franche  qui  furent  pris  à  le  besoingne  de  Poitiers.  Là  eult 
grans  festez  et  grans  reviaux  entre  le  roy  de  France  et  le  roy 
d'Engleterre,  et  festioient  de  disners  et  de  souppers  si  grandement 
l'un  l'autre  c'a  merveilles.  Et  durèrent  ces  festes  quinze  jours. 
Et  donnoient  li  doy  roy  les  plus  nobles  mengiers  à  court  ouverte 


[1360]      VARIANTES  DU  PREMIER  LIVRE,  S  ^77.         247 

que  on  se  pooit  esmervillîer  où  on  prendoit  chou  que  on  y  despen- 
doit,  car  chacuns  s'eCTorchoit  de  fourpasser  son  compaignon. 
Quant  chou  fu  passet  et  on  eult  appareilliet  le  roy  de  Franche  de 
si  nobles  atours  que  à  tel  prince  appartenoit ,  li  roys  englès  et  si 
enfans,  li  dus  de  Lancastre  et  tout  li  autre  grant  seigneur  le  ame- 
nèrent jusques  à  Douvres  sus  le  mer,  à  très  grant  noblèce.  Et 
envoya  li  roys  englès  leprinche  de  Galles  son  fil,  le  duc  de  Lan- 
castre, le  comte  de  Warvich,  monseigneur  Regnart  de  Gobehen, 
monseigneur  Gautier  de  Mauny,  le  seigneur  de  Perssi  et  grant 
fuisson  de  seigneurs  avoecq  le  dit  roy  Jehan  jusques  à  GaDais, 
enssi  que  couvenenchiet  estoit,  etli  fissent  toutte  Tonneur,  Famour 
et  le  compaignie  que  faire  li  peurent  et  si  comme  à  lui  appartenoit. 
Et  attendirent  à  Calais  les  seigneurs  de  Franche  assés  longement, 
qui  dévoient  aporter  six  fois  cent  mil  florins  et  entrer  en  hostaige, 
ensi  que  li  pais  faite  et  acordée  entr'iaux  portoit.  F^  124. 

P.  21,  L  13  :  dignes.  —  ilfj.  A  17  ;  noblesTF»  281. 

P.  21,  1.  13  :  les  dignes  jeuiaus.  —  Ms,  jà  S  :  les  dignitez  et 
les  joyaubL.  F®  222.  —  Ms,  ^  15  ;  les  grans  dignitez  et  joiaulz. 
F»  242  V*. 

P.  21, 1.  19  :  traisissent.  -^Ms.  AS:  retraissent.  —  Mss.  A 
15  à  17  :  se  retraissent  arrière. 

P.  21,  L  21  :  le  Somme.  —  Ms»  ^  8  ;  la  rivière  de  Somme. 

P«  21,  1.  21  :  aller. —  Ce  mot  manque  dans  les  mss»  A, 

P.  22 ,  1.  2  et  3  :  grande  offirande.  —  Ms,  A  %  :  grandes 
offrandes. 

P.  22, 1.  4  et  5  :  Si  entendi....  Harflues.  —  Ms.  A  ^  :  el  che- 
vauchèrent tant  que  le  roy  et  ses  enfans  vindrent  à  Harfleu. 

P.  22, 1.  10  :  aconvoiiës.  —  Mss,  -^  8, 15  à  17  .-  convoiez. 

P.  22, 1.  12  :  sans  damage  et  sans  péril.  —  Ces  mots  manquent 
dans  les  mss.  A, 

P.  22,  1.  15  :  auques  des  premiers.  —  Ms,  A  17  .*  avecques 
ses  barons. 

P.  22, 1.  22  :  disoit.  —  Ms.  A%  :  diroit. 

P.  22,  1.  24  :  à  quel  —  Mss.  ^  15  à  17  ;  à  quelque. 

P.  22y  1.  25  :  ne  Teuist  jamais  contredit.  —  Ces  mots  manquent 
dans  les  mss.  A, 

P.  22, 1.  27:  Jakemes.  —Ms.  A  8;  Jaques,  F*  222  V. 

P. 22, 1.  28  :  durement.  —  Ms,  AS  :  grandement. 

P.  23, 1.  3  et  4  :  approcemens.  —  Les  mss.  B  3^  ^  et  A  ajau^ 
tent  :  semblant.  F«  239. 


248  CHRONIQUES  DE  J.  FROISSilRT.  [1360] 

P. 23, 1.  9  :  cstoit.  —  Mss.  A%,M  :  estoient.  —  ilfjr.  ^15  : 
fut  resjouie  de  leur  venue  et  de  la  paix  du  roy  son  seigneur. 
F«243. 
f   P.  23,  1.  12  :  le.  —Ms.  J  S  :  se  —  Mss.  A  iti  à  il  :  les. 

P.  23,  1.  20  :  messagiers.  —  Ms.  A  8  ;  messages. 

P.  23,  I.  22  :  Li  paiemens.  —  Mss.  B  2^  k  ei  A  :  Mais  li 
paiemens. 

P.  23, 1.  26  :  dou  roy  leur  père.  —  Ms.  A  %  :  de  leur  sei- 
gneur. 

P.  23,  I.  27  :  attendre.  —  Mss.  A  S,  i^  à  17  :  entendre. 

P.  23,  1.  28  :  entrues.  —  Ms.  A  %  :  pendant  ce. 

P.  23,  1.  28  :  le  dit  royaume.  —  Ms.  A  S  :  le  royaume  de 
France. 

P.  23,  1.  30  :  Melans.  —  Ms.  A  1  :  Melan.  F»  229  v«.  — 
Mss.  AS.iHà  17  :  Milan. 

P.  23,  1.  30  et  p.  24,  1.  1  ;  et  de  plusieurs  cités  en  Lombar- 
die,  fist.  —  Ms.  A  iT  :  et  plusieurs  citez  de  Lombardie  firent. 
F»  281  v«. 

t,  P.  24, 1,  3  :  ronva.  —  Mss.  ^8,  15  :  fist  requérir.  —  Ms, 
A  n  :  ùst  savoir.  Le  scribe  du  ms.  A  7,  ri  ayant  pu,  lire  ou  ne 
comprenant  pas  le  mot  hodva,  fa  laissé  en  blanc. 

P.  24,  1.  4  :  parmi  tant.  —  Ms.  A  %  :  parmy  ce'que. 

P.  24,  1.  6  :  s'i  :  —  Ms.  A  17  :  lui. 

P.  24,  1.  8  :  pourquoi.  —  Ms.  AS:  pour  ce  que. 

P.  24,  1.  9  :  ne  fu....  avant,  —  Mss.  A.  7,  8,  15  à  17  ;  ne 
vint  mie  si  tost  avant. 

P.  24,  1.  10  :  soufirir.  —  Le  ms.  A  8  ajoute  :  et  endurer. 

S  478.  Quant  li  princes.  —  Ms.  dAMiens  :  Quant  chil  sei- 
gneur d'Engleterre  eurent  assés  atendu  et  il  virent  que  chil  ht>s- 
taige  n'estoient  point  appareilliet,  ne  li  argens  deseure  dis  pour- 
veus,  il  prissent  congiet  au  roy  de  France  et  s'en  railèrent  en 
Engleterre,  et  laissièrent  le  roy  Jehan  et  monsigneur  Phelippe, 
son  fil,  en  le  garde  de  quatre  moult  vaillans  chevaliers  pour 
yaux  garder,  c'est  assavoir  le  comte  de  Warvich,  monsigneur 
Regnartde  Gobehen,  monsigneur  Gautier  de  Mauny  et  monsigneur 
Rogier  de  Biaucamp  et  de  pluisseurs  autres  gens  d'armes  souffis- 
sans,  qui  leur  faisoient  tous  les  solias  que  faire  pooient  bonne- 
ment, et  laissoient  parler  au  dit  roy,  et  mengier,  soupper  et 
com|)aignier  en  tous  solas  avoccq  lui  les  seigneurs  et  les  cheva- 


[1360]      VARIANTES  DU  PREMIER  LIVRE,  §  479.         249 

liers  de  France,  enssi  qu'il  leur  plaisoit  et  enssi  qu'il  le  venoient 
veoir  de  jour  en  jour,  les  ungs  apriès  les  autres.  Et  menoient  chil 
seigneur  d'Engleterre  esbanoiier  le  dit  roy,  monseigneur  Phelippe, 
son  fil,  et  les  autres  seigneurs  de  Franche  demy  lieuwe  loing, 
fuist  à  piet  ou  à  cheval,  si  comme  il  leur  plaisoit,  en  attendant 
que  li  somme  de  florins  dessus  ditte  fust  paiiée  et  que  li  seigneur 
.qui  dévoient  entrer  en  hostaige  pour  le  roy,  leur  seigneur»  fuis- 
sent venn. 

Si  estoit  tous  li  db  paiemens  des  six  cens  mil  florins  pourveus 
et  mis  en  l'abbeie  de  Saint  Bertin,  à  Saint  Ommer,  mes  on  ne  le 
volloit  mies  délivrer  jusques  à  tant  que  li  hostaiges  fuissent  en- 
trés, ensi  que  couvenenchiet  estoit,  à  bonne  cause;  car,  se  li 
somme  de  florins  fust  délivrée  et  apriès  li  hostaiges  n'y  volsissent 
tout  entrer  ou  on  ne  se  pevist  acorder,  li  ditte  somme  fust  per- 
due, li  pès  fubt  brbie,  et  li  roys  Jehans  de  France  fiist  remennés 
en  Engleterre  comme  devant.  F^  124. 

P.  2t$,  1.  3  :  dou  pays  environ.  —  Ms.  A  il  :  d'environ 
icelles. 

P.  25,  1.  6  :  en  l'ombre.  —  Ms^  A%  :  soubz  ombre. 

P.  25,  1.  10  :  Athegni.  —  3ff .  ^8  :  Athigny.  F»  223. 

P.  25, 1. 11  :  il.  —  Ms.  A  8  :  si. 

P.  25»  1.  15  et  16  :  si  retoumoient.  —  Ms.  Ail  :  et  s'en  re- 
tournèrent. F*"  282. 

P.  25,  1.  20  :  florins.  —  Mss.  A  :  frans.  * 

P.  25, 1.  21  :  fil.  —  Ze  ms.  A  8  ajoute  :  là. 

P.  26,  L  1  et  2  :  comment...  user.  —  Ces  mots  manquent  dans 
les  mss.  A. 

§  478.  Ensi  demora.— ilfr.  d Amiens  :  Ensi  demeura  li  roys 
de  Franche  à  Gallais  tout  cel  estet  ensuiwant.  Et  vinrent  si  troy 
fil  à  le  chité  d'Amiens  :  là  eut  maint  parlement  de  l'un  à  l'autre. 
Finablement,  il  s'acordèrent  à  entrer  en  hostagerie  pour  le  roy 
leur  père,  voires  messires  Loeys  et  messires  Jehans.  Et  leur  eut  en 
couvent  messires  Caries,  leurs  ainnés  frerres,  qui  celle  pais  avoit 
tretie,  que  il  ne  cesseroit  jamais  deviers  le  roy  leur  père  si  les  en 
aroit  délivrés.  Et  pour  acroistre  leiir  nom  et  leur  seignourie,  on 
fist  monsigneur  Loeys,  ducq  d'Ango  et  du  Mainne,  et  monsigneur 
Jehan,  duc  de  Berri  et  d'Auvergne.  Si  s'asamblèrent  tout  chil  sei- 
gneur, qui  ostagier  dévoient  estre,  en  le  bonne  ville  de  Saint  Omer. 
Et  quant  il  furent  tout  venu,  il  se  traissent  moult  couvignablemcnt 


250  ŒRONIQUES  DE  J.  FROISSART.  [1360] 

à  Callais,  et  se  remoustrèrent,  chacuns  par  lui,  au  consseil  dou  roy 
d'Ëngleterre.  Si  jurèrent  tout  prison  et  hostagerie  pour  le  roy  leur 
sîgneur.  Et  li  roys  Jehans  leur  dist  que  il  y  entraissent  ou  nom  de 
Dieu  liement  et  voUentiers,  car  il  les  en  deliveroit  sans  damage 
et  sans  fret.  Vous  devës  savoir  que  chacuns  sirez  estoit  si  enclins 
à  le  pais  pour  tout  le  coummun  prouffit  de  crestienneté^  et  si  avoient 
si  grant  fianche  ou  roy  Jehan  leur  signeur,  qui  leur  disoit  et 
proummetoit  qu'il  les  en  deliveroit,  que  tout  y  entrèrent  liement. 
Ghe  fu  le  huit  de  tous  les  Sains  qu'il  passèrent  le  mer  à  Calions  et 
arivèrent  à  Douvres  Tan  de  grasce  mil  trois  cens  soissante. 
F»  124  V». 

P.  26,  1.  4  :  octembre.  — M$s.  A  %,  i\i  à  17  .*  octobre. 
F*  223. 

P.  26, 1.  7  :  dévoient.  —  Le  nu,  A  il  ajoute  :  venir  et. 

P.  26,  1.  11  et  12  :  de  l'une...  dou  conseil.  —  Ms,  A  17  .* 
d'un  costé  et  d'autre  du  costë.  F"»  282  V>. 

P.  26,  1.  15  :  qui  s'appellent  cbartre.  -*  Ces  mois  manquent 
dans  les  mss,  A. 

P.  26,  1.  28  :  pour  tant  —  Mss.  ^  8,  15  à  17  :  pour  ce 
que. 

P.  26,  1.  30  :  dient.  -^  Ms.  A  S  :  disoient.  F«  223  v^. 

§  481.  P.  33, 1.  7  :  Quant.  —  Les  $%  481  et  482  numqueni 
dans  le  ms.  A  17,  f»  283  v«. 

lisi.  —Ms.  AS  :  lut.  F»  225. 
çascun.  —  Ms,  AS:  tous. 
;  ordonné.  —  Ms,  AS  :  accorde. 
;  Bretegni.  —  Ms.  AS:  Bretigny. 
estoit.  —  Les  mss,  A  ajoutent  s  tout  appareiUié 
et.  Ms.Al.î'^âi  v«. 

P.  33, 1.31  :  li  consauls. — Ms,Al:  lesconsaulz.  —  Ms,AS: 
le  conseil. 
P.  34,  1.  1  :  requisent.  —  Ms,  AS:  requist. 
P.  34, 1.  3  :  grossëe.  —  Les  mss,  J?  3,  k  et  les  mss.  A  ajou^ 
tent  :  et  seellëe.  F""  241. 

P.  34,  1.  9  :  notablement.  —  Ms,  AS:  noblement. 

§  485.  P.  47,  1.  9  :  estroit.  -*  Ce  mot  manque  dans  les 
mss.  A. 

P.  47, 1.  26  :  grossée.  —  Ms.  A  M  :  grossoyëe.  F»  287. 


p. 

33, 

!• 

10 

p. 

33, 

1. 

12 

p. 

33, 

18 

p. 

33, 

1. 

18 

p. 

33, 

1. 

28 

[1360]      V4RIANTES  DU  PREMIER  LIVRE,.  §  48(5.         231 

P.  47,  1.  28  :  s'ensieut.  —  Mss.  A  8,  15  .*  est  telle.  F»  228  v^". 
—  Les  mss.  A  l^il  ajoutent  :  ainsi.  F*  234  v®. 

§  488.  P.  50,  1.  27  :  de  l'un.  —  Le  ms.  A  %  ajoute  :  roy. 
#•229. 

P.  50,  1.  28  :  content.  —  Ms.  A%  :  contens.  —  Ms.  A  il  : 
comptentes.  P  288. 

P.  50, 1.  28  ':  voirs.  —  Ms.  A  %  :  vente. 

P.  50, 1.  31  :  avoir  grant  droit.  —  Mss,  Al^S  :  droit  à  avoir 
très  grant.  F<»  235.  —  JUs.  A  iT  :  k  avoir  très  grant  droit. 

P.  51,  1.  2  :  concilier.  —  Mss.  A  S^  iH  à  il  :  touchier. 

P.  51,  1.  3  :  diffiniement.  —  Âts.  AS  :  diffinitivement. 

P.  51 , 1.  5  :  mies.  —  Ms,  AS:  point.  —  Ms,  Al:  pas. 

P.  51,  1.  10  :  quel  part.  — i  Ms.  AS:  quelque  part. 

P.  54 ,  1.  14  :  que  donc  qu'il.  — Ms.  AS:  jusques  à  ce  qu'ilz. 

P.  51,  1.  16  :  brieûnent  passer.  —  Ms,  A  M  :  brief  partir. 

P.  51,  1.  19  :  volsissent.  —  Ms.  AS:  eussent  voulu. 

P.  51,  1.  20  :  là.  —  Mss.  ^  15  à  17  ;  ja. 

P.  51,  1.  23  :  reus.  —  Ms.  A  il  :  receuz. 

P.  51,  1.  24  :  plus  longement.  —  Ms.  AS:  plainement. 

P.  51,  1.  27  :  en  devant.  —  Ms.  AS:  par  avant 

P.  51 , 1.  27  et  28  :  dont  nous  parlons.  —  Ms»  AS:  comme 
nous  parlerons. 

P.  51,  1.  31  :  et.  —  Ms.  A  S  :  ou. 

P.  52,  1.  7  :  en  dedens.  — -  ilfj.  ^  8  :  ce  pendant. 

P.  52,  L  13  :  de  [père].  —Ms.£i  :  de  frère.  F*  245. 

P.  52,  1.  19  :  cose.  — Mss.  A  :  matière.  — Ms.  Al,^  235  v«. 

§  486.  li  rois  Jehans.  —  Ms.  it Amiens  :  Encorres  avoecq 
tout  chou,  par  le  confirmation  de  le  pais,  li  doy  roy  s'appelloient 
frère.  Et  dounna  li  roys  de  Franche  à  quatre  barons  d'Engleterre 
où  il  eult  le  plus  se  grasce,  à  chacun  deus  mil  frans  de  revenue 
par  an  et  bien  assignés  en  France.  Et  ossi  li  roys  d'Engleterre 
dounna  à  quatre  barons  de  Franche  otelle  revenue  en  Engleterre, 
et  bien  assignes  et  bien  paiiës  par  an.  Et  eult  messires  Jehans 
Gambdos  toutte  la  terre  de  Saint  Sauveur  le  Visconte,  en  Gonsten- 
tin,  qui  jadis  avoit  estet  à  monsigneur  Godefiroi  de  Harcourt,  etli 
confrenmia  et  accorda  4i  roys  Jehans  de  Franche  à  le  priierre  de 
son  frère,  le  roy  d'Engleterre.  Les  coses  furent  adonc  si  bien  cpn- 
chies  et  si  bien  ordounnées,  au  samblant  et  à  Favis  de  l'une  part 


352  CHRONIQUES  DE  J.  FROISSART.  [1360] 

et  de  l'antre,  que  on  ne  quidoit  mie  que  le  guerre  dewist  jammès 
renouTeller. 

Si  tost  que  chil  seigneur  de  Franche  dessus  nommé  furent  entré 
en  mer  pour  |iasser  en  Engleterre,  li  roys  Jehans,  messires  Phe- 
lippes,  ses  filx,  messires  Jaquemes  de  Bourbon,  li  comtes  d'Eu,  )i 
comtes  de  Dammartin  et  tout  li  autre  comte  et  baron  de  France, 
qui  prisonnier  avoient  estet  en  Engleterre  avoecq  le  roy,  leor  sei- 
gneur, s'en  partirent  quitte  et  délivre,  sans  paiier  nulle  raenchon, 
non  se  rançonnet  ne  s'estoient  en  devant  le  pais.  P  124  v*. 

P.  S2,  1.  25  :  plus  grant.  -—  Le  ms.  B  3  ajotUe  :  affirmation  et. 
F*  245.  —  Le  ms,  B  k  ei  les  mss,  A  ajoutent  :  confirmation  et. 
F»  231  V*. 

P.  52, 1.  26  :  quoique.  —  Mss,  A  :  qui. 

P.  52, 1.  26  :  s'appellassent.  —  Mu.  A  S,  il  :  s'appellèrent. 
F*  229  V.  —  Mss.  v^  7,  15  :  s'appcUoient.  F»  235  V. 

P.  52,  1.  29  :  cescun.  —  Mss.  ^  7, 15  à  17  :  à  chascun. 

P.  53, 1.  6  :  terre.  «—  Les  mss.  A  ajoutent  :  dessus  ditte. 

P.  53,  1. 13  :  possesser.  —  Ms.  AS:  possider.  F<»  229  y. 

P.  53, 1.  20  :  consaulz.  —  Ms.  AS:  conseilliers* 

P.  53, 1.  22  :  allotant.  —  Ms.  AS: alîant. 

P.  53, 1.  25  :  mieulz.  -^  Ms.  A  il  :  plus.  F*  289. 

P.  53,  1.  25  et  26  :  je  euchl  —  Mss.  Al^il  :  j'en  ay  eu.  — 
Ms.  AS  î  j'ay  eu.  F«  230.  —  Ms.  A 15  ;  j'ay  depuis  eu.  P  251. 

P.  53,  1.  26  :  de  le  cancelerie.  —  Ces  mots  manquent  dans  le 
ms.  A  8. 

S  487.  P.  53,  1.  28  :  si  bien.  -^  Le  ms.  A  il  ajoute  : 
faictes. 

P.  54,  1.  2  :  se  deuist  brisier.  —  Ms.  A  1  :  ne  se  deust  briser. 
F*  235  \\  —  Ms.  A  8  :  seroit  tenue  sanz  briser.  F»  230. 

P.  54,  1.  6  :  paisieulement.  —  Mss.  A  :  paisiblement. 

P.  54,  1.  9  :  en  son.  —  Ms.  Al  :  ens  ou.  —  Mss.  ^^  8,  1 5 ; 
ou.  —  Ms.  A  il  :  dedens  le. 

P.  54,  1.  10  et  11  :  si  enfant.  ^  Ms.  A  15  :  ses  trois  fils. 
*»  Ms.  A  il  :  les  enffans  du  dit  roy. 

P.  54,  1.  15  :  vigile.  ^  Ms.  A  S  :  veille.  F»  230. 

P.  54,  1.  18  :  en  istance  que  pour,  —  Ms.  AS:  en  enten* 
cîon  de. 

P.  54,  1.  26  :  deuement.  —  Ms.  AS:  dévotement. 

P.  54,  1.  27  :  tournèrent.  —  Ms.  AS:  retournèrent. 


[1360]      VARUNTES  DU  PREMIER  LIVRE,  $  488.         253 

S  488.  Or  est  raisons.  —  Ms.  ^Amiens  :  Or  vous  voeille 
noummer  tous  lez  nobles  seigneurs  de  Franche  qui  furent  bos- 
tage  pour  le  roy  Jehan  de  Franche  et  qui  vmrent  demourer  pour 
lui  à  Londres  :  premièrement  li  dus  d'Ango,  li  dus  de  Berri,  li 
dus  d'Orliens,  li  dus  de  Bourbon,  li  comtez  d'Allenchon,  messires 
Guis  de  Blois  pour  le  comte  Loejs  de  Blois  son  frère,  li  comtes 
de  Saint  Pol,  le  comte  daufin  d'Auvergne,  le  comte  de  Halcourt, 
1q  comte  de  Porsiien,  le  comte  de  Brainne»  monsigneur  Jehan 
d'Estampes,  monsigneur  Engheran  signeur  de  Couchi,  le  seigneur 
de  Montmorensi,  le  signeur  de  Prayaux,  le  signeur  de  Clères,  le 
seigneur  de  Fontenielie,  monsigneur  Jehan  de  Lini,  castelain  de 
Lille,  le  signeur  de  Saint  Venant,  le  signeur  d'Englure,  le  si- 
gneur de  Trainiel,  le  signeur  de  Malevrier,  le  signeur  de  Latour, 
le  signeur  de  Roye,  le  seigneur  de  Bourbercq,  le  signeur  d'An- 
dresel  et  les  autres  barons  dont  je  n'ay  mies  bonnement  le  me- 
more.  Ossi  de  le  bonne  cite  de  Paris,  de  Thoulouse,  de  Roem, 
de  Rains,  de  Lions  sus  le  Rosne,  de  Bourges  en  Berri,  d'Orliiens, 
d'Amiens,  de  Toumay,  de  Chaalons  en  Campaingne,  de  Troies, 
d'Arras,  de  Saint  Orner,  de  Lille  et  de  Douais  de  chacune  de  ces 
cités  et  de  ces  villes,  deux  bourgois.  Si  passèrent  tout  le  mer 
ensi  que  je  vous  di,  et  s'en  vinrent  amaser  et  amanagier  ^n  le 
chitë  de  Londres,  chacuns  sires  par  lui  avoecquez  ses  gens  et 
sen  ordounnanche  et  tinrent  bon  estât  et  grant  et  noble.  Et  ossi 
li  roys  les  tenoit  liement  ;  et  quant  il  venoient  deviers  lui,  il  les 
festioit  et  veoit  vollentiers  et  leur  demandoit  des  nouveUes  et  les 
laissoit,  siis  le  recreance  de  leurs  fois,  aller  et  venir,  chevauchier 
et  esbatre,  voiler  et  cachier  parmy  le  royaunune  d'Engleterre. 
F'  124  V. 

P.  55,  l  14  :  Lini.  —  Mss.  ^  8,  15  à  17  :  Ugay. 

P.  55, 1.  14  :  Brainne.  —  JUss.  ^  8,  15  ;  Brianne. 

P.  55,  1.  18  à  21  :  d'Auvergne...  d'Andresel.  —  Ces  trois  li- 
gnes  manquent  dans  lems.  A  M,  ^  290. 

P.  55,  1.  22  :  Ossi.  —  Ms.  B  %  :  et  de  dix  neuf  chitës  et 
bonnes  villes,  de  chascune  deus  bourgois,  et  de  Paris  quatre.  Sy 
jurèrent  tout  chil  signeur  et  bourgois  solempnellement  de  aller 
tenir  prison  à  Londres,  en  Engleterre,  et  là  où  au  roy  plairoit, 
JHsques  adonc  que  on  les  aroit  racheté  de  vingt  quatre  cens  mille 
francs.  P  616. 

P.  55,  1.  27  :  Kem.  —  Mss.  ^  8,  15  «  17  :  Cacn.  F<»230  V. 

P.  55,  L  28  :  çascone.  —  Les  mu.  ^  7, 15  à  17  t^ouunt  :  Aé. 


iK4  CHRONIQUES  DE  J.  FROISSART.  [4360] 

P.  SSf^t  I.  30  :  amanagîer.  —  Mss,  ^  15  à  17  .*  amenasgier. 

P.  55,  I.  3i  :  recarga.  —  Mss.  ^^  7,  8,  15  :  recharga.  — 
Ms.  A  il  :  charcha. 

P»  56,  1.  1  :  enjoindi.  —  Mst.  A  :  enjoingni. 

P.  56,  1.  7  :  ribote.  —  Mss.  A  :  note. 

P.  56|  1.  8  et  9  :  cachier.  —  Mss.  A  :  chacier. 

P.  56,  1.  11  :  ne  furent.  —  Mss.  A  :  n'y  furent. 

P.  56,  1.  14  :  Bçulongne.  —  Les  mu.  A  i^  il  ajotaent  :  et 
estoit  party  de  la  ditte  ville  de  Galays. 

S  489.  Li  rois.  — •  Ms.  JAmiem  :  Si  vint  li  rois  Jehans  à 
grant  oompaignie  en  le  bonne  ville  de  Saint  Orner,  où  il  fu  gran- 
dement festiiës  et  conjols,  et  li  dounna  on  et  présenta  des  biaux 
presens,  puis  s'en  parti  et  vint  à  Teruane  et  puis  à  Arras.  Là 
vint  li  dus  de  Normendie,  ses  filx,  contre  lui,  qui  le  conjol  et  re- 
queilli  liement,  si  conuqe  il  estoit  tenus  dou  faire.  De  touttes  les 
gistes,  les  visitations  que  li  roys  fist  par  son  royaumme,  me  voeil 
je  briefment  passer  ;  mes  il  alla  tant  de  chitë  en  cité,  de  bonne 
ville  en  bonne  ville,  qu'il  fu  li  Noêlx  ainscois  qu'il  revenist  à  Pa- 
ris ;  et  quant  il  y  rentra,  on  ne  vous  poroit  mies  deviser  com  no- 
blêmit  et  puissanment  il  y  fu  rechups,  car  moult  y  estoit  désires. 
Et  li  donna  on  des  biaux  dons  et  des  grans  presens,  et  le  vinrent 
veoir  et  viseter  li  prélat  et  li  seigneiu*  de  son  royaumme.  Si  les  re- 
cevoit  li  rois  bellement  et  sagement,  ensi  que  bien  le  savoit  faire. 
F-  124  V  et  125. 

P.  56,  1.  21  :  vint.  —  Ms.  A  il  :  revint.  F*  290  v«. 

P.  56,  1.  26  :  le  roy.  —  Ms,  A  il  :  lui. 

P.  56,  1.  27  :  devise'.  —  Ms.  A  8  ;  raconté.  F»  230  v«. 

P.  56, 1.  27  :  com.  —  Mi.  A  B  :  comment 

P.  56,  1.  28  :  recueillies.  —  Mss,  A  :  recueillis,  recueilli. 

P.  56,  1.  28  :  ce.  —  Ms.  A  8  :  son. 

P.  56,  1.  30  et  31  :  biaus...  presens.  —  Ms.  A  M  :  beaubc 
jouaulx  et  de  grans  dons,  et  fist  on  de  rechief  presens. 

P.  57, 1.  3  :  recevoit.  —  Ms.  A  il  :  receut  moult. 

P.  57,  1.  3  et  4  :  et  bellement.. •  faire.  —  Ces  mots  manquent 
dans  les  mss.  A. 

S  490.  Assës  tost. — Ms.  J Amiens  :  Si  envoya  li  dis  roys  mon- 
signeur  Jakemon  de  Bourbon,  son  cousin,  en  le  Langhe  d'Ock, 
pour  viseter  le  pays  et  mettre  en  saisinne  et  en  possession  des 


[1360]      VARIAMES  DU  PREMIER  LIVRE,  §  490.         255 

villes  et  des  casdaux  et  des  pays  les  gens  le  roy  d'Engleterre, 
qui  y  dévoient  venir,  enssi  que  couvens  se  portoit.... 

En  ce  tamps  fu'  advisë  et  regardé  de  par  le  consseil  d'Engle- 
terre,  que  chils  bons  chevaliers  messires  Jehans  Gambdos  venroit 
en  Acquittaine  prendre  le  possession  des  cités,  des  villes  et  des 
pays  que  li  roys  englès  y  devoit  tenir,  car  il  avoit  mis  grant 
painne  au  concquerir,  tant  à  le  bataille  de  Poitiers  comme  ail- 
leurs; et  si  estoit  ûrans  et  gentih  de  corraige  et  bien  acorda- 
bles  à  tonttez  gens  d'onneur,  sages  et  advisés  durement  :  pour 
chou  y  fu  il  envoiiés.  Si  passa  le  mer  messires  Jehans  Gambdos 
et  vînt  en  Acquittainne  en  grant  arroy,  et  prist  le  possession  de 
toutes  les  terrez  devisées  et  dittez  en  le  cartre  de  le  pès.  Et 
quitta  li  dis  rois  de  France  à  tous  seigneurs,  barons,  chevaliers 
et  escuiers,  fois,  hommaiges  et  services,  et  remist  tout  en  le 
main  dou  roy  d'Engleterre  qui  y  entra,  voirs  messires  Jehans 
Gambdos  procureres  pour  lui,  ossi  purement,  ossi  quittement  que 
li  roys  Jehans  les  tenoit  :  dont  moult  despleut  à  chiaux  de  le 
Rocelle,  de  Saint  Jehan,  de  Poito,  de  Saintonge,  que  il  les  cou- 
venoit  y  estre  englès.  Ossi  fîst  il-  à  chiaux  de  Pontieu,  ouquel 
pays  li  roys  englès  envoya  monsigneur  Gerar  de  Baudresen, 
qui  fu  senescaux  de  Pontieu  et  le  gouvrenna  ung  grant  tamps. 
F»  125. 

P.  57,  1.  7  :  prendre.  —  Les  mss,  A  \^  à  il  ajoutera  :  la 
possession  et. 

P.  57,  1.  13  :  obéir  ne  yaus  rendre.  —  Ms.  A  17  ;  obeyr  à 
eulx  ne  rendre. 

P.  57,  1.  14  :  quoique.  —  Ms.  AS:  combien  que.  F^,231. 

P.  57,  1.  15  :  venoit.  —  Mss.  A  7,il  :  sembloit.  F*  236  v«. 

P.  57,  1.  15  :  grant.  —  Le  ms,  A  8  ajoute  :  dommage  et. 

P.  57,  1.  17  :  le  conte.  —  Ms.  ^^  8  ;  de  la  conté. 

P.  57,  1. 19  et  20  :  le  signeur  de  Taride.  —  Ces  mots  man- 
quent dans  les  mss.  A, 

P.  58, 1.  1  :  Jakemon.  —  Mss.  ^  8,  15  à  17  ;  Jaques. 

P.  58,  1.  21  et  22  :  que  donc  que  il  fuissent.  ^^Mss.  ^  8, 15 
à  17  .*  que  ce  qu'ilz  feussent. 

P.  58, 1.  24  :  escusances.  —  Ms.  A  %  :  excusacions. 

P.  58,  l.  27  et  28  :  enfrainte  et  brisie.  —  Ms.  A  M  :  en 
France  brisée. 

P.  58,  1.  28  :  par  lequel  coupe. — Ms.  A  il  :  laquelle  chose. 

P.  58,  1.  30  et  31  :  moustrances.  — Ms,  JBd  :  remoustrances. 


256  CHRONIQUES  DE  J.  FROISSART.  [1360] 

F«  246  V*.  —  Mss.  ^  8,  15  à  17  ;  paroles.  —  Le  ms.  A  1 
ajoute  :  ne  paroles. 

P.  58,  1.  32  :  à  trop  grant  dur.  —  Ms,  B  Z  :  bien  enviz. 

P.  58,  1.  32  :  dur.  —  Mss.  A  :  dui;eté. 

P.  58,  1.  32  :  disent.  —  Ms.  A  S  :  disoient. 

P.  59,  I.  1  :  aourrons.  —  Mss.  A  7,  8,  15  :  aourerons.  — 
Ms.  A  il  :  adourerons. 

P.  59,  1.  2  :  lèvres.  —  Ms.  A  il  :  maxas. 

P.  59,  1.  2  et  3  :  li  coers  ne  s'en  mouvera.  —  Mss,  A  :  les 
cuers  ne  s'en  mouveront, 

P.  59,  1.  23  et  24  :  onques...  de  li.  —  Ms.  27  3  ;  et  mîeulx 
que  chevalier  qu'on  sceust  trouver  de  son  temps. 

P.  59,  1.  24  :  mieus  de  li.  —  Ms.  A  S  :  ne  y  sceut  mieulx 
estre  de  lui.  P  231  V*.  —  Mss.  ^  15  à  17  ;  ne  fist  mieulx  de 
lui.  F»  253. 

§  491.  Entrues.  —  Ms.  tt Amiens  :  Assés  tost  apriès  le  re- 
venue dou  roy  Jehan,  envoyea  li  roys  englès  souffissans  hommes 
de  par  lui  ou  royaumme  de  Franche  pour  faire  wuidier  et  partir 
des  garnisons  touttes  /nannierres  d'Englès  qui  les  tenoient.  Et 
leur  commandèrent  li  dit  coummis,  de  par  le  roy  englès,  que,  sus 
à  perdre  le  royaumme  d'Engleterre  et  lez  vies,  s'on  les  y  tenoit, 
il  se  partesissent  des  fors  et  des  castianx  et  remesissent  en  le 
main  dou  roy  de  Franche  et  de  ses  gens.  Geste  ordonna nche  fn 
moult  griefs  pour  les  pluisseurs  qui  avoient  apris  à  pillier  et  à 
rober,  et  qui  estoient  tout  amonté  et  fet  de  le  guerre,  et  qui,  en 
devant  cou,  estoient  povfe  garchon  et  varlet.  Si  leur  ressambla 
que,  s*il  retoumoient,  il  ne  saroient  vivre  seloncq  l'usaige  dont 
il  estoient  parti,  dont  li  pluisseur  ne  veurent  mies  si  tost  obéir,, 
et  fissent  moult  de  maux  ens  ou  royaumme  de  Franche,  si  comme 
vous  orés  chy  apriès.  £^  chil  qui  obeissoient,  vendoient  les  fors 
qu'il  tenoient,  as  gens  dou  pays  d'environ.  Bien  est  voirs  que  li 
chevalier  et  bon  escuier,  gentil  homme  d'Engleterre,  obéirent  et 
partirent  des  villes  et  des  fors  qu'il  tenoient;  mais  il  avoit  Aie- 
mans,  Flammens,  Braibenchons ,  Haynuiers,  Bretons,  Bourghi- 
gnons,  mauvais  Franchois,  Normans,  Pickars  et  Englès  de  basse 
venue,  qui  s'estoient  amonté  de  le  gherre  et  qui  n'avoient  riens 
à  perdre,  fors  chou  qu'il  tenoient.  Chil  parseverèrent  en  leur 
mauvaistié  et  dissent  qu'il  les  couvenoit  vivre.  Si  se  queiilièrent 
et  assamblèrent  de  diviers  lieux,  et  gneriièrent  le  royaumme  ossi 


[1361]      VARIANTES  DU  PREMIER  LIVRE,  $  491.         257 

fort  que  devant  :  dont  meismement  moult  desplaisi  au  roy  d'En- 
gleterre.... 

En  ce  tamps  estoît  li  grande  Gompaigne  en  Bourgoingne  et  en 
Campagne,  que  on  clanmioit  les  Tart  Venus,  et  avoient  gaegniet 
de  force  le  fort  castel  de  Genville  et  si  grant  trésor  que  on  avoit 
dedens  assamblës  et  mis  en  garde  sus  le  fianche  dou  fort  castiel, 
que  on  ne  le  pooit  numbrer,  et  fu  environ  le  Noél,  Tan  mil  trois 
cens  soissante.  De  quoy  li  compaignon  qui  avoient  tout  celui  pays 
gastet  et  exilliet,  ars  et  desrobet,  départirent  entre  eux  leur 
gaaing  et  leur  pillage  en  grant  reviel,  et  dissent  entr'iaux  qu'il 
ne  cesseroient  jammès  de  guerriier,  car,  sans  ce,  il  ne  saroient 
vivre.  Si  entrèrent  en  Bourgoingne  et  y  fissent  moult  de  maux, 
car  il  avoient  de  leur  acord  aucuns  chevaliers  et  escuiers  dou  pays 
qui  les  menoient  et  conduisoient.  Si  se  tinrent  ung  grant  temps 
environ  Dîgon  et  Bianne,  et  robèrent  tout  celui  pays,  car  nuls 
n'alloit  au  devant;  et  prirent  le  bonne  ville  de  Givri  en  Biamiois 
et  le  robèrent  et  essillièrent  toutte,  et  se  tinrent  là  ung  grant 
temps  et  entours  Vregy,  pour  le  cause  dou  cras  pays.  Et  tondis 
acroissoit  leurs  nombres;  car  cil  qui  se  partoient  des  fortrèches  et 
qui  leur  mestre  donnoient  congiet,  se  traioient  tout  de  ceste  part. 
Si  furent  bien  dedens  le  quaresme  quinze  mil  combatans.  Si  fis- 
sent et  eslisirent  entr'iaux  pluisseurs  cappitainnes  à  qui  il  obeis- 
soient  et  se  tenoient  dou  tout. 

Si  vous  en  voeil  noummer  les  aucuns  :  li  plus  grans  mestres 
entre  yaiix  estoit  uns  chevaliers  de  Gascoingne,  qui  s'appelloit 
messire  Segins  de  Batefol.  Ghils  avoit  de  se  routte  bien  deus  mil 
combatans.  Si  estoient  touttes  cappitainnes  et  meneurs  des  autres, 
Talebart  et  Talebardon,  Guios  dou  Pin,  Espiote,  le  Petit  Mes- 
chin,  Batillier,  Hannekin  Franchois,  le  bourcq  Camus,  le  bourcq 
de  Bretoeil,  le  bourcq  de  l'Espare,  Lamit,  Naudon  de  Bagerant, 
Hagre  TEscot,  Albrest,  Bourduelle,  Carsuelle,  Briquet,  Am- 
menion  de  TOrtîghe ,  Garsiot  dou  Castiel  et  pluisseur  autre.  Si 
s'avisèrent  ces  compaignons,  environ  le  my  quaremme,  qu'il  se 
trairoient  viers  Avignon  et  venroient  veoîr  le  pappe^et  les  cardi- 
naux. Si  le  senefièrent  enssi  li  uns  à  l'autre  par  routez  et  par 
compagnies,  et  se  dévoient  tous  trouver  en  Bourgoingne,  entre 
lions  sus  le  Rosne  et  Mascons,  sus  le  rivière  dou  Sone  et  en  ce 
bon  cras  pays.  F^  125. 

P.  59,  l.  27  et  28  :  de  tretdé  et  de  pais.  —Ms.AS  :  et  trait- 
tië  de  paix.  F*  231  V. 

VI  —  17 


258  CHRONIQUES  DE  J.  FR0IS8ART.  [1361] 

P.  59,  L  28  :  oominis.  —  Lt  ms,  A  15  ajovie  :  et  ordonnez. 
F^  253.  —Lems.AM  ajoute  :  et  depputez.  P>  291  v». 

P.  60, 1.  3  :  sus  i  perdre.  —  Ms,  £  3  :  k  peine  de  perdre. 
P  246  y^.-^Ms.  ^  7  .•  sus  paine à  perdre.  F»237.  —  M$s.A%^ 
15  ^  17  ;  sur  peine  de  perdre. 

P.  60, 1.  12  €t  13  :  d'estragnes  nations.  ~  Ms.  Ail  :  d'es- 
trangiers. 

P.  60, 1.  17  :  des.  —  Mss.  A  :  par  les. 

P,  60, 1. 17  :  an.  —  JUs.  A  15  :  à.  —  Ms.  A  IT  :  et. 

P.  60,  1.  20  :  oultre.  -^  Ms.  A  il  :  contre. 

P.  60,  1.  25  :  à  piffier.  —  Ms.  A  il  ■:  et  à  piHagler. 

P.  60, 1.26et27  :  pourfitable.  —  Arx*^ff  6  :  car  tefe  almt  à  «x 
ou  à  vingt  chevaulz  que,  se  il  fnst  à  son  oslel,  il  n'aroit  point 
puissanche  de  luy  monter.  P>  647. 

P.  60,  1.  28  :  cueiUoient.  —  Mss.  A  S,  i^  à  47  .\recueil- 
loient.  <    ' 

P.  61, 1.  4  :  prisent.  —  Ze  mx .  ^  6  ajotae  :  en  chel  yvier. 
F»  618. 

P.  61, 1.  5  :  GenvîUe.  -^  Ms.  A  B  :  JoiûviUe. 

P.  61,  1.  12  :  Vredon.  —  MssjA:  Verdun." 

P.  61, 1.  14  :  vendirent.  —  Ms".  'A  8  .•'rehdît'ent. 

P.  61,  1,.  17  :  Bourjgongne.  -*  ilf*.  i?  6  :  sy  en  avôît  ossj 
grant  roule  et  grant  flote  en  Bourgongné,  que  on  n'ommoît  les 
Tart  Venus.  F»  618. 

P.  61, 1.  24:Givri.— J||fx.^8;6yvré.F*232.  —  Âfr.>17; 
Givrey. 

P.  61, 1.  26  :  Vregî.  —  Mis.  A  :  Vergi,  Vergy.      '  "  '    ' 

P.  61, 1.  80  :  quinze  mil.  —Mss.  ^2  A  6,  18,  19  :  seize  mil. 
—  Ms.  B  6  ;  trente  mille.  F»  618. 

P.  62,  1.  4  :  Segîns.  ^  Mss.  A  :  Seghîns,  Seguins,  Segiiîn. 

P.  62, 1.  6  :  Espiote.  —  ilfx:  A 15  ;  Lespîote.  ** 

P.  62, 1.  7  :  Batillier.  —  Ms.Aifi  :  Bataillé,  fc'reton. >  SS53  v<>. 

P.  62,  h  7  :  Hanekin.  —Mss.  A  :  Hennequin; 

P.  62,  1.  9  :  Lamit.  —  Lâms.  Ai^i  a/oo/e ; îtfaleteire, Hamée, 
Lescot,  bretons.  .  .    : 

P.  62,  1.  10  :  Bcmrduelle.  —  Ms.  Al  :  Borduelle/—  Msi 
A  8  .•  Berduelle.  —  Ms.  A  15  ;  Bourdîlle.  —  Ms.  A  17;  Bour-^ 
douelle. 

P.  62,  1.  12  *  dou  Chastiel.  -^  Le  ms,  A  i5  ajoute  :  breton. 


[i361]      VARIANTES  DU  PREMIER  LIVRE,  §  493.         «59 

§  499.  là  rois.  —  Ms,  étJmiens  :  Il  roys  de  Franche  entendi 
ces  Donvenes  qae  cez  Goittpaingnes  monteplioient  enssi,  qui  gas- 
toient  et  essilloient  son  royanmme.  Si  en  fu  durement  couroucbiës, 
car  il  li  fiit  dit  et  remoostrë  par  grant  especialité  que  ils  feroient 
pins  de  manx  et  de  villains  fès  ou  royaumme  de  Franche,  ensn 
que  ja  faisoient,  que  li  guerre  des  Englès  n'ewist  fait.  Si  eult  avis 
et  conseil  K  rois  de  France  que  d*envoiier  contre  yaux  et  com- 
battre. Si  en  escripsî  li  roys  de  France  especialment  et  souverain» 
nement  deviers  son  consseîl  monseijgneur  Jaquemon  de  Bourboni 
qui  se  tenoit  adonc  à  Mon^ellier,  et  avoit  mis  nouvellement  mon- 
seigneur Jehan  Camdos  eh  le  possession  de  toutte  la  ducë  d'Ac- 
quittainne,  si  comme  ch!  dessus  6st  contenu.  Et  li  mandoit  li  db 
rois  qu'il  se  fe«ist  chiéz  'Contre  ces  Ck)iïipàignes  et  presîst  tant  de 
gens  d'armes  de  tous  costës  qu'il  fuist  fort  assës  pour  yaux  com- 
battre. Quant  messires  Jaquemés  de  Bourbon  entendi  ces  nou- 
velles, il  s'avalla  deviers  Avignon  et  puis  deviers  lion  sus  le 
Rosne,  pour  venir  au  devant  contre  ces  malles  gens  qui  faisoient 
tous  les  maus  dou  monde  là  où  il  converssoient.  Et  pria  et  manda 
li  dis  messires  Jaquemes  tous  les  seigneurs,  barons,  chevaliers  et 
escuiers  de  là  entours.  Ghacuns  y  obéi  vollentiers  pour  aidier  à 
desti*uire  ces  Compaingûes.  F^»  425. 

P.  62,  1.  21  :  Compagnes..  —  Ms.  A  17  .*  compaignons. 

P.  63,  1.  9  :  vers  Avignon.  —  Mst.  ^  1  e/  2,  4  <^  6  :  dever 
la  cit^  d'Angiers.  —  Ms.  Ai:  devers  la  cité  d'Agen. 

P.  63, 1.  14  ;  maies  gens.  —  Ms»  ^A  17  :  gens  mauvaiz.  F* 
292  vo. 

P.  63,  1.  27  :  Forés.  —  ilfi.  A  8  .•  Foix.  F»  2?2  vo. 

P.  63,  1.  30  :  Renaulz.  -—  Ms.  A  8  ;  Raotd. 

P.  è3,  1.  31  :  la  cpnté.  —  Ms.  A%:\à.  contesse. 

P.  64,  1.  3  :  bellement.  —  Mss.  A  8,  15  ;  liement.  —  Ms.  A 
17  :  doulcement. 

p1  64, 1.  5  et  6  :  car,...^part.  —  Ms,  A  17  ;  contre  les  Com- 
paignes. 

^  495.  Quant  ces  routes.  -—  Ms,  J Amiens  :  Quant  ces  Gonh* 
paighes  entendii*ent  ce,  qui  se  tenolent  vers  Mascon  et  vers  Chaa- 
Ions  et  vers  Tournus  et  en  le  terre  le  seigneur  de  Biaugeu,  qup  li 
Franchois  s'asambloient  pour  yaux  combattre,  si  se  traiss^t  les 
cappitainnes  tous  enssamble  et  eurent  avis  et  conssçil  .comment  il 
se  maintenroient.  Si  nombrèrent  entr'iaux  leurs  gens  et  leurs 


Î60  CHRONIQUES  DE  J.  FROISSâRT.  [4361] 

ronttes,  et  regardèrent  qu^il  estoient  environ  seize  mil  combatans, 
uns  c'aatres.  Si  dissent  enssi  entre  yaux  :  «  Nous  nous  meterons 
as  camps  et  atenderons  l'aventure,  et  combaterons  ces  Franchois 
qui  s'^samblent  contre  nous.  Se  fortune  donne  que  nous  les  poons 
desconfire,  nous  serons  tout  riche  homme  et  recouvrerons,  tant 
par  bons  prisonniers  que  nous  prenderons,  que  par  ce  que  nous 
serons  si  doublé  et  cremus  en  ce  pajs  et  là  où  nous  vorrons  aller, 
que  nus  ne  s'osera  mettre  contre  nous  ;  et,  se  nous  sommes  des- 
conflB,  nous  serons  paiiës  de  nos  gages.  » 

Chilx  pourpos  fu  entre  yaux  tenus  :  ils  se  deslogièrent  et  mon- 
tèrent amont  devîers  les  montaignes  pour  entrer  en  le  comte 
de  Fores,  en  ce  bon  cras  pajs,  et  s'en  vinrent  deviers  Chierleu, 
qui  est  de  le  comte  de  Mascons,  et  assaillirent  un  jour  toutte 
jour  la  ditte  ville,  mais  il  ne  le  peurent  gaegnier.  Puis  passèrent 
oultre  et  chevauchièrent  vers  Montbrigon  en  Forés,  gastant  le 
pays,  ranchonnant  gens  et  villes  à  grant  fuison  et  conquérant 
vivrez  à  grant  plentë  ;  car  11  pays  y  est  bons  et  cras  et  durement 
plentiveux.  Ad  ce  donc  estoit  messires  Jaquemes  de  Bourbon  en 
le  comté  de  Forés,  car  il  le  tenoit  en  bail  et  en  gouvernement 
pour  la  cause  de  ses  nepveux,  enfiPans  dou  comte  de  Forrès  qui 
estoit  nouvellement  trespassës,  qui  avoit  eu  sa  serour  à  femme , 
laquelle  damme  vivoit  encorres. 

Si  estoit  li  dis  messires  Jakemes  durement  courouchiés  sus  ces 
Gompaignes,  parce  qu'il  gastoient  et  essilloient  enssi  le  pays  de  sa 
soer  et  de  ses  nepveux,  et  fist  ung  très  grant  mandement  auquel 
vinrent  li  Arceprestres  à  bien  deux  cens  lanches,  li  sires  de  Grantsi, 
messires  Jehans  de  Chaalons,  messires  Robers  de  Biaugeu,  li  sires 
de  Villars  et  de  Roussellon,  li  sires  de  Toumon,  li  viscontes  d'Uzès, 
messires  Ansseaux  de  Sallins,  messires  Jehans  de  Vianne,  messire 
Hughes  de  Vianne,  messires  Jaquemes  de  Vianne,  messires  Guil- 
laummes  de  Toraisse,  messires  Jehans  de  Rie,  messires  Jehans  de 
Montmardn,  li  sires  de  Montmorillon,  li  sires  de  Gonssaut,  li 
sires  de  Calençon,  messires  Henri  de  Montagut  et  grant  fuison 
de  bons  chevaliers  et  escuiers  de  Bourgongne,  de  Savoie,  de  le 
daufinet  de  Vianne,  d'Auviergne  et  des  marches  là  environ,  tant 
à  le  priière  et  mandement  messire  Jaqueme  de  Bourbon  que 
pour  ruer  ces  Compaingnes  jus,  qui  enssi  roboient  et  essilloient  le 
pays  sans  title  de  nulle  gherre,  fors  que  par  pillage  et  roberie. 
P»  iî5  V. 

P.  64, 1.  9  :  en.  —  Ms,  Ail:  entour. 


[1362]      VRAUNTES  DU  PREMIER  LIVRE,  §  494.         261 

P.  64y  1.  15  :  uns  c'autres.  —  Ms.  j4  %  :  que  uns,  que  autres. 
F»  232  v'. 
P.  65,  1.  6  :  maulz.  —  Ms.  A  il  :  dommaiges. 
P.  65,  1.  8  :  cheminoient.  —  Mss.  A  :  chevauchoient. 
P.  65,  1.  12  :  trois.  —  Le  ms.  £  Z  ajoute:  petites.  ¥•  247  ▼•. 
P.  65,  1.  12  :  liewes.  —  Les  mss.  AT,  15  «  17  ajoutent:  près. 

S  494.  Ces  gens.  —  Ms.  d^  Amiens  :  Ces  gens  d'armes  assam- 
blës  avoecq  monseigneur  Jaqueme  de  Bourbon,  qui  se  tenoient  à 
Lion  sus  le  Ronne  et  là  entours,  entendirent  que  les  Compaingnes 
aprochoient  [d'iaux]  durement  et  avoient  pris  le  ville  et  le  castiel 
de  Brinay,  à  trois  lieuwes  de  Lyons,  et  encorres  des  autres  fors, 
et  gastoient  et  essilloient  tout  le  pays.  Si  despleurent  moult  ces 
nouvelles  à  monsigneur  Jaquemon  de  Bourbon  et  à  tous  les  autres. 
Si  partirent  hors  de  Lions  touttes  gens  d'armes  et  se  missent  as 
camps  et  prissent  le  chemin  par  deviers  les  ennemis,  et  envoiièrent 
leurs  coureurs  devant  pour  savoir  où  il  se  tenoient.  Ghil  chevau- 
chièrent  si  avant  qu'il  trouvèrent  les  Gompaignes  rengies  et  or* 
dounné[es]  sus  une  montaingne.  Or  vous  di  que  mal[i]cieuzement 
ces  Compaingnes  avoient  ordonne  leur  affaire,  car  il  avoient  enssi 
d'iaus  repus  ou  fons  d'une  montaingne  une  grosse  bataille,  et  de 
toutte  le  mendre  et  les  pis  armés  il  avoient  fait  monstre  et  visaige. 
Dont  U  coureur  des  Franchois  raportèrent  enssi  à  leurs  maistres 
et  seigneurs  qu'il  avoient  veu  les  Gompaignes  rengiez  et  ordounnées 
sus  un  terne,  et  bien  aviset;  mes,  tout  conssideret,  ils  n'estoient 
non  plus  [o]u  de  six  mil  et  cinq  cens  ou  sept  mil  honunes,  et  en« 
corres  en  estoit  li  droite  moitiés  moult  mal  armes. 

Quant  messires  Jacquemes  de  Bourbon  oy  ché  raport,  si  dist  à 
l'Archeprestre  :  «  Archeprestre,  vous  m'àviéi  dit  qu'il  estoient  bien 
quinze  mil  combattans,  et  vous  oës  tout  le  contraire.  »  —  «  Sire, 
reapondi  li  Àrceprestres,  encorres  n'en  i  quide  jou  mies  mains,  et 
s'il  n'y  sont,  c'est  tout  poiu*  nous.  Si  regardes  que  vous  voilés 
faire.  » — «En  nom  Dieu,  dit  messires  Jaquemes de  Bourbon, nous 
les  yrons  combattre  ou  nom  de  Dieu  et  de  saint  Gorge.  »  Là  fist 
arester  sus  les  camps  li  dis  messires  Jaquemes  de  Bourbon  touttez 
ses  gens  et  ses  bannierres,  en  chacune  avoit  six  mil  hommes.  Et 
là  fist  son  ainnet  fil  chevalier,  monsigneur  Pierre  de  Bourbon,  et 
son  nepveult  le  jonne  comte  de  Forrez  et  pluisseùrs  autres  jonnes 
chevaliers.  Et  estaubli  monsigneur  l'Arceprestre  en  le  première 
bataille,  et  puis  fist  chevauchier  bannierrez  et  pignons  areement  et 


268  CHRONIQUES  DE  1.  FROISSART.  [1362] 

ordottieeipeDt  ayant  par  devicrs  les  ennemis.  Si  n'eurent  gairez 
alet  quant  il  les  virent  et  trouvèrent,  et  s'enbatirent  en  un  rplain 
où,  par  desus  en  le  montaingne,  li  bataille  des  Gompaingnes  estoit, 
dont  je  parloie  maintenant.  -.,... 

Si  trestost  que  chil  seigneur  de  Franche  virent  le  bataille  de  ces 
malles  gens  qui  estoit  rengie  et  ordounnëe  sus  le  tieme  d'oicoste 
yaulx,  si  n'en  fissent  que  gaber  et  dissent  :  «  On  devoit  bien  faire 
si  grande  assamblëe  de  gens  d'armes  pour  tek  ^gens  ;  toatte  li 
mendre  de  nos  bataillez  lez  deveroit  desconffire.  »  Lors  regardé* 
rent  comment  il  poroient  venir  jusques  à  yanx,  car  grant  désir 
avoient  dou  combattre.  II  leur  couvenoit  costoiier  celle  mon- 
taingne et  passer  par  dessous  assés-  pries,  des  Gompaingnes^  s'il 
voUoient  venir  sus  ung  estault  et  ung  grant  pendant  qui  ouvroit  le 
chemin  de  le  montaingne.  Si  prissent  li  Franchois  che  chemin^  et 
par  espedal  11  bataille  l!Arceprestre  et  monsigneur  Jehan  de  Ghaa* 
Ion  et  monsigneur  Robert  de  Biaugeu. 

Enàsi  qii'il  chevauchoient  pour  venir  à  leur  avantage,  les  Gom- 
paingnes qui  estoiept  ou  terne  dessus  yaux,  [estoient  avisées  de 
leur  fait].  Il  n'en  y.  avoit  nuhc,  qaàx.  qu'il  ifust,  grans  ne  pelis, 
armes  où  desairmëSy  qui  ne  luist  pourveus  de  caillues  aq,  kokas, 
car  la  ,terre  où  il  ;estQient  en  estoit.  toutte  plainne.  Dont,  si  trestost 
qu'il  virent  venir  leurs  ennemis,  ils.  s'eslargirent  et  coummen* 
chièrent  à  jetter  de, ces  pierrez  si  dur  et  si  roit  sus  ces  gens  d'ar- 
mes, que  nulz  n'osoit  aller  avant  s'il  i  ne  voUoit  estre  tous  con^ 
froissiés,  et  moult  de  bons  .chevaliers  etescuiers,  par  leur  jet^ 
n^ssent  à  grant  meschief,  car  chil  cailUel  agut  ou  comut  effitn* 
droient  bachinès  pu  çappiaux  de  fier,  con  fort  qu'il  fuissent. 
Avoec.tout  chou,  en  jettant  il  juppoient,  et  huioiènt  si  hault  et 
si  cler.  qu'il  sambloit  propr^nent  que.  tout  li-  diauble  d'infier  y 
fuissent  .       -  .      .    , 

Adpnc  viAtJçur  grosse  .bataille  qui  bien  estait  rengie  et  ordoun- 
née,  et  où  tputte  li  fleur  ,de  leurs  gens  d'armes  estoient  :>messires 
Segins  de  Batefol,  Petit  Mescin,.  Naudon  de  Bagerant,  le  bourcq 
Camus,  Espiote,  Batillîer,!  le  bourcq  de  l'fispare,  Lamit,  Guiot 
dou  Pin)..le  bourch  de  Bretuel  et  pluisseur  aultre,  tout  appert 
çompaignon  as  armes  et  fors  et  durs  guerieurs.  Evous  vinrent  sus 
costé  à  le  semestre  main  sus  ces  Franchois,  en  escriant  leur  cri 
et  leurs  ensengnes,  et  crioient  :  a  Aye  Dieux,  aye  as  Gompain- 
gnes 1  »  Là  coummenchièrent  il  à  entrer  entre  lez  Franchois  et  à 
ruer  jus  de  cours  de  chevaux  et  de  cops  de  glaivez  et  mettre  à 


[1362]     VARIANTES  DU  PREMIER  LIVRE,  §  494.         263 

grant  meschief  ;  car,  avoeeq  tout  chou,  chil  qui  estoieut  en  le 
moDtaingne,  jettoient  si  ouniement  et  si  yertueusement  pierres  et 
caillans,  que  Jr.  Franchois  ne  pooient  aller  avant  ne  recuUer, 
mes  estoient  si  entrepris  de  tous  lés-  qu'il  ne  se  pooient  aidier. 

Là  fu  très  bons  chevaliers  li  Aixeprestrez ,  et  moult  vassau- 
ment  se  combati,  et  chil  de  se  route  ;  mes  finablement  se  ba- 
taille fu  toutte  rompue,  se  bannierre' jettée  par  terre,  et  chils 
qui  le  portoit,  mors,  et  plus  d'iaux  vingt  cinq  dallés  lui.  Et  fîi 
li  Archeprestres  abattis  et  fianchiez  prisons,  avoec  ce,  dure- 
ment navres.  Là  furent  pris  messires  Jehans  de  Chaalons,  mes- 
sires  Robiers  de  Biaugeu,  li  sirez  de  Roussellon,  messires  Gerars 
de  Salière,  li  viscomtes  d'Usés;  et  ochis,  li  sires  de  Toumon  et 
li  sirez  de  Montmorillon  et  pluisseur  chevalier  et  escuier  de  Bour- 
goingne,  d'Auvergne  et  des  marches  de  là  environ.  Là  fu  navres 
à  mort  chilz  gentilz  chevaliers,  dont  ce  fu  pitës  et  grans  dam- 
maigez,  messires  Jaquemez  de  Bourbon  et  furaportez  à  lions,  et 
messire  Pierre  de  Bourbon,  ses  aisnés  fils,  ossi  navrez  k  mort,  et 
li  jonnes  comtes  de  Forès^  ses  kiepveulx,  ossi  ochis,  et  tamaint 
bon  chevalier  et  eâcuiei^  de'  leur  route.' 

Briefmenty  li  Franchois  furent  tout  desconfis,  et  obtinrent  les 
Gompaingnes  le  joumëe,  et  prissent  ou  ochirent  à  leur  vollentë 
les  plus  grans  de  Tost,  dont  il  eurent  puis'tamainte  bonne  raen- 
chon,  et  moult  en  adammagièrent  le  royaumme  de  France  à  cel 
les,  si  comme  vous  orës  chi  apriès.  Geste'  bataille  fu  assés  pries 
de  Brinay,  à  trois  lieuwez  de  Lion  sus  le  Rosne,  l'an  mil  trois 
cens  soissante  et  un,  le  douzième  jour'd*avril.  F^126. 

P.  68, 1.  17  :  se  tenoit;  -^  Ms.  B  k  et  mss,  J:  se  tenoient. 
F»  234  V*. 

P.  6t^;  1.  19  :  pris,  —  Les,  mss.  A  ajoutent:  et  conquis  de  force, 

P.  6S,  1.  1 9  :  le  ville.  —  Les  nUs.  B  3,  4  et  les  mss.  A  ajoutera  : 
et  le  chastel. 

P.  65,  1.  23  :  goûvrénance.  —  M^îs.  A  :  gouvernement. 

'  P.  65, 1.'  26  et  27  :  et  chevaucièrent....  ennemis.  —  Ces  mots 
manquent  dans  les  mss.  A, 

P.  65,  !•  28  et  29  :  pour....  trouveroient.  — Mss,  ^  15  ^  17.* 
pour  savoir  et  advisier  combien  vrayement  ik  estoient  ne  que  ilz 
trouveroyent.  Ms.  A  il,(^  293  V». 

P.  65,  1.  28  :  savoir.  —  Les  mss.  A  1  et  S  ajoutent  :  et  aviser 
vraiement.  P  238. 

P.  65,  1.  31  :  envoiiet.  ^-  Ce  mot  manque  dans  les  mss.  A. 


164  CHRONIQUES  DE  J.  FROISSART.  [1362] 

P.  66|  1.  2  et  3  :  les  mieus  à  harnas.  -*  Ms*  ^  8  :  les  mieiiU 
armez  et  enharnechiez.  F*  233. 

P.  66,  1.  4  :  aviset.—  Ms.  A  8  ;  appensë.  F»  233. 

P.  66,  I.  4  et  5  :  euissent  bien.  •»  Mss.  A  :  eussent  bien  eus. 

P.  66,  1.  5  :  volsissent.  —  Ms.  AS:  s'ilz  eussent  touIu. 
F*  233. 

P.  66,  1,  10  :  veu.  —  Ms.  A  8  ;  veues. 

P.  66,  1. 11  :  avise.  -^  Ms.  A  S  :  avisées. 

P.  67,  1.  7  :  Viane.  —Mss.  A  S^  i^  à  17  :  Vienne. 

P.  67, 1.  7  :  vicontes.  —  Cène  bonne  leçon  ne  se  trouve  que 
dans  le  ms.  A  8. 

P.  67,  1.  9  :  pour.  «~  Les  mss.  A  7,  8,  15  à  17  ajoutent  : 
leur. 

P.  67,  1.  14  et  15  :  plus  de  quinie  cens.  —  Ms.  A  17  .*  quinze 
cens. 

:  convenant.  —  Ms.  AS:  oouvine. 
:  mil.  —  Ms.  A  17  ;  dix  mil. 
:  manière.  —  Mss.  A  :  avantage, 
com.  —  Ms.  A  8  ;  tant.  P  233  V. 
com.  —  Ms.  AS:  tant. 
;  ses.  -—  Mss,  A  :  son. 

:  que  il  n'ouvrèrent.  —  iiff.  ^  17  :  qui  mouru- 
rent. F«  294  v». 

P.  68,  l.  15  :  se  tenoient.  —  Mss.  ^  là  6,  8,  17  ;  estoient. 

P.  68, 1.  16  :  eslongiës.  —  Ms.  AS:  esloingniez. 

P.  68,  1.  24  :  ressongnast.  —  Ms.  B  3  :  craignist.  P  248  v«. 

P.  69, 1.  2  :  escriant.  —  Les  mss.  A  ajoutent  :  tout. 

P.  69,  1.  3  :  reversèrent.  — -  Ms.  AS  :  renversèrent. 

P.  69,  1.  4  :  ïîSàC.  —  Mss.B  3,  ^  1  à  6  .*  rifflis.  —  Af*. -<^  7  .• 
rifOich.  F»  239.  —  Ms.  A  8  ;  riffleis.  —  Ms.  A  V\  :  riffles. 
F»  295. 

P.  69,  1.  9  et  10  :  entrepris.  —  Ms.  B  Z:  presse. 

P.  69,  1.  1 1  :  prisonnier.  — -  Mss.  B  k  et  A  :  prison. 

P.  69,  1.  13  et  14  :  besongne.  —  Le  ms.  A  6  ajoute  :  dont 
vous  ojez  compter.  F®  238  v«,  —  Les  mss.  ^  7,  8,  15  ajoutent  : 
dont  vous  oez  parler.  —  Le  ms.  A  il  ajoute  :  jque  vous  oyez 
compter. 

P.  69,  1.  14  :  eurent.  -—  Le  ms.  A  7  ajoute  :  là.  —  Le  ms.  A  S' 
ajoute  :  pour  lors. 

P.  69,  1.  14  :  pieur.  -— Ms.  A  il  :  pis. 


p. 

07,1. 

17 

p. 

67,1. 

20 

p. 

67,1. 

22 

p. 

68,1. 

1  : 

p. 

68,1. 

4: 

p. 

68,1. 

8: 

p. 

68,1. 

10 

[i362]      VARIANTES  DU  PREMIER  LIVRE,  $  495.        265 

P.  69,  1.  48  :  vicontes.  —  Ctf//«  bonne  leçon  est  fournie  par  les 
mss.  J  Sj  15  ;  tous  les  autres  manuscrits  donnent  :  conte • 

P.  69, 1,  20  ;  àxa.-^Mss.  A  6,  7,  45 à  17  ; pain^e. ^Ms.A^  : 
durté. 

P.  68,  1.  29  à  p.  69,  1.  25  :  Et  avoient....  Pasques.  —  Ms. 
B  6  :  Entre  ches  compaignons  avoit  bien  mille  lanches  de  ossy  bon- 
nes gens  et  ossy  bien  montes  et  annës  que  on  peuist  estre,  qui  en- 
cores  estoient  tous  fret  et  tout  nouvieaulx.  Quant  la  prumière  ba- 
taille de  l'Archepestre  fu  rompue,  et  s'en  vinrent  autour  de  celle 
montaigne  as  cours  de  cbevaulx  ferir  sur  coslë  sur  ches  gens  d'ar- 
mes, et  en  ruèrent  jus  des  prumiers  venans  plus  de  cinq  cens.  Là 
eult  grant  bataille  et  forte.  Et  trop  vaillanment  s'i  portèrent  ches 
Compaignes,  et  demora  la  plache  pour  euls,  et  y  prirent  plus  de 
mille  bons  prisonniers.  Et  furent  pris  ly  Archeprestre,  le  sire  de 
Toumon  messire  Robert,  messire  Lois  de  Bieaugeu,  le  sire  de  Ga- 
lençon,  messire  Renault  de  Forés,  messire  Gerart  de  Salière,  le 
sire  de  Benay,  le  sire  de  Roussillon,  le  sire  de  Groult,  messire 
Jehan  de  Chalon  et  pluiseurs  aultres,  et  mors  messire  Pierres  de 
Bourbon  et  le  jone  conte  de  Forés,  et  navres  à  mort,  dont  che 
fîi  pitié  et  damaige,  messire  Jaques  de  Bourbon,  et  fu  raportés  à 
grant  meschief  à  lions.  Ensy  obtinrent  ches  Compaignes  la  plache 
et  leur  demora  le  journée,  qui  fu  l'an  mil  trois  cens  soissante  et 
un,  le  dix  huitième  jour  en  avril.  P  622. 

§  495.  Trop  furent.  —  Ms,  ^Amiens  :  Apriès  ceste  bataille  de 
Brinay,  où  chil  qui  y  lurent  pour  combattre  ces  Gompaingnes, 
rechurent  si  grant  dammaige  que  tout  y  furent  mort  ou  pris  ou 
en  partie,  les  Compaignes  menèrent  bien  le  tamps  à  leur  voUenté 
en  celi  pays,  car  nus  n'alloit  à  rencontre,  mes  chevauchoient  par- 
tout où  qu'il  voulloient,  et  gastoient  et  ranchonnoient  tout  le  pays. 
Si  s'en  vint  messires  Seghins  de  Batefol  demourer  et  séjourner 
à  Anse,  une  ville  sus  le  Sone,  à  une  lieuwe  de  Lions,  et  le  fist 
fortement  remparer  et  fortefiîer.  Et  tenoit  ou  dit  fort  ou  là  envi- 
ron, en  petis  fors  qull  avoient  pris,  bien  trob  mille  combatans  qui 
ranchonnoient  tout  le  pays,  le  terre  le  seigneur  de  Biaugeu,  le 
comté  de  Mascons,  le  comté  de  Forés,  le  basse  Bourgoingne,  l'ar- 
ceveskiet  de  Lions  et  une  partie  de  l'Auvergne. 

Or  avint,  apriès  chou,  que  ces  Compaignes  eurent  rués  jus  ces 
gens  d'armes ,  si  comme  vous  advés  oy,  et  qu'il  eurent  départi 
leur  butin  et  leur  conquest  et  ranchonnet  leurs  prisonniers,  il  s*es- 


266  CHRONIQUES  DB  J.  FROISSART.  [1360] 

par«firenk  et  s'ayallèrent  deviers  le  chitë  d'Au?igiion,  ardant  et 
essillant  le  pays  partout  là  où  il  passoient^  pour  yaux  faire  plus 
caremir,  et  preadôîent  viâes  et  fors  et  les  assaiUoient  et  les  ran- 
chonnoient  as  vivres  et  as  pourveanches,  quant  il  leur  besonguoit, 
ou  à  grant  sonuae  de  florîiis,  quant  ilavoient  pourveanches  assés. 
Si  entendirent  que ,  au  Pont  Saint  fi^ierity-à  sept  lieuwez  d'Àuvi- 
gnon,  il  7  avoit  grant  avoir  et  grant[  trésor  dou  pays  d'environ 
qni  là  esloit  nissambUs  et  mis  sus  le  fiandiede  le  fortrèche.  Si 
regardèrent  entre  yaux,  se  il  pooient  prendre  le  Pont  Saint  Esperit, 
il  leor  vauroit  trop,  car  il  seroient  mestre  et  signeur  don  Eosne 
et  de  datiz  d'Auvignon. 

Si  estodiiàrent  tant  et  jetteront  leur  advis  que,  à  chou  que 
j'ay  depuis  oy  recorder,  BatîUiery  Guiot  doir  Pin,  Lamit,  Petit 
Meschin,  le  bonrch  Canunus,  Espiote  et  le  bourc  de  l'Espare, 
cfaevaucfaièrent  et  leur  routes  une  nuit  toutte  nuit  bien  quinze 
lieuwes,  et  vinrent  sus  le  point  du  jour  à  le  ville  dou  Pont  Saint 
Esperit,  et  Tesciellèrent  et  le  prissent  et  tous  ceux  et  tonttes 
celles  qui  dedens  estoient  :  dont  che  fîi  grans  pités,  car  il  y  ochi- 
rent  tamaint  preadomme  et  violèrent  tamainte  damme  et  dam- 
mcHseUe*  Et  y  conequisent  si  grant  avoir  que  sans  nombre  et 
grandes  pourveanches-  pour  vivre  ung  an  ou  deux,  et  pooient 
coorir,.  s'il  leur  plaisoit  et  ensi  qu'il  fisdsoient,  ung  jour  en  TEm- 
pire,  l'autre  en  Franche,  car  li  viUe  don  Pont  Saint  Esperit  siert 
à  deus  royaummes.  Si  se  ravalèrent  et  rassamblèrent  là  tout  li 
compaignon,  et  couroient  tous  les  jours  jusquez  as  portez  d'Au- 
vignon,  de  quoy  li  pappes  et  tout  11  cardinal  estoient  en  grant 
angouisse  et  en  grant  paoûr.  Et  avoient  ces  Gompaingnes  dou 
Pont  Saint  Esperit  fait  un  cappitainne  souverain  entre  lez  autres, 
c'estoit  messires  Seghins  de  Batefol,  et  s'escripsoit  en  ses  lettres 
et  se  fai8(Mt*adonc  coummunement  appeler  :  amis  à  Dieu^  et  enne- 
nûs  à  tout  le  inonde.  F"»  126  r<>  et  v«. 

P.  69,  1.  29  :  fremesist.  —   Mss.  A.   8,    15  :  fremist. 
F»  234. 

P.  76,  lé  2  ;  moult.  ^^  Le  msl  A  %  àfouté:  esbahis  et. 

P.  70,  1.  2  :  efiraë.  —  Mss.  A  i  à  6,  il  :  esbahis. 

P.  70,  1.  6  :  et  destourbé  de  le  navrure.  —  Ms.  A  S:  de  ht 
destourbe. 

P.  70,  1.  8  :  bellement.  —  Ms.  A  8  :  doucement. 

P.  70, 1.  9  :  estoit.  —  Ms.  A  %  :  estoient. 

P.  70, 1.  10  :  siècle.  —  Le  ms.  A  ^  afotae:  en  l'autre. 


[4361]      VARUNTES  DU  PREMIER  LIVRE,  §  496.         267 

P.  70,  1,  12  :  nient.  —  Ms.  A%  :  mye.  —  Mss.  ^8,  ib  à 
17  •'guerres* 

P.  70,:  h  12  et  13  ;  puisse^i.  -^  Mss.  A  6,  17  .•  après.  •— 
jlto.  ^  8, 15  /  depuis. 

P.  70,  .1.  21  :  cornue  en.-^Ze5  hmj.  A  ajoutent  :  raençons  de. 

P*  70,  1.30  :  part.  ^  Mss.  A  6,  7,15  :  route.  —  Mss.  A  8, 
17  .*  compagnie. 

P.  71 , 1. 1  :  remparer.  —  Mss.  A  S^  il  :  reparer. 

Pi  71,  1.  2  :  environ  celle  marce. -^^ Ms^.  B  3y  k  et  mss.  A: 
là  environ  sus  celle  marche. 

P.  71, 1.  4  :  le  Soniie.  —  Ms.  i?  1  :  le  Loire. 

P.  7«,  1.  6  et  7  :  Marcelli.  —  Ms.  A  15  :  Marsilly.  F»  256  v«. 

P.  71, 1.  *  et  10  :  Bemardet.  —  Mss.  A  :  Bemart.    . 

P.  71,  1.  10  :  Lamit.  —  Ms.  ^  15  ;  La  Mite,  Maleterre,  bre- 
ton. F»  256  vo. 

P.  71,  1.  11  :  Lespare.— Ze  ms.  A  IJS  ajoute:  Bataillië. 

P.  71,  1.  15  :  en  ce  contour.  —  Ms.  AS  :  entour. 

P.  71, 1.  28  et  29=  :  li  Compagnon.  —  Ms.  AS:  les  Compai- 
gnes. 

P.  71,  I.  30  :  vaurroit.  —  Ms.AS:  vaudroit. 

P.  72,  1.  1  et  2  :  Batillier....  Meschin.  —  Jlf j. ^  15  ;  Bataillié, 
le  breton,  Giiiot  du  Pin,  La  Mitte,  Maleterre,  aussi  breton,  et  le 
Petit  Meschin. 

P.  72,  1.  14  :  eus  es.  —  Ms.  AS  :  aux.. 

P.  72,  1. 18  :  souverain.  —  Lems.  À  i^  ajoute  :  auquel  tres- 
touz  obeissoient. 

P.  72,  1.  20  :  monde.  —  Les  mss.  A  20  à  22  ajoutent  :  telz 
noms  et  autres  semblableis  qu'ilz  trouvoient  sur  leurs  mauvaistiës 
dotlnoieliit  Shs'  à  leurs  capitaines. 

§  496.  Encorres  avoit.  —  Ms.  d Amiens  :  Encorres  avoit 
adond  grant  fuisson,  en  Franèe  et  en  pluisseurs  marces,  de  ces 
pilleurs  englès  et  autres  qui  volloient,  ce  disoient ,  vivre ,  et  te- 
nbieût  encorres  grant  fuisson  de  castiaux  et  de  forterèches  qu'il 
avoient  gaegniet,  et  desroboient  fortement  le  pays  où  il  convers- 
soient  meysmement  en  Gampaigne  et  en  Brie,  et  entre  Paris  et 
Orliiens,  et  entre  Paris  et  Cartres,  et  en  le  comte  de  Blois,  en 
Ango,  en  Mainne  et  en  Tourainne,  coumment  que  bonne  pais 
fnst  faite,  et  coumment  que  li  roys  de  Franche  et  li  roys  d'Engle- 
terre  s'appellaissent  frerre,  et  que  li  comte  et  li  baron  et  les  bon- 


268  CHRONIQUES  DE  J.  FROISSART.  [136i] 

nés  gens  de  l'un  pays  et  de  Tantre  fuissent  tont  amit  enssamble. 
Mais,  quant  chil  pilleor  et  chil  robeur,  qui  se  tenoient  en  diviers 
lieux  ou  royaumme  de  Franche ,  enlendirent  que  leur  compaignon 
avoient  ruet  jus  monseigneur  Jaquemon  de  Bourbon  et  bien  deus 
mil  chevaliers  et  escuiers,  et  pris  tamaint  bon  et  riche  prisonnier, 
de  redef  pris  et  concquis  le  ville  don  Pont  Saint  Esperit  et  si 
grant  avoir  dedens  que  sans  nombre,  et  qu'il  penssoient  qu'il  con- 
querroient  assés  tost  Auvignon  et  toutte  Prouvenche ,  chacuns  eut 
en  proupos  d*aller  celle  part,  en  convoitise  de  plus  gaegnier.  Si 
laissièrent  li  plus  les  fors  qu'il  tenoient  et  les  vendoient  à  bon 
marchletj  ou  il  les  rendoient  parmy  tant  qu'il  pooient  segurement, 
yaux  et  le  leur,  cevaudiier  parmy  le  royaumme  de  Franche. 
Enssi  s'aroutèrent  et  s'asamblèrent  et  s'acompaignoient ,  et  tout 
s'avallèrent  viers  Auvignon,  sus  l'esperanche  de  plus  pillier. 
F»  126  V». 

P.  72,  1.  24  :  quoique.  —  Mss.  A  8,  15  ;  combien  que. 

P.  72,  K  24  :  commis.  —  Lems.  AVS  tfyoii/e:depputez.F"257. 

P.  72, 1.  28  :  pillars.—  iifj#.  B  3,  4,  et  nus.  A  :  pilleurs. 

P.  73,  1.  4  :  Avignon.  — Ms.  ^  15  ;  la  bonne  cité  d'Avignon, 

P.  73,  1.  7  :  en  convoitise.  '-^Ms.  u^  15  ;  en  convoitant  tous* 
jours  de  plus  mal  faire.  F<^  257. 

P.  73,  1.  7  :  plniseurs  maulz.  —  Mss,  A  :  plus  mal. 

§  497.  Quant  li  papes.  —  Ms,  ^Amiens  ;.  Quant  li  pappes 
Ynocens  YI"*  et  11  collèges  de  Romme  se  virent  enssi  vexe  et 
gueriiet  par  ces  maleoittez  gens,  si  en  furent  durement  esbahi  et 
ordounnèrent  une  croiserie  sour  ces  mauvais  crestiiens  qui  des- 
truisoient  crestienneté  enssi  que  les  Wandres  fissent  jadis,  et 
gastoient  tous  les  pays  sans  cause  et  roboient  sans  déport  quant 
qu'il  pooient  trouver,  et  violloient  femmes  vielles  et  jonnes  sans 
pitë,  et  tuoient  hommes,  femmes  et  enfans  sans  merchy,  qui 
riens  ne  leur  avoient  méfiait;  et  qui  plus  de  villains  fès  y  faisoit, 
c'estoit  li  plus  preus  et  li  mieux  parés.  Si  fissent  li  pappes  et  li 
cardinaux  sermounner  de  le  croix  partout  publicquement,  et  ab- 
solloient  de  painne  et  de  couppe  tous  chiaux  qui  prendoient  le 
croix  et  qui  s'abandonnoient  de  corps  et  de  vollenté  pour  des* 
truire  celle  mauvaise  gent  et  leur  compaignie. 

Et  fissent  monseigneur  Pierre,  cardinal  d'Arras  et  d'Ostie, 
cappittainne  de  celle  croiserie ,  qui  assés  tost  se  trai  hors  d' Au- 
vignon et  s'en  vint  demourer  et  séjourner  à  Carpentras ,  k  quatre 


[1361]      VARIANTES  DU  PREMIER  LIVRE,  §  498.         269 

lieuwes  d'Auvignon,  et  retenoit  touttes  mannierrez  de  gens  et 
de  saudoiiers  qui  venoient  deviers  loi  et  qui  yolloîent  sauver  leurs 
anmes  et  acquerre  les  pardons  de  celle  croiserie.  Pluisseurs  gens 
allèrent  celle  part,  chevaliers  et  escuiers  et  autres ,  qui  quidoient 
avoir  grans  biensfais  dou  pappe  avoecq  les  pardons  deseure  dis , 
mes  on  ne  leur  voUoit  riens  dounner.  Si  s'en  partoient  et  s'en 
alloient  li  aucun  en  Lombardiey  li  autre  retoumoient  en  leur  pays, 
et  li  autre  se  mettoient  en  le  mauvaise  compaignie  qui  tondis 
acroissoit  de  jour  en  jour;  et  se  départirent  en  pluisseurs  Gom- 
paignies  et  fissent  otant  de  cappitainnes  conune  de  Gompaignies. 
F»  126  V. 

P.  73,  1. 13  :  maleoites.  — ^  Mss.  J  i  àl,  iT  :  maudites. 

P.  73,  1.  14  :  croberie.  —  Mss.  A  6, 17  ;  croisiée,  croisée. 

P.  73,  1.  15  :  crestiennetë.  —  Mss,  A  :  crestienté. 

P.  73,  1.  16  :  Wandeles.  —  Mss.  A  1^  17  ;  Wandes.  — 
Mss.  ^  8,  15  :  Wandres. 

P.  73, 1.  28  :  eslisirent.  —  Ms,  Al  :  eslirent.  —  Mss.  A  8, 
15  ^  17  ;  esleurent. 

P.  73, 1.  29  :  dou  Moustier.  —  Mss.  A  7,  8,  15  :  du  Mones- 
tier. 

P.  74,  1.  1  :  quatre.  —  Ms*  A  6  :  six.  —  Mss.  u^  2, 17  à  19, 
23  à  29  .*  sept. 

P.  74,  1.  4  :  acquerre.  —  Ms,  A  B  :  acquérir. 

P.  74,  1.  9  :  pays.  ^  Ms.  A  S  :  hostelz.  F»  235. 

P.  74,  I.  13  :  comme.  —  Le  ms.  ^15  ajoute  :  ils  estoient. 
F»  257  V. 

§  498.  Ensi  herriièrent.  —  Ms.  if  Amiens  :  Enssi  heriièrent 
il  et  gheriièrient  le  pappe  et  les  cardinaus  et  les  marchez  d'en- 
tour  Auvignon,  et  y  fissent  mont  de  maux  jusques  bien  avant  en 
l'estet  l'an  mil  trois  cens  soissante  et  un,  et  que  li  pappez  et  li 
cardinal  s'avisèrent  d'un  moult  gentil  chevalier  et  bon  guerieur, 
le  marquis  de  Montferrat,  qui  avoit  grant  temps  tenu  genre  con- 
tre les  seigneurs  de  Melans  et  encorrez  faisoit.  Si  le  mandèrent , 
et  il  vint  en  Auvignon.  Si  y  fîi  moult  festiiés  et  honnourës  dou 
pappe  et  de  tous  les  cardinaux.  Là  fu  traitiet  deviers  lui  que, 
parmy  une  grande  somme  de  florins  qu'il  de  voit  lavoir,  il  mette- 
roit  hors  de  le  terre  dou  pappe  et  de  là  environ  les  Gompaignes, 
et  les  enmenroit  en  Lombardie.  Si  traita  li  dis  marquis  de  Mont> 
ferrât  devers  les  cappitainnez  des  Compagnes,  et  les  amena  ad  ce 


270  CHRONIQUES  DE  J.  FROISSART.  [1364] 

que,  parmy  soissante  nul  florins  qu'il  eurent  pour  départir  en- 
tr'iaux  et  ossi  grans  gaiges  que  U  dis  marquis  leur  dounnoit  ou 
devoit  dounner,  il  s'acordèrent  à  chou  qu'il  yroient  en  Lombardie, 
et,  ayoecq  tout  choii,  'il  seroieatibsols  de  painne  et  de  oouppe. 
Tout  ce  fiâitf  acompli  et  acordé  et  les  florins  pris,  il  fendirent  le 
Tille  dou  Pont  Saint  Esperit  et  laissièrent  le  marche  d'Auvignon 
et  passèrent  oultre  avoecq  le  dit  marquis,  dont  li  roys  de  Fran- 
che et  tous  li  royaummes  forent  durement  resjoys,  quant  il  se  vi- 
rent quitte  de  tek  genSé 

Enân  fii  li  royaummes  plus  à  pais,  ce  ta  bien  raisons,  quant 
ces  Gompaignes  en  furent  parties  par  le  pourkach  dou  Saint  Père 
et  des  cardinaus  et  dou  marquis  de  Montferratî  qui  en  fist  trop 
bien  se  besoingne  sus  les  seigneurs  ^de  Melans,  et  concquist  villes 
et  castiaux  et  pays  sus  yaux,  et  eut  plmsseurs  rencontres  et  escar- 
muchez  contre  yaux  pour  lui.  Et  le  missent  ces  Gompaignes  de- 
dens  un  an  ou  environ  tout  au  dessus  de  sa  guerre',  et  li  fissent 
avoir  sen  entente  des  seigneurs  de  Melans,  qui  pour  le  temps  re- 
gnoient ,  messire  Galeas  et  messire  Bemabo.  Et  quant  il  li  eurent 
sa  guerre  achievëe,  il  revinrent  par  routtes  et  parpetittes  com- 
paignies  par  dechà  les  mons.  De  quoy  li  pluisseur,  qui  avoieUt 
assës  gaegniet  et  qui  estoient  tout  soellë  de  gueriïer,  se  retraioient 
en  leur  pays  et  en  leur  marches,  et  li  aucun  serassambloient 
comme  devant  et  faisoient  guerre. 

Dont  il  avint  que  messires  (Segins^)  de  Batefol  prist,  embla  et 
esciella  une  bonne  chitë  en  Auvergne  c'on  dist  Bnide,  'et^siet  sour 
le  rivierre  d'Allier.  Si  se  tint  là  dedens  plus  d'un  an,  et  le  fortefia 
tellement  qu'il  ne  cremoit  nul  homme;  et  couroit  tout  le  pays 
d'environ  jusques  au  Puy,  jusques  à  le  Gasse  Dieu,  jusquez  à 
Gieremontf  à  Môntferrant,  à  Rion,  i  le  Nonnette,  à  Blière,  à 
Oudable,  à  Cillach  et  toutte  le  terre  le  comte  Daufin,  qui  estoit 
pour  le  temps  hostagiiers  en  Engleterre,  et  y  fist  trop  durement 
de  grans  dammaigez.  Et  quant  il  «ut  honny  et  apovri  le  pays  de 
là  environ ,  il  s'en  parti  par  accord  et  en  mena  tout  son  pillage 
et  son  grant  trésor^  et  se  retraist  en  Gascoingne ,  dont  il  estoit. 
De  lui  ne  sai  je  plus  avant,  fors  tant  que  jou  oy  depuis  compter 
qu'il  morut  assés  înervilleusement.  Dieux  fi  pardoinst  tous  ses 
meffaix!  P»  127. 


1.  U  mamuerlt  porté  :  c  GoMns.  »  Mauçûise  k^n. 


[1361]     VARIANTES  DU  PREMIER  LIVRE,  §  499.        271 

P.  74,  1.  14  t  hemèrent.  —  Mss.  ^  8,  i5  ;  guerrioient.  — 
Ms,  A  il  X  herioient. 

P.  74,  1.  20  :  Melans;  •—  M$s.  A%,i}&à  17  :  Milan,  Millan. 

P.  74,  1.  26  :  menroit.  —  Mss.  ^  7,  8  :  enmenroit.  F»  240. 

P.  74, 1.  30  :  ordotmsr.  ^Mss.  A  :  donna. 

P.  75,  1. 10  :  cosc.  —  Ms.  AS  :  paix.  F*  23»  v*. 

P.  78,  U  14  :  Pieumont.  —  Mss.  A  8, 17  t  Piémont. 

P.  75,  1.  18  :  à  sen. .  .ponrfit.;—  Mss.  B  k  ht  mss.  A  :  à  l'bn- 
neur  et  prouffit  de  lui.  F>  237.  —  Ms.  A  il  :  à  Toniiétir  et 
prooffit  d*euk  et  de  Im.  F*  297. 

P.  75,  1.  30  :  esciella.  '^  Ms.  A  B  r  erilla; 

P.  76,  1.  5  :  l'Arsis.  —  Ms.  A  il  :  l'Assis.  —  Ms.  A  8  ••Lai- 
sis.  —  Ms.  A  6  .*  Lasis.  -^  Mss.  B  3,  4  :  DarsTs. 

P.  76,  L  10  :  grant  trésor.  —  Ms.  B  6  :  et  avoit  bien  de 
finanche  chil  messire  Seghins  trois  cens  mille  frans.  P*  624. 

P.  76, 1.  11  :  dont  il...  issus.  -^  Mss.  A  c^Aàax  il  s'estdt  par^ 
tis  et  issus. 

P..  76,  1.  14  :  meCTais.  —  Le  ms.Aifi  ajoute  ':  se  il  lui  plaist. 
F» 258. 

§  499.  En  ce  temps.  •»  Ms.  d* Amiens  :EtL  ce  tamps  trespassa 
Il  dus  de  Lancastre. 

En  ce  tamps  trespassa  li  jones  dus  de  Bourgoingne,  qui  s'apel- 
loit  messires  Phelîppes,  par  laquelle  mort  vaqièrent  pluisseur  pays, 
car  il  estoit  grans  sirez  durement  :  premièrement,  ducs  de  Bour- 
goingne, comtes  de  Bourgongne,  comtes  d'Artois  et  de  Boulongne, 
palatins  de  Brie  et  sirez  des  îfoires  de  Gampaingne^  et  aWt  à 
femme  une  jone  dammcûselle,  fille  au  comte  Loeys  de  Flandrez, 
de  l'une  des  filles  le  duc  Jehan  de  Braibant.  Dont  il  avint  que, 
piir  prolsmeté,  madamme  Margerite,  mère  an  comte  de  Flandres 
dessus  dit,  se  traist  à  le  comte  d'Artois  et  à  le  comte  de  Bour- 
goingne, et  en  fist  foy  et  hoummaige  au  roy  de  France.  Ossi  mes- 
sires Jehans  de  Bouloingue  se  traist  jiar  droite  hoirie  à  le  comté 
de  Bouloingne  et  en  devint  homs  au  roy  de  Franche. 

Avoecq  tout  ce,  li  roys  Jehans  de  Franche,  par  proimetet,  retint 
et  prist  le  duché  de  Bourgoingne  et  tous  les  drois  de  Gampaingne. 
Dont  il  avint  que  h  roys  Charles  de  Navarre  se  traist  avant  par  man- 
nierre  de  callenge,  et  dist  et  proposa  que  la  ducé  de  Bourgoingne 
par  prolsmeté  li  estoit  esceuweet  dévolue,  mes  ses  moustranches  ne 
peurent  y  estre  de  nulle  valleur  :  dont  il  et  si  firerre  deffiièrent  le 


272  CHRONIQUES  DE  J.  FROISSâRT.  [1362] 

roy  de  Franche  et  le  royaumme,  et  le  ooummenchièrent  à  gaeriier 
fortement  et  durement,  et  missent  à  Mantes  et  à  Meulent  grans 
garnisons  qui  guerioient  et  traviUoient  maternent  le  Normendie. 
Et  n'osoit  nuls  aller  entre  Paris  et  Roem,  ne  entre  Roem  et  Kern, 
ne  entre  Kem  et  Ewrues,  ne  entre  Ewrues  et  Ghierebourcq^  ne 
partout  sus  le  marinne.  Et  d'autre  part  li  rois  de  France  tenoit 
contre  lui,  sus  le  marce  de  Normendie  et  d'Ewrues,  grant  fuison 
de  gens  d'armes  qui  deffendoient  le  pays  contre  les  Navùrois. 
F»  127. 

P.  76,  1.  i9  :  Mehaut.  —  Mss,  A:  Mahaut,  Mahault. 

P.  76,  1.  22  :  Haynau.  —  Ze  ms.  A  17  ajonte:  sa  femme.  — 
Ms  Al  \  sà,  famé. 

P.  76,  L  22  :  la  mainsnée.  —  Ms.  A  %  :  l'autre.  F*  235  v« 

P.  76,  1.  26  et  27  :  et  monsigneur....  poursievir.  ^^Ms  A  17  : 
d'ore  en  avant  entendrons  à  poursuivir  le  traittië. 

P.  77,  1.  5  :  vaghièrent.  —  Ms.  AS;  escheirent.  F*  236. 

P.  77,  1.  9  :  et.  —  Ms.  A  8  ;  lequel. 

P.  77,  1.  iO  :  damoiselle.  —  Mt.  AS:  dame. 

P.  77,  1.  19  :  proismetë.  —  Mss:  A  8,  15  ;  prouchaineté.  — 
Ms,  A  il  :  proximité. 

P.  77,  1.  20  :  Campagne.  —  Ms.  A  8  :  Champagne. 

P.  77,  1.  20  et  21  :  desplaisi.  —  Mss.  A  :  despleut. 

P.  77,  1.  24  ;  nulle  cose.  -^  Mss.  A  :  riens. 

5  ttOO.  En  ce  temps.  —  Ms.  é^ Amiens  ;  En  ce  tamps  vint  en 
pourpos  et  en  dévotion  au  roy  Jehan  de  Franche  qu'il  yroit  en 
Auvignon  veoir  le  pappe  et  les  cardinaux,  tout  jeuant  et  esbatant 
et  visetant  le  ducé  de  Bourgoingne,  qui  nouvellement  li  estoît 
esceue.  Et  fist  li  dis  roys  faire  ses  pourveanches,  et  se  parti  de 
Paris  environ  le  Saint  Jehan  Pan  mil  trois  cens  soissante  deus,  et 
laissa  monseigneur  Charlle,  son  aisnet  fil,  le  ducq  de  Normendie, 
régent  et  gouvrenneur  dou  royaumme  de  Franche.  Si  en  mena  li 
dis  rob  avoecq  lui  monseigneur  Jehan  d'Artois,  comte  [d'Eu*], 
son  cousin,  et  que  moult  amoit,  le  comte  de  Tamkarville,  le  comte 
de  Dammartin^  monsigneur  Bouciqau,  monsigneur  Emoul  d'An- 
drehen,  monseigneur  Tristran  de  Maignelers,  U  grant  prieur  de 
Franche  et  plubseurs  autres.  Et  chemina  li  roys  à  petittes  jour- 


1 .  Le  manutcrit  porte  :  «  de  Deu.  »  Mauvaise  lefé/i. 


[1362]      VARUNTES  DU  PREMIER  LIVRE,  §  500.         Î73 

nées  et  à  grans  séjours,  de  bonne  ville  en  bonne  ville,  et  vint  en- 
viron le  Nostre  Damme  en  Auvignon,  où  il  fu  grandement  conjols  et 
festîiës  dou  pappe  et  de  tout  le  collège.  Si  se  tenoit  li  roys  et  tous 
ses  hostelx  à  Villenove  dallés  Auvignon.  Là  fu  li  roys  de  Franche 
tout  le  temps  de  Tivier  enssuiwant  et  le  quaremme. 

Car  le  Noël,  li  pappes  Ynocens  trespassa.  Si  furent  li  cardinal 
en  grant  discort  de  faire  un  pappe  entre  yaux  et  ne  l'i  peurent 
trouver  ne  acorder  ;  car  il  en  y  avoit  pluisseur  de  quoy  chacuns 
tiroit  à  estre  papes.  Par  cel  discort  fu  esleus  li  abbes  de  Saint 
Victor  de  Marsellè,  qui  estoit  moult  sains  homs  et  de  belle  vie, 
grans  clers,  et  qui  moult  avoit  travilliet  pour  l'Eglise  en  Lom> 
bardie  et  ailleurs.  Si  eut  à  nom  cilz  papes  Urbains  li  cinqimes,  et 
régna  noblement  et  puissamment  tant  qu'il  vesqui,  et  tînt  TEglize 
en  bonne  prospérité. 

Assés  tost  apriès  se  création ,  entendi  li  roys  de  France  que 
messires  Pierres  de  Luzegnem,  rois  de  Cippre  et  de  Iherusalem, 
devoit  venir  en  Auvignon.  Si  dist  li  roys  de  France  qu'il  atenderoit 
sa  venue,  car  moult  grant  désir  avoit  de  lui  veoir,  pour  les  biens 
qu'il  en  avoit  oy  recorder  et  le  guerre  qu'il  avoit  faite  as  Sarra- 
zins  ;  car  voirement  avoit  li  roys  de  Cippre  pris  nouvellement  le 
forte  chité  de  Satalie  sus  les  ennemis  de  Dieu,  et  ochis  tous  ceux 
et  celles  qui  dedens  furent  trouvet.  F*  127. 

P.  78,  1.  8  :  régent...  de  France.  —  Mss.  ^  8,  15  :  et  le  fist 
son  lieutenant  par  tout  le  royaume  de  France.  P  236. 

P.  78,  1.  10  :  germain.  —  Ms.  AS:  bien  prouchain. 

P.  78,  1.  14  :  Maignelers.  —  Ms.  A  8 .'  Maglers. 

P.  78,  1.  18  :  [la  feste  de  Noël].  Cette  bonne  leçon  est  fournie 
par  le  ms.  A  8,  f«  236,  et  par  le  ms.  A  15,  f>  258  \^.  On  lit  dans 
les  mss.  B  et  les  mss.  A  i  àl^ii  à  14,  17  à  19,  23  :  la  Saint 
Micbiel. 

P.  78,  1.  22  :  pape.  —  Le  ms.  A  %  ajoute  :  Urbain. 

P.  78,  1.  26  :  le.  —  Ms.  A  B  :  ce. 

P.  78,  1.  32  :  se  mbent  et  arrestèrent.  —  Aff .  A%:  ^  mist  et 
arresta. 

P.  79,  1.  5  :  eslisirent.  —  Mss.  >^  8,  15  ^  17  :  esleur^t. 

P.  79,  1.  7  :  travilliet.  —  Mss.  ^  7,  15  à  17  .•  traveillié.  F* 
241  .—Ms.AS:  travaillié.     ' 

P.  79,  1.  9  :  viût.  —  Les  mss.  A  l^S  tyoutent  :  en  Avignon. 

P.  79,  1.  1 5  :  Lusegnon.  —  Ms.  AS:  Lusignen.  —  Ms.  A  M: 
Lunon. 

VI  —  18 


274  CHRONIQUES  DE  J.  FROISSART.  [1362] 

P.  79,  1.  16  :  apassj.  —  Mss.  A  :  passé. 
P.  79,  U  23  :  y.  —  Mss.  A  :  dedens. 

§  SOI.  En  ce  mesme.  —  Ms,  iT Amiens  :  Eo  ce  meysme  tamps 
et  en  cel  yvier,  eult  grant  parlement  en  Engleterre  sur  les  ordon- 
nances dou  pays  ht  especialment  sur  les  enfants  du  dit  roy  englès, 
car  on  regarda  que  li  princhez  de  Ghalles  tenoit  grant  estât  et  noble; 
et  bien  le  pooit  faire,  car  il  estoit  vaillans  homs  durement,  mes  il 
laissoit  ce  bel  et  grant  hiretaige  d'Aquitaine  où  tous  biens  et  toutte 
plenté  estoit.  Se  lui  fu  remoustret  et  dit  que  il  volsist  traire  celle 
part,  car  il  y  ayoit  bien  terre  en  la  duchë  pour  tenir  si  grant  es- 
tât qu'il  vorroit.  Ossi  li  baron  et  li  seigneur  dou  pays  le  voUoient 
avoir  dalles  yaux,  et  bien  appertenoit  qu'il  y  fiiist  et  qu'il  en 
ewist  les  prouffis,  car  il  avoit  rendut  graint  painne  à  gaegnier. 

li  prinches  s'i  acorda  assës  legierement,  et  fist  faire  ses  pour- 
veanches  et  ordounna  son  arroy  pour  venir  en  Gascoingne.  Ëi- 
corres  fu  ordounné  en  Engleterre  que  messires  Lions,  frères 
secons  dou  prince,  qui  s'appelloit  et  escripsoit  comtes  de  Lunester, 
de  par  madamme  sa  femme,  laquelle  avoit  grant  droit  au  royaumme 
d'Irlande,  fust  dus  de  Glarenche  noummës  en  avant.  Adonc  (a  ossi 
ordonnés  et  créés  messires  Jehans,  U  tiers  des  enfans  apriès,  à 
estre  dus  de  Lancastre,  qui  devant  s'appelloit  comtes  de  Riche- 
mont;  car  la  ditte  duché  lui  estoit  esceuwe  l'année' devant  par  le 
mort  dou  duc  Henry  de  Lancastre,  qui  fu  pères  à  madamme 
Blanche,  femme  au  ducq  Jehan  dessus  dit,  et  ossi  à  madamme 
Mehaut,  qui  fu  comtesse  de  Haynnau  et  eult  à  mari  le  comte 
GuiUaumme,  filz  à  le  comtesse  Margerite  et  frères  à  monsigneur  le 
duc  Aubert  et  à  monsigneur  le  duc  Oste. 

Et  encorres  fu  adonc  proposet  entre  les  sages  d'Engleterre  et 
regardé  que,  se  messires  Ammons,  quars  filz  dou  roy  d'Engle- 
terre,  pooit  venir  ad  ce  grant  marriaige  de  le  fille  dou  comte  de 
Flandres,  qui  estoit  alendant  de  très  grant  hiretaige,  ce  seroit 
ungs  grans  sires  et  dont  li  Englès  poroient  avoir  ung  grans  con- 
fors  par  dechà  le  mer,  s'il  leur  besongnoit.  Mais,  quoy  qu'il  le 
proposaissent,  il  n'en  traitièrent  mies  si  trestost.  Ains  regardèrent 
li  roys  et  ses  conssaux  couvertement  coumment  ne  par  qui  H  en 
poroient  faire  traîtier  et  atraire  le  conte  de  Flandres  à  amour.  Si 
laissièrent  ceste  cose  reposer  encorres  un  petit. 

Si  entendirent  à  faire  Tobsecque  de  madamme  la  royne  Ysabiel, 
mère  dou  roy  englès,  qui  estoit  nouvellement  trespassée.  Et  fu 


[4362]      VARUNTES  DU  PREMIER  LIVRE,  g  «Oî.         275 

ensevelie  as  Cordeliers,  à  Londres,  et  ses  obsèques  fais  moult 
honnorablement.  Et  là  furent  tout  11  baron  de  Franche  qui  osta-* 
gier  estoîent  pour  le  roy  de  Franche,  avoecques  les  seigneurs  et 
les  prelas  d'Engleterre.  F»  i27  v«. 

P.  79,  1.  30  :  laioît.  —  Ms.  A  6  .'  laissoit.  F»  240  v*,  —  Ms. 
A  7  :  leuoit.  F»  241  v«,  —  Mss.  A%,i^  :  avoît.  P  236  v«.  — 
M$.A\1  :  aroit.  P  298  v*. 

P.  80, 1.  15  :  le  Rocelle.  —  Mss.  A  :  la  Rochelle. 

P.  80,  1.  16  :  Nous.  —  Les  mss.  A  8,  15  à  17  ajoutent  : 
nous. 

P.  80, 1.  20  :  Lyonniaus.  —  Ms.  AT:  Leonniel.  '^Mss.  A  8, 
15  ^  17  :  Leonnel. 

P.  80, 1.  22  :  de  Duhiestre.  —  Mss.  utf  8,  15  :  de  Duluestre. 
^Ms.  A  il  :  de  Luestre.  F»  299. 

P.  80,  1.  32  :  veve.  —  Ms.  Al  :  veuve.  —  Mss.  utf  8,  15  a 
17.'vesve. 

P.  81,  1.  12  :  ains.  —  Ms.  A  %  :  avant.  F»  237. 

§  BOS.  Sitost  que.  —  Ms.  it Amiens  :  Assés  tost  apriès,  se 
départi  d'Engleterre  li  prinches  de  Galles  et  de  son  hostel  de 
Rerkamestede,  à  vingt  Ûeuwes  de  Londres,  où  il  s'estoit  tenus 
tout  le  temps  en  grant  reviel  avoecquez  madamme  la  princhesse  sa 
fenmie,  qu'il  avoit  par  amours  prise  à  espeuse  et  à  compaigne,  de 
se  voUentë,  sans  le  sceu  dou  roy  son  père,  laquelle  damme  avoît 
estet  fille  dou  comte  Ainmon  de  Kent,  oncle  dou  roy  englès.  Et 
avoit  la  ditte  damme  estet  mariée  en  devant  à  che  bon  chevalier 
monsigneur  Thummas  de  Hollande,  de  qui  elle  avoit  des  biaus  en- 
fans.  Si  vint  madamme  la  roynne  d'Engleterre,  environ  le  Noël,  à 
Berkamestede  prendre  congiet  à  son  fil  le  prinche  et  à  sa  fille  le 
princesse,  et  fù  layens  avoecq  yaux  environ  cinq  jours,  pub  s'en 
retourna  à  Windesore  et  tmt  là  son  Noël.  Et  tantost  après  les  fes- 
tes,  11  princes  et  11  princesse  et  tous  leurs  arois  vinrent  à  Hantonne 
et  entrèrent  là  ens  es  vaissiaux  appareillés  pour  yauz.  Si  nagîè- 
rent  tant  et  singlèrent  avoecq  le  confibrt  dou  vent  qu'il  arivèrent 
à  le  bonne  ville  de  le  Rocelle,  où  il  furent  recheu  à  grant  joie, 
moult  festilet  et  bien  honneré;  et  leur  dounna  on  et  présenta  grans 
dons  et  biauz  jewiaux. 

Si  tost  que  messires  Jehans  Cambdos,  qui  grant  tamps  avoit 
gouvrenné  le  duché  d'Acquittainne  et  touttes  les  terres  apperte- 
nans  et  respondans  à  celle,  sceut  la  venue  dou  prinche  et  de  la 


276  CHRONIQUES  DE  J.  FROISSART.  [1362] 

princesse,  qu'il  estoient  avenut  et  arivet  à  le  Rocelle,  il  en  fa 
durement  joLeans  et  se  parti  de  Niorth,  où  il  se  tenolt,  et  s*en  vint 
à  belle  compaignie  de  chevaliers  et  d'escuiers  deviers  monsei- 
gneur le  prinche.  Si  se  conjoirent  et  festiièrent  grandement,  quant 
1  se  trouvèrent  et  encontrèrent*  Assë5  tost  apriès,  vinrent  veoir 
et  conjoir  le  prinche  11  signeur  de  Poito  et  de  Saintonge  qui  es- 
toient ou  pays,  et  par  especial  chibL  bons  chevaliers  messires  Gui- 
chars  d'Angle,  qui  avoit  juret  et  voet,  ou  kas  que  li  roys  de  Fran- 
che l'avoit  rendu  au  roy  d'Engleterre  et  quitte  de  foy  et  d'oummaige, 
qu'il  seroit  ossi  loyaux  au  roy  d'Engleterre  qu'il  avoit  estet  au  roy 
de  Erance  ;  et  bien  le  moustra  depuis  voirement ,  si  comme  vous 
orés  avant  en  l'istoire. 

Je  ne  vous  puis  mies  tout  dire,  ne  recorder  les  festez,  les 
honneurs,  les  gistes,  les  séjours,  les  alers  ne  les  venirs  dou  prin- 
che, qu'il  fist  et  c'on  li  fist  ossi,  à  ce  donc,  quant  venu  fu  en  Âc- 
quittainne,  comme  sires  et  souverains,  pour  mettre  et  pour  oster 
senescaux,  bailliux  et  tous  offîsciiers  à  se  vollenté,  car  trop  y  fau« 
roit  de  parolles  ;  mes  ad  ce  commencement,  il  y  fu  durement  am- 
més  d'uns  et  d'autres,  et  aprist  à  connoistre  les  gentilz  hommes 
et  le  pays.  Si  s'esbatoit  et  jewoit  avoecq  yaux,  et  petit  acroissoit 
et  montoit  son  estât,  et  le  tint  dedens  l'année  si  grant,  si  noble  et 
si  puissant  que  on  se  pooit  esmervillier  où  on  prendroit  ce  que 
on  fretioit  en  son  hostel,  tant  de  par  lui  que  de  par  madamme 
la  princesse.  Et  fist  monseigneur  Jehan  Gambdos  connestable  et 
regart  souverain  apriès  lui  de  toutte  la  duchë  d'Acquittainne,  li- 
quelx  tenoit  ossi  grant  estât  et  bien  estoffet.  Et  avoit  li  princes, 
pour  son  hostel  et  à  se  délivrance,  toudis  dou  mains  vingt  huit 
chevaliers  et  bien  troix  tans  d'escuiers.  D'autre  part,  la  princesse 
estoit  bien  acompaignie  de  daqimes  et  de  dammoiselles. 

Si  venoient  veoir  le  prinche  en  Angouloime,  où  il  se  tenoit  le  plus, 
li  baron  et  11  chevalier  de  Gascoingne,  li  comtes  d'Ermignach,  li 
sires  de  Labreth,  U  sires  de  Pummiers,  li  sires  de  la  Barde,  li  si- 
res de  Courton,  li  comtes  de  Pieregorth,  li  comtes  de  Gommignez, 
li  viscomtes  de  Quarmaing,  li  captaux  de  Beus,  li  sirez  de  Mu- 
chident  et  li  autre,  dont  grant  fuison  en  y  avoit  qui  tout  estoient 
si  homme  de  foi  et  d'ommaige  parmy  le  tretiet  de  le  pais.  Et  il 
les  conjoissoit  et  requeilloit  liement  et  doucement,  et  faisoit  tant 
à  che  coummenchement  que  tout  Tamoientet  honnouroientcoomie 
leur  seigneur,  et  li  disoîent  que  sans  royaunune  c'estoit  li  plus 
grans  du  monde,  et  qui  plus  pooit  mettre  de  bonnes  gens  d'ar» 


[1362]      VARIANTES  DU  PREMIER  LIVRE,  §  503.         «77 

mes  enssamble.  Or  lairons  dou  prince  et  revenrons  au  roy  de 
Franche.  P»  127  v*  et  128. 

P.  81,  1.  49  :  eU—Mss.A  7,  15  à  17  :  de.-^Ms.A  8  ;  a. 

P.  81,  1.  23  :  ilz.  —  Mss.  A  8,  IfJ  .-  culx. 

P.  81,  1.  24  :  se.  —  ilfr.  u^  n  ;  le. 

P.  81,  I.  24  :  se  cognissoient.  —  Ms.  A  15  .'  s'entrecognois- 
soient* 

P.  81  y  1.  20  :  chevalier.  —  Les  mss.  u^  8,  15  ajoutent  :  et 
escuiers, 

P.  81,  1.  30  :  dou.  -^  Ms.  A  S  :  de. 

P.  82,  1.  1  :  tout  dis.  —  Mss.  ^  8,  15  <v  17  ;  tuusjours. 

P.  82,  1.  3  et  4  :  s'acointa.  —  Mss.  ^  3,  4  et  mss.  A  :  s'ac- 
quitta. 

P.  82,  1.  8  :  fais.  —  Le  ms.  A  B  ajoute  :  capitaine.  F»  237. 

P.  82,  1.  10  :  Guiçars.  —  Ms,  ^  15  ;  Guichart.  F»  259  v». 

P.  82,  1.  13  et  14  :  ces  seneschaudies.  — Mss,  A  S,  15  à  17.* 
ses  senescbaucées,  ses  seneschaucies. 

P.  82,  1.  17  :  aloit.  —  Mss.  A  :  ala. 

§  tf05.  Environ  le  Candeler.  —  Ms.  tt Amiens  :  Environ  le 
Gandeler,  l'an  de  grasce  mil  trois  cens  et  soissante  deus ,  vînt  li 
roy  s  de  Cippre  en  Auvignon,  de  laquelle  venue  li  cours  fu  dure-- 
ment  resjole,  et  allèrent  pluisseurs  cardinaux  contre  lui  et  l'ame- 
nèrent au  palais  deviers  le  pappe  Urbain,  qui  liement  et  douce- 
ment le  rechupt.  Ossi  fist  li  roys  Jehans  de  Franche,  qui  là  esloit 
presens.  Et  quant  il  eurent  là  estet  une  espasse  et  pris  vin  et  es- 
pisses,  li  doy  roy  se  partirent  dou  pappe,  et  se  retraist chacuns 
à  son  hostel.  Che  tienne  pendant,  se  fist  uns  gages  de  bataille  de- 
vant le  roy  de  Franche  à  Villenove,  dehors  Auvignon,  de  monsi- 
gneur  Ainmenion  de  Pumiers  et  de  monsigneur  Fouque  d'Archiac. 
Quant  il  se  furent  combatu  bien  et  chevalereusement  asaés  ens- 
samble, li  roys  de  Franche  fist  tretier  de  le  pès  et  les  acorda.  Or 
se  tinrent  chil  doy  roy  dessus  noummet  tout  ce  quaresme  en  Au- 
vignon, et  visetoient  souvent  le  pappe. 

Si  avint  pluisseurs  fois  en  ces  visitations  que  li  roys  de  Chippre 
remoustra  au  pappe,  présent  le  roy  de  Franche  et  les  cardinaux, 
coumraent ,  pour  sainte  chrestiennetë,  che  seroit  noble  cose  et 
digne ,  qui  ouveroit  le  saint  voiaige  d'outre  mer  et  qui  iroit  sour 
les'  ennemis  de  Dieu.  Dont  sachiés  que  li  roys  de  Franche  y  en- 
tendoit  vollentiers,  et  en  conssienche  s'en  sentoit  chargiés  et  tenus 


S78  CHRONIQUES  DE  J.  FROISSART.  [1363] 

pour  le  cause  que  li  roys  Phelippes,  ses  i)ères,  emprist  et  en- 
charga  jadis  le  crois,  et  voa  à  faire  le  voage,  et  point  ne  le  fist  ; 
car  les  gherres  d'Engleterre  li  vinrent  si  sur  le  main  qu'il  lui 
convint  cesser  sa  dévotion.  Or  à  maintenant  che  proposoit  li  roys 
Jehans  de  Franche  pais  au  roys  englez,  et  li  seroit  chilx  voiaiges 
bien  seans  pour  acquitter  l'ame  dou  roy  son  père  et  pour  aidier 
à  sauver  le  sienne,  et  ossi  pour  délivrer  la  sainte  chrestienneté 
de  ces  mannierres  de  gens  d'armes  qui  s'appelloient  Gompaingnes, 
qtii  destruisent,  gastent  et  des  robent  tout  sans  droit  et  sans  rai- 
son; et,  se  chilx  voiages  estoit  ouvers,  touttes  mannierrez  de 
gens  le  ûevroient  et  yroient. 

Che  bon  pourpos  garda  et  réserva  li  roys  de  Franche  jusquez  au 
jour  du  Saint  Yenredi,  que  pappes  Urbains  prêcha  en  sa  cappelle  en 
Auvignon,  présent  les  deus  roys  de  Franche  et  de  Cippre  et  le  saint 
collège.  Apriès  le  predièation  faite,  qui  fu  moult  humle  et  moult 
dévote  de  le  souffrance  Nostre  Signeur,  li  roys  Jehans  de  Fran- 
che emprist  le  croix  et  le  voa,  et  requist  au  pappe  que  il  li  volsist 
confremer  et  acorder,  et  li  pappes  li  comfremma.  Ossi  là  présen- 
tement le  prissent  messires  Talerans  li  cardinaulx  de  Pieregorth, 
messires  Jehans  d'Artois ,  comtes  d'Eu,  li  comtes  de  Tankarville, 
li  comtes  de  Dammartin,  li  grans  prieux  de  Franche,  messires 
Emoulx  d'Audrehen,  messires  Bouchicau  et  pluisseur  bon  cheva- 
lier qui  là  estoient.  Dont  li  roys  de  Qppre  fu  moult  liez,  et  en  re- 
gracia grandement  Nostre  Signeur  de  ce  qu'il  avoit  si  grant 
conffort  que  dou  roy  de  France  et  de  ses  barons  pour  aller  en 
Surrie.  F>  128. 

P.  82, 1.  81  :  leCandeler.—  iiffj.  A  :  la  Chandeleur.  —Ms,  B 
k  :  le  Chandelier.  F«  238  v<>. 

P.  82,  1.  23  :  moult.  —  Mss.  Al,%  :  durement. 

P.  83, 1.  2  :  Fouque.  —  On  lit  dans  le  ms.  B  i  :  Huge. 

P.  83,  1.  5  :  rihote.  —  Mss.  A  :  riote. 

P.  83,  1.  8  :  recueilloit.  —  Mss.  A  :  recevoit.  —  Le  nu.  A  il 
ajoute  :  et  Uement. 

P.  83, 1.  29  :  moult.  —  Les  mss.  A  B,  iH  ajoutent  :  douce 
et.  F«  237  v«. 

P,  84,  1.  8  :  regratia.  —  Ms.  A  8  ;  remercia. 

P.  84,  1.  9  :  mistère.  — Le  ms.  A  18  ajoute  :  divin,  F»  260. 

§  tt04.  Tout  ensi. —  Ms.  d'Amiens  .;  Tout  enssi  que  vous  me 
poés  olr  reoorder,  «mprissent  et  enchaînèrent,  dessus  le  deseu- 


[1363]      VARIANTES  DU  PREMIER  LIVRE,  §  504.         279 

rain  vestement,  le  vremeiUe  croix  li  roys  Jehans  de  France  et  li 
dessus  noummet.  Avoecq  tout  chou,  nos  Sains  Pères  li  pappez 
le  comfremma  et  l'envoiea  prechierpar  uni  verse  monde  là  où  Dieux 
est  servis  et  creus.  Si  Temprissent  et  encbargièrent  pluisseur  sei- 
gneur, baron,  chevalier  et  escuier,  de  grant  vollenté. 

Tantost  apriès  Pasques,  li  roys  de  Gippre  parti  d'Auvignon 
et  dist  qu'il  volloit  aller  veoir  l'empereur  et  lez  seigneurs  de 
l'Empire,  et  puis  r^venroit  par  Braibant,  par  Flandrez  et  par 
Haynnau  en  France.  Et  ordonneroient  et  regarderoient  adonc 
li  roy  enssamble,  à  son  retour,  quant  il  se  pardroient,  et 
de  leurs  pôurveanches  coumment  il  en  useroient,  et  auquel 
les  en  mer  il  monteroient.  Si  se  partirent  chil  doy  roy  auques 
en  un  tierme  :  li  roys  de  France  prist  le  chemin  de  Mont- 
pellier pour  venir  en  le  Langhe  d'Ock,  et  li  roys  de  Gppre 
le  chemin  de  l'Empire,  liquelx  chemina  tant  par  ses  joumëes  qu'il 
vint  en  Alemaigne,  où  il  trouva  monseigneur  Oiarle  de  Behain- 
gne,  empereur  de  Romme ,  à  Gonvalence,  qui  le  rechupt  liement 
et  grandement.  Et  paya  li  dis  emperères  tous  les  firès  et  despens 
dou  roy  de  Qppre,  enssi  que  ses  empirez  estendoit,  et  li  donna 
encorres  grans  dons  et  grans  jewiaux  pour  lui  plus  honnourer  et 
festiier.  Et  quant  il  se  parti  de  lui,  il  le  fist  conduire  et  acompai- 
gnier  par  les  plus  grans  de  se  court. 

Si  vint  li  roys  de  Gppre  en  Jullers ,  où  li  dus  le  rechupt  et 
festia  liement,  et  de  là  en  Braibant,  où  il  trouva  à  Brouxellez 
monseigneur  Winchelin  de  Behaingne ,  duch  de  Luxembourc  et 
de  Braibant  et  frère  à  l'empereour  dessus  noummet,  et  madamme 
la  duçoise ,  sa  femme ,  qui  le  rechuprent  et  festiièrent  grande- 
ment et  honnerablement  en  disners,  en  souppers,  en  joustez,  en 
festez  et  en  reviaux ,  car  bien  le  savoient  faire  ;  et  li  donnèrent 
au  département  grans  dons  et  biaux  jewiaux.  Puis  s'en  parti  li 
rois  de  Cippre  et  s'en  alla  en  Flandres  veoir  le  comte  Loeys,  qui 
ossi  le  festia  moût  grandement.  Et  trouva  à  ce  donc  le  rôy  de 
Dannemarche,  qui  estoit  nouvellement  venus  à  Bruges  et  apassés 
le  mer  pour  lui  veoir.  Si  y  eut  à  Bruges  grans  festes  et  grans 
joustez  à  le  venue  dou  roy  de  Cippre.  Che  fu  environ  le  Made- 
lainne  l'an  mil  trois  cens  soissante  trois. 

Enssi  en  celle  saison,  ala  veant  et  visetant  li  roys  de  Cippre 
les  seigneurs  de  l'empire  dessus  noummës.  F^»  128. 

P.  84,  1.  li  :  leur  deseurain  vestement.  —  Ms.  A  %  :  lenc 
derrain  vestement.  F®' 237  v*».  -t-  Ms,  A  Vi  :  leurs  souverains 


280  CHRONIQUBS  DE  J.  FROISSART.  [1363] 

yestemens.  F*  300.  —  Ms^  Â^  :  leur  souverain  vestement.  — 
<—  Ms.  J  m  :  leur  derrenier  vestement.  F*  260. 

P.  84,  1.  13  :  nos.  —  Mss.  A  :  nostre. 

P.  84,  l.  15  :  universc.  —  Mss.  -<rf  8,  15  «  17  ;  universel. 

P.  84,  1.  16  :  istance.  —  Mss.  A  8,  17  :  instance  —  Mss.  A 
7,  15  .*  entencion. 

P.  84,  1.  19  :  sigueurs.  —  Mss.  u^  8,  15  a,  17  ;  barons. 

P.  84,  1.  20  :  les.  —  Xe  I9U.  ^  8  ajoute  :  haulx.  P  238. 

P.  84,  1.  20  :  des.  —  Lesmss.A  ajoutent  :  grans, 
.  P.  84,  1.  28  :  travel.  —  Ms.  A  8  :  travail. 

P.  84,  1.  29  et  30  :  avanceroit....  ooers.  —  Aïs.  ^  17  :  il 
aufoit  plus  tost  les  cuers. 

P.  84,  1.  31  :  hors  don.  —  Ms.  AS:  ou. 

P.  85,  1.  7  :  cas.  —  On  Ht  dans  les  ms,  B  i  :  estas. 

P.  85,  1.  12  et  13  :  il...,  esté. —  Ms  A  %  :  il  de  grant  temps 
n'avoit  point  esté. 

P.  85,  1. 13  :  grant.  —  Ms.  A  17  ;  trop  grant. 

P.  85,  1.  15  :  Il  chemina.  —  Ms.  A  8  .*  et  chemina.  H  erra. 

P.  85,  1.  23  :  defiretiier.  —  Mss.  ^  8,  15  «  17  :  deffrajer. 

P.  85,  1.  24  :  li  dus.  —  Les  mss.  A  ajoutent  :  leconjoyet. 

P.  85,  1.  32  :  à  ce  donc.  —  Ms.  AS:  lors. 

P.  86,  1.  13  :  fesist.  —  Les  mss.  A  8,  15  ajoutent  :  et  aoom- 


5  ttOtt.  En  ce  temps*  —  Mss.  d Amiens:  En  ce  tamps  avoit  K 
roys  d'Engieterre  fait  grasce  à  quatre  dus  qui  estoient  hostagier 
en  Engleterre  pour  leroy  de  France,  c'est  assavoir  :  le  duc  d'Ango, 
le  duc  de  Berri,  le  duc  d'Orliiens  et  le  ducq  de  Bourbon.  Et  se 
tenoient  chil  quatre  seigneur  à  Callais,  et  pooîent  chevanchier 
quel  part  qu'il  voUoient,  trois  jours  hors  de  Callais,  et  au  qua- 
trimme,  dedens  soleil  esconssant,  retourner.  Et  l'avoit  fait  li  roys 
englès  en  espesse  de  chou  qu*il  fuissent  plus  prochain  dou  cons- 
seil  de  Franche,  et  qu'il  mesîssent  cure  et  dîiligensce  à  leur  deli- 
vranche,  enssi  qu'il  faisoient,  car  il  envoiiérent  pluisseurs  fois 
souffissans  messaigez  deviers  le  roy  de  Franche  et  le  ducq  de  Nor- 
mendie  qu'il  vosissent  entendre  à  yaux  et  on  leur  tenist  les  cou- 
vens  telx  c'on  leur  avoit  proummis,  ou  il  ne  se  tenroient  mies 
pour  prisonniers  ne  hostagiiers,  mes  se  deliveroient  au  plus  tost 
qu'il  poroient. 

Or  estoît  adonc  li  royaummes  et  li  conssaux  dou  roy  et  dou 


[4363]      VARIANTES  DU  PREMIER  LIVRE,  §  506.  281 

ducq  de  Normendie  durement  cargiés  et  ensonniiës,  tant  pour 
le  croix  que  11  rois  de  Franche  avoit  encargie,  que*  pour  le  gerre 
dou  roy  de  Navarre ,  qui  guerioit  et  herioit  fortement  le  royaum- 
me  de  Franche,  et  avoit  remandé  les  Gompaingnez  en  Lombardie 
pour  mieux  faire  se  guerre.  Se  n'estoient  mies  respondu  ne 
delivret  H  messagier  des  quatre  dus  deseure  dis,  qui  se  tenoient 
à  Callais  à  leur  vollenté,  dont  moult  leur  en  desplaisoit  et  plus  à 
leurs  seignem*s,  quant  il  ooient  conter  le  deluement  dou  consseil 
le  roy  et  des  ordonnanches  de  Franche,  mes  amender  ne  le  pooient. 
Si  leur  couvenoit  atendre  et  souffrir  que  aucune  bonne  aventure 
et  grasce  don  roy  englès  leur  venist.  P  i28  v«. 

P.  86, 1.  i9  :  quel  part  qu'il.  —  ÂKrj.  ytf  8,  15  :  quelque  part 
qu'ilz.  F»  238  v«. 

P.  86, 1.  22  :  en  istance  de  bien.  -—  Mss.  ytf  8,  i5;  en  bonne 
entencion. 

P.  86,  1.  24  :  songnassent.  —  Le  ms.  J  %  ajoute  :  et  enten- 
deissent. 

P.  87,  1.  2  :  quoique.  —  Mss,  ^  8^  i5  ;  combien  que. 

P.  87,  1.  4  :  promoteur.  —  Mss.  A  8,  17  ;  prometteurs. 

P.  87,  1.  4  :  n'estoient.  —  Mss.  A  8,  15  ;  ne  povoient  estre, 

P.  87,  1.  7  et  8  :  s'en  presist.  -—  Ms,  AS:  en  penst  avenir. 
—  Ms.  ^  15  :  en  deust  advenir.  F^»  261. 

P.  87, 1.  10  :  ensonniiés.  —  Mss.  ^  8,  15:  embesoingniez. 

P.  87,  1.  Il  :  encargiet.  —  Mss.  A  8,  15  ;  prise  et  enchargiëe. 

P.  87, 1.  i  3  :  avoit.  —  Les  mss,  A  ajoutent  :  adonc. 

P.  87,  1.  16  :  entendre.  —  Ms.  A  AT  :  mettre  remède,  c'est 
assavoir.  F"  301 . 

$  BOB.  Quant  li  rois.  — r  Ms.  d'Amiens  :  Quant  li  roys  de 
Cippre  eut  visetës  et  veus  les  seigneurs  et  le  pays  dessus  noummës, 
il  retourna  en  Franche  et  trouva  à  Paris  le  roy  Jehan  et  le  duc 
de  Normendie  et  grans  fuison  des  seigneurs,  barons  et  chevaliers 
de  France,  que  li  roys  y  avoit  mandés  pour  lui  mieux  festiier  et 
honnourêr.  Si  y  eut  grans  festes ,  grans  réviaux  et  grans  esba* 
temens,  et  ossi  grans  parlemens  et  grans  conssaux  comment  ceste 
croiserie  se  poroit  parfumir  à  l'honneur  dou  roy  de  Franche  et 
de  son  royaumme.  Et  li  sage  homme  de  Franche  veoient  encorres 
le  royaumme  durement  grevé  et  pressé  de  guerres  et  de  compai- 
gnez  de  pilleurs  et  de  robeurs  qui  y  descendoient  et  venoient  de 
tous  pays.  Si  ne  sambloit  mies  bon  as  pluis^eur^  que  chilx  voiaiges 


282  CHRONIQUES  DE  J.  FROISSART.  [i363] 

se  fesist  jusquez  à  tant  que  li  royaummes  fuist  en  milleor  estât 
ou  à  tout  le  mains  on  evist  pais  au  roy  de  Navarre.  Non  obstant 
ce  et  touttez  guerres,  nulx  ne  pooit  abrissîer  ne  oster  le  dévotion 
don  roy  Jehan  qu'il  ne  fesist  le  pellerinage,  et  l'acorda  et  jura  au 
roy  de  CSppre  à  estre  à  Marselle  don  march  quivenoit  en  ung  an, 
que  on  oompteroit  Tan  mil  trois  cens  soissante  quatre,  et  que, 
sans  faulte,  il  passeroit  et  liveroit  passage  et  ponnreanches  i  tons 
ciaus  qui  passer  vorroient. 

Sus  cel  estât  se  parti  li  roys  de  Gippre  don  roy  de  France , 
et  dist  qu'il  avoit  bon  terme  de  retraire  encorres  en  son  pais  et 
de  faire  ses  pourveanebes.  Si  volloit  aller  veoir  le  roy  de  Na'- 
▼arre ,  son  cousin ,  et  mettre  pès ,  s'il  pooit ,  entre  lui  et  le  roy 
de  Franche.  Si  se  parti  de  Paris  et  aqueilla  son  chemin  vers 
Normendie,  et  fist  tant  par  ses  joumëes  qu'il  vînt  à  Chiere- 
bourch,  où  li  roys  de  Navarre  se  tenoit  et  messires  Loeys,  ses 
frerres;  car  messires  PheUppes,  leurs  frerrez,  estoit  nouvelle- 
ment trespassës.  Chil  seigneur  de  Navarre  rechurent  le  roy  de 
Cippre  liement  et  grandement  et  le  festiièrent  moult  honnerable- 
ment,  car  bien  le  pooient  et  savoient  faire.  Et  quant  li  roys  de 
Cippre  eut  estet ,  ne  say  deux  jours  ou  trois ,  avoecq  yaux ,  il 
coumencha  à  traitiier  moult  gratieusement  et  à  parler  de  le  pais 
entre  les  roys  dessus  dis  ;  car,  au  veoir  dire,  il  estoit  sages  sirez 
et  bien  enlangagiés.  Si  l'oy  li  roys  de  Navarre  parler  moult  vo- 
leiitiers,  mes  oncques  à  nulle  pès  ne  se  vot  descendre  ne  encheir, 
pour  cose  que  li  roys  de  Cippre  seuist  faire  ne  priier^  non  s'il 
n'avoit  tout  plainnement  se  demande,  et  il  n'en  estoit  mies  dou 
roy  de  France  cargiés  si  avant.  Si  demoura  la  cause  sus  cel  estât 
enssi  que  devant.  Et  se  parti  li  rois  de  Cippre  dou  roy  de  Na- 
varre, et  dist  qu'il  s'en  iroit  en  Engleterre  veoir  le  roy  englès  et 
madamme  la  roynne  et  leurs  enffans,  et  ossi  lez  seigneurs  de 
Franche  qui  là  estoient  ostâgiier. 

Li  roys  de  Cippre  prist  congiet  dou  roy  de  Navarre  et  de  mon- 
seigneur Loeis,  son  frère,  liquel  li  donnèrent  bellement  et  courtoi- 
sement, et  le  convoiièrent  plus  de  trois  lieuwes,  puis  s'en  retour- 
nèrent il  en  Chierebourch ,  Et  li  rois  de  Gippre  esploita  tant  par 
sed  journées  qu'il  vint  au  Pont  de  l'Arche,  et  là  passa  le  Sainne 
et  puis  chevaucha  deviers  Pontieu,  et  vint  passer  le  Somme  à* 
AbbeviUe  où  li  senescaux  de  Ponthieu,  messires  Gerars  de  Bau- 
dresen,  estoit  de  par  le  roy  englès  :  si  le  festia  et  honnoura  dou 
mieux  qu'il  peut.  Puis  s'en  parti  li  roys,  et  chevaucha  che  jour  à 


[mS]      VARIANTES  DU  PREMIER  LIVRE,  §  507.         283 

Saint  Esperit  de  Rue  et  puis  à  Moustroeil  et  puis  à  Bouloingne. 
Là  fa  il  un  jour,  et  l'endemain  il  vint  à  Gallais.  Si  y  trouva  en- 
correz  le  duc  d'Orliiens,  le  ducq  de  Berri  et  le  duc  de  Bourbon, 
qui  le  rechurent  liement,  enssi  que  seigneur  qui  sont  en  prison  et 
en  hostage.  P»  128  v«. 

P.  87,  1.  23  :  li  rois.  —  Les  mss,  A  ajoutent:  Jehans.  —  Le 
ms.  jiiti  ajoute:  qui  nagaires  estoit  venu  d'Avignon  et  de  Lan- 
guedoc son  pais  visiter,  si  comme  j'ay  devant  dit.  F^  261 . 

P.  87,  1.  27  :  croiserie.  —  Ms.  A  17  ;  croisée.  P»  301  V». 

P.  87,  1.  27  :  poroit.  —  Le  ms.  A  S  ajoute  :  persévérer  et. 

P.  87,  1.  31  :  reubeurs.  -»  Mss.  A:  robeurs. 

P.  88, 1.  5  :  nulz.  —JUs.  A%  :  on. 

P.  88, 1.  6  :  abrisier.  — Mss.  u^  8,  15  à  17  ;  brisier. 

P.  88,  1.  8  :  dou  march.  —  Ms.  A  %  :  an  moys  de  mars. 

P.  88,  1.  20  :  Roem.  —  Mss,  A  :  Rouen. 

P.  88,  1.  32  :  termine.  •—  Mss.  A  :  terme. 

P.  89,  1.  5  :  enlangagiës.  —  Le  ms.  A  S  ajoute  :  et  moult  amez. 
F^  239.  —  Les  mss.  A  6^  7, 15  à  17  ajoutent  :  et  moult  amez  de 
tous,  F»  242  V». 

P.  80,  1.  13  :  trettiés.  —  ^j.  ^  17  :  traitteurs.  F«  302. 

P.  89,  1.  28  :  estât.  '^  Le  ms.  A  ib  ajoute  :  ou  quèle  condi- 
cion.  F»  262. 

§  807.  Cil  troi  duch.  —  Ms.  d'Amiens  :  Et  séjourna  li  dis 
roys  à  Calais  bien  quinze  jours,  atendans  bon  vent,  car  li  mers 
estoit  adonc  moult  tempestëe  par  heurez.  Au  seizime  jour,  ses 
nefs  furent  cargies.  Si  entra  en  son  vaissiel  et  touttez  ses  gens  ens 
es  autrez,  che  fu  environ  heure  de  mienuit  et  demy,  [et  demoura] 
à  l'ancre  devant  Collais  toutte  le  nuit.  A  l'endemain,  à  heure  de 
nonne,  il  ariva  à  Douvrez.  Si  se  reposa  et  rafreschi  là  par  deus 
jours,  entroes  que  on  descarga  tout  bellement  ses  vaissiauz,  et 
mist  hors  les  chevaux.  Puis  chevaucha  li  roys  de  Cippre  à  petittes 
journées  et  à  sen  aise  deviers  Londres.  Quant  il  y  vint,  il  y  fu 
durement  bien  festiiés  et  conjols  des  seigneurs  de  Franche  et 
d'Engleterre  qui  chevauchièrent  contre  lui,  et  fu  à  grant  solemp- 
nitë  de  trompes  et  de  tous  autres  instrummens  amenés  et  acon- 
voiiés  à  son  hostel. 

Je  ne  vous  poroie  mie  compter  en  un  jour  les  nobles  disners, 
les  souppers,  les  festiiemens  et  les  conjoïssemens,  les  dons,  les 
presens ,  les  jouiaus  c'en  fist ,  dounna  et  présenta ,  especialment 


284  CHRONIQUES  DE  J.  FROISSâRT.  [1363] 

H  roys  d'Engleterre  et  medamme  le  roinne  Phelippe,  an  jentil  roy 
de  Ôppre.  Et  bien  le  dévoient  faire^  car  il  les  estoit  venus  veoir 
de  loing  et  à  grant  fret,  et  tout  pour  enhorter  et  enditer  le  roy 
que  il  volsist  prendre  le  vremeil  crois  et  aidier  à  ouvrir  ce  pas- 
saige  sus  les  mescreans.  Mes  11  roys  s*escuza  bellement  et  sage- 
ment et  dist  qu'il  estoit  mes  trop  vies  et  trop  foibles  pour  aller 
gueriier  si  lonch,  et  qu'il  avoit  assës  affaire  à  garder  son  pays  et 
tenir  en  pès  ;  mes  il  n'escu[s]oit  mie  jones  chevaliers  et  escuiers 
de  sa  terre,  s'il  y  voUoient  aller.  Si  demoura  la  cose  enssi.  Pluis- 
seurs  parlemens,  le  tierme  d'un  mois  que  li  roys  de  Cippre  fu  en 
Engleterre,  eut  entre  le  roy  englès  et  le  roy  de  Cippre  et  leurs 
conssaux  sus  Testât  de  le  croisserie  et  dou  voiaige  qui  se  devoit 
faire  ;  mes  toudis  ,  trou  voit  il  les  Englès  auques  sus  uns  pourpos 
si  sagement  dis  et  monstres,  qu'il  en  estoit  tous  comptens. 

Quant  il  vit  qu'il  n'en  aroit  autre  cose,  il  prist  congiet  au  roy,  a 
madamme  la  roynne  et  à  leurs  enfians,  qui  bellement  et  doucement 
li  dounnèrent.  Et  fist  li  roys  englès,  par  ses  oflisciiers,  paiier  et 
deffretiier  le  roy  de  Cippre  de  tout  ce  que  il  et  ses  gens  en  menus 
frès  avoient  despendut  à  Londrez  ;  et  li  dounna  une  très  grosse 
nef  c'on  appelloit  Catelinne,  qui  estoit  ou  havene  de  Zandvich, 
et  avoit  ooustë  au  roy  englès  plus  de  dix  mil  florins  au  faire  : 
dont  li  roys  de  Cippre  l'en  remercia  grandement.  On  ne  sai  de 
ceste  nef  qu'il  en  avint,  car,  depuis,  deux  ans  apriès  le  départe- 
ment dou  roy  de  Cippre,  je  le  vi  ù  Zandvich.  Si  croy  mieux  que 
li  roys  de  Cippre  le  laissa  pour  Tensonniement  qu'il  ewist  eut  dou 
mener  c'autre  cose.  J'en  demanday,  quand  je  fui  là,  pourquoy 
c'estoity  mes  nulx  ne  m'en  savoit  le  voir  à  dire.  P  1 29. 

P.  89,  1.  31  :  s'acointa.  —  Mss.  £  3,  k  ei  mss,  A  :  s'ac- 
quitta. 

P.  90,  1.  il  :  d'Engleterre.  —  Mss.  A:  Edouart. 

P.  90,  1.  25  :  enditter.  —  Ms.  A  8  :  enduire.  P  232  v«.  — 
Ms.  A  VS:  induire. 

P.  90,  1.  30  :  en  avant.  —  Mss.  -<^  8,  15:  d'ores  en  avant. 

P.  91,  1.  6  :  traveillent.  —  Mss.  A%,  15  ;  travaillent. 

P.  91,  1.  18  ;  se  prist. —  Mss.  A  8,  15  :  se  pena. 

P.  91,  1.  29  :  edefiier.  —  Mss.  ^  2,  18,  19 .'  crestienner. 

P.  91,  1.  31  :  douze  mil.  —  Ms.  B  ^  :  dix  mille.  F»  629. 

P.  91,  1.  31  :  havene.  —  Mss.  ^  6,  8,  15  «  17  :  havre. 

P.  92»  1.  4  :  deffreda.  —  Mss.  AS,  15  à  17  ;  deffraia,  def- 
frea. 


[1363]      VARIANTES  DU  PREMIER  LIVRE,  §  508.  285 

P.  92,  1,  8  :  Zanduic.  —  Mm.  B  6  ajoute  :  et  le  rendy  à  ma- 
dame la  royne  d'Engleterre.  F*"  629. 
P.  92,  1.  9  :  à  Taocre.  —  Mss.  A  6,  17  .*  et  ancré. 

S  SOS.  Or  se  parti.  —  Ms.  <t Amiens  :  Or  se  parti  li  roys  Piè- 
res  de  Cippre,  d'Engleterre,  et  rappassa  le  mer  à  Bouloingne.  Si 
entendi  que  li  roys  de  Franche,  li  dus  de  Normendie,  li  dus 
d'Ango,  messires  Phelippes  leurs  frères  et  tous  li  grans  conssaux 
de  Franche  dévoient  y  estre  à  Amiens.  Si  tira  li  roys  de  Cippre 
celle  part  et  y  trouva  le  roy  de  Franche  nouvellement  venu  et 
une  partie  des  seigneurs  dessus  dis.  Si  en  fu  grandement  conjols 
et  festiiés  et  leur  compta  une  partie  de  son  voiaige,  et  ossi  il  leur 
dist  qu'il  s'en  yroit  en  Poito  deviers  le  prince  de  Gallez  son  cousin, 
pour  mieux  acomplir  son  voiaige.  Si  fu  là^  ne  say  quans  jours 
avoecq  le  roy  et  ses  enffans,  et  puis  s'en  parti  et  prist  son  chemin 
deviers  Paris,  et  s'adrecha  pour  aller  en  la  duchë  d'Acquittainne 
et  deviers  le  prinche  qui  se  tenoit  à  Nîorth.  Et  devoit  avoir  de- 
dens  bref  terme,  en  le  chité  d'Angouloime,  une  très  grosse  et 
noble  feste  de  jouste  de  quarante  chevaliers  de  dedens  et  de  qua- 
rante escuiers,  que  li  prinches  y  devoit  tenir  à  le  relevée  de  ma- 
damme  la  princesse  sa  femme  qui  estoit  acouchie  d'un  biau  fil 
que  on  appellôit,  enssi  que  son  père,  Edouwart,  à  laquelle  feste  li 
roys  de  (^ppre  volloit  y  estre,  s'il  plaisoit  à  Dieu» 

Or  revenrons  au  roy  de  Franche  et  à  ce  grant  parlement  qui 
fu  à  Amiens.  Je  fui  adonc  enfourmés,  et  voirs  estoit,  que  li  rois 
Jehans  avoit  proupos  et  affection  de  aler  en  Engleterre  veoir  le 
roy  englès,  son  frère,  et  madamme  la  roynne,  sa  soer,  enssi  s'ap- 
pelloient  il  par  le  tretiet  de  le  pès,  et  ordounnoit  touttes  ses  pour- 
veances  et  ses  besoingnes  à  BouUoingne.  Se  li  consseilloient  bien 
li  aucun  de  Franche  qu'il  n'y  volsist  mie  aller,  et  que  c'estoit 
ungs  grans  périls  sus  le  veu  et  proummesse  qu'il  a  fait,  et  que  on 
le  poroit  là  détenir,  pour  le  sonmie  de  se  redemtion  qui  estoit  en- 
corres  à  parpaiîer.  Mes  li  roys  Jehans  respondoit  qu'il  avoit 
trouvet  ou  roy  d'Engleterre,  en  madamme  le  roynne,  en  tous  leurs 
enffans  et  ens  es  barons  d'Engleterre  tant  d'onneur,  d'amour,  de 
courtoisie  et  de  loyaulté,  qu'il  ne  s'en  doubtoit  en  riens  et  qu'il 
ne  cesseroit  jammais,  si  y  aroit  esté  et  yaux  veus,  et  ossi  ses  amis 
qui  là  estoient  ostagiier  pour  lui.  Quant  on  vit  que  chilx  pourpos 
li  demouroit,  se  li  fu  demandé  qui  garderoit  Franche  jusqu'à  son 
retour,  et  il  ordounna  Garlon,  son  ainsnet  fil,  régent  et  souverain 


286  CHRONIQUES  DE  J.  FROISSART.  [1363] 

deseure  tous.  En  apriès,  monseigneur  Loeys,  dus  d'Ango  et  du 
Mainne,  son  autre  fil,  il  Testanbli  à  aller  en  Normendie  contre  le 
roy  de  Navarre,  car  bien  savoit  qu'il  ne  Tainmoit  point.  Et  mon- 
seigneur Phelippe,  comte  adonc  de  Tourainne,  il  Tordounna  à 
aller  en  Bonrgoingne,  pour  bouter  hors  les  Gompaingnes  qui  y  es- 
toient  et  qui  gastoient  et  essilloient  le  pays. 

Quant  il  eut  tout  fet  et  ordounnë,  il  prbt  congiet  à  ses  enffans 
et  à  son  consseil,  et  se  parti  d'Amiens  et  s'avalla  vers  Hedin,  le 
comte  d'Eu  avoecq  lui,  le  comte  de  Tankarville,  le  comte  de  Dam- 
martin,  le  grant  prieur  de  Franche,  monseigneur  Bouchighau, 
monseigneur  Tristran  de  Magnelers,  monseigneur  Jehan  d'Anville, 
messire  Pierre  de  Villers  :  che  sont  chiaux  qu'il  en  mena  avoecq 
lui  pour  aler  en  Engleterre.  Si  vint  li  roys  de  Franche  à  Hedin 
trois  jours  devant  le  feste  dou  Noël.  Si  y  séjourna  et  demoura  là, 
et  dist  qu'il  y  tenroit  sa  feste.  Se  vint  là  à  lui  li  comtes  Loeis  de 
Flandres,  ses  cousins,  qui  durement  l'ainmoit,  et  que  li  roys  vit 
voUentiers,  et  le  rechupt  liement,  et  tinrent  là  leur  Noël  enssam- 
ble.  Le  jour  des  Innocens,  s'en  parti  li  roys  et  prist  son  chemin 
vers  Bouloingne,  et  li  comtez  de  Flandre  vers  Saint  Ommer,  pour 
revenir  arrierre  en  son  pays,  F^  429. 

P.  92,  1.  13  :  ses  mainsnës  frères.  —  Mss,  ^^  8,  15  ;  ses  en- 
fims.  P  240»—  Ms.  A  M  :  le  mainsnë  filz  du  dit  roy  de  France. 
F»  303. 

P.  92,  1.  28  :  couvent.  —  ilfj*.  >rf  8,  18  «  17  :  convenant. 

P.  92,  1.  29  à  p.  93, 1. 14  :  Si  se  parti....  voiage.  —  ilfr .  B  6.- 
Sy  se  departy  le  dit  roy  de  Calais  et  vint  à  Boulongne,  et  puis  à 
Monstreul  et  puis  à  Rue,  et  passa  le  Somme  à  Abeville  et  entra 
en  Timmeu  et  vint  passer  la  Saine  au  Pont  de  l'Arche  et  s'en  alla 
tout  droit  en  Gonstentin  et  à  Ghierbourc  veoir  le  roy  de  Navarre 
qui  le  rechut  liement.  Et  euist  adonc  le  dit  roy  de  Ghippre  vol- 
lentiers  accorde  le  roy  de  Navarre  au  roy  de  Franche,  se  il  peuist  ; 
-mais  il  n'en  peult  à  chief  venir.  Sy  passa  oultre  et  fist  tant  par 
ses  joumëes  qu'il  vint  en  Poito  et  droit  en  Angolesme  où  il  trouva 
le  prinche  et  madame  la  princhesse  qui  nouvellement  estoit  relevée 
d*un  bîel  filz  qui  s'appelloit  Edouart  :  à  laquelle  relevée  de  ma- 
dame la  princhesse  eult,  en  la  chitë  d'Angolesme,  moult  grant  feste 
et  grans  joustes  de  plus  de  deux  cens  chevaliers,  et  fut  la  dite 
feste  moult  renforchie  pour  l'amour  du  roy  de  Ghippre.  F^  629 
et  630. 

P.  93,  1.  4  :  que...  devoit.  —  Ms.  ^  17  .*  qui  debvoient. 


[1364]      VARIANTES  DU  PREMIER  LIVRE,  §  509.         287 

P.  93,  1.  13*:  nulle  part.  —  Ms,  Jil  :  nullement. 

P.  93,  1.  13  :  sus.  —  Mss.  ^  8,  15  à  17  :  en. 

P.  93,  1.  16  et  17  :  en  quel  istance.  —  Mss.  A  8,  15  .*  pour 
quelle  cause.  —  Ms.  jiil  :  k  quelle  instance. 

P.  93,  1.  23  :  ce.  —  Mss.  A  8,  15  :  son. 

P.  93,  1.  26  :  ou.  —  Ms.  ^  8  :  en. 

P.  93,  1.  32  :  loyal.  —  Les  mss,  A  ib  à  il  ajoutent  :  doulx. 

P.  93,  1.  32  :  ami.  —  Mss.  A  S^  15  ;  aimables. 

P.  94,  1.  10  :  ahireteroit.  —  Mss.  4^  8,  15  :  heriteroit. 

P.  94,  1.  20  :  en  son  pays.  —  Ms.  A  il  :  en  Flandres. 
P304. 

5  S09.  Tant  esploita.  —  Ms,  d'Amiens  :  Quant  li  roys  de 
Franche  fu  venus  à  Bouloingne,  il  y  séjourna  tant  qu'il  eult  vent  à 
vollentë,  et  entra  en  son  vaissiel  le  jour  devant  le  nuit  de  l'Ap- 
parition des  Trois  Roys.  Si  y  fu  ce  jour  toulte  jour  jusques  au 
soir,  car  il  y  faisoit  moût  quoit  et  moût  cler j  et  avoit  vingt  vais- 
sianx  parmy  ses  pourveanches.  Si  ariva  à  Douvrez ,  et  y  fu  deus 
jours,  tant  c'on  eut  descargiet  tous  ses  vaissiaux  et  que  li  cheval 
furent  rafresd,  puis  s'en  parti  et  vint  à  Cantorbie.  La  fu  il  ossi 
deus  jours,  et  dounna  à  monseigneur  saint  Thumas  un  moût  riche 
jeuiel  et  de  grant  pris.  Et  là  vint  ses  filz  li  dus  de  Berri  contre  lui, 
et  li  dus  d'Orliiens  ses  frères.  Et  ossi  y  envoiea  li  roys  englès,  pour 
lui  festiier  et  requeillier  à  l'entrëe  de  son  pays,  quatre  de  ses 
chevaliers  :  monseigneur  Bietremieu  de  Bruech,  monseigneur 
Gautier  de  Ma^my,  monseigneur  Richart  de  Pennebruge,  monsei- 
gneur Alain  de  Boukesel. 

Giil  vinrent  deviers  le  roy  de  Franche  à  Cantorbie  de  par  le 
roy  d'Engleterre,  et  le  conjoirent  et  bienvegnièrent  grandement, 
et  li  dissent  que  li  roys,  leurs  sires,  estoit  moult  lies  de  sa  venue. 
De  tout  chou  le  crut  li  roys  de  Franche  moult  bien.  Si  les  fist 
disner  dalles  lui,  et  apriès  disner  il  montèrent  et  s'en  retournèrent 
deviers  le  roy  englès  qui  se  tenoit  à  Eltem,  et  madamme  le  roynne» 
à  sept  lieuwes  de  Londres,  pdur  là  atendre  le  roy  de  Franche, 
liquelx  se  partit  de  Cantorbie  et  vint  à  petittes  joumëes  ceUe 
part.  Et  quant  il  fii  venus  à  Eltem,  en  l'ostel  dou  roy  englès,  il 
y  fu  rechups  à  grant  joie,  che  puet  on  moût  bien  croire,  et  tout 
chil  qui  avoecq  lui  estoient,  pour  Tamour  de  lui.  Là  eult  grans 
festes,  grans  soUas,  grans  esbatemens,  belles  dansses  et  belles 
caroUes  de  signeurs,  de  dammes  et  de  dammoiselles,  et  s'effor- 


28B  CHRONIQUES  DE  J.  FROISSART.  [i364] 

choit  chacuns  de  festiier  et  de  jeuer  pour  le  caase  dou  roy  de 
Franche. 

Quant  il  eut  là  estet,  je  croy  deux  jours,  il  s'en  parti  et  vint 
à  Londrez,  où  il  fu  requeilliës  moût  honnourablement  et  mènes 
et  aconvoiiës  de  ses  cousins  les  enfans  dou  roy  englès,  jusques  à 
l'ostel  de  Savoie  qui  estoit  ordonnes  pour  lui,  qui  siet  sus  le 
Tamise  au  dehors  Londres  :  là  le  laissièrent  il.  Et  là  se  tint  li  roys 
Jehans  et  tout  son  hostel.  Si  avoit  dalles  lui  chiaux  de  son  sanch, 
le  ducq  de  Berri,  son  fil,  le  ducq  d'Orliiens,  son  frère,  le  comte 
d'Allenchon,  Robert  d'Alençon  et  Ghui  de  Blois,  ses  cousins,  qui 
adonc  estoient  jone  damoisel,  ossi  le  ducq  de  Bourbon  et  le 
comte  de  Saint  Pol  et  les  seigneurs  qu'il  avoit  là  amenés  de 
Franche.  Si  tenoit  là  li  dis  roys,  et  tint  là  Tivier  grant  estât  et 
grant  hostel,  et  estoit  souvent  visetës  dou  roy  englès  et  de  ses 
enSàns. 

Si  donnoient  chi[  roy  grans  disner  et  grans  convys  li  un  à  l'au- 
tre, et  jewoient  et  esbatoient  enssamble  et  parloient  et  conssil- 
loient  de  leurs  besoingnez.  Et  regretoît  souvent  li  roys  englès 
monsigneur  Jaquemon  de  Bourbon,  son  cousin,  car  moult  l'avoit 
amet.  Et  disoit  au  roy  de  Franche  que  c'estoit  grans  dammaiges 
de  lui;  car  bien  affreoit  à  estre  entre  telx  seigneurs  qu'il  estoient, 
et  mieux  s'i  avoit  sceu  avoir  que  nulx  autres.  li  roys  de  Franche 
li  acordoit  et  disoit  que  c'estoit  vérités,  et  que  moult  li  avoit  des- 
pleut la  mort  et  l'aventure  de  lui.  Enssi  passoient  li  roy  le  temps, 
et  veoient  souvent  l'un  l'autre,  et  donnoient  et  envoioient  li  uns 
à  l'autre  grans  dons,  biaux  jewiaux  et  riches  presens,  pour  nourir 
entr'iaux  plus  grant  amour.  F®  129  v^. 

P.  94, 1.  22  :  l'abbeye.  •» Les  mss,  A  8,  15  ajoutent:  en  la 
ditte  ville.  F«  240  V». 

P.  94, 1.  27  :  Tristrans.  —  Mss.  ^  8,  15  :  Tristan. 

P.  94,  1.  28  :  Pierres.  —  Les  mss.  A  M  à  ik  ajoutent  :  et 
messire  Jehan. 

P.  94,  1.  29  :  de  AinviUe.  —  Mss.  A  :  DainviUe. 

P.  94,  1.  31  :  maronnier.  —  Mss,  A  :  mariniers. 

P.  95,  1.  2  :  ens  es.  —  Mss.  ^  8,  15  :  dedens  les. 

P.  95,  1.  17  et  18  :  bienvegnièrent,  —  Mss.  A  8,  15  ;  lion- 
nourèrent. 

P.  96, 1.  2  :  caroles.  —  Mss.  A  S^  15  .*  esbatemens. 

P.  96,  1.  6  :  affreoit...  faisoit.  —  Ms.  A  8  ;  afieroit  à  faire  tout 
ce  qu'il  faisoit. 


[1364]      VARIANm  KU  PREMIER  LIVRE,  S  ^^10.         289 

P.  96,  1.  8  :  com.  —  Mss.  J  8,  15  ;  comment. 

P.  96,  1.  10  :  vuidièrent.  —  Mss.  J  6^  8, 17  :  vindrent,  vin- 
rent. 

P.  96,  1. 13  :  en.  -^  Mss.  ^  15  à  17  ;  à. 

P.  96, 1.  16  :  ostagier.  —  Jkfs,  A  il  :  hostages, 

P.  96, 1. 18  :  si.  —  Mss.  A  7, 15  ;  son.  F»  245.—  Mss.  A  8, 
17  z  sef.  P  241. 

P.  96, 1.  32  :  afireoit.  —  Ms.Ai^  :  lui  advenoit.  F*  264. 

§  810.  Nous  lairons.  —  Ms,  dt Amiens  :  Entroelz  que  li  roys 
Jehans  reposoit  en  Engleterre,  si  comme  vous  poés  oyr,  fist  li 
roys  de  Cippre  son  voiaige  et  vint  en  Poito  et  droit  en  Angou- 
loime  deviers  le  prinche  de  Galles,  son  cousin,  qui  le  rechupt 
liement.  Ossi  fissent  tout  11  baronet  li  chevalier  de  Poito  et  deSaio- 
tonge  qui  dallés  le  prinche  estoient,  li  viscontes  de  Touwars,  li  jones 
sires  de  Pons,  li  sires  de  Partenay,messiresLoeys  de  Halcourt,  mes- 
sires  Ghuichars  d*  Angle  ;  et  ossi  des  Englès  :  messires  Jelians  Gam- 
dos,  messires Thummas  de  Felleton, messires  Noël  Lorinch,  messires 
Richars  de  Pontchardon,  messires  Simons  de  Burlë,  messires  Bau- 
duîns  de  Frai  ville,  messires  d'Agorisses  et  li  autre.  Si  fu  li  roys 
de  Gippre  moult  festës  et  bien  honnourés  dou  prinche,  de  le  prin- 
chesse,  des  barons  et  des  chevaliers  dessus  dis,  et  se  tînt  illuec- 
ques  plus  d'un  mois.  Et  puis  le  mena  messires  Jehans  Gamdos 
jewer  et  esbattre  parray  Poito,  parmy  Saintonge  et  en  le  Rocelle 
et  tout  sus  le  marinne. 

Et  quant  il  eut  là  estet  ung  gi*ant  temps  et  qu'il  eut  remoustré 
au  prinche  et  as  chevaliers  de  son  hostel  et  as  autres  jpourquoy 
il  estoit  venus  et  sour  quel  estât  il  avoit  empris  le  croix,  et  que 
li  signeur  li  eurent  respondut  moult  courtoisement  que  c'estoit 
ungs  voiaiges  où  tout  gentil  homme  par  raison  dévoient  voUen- 
tiers  entendre,  et  que,  s'il  plaisoit  à  Dieu,  il  ne  le  feroit  mies 
seux,  mes  en  aroit  de  chiaux  qui  se  désirent  à  avanchier, 
il  prist  congiet  dou  prinche,  de  madamme  la  princesse  et  de 
tous  les  seigneurs.  Si  s'en  revint  à  petittez  journées  et  à  grans 
despeOB  arrierre  par  deviers  Franche,  atendans  qu'il  oyst  nou- 
velles dou  roy  Jehan  qu'il  fust  râpasses  le  mer,  et  qu'il  pewist 
encorres  parler  à  lui  et  puis  si  se  retraire  viers  Lombardie  et  à 
Venisse  pour  raller  en  Cippre.  Bien  entendi  sus  son  chemin  que 
li  roys  de  Franche  estoit  acpuchiés  malades  en  l'ostel  de  Savoie 
en  £ngleteft*e,  et  empiroit  tous  les  jours,  et  estoient  repasset  le 

ti—  19 


290  CHHONIQUKS  DE  J.  ftUMKSART.  [1164] 

mer  et  revenu  en  Franche  li  comtes  de  TankarviBe  et  messires 
BonchicattSy  marescaoz  de  Franche.  F*  429  v*. 

P.  97,  1.  6  :  Touwars.  —  Mss.  A  :  Touars,  Thouars. 

P.  97,  1.  12  :  Fraiville.  —  Mss.  ^  8,  15  ;  Frainville. 

P.  97,  1.  18  :  fist.  —  Le$  mss.  ^  8,  15  ûjouteni  :  grant 
chière  et» 

P.  97,  1.  25  :  pourquoi  especialment  il  portoit.  —  Ms.  B  4 
et  mss.  A  :  sus  quel  estât  il  avoit  em[Hris  à  porter'.,  qu'il 
portoit,    . 

P.  98,  1.  12  :  istance.  -^Mss.  ^  8,  15  :  entencbn. 

P.  98,  1.  13  :  ce  que«  —  A//.  A  6  ;  cuidkr.  P  244  v«. 

P.  98, 1.  13  :  pour.  —  Ms.  JB  k  :  de.  F*  242. 

P.  99,  1.  1 9  :  moustrë.  —  Le  ms.  £  6  ajoute  :  sj  fu  le  corps 
An  roj  Jehan  de  Franche  enbausmé  et  mis  en  ung  sarcus  et  oon- 
roiës  des  signeurs  de  Franche  jnsques  à  Douvres  et  là  fu  mis  en 
nng  batiel.  F»  631. 

Pt  99,  ).  23  :  se  tendt  à  Paris.  —  Mss.  ^  8,  15  .*  estoît  an 
Goulet  les  Vemon.  F*  241  Y». 

P.  99,  1.  26  :  se.  —  Xef  mss.  A  8,  15  ajoutent  :  se  tenoit  et. 

P.  99,  1.  26  :  successères.  —  Mss,  A  S^  15  :  héritier. 

P.  100,  1.  1  et  2  :  françois.  —  Ms.  A  17  .•  pour  la  couronne 
de  France. 

P.  100,  1.  2  :  uns.  —  2>  ms.  Ai^  ajoute:  vaillant.  F»  264  v*. 

P.  100,  1.  3:\u  -^  Le  ms.  A  15  ajoute  :  grant. 

P.  100,  1.  6  :  Tantoient.  —  Ms.  A  7  :  l'avoient.  F«  245  V.  — 
Mss.  ^  8,  15  :  le  hantoient.  -«  Ms.  A  M  :  qui  se  tendent  en- 
tour  lui 

P.  100,  1.  9  et  10  !  cwireus,  —  Mss.  A  6,  15  :  eureux, 
F»  245.  —  ilf*.  >^  8  :  envieux.  P  242.  —  Mu  A  M  :  entr'euk. 

P.  100, 1.  11  :  le  grasce.  —  Ms.  A  15  ;  l'amour  et  grâce. 

P.  100,  1.  12  :  ooit.  —  Le  ms.  A  \^  ajoute  :  souvent.  P  265. 

P.  100, 1.  19  î  prends.  —  Mss.  ^  8,  15  ;  tenez. 

P.  100, 1.  29  :  manière  àe.—Ms.  A  17  .•  certaines.  F»  306. 

S  ttll.  Roleboise.  —  Ms.  d! Amiens  .*  En  ce  tamps  seoient 
devant  le  castiel  de  RoIIeboisse  li  dus  d* Ango ,  messires  Bertrans 
de  Claieckin  et  li  comtes  d'Auçoire  et  grant  fuison  de  bonne  genl 
d'armes,  et  consttaindoient  moult  chiaus  qui  dedans  se  tenoîent. 
Or  a  vint,  che  siège  pendant,  que  monsigneur  Bertrans  de  Claie- 
kin,  li  comtez  d'Auchoire,  messires  Boucighaus,  qui  nouvelle* 


[1364]      VARIANTES  DU  PREMIER  LIVRE,  §  511.         «91 

ment  estoit  revenus  d'Engleterre,  li  sires  de  Biaugeu,  qui  s'appel- 
loit  messires  Anthonnes,  et  pluisseur  aultre  chevalier  et  escuier 
de  Franche  fissent  sas  on  joar  dens  chevanchies  et  moult  pour- 
fitables  pour  le  royaumme  de  Franche  ;  car  il  prissent  le  ville  de 
Mantes  et  le  ville  de  Meulent,  qui  se  tenoient  pour  le  roy  de  Na- 
varre, et  dedens  grant  fuison  des  ennemis  au  royaumme  de  Fran- 
che :  dont  li  dus  de  Normendie,  qui  se  tenoit  à  Paris,  fu  moult 
resjoys,  car  ces  deux  villes  sont  clefs  de  Normendie.  F®  129  v» 
et  130. 

P.  100,  I.  31  :  bîaus.  —  M%s.  Â  :  bon. 

P.  101,  1.  7  :  retenoit.  —  Ms.  A  %:  recevoit.  F<»  242. 

P.  101,  1.  14  et  15  :  otant  bien....  ruoient  il  jus.  — Ms$.  A  8, 
15  .•  autant  chier.,,.  à  ruer  jus. 

P.  101,  1.  17  :  constraindoient.  —  Mss.  A  8,  15  /  contraÏK 
gnoient. 

P,  101,  1.  24  :  le  cité.  —  Mss.  A  8,  15  :  la  ville. 

P.  101,  1.  32  :  certain  lieu.  —  Mss.  A  :  chemin. 

P.  102,  1.  12  :  porte.  —  Mss.  A  8,  15  .•  ville. 

P.  102,  1.  24  :  desroutèrent.  —  Ms.  A  8  ;  deJfrontèrent. 
po  242  V». 

P.  103,  1.  1  :  mourdreours.  —  Mss.  .</  8,  15  .'  murtriers. 

P.  103,  1.  1  :  pillars.  —Ms.A\l:  larrons. 

P.  103,  1.  2  :  encaucent.  —  Ms.  AS:  enchacent.  —  Mss.  A 
15  a  17  :  chacent. 

P.  103,  1.  7  :  li  larron.  —  Ms.  AS:  les  barons. 

P.  103,  1.  9  et  10  :  remanant.  —  Mss.  A  S,  il^:  demourant. 

P.  103,  I.  10  :  le.  —  Mss.  A:  vostre. 

P.  103,  1.  20  :  entente.  —  Mss.  A  8,  15  .-  entencion. 

P.  103,  1.  21  :  comment.  —  Mss.  A  S^  15  :  combien. 

P.  103,  1.  24  :  ens.  —  Mss.  ^  8,  15  :  dedens. 

P.  103,  I.  31  :  apaisier.  —  Ms.  A  %  :  asseurer.  —  iff j.  ^  15  : 
décevoir,  F»  266. 

P.  104,  I.  6  à  9  :  Dont....  assés.  —  Mss.  A  ii  à  U  :  Dont 
entrèrent  Bretons  par  ces  hostelz,  et  se  saisirent  de  la  ville  sans 
riens  piller,  mais  ilz  pristrent  des  prisonniers  desquelz  qu'ilz 
vouldrent  qui  depuis  furent  délivrez  sans  riens  paier,  car  messire 
Boucicaut  et  messire  Bertran  ne  le  vouldrent  point  souffrir,  cv 
depuis  le  dit  messire  Boucicaut  fut  capitaine  et  garde  de  Mante. 

P.  104,  l.  22  et  23  :  portes,  —  Les  mss.  A  6  à  S  ajoutent  : 
tost  et  upertement. 


âdi  CHRONIQUES  D£  J.  FROISSART.  [5364] 

P.  104,  1.  24  :  saint  Yve.  ^Ms.Ail:  Nostre  Dame.  F*  307. 
P.  104,  1.  23  :  occire.  — Mss,  ^  8,  15  ;  tuer. 
P.  104, 1.  31  :  joians.  —  Mss,  A  :  joyeux. 
P.  105»  1.  2  :  partout.  —  Mis,  A  :  par  toutes. 
P.  105, 1.  3  à  5  :  Mantes... •  France.  —  Ms.  A  [15  .*  la  perte 
qu'il  avoit  faicte  de  Mante  et  de  Meulant.  F*  266. 

§  SIS.  En  celle.  —  Ms.  ^Amiens  :  Quant  li  roys  de  Navarre 
entendi  ces  nouvelles  qu'il  avoit  perdu  Mantes  et  Meulent  et  grant 
fuison  de  ses  gens  par  dedens,  si  en  fu  durement  courouchîës,  et 
regarda  et  avisa  coumment  il  se  poroit  contrevengier  et  grever 
le  royaumme  de  Franche.  Si  escripsi  et  pria  moult  chierement 
et  amiablement  devers  che  hardi  chevalier  monsigneur  le  captai 
de  Beos,  que  il  vobist  venir  parler  à  lui  en  Normendie  et  qu'il 
amenast  chou  qu'il  poroit  avoir  de  gens  d'armes,  et  que  moult 
bien  les  paieroit.  li  captaus  se  pourvei  de  compaignons  et  vint 
deviers  le  roy  de  Navarre,  et  se  mist  et  otria  dou  tout  en  son 
service,  dont  lî  roys  de  Navarre  fu  moult  lie's.  Se  le  fist  souve- 
rain et  gouvreneur  deseure  tous  ses  chevaliers  et  escuiers,  et  lui 
délivra  touttes  ses  gens  d'armes. 

li  dus  de  Normendie  fu  emfourmës  de  ceste  armëe  que  li  roys 
de  Navarre  mettoit  sus,  et  si  entendi  d'autre  part  que  li  roys,  ses 
pères,  agrevoit  durement  de  se  maladie,  et  que  li  saige  fusisiien 
n'y  retenoient  point  de  retour.  Si  ne  volloît  point  ii  dus,  en  se 
nouveletë,  qu'il  receuvist  biamme  ne  dammaîge  contre  les  Naya- 
rois.  Si  se  pourveoit  gi*andement  de  gens  d'armes  à  l'autre  les,  ^t 
avoit  mandes  et  retenus  grant  fuison  de  bons  chevaliers  et  escuiers 
de  Gascoingne,  et  si  logement  les  paioit,  qu'il  le  servoient  vollen- 
tiers;  car  c'est  bien  chou  qu'il  aimment,  large  et  secq  paiement. 
Si  avoit  li  dis  dus  atrait  deviers  lui  et  mis  en  se  chevauchie  sus 
les  camps,  une  partie  des  gens  le  seigneur  de  Labreth,  dont  li 
sires  de  Mouchident  estoit  chiës  et  conduisièrez,  et  encorres  mon- 
signeur Ainmon  de  Pumiers  et  monsigneur  le  soudich  de  Lestrade; 
chil  estoient  bien  six  vingt  lanches  de  Gascons. 

Encoifes  avoit  li  dus  de  Normendie  remandé  son  frerre  mon— 
signeur  Phelîppe  en  Bourgoingne,  et  monsigneur  Regnaut  c'on 
dist  rArceprestre ,  qui  se  tenolt  en  Bourgoingne,  car  il  cstoit 
sires  de  Castielvillain  de  par  le  damme  se  femme,  qui  avoit  estet 
femme  du  signeur  de  Castielvillain,  mort  à  le  bataille  de  Poitiers. 
Et  l'avoit  messires  Phelippes,  qui  bien  esperoit  à  estre  dus^  de 


[1364]      VARIANTES  DU  PREMIER  LïVTiE,  §  Hit.         ?93 

Bourgoingne,  car  li  rojs  ses  pères  H  avoit  proummis ,  retenu  de 
son  conseil ,  et  estoit  ses  compères,  et  li  avoit  tenut  à  fous  ung 
biau  fil  qui  eut  nom  Phelippes  contre  lui.  F®  130. 

P.  105,  1.  11  :  on.  —  Mss.  ^  8,  15  «  17  ;  U.  F»  243. 

P.  105,  1.  16  à  19  :  li  rois....  painne.  —  Ms.  A  15  ;  le  duc 
de  Normandie  ira  briefment  à  Reims  pour  lui  fere  couronner  du  ^ 
royaume  de, France;  si  lui  yrons  à  rencontre  et  lui  porterons  et 
ferons  ennui  et  dommaige.  F«  266. 

P.  105,  1.  17  à  19  :  est  mors....  painne.  —  Mss,  A  T^  B  :  ira 
temprement  à  Rains  ;  se  Tirons  à  rencontre  et  li  porterons  et  fe- 
rons anoy.  F*  246  v«.  —  Ms.  A  &  :  se  ira  couronner  à  Reims  ; 
si'  lui  yrons  à  Tencontre  et  luy  porterons  et  ferons  dommaige  et 
ennuy.  F»  246. 

P.  105,  1.  21  :  temprement.  —  Mss.  ^T  8,  15  :  briefmint.  — 
Ar5.  ^  17  :  tantost. 

P.  J05,  1.  23  :  pooit.  —  Les  mss.  ^^  8, 15  ajoutent  :  trouver  et. 

P.  105,  1.  28  :  deux  cens  outrois  cens.  —  Ms.  A  17  ;  quatre 
cens. 

P.  105,  I.  30  :  remeriroit.  ' —  Mss.  A  %\  15  ;  reguerredon- 
neroit. 

P,  106, 1.  1  et  2  :  apertement.  —  Mss.  A  6,  7,  15  ;  hastive- 
ment. 

P.  106,  1.  15  et  16  :  Bertrans.  —  2>  ms.  A  17  ajoute  :  et 
monseigneur  Olivier  de  Mauuy  son  nepveu.  F*  307  v». 

P.  106, 1.  16  :  Bretons.  —  Les  mss  A  M  à  14  ajoutent  :  qui 
estoient  hardiz  et  courageux. 

P.  107,  1.  11  :  A  ce  donc.  — Mss.  ^  8,  15  à  17  ;  A  ce  temps 
en  cellui  temps. 

P.  107,  1.  19  :  Evous  venu,  — 'Ms.  A  \H  :  Atant  va  venir. 
F»  267. 

P.  107,  1.  28  et  29  :  se  consievirent.  —  Ms.  A  S  :  se  aconsui- 
virent.  —  Mss.  A  itiàil  :  s'aconsuirent.  F»  308. 

P.  107, 1.  29  :  ravine.  —  Mss.  ^  15  à  17  :  manière. 

P.  108,  1.  2  :  tamaint.  —  Mss.  A  :  maint,  mains. 
.  P.  108,  1.  14  :  d'Evrues.  —  Le  ms.  A  15  ajoute  :Ety  au  voir 
dire,  les  Bretons  se  portèrent  vaillamment ,  car  ilz  n'estoient  que 
une  poignie  de  gens  au  regart  des  Navarrob  qui  tousjours  crois- 
soient.  F^  267. 

S  51 5,  Auques  en  ce  temps.  —  Ms.  ^Amiens  :  En  ce  tamps 


294  CHRONIQUES  DE  J.  FROISSART.  [1364] 

qae  cas  semonscei  et  ces  assamblëes  se  faisoient,  tant  de  l'un  lés 
comme  de  l'autre,  les  nouvelles  vinrent  au  duc  de  Normendie 
que  H  roySy  ses  pères,  estoit  trespassés  de  ce  siècle,  et  l'en  es< 
cripsoit  le  veritë  messires  Jehans,  ses  frères,  dus  de  Berri. 

Quant  li  dus  de  Normendie  entendi  chou,  que  li  roys  ses  pères 
estoit  mors,  si  eu  fu  moult  courouchiés  :  che  fu  bien  raisons.  Si 
le  senefia  tantost  au  ducb  d'Angho  et  as  pcrs  et  as  barons  de 
France.  Si  se  traissent  à  Paris  deviers  le  duc  de  Normendie, 
•nssi  que  drois  estoit,  et  s'ordonnèrent  pour  aller  contre  le  corps 
dou  roy,  leur  seigneur,  que  U  comtes  d'Eu  et  li  comtes  de  Dam* 
martin  et  li  grans  prieux  de  Franche  ramenoient  et  racondui- 
soient.  Si  fu  li  corps  dou  roy  Jehan  embaummés  et,  mis  en  ung 
sarku,  raportés  à  Paris.  Assés  tost  apriès,  li  dus  de  Normendie 
li  fist  faire  son  obsèque  en  Tabbeie  de  Saint  Denis,  et  fu  portés 
meut  solcmpnelment  parmy  le  chité  de  Paris  à  grant  pources- 
sîon  et  à  plus  de  mil  torsses,  à  viaire  descouvert,  si  troi  fil  de- 
rierre  lui,  vesti  de  noir,  et  li  roy  de  Cippre  ossi.  Et  fu  enssi 
aportés  moult  bellement  à  le  grant  abbeie  de  Samt  Denis  en 
Franche,  Si  en  chattta  la  messe  et  fist  l'ofBsce  li  arcevesques  de 
Sens,  ungs  moult  doulx  prelas ,  et  fu  ensepvelis  li  dis  roys  Je- 
hans en  le  ditte  abbeie  de  Saint  Denis,  où  grant  fuison  de  ses  an* 
cisseurs  gissoient. 

Apriès  le  obsèque  fait  et  le  disner  qui  fu  moult  grans  et  moult 
nobles,  li  signeur  et  li  prélat  retournèrent  tout  à  Paris.  Si  eurent 
parlement  et  consseil  enssamble  que  on  se  trairoit  vers  Rains 
pour  courounner  le  ducq  de  Normendie,  car  c' estoit  ses  drois  « 
et  que  on  s'en  deliveroit.  Si  y  fist  on  appareillier  moult  grans 
l)0urveanchez  et  moult  grosses,  et  fu  li  certains  jours  arestés, 
que  ce  devoit  estre  droit  au  jour  de  le  Trinité.  Si  le  segnefia  li 
dus  et  en  escripsi  as  pluisseurs  grans  seigneurs,  les  uns  prioic 
et  les  autres  mandoit,  et  par  especial  il  en  pria  son  bel  oncle 
le  ducq  de  Braibant ,  liquelx  s'ordounna  et  appareilla  pour  estre 
y  en  grant  arroy  et  bien  accompaigniés  de  chevaliers  de  Brai- 
bant et  de  Luxembourch  dont  il  estoit  sirez.  F^  130. 

P.  i08,  1.  48  j  A  ce  donc.  ~  Mss.  A  8,  IK  :  Pour  lors. 
P.  244. 

P.  108,  I.  25  :  arriérés.  —  Ms.  JS:  arrestez.  —  ^j.  À  i^: 
rompu  et  arresté. 

P.  408,  1.  27  .  embausumés  et  mis  en  un  sarcu.  —  Ms,  JitS: 
eobasmé  et  mis  en  un  sarcueil. 


[1364]     VARIANISS  BU  PREMIER  LIVRE,  $  514.         i95 

P.  108,  L  â9  :  Dammartin.-T^Lemt.  £  6  ajoute  :  le  conte  de 
Tancarville.  F*  631. 

P.  109,  1. 1  :  vuidièrent.  —  Ms.  -^  8  :  vîndrent. 

P.  109,  l.  2  !  Gipre.  <-»  2>  nu.  ^  6  ajoute  :  vestos  de   noir 
aroecq  les  enfans  du  roj  et  les  procb^^  du  linage.  F*  631.  *' 

P.  109,  1.  8  :  retounièrent.  —  Ms»  A%:  vindrent. 

P.  109,  I.  24  :  Entrues.  --  Mu.  ^  8, 15  .*  Pendant. 

P.  109,  1.  31  :  qu'il  eurent.  —  Mss.  utf  ;  qui  fu. 

P.  110,  1.  a  :  TegUse  oathedral   de  Rains.  —  Ms.  A  15  :U' 
gnuit  église  oathedral  de  Nostre  Dame  de  Reins.  P  267  v«. 

§  814.  Quant  messires.  —  Ms.  dAmienê.  Entroez  que  ces 
besoingnes  s  ordounnoient  et  aprochoient,  envoyoit  toudis  li  du$ 
de  Normendie  gens  d'armes  deviers  le  comte  d'Auçoire  et  mon- 
'  tigneur  Bertran  de  Claiekin,  et  bien  besongnoit ,  si  comme  vous  * 
orés  chy  apriès.  Si  y  furent  envoiiet  li  Arceprestrez  et  messires 
Loeys  de  Ghalon  et  leur  routtes. 

Messire  Jehans  de  Ghailli,  qui  s'appelloit  caplaus  de  Beus,  qui 
pour  le  temps  estoit  conduisièrez  et  souverains  de  touttes  les  gens 
Je  roy  de  Navarre,  dont  il  y^voit  bien  huit  cens  lanches,  trois 
cens  archiers  et  cinq  cens  autrez  hommes  aidablez,  et  tous  les 
jours  li  croîssoient  gens,  chevauchoit  en  Normendie  et  desiroit 
moult  à  trouver  lez  Franchois,  car  on  lui  avoit  dit  qu'il  estoient 
sour  les  camps.  Si  estoient  de  le  routfe  le  dit  captai  uns  bons  che- 
valiers englès  et  f(»rs  guerrières ,  qui  s'appelloit  messires  Jehans 
Jeuil,  messires  li  bascles  de  Maruel,  messires  Pierres  de  Saken- 
ville  et  plnisseur  autre,  pour  leurs  saudëes  gaegnier  et  leurs  corps 
avanchier,  et  s'en  venoient  droitement  vers  le  Pont  de  l'AJCche, 
car  bien  penssoient  que  li  Franchois  passeroient  là  le  Sainne,  ensi 
qu'il  fissent.  ' 

Et  advint  que,  droitement  le  merquedl  de  le  Pentecouste,  si 
comme  li  captaux  et  se  routte  chevauchoient  au  dehors  d'un  bois, 
il  encontrèrent  le  Roy  Faucon ,  un  hiraut  qui  s'estoit  an  matin 
partis  de  Tost  des  Franchois.  Si  trestost  que  li  captaus  de  Beus 
le  vit,  bien  le  recongnut  et  li  fist  grant  chière,  car  il  estoit  hiraus' 
au  roy  d'Engleterre ,  et  li  demanda  tantost  dont  il  venoit  et  s'il 
savoit  nulles .  nouvellez  des  Franchois  :  oc  En  nom  Dieu,  mon- 
signeur,  dîst  il,  oil.  Je  me  parti  hui  matin  d'iaux  et  de  leurjoutte, 
et  vous  quèrent  ossi  et  ont  grant  désir  de  vous  trouver.  »  — 
ce  Et  quel  part  sont  il?  ce  dist  li  capUux;  sont  il  dechà  le  Pont 


296  CHRONIQUES  DE  J.  FROISSART.  [i364] 

de  l'Arche  ?  »  •—  «  En  nom  Dieu,  sire,  dist  Faucons,  oil.  Il  ont 
passet  le  Pont  de  TArche  et  Vf enon,  et  sont  maintenant,  je  croy, 
«ssës  pries  de  Passci.  » 

(c  Et  quelx  gens  sont  il,  dist  li  captaux,  et  quelx  cappittainnes  ? 
Ja  di  le  moy,  je  t'en  pri.  »  —  «  En  nom  Dieu,  sire,  il  sont  bien 
mil  et  cinq  cens  combatans  et  toutte  bonne  gens  d'armes.  Si  y 
sont  :  messires  Bertrans  de  Claiequin ,  li  comtez  d'Auchoire ,  li 
viscomtes  de  Biaumont,  messires  Loeys  de  Chalon,  li  sirez  de 
Biaugeu,  li  mestres  des  arbalestriers  messires  Bauduins  d'Anne- 
kins,  messires  Loeys  de  Haweskierkes,  messires  Oudars  de  Rentî; 
messires  li  Arceprestrez ,  messires  Engherans  d'Uedins.  Et  si  y 
sont  de  Gascoingne  :  les  gens  le  seigneur  de  Labreth ,  li  sires 
de  Mouchident,  messires  Ammenions  de  Pumiers,  li  soudîa  de 
Lestrade.  » 

Quant  H  captaux  oy  noummer  les  Gascons,  si  fu  trop  durement 
|esmerviUîës:,  et  dist  si  comme  en  lui  ariant  :  »  Par  le  cap  saint 
Anthonne,  Gascons  à  Gascons  s'espourveront.  »  Or  le  disoit  il 
pour  lui ,  car  il  estoit  gascons.  Adonc  appella  il  de  rechief  Fau- 
con et  li  demanda  s'il  ne  savoit  plus  nuUez  nouvellez,  et  Faucons 
li  respondi  :  <c  Oil,  sire,  li  dus  d«  Normendie  se  devoit  partir 
ier  ou  huy  pour  aller  vers  Rains  ;  car,  à  dimence  qui  vient,  doit 
il  y  estre  couronnes.  »  Adonc  dist  li  captaux  :  «  Faucon,  se  Dieux 
et  saint  Jorge  nous  voUoient  aidier,  je  poroie  bien  estre  au  devant 
de  son  courAmement.  » 

Adonc  parla  Faucons  pour  Prie,  un  hiraut  que  li  Archeprestres 
envoyea  là  avoecq  lui,  et  li  dist  :  «  Sire,  assés  près  de  chy  m'atent 
ungs  hiraux  francbois  que  li  Arceprestrez  envoie  deviers  vous , 
liquelx  Arceprestrez,  che  dist  Prie  li  hiraux,  parleroit  vollentiers 
à  vous.  »  Dont  respondi  li  captaux  et  dist:  «  Faucon,  dittes  au 
hiraut  qu'il  n'a  que  faire  plus  avant  et  qu'il  die  à  l'Arceprestre 
que  je  ne  voeil  nul  parlement  à  lui.  »  Adonc  li  demanda  messires 
Jehans  Jeuiel  et  dist  :  a  Sire,  pourquoy  ?  Espoir  es  chou  pour  vo 
prouffit.  »  —  ce  Jehan,  Jehan,  non  est,  mes  est  li  Arceprestres  si 
grans  bartères,  que,  s'il  venoit  jusquez  à  nous ,  en  nous  comp- 
tant gengles  et  bourdes ,  il  aviseroit  et  ymagineroit  no  force  et 
nos  gens;  si  nous  porroit  tourner  à  grant  contraire.  Si  n'ay 
cure  de  ses  parlemens.  y> 

Adonc  retourna  Faucons  li  hiraux  deviers  Prie,  son  cbm- 
paignon ,  qui  Tatendoit  au  coron|^d*une  haie ,  et  escuza  le  captai 
bien  et  sagement,  tant  que  li  hiraux  en  fu  tous  comptens,  et 


[1364]      VARIANTES  DU  PREMIER  LIVRE,  S  Si».  297 

raporta  arrierre  à  l'Arceprestre  chou  que  Faucons  li  eut  dît  de 
par  le  captai  ;  mes,  dou  couvenant  des  Navarois,  ne  quel  somme 
de  gens  d*armes  il  estoient,  ne  seut  il  nient  recorder  à  ses  mes- 
tres,  car  il  n'avoit  mies  esté  jusqu'yaux.  F*  430  v°. 

P.  110,  1.  7  :  cite,  —  Mss,  ^  6,  7  :  ville  et  cite.  —  Mss.  A  8, 
15  a  17:  viUe. 

P.  110,  1.  8  :  Legiers.  —  Mss,  A  :  Michiel. 

P.  HO,  1.  13  :  combatre.  —  Mss,  A  :  trouver. 

P.  HO,  i.  18  :  li  sires  de  Sans.  —  Ms,  A  il  :  monseigneur 
J^an  de  Saulx.  F«  308. 

P.  110,  1.  25  :  d'encontren  —  Mss.  ^  8,  15  ^  17  ;  de  ren- 
contrer. 

P.  llly  1.  23  :  Renti.  —  Le  ms.  B  6  ajoute  :  le  Bèghes  de 
Velaines.  F»  633. 

P.  111,  1.  26  :  Aymenions.  —  Ms.  AS:  Aymons. 

P.  411,  1.  29  :  rougia  tous  de  felonnie.  —  Ms.  A  15  .*  rougît 
tout  de  grant  felonnie.  F""  268. 

P.  112,  1.  9  :  cap.  —  Mss.  ^  8,  15  «  17  :  chief, 

P.  112,  1.  11  :  Prie.  —  Mss.  A  8,  15  .•  Pierre.  P  245.  — 
Ms.  A  il  :  Henrri.  F»  309. 

P.  112,  1.  23  :  baretèrcs.  —  Mss.  A  1,  i^  àil  :  barateur. 

P.  112,  l.  24  :  bourdes.  —  Le  ms.  A  m  ajoute  :  dont  il  est 
bon  ouvrier.  F«  268  v«. 

P.  112,  l.  26  :  contraire.  —  Mss.  jrf8,15«17;  dommage. 
—  Le  ms.  A  i^  ajoute  :  et  à  moult  grant  contraire, 

P.  112,  1.  27  :  ses.  —  Les  mss.  ^  8, 15  à  17  ajoutent  :  grans. 

P.  112,  1.  28  :  Prie.  —  Mss.  ^  8,  15  à  17  .•  Pierre. 

P.  112,  1.  28  :  coron.  —  Ms.  A  il  :  bout.  —  Ms.  A  15  .• 
coing.  f  , 

S  ttlS.Ensi  eurent.  —  Ms.  ff  Amiens:  Enssi  eurent  li  Fran- 
ahois  et  li  N^varrois  connissance  li  ung  de  l'autre  par  le  raporl 
des  deus  hiraus.  Si  eurent  avis  et  consseil  li  Franchois  que  ce 
merqedi,  pour  ce  qu'il  estoit  tart,  il  se  logeroient  illuecq.  Et  se 
logièrent  seloncq  une  rivierre,  ensus  un  village  que  on  appiellc 
Koceriel,  ens  uns  biaux  plains,  et  ossi  li  Navarois  se  tinrent  assës 
priés  de  là« 

Quant  ce  vint  le  joedi  au  matin ,  que  solaus  fu  lèves  et  que  ii 
jours  estoit  appairans  d'estre  biaux  et  clers  et  sieris,  li  Nava- 
rois et  li  Englès ,  tous  d'une  alianche ,  chevauchièrent  enssi  que 


298  CHRONIQUES  DE  J.  FROISSART.  [4364] 

Franehois;  li  hirans  les  menoit  tout  serré  et  tout  rengiet.  Si 
vinreot  environ  primme  sus  les  plains  de  Kooeriel,  et  virent  les 
Franehois  devant  yaux  qui  ordonncnent  leurs  batailles,  et  estoient 
par  samblant  bien  tant  et  demy  plus  qu'il  ne  fuissent.  Si  s'ares- 
tèrent  tout  quoy  au  dehors  d'un  bosquetiel  qui  là  estoit,  et 
puis  se  traissent  avant  les  cappittaipnes  et  se  missent  en  ordounr- 
nance.  Premièrement,  il  fissent  trois  batailles  bien  et  feticement 
tout  à  piet,  et  envoiièrent  les  chevaux,  leurs  maies  et  les  ghai^  ' 
chons  ens  ung  bois  qui  estoit  dalles  yaux,  et  establirent  monsei- 
gneur Jehau  Jeuiel  en  la  premierre,  et  li  ordounnèrent  tous  les 
Englès,  hommes  d'armes  et  archiers.  La  seconde  eut  li  captaux, 
et  pooient  estre  en  se  bataille  environ  quatre  cens  combatans,  uns 
c'autres.  Ial  tierche  eurent  troy  autre  chevalier  :  li  bascles  de 
Maix)el,  messires  Pières  de  Saquenville  et  messires  Bertrans  dou 
Franch,  uns  bons  chevaliers  prouvenchiaux ,  et  estoient  ossi 
environ  quatre  cens  armures  de  fier. 

Quant  il  eurent  ordonné  leur  bataille,  il  ne  s'eslongièrent  point 
trop  loing  de  l'un  l'aotre,  et  prissent  l'avantaige  d'une  montagne 
qui  estoit  à  le  droite  main  entre  le  bos  et  yaux,  et  se  rengièrent 
tout  de  froncq  sus  celle  montagne  par  devant  leurs  ennemis ,  et 
missent  le  pignon  dou  captai  en  ung  fort  buisson  espinerech, 
et  ordonnèrent  soissante  armures  de  fier  autour  pour  le  garder 
et  deffendre,  car  tout  se  dévoient  là  raloiier  et  affiier  bien  entré 
yaus  les  cappittainnes,  que  de  là  ne  se  partiraient  nullement,  pour 
cose  qui  avenist ,  se  seroient  leurs  ennemis  tous  descoAfis  et  mis 
en  cache.  Et  tout  ce  veoient  li  Franehois  coumment  il  s'ordon- 
noient,  et  ossi  coumment  il  avoient  pris  le  montaingne  :  se  ne 
les  en  prisoient  mies  mains.  Tout  enssi  ordounné  et  rengiés  se 
tenoient  Navarois  et  Englès  sus  le  montaingne  que  je  vous  di. 
F»  130  V*. 

P«  il 3,  1.  3  et  4  :  se  radrecièrent.  —  Mss.  A  :  s'adrecièrent. 

P,  113,  1.  7  :  quinze  cens.  «^  Le  ms.  A  15  ajoute  :  comba* 
tans, 

P.  H3,  1.  23  :  une.  -^  Le  ms.  A  17  ajoute  :  petite. 

P.  113,  1.  S6  :  uns  biaus  prés.  •«  Mss.  A  8,  17  ;  deux  beaux 
près.  P»  94K. 

P.  H 4,  1.  4  et  5  :  heure  de  prime.  —  Ms.  A  il  :  midi. 

P.  114,  1.  8  :  Cocerid.  —  ilir.  A  8  ;  Coucherel.  —  Jlf^i.  >l  i5 
rt  17  :  Cocherel. 

P.  114,  I.  18  :  li  captaus.  <^  Les  mss,  A  ojoutetit  :  deJBeuch. 


[1364]     VARIAimiS  DU  PREMIER  UWf,  $  516.         299 

P,  114,  1.  22  :  baoière.  -^  Ze  ms.  ^  15  ^v'outê  /  devant  lui. 
F*  269. 
P.  14  S,  1.  i  :  espinerés.  —  Mss»  ji  S,  iH  à  17  ;  espineux* 
P.  1 1 5, 1«  2  :  armeures  de  fier.  —  Ms,  J  iîi:  hommes  d'armes, 
P.  11 K,  1.  8  :  querre.  —  ilfw»  ^8,  15  «  17  ;  quérir. 

§  tSi6.  Tout  ensi^  —  Aff,  d Amiens  :  Undemeotroes,  li  Fran- 
chois  ordonnèrent  ossi  leurs  batailles,  et  en  fissent  trois  et  une 
arrierre  garde.  La  premierre  eut  messires  Bertrans  de  Ckdequin 
à  tous  les  Bretons,  et  fu  ordonnes  pour  assambler  à  le  bataille  dou 
captai.  La  seconde  eult  li  comtez  d'Auçoire  et  li  viscomtes  de 
Biaumont  et  messires  Bauduins  d'Enekins,  et  eurent  avoecq  jaux 
les  Franchois,  les  Normans  et  les  Pickars,  monsigneur  Oudart  de 
Renti,  monsigneur  Engherant  du  Edin,  monsigneur  Loeis  d'Aves* 
kierke  et  les  autres.  La  tierce  eut  li  Arceprestros  et  les  Bourghi- 
gnons  avoecq  lui,  monseigneur  Loeys  de  Cbalon,  le  seigneur  de 
Biaugeuy  monsigneur  Jehan  de  Vianne,  monsigneur  Gui  de  Fre** 
lay,  monsigneur  Huge  de  Vianne  et  pluisseurs  autres.  Et  devoit 
s'asambler  ceste  bataille  au  bascle  de  Marueil  et  à  se  routte.  El 
Tautre  bataille,  qui  estoit  pour  arrierre  garde,  fîi  des  Gascons  | 
monsigneur  Aimmenion  de  Pumiers,  le  soudich  de  L^trade,  le 
stgneur  de  Mucident  et  pluisseur  aultre.  Et  pour  ce  qu'il  veoieift 
le  pignon  le  captaul  mis  et  assis  en  uog  buisson  et  en  faisoient  li 
Navarois  leur  estandart,  il  ordonnèrent  leur  bataille  des  Gascons 
à  adrechîer  ceste  part.  F"  130  v«. 

P.  115,  1.  11  :  Entrues.  — Jlfr.  u^  6  ;  Entrementres.  F»  248  v«. 
f—  Mss,  A  8,  45  à  17  :  Pendant  ce. 

P.  115,  1.  14  I  Bretons.  —  Le  nu.  A  15  ajoute  :  dont  je  vous 
en  nommeray  aucuns  chevaliers  et  escuiers  :  premièrement  mon* 
seigneur  Olivier  de  Mauny  et  roonseigneor  Hervé  de  Mauny,  mon- 
seigneur Eon  de  Mauny,  frères,  et  nepveux  du  dit  monseigneur 
Bertran,  monseigneur  Gefifroy  Perron,  monseigneur  Allain  de  Saint 
Paul,  monseigneur  Robin  de  Guité,  monseigneur  fiastace  et  mon- 
seigneur Allain  de  la  Hpussoye,  monseigneur  Robert  de  Saint 
fiern,  monseigneur  Jehan  le  Voler,  monseigneur  Guillaume  Bodin, 
Olivier  de  Quoyquen,  Lucas  de  Maillechat^  Giefiroy  de  Quedillae, 
6ieffroy  Paiisn,  Guillaume  du  Hallay,  Jehan  de  Parrigny,  Sevestre 
Budes,  Berthelot  d'Angoullevent,  Olivier  Perron,  Jehan  Ferron 
son  frère  et  pluseurt  autres  bons  chevaliers  et  escui^s  que  je  ne 
puis  mie  tous  nonnaer»  F*  269.  '         ^' 


300  CHRONIQUES  DE  J.  FROISSART,  [1364] 

P.  i<5,  1. 17  et  18  :  d'Anekins.  —  Ms$.  ^  i8,  19  ;  de  Meleun. 

P.  ii5,  I«  48  à  21  :  mestres....  Haveskierkes.  —  Ces  lignes 
manquent  dnns  les  mss,  ^  15  a  47. 

P.  115,  I.  20  :  d'Ucdin.  —  Mss.  A  7,  18,  19  :  de  Hedin,  Y^ 
249. 

P.  U5,  1.  26  :  Hughe.  —  Mss.  A  \^  h  17  :  Jehan. 

P.  116,  I.  1  :  parainne.  —  Ms.  A^:  entière.  F»  248  v«.  — 
Mss.  ^  8,  15  :  pure.  F»  245  v^». 

P.  116,  1.  7  :  les.  —  Mss.  ^  8,  15  à  17  ;  costé. 

P.  116,  1.  8  :  un.  ^  Xtf  ms.  A  15  ajotite  :  hault.  F*  269  v». 

§  tti7.  Assës  to8t.  —  Ms.  ^Amiens:  Et  (ordonnèrent  les  Gas* 
cons)  trente  hommes  des  leurs,  fors  et  appers,  montez  chacuns 
sus  bons  fors  courssiers  et  délivres,  et  aler  conequerre  ce  pignon 
et  combattre  au  captaul,  et  rompre  se  bataille  quant  elle  seroit 
entamée,  et  à  riens  entendre  fors  tant  seuUement  au  captaul,  et  lui 
prendre  par  forche  et  toursser  sur  leurs  chevaux  et  porter  ent  à 
sauveté  ;  car  qui  Taroit  pris,  fust  li  joumëe  pour  yaux  ou  non 
fust,  il  aroit  bien  esploitiet,  et  tenroient  leurs  ennemis  pour  tous 
JésconfGs.  FM  31. 

P.  117,  1.  3  :  entrues.  —  Ms.  Al  :  entrementres.  —  Mss.  A 
6,  15  à  17;  pendant. 

P.  117,  1.  7  :  tourseront.  — -  Mss.  A  :  trousseront. 

P.  117,  1.  8  et  9  :  où  que  soit.  —  Mss.  A  6,  iH  à  il  :  quel- 
que part. 

P.  117,  1.  20  :  rades.  —  Mss.  A:  roides. 

P.  117,  1.  24  :  estre.  —  Le  ms.  A  i^  ajoute  :  pour  faire  et 
acomplir  Tentreprinse  que  tous  ces  seigneurs  de  JPrance  et  de 
Gascongne  avoient  parle  et  ordonne  entr'eulx.  ¥^  269  v^. 

§  8iS.  Quant  cil.  —  Ms.  ^Amiens  :  Quant  li  Franchoîs  se 
furent  enssi  ordonne,  ainchois  que  li  signeur  se  trayssent  en  leurs 
bataillez  où  il  estoient  estaubli,  il  regardèrent  entre  yaux  et  pour- 
parlèrent  à  lequelle  bannierre  ou  pignon  il  se  retrairoient  et  quel 
crit  il  criroient.  Si  fu  de  premiers  acordé  entre  yaux  qu'il  cri- 
roient.  «  Nostre  Damme  !  Auchoire  !  »  Mes  li  comtez ,  qoi  là 
estoit  presens,  y  refuza  et  s'escuza  et  dist  que  il  estoit  li  ungs  des 
jonnes  chevaliers  qui  là  fust,  et  la  premierre  besoingne  arestée 
où  il  avoit  estet,  si  ne  volloit  mies  que  on  lui  fesist  celle  honneur, 
mes  fost  baillie  à  un  autre  où  elle  fuist  mieux  emploiiée  c'a  lui. 


[1364]      VARIANTES  DU  PREMIER  LIVRE,  §  518.         30i 

Dont  fa  regardé  d'un  coumun  acord  c'on  crieroit  :  «  Saint  Yvel 
Gaiequinf  »  et  pour  yaux  mieux  recongnoistre  :  <c  Nostre  Damme  ! 
Glaiequin!  » 

ËDsi  tout  rengiet  et  ordonne  et  avise  quel  cose  il  dévoient  faire 
et  yaux  maintenir,  se  tenoient  tout  quoy  sus  les  camps  et  r^ar- 
doient  leurs  ennemis,  qui  nul  samblant  ne  faisoient  dou  descen- 
dre. Si  se  traissent  ens  samble  li  chief  des  routtes  environ  yaux 
vingt  cinq,  et  parlementèrent  ung  grant  temps.  Et  volloient 
li  aucun,  especialment  messires  Bertrans  de  Glaiequin,  que  on 
les  allast  combattre.  Et  li  aucun,  mieux  avisés,  le  debatoient  et 
disoient  que,  se  il  faisoient  enssi,  il  feroient  ung  grant  outraige, 
mes  souffresissent  encorres  et  regardaissent  le  convenant  de  lem*s 
ennemis  :  «  Sachiés,  disoient  messires  Oudars  de  Renti  et  mes- 
sires Bauduins  d'Ennekins ,  que,  se  nous  avons  grant  désir  d'iaux 
combattre,  ossi  ont  il  nous  :  si  nous  tenons  en  nos  batailles  belle- 
ment et  quoiement.  S'il  descendent,  bien  nous  les  combaterons; 
et  s  il  ne  descendent  dedens  le  soir ,  nous  arons  autre  advis.  » 

GhibL  conssaux  fa  tenus,  et  se  dnrent  li  Franchois  tout  quoy, 
chacuns  sirez  desoubs  se  ban  nierre  ou  desoubs  se  pignon,  enssi 
qu'il  estoit  ordounnés.  Et  tant  atendirent  qu'il  fu  baux  midi  et  qne 
li  jours  estoit  si  escauffiSs  que  li  pluisseur  en  estoient  tout  afoibli, 
car  U  n'avoient  avoecq  yaux  nulles  pourveanches  pour  boire  ne 
pour  mengier,  se  petit  non.  Et  tondis  se  tenoient  li  Navarrois  et 
li  Englès  en  leur  fort,  sans  yaux  bougier  ne  faire  samblant  de 
descendre.  Quant  ce  vint  sus  Teure  de  nonne  et  que  li  soUaux 
tourna  dou  tout  au  contraire  des  Franchois,  et  que  de  trop  > 
junner  li  pluisseur  estoient  mont  fouUé,  si  se  coummenchièrent 
enssi  que  tout  à  descoragier,  et  dissent  li  aucun  que  li  heure  pas- 
soit  pour  combatti*e.  Si  se  fuissent  par  samblant  volentiers  retret, 
et  fu  priesque  tout  conssilliet  dou  retraii'e  et  dou  niens  com- 
^  battre. 

Or  vous  di  qu'il  y  avoit  là  aucuns  gentilz  hommes  de  Nor- 
mendie  qui  cevauchoient  de  l'un  à  l'autre,  sans  get  et  sans  regard, 
•  qui  ne  se  pooient  armer,  car  il  estoient  prisonnier  as  Navarois 
et  recreus  sus  leurs  fois.  Si  disoient  bien  as  chevaliers  franchois  : 
«  Sjgneur ,  advisës  vous,  car,  se  li  journée  se  départ  sans  ba- 
taille, vostre  ennemy  seront  demain  deus  tans  qu'il  ne  sont  hui, 
et  toudis  mouteplieront  eu  puissanche  ;  car  messires  Loeis  de  Na- 
varre doit  venir  à  plus  de  mil  combatans,  »  Si  que  ces  paroUes 
.   atraioient  durement  les  Franchois  à  combattre.  F*  1 3i . 


30Î  CHRONIQUES  DE  J.  FROISSÂRT.  [1364 

P.  H7,  l.  23  :  curent  —  Léi  mss.  ^  6,  17  ajoutent  :  tout. 

P.  118,  1.  6  :  dou.  —  Le  ms.  J  17  ajoute  :  noble. 

P.  118,  l.  8  :  bellement.  —  Mss.  AB.ib  à  17  :  doucement. 

P.  H8,  h  12  :  journée,  r-- Ms.  J  1»  /  besongne.  F»  270. 

P.  118,  1.  13  :  de.  —  Ms.  ^  8, 15  A  17  .•  que. 

P.  118,  1.  16  :  le  Mestre.  —  Ms.  A  15  :  Baudequin  d'Anne- 
qains,  maistre  des  arbalestriers. 

P.  118,  1.  27  :  vos  compains.  —  Mss^  A  6,  7, 15  à  17  ;  vos- 
tre  compaignon. 

P.  119,  1: 13  :  lîerne.  —  Mss.  A:  tertre. 

P.  119, 1.  SI  :  vin.  —  Le  ms.  A  il  ajoute  :  ne  baril. 

P.  119,  I.  23  :  flaconcîaus.—  Jlff.  Al:  flaconniaus.  F»  249  v«. 
—  Mss.  ^  8,  15  A  17  ;  flacons,  petîz  flacons. 

P.  119, 1.  28  s  soutiUetë.  -^  Ms.  A  il  :  subtilité'.  F»  3U  V. 

P.  119, 1.. 29  :  remontière.  —  Mss.  A  :  remonta. 

P.  120,  L  1  et  2  :  convenant.  —  Mss.  ^  8,  15  à  17  :  cou- 
vine. 

P.  120,  I.  6  :  requerre.  —  Mss.  ^  8,  18  ;  requérir. 

P.  120,  1.  16  2  frefel.  —  Ms.  B  3  :  desîr.  —  Ms.  B  4  :  fres- 
tel.  —  Ms.  AS:  fresel, 

P.  120,  I.  20  :  paisieulement.  -—  Mss.  A  :  paisiblement. 

P.  120, 1.  24  :  nostre.  -r-  Mss.  A  :  vos. 

P.  120,  1.  27  :  trois  cens.  —  Mss.  A\aS,iia  14, 18,  19  : 
quatre  cens. 

P.  120,  I.  30  :  ahatî.  —  Ms.  A  17  :  hastiz.  —  Ms.  A  15  .• 
atiz. 

P.  121,  I,  15  :  diverses.  —  Le  ms.  A  17  ajoute  :  et  con- 
traires. 

§  )$19.  Quant  K.  —  Ms.  d Amiens  :  Quant  li  chevalier  de 
Franche  virent  que  li  Navarois  et  li  Englès  ne  partiroient  point  de 
leur  fort  et  qu'il  estoit  ja  haulte  nonne,  et  si  ooient  les  parolles 
que  li  prisonnier  francfaois  leur  disoient,  si  se  retraissent  à  cons- 
seil  enssamble,  et  conssillièrent  qu'il  feroient  passer  le  pont  tous 
leurs  chevaux  et  leurs  harnas  et  leurs  variés  et  les  plus  foullés 
par  samblant  de  leur  routte,  et  puis  petit  à  petit  il  passeroient  e( 
se  logeroient  bellement,  chascuns  sires  par  lui  et  entre  ses  gens, 
ce  soir  sus  le  rivierre,  et  Tendemain  il  aroient  nonviel  cbnsseîl  et 
avis,  car  voirement  estoient  il  durement  mesabiet  dou  chaiàtet 
de  trop  junner.  Et  se,  en  yaux  retrayant,  il  avenoit  ensi  que 


11364]      VARIANTES  DU  PREMIER  LIVRE,  S  3*9-         303 

leur  ennemy,  qui  sont  chaut  et  bastien,  descendoient  de  leur 
montaingne,  il  retourroient  tout  à  uog  fès  sus  yaux,  et  criroient 
leur  criy  et  chacuns  sires  et  hommes  d'armes  se  traîroit  à  se  ba- 
taille :  il  savoient  bien  quel  consseil  il  dévoient  faire.  Che  cons- 
seil  donnèrent  li  Gascon  messires  Ainmenion  [de  Pummiers],  mes* 
sires  K  soudis  [de  Lestrade]  et  li  sires  de  Moucident.  Dont  son- 
nèrent il  leur  trompettes,  et  fissent  moût  grant  signe  d'iaux 
retraire,  et  fissent  passer  oultre  le  pont  et  le  rivierre  leurs  har- 
nob  et  leurs  pourveanches,  les  variés  et  tous  leurs  chevaux^  ex- 
cepte les  trente  qui  se  dévoient  adrechier  au  captai.  Et  quant  il 
furent  enssi  que  tout  passet,  gens  d'armes  coummencbièrent  ossi 
à  passer. 

Quant  messires  Jehans  Jeuiaux ,  qui  estoit  appers  chevaliers  et 
vighereux  durement  et  qui  avoit  grant  désir  des  Franchois  com- 
battre, perchupt  le  mannierre  et  coumment  il  se  retraioient,  se 
dist  au  captai  :  ce  Sire,  sire,  descendons  appertement;  ne  veés  vous 
pas  coumment  li  Franchois  s'enfuient?  »  Dont  respondi  li  captax 
et  dist  :  «  Messires  Jehan,  messîre  Jehan,  ne  créés  ja  que  si  vail- 
lant honmie  qu'il  sont ,  s'enfuient  ensi  :  ils  ne  le  font ,  fors  par 
malisse  et  pour  nous  atraire.  3>  Adonc  s'avancha  messires  Jehans 
Jeuiaux,  qui  moult  engerans  estoit  de  combattre,  et  dist  à  chiaux 
de  se  routte  :  «  Passés  avant!  Qui  m'aimme,  se  me  sieuwècel  y> 
Dont  s'avança  en  sallant  devant  touttes  les  battailles  en  descen- 
dant dou  mont,  son  glaive  en  son  poing,  en  escriant  :  «  Lez  les 
Franchois!  »  et  «  Saint  Gorge!  Giane  !  »  Quant  li  captaux  en  vit 
le  mannierre,  si  le  tint  en  soy  meysmes  à  grant  desdaing,  et  dist 
à  sa  bataille  :  <c  Avant!  Avant!  messires  Jehans  Jeuiaux  ne  se 
combatera  pomt  sans  my.  »  Dont  descendirent  il  tout  comnmu- 
nement  dou  fort  où  il  s'estoient  tenu,  et  se  missent  au  plain. 

Quant  li  FranchoiS|  qui  estoienten  aguet  de  ceste  ordounnanche, 
les  virent  descendre,  si  s'arestèrent  tout  à  yng  fes  et  dissent  en- 
tr'iaux  :  «  Vesci  chou  que  nous  demandions.  »  Si  huièrent  et  jupè- 
rent  apriès  leurs  gens  qui  le  pont  passoient,  et  furent  tantost  remis 
en  bon  arroy,  leurs  bannièrez  et  pignons  devant  yaux.  en  criant  : 
«Nostre  Dame!  Claiekin!  »  Evous  monsigneur  Jehan  Jeuiel,  qui  de 
grant  voUenté  s'en  venoit  tout  devant,  et  se  vient  ferir,  son  glaive 
en  son  poing,  en  le  bataille  des  Bretons  et  combattre  moût  vas- 
saument,  et  ossi  il  fu  moult  bien  recheu  de  monsigneur  Bertran  de 
<ïiaiequin  et  de  chiaux  de  se  routte.  D'autre  part,  li  ccHntes  d'Au- 
choire,  li  viscomtez  de  Biaumont,  messires  Bauduins  d'Ennekins, 


I 

9 


304  CHRONIQUES  DE  J.  FROISSART.  [1364] 

messire»  Oudars  de  Renti  et  C  aatre  chevalier  et  leur  bataille  s*en 
Tiennent  adrechier  à  le  bataille  des  Bourgignons,  li  sires  de  Biau- 
geu,  messires  Loeis  de  Chalons  et  les  gens  de  TArceprestre  s'en 
vont  adrechier  à  le  bataille  monsigneur  Pière  de  Sakenville  et 
monsigneur  Joffit>y  de  Roussellon.  Et  pour  chou  que  en  armes  on 
ne  doit  mies  ipentir^  mes  dire  le  vente  à  son  loyal  pooir,  bien 
est  voirs  que  li  Arceprestres,  si  trestost  qu'il  vit  c*on  se  combate- 
roit  et  que  les  batailles  s'asambloient,  il  se  parti  et  ungs  siens 
escuiers  seullement,  et  issi  de  se  bataille,  mes  il  dist  à  ses  gens  : 
«  Demorës  et  si  vous  acquittés  à  voslre  loyal  pooir  :  je  me  pars, 
car  je  ne  me  puis  combattre.  »  Dont  monta  à  cheval  et  rapassa 
le  Pont  de  TArche,  et  cil  qui  se  combattoient,  le  quidoient  dallés 
yaux,  pour  ce  qu'il  veoient  se  bannierre,  et  si  n'avoit  pris  congiet 
à  nullui,  fors  à  ses  gens.  F<^  131. 

P.  121, 1.  17  :  sus.  —  Mss.  >^  S,  15  à  17  ;  pour. 

P.  121,  1.  29  :  l'espoir.  —  Mss,  ^^  8,  13  «  17  :  pense. 

P.  122,  L  25  :  Jeuiel.  —  Ms.  B  6  :  de  Pipes.  F»  631. 

P.  123,  1.  9  et  10  :  li  captaus.  —  Ms.  ^  8  :  le  capitaine. 
P  250  v^  —  Mss.  ^  8,  17  ;  les  capitaines.  F»  247  y\ 

P.  123,  1.  15  :  mi.  —  Mss.  A  :  moi. 

P.  123,  1.  24  :  assambler.  —  Ms.  AS:  assaillir. 

P.  123,  1.  25  :  Evous.  —  Mss.  ^  8,  15  ât  17  :  Et  va  venir. 

P.  123,  1.  28  :  Bertrans.  —  Les  mss.  ^  15  à  17  ajoutent:  du 
Guesclin. 

P.  123,  L  29  :  malement. —  Le  ms.  Ail  ajoute:  Et  d'aventure  il 
encontra  monseigneur  Olivier  de  Mauny,  nepveu  de  monseigneur 
Bertran,  fort  chevalier  et  asseuré  durement.  Là  se  combatirent  ces 
deux  vaillans  chevaliers  ensemble  moult  longuement,  main  à  main, 
et  tant  que  le  dit  monseigneur  Olivier  cheit  de  la  presse.  Et  adonc 
monseigneur  Jehan  Jouel  fut  sur  lui  la  dague  ou  poing,  pour  lui 
occire ,  en  lui  disant  :  ce  Rendez  vous  tantost ,  ou  vous  estes 
mort.  y>  Adonc  respondit  le  dit  monseigneur  Olivier  :  c<  A  Dieu  le 
veu,  monseigneur  Jehan,  non  suis  encore  ;  mais  je  vueii  que  vous 
essaiez  vostre  fois  comment  ceste  terre  est  dure.  »  Et  lors  il  le 
prant  par  le  camail  et  à  force  de  braz  il  mist  monseigneur  Jehan 
Jouel  dessoubz  lui,  et  fut  monseigneur  Olivier  dessus.  Et  lors  il 
bleça  et  navra  à  mort  le  dit  monseigneur  Jehan  Jouel,  et  le  laissa 
à  un  sien  escuier  qui  estoit  delez  lui,  qui  avoit  nom  Guion  de 
Saint  Pers,  lequel  le  fiança  prinsonnier;  mais  il  mourut  cellui 
jour  des  plaies  qu'il  avoit  receues  la  journée.  F«  313  v«. 


[1364]      VARIANTES  DU  PREMIER  LIVRE,  §  520.  305 

P.  124, 1.  6  :  GlaiekÎD.  ^^  Le  ms.  A  15  ajoute  :  monseigneur 
Olivier  de  Mauny  son  nepveu.  F*  27i  v®^ 

P.  i24, 1.  8  et  9  :  li....  Anthones.  —  Ms.  A  17  ;  monseigneur 
de  Beaugieu  et  monseigneur  Anthoine  de  Beaugieu. 

P.  124, 1.  13  :  Aymenions.  —  Mss,  A  8,  17  ;  Aymons, 

P.  124,  1.  30  fourfraire.  —  Mss.  ^  8,  15  «  17  ;  mefifaire. 

P.  125,  1.  5  :  rivière.  —  Le  ms.  A  il  i  ajoute  :  en  plourant 
moult  tendrement  de  ce  qu'il  ne  povoit  demourer  à  la  bataille. 
F»  314. 

§  tt20.  Au  commencement.  —  Ms,  d Amiens  :  Quant  li  Nava- 
rois  et  chil  de  leur  costë  virent  le  convenant  des  Franchois,  si  se 
reculèrent  tout  en  combatant  un  petit,  et  fissent  leurs  archiers 
voie  pour  traire.  Si  se  missent  en  bon  aroy  chil  qui  dévoient  traire, 
mes  li  Franchois  estoient  si  fort  armet  et  si  bien  pavesciet,  que 
oncques  li  trais  ne  les  greva  noyent,  ne  pour  chou  n'en  laissiè- 
rent  il  point  à  combattre.  Sitost  que  li  trais  fu  passes,  les  batailles 
entrèrent  l'une  dedens  l'autre,  en  boutant  et  en  estechant  des 
glaives.  Là  veoit  on  les  plus  apers  et  les  plus  bachelereus  coum- 
ment  il  s'avanchoient  et  rompoient  par  bien  combattre  les  routtes, 
et  prendoient  et  fianchoient  prisonniers,  ou  il  se  faissoient  pren- 
dre par  appertisses  d'armes,  ou  navrer,  ou  ochire.  Là  avoit  grant 
cliquetis  d'espées,  de  daghes  et  de  bastons  d'armes,  et  s'apro- 
choient  et  se  tenoient  main  à  main ,  et  se  combatoient  si  vail- 
lamment que  nulle  gens  mieux,  et  point  ne  s'espargnoient ,  et 
nul  mot  ne  parloient  que  lem*  cris  à  cief  de  fois  il  crioient  pour 
yaux  raloiier. 

Or  vous  diray  des  trente  qui  esleu  estoient  pour  yaulx  adrechier 
au  captaf  et  trop  bien  monte  par  especial.  Il  s'en  vinrent  tout  serré 
là  où  li  captaux  se  combatoit  moult  vassaument,  piet  avant  autre, 
tenant  une  hache  en  sen  poing,  dont  il  donnoit  si  grans  horions 
que  nulx  ne  l'osoit  aprochier  ;  car  il  estoit  grans  chevaliers,  fors 
et  durs  malement  et  resongniës  de  ses  ennemis.  Chil  trente,  qui 
estoient  moult  bien  monte  sus  courssiers  fors  et  puissans,  et  ossi 
appert,  fort  et  dur  hommes  d'armes  et  bachelereus  durement,  ne 
veurent  mies  resongnier  le  paine  ne  le  péril;  mes  brochièrent 
chevaux  des  espérons  et  rompirent  par  forche  toutte  le  bataille 
et  les  gens  le  captai,  et  fissent  voie  au  comte  d'Auchoire,  au  vis- 
comte  de  Beaumont,  à  monsigneur  Bauduin  d'Anekin,  à  monsi- 
gneur  Engherant  du  Edin ,  à  monsigneur  Oudart  de  Renti ,  à 

VI  —  20 


306  CHRONIQUES  DE  J.  FROISSART.  [1364] 

monsigneur  Loeys  de  Haveskerke  et  as  bons  chevaliers  de  lear 
routtez  et  escoiers  ossi.  Là  eult  très  fort  bouteîs  et  grans  abateîs, 
et  moult  de  bons  hommes  d*armes  mis  à  grant  mesaise.  Avoecq 
tout  chou,  chil  trente,  qui  n'entendoient  à  autre  cose  fors  toudis 
à  aller  avant  et  faire  leur  emprise,  s'arestèrent  droitement  sus  le 
captai  et  coummenchièrent  à  lanchier  et  à  ferir  à  lui  grans  horions 
de  leurs  roides  espées  et  des  bastons  de  guerre  qu'il  portoient,  et 
à  derompre  gens  et  à  abattre  entour  li  et  mettre  à  grant  meschief  ; 
car  chil  courssier,  qui  estoient  fort  et  puissant  et  tous  couvert  de 
fers  et  bien  brochiet  sans  espargnier  des  espérons^  confondoient 
tout  devant  et  entour  yaux. 

Et  quant  li  captaux,  qui  estoit  hardis  et  saiges  chevaliers  du^ 
rement ,  en  vit  le  manierre  et  que  on  entendoit  trop  parfaitement 
à  lui  prendre ,  si  s'esvertua  et  fist  trop  plus  d'armes  sans  compa- 
rison  que  nuls  autres,  et  se  tint  ung  grant  temps  que  nulx  ne 
Tosoit  aprochier,  tant  lançoit  il  les  cops  grans  et  périlleux.  Mes 
il  n'est  force  d'omme  ne  de  lion  que,  au  haster  et  au  continuer, 
on  ne  foulast  et  afoiblesist.  Là  fu  il  si  bien  combatus  des  ungs  et 
des  autres  à  tous  les ,  qu'il  ne  savoit  auquel  entendre.  Si  fu  pris 
et  ahers  par  forche  et  tirés  de  ces  hommes  d'armez  à  cheval  hors 
de  le  presse,  et  si  menés  par  force  d'armes  qu'il  iiancha  prison  à 
yaux,  et  le  cargièrent  et  portèrent  et  ravirent  hors  des  bataillez 
maugret  touttes  ses  gens,  et  passèrent  oultre  le  pont  et  le  rivière 
et  le  missent  à  sauveté.  Enssi  fu  pris  li  captaux  de  Beus,  si  comme 
je  l'oy  recorder  le  Roy  Faucon ,  qui  fu  toudis  enmy  le  bataille  et 
qui  en  vit  tout  le  convenant  et  pluisseurs  bêliez  appertisses  d'ar- 
mes des  autres  bons  chevaliers  et  escuiers,  tant  d'un  lés  comme 
de  l'autre.  P  431  v^ 

P.  125, 1.  19  :  fourfet.  —  Le  ms.  A  il  ajoute  :  grandement. 

P.  126,  1. 1  et  2  :  Initier.  —  Mss.  -^  15  «  17  :  luite. 

P.  126, 1.  12  :  emprise.  —  Mss.  A  8, 17  ;  entreprise.  F»  248. 

P.  126,  1. 14  :  pas.  ^  Ms.  A  ^  :  pays.  F*  251. 

P.  126,  1.  16  :  U Breton.  —  Mss.  A  S,  i5  à  il  :  les  Picars. 

P.  127,  1.  6  :  grant.  —  Le  ms.  A  8  ajoute  :  grant  débat  et. 

P.  127,  1.  6  :  puigneis.  —  Mss.  A  S,  i^  à  il  :  hustin. 

P.  127,  1.  9  :  foursené.  —  Ms.  A  8  :  forcennez.  F°  248  v^ 

P.  127,  1.  9  :  crioient.  --^  Le  ms.  A,  il  ajoute  :  tous  à  haulte 
Voix.  F»315. 

S  iS2i.  En  ce  toueil.  —  Ms^  d Amiens  :  Pour  ataindre  le  juste 


[1364]      VARIANTES  DU  PREMIER  LIVRE,  S  52i.         307 

matère  et  parler  de  tout  vivement,  voir  est  que,  entroes  que  chi 
trente  homme  à  cheval  et  li  bataille  dou  comte  d'Auchoire  et  dou 
viscomte  de  Biaumont,  avoecq  les  Franchois  et  les  Pickars,  enten- 
doient  au  prendre  le  captai  et  à  combattre  ses  gens,  messîres  Ain- 
menions  de  Pumiers,  li  soudis  de  Lestrade,  li  sirez  de  Mucident 
et  leur  bataille  s'adrecièrent  droitement  au  penon  du  captai  qui 
estoit  enclos  en  un  buisson  espinerech,  enssî  que  dessus  est  dit, 
et  à  ciaux  qui  le  gardoient,  qui  estoient  ossi  toutte  gens  d'eslite. 
Là  eut  dur  hustin  et  bien  combatu,  car  cil  gardoient  leur  pennon, 
tfai  estaubli  y  estoient  sus  leur  honneur,  car  il  estoit  resors  et  ra- 
loieanche  d'iaux  tous  :  si  avoient  plus  chier  à  morir  qu'il  leur  fust 
hostës.  Si  dura  moult  longement  li  bouteis  et  li  estekeis  entr  iaux 
de  lanches,  de  haches,  d'espëes,  d'espois  et  de  daghes.  Endemen- 
troes,  se  combatoient  les  autres  batailles  chascune  à  sa  chascune, 
et  estoient  assés  loyaument  parti. 

Si  vous  di  que,  quant  les  gens  dou  captai  en  virent  par  force 
porter  et  mener  leur  mestre,  enssi  que  tout  fourssené,  il  le  pour- 
siewirent  vistement  et  corageusement  et  s'abandonnèrent  de  grant 
voUenté,  et  requissent  leurs  ennemis  si  dur  et  si  fièrement  qu'il 
les  reculèrent.  Là  convint  il  maint  homme  morir,  cheir  et  tre- 
buchier  l'un  parmy  l'autre  ;  et  sachiës,  qui  estoit  cheus,  s'il  n'a- 
voit  bon  secours  et  hastieu,  jammais  depuis  ne  se  relevoit,  car  H 
presse  et  li  enchaus  y  estoit  si  grans  que  chascuns  estoit  tous  en- 
.  sonniiés  dou  deffendre  et  de  lui  garder.  Et  par  especial  les  gens 
dou  captai  se  combatirent  trop  vaillamment,  et  ne  demora  mies 
en  yaux  ne  en  leur  emprise  qu'il  ne  desconfîrent  le  bataille  dou 
comte  d'Auchoire,  car  il  fu  rués  par  terre  et  navrés  moût  dure- 
ment et  se  bannierre  abatue,  quant  messires  Bertrans  de  Oaie- 
quin  et  une  grosse  routte  de  Bretons  vinrent  celle  part,  et  le 
rescoussirent  par  forche  d'armes  et  relevèrent  se  bannierre  et 
reculèrent  leurs  ennemis.  Et  adonc  en  celle  presse  et  en  ce!  estekîs 
fu  ochis  li  viscontes  de  Biaumont,  dont  che  fu  dammaiges,  car 
il  estoit  jonnes  chevaliers,  hardis  et  appers  durement  et  de  grant 
voUenté. 

Or  vous  diray  des  Gascons  et  de  chiaux  qui  estoient  adrechiet 
vers  le  pennon  le  captai.  Il  fissent  tant  par  forche  d'armes  qu'il 
rompirent  le  presse  et  délivrèrent  le  place  de  tous  chiaux  qui  le 
gardoient,  et  furent,  comme  vaillant  gent,  tout  mort  ou  tout  pris; 
ne  oncques  ne  daignièrent  fuir,  mes  se  vendirent  si  vaillamment 
que  nule  gens  mieux*  Touteffoix,  li  pennons  fu  conquestés  et  ostés 


308  CHRONIQUES  DE  J.  FROISSART.  [1364] 

de  là  où  il  estoit,  abatas  et  deschirës,  et  li  hanste  coppëe.  Mes  en 
celle  presse,  li  sires  de  Muchident  fu  moult  navrés,  et  y  eut  mors 
trois  de  ses  escuiers,  et  li  soudis  de  Lestrade  i  eut  le  brach  rom- 
put.  Non  obstant  ce,  messires  Ainmenions  requeilla  touttes  ses 
gens  apriès  le  desconfiture  de  chiaux  qui  le  pennon  avoient  garde, 
et  s'en  vinrent  en  criant  :  «  Nostre  Damme  1  Claiequinl  >  sus  les 
gens  dou  captai,  qui  trop  bien  se  tenoient  et  se  combatoient.  Là 
eut  de  rechief  grant  hustin  et  dur  et  bien  combatu. 

Li  sires  de  Biaugeu,  messu*es  Loeys  de  Ghalon  et  les  gens 
l'Arceprestre,  avoecq  grant  fuisson  de  bons  chevaliers  et  escuiers 
de  Bourgoingne,  se  combatoient  d'autre  part  moult  vaillamment  à 
monsigneur  le  bascle  de  Maruel  et  à  se  route,  à  monsigneur 
Pière  de  Sakenville,  à  monsigneur  Jofiûroy  de  Roussellon,  à  mon- 
signeur Bertran  don  Franch  et  à  leur  routte.  Et  vous  di  que  là 
eult  fait  mainte  belle  appertisse  d'armes,  mainte  prise  et  mainte 
rescousse;  car  chascuns,  endroit  de  lui,  se  prencbroit  moût  priés 
de  bien  faire  le  besoingne  pour  sen  onneur. 

D'autre  part,  li  Pickart  et  leur  routtes  se  combatoient  à  mon- 
signeur Jeuiel  et  à  se  bataille,  où  il  y  eut  fait  ossi  mainte  belle 
appertisse  d'armes,  car  chils  messires  Jehans  Jeuiel  estoit  bons 
chevaliers,  durs,  fors,  hardis  et  appers  et  bien  combatans.  Si  ne 
Tavoit  on  point  d'avantaige  contre  lui.  Là  furent  très  bon  cheva- 
lier messires  Bauduins  d'Enekins,  messires  Oudars  de  Rentî, 
messires  Engherans  du  Edins,  messires  Renars  de  Bassentin, 
messires  Jehans  de  Bergette  et  pluisseurs  autres  chevaliers  de 
Picardie ,  que  je  ne  say  mies  tous  noummer,  et  ossi  maint  bon 
escuier.  Là  fu  li  bataille  de  monsigneur  Jehan  Jeuiel  trop  vassau- 
ment  rencontrée  et  combatue ,  et  fu  par  forche  d'armes  reboutée 
et  rompue ,  et  li  dis  chevaliers  messires  Jehans  Jeuiel  mallement 
navrés,  pris  et  fianchés  prissons  et  tirés  hors  de  le  presse,  et 
tout  li  sien  mort  ou  pris  et  mis  en  cache.  Mes  trop  cousta  as 
Franchois,  car  il  perdirent  des  leurs,  mors  sus  le  plache^  mon- 
signeur Bauduin  d'Ennekins,  mestres  pour  le  temps  des  arba- 
lestriers  de  Franche,  et  monseigneur  Loeys  de  Haveskerkes  et 
des  autres  chevaliers  et  escuiers.  Si  en  y  eult  des  navrés,  des 
blechiés  et  des  bien  batus  grant  fuisson. 

Encorres  se  combatoient  moult  vaillamment  li  sires  de  Biaugeu, 
messires  Loeys  de  Ghalon  et  li  Bourgignon  au  bascle  de  Maruel 
et  as  autres  Navarrois,  et  eut  en  celle  bataille  fait  moult  de  belles 
appertisses  d'armes. 


[i364]      VARIANTES  DU  PREMIER  LIVRE,  $lii\.         309 

Touttes  fois ,  quant  li  Pickart  eurent  romput  et  rois  en  cache 
chiaux  de  le  bataille  monsigneur  Jehan  Jeuiel,  il  se  radrechièrent 
celle  part  en  escriant  :  «  Nostre  Damme  !  Claiequin  1  »  et  se  bou- 
tèrent avoecq  leurs  gens  sus  les  dessus  dis  Navarois  et  les  recu- 
lèrent par  forche  d'armes. 

Or  se  quidièrent  retraire  chil  chevalier  de  Navarre  et  de  Nor- 
mendie  deviers  le  penon  dou  captai ,  et  riens  ne  savoient  de  se 
prise.  Si  commencièrent  petit  à  petit  à  recuUer,  en  escriant  : 
ce  Nostre  Damme  f  Navarre  !  »,  et  moult  bien  se  combatoient.  Mes 
quant  il  virent  qu'il  en  avoient  perdu  le  veue  et  le  ressort  et  que 
leurs  gens  se  desroutoient  et  fuioient  et  n'ooient  mes  crier  leur 
cri,  mes  :  «  Nostre  Damme  !  Claiequin  !  »,  et  veoient  les  bannierres 
des  Franchois  venteler  sour  les  camps  et  tout  premièrement  celle 
de  monsigneur  Bertran  Glaieldn,  si  se  coummenchièrent  à  esbahir 
et  à  desconfire  et  à  retraire  vers  le  bois  pour  venir  à  leurs  che- 
vaux. Mes  li  plus  des  garchons  qui  les  gardoient,  quant  il  virent 
le  desconfiture  sus  leurs  mestres ,  il  se  partirent  et  sauvèrent  et 
en  menèrent  plentet  de  leurs  maies  et  de  leurs  hamas,  et  se're- 
traissent  deviers  une  fortrèce  que  on  nomme  d' Akegni ,  qui  estoit 
navaroise. 

Quant  li  bascles  de  Maruel  vit  le  desconfiture  sus  ses  gens ,  il 
ne  daigna  fuir,  mes  s'aresta  et  requeilla  ce  de  gens  qu'il  peult 
avoir,  chevaliers  et  escuiers ,  qui  ne  le  veurent  mies  laissier.  Là 
se  combatirent  moult  longeroent  et  moult  vaillamment,  et  y  fissent, 
au  voir  dire,  merveilles  d'armes;  mes  finablement  il  furent  des- 
confit, et  li  bascles  de  Maruel,  chils  hardis  chevaliers,  mors  sus 
le  place ,  et  pris  messires  Pières  de  Saquenville ,  messires  Joffrois 
de  Roussellon,  messires  Bertrans  dou  Franc,  et  tout  li  autre; 
petit  s'en  sauvèrent  qu'il  ne  fuissent  tout  mort  ou  pris.  Geste 
bataille  fu  assés  priés  de  Goceriel  en  Normendie,  le  quatorzime 
jour  de  may  l'an  mil  trois  cens  soissante  quatre.  F~  134  v^ 
et  432. 

P.  127,  1.  15  :  toueil.  —  Mss.  ^  8,  15  <^  17  ;  touillis,  toul- 
leis. 

P.  127,  l.  16  :  sievir.  —  Mss.  ^  8,  15  à  17  ;  suir. 

P.  128,  1.  14  :  besongnoit.  —  Mss,  ^  8,  15  à  17  .*  estoit  be- 
soing. 

P.  128, 1.  20  :  ensus.  —  Mss.  A  8,  15  :  arrière.  F»  249. 

P.  129, 1.  2  et  3  :  commença.  —  Le  ms.  A  M  ajoute  :  mourut 
ce  jour  des  coups  que  monseigneur  Olivier  de  Mauny  lui  donna. 


3i0  CHRONIQUES  DE  J.  FROISSART,  [1364] 

lui  estant  prisonnier  d'un  sien  escuier  breton  dessoubz  monseigneur 
Bcrtran  du  Guesclin.  F«  3i5  v». 

P.  129, 1.  6  :  se  embati  $i  avant.  —  Ms,  ^  8  ;  se  combaty  si 
vaiUanment.  F°  249.  —  Ms.  A  il  :  ala  tousjours  avant  comme 
vaillant  chevalier  que  il  estoit. 

P.  129,  1.  11  :  Loeis.  —  Ms.  A  \^  :  Jehan.  F»  273. 

P.  129,  1.  17  et  18  :  dures  gens  mervilleusement.  —  Mss.  A 
15  à  17  •*  bonnes  gens  d'armes  durement. 

P.  129,  1.  22  :  très  le.  —  Ms.  A  8  :  dès  le.  ^Mss.  ^  15  à 
17:  du. 

P.  129,  U  24  :  Les  François.  —  Le  ms.  A  il  ajoute  :  et  les 
Bretons. 

P.  129, 1.  32  :  bascles.  —  Mss.  A  iH  à  il  :  bascon. 

P.  130,  1.  2  :  Jeuiel.  —  Le  ms,  ^15  ajoute  :  De  laqnèle  mort 
l'escuier  de  Bretaingne  qui  l'avoit  prins  fut  durement  courrocië, 
car  il  en  eust  eu  voluntiers  cent  mille  frans.  Et  vous  di  que  ce 
vaillant  chevalier,  monseigneur  Jehan  Jouel,  avoit  fait  mettre 
et  entaillier  lettres  entour  son  bacinet  qui  disoient  ainsi  :  «  Qui  Je- 
han Jouel  prandra  cent  mille  frans  aura,  et  autant  lui  en  demourra 
pour  s'armer  que  s' amie  lui  donrra.  »  F"  273. 

P.  130,  l.  5  :  aultre.  —  Le  ms.  B  6  ajoute  :  Oncques  nuls  n'en 
escapa.  Tout  furent  mors  ou  pris,  et  rapassèrent  che  soir  les  Fran- 
chois  Taige,  et  vinrent  logier  à  Pasci  et  à  Vemon^  et  Tendemain 
à  Roem.  F»  634. 

P.^  130,  1.  8  :  seizime.  —  Mss.  A  :  vingt  quatrième. 

S  B22.  Apriès.  —  Ms.  d'Amiens  :  Apriès  celle  desconfiture 
et  que  tout  il  mort  estoient  desvesti  et  que  chacuns  entendoit  à 
ses  prisonniers,  s'il  les  avoit,  et  que  là  li  moitiés  des  leurs  et  plus 
avoient  rapasset  l'aighe  et  rapassoient  pour  yaux  retraire  à  leurs 
logeis,  car  il  estoient^  durement  lasset  et  foullet  de  combattre  et 
ossi  pour  le  calleur  qu'il  avoit  fait  ce  jour,  avint  que,  sus  le  ves- 
pre,  environ  quarante  lanches  des  Navarois  vinrent  tout  à  bro- 
chant, et  riens  ne  savoient  de  le  desconfiture,  mes  quidoient  que 
li  leur  ewissent  le  journée  pour  yaux.  Si  venoient  esperonnant 
moult  radement,  en  escriant  :  «  Nostre  Dammel  Navarre!  » 

Quant  messires  Ainmenion  de  Pummiers ,  qui  estoit  à  l'arrière 
garde,  les  perchupt  venir,  il  s'aresta  tous  quoys,  et  fist  arester  ses 
gens  et  mettre  son  pennon  en  un  buisson  et  yaux  tenir  en  bon 
convenant  y  les  espées  et  les  haces  devant  yaux.  Evous  venus  ces 


[1364]      VARIANTES  DU  PREMIER  LIVRE,  §  »Î3.  311 

Navarois  au  cours  des  espérons,  et  entrèrent  au  camp  où  li  ba« 
taille  avoit  estet.  Siperchurenttantostque  li  leur  estoient  descon* 
fit,  et  conneurent  le  pennon  monsigneur  Ainmenion  de  Pumiers. 
Si  n'eurent  mie  consseil  dou  demourer,  mes  se  traissent  au  plus 
tost  qu'il  peurent,  sans  lanchier  ne  feriiine  riens  faire  d'armes. 
Depuis  ni  eut  point  d'aparant  que  nulx  se  traisist  avant  pour  com- 
battre, ne  [pour]  rescoure  le  captai  ne  les  autres  qui  estoient  pris. 
Si  rapassèrent  li  François  le  rivierre,  et  se  logièrent  celle  nuit 
seloncq  le  rivierre  et  se  aisièrent  de  chou  qu'il  eurent.  Ce  propre 
soir,  mourut  messires  Jehans  Jeuiel  des  plaies  qu'il  avoit. 

Quant  ce  vint  au  matin,  li  signeur  de  Franche  donnèrent  par  les 
bons  hommes  dou  pays  des  mors  à  ensevelir.  Et  puis  cevaucièrent 
par  deviers  Vrenon  pour  venir  deviers  Roem.  S'en  menoient  leur 
gaaing  et  leur  prisonniers,  tous  jojans,  c'estoit  bien  raisons,  car 
il  avoient  euv  une  moult  belle  joumëe  pour  yaux  et  moult  pourfi- 
table  pour  le  royaumme  ;  car,  se  li  contraires  evist  esté,  li  captaux  de 
Beus  ewist  fait  un  grant  escart  en  Franche  et  avoit  empris  de  ve- 
nir à  Rains  au  devant  dou  duc  de  Normendie,  qui  y  estoit  venus 
pour  lui  faire  courounner  et  consacrer,  et  la  duçoise  sa  femme 
ossi,  fille  qui  fu  à  monsigneur  Pière,  le  duc  de  Bourgoingne. 
F«132  V*. 

P.  130,  1.  12  :  qui  les  avoit.  —  Ms.  B  k  et  mss.  !//  ;  se  il  les 
avoit. 

P.  130,  U  20  :  Ronces.  —  Mss.  A  :  Conches. 

P.  130,  1.  28  :  les  grans  eslais.  —  Ms.  A  6  :  des  espérons. 
F*  251  v«.  —  Mss,  A  8,  15  :  les  grans  galoz.  F»  149  v«.  —  Ms. 
B  3  ;  les  lances  baissées.  F*  262  v«. 

P.  131,  1.  3  :  la  friente.  —  Ms.  ^  3  :  la  force.  —  Ms.  AS: 
l'eflroy  des  chevaux.  —  Mss.  ^  15  à  17  :  la  frainte  des  chevaulx. 
F>  273  vo. 

P.  131 ,  1. 13  :  ralloiier.  —  Mss,  ^  8,  15  à  17  ;  rassembler. 

P.  132,  1.  13  :  joiant.  —  Mss.  A  :  joieux. 

P.  132,  1.  17  :  escars.  —  Ms.  B  3  :  eschec.  P»S63.  —  Ms. 
B  4  :  estât.  F^"  250.  —  Mss.  A  :  essart. 

§  525.  Ces  nouvelles.  —  Ms»  d  Amiens  :  Ces  nouvelles  s'es- 
pardirent  en  pluisseurs  lieux  que  li  captaux  de  Beus  estoit  pris  et 
toutte  se  routte  ruée  jus.  Si  en  acquist  messire  Bertran  de  Ûaie- 
quin  grant  grasce  et  grant  renommée  de  touttes  mannierrez  de 
gens  dou  royaumme  de  Franche,  et  ossi  tout  H   chevalier  qui 


3i2  CHRONIQUES  DE  J.  FROISSART.  [1364] 

aYoecq  lui  avoient  esté.  Si  vinrent  les  nouvelles  jusques  au  ducq 
de  Normendie  qui  estoit  à  Rains  :  si  en  fu  durement  joians  et  en 
regracia  Dieu  humblement,  quant  en  se  nouvelletë  une  si  belle 
aventure  d'armez  estoit  avenue  à  ses  gens.  Si  en  fu  de  tant  la 
feste  plus  noble  et  plus  lie* 

Che  fu  le  jour  de  le  I^enité  l'an  mil  trois  cens  soissante  quatre 
que  li  roys  Caries,  ainnës  filx  dou  roy  Jehan  de  Franche,  fu  cou- 
rounnës  et  consacrez  à  roy  en  le  grant  église  de  Nostre  Damme 
de  Rains,  et  ossi  madamme  la  roynne,  sa  femme,  de  Tarcevesque 
révérend  père  en  Dieu  monsigneur  'Jehan  de  Graam,  arcevesque 
de  Rains.  Là  furent  li  roys  de  Cippre,  li  dus  d'Ango,  li  dus  de 
Rourgoingne,  frère  germain  au  dessus  dit  roy  de  Franche,  et  mes- 
sires  Wincelans  de  Roesme ,  dus  de  Luxembourcq  et  de  Rraibant, 
leur  oncles,  et  grant  fuisson  de  comtes,  de  barons  et  de  tous  autres 
chevaliers  et  de  prelas  et  d'arcevesques  et  d'evesques.  Si  furent 
les  festez  et  les  solempnitez  grandes.  Et  dounna  li  roys  de  Fran- 
che grans  dons  et  biaux  jewiaux  as  seigneurs  estragniers  et  là  où 
il  le  tenoit  à  bien  emploiiet. 

Si  furent  de  tout  en  tout  ces  festez  et  ces  solemnitës  bien  pour- 
siewies  et  bien  achievëes.  Et  demoura  li  jone  roys  de  Franche  et 
madamme  la  roynne,  sa  femme,  cinq  jours  en  le  chité  de  Rains. 
^  Si  se  partirent  li  dus  de  Rraibant  et  aucun  signeur  qui  prissent 
congiet  à  lui ,  et  s'en  revinrent  viers  leurs  maisons.  Et  li  jones 
roys  Caries  de  Franche  et  madamme  la  roynne  se  retraissent  à 
petittes  journées  et  à  grans  reviaux  et  esbatemens  deviers  Paris. 
Et  vinrent  à  Laon,  et  de  Laon  à  Soissons,  et  puis  à  Compiègne, 
et  puis  à  Senlis  et  puis  à  Saint  Denis.  Et  partout  estoient  il  recheu 
liement  et  honnerablement,  et  par  especial,  quant  il  entrèrent  en 
le  chitë  de  Paris,  che  fu  à  très  grant  solempnité. 

Je  ne  vous  puis  mies  recorder  les  dons,  les  presens ,  les  esba- 
temens et  les  reviaux  qui  furent  fais,  dounnet  et  presentet  à  le 
nouvelletë  dou  roy,  mes  m'en  vorray  briefment  passer.  Voirs  est 
que,  à  le  revenue  dou  roy,  messires  Rertrans  de  Claiequin  vint  à 
Paris,  et  li  sires  de  Riaugeu,  li  comtes  d'Auchoire,  messires  Loeis 
de  Calon,  messires  Thieubaux  de  Chantemelle,  messires  Oudars 
de  Renti  et  li  chevalier  qui  avoient  este  à  le  besoingne  de  Koce- 
riel.  Se  le  vit  U  roys  Caries  moult  volentiers,  et  les  rechupt 
liement ,  et  festia  chascun  par  li  et  par  especial  monsigneur 
Rertran  de  Claiequin  et  les  chevaliers  de  Gascoingne,  monsi- 
gneur Ainmenion  de  Pumiers  et  les  autres,  car  li  vois  alloit  que 


[1364]      VARIANTES  DU  PREMIER  LIVRE,  §  324.  313 

par  yauk  avoit  este  li  bataille  desconfite  et  li  captaux  pris. 
P  132  y^. 

P.  133,  1.  2  :  plus  liet  et  plus  joiant.  —  Mss.  A  8,  15  ;  plus 
liées  et  plus  joyeuses.  P  250, 

P.  133,  1.  14  et  15  :  Wedimont.  —  Mss.  ^  8,  15  ;  Vaude- 
mont. 

P.  1 33,  1.  1 5  :  d'Alençon.  —  Le  ms,  A  \^  ajoute  :  arcevesque 
de  Rouen.  F*  274.  Mauvaise  leçon. 

P.  134, 1.  5  et  6  :  car....  couronnement.  —  Mss.  A  15  :  car 
monseigneur  de  Labreth  n'avoit  point  esté  à  la  besongne,  mais 
ses  gens  y  furent ,  mais  il  avoit  este  à  Reins  au  couronnement 
du  roy  Charles. 

5  524.  A  le  revenue.  —  Ms,  cC Amiens  :  Assës  tost  apriès  le 
revenue  dou  roy  Carie  de  Franche  à  Paris,  fu  ordonnés  et  dé- 
nommez, presens  les  pers  et  les  barons  dou  royaumme  qui  à  chou 
furent  appiellet,  messires  Phelippez,  mainnés  frèrez  dou  roy,  dus 
de  Bourgoingne.  Et  se  parti  de  Paris  à  grans  gens,  et  en  vint 
prendre  le  possession  de  la  ditte  duché,  et  prist  le  foy  et  houm- 
mage  des  barons,  des  chevaliers,  des  chités,  des  castiaux  et  des 
bonnes  villes  de  Bourgoingne.  Si  estoient  avoecq  lui  li  sires  de 
Biaugeu,  qui  s'apelloit  messires  Anthonnez,  messires  Phelippez  de 
Bourgoingne,  messires  Lœis  de  Chalon,  li  Arceprestres,  que  li 
dessus  dis  dus  avoit  rappaisiet  au  roy  de  Franche,  son  frerre, 
parmy  escuzance  assés  raisonnable  qu'il  H  avoit  moustret  ;  car  li 
Arceprestres  avoit  dit  enssi  qu'il  ne  se  pooit  armer  ne  combattre, 
tant  c' aucun  chevalier,  qui  estoient  avoecq  le  dit  captil,  fuissent 
encorres,  pour  se  prise  et  pour  se  raenchon  de  le  bataille  de  Bri- 
nai,  dont  il  ne  s'estoit  mies  encorres  tous  acquités.  Se  li  avoit  li 
roys  de  Franche  pardounné  son  mautalent,  parmy  tant  que  li  Ar- 
ceprestrez  avoit  proummîs  et  juret  qu'il  seroit  en  avant  bons  et 
loyaus  au  roiaumme  de  Franche  et  n'y  feroit  ne  pensseroit  jammès 
nulle  lasqueté. 

A  che  donc  estoient  encorres  les  Compaignes  en  Bourgoin- 
gne, Guis  dou  Pin,  le  Petit  Meschin ,  Tieubaus  de  Chaufour 
Jehans  de  Chaufour,  Tallebart  Tallebardon,  qui  gastoient  et 
essîlloient  tout  le  pays.  Mes  li  dus  Phelippez  y  mist  consseil  et  y 
pourvei  de  remède ,  car  il  furent  une  fois  ruet  jus  au  dehors  de 
Digon,  et  furent  tout  mort  et  tout  pris,  excepté  le  Petit  Meschin, 
qui  s'enfui  et  se  sauva.  Si  en  fist  li  dus  de  Bourgoingne  pendre, 


314  CHRONIQUES  DE  J.  FROISSART.  [^364] 

noiier  et  mettre  à  fin  plus  de  quatre  cens.  Assés  tost  apriès,  le  re 
manda  li  rojs  de  Franche  pour  chevauchier  en  Normendie,  en  le 
comté  d'Ewrues,  contre  grant  fuîsson  de  Navarois  qui  là  estoient, 
qui  couroient,  ardoient  et  essiiloient  toutte  le  Normendie  environ 
Roem  et  en  Kaus,  au  title  le  roy  de  Navare. 

Vous  avés  bien  oy  chy  dessus  coumment  li  captaux  de  Beus  fu 
pris  et  amenés  par  Tordounnance  dou  roy  à  Miaux  en  Brie,  et  fu 
là  tenus  en  prison  environ  six  sepmainnes.  Là  en  dedens  il  eut  bons 
moiiens  qui  parlèrent  au  roy  pour  lui.  Et  le  manda  li  roys  à  Paris 
et  li  fist  moût  courtoise  prison,  car  il  le  recrut  sur  sa  foy,  et  le 
laissoit  aller  et  venir,  jeuer  et  esbattre  partout  à  se  plaisanche.  Et 
meysmement  li  roys  le  mandoit  bien  souvent  au  disner  et  au  soup- 
per,  et  le  laissoit  esbattre  dallés  lui. 

Entroes  estoient  les  guerres  en  Kaus  et  en  Normendie.  Et  vint 
li  dus  de  Bourgoingne  à  bien  six  mil  combatans  devant  le  fort 
castiel  de  Macberenville,  et  y  mist  le  siège  et  y  fist  livrer  tamaint 
grant  assault.  Et  avoit  fait  amener  huit  grans  enghiens  <le  le 
chité  de  Cartres,  qui  nuit  et  jour  jettoient  à  le  fortrèche  et  moult 
Tempiroient  et  cuvrioient  ;  mes  par  dedens  avoit  très  bonne  gent 
d'armes  qui  trop  bien  le  gardoient  et  defiendoient.  Avoecques  le 
ducq  de  Bourgoingne  estoient  li  comtes  d'Auchoire,  messires  Loeys 
d'Auchoire,  ses  frèrez,  messires  Bertrans  de  Claiekin,  li  sirez 
de  Biaugeu,  messires  Loeys  de  Chalon,  li  sires  de  Raimieval,  mes- 
sires Raoulx  de  Gouchy,  li  sires  de  Chantemerle,  li  sires  de  Mont- 
saut,  li  Bèghes  de  Velainnes,  Robers  d'Allenchon,  li  Bèghes  de 
Villers,  li  sires  de  Chamremi  et  pluisseur  baron  et  chevalier  de 
Franche,  de  Bourgoingne  et  de  Normendie.  F*"  132  v*  et  133. 

P.  134,  1.  8  :  dou  duçainné.  —  Ms.  -^  8  :  de  la  duchié.  P  250. 

P.  134,  1.  16  :  escusances.  —  Mss,  AS,  15 à  17  :  excusacions. 

P.  134,  1.  23  et  24  :  et  les....  partie.  —  Ms.  A  15':  et  aussi 
les  chevaliers  de  France  qui  vaillamment  parloient  sur  sa  partie. 
F»  274  V*. 

P.  134,  1.  28  :  Digon.  —  Ms.  ^  15  ;  Dijon. 
,    P.  134,  1.  28  à  31  :  desquelz....  chapitainne.  —  Ms.  A  i^  : 
desquelz  Guiot  du  Pin  et  Tallebart  Tallebardon  estoient  meneurs 
et  conduiseurs  ;  et  aussi  y  estoit  et  les  conduisoît  un  escuier  du 
pais  qui  s'appelloit  Jehan  de  Chaufour.  F®  274  v^. 

P.  135,  1.  8  :  son  père  nulle  griefté.  —  Ms,  AS:  mourir  son 
père  ne  .lutres  griefz. 

P.  135,  1.  17  :  entmes.  —  Mss,  A  S,  iH:  pendant. 


[1364]     VARIANTES  DU  PREMIER  LIVRE,  §  325.         315 

P.  135, 1. 17  :  prison.  —  Le  ms,  B  6  ajoute  :  Et  là  fu  une  es- 
passe  de  tamps.  Et  puis  \y  fist  le  roy  CSiarles  grâce,  et  fu  recrut 
sur  sa  foy  et  amènes  à  Paris,  et  là  alloit  et  yenoit  à  se  volentë* 
Et  fu  en  chelle  saison,  de  par  le  roy  de  Franche,  envoiiet  en  En- 
gleterre  pour  traitier  le  delivranche  du  duc  de  Berry,  que  il  peuist 
passer  parmy  luy.  Mais  le  roy  d'Engleterre  n'en  volt  riens  faire 
en  chel^  saison,  combien  que  il  amast  moult  le  captai,  et  respondy 
au  captai  que  il  n'avoit  pas  esté  pris  pour  luy.  Sy  retourna  le 
captaus  en  Franche,  sans  riens  faire.  F<*  635  et  636. 

P.  135,  1.  23  :  six.  —  Ms,  A  15  :  sept. 

P.  136,  1.  6  :  Macheranville.  —  Mss.  ^  8, 15  ;  Marceranville, 
Marcerainville. 

P.  136,  I.  15  :  Ligne.  —  Ms.  A  15  ;  Ligny.  F»  275. 

P.  136,  L  17  :  du  Edins.  —  Mss,  A3,l  :  de  Hedin. 

P.  136,  1.  25  :  mil.  —  Mss.  A  8,  9,  15  :  trois  mil.  F»  251. 

P.  136, 1.  31  :  Joni.  —  Ms.  A  6  :  Joygny.  F*  252  W  —  Ms. 
-^15:  Joingny. 

P.  137,  1.  12  :  constraindoient.  •— il/5.  A  15  :  contraingnoient 
et  malmenoient. 

§  i(25.  Entrues.  —  Ms.  d'Amiens  :  En  ce  tamps  estoit  mes- 
sires  Loeys  de  Navarre  sus  les  marches  d'Auviergne  à  tout  bien 
trois  mil  combatans,  et  tous  les  jours  li  croissoient  gens.  Si  ar<- 
doient  et  essilloient  et  gastoient  tout  le  pais  de  Bourbonnois  envi- 
ron Saint  Poursain  et  Saint  Pierre  le  Moustier  et  Moulins  en 
Auvergne.  Si  passèrent  une  routte  de  ses  gens  le  rivière  d'Aillier 
au  desoubs  des  montaingnes  d'Auvergne ,  et  puis  vinrent  passer 
le  Loire  au  desoubz  de  Marcelli  les  Nonnains.  Et  chevauchièrent 
tant,  de  nuit  et  par  embusces,  qu'il  vinrent  à  un  ajournement  à  le 
Carité  sus  Loire,  et  Teschiellèrent  et  le  prissent  par  un  dimence 
au  matin.  Et  pour  ce  que  la  ville  estoit  grande  et  moult  wuide 
entre  le  fremmetë  et  les  maisons,  il  ne  s'osèrent  aventurer  de 
traire  avant  jusquez  à  heure  de  tierce.  Si  a  voient  il  estet  percheu 
d'aucuns  de  chiaux  de  le  ville  qui  avoient  retret  leurs  biens,  leurs 
femmes  et  leurs  enfians  ens  es  nefs  et  ens  es  batiaux  qui  estoient 
en  le  rivière  de  Loire  :  par  chou  se  sauvèrent  chil  de  le  Carité 
et  s'en  vinrent  à  le  chité  de  Nevers,  à  sept  lieuwes  d'iluecq.  Et 
ne  concquissent  les  Gompaingnes  et  li  Navarois,  qui  estoient  par 
eschiellement  entré  en  le  Charité,  nulle  cose  fors  que  pourvean- 
ches  ;  mes  de  chou  eurent  il  à  grant  fuisson,  et  fissent  de  le  ditte 


316  CHRONIQUES  DE  J.  FROISSÀRT.  [1364] 

ville  une  bonne  garnison  et  le  tinrent  contre  tous  venans  Testet 
enssuivant,  et  grevèrent  moult  chiaux  dou  pays  environ.  F"  133« 

P.  137,  1.  24  :  depuis  le.  •—  Ms.  ^  15  :  le  demourant  de  la. 
F»  275  V». 

P.  138,  1.  2  :  Ceni,  —  Ms.A%  :  Ceri.  F»  251. 

P.  138,  1.  3  :  et  Carsuelle.  ^-  Mt,  A  15  :  et  monseigneur 
Jehan  Gressueile. 

P.  138,  1.  10  :  menoit.  -—  Ms.  J  %  :  oonduisoit. 

P.  138,  1.  11  :  quatre  cens.  —  Mss.  A  :  trois  cens. 

P.  138,  1.  13  :  au  dehors.  —  M*.  ^  3  ;  au  dessoubz.  F»  264 
V*.  —  jiff •  B  k  et  mss.  A  :  au  dessus.  F°  251 . 

P.  138,  1.  13  :  Marcelly.  —  Ms.  B  3  :  Marcilly. 

P.  138,  1.  13  :  Nonnains.  —  Ms.  A  1  :  Nonniaux.  F»  253  v«. 

P.  138,  1.  15  :  amoustrer.  —  Mss.  B  Z,  k^  A  6,  %  :  mous* 
trer. 

P.  138,  1,  17  :  estri.  —  Ms.  A  17  ;  delay.  F»  316  V. 

P.  138,  1.  20  :  femmes.  —  Le  ms,  A  i^  ajoute  :  et  enfans. 

P.  138,  1.  25  :  gens.  —  Le  ms.  A  ib  ajoute  :  de  la  ville. 

P.  138,  1.  26  et  27  :  attendesissent.  —  Xe  nu.  ^  15  ajoute  : 
illec. 

P.  139,  1. 13  :  et  Carsuelle.  —  Ms.  ^  15  :  et  monseigneur 
Jehan  Cressuelle. 

S  696.  Tant  sist.  — •  Ms.  d^ Amiens  :  Tant  fist  li  dus  de  Bonr- 
goingne  devant  Macherainville,  et  si  les  constraindi  par  assaull  et 
par  les  enghiens  qui  y  jettoient  nuit  et  jour,  que  chil  qui  dedens 
estoient  se  rendirent,  sauve  leurs  corps  et  leurs  biens.  Si  s*en  par- 
tirent, et  .li  dus  envoiia  prendre  le  possession  par  ses  marescaux 
monsigneur  Bouchicau  et  monsigneur  Jehan  de  Vianne ,  marescal 
de  Bourgoingne.  Apriès  y  mist  et  ordounna  li  dus  à  castellain  ung 
bon  escuier  qui  s'appelloit  Phelippos  de  Chartres.  Puis  s'en 
parti  li  dus  et  tontte  sen  host  et  s'en  vint  devant  Chamerol- 
les,  et  l'assega  tout  environ,  et  y  fist  amenner  et  achariier  les 
grans  enghiens  qui  avoient  estet  devant  MarcheranvîUe,  qui  y 
jettoient  nuit  et  jour  et  travilloient  moût  chiaux  de  le  fortrèche. 

Entroes  que  li  sièges  estoit  devant  ChameroUes,  tenoit  le  siège 
messires  Jehans  de  le  Rivierre  devant  le  castiel  d'Akegny,  assës 
priés  de  Passi,  en  le  comté  d'Ewrues,  et  avoit  des  compaignons 
dont  il  estoit  souverains,  plus  de  deux  mil  combatans.  Si  avoit 
par  dedens  Navarois  et  Englès ,  qui  là  s'estoient  retrais  depuis  le 


[1364]      VARIANTES  DU  PREMIER  LIVRE,  §  527.  3i7 

bataille  de  Koceriel.  Tant  iist  messîres  Jehans  de  le  Rivierre  de- 
vant Akegni,  que  chil  de  dens  se  rendirent  sauve  leurs  corps  et 
leurs  biens.  Enssi  les  prist  li  dis  messire  Jehans,  et  puis  dounna 
le  castiel  à  un  sien  escuier  et  mist  dedens  arcbiers  et  compaignons 
pour  le  garder.  Si  s'en  parti  et  s'en  vint  o  toutte  sa  gent  mettre 
le  siège  devant  le  cité  d'Ewrues.  Et  encorres  estoit  li  dus  de 
Bourgoingne  devant  le  castiel  de  GhameroUes ,  qui  fortement  le 
faisoit  asaillir.  Et  entroes  se  tenoient  en  Gonstentin,  par  le  doubte 
des  Navarois  qu'il  ne  venissent  lever  cez  sièges,  messires  Bertrans 
de  Claiequin,  à  plus  de  mil  combatans  bretons,  pickars  et  fran- 
chois,  messires  Loeys  de  Sanssoire,  li  comtez  de  Joni  et  messirex 
Emouls  d*Audrehen  avoecq  li.  F<»  133. 

P.  139, 1.  30  :  Phelippos.  —  Mss.  ^  3,  4  :  Phelippes.  —  Ms.  A 
6  ;  Guillaume.  F>  253.  —  Ms.  A  1  :  Grenoullart.  F>  254.  — 
Ms.  Aiii  :  Hector.  P  276. 

P.  139,  1.  31  :  quarante.  —  Mss.  AS,  11  à  15,  18,  19  ; 
soixante.  F»  251  v«. 

P.  140, 1.  8  :  le  forterèce.  —  Ms.AS  :  la  ville. 

P.  140,  1.  10  :  Akegni.  —  Ms.  A  15  :  Aquigny. 

P.  140, 1.  14  ;  Ens  ou.  —  Ms.AS  :  Dedens  le.  F*  252. 

P.  140,  1.  21  :  apressë.  —  ilf#.  A  15  :  oppressez.  F«  276. 

P.  140,  1.  28  :  Hues.  —  Ms.  A  8  ;  Hugues. 

P.  140, 1.  30  :  Saintpi.  —  Mss.  ^  6,  15  ;  Sempy.  F*"  253. 

P.  140,  1.  31  et  32  :  du  Edins.  —  Mss.  A  3,  6,  7,  20  à  23  ; 
Hedin,  Hesdin. 

P.  141,  1.  3  :  songnièrent.  —  Mss.  A  8,  15  ;  pensèrent. 

§  827.  Entrues.  —  Ms.  tt Amiens  :  Entroes  que  messires  Je- 
hans de  le  Rivierre,  messires  Hughes  de  Ghastellon,  messires  Ou- 
darsde  Renti,  messires  Engherans  du  Edins  et  li  chevalier  de 
Franche  se  tenoient  devant  le  cite  d'Euwrues  et  moult  le  constrain- 
droient,  apressa  li  dus  de  Bourgoingne  si  fort  chiaux  don  fort 
chastiel  de  GhameroUe,  qu'il  ne  peurent  plus  durer  et  se  rendirent 
simplement  en  le  vollentë  dou  dit  duc  :  autrement  il  ne  peurent 
finner  ne  marchander.  Si  furent  li  Englès  et  li  Navarois  et  li  sau- 
doiier  estrainge  pris  prisounniers ,  et  tout  li  Franchois  qui  layens 
furent  trouvet,  mis  à  mort  sans  merchy.  Et  encorres  dounna  et 
abandounna  li  dis  dus  le  castiel  de  GhameroUez  à  chiaux  de  Ghar- 
tres  et  dou  pays  de  Biausse,  liquel  l'abatirent  et  arasèrent  toutte 
à  l'ounie  terre,  pour  tant  qu'il  leur  avoit  fais  trop  de  contraires. 


3i8  CHRONIQUES  DE  J.  FROISSART.  [1364] 

Puis  se  départi  li  dus  et  toutte  li  hos  de  là,  et  s'en  vint  devant 
Drue,  un  castiel  séant  en  Biausse.  Si  le  prist  par  forche  et  par' 
assault  et  mist  a  fin  le  plus  grant  partie  de  chiaux  de  dens,  et 
puis  s'en  vinrent  devant  Preus.  Si  l'asegièrent  et  l'environnèrent, 
et  y  livrèrent  pluisseurs  assaux  ainschois  que  il  le  pewissent  avoir* 
Finablement,  chil  de  dens  se  rendirent,  sauve  leurs  corps,  et  riens 
dou  leur  n'en  portèrent.  Et  quant  li  dus  eut  le  saisinne  dou  dit 
castiel  de  Preus,  U  le  dounna  à  un  chevalier  c'on  noummoit  dou 
Bos  Ruflin,  qui  le  fist  remparer  et  ordounner  bien  et  à  point,  et 
en  fist  une  bonne  garnison  pour  le  tenir  et  garder  bien  et  à  point 
contre  les  ennemis. 

Depuis  le  concquès  dou  castiel  de  Preux ,  s'en  vint  li  dus  de 
Bourgoingne  à  Chartres  pour  lui  rafreschir  et  ses  gens ,  et  re- 
garder quel  part  il  se  trairoient.  Quant  il  eurent  là  estet  environ 
cinq  jours,  si  se  traissent  devant  le  castiel  de  Couvay,  qui  estoit 
tous  plains  de  Navarois  et  de  pillars.  Et  jura  li  dis  dus  de  Bour- 
goingne qu'il  ne  s'en  partiroit,  si  l'aroit  concquis,  et  fist  lever  et 
drechier  par  devant  huit  grans  enghiens  qui  nuit  et  jour  jettoient 
à  le  fortrèche,  et  travilloit  ciaux  de  dedens. 

En  ce  tamps  que  li  dus  de  Bourgoingne  faisoit  ces  sièges  et  ces 
chevauchies  en  Biausse  contre  et  sus  les  Navarois  et,  d'autre  part, 
que  messires  Bertrans  de  Claiequin,  à  toutte  une  grande  route 
de  Bretons  et  de  Pickars ,  se  tenoit  viers  Chierebourch  et  vers 
Constentîn,  en  le  cite  de  Coustansse,  par  quoy  nulle  assamblée 
de  Navarrois  ne  se  pewist  là  faire,  qui  empeçassent  le  dit  duc  de 
Bourgoingne  à  faire  ses  sièges  et  .ses  cevauchies,  que  il  n'alaissent 
au  devant,  estoit  messires  Loeis  de  Navarre  en  le  basse  Auvergne 
et  sus  les  marches  de  Berri,  qui  essilloit  et  travilloit  le  pais  male- 
ment.  D'autre  part,  chil  qui  estoient  en  le  Charité  sus  Loire,  cou- 
roient,  enssi  qu'il  leur  plaisoit,  une  heure  par  delà  le  Loire,  l'autre 
jour  par  de  dechà,  et  faisoient  moult  de  destourbîers  au  pays. 
Ensi  estoit  li  royaummes  gueriiës  de  pluisseurs  les,  ne  nuls  n'o- 
soit  aller  adonc  pour  les  pilleurs  qui  se  nommoient  Navarois,  entre 
le  Charité  et  Bourghes,  ne  entre  Bourges  et  Orliiens,  ne  entre  Or- 
liiens  et  Blois,  ne  entre  Blois  et  Thours,  ne  tout  sus  celle  marche. 

Et  vous  di  que,  dedens  le  comté  de  Blois,  avoit  si  grant  fuison 
de  pilleurs  et  de  robeurs,  qu'il  couroient  tous  les  jours  jusques  as 
portes  de  Blois,  quant  ungs  bons  escuiers  de  Haynnau,  qui  s'ap- 
pelloit  Allars  de  Donscievène,  y  vint  de  par  le  comte  Loeys  de 
Blois.  Chils  emprist  le  gouviemement  dou  pays  et  le  trouva  dure- 


[i364]      VARIANTES  DU  PREMIER  LIVRE,  §  527.  319 

ment  empeschiet ,  quant  il  y  vint  premièrement.  Si  y  fist  sus  les 
ennemis  dou  pays  maintes  belles  chevauchies  et  maintes  apper« 
tisses  d'armes.  Et  ent  mainte  belle  aventure  sus  yaux  et  en  fist 
tammaint  monr  par  ses  hardies  emprises,  et  en  délivra  toutte  la 
ditte  comte  de  Blois.  Et  fist  tant  par  ses  proèches,  que  il  en  chei 
grandement  en  le  grasce  et  en  l'amour  dou  roy  de  Franche,  et  y 
devint  chevaliers. 

Or  nous  retrairons  au  siège  de  Ck>uvay,  que  li  dus  de  Bour- 
goingne  avoit  assis.  Et  tant  le  constraindi  par  assaux  d'enghien 
et  d'autres  instrummens  qu'il  desrompi  les  murs  et  les  tours.  Et 
se  coummenchièrent  chil  dedens  durement  à  esbahir,  et  vinrent 
deviers  leur  cappittainne  c'on  appelloit  Jaquefort,  et  estoit  englès. 
Si  le  priièrcnt  qu'il  volsist  traitier  au  duc  de  Bourgoingne  que 
courtoisement  les  laisast  passer,  sauve  leurs  corps  seuUement. 
Chilx  en  traita  asmarescaux  de  l'ost,  monsigneur  Boucicau  et  mon- 
signeur  Jehan  de  Vianne  ;  mes  li  dus  ne  volt  point  faire,  s'il  ne 
se  rendoient  simplement.  Quant  chil  de  Couvay  virent  qu'il  ne 
poroient  finner  au  duc  de  Bourgoingne ,  si  n'en  furent  mie  plus 
aise.  Toutesfois,  il  se  tinrent  depuis  uug  grant  temps. 

Or  avint  que  li  roys  de  Franche  escripsi  deviers  son  frère  le 
duc  de  Bourgoingne,  que,  ces  lettres  veuwes,  il  se  delivrast  dou 
plus  tost  qu'il  pewist,  et  s'en  revenist  arière  en  Franche  et^ 
Bourgoingne,  à  tout  che  que  il  avoit  de  gens  d'armes,  car  li  comtes 
de  Montbliart  estoit  entrés  en  Bourgoingne  à  plus  de  douze  cens 
lanches,  et  li  ardoit  et  destruisoit  son  pays.  Quant  li  dus  de  Bour- 
goingne entendi  ces  nouvelles,  si  fu  moût  courouchiez,  che  fu  bien 
raisons  et  laissa,  parmy  tant  c'on  le  remandoit,  chiaux  de  Couvay 
finer  plus  douchement,  et  se  partirent  sauve  feurs  corps,  enssi  que 
premiers  avoient  tretiet,  ei  rendirent  le  fortrèce,  mes  riens  n'en 
portèrent.  Quant  li  dus  en  eut  pris  le  saisinne  et  le  possession,  il 
s'en  parti  et  s'en  revint  o  toutte  son  ost  à  Chartres,  et  assés  tost 
apriès,  à  Paris.  Et  carga  ses  gens  au  comte  d'Auchoire,  au  si^ 
gneur  de  Biaugeu  et  à  monsigneur  Loeys  de  Chalon,  et  puis  s'en 
vint  en  Brie  deviers  le  roy,  son  frère,  qui  le  rechupt  liement ,  à 
Vaus  la  Comtesse  où  il  se  tenoit  adonc. 

Si  ne  séjourna  gairez  là  li  dus,  mes  s'en  parti  et  s'achemina 
vers  Troiez,  et  fist  une  especiaux  priière  k  touttes  gens  d'armes, 
chevaliers  et  escuiers ,  que  il  volsissent  venir  et  traire  deviers 
Digon.  Si  en  assambla  et  eut  li  dus  grant  fuisson.  Quant  li  comtes 
de  Montbliart  entendi  les  nouvellez  que  lî  dus  de  Bourgoingne 


320  CHRONIQUES  DE  J.  FROISSART.  [1364] 

venoit  si  efforciement  coutre  lui,  si  n'eut  mie  consseil  de  Faten- 
dre,  et  se  retraist  à  touttes  ses  gens  en  Alemaigne,  dont  il  estoit. 
Et  quant  li  dus  de  Bourgoingne  le  sceult ,  si  cheyauça  avant  et 
délivra  son  pays  d'aucuns  pilleurs  et  robeurs  qui  s'i  tenoient, 
dont  messires  Jehans  de  Gaufour  estoit  chiés.  Si  y  laissa  mon- 
signeur  Oede  de  Grantsi  à  gouvreneur,  et  puis  si  s'en  revint  en 
Franche.  FM  33  v**  et  134. 

P.  141, 1,  17  :  cuvriiës.  —  M$s.  A  6^  1  :  ennuyez.  —  Mss,  A 
8,  15  :  guerroiez. 

P.  141,  L  21  :  sur  aultre.  »  M$.  A  8  :  l'une  sur  l'auU'e. 

P.  141,  1.  23  :  Drue[s].  —  Ms.  A  8:  Druez.  -  Ms.  A  15  : 
Dreux.  F»  276  v\ 

P.  141, 1.  31  :  corps.  —  Mss,  wrf  8,  15  ;  vies. 

P.  142,  1.  6  :  remparer.  —  Ms.  A  8  :  reparer. 

P.  142,  1.  8  :  souffissamment. —  Ms.  ^  8  ;  à  point.  —  Ms.  A 
15  :  seurement. 

P.  142, 1.  13  :  Couvai.— j|f«.  ^  7,  8  :  Connay.  —  ilf5. ^  17: 
Cougnay.  F»  316*. 

P.  1 42,  !•  15  :  pour  tant  se  prendoit.  ^  Mss.  -r^  8,  15  :  pour 
ce  se  penoit»  F«  252  v<», 

P.  142, 1.  27  :  cil  siège.  —  Ms.  w^  8  ;  cil  sage  siège. 

P.  143,  1.  4  :  Montbliar.  —  Mss.  ^  8,  15  :  Montbeliart. 
^.  143  ,  1.  5  :  par  devers.  ^^Le  ms.  A  iH  ajoute  :  Othun  et. 
F»  277.     . 

P.  143,  1.  10  ;  y  besongnoit.  —  Mss.  A  8,  15  :  lui  estoit 
mestier. 

P.  143*  1.  14  et  15  :  pensieus.  —  Mss.  A  8,  15  ;  pensis.  — 
Ms.  A  il  :  melancolieux. 

P.  143  :  d'Arcies.  —  Mss.  ^  2,  11  à  14,  17  à  19  :  d'A- 
cières.  —  Ms.  A  23  ;  d'Artres.  —  Ms,  ^  15  :  d'Orties. 

P,  144, 1.  4  :  Sansoirre.  —  Ms.  A  8  ;  Sancerre. 

P.  144,  1.  19  :  Vregi....  Grantsi.  —  Ms^AB^  15  :  Vergy.... 
Grancée....  Grancy. 

P.  144,  1.  21  :  Bourgongne.  —  Mss.  A  :  Boulongne. 

S  528.  Entnies.  —AT*,  tf  Amiens  :  Quant  li  dus  de  Bourgoingne  fu 
revenus  en  Franche  avoecq  ses  gens  d'armes,  si  fu  ordouiinës  de 
par  le  roy  qu'il  s'en  alast  par  devant  le  Charité  sus  Loire  et  y 
mesist  le  siège;  car  li  Navarrois  qui  dedens  estoient  en  garnison, 
laisoient  trop  de  maux  ou  pays.  Si  se  iraist  li  dus  de  Bourgoingne 


[i364]      VAIOANTES  DU  PREMIER  UVRE,  §  528.         321 

de  celle  part  à  grant  fiiison  de  gens  d'armes ,  et  mist  le  siège 
par  devant  le  Caritë  sus  Loire.  Là  estoient  avoecq  lui  li  comtes 
d'Auchoire  et  Loeis  d'Auchoire  qui  fii  là  fès  chevaliers,  et  mes- 
sires  Robiers  d'Allenchon  qui  fu  ossi  là  fez  chevaliers  à  une  escar- 
muche  qui  fu  devant  les  baillez,  li  sires  de  Fiennes,  connestables 
de  Franche,  messires  Loeys  de  Sanssoire,  messires  Emouk  d'Au- 
drehen,  marescal  de  Franche,  monseigneur  Bouchicau,  le  sei- 
gneur de  Cran,  le  seigneur  de  Sulli,  le  Bèghe  de  Villainnez,  le 
castellain  de  Biauvais,  le  seigneur  de  Montagut,  d'Auvergne , 
et  monseigneur  Robert  DaufQn,  le  seigneur  de  Viilars  et  de 
Roussellon,  le  seigneur  de  Galenchon,  le  seigneur  de  Tournon 
et  grant  fuisson  d'autres.  Là  eult  par  devant  le  Charitë  sus 
Loire  grant  siège  et  bel,  et   grant  fuison  de  bonne  chevalerie. 

tj  avoit  souvent  assaut  et  escarmuches,  car  childe  dedens  se  te- 
noient  et  deffendoient  vaillamment. 

Encorrez  se  tenoient  messires  Jehans  de  le  RIvierre  et  li  sires 
de  Gastellon  et  li  autre  chevalier  par  devant  Ewrues ,  et  estoient 
tenu  tout  le  temps;  et  l'avoient  souvent  fait  assaillir,  mes  petit 
y  avoient  conquis,  car  la  chité  estoit  durement  remforchie.  Si  les 
remanda  li  roys  de  Franche  qu'il  se  partesissent  d'iiluecq  et  ve- 
nissent  devant  le  Carité.  Si  obéirent  au  roy,  et  fu  deffais  li  sièges 
de  devant  Ewrues.  Ossi  messires  Bertrans  de  Gaiekin,  qui  se 
tenoit  en  Gonstentin  à  grant  fuison  de  gens  d'armes,  se  parti 
d'illuec  par  l'ordonnance  dou  roy  de  France  et  s'en  vint  devant 
le  Caritë.  Si  se  logièrent  tout  chil  seigneur  avoecq  le  duc  de 
Bourgoingne ,  et  y  avoit  bel  host  et  grant.  Si  y  assaillirent  li 
Franchois  par  pluisseurs  fois,  et  y  fissent  maintes  bêliez  apper- 
tisses  d'armes,  tant  par  le  rivierre  comme  par  le  terre,  et  furent 
là  tout  l'aoust  et  le  mois  de  septembre  ou  priés.  Finablement, 
chil  qui  estoient  dedens  regardèrent  que  leurs  pourveanches  es- 
toient admenries  grandement,  et  n'estoit  mies  apparant  qu'il  fuis^ 
sent  comfortë  de  nul  costë,  car  messires  Loeys  de  Navarre  s'es- 
toit  retrais.  Pour  chou  traitièrent  il  au  duc  de  Bourgoingne  que 
de  rendre  le  Charitë ,  sauve  leurs  corps  et  leurs  biens.  Li  dus  ne 
s'i  volloit  assentir  s'il  ne  se  rendoient  simplement,  et  segnefia  le 
traitiet  au  roy  de  Franche,  assavoir  qu'il  en  volloit  dire  et  faire. 
F«  134. 

P.  145, 1.  3  :  Moriel.  —Ms.jdi^:  Moreau.  F*. 277. 

P.  145,  1.  23  :  lances.  —  Le  ms,  j4  i^  ajoute  :  tous. 

P.  146f  1. 10  :  deux  mil.  ^  Ms.  A  15  :  trois  miL 

VI— 21 


3Î2  CHRONIQUES  DE  J.  FROISSART.  [1364] 

P.  IW,  1.  15  :  prendre  priés.  —  Mis.  ^^  8,  15  à  17  :  pener. 
P  253  V*. 

P.  146, 1.  t7  :  ces.  —  Le  ms.  A  il  ajoute  :  bons.  F<»  317. 

P.  146, 1.  28  :  besongne.  —  Mss.  ^  8,  15  à  17  :  besoiag.  — 
Ms.  Â  7  :  besoigne. 

JJ  829.  On  Yoet.  —  Mt.  et  Amiens  :  Or  estoit  adonc  en  Fran«- 
che  et  dalles  le  roy  messires  Charles  de  Blois,  qui  [a voit  relevet 
le  ducë  de  Bretaingne  et  fait  ent  hoummaige  au  roy,  et  requeroit 
et  prioit  au  roy  et  à  son  consseil  qu'il  fuist  aidiez  et  confortes  de 
gens  d'armes  à  rencontre  dou  jonne  comte  de  Montfort,  qui  li 
faisoit  grant  guerre  en  Bretaingne  et  seoit  devant  le  bon  et  le  bel 
castiel  d'Auroy,  à  grant  fuisson  de  gens  d'armes,  englès  et  bretons. 
Et  par  raison  bien  estoit  li  roys  de  Franche  tenus  de  lui  aidier, 
ens  ou  kas  qu'il  le  tenoit  en  foy  et  en  hoummaige  de  lui.  Et  ossi 
jadis  li  roys  Phelippes ,  ses  tayons ,  et  li  roys  Jehans ,  ses  pères , 
li  avoient  toudis  aidiet  à  faire  sa  guerre.  Dont  li  roys  Caries  eut 
consseil  et  vollentë  que  d'aidier  monsigneur  Carie  de  Blois ,  son 
cousin,  qui  bellement  l'en  prioit  et  requeroit,  et  li  dist  qu'il  se 
traisist  en  son  pays  de  Bretaingne  et  semonsist  et  assamblast  tous 
les  barons  et  chevaliers  de  Bretaingne,  car  temprement  il  li  en- 
voieroit  grant  fuison  de  gens  d'armes  pour  estre  fors  assës  contre 
le  comte  de  Montfort.  Si  se  parti  messires  Caries  de  Blois  dou  dit 
roy  et  s'en  vint  à  Nantes ,  et  fist  là  son  mandement  de  tous  les 
barons  et  les  chevaliers  de  Bretaingne  dont  il  avoit  l'amour  et 
l'acord.  Entroes  seoit  on  devant  le  Carité  sus  Loire,  siques,  pour 
monseigneur  Carlon  de  Blois  aidier  et  comforter  de  gens  d'armes, 
li  roys  laissa  passer  che  tretiet  de  le  Charité.  Et  s'en  partirent 
chil  qui  dedens  estoient,  sans  dammaige  de  leurs  corps  et  de  leurs 
biens,  et  se  deffist  li  sièges,  et  s'en  revint  li  dus  de  Bourgoîngne 
deviers  le  roy,  F*  134. 

P.  147,  1.  1  :  voet.  —  Ms.  B  ^  :  peut.  F»  266  V.  —  Ms.Bk  : 
veult.  F»  253.  —  Mss.  A  :  vouloit. 

P.  147,  1.  5  :  apressés.  —  Mss.  A  ifi  à  AT  :  oppressez. 
F*  317. 

P.  147,  1.  5  :  rivière.  —  Le  ms.  A  il  ajoute  :  en  tèle  ma- 
nière. 

P.  147,  1.  10  :  dou  roy,  —  Le  ms.  A  il  ajoute  :  de  Navarre. 

P.  147,  1.  24  :  Navare.  -^  Le  ms.  A  il  ajoute  :  point. 

P.  147,  1.  25  :  li  dus.  —  Le  ms.  A  il  ajoute  :  de  Bourgongne. 


[1364]      VARIANTES  DU  PREMIER  LIVRE,  §  830.  323 

§  ttSO.  Li  rois  de  France.  — •  Ms.  éC Amiens  :  Adonc  ordoun- 
na  li  roys  [de  Franche]  que  messires  Bertrans  de  Claiequin  s'en 
alla[st]  en  Bretaingne  à  tout  une  grant  armée  de  corabatans,  et 
aidast  monseigneur  Carlon  de  Blois  à  lever  le  siège  de  devant 
Auroy  et  à  reconcquerre  le  pays  que  li  comtes  de  Montfort 
tenoit.  Che  voiaige  emprist  li  dis  messires  Bertrans  moult  vollen- 
tiers,  et  se  traist  deviers  Bretaingne  au  plus  tost  qu'il  peult,  à 
grant  fuisson  de  gens  d'armes  de  Franche ,  de  Normendie  et  de 
Pikardie.  Ces  nouvelles  vinrent  en  l'ost  le  comte  de  Montfort, 
que  messires  Caries  de  Blois  faisoit  un  grant  amas  de  gens  d'ar- 
mes et  en  menoit  grant  fuison  de  Franche,  que  li  roys  li  envoieoit 
et  desquels  messires  Bertrans  de  Claiequin  et  li  comtes  d'Auchoire 
et  li  comtes  de  Joni  estoient  chief. 

Si  tost  que  li  comtes  de  Montfort  entendi  ces  nouvelles,  il  les 
senefia  fiablement  en  la  ducë  d'Acquitainne,  especiaiment  devers 
monsigneur  Jehan  Gambdos,  en  li  priant  chierement  que  à  ce 
grant  besoing  il  le  vosist  venir  comforter  et  conssillier,  et  qu'il 
apparoit  en  Bretaingne  uns  biaux  fais  d'armes  auquel  tout  si- 
gneur,  chevalier  et  escuier,  pour  leur  honneur  avanchier,  dé- 
voient voUentiers  entendre.  Quant  messires  Jehans  Camdos  se  vit 
priiës  si  affectueusement  d<9u  comte  de  Montfort ,  si  s'avisa  qu'il 
ne  li  faudroit  mie  et  que  ce  seroit  bien  li  acors  et  li  voUentës  dou 
roy  d'Engleterre  et  dou  prinche  de  Galles,  ses  seigneurs,  qui  ont 
toudis  fait  partie  pour  le  dit  comte  à  l'encontre  de  monseigneur 
Carie  de  Blois  et  des  Franchois.  Si  se  pourvey  messire  Jehans 
Cambdos  bien  et  grandement,  et  queilla  tous  les  compaignons 
qu'il  peut  avoir,  Englès  et  autres ,  et  vint  en  Bretaingne  devant 
Auroy  à  plus  de  trois  cens  combatans.  D'autre  part,  revint  mes- 
sires Ustasses  d'Aubrecicourt,  qui  en  estoit  ossi  priiës,  ad  ce  qu'il 
peut  avoir  de  gens.  Et  ossi  revint  messires  Gantiers  Hués  en 
ï'ayde  dou  comte  de  Montfort.  Si  vinrent  pluisseur  autre  cheva- 
lier et  escuier  englès,  qui  tiroient  et  desiroient  leurs  corps  à 
avancier  et  à  yaulx  combattre  as  Franchois  ;  car  il  estoient  povre 
et  avoienl  tout  despendut.  Si  en  vint  plus  de  cinq  cens ,  sus  le 
fianche  de  ce  que  on  se  combateroit ,  et  se  présentèrent  ou  ser- 
vice le  comte  de  Montfort,  de  bonne  vollentë,  qui  les  rechupt 
liement  et  vit  moût  voUentiers.  Et  ossi  li  revenoient  tous  les  jours 
gens  d'Angleterre,  où  li  dis  comtes  avoit  envoiiet  ses  messaiges 
et  estendus  ses  priières.  Quant  Englès  et  Breton  en  Ï'ayde  dou 
comte  de  Montfort  furent  tout  assamblet ,  il  estoient  bien  seize 


324  CHRONIQUES  DE  J.  FROISSART.  [1364] 

cens  combatans  et  sept  cens  archîers,  sans  l'autre  ribaadaille  qui 
▼ont  à  piet  entre  les  batailles  et  qui  ochient  chiaux  que  les  gens 
d'armes  abatent.  P  134. 

P.  148,  1.  19  :  Normendîe.  —  Le  ms.  A  il  ajoute  :  contre 
Anglois  et  Navarois.  F«  317  v«, 

P.  148,  1.  20  :  et.  —  Mss.  ^  6,  8.  15  «  17  ;  à.  P»  Î54. 

P.  148,  1.  23  :  moult.  —  Mt.  A,  8  :  grandement.  —  Ms.  A 
15  ajoiue  :  grandement.  —  Ms.  A  il  :  tout. 

P.  148,  i.  24  :  son.  —  Le  ms.  A  il  ajoute  :  vray  et. 

P.  148,  1.  25  :  Bretons.  —  Mss.  A  :  gens. 

P.  148,  1.  26  :  devers.— 'Ztf  ms.  Ail  ajoute  :  la  bonne  ville  de. 

P.  148,  1.  29  :  frontière.  -^  Ms.  A  %  :  siège.  F»  254. 

P.  149,  L  4  :  venus.  —  Le  ms.  A  il  ajoute  :  à  son  aide. 

P.  149,  l.  6  :  li  grigneur. — Mss.  A  S^  i^  à  il  :  la.  meilleur. 

P.  149,  1.  7  :  tout.  —  Mss.  AS.i^àil:  en. 

P.  149,  1.  9  :  pour.  —  Ms.  A  il  :  ordonnèrent. 

P.  149,  1.  11  :  Montfort.  —  Les  mss.  ^  15  à  17  ajoutent:  qui 
se  tenoit  devant. 

P.  149,  1.  11  :  ne  demorèrent  Ions  jours.  —  Mss,  ^  8,  15  a 
17  :  ne  demoura  guerres.  F»  254. 

P.  I(i9,  1.  13  :  d'Auçoirre.  —  Le  ms,  B  6  ajoute  :  qui  pour 
che  tamps  estoit  en  grant  fleur.  F*  637. 

P.  149,  1.  13  :  Joni,  —  Mss.  A  i^  à  il  :  Joingny. 

P.  149,  1.  14  :  FriauviUe.  ---  Ms.  A  S  :  FreauviUe.  —  Ms.  A 
15  ;  Frainvflle. 

P.  149,  l.  21  :  rayde.  —  Ms.  A  il  :  le  grant  aide. 

P.  149,  1.  22  :  des.  —  Le  ms.  A  il  ajoute  :  grans. 

P.  149,  1.  29  :  apparoit.  —  Mss.  A  6,  S,  i^  à  il  :  esperoit. 
F«  254. 

P.  150,  1.  6  :  l'ocquison.  —  Ms.  A  7  :  l'occoison.  F«  256.  — 
Mss.  A  S,i^àil  :  l'occasion.  F»  254  v*. 

P.  150.  1.  10  et  11  :  d'Acquitainnes.  —  Le  ms.  A  il  ajoute  : 
moult  amiablement. 

P.  150,  1,  13  :  otant.  —  Ms.  A  il  :  quatre  cens. 

P.  150,  1.  21  et  22  :  compagnie.  —  Le  ms.  £  6  ajoute  :  Sy  i 
vinrent  messire  Robert  Canolle  en  grant  compaignie,  ossy  Hues 
de  Cavrelée,  messire  Gautier  Hues,  messire  Mahieu  de  Gournay, 
messire  Jehan  le  Boursier,  messire  Symon  Burlé  et  pluiseurs 
aultres,  et  s'en  vinrent  tout  au  siège  devant  Auroy,  et  tous  les 
jours  leur  croissoicnt  gens.  F*  638. 


[1364]      VARIANTES  DU  PREMIER  LIVRE,  §  53i.  325 

P;  150,  1,  27  à  30  :  Si  estoient....  arciers.  —  il/j.  B  6  :  et  tant 
que  il  (les  partisans  de  Charles  de  Blois)  estoient  bien  dix  huit 
cens  lanches  de  très  bonnes  gens ,  et  le  conte  de  Montfort  en 
avoit  bien  onze  cens  lanches.  F"  639. 

P.  150,  1.  28  :  combatans.  —  Mss.  J  ib  à  il  :  lances. 

§  531.  Nous  revenrons.  —  Ms,  if  Amiens  :  Or  revenrdns  à 
monsigneur  Garlon  de  Blois  qui  se  tenoit  en  le  bonne  cité  de 
Nantes,  et  faisoit  son  amas  et  sen  assamblëe  de  chevaliers  et  d'es- 
cuiers  de  tous  les  là  où  il  les  pooit  avoir,  car  bien  avoit  oy  re- 
corder que  li  comtes  de  Montfort  estoit  durement  fors  et  bien 
comfortës  d'Englès.  Si  prioit  les  barons,  les  chevaliers  et  les  es- 
cuiers  de  Bretaingne,  dont  il  avoit  euv  et  recheu  les  hoummaiges, 
qu'il  li  volsissent  aidier  à  deffendre  et  garder  son  hiretaige  contre 
ses  ennemis.  Si  vinrent  des  barons  de  Bretaingne,  pour  lui  servir 
et  à  son  mandement  :  li  viscomtez  de  Rohen,  li  sirez  de  Lyon,  nies- 
sires  Caries  de  Dignant ,  li  sires  de  Rays ,  li  sires  de  Rieus,  li  sires 
de  Toumemine,  li  sires  de  Malatrait,  li  sires  de  Rochefort,  li  sires 
d'Ansenis,  li  sires  de  Gargoulë,  li  sires  de  Lohiac,  li  sires  d'Avau- 
gor  et  li  sires  de  Qui[n]tin.  Tout  chil  baron  de  Bretaigne  estoient 
avoecq  monsigneur  Carlon  de  Blois ,  et  le  tenoient  à  duc  et  à 
seigneur  de  par  medamme  se  femme,  et  li  avoient  tout  fait  fealté 
et  hoummaige.  Encorres  y  avoit  grant  fuisson  de  chevaliers  ba- 
chelers  et  d'escuiers,  qui  estoient  là  venu  pour  servir  leur  sei- 
gneur et  leurs  cors  advanchier.  Si  se  logièrent  tout  ehil  seigneur 
à  Nantez.  Assés  tost  apriès,  vint  messires  Bertrans  de  Claiequin, 
li  comtez  d'Auchoire,  li  comtes  de  Joni,  li  sires  de  Prie  et  grant 
fuison  de  bons  chevaliers  et  escuiers  de  Franche.  Et  estoient*  plus 
de  mil  combatans ,  toutte  gens  d'eslite,  lesquels  messires  Caries 
de  Blois  vit  très  voUentiers,  et  les  rechupt  liement,  et  conjoy 
grandement  messire  Bertran  de  Claiequin  et  les  corps  des  sei- 
gneurs. 

Quant  les  hos  et  les  gens  monsigneur  Carlon  de  Blois  furent 
touttes  assamblëes ,  il  ne  veurent  point  faire  trop  lointaing  séjour 
à  Nantes  ne  illuecq  environ  ;  mes  prisent  congiet  à  madamme  la 
femme  monsigneur  Carlon  de  Blois,  qui  leur  donna  liement  et  dist 
à  son  marit,  présent  les  barons  de  Bretaigne  :  «  Monsigneur, 
vous  allés  deffendre  et  garder  mon  hiretaige  et  le  vostre ,  car  ce 
qui  est  mien  est  vostre ,  lequel  messires  Jehans  de  Montfort  nous 
empèce  et  a  empechiet  ung  grant  temps  à  tort  et  sans  cause,  che 


3M  CHRONIQUES  DE  J.  FROISSART.  [1364] 

scet  Dieux  et  11  baron  de  Bretaingne  qui  diy  sont ,  coumment  j'en 
sui  droiturière  hiretière.  Si  vous  pri  chierement  que,  sus  nulle 
composition  ne  tretiet  d'acort,  ne  voeiiliës  descendre  que  li  corps 
de  la  duchë  ne  nous  demeure.  »  Et  li  chevaliers  messires  €arles 
de  Blois  li  eut  en  couvent  que  ossi  ne  feroit  il.  Adonc  le  baisa  il 
et  prist  congiet,  et  le  damme  moult  bellement  li  donna  congiet 
et  à  tous  les  barons  de  Bretaingne  ossi,  l'un  après  l'autre.  Si  se 
départirent  de  Nantes  et  de  là  environ  touttes  mannierres  de  gens, 
et  prissent  le  chemin  de  Rennes.  Tant  s*esploita  li  hos  monsei- 
gneur Charlon  de  Blois  qu'il  vinrent  à  Renues,  et  là  se  reposè- 
rent et  rafreschirent  deus  jours.  F»  134  v«. 

P.  151,  1. 1  :  revenrons.  —  Mss,  A  6,  8,  15  à  17  ;  retour- 
nerons. 

P.  151,  1.  10  :  son,  —  Les  mss,  ^  15  à  17  ajoutent:  droit. 

P.  151,  1. 15  :  Malatrait.  —  Mss.  ^  15  à  17  ;  Malestroit. 
P279. 

P.  151,  1. 16  :  li  sires  de  Rocefort.  —  Ms,  A  15 .'  monseigneur 
de  Loheac. 

P.  151,  1.  17  :  Gargoulë.  —  Mss.  ^  15  à  17  :  Gargolay. 

P.  151,  1.  17  :  dou  Pont.  —  Ms.  ^  15  ;  le  seigneur  de  Viet- 
pont.  ^  Le  ms,  A  M  ajoute  :  monseigneur  Olivier  de  Mauny. 
F*  318  v«. 

P.  151|  1.  18  :  d'aultres.  —  Le  ms.  A  M  ajoute  :  bons  che- 
valiers. 

P.  151,  1.  21  :  vingt  cinq  cens  lances.  —  Ms,  B  %  :  neuf  cens 
lanches  et  cinq  cens  archiers  et  mille  hommes  de  piet  parmy  les 
pillars.  F»  640. 

P.  151,  1.  23  :  lontain.  —  Mss.  A  :  long. 

P.  151,  1.  30  :  hiretage.  —  Le  ms.  A  M  ajoute  :  de  Bre- 
taingne. 

P.  152,  1.  3  et  4  :  sus  nulle....  descendre.  —  Ms,  A  *!  :  h. 
nulle....  descendre.  F«  256  v«.  —  Mss.  A  G^  S  :  nulle....  faire 
ne  descendre.  F»  254  v«.  —  Mss.  A  m  à  il  :  faire  ne  con- 
descendre. 

P.  152,  1.  5  :  à\xcé.  —  Le  ms.  A  8  ajoute  :  de  Bretaingne. 
F»255. 

P.  152,  1.  6  :  couvent.  —  Mss.  -^  8,  15  <i  17  ;  convenant. 

P.  152,  1.  6  à  14  :  Adonc  se  parti....  ennemis.  —  Ms.  B  %  : 
Che  samedy  se  partirent  de  le  ville  de  Dignant  en  Bretaigne  mes- 
sire  Gharle  de  Blois  et  sa  route ,  et  chevauchèrent  vers  Auroy  et 


[1364]      VARIANTES  DU  PREMIER  LIVRE,  §  832.  327 

se  vinrent  logier  as  plains  camps  de  haulte  uonne  à  une  pedtte 
lieuwe  d'Auroy  et  de  leurs  ennemis.  F*  640. 

P.  152,  1.  11  :  Rennes.  —  Mss.  ^  I  à  6,  11  à  14,  18  à  22  : 
Vernies. 
P.  152,  l.  13  :  couvenant.  —  Mss,  ^  8,  15  à  18  :  couvine, 
P.  152,  1.  14  :  ennemis.  —  Les  mss.  J  M  à  \k  ajoutent  :  et 
aviser  aucun  lieu  souffisant  pour  combatre  leurs  ennemis,  ou  cas 
qu  ilz  trouveroient  tant  ne  quant  de  leur  avantage  sur  eulx.  Et 
là  furent  dites  et  pourparlées  pluseurs  paroles  et  langages,  à  cause 
de  ce ,  des  chevaliers  et  escuiers  de  France  et  de  Bretaigne  qui 
là  estoient  venus  pour  aidîer  et  conforter  messire  Charles  de 
Blois  qui  estoit  moult  doulz  et  moult  courtois,  et  qui  par  adven- 
ture  se  feust  voulentiers  condescendu  à  paix  et  eust  este  content 
d'une  partie  de  Bretaigne  à  peu  de  plait.  Mais ,  en  nom  Dieu , 
il  estoit  si  boutez  de  sa  femme  et  des  chevaliers  de  son  coustë, 
qu  il  ne  s'en  povoit  retraire  ne  dissimuler. 

§  832.  Entre  Rennes.  —  Ms.  d'Amiens  :  Entre  Rennes  et 
Auroi,  où  li  sièges  des  Englès  estoit,  a  huit  lieuwes.  Les  nouvelles 
en  Tost  englesce  vinrent  que  messire  Caries  de  Blois  aprochoit 
durement  et  amenoit  droite  fleur  de  gens  d'armes,  et  estoient 
bien  vingt  cinq  cens  lanches ,  chevaliers  et  escuiers ,  et  plus  de 
trois  mil  d'autres  gens  à  mannierre  de  bringans.  Si  tost  que  ces 
nouvelles  furent  venues  en  l'ost ,  elles  s'espardirent  partout.  Si 
coummenchièrent  chil  compaignon  à  remettre  leurs  armures  à 
point  et  à  reparer  et  ordounner  tout  leur  harnas,  car  bien  savoient 
qu'il  se  combateroient,  et  li  pluisseur  ossi  en  avoient  grant  désir. 
Adonc  se  traissent  à  consseil  les  cappittainnes  de  l'host  :  li  comtes 
de  Montfort  premièrement,  messires  Jehans  Camdos,  j^r  qui  tout 
s'ordonnoit,  messires  Robers  Canolles ,  messires  Oliviers  de  Cli- 
chon,  messires  listasses  d' Aubrecicourt ,  messires  Gantiers  Huet 
et  messires  Hues  de  Cavrelée.  Si  regardèrent  chil  chevalier,  par 
le  consseil  et  avis  li  uns  de  l'autre,  qu'il  se  trairoient  au  matin 
hors  de  leurs  logeis  et  prenderoient  tierre  et  place  sour  les  camps, 
et  Taviseroient  de  tous  asens ,  pour  mieux  avoir  ent  le  connis- 
sanche.  Si  fu  enssi  segneGiet  parmy  leur  host  que  chacun  fust 
à  l'endemain  appareilliës  et  mis  en  aroy,  si  comme  pour  com- 
battre. Ceste  nuit  passa.  L'endemain  vint,  qui  fu  par  un  samedi, 
que  Englès  et  Bretons  yssirent  hors  de  leurs  logeis  et  s'en  vinrent 
moult  faiticement  et  moult  ordonneement  enssus  dou  castel ,  et 


328  CHRONIQUES  DE  J.  FROISSART.  [1364] 

prissent  place  et  terre,  et  dissent  que  là  atenderoient  il  leurs 
ennemis.  Droitement  enssi  que  environ  primme  ^  messires  Caries 
de  Blois  et  toutte  sen  host  vinrent,  qui  s'estoient  parti  le  venredi 
de  le  cite  de  Rennes ,  et  avoient  celle  nuit  jut  à  troix  lieuwes 
pries  d'Auroi.  Si  estoient  les  gens  monsigneur  Charlon  de  Blois 
le  mieux  ordounné  et  le  plus  faiticement  que  on  peuist  veoir  ne 
deviser,  et  chévauchoient  ossi  serré  que  on  ne  pewist  jetter  ung 
estuef  qu'il  ne  cheist  sus  pointe  de  glave  ou  sur  bachinet.  El 
venoient  en  cel  estât  tout  le  pas,  chacuns  sires  avoecq  ses  gens 
et  desoubz  se  bannierre.  Si  trestost  qu'il  virent  les  gens  le  comte 
de  Montfort,  il  s'arestèrent  tout  quoy  et  regardèrent  et  advisèrent 
terre  et  place  à  l'avantage,  pour  yaux  traire.  Si  se  missent  de  ce 
costë,  le  visaige  viers  les  ennemis  et  tout  à  piet,  car  il  veoient 
ossi  leurs  ennemis  en  tel  estât,  et  ordonnèrent  leurs  batailles  li 
UBg  et  li  autre,  enssi  que  pour  tantost  combattre.  F^  134  v«  et 
435. 

P.  1S2,  1.  15  :  Rennes.  —  Mss.  j4  i  à  6,  ii  à  14,  18  à  22  : 
Venues. 

P.  152,  1.  22  :  joiant.  —  Mss.  A  :  joyeux. 

P.  152,  1.  30  :  conseil.  ^  Le  ms.  J  il  ajoute  :  les  Anglois  et 
Bretons  et  aussi  le  dit  conte. 

P.  153,  1. 1  :  Cavrelée.  —  Mss.  Ai^àil  :  Carvalay. 

P.  153,  1.  2  :  Hués.  —  Ms.  A  17  :  de  Manny. 

P.  153,  1.  8  :  avoir  ent.  —  Mss.  ^  8,  15  a  17  .*  en  avoir. 

P.  153,  1. 14  :  logeis.  —  Mss,  A  6,  8,  15  à  17  ;  boys.  F»  255. 

P.  153,  1.  15  :  ensus.  —  Mss.  A  6,  8,  15  à  17  ;  arrière.    . 

P.  153,  1.  18  :  que  entours.   —  Mss.  A  VS  à  il  :  comme  à. 

P.  153, 1.  22  :  [d'Auroy].  —  iiff.  Jî  1,  /.  II,  /^  195  V  ;  d'yaus. 
Mauvaise  leçon. 

P.  153,  1.  24  :  convenant.  —  Mss.  A  S^  15  à  17  ;  couvine. 

P.  153,  1.  26  :  estuef.  «^  Les  mss.  A  ajoutent  :  entre  eulz. 
F» 257. 

P.  153,  1.  30  et  31  :  desroyer.  —  Mss.  A  S^  17  .•  desreer. 

P.  154,  1.  4  :  convenant.  —  Mss.  ^  8,  15  à  17  .*  couvine. 

§  855.  Messires.  ^^Ms,  (£ Amiens  :  Messires  Caries  de  Blois, 
par  le  consseil  de  monseigneur  Bertran  de  Claiequin,  qui  estoit  là 
ungs  grans  chiës  et  moût  crëus  et  aloses  des  barons  de  Bretaingne, 
ordounna  ses  batailles  e^  en  fist  troix  et  une  arieregarde.  Si  me 
samble  que  messires  Bertrans  eult  la  première,  avoecq  grant  fiiison 


[13641      VARIANTES  DU  PREMIER  LIVRE,  g  î^34.         829 

de  bons  chevaliers  et  escuiers  de  Bretaingne.  La  seconde  eut  lî 
comtes  d'Auçoire,  li  comtes  de  Joni,  avoecq  grant  faison  de  bons 
chevaliers  et  escuiers  de  Franche.  La  tierce  eut  messires  Cariez 
de  Blois,  avoecq  pluisseurs  taux  barons  de  Bretaingne,  le  vis- 
comte  de  Rohem ,  le  seigneur  de  Lion ,  monseigneur  Carie  de 
Dînant  et  des  autres  qui  se  teuoient  dallés  lui.  En  Farieregarde 
estoient  li  sires  de  Rais,  li  sires  d'Avaugor,  li  sires  dou  Pont  et 
li  sirez  de  Toumemine.  Si  avoit  en  chacune  bataille  bien  mil 
combatans.  Là  alloit  messires  Caries  de  Blois,  de  bataille  en  ba- 
taille, priier  et  amonester  chacun  moult  bellement  qu  ils  volsissent 
y  estre  loyal  et  preudomme  et  bon  combatant,  et  retenoit  que 
c'estoit  sus  son  droit  qu'il  se  combatoient.  Si  liement  et  si  douce- 
ment les  prioit  et  amonestoit ,  que  chacuns  en  estoit  tous  recom- 
fortes.  Et  li  disoient  de  grant  voUentë  :  «  Monseigneur,  ne  vous 
doutés,  car  nous  demorrons  dallés  vous.  »  Or  vous  parlerons  dou 
convenant  des  Englès  et  des  Bretons ^de  l'autre  costet,  et  com- 
ment il  ordonnèrent  leurs  batailles.  P*  i85. 

P.  i54,  1.  8  :  chiés.  —  Ms,  A  Vt  :  capitaine. 

P.  154,  1.  8  :  aloses.  —  Ifw.  urf  6,  8,  45  i  17  ;  louez. 

P.  154,  1.  15  :  grigneur.  —  Mss,  ^  8,  15  à  17  :  meilleur. 

P.  154, 1.  19  :  Malatrait.  —  Le  ms,  ^15  ajoute  :  monseigneur 
de  Tournemine.  F»  ^0. 

P.  154,  1.  20  :  aultre.  — Le  ms,  J  M  ajoute  :  barons,  cheva- 
liers et  escuiers  que  je  ne  sçay  pas  touz  nommer. 

P.  154,  1.  21  :  Rieus.  «^  Le  ms,  ^15  ajoute  :  le  sire  de 
Quintin,  le  sire  de  Combour,  le  seigneur  de  Rochefort  et  plusieurs 
autres.  F»  280. 

P.  154,  1.  27  :  retenoit.  —  Ms.  A  M  :  prenoit. 

P.  1 54,  1.  30  :  avoient  tout  en  couvent.  —  Ms.  A  %  :  avoîent 
promis.  —  Mss.  ^  15  à  17  ;  promistrent. 

9  854.  Messires  Jehans.  —  Ms.  d^  Amiens  :  Messires  Jehans 
Camdos,  qui  estoit  cappitainnes  et  regars  et  souverains  dessus 
yaux  tous ,  quoyque  li  cômtez  de  Montfort  en  fuist  chiés ,  car  li 
roys  englès  li  avoit  enssi  escript  et  mandet  que  souverainnement 
il  entendesist  à  son  fil  le  comte  de  Montfort,  prisoit  durement  en 
coer  et  à  ses  gens  ossi  Tordounnance  et  l'aroy  des  Franchois ,  et 
veoit  bien,  se  combattre  les  couvenoit,  enssi  qu  il  esperoit  bien 
que  che  feroit,  qu'il  ne  l'aroient  mies  d'avantaige.  Et  disoit  enssi 
messires  Jehans  Camdos  que  oncques  en  sa  vie  il  n'avoit  veu  gens 


330  CHRONIQUES  DE  J.  FROISSART.  [1364] 

mieux  ares ,  ne  en  si  coavignable  oouvenant  que  li  Franchois  es- 
toient.  Si  se  vot  ordounner  seloncq  chou  et  fist  trois  batailles  et 
une  arîeregarde,  et  mist  en  le  premierre  monseigneur  Robert 
Canolle,  monseigneur  Gautier  Huet  et  monseigneur  Richart  Rurlë; 
en  le  seconde,  monseigneur  Olivier  de  Clichon,  monseigneur  Ma-> 
hieu  de  Goumay  et  monseigneur  Ustasse  d'Aubrecicourt.  La 
tierce,  il  ordounna  au  comte  de  Montfort,  et  demoura  dalles  lui. 
Et  avoit  en  chacune  bataille  cinq  cens  hommes  d'armes  et  trois 
cens  archiers. 

Quant  ce  vint  sus  rarrierregarde ,  il  appella  monseigneur  Hue 
de  Cavrelëe  et  li  dist  ensi  :  a  Messire  Hues ,  vous  ferës  Tar- 
rieregarde  et  ares  cinq  cens  combatans  ,^  et  vous  tenrës  sus  elle 
et  recomforterës  nos  batailles  là  où  vous  les  verres  branler  : 
et  ne  vous  partirés  ne  bougerez  de  vostre  establissement  pour 
cose  qui  aviegne,  s'il  ne  besoingoe,  fors  en  Testât  que  je  vous 
ai  dit.  »  Quant  li  chevaliers  entendi  messire  Jehan  Camdos,  si  fu 
mont  courouchiës  et  respondi  en  tel  manière  :  »  Sire,  sire,  bailliës 
ceste  arrieregarde  à  ung  autre  c'a  moy,  car  je  ne  m'en  quier  ja 
à  ensonniier  ;  mes  en  quelle  manierre  m'avës  vous  desveu  que  je 
ne  soie  ossi  bien  tailliës  de  moy  combattre  tout  devant  et  des 
premiers  ossi  bien  c'uns  autres?»  Dont  respondi  messires  Jehans 
Camdos  moult  aviseement  et  dist  :  ce  Messire  Hue,  messire  Hue, 
je  ne  vous  estaublis  mie  en  l'arrieregarde  pour  cose  que  vous  ne 
soiiës  ossi  bons  chevaliers  et  ossi  seurs  que  nulx  qui  soit  sour  le 
place.  Et  say  bien  que  très  vollentiers  vous  vos  combateriës  des 
premiers  ;  mes  je  vous  y  ordounne  pour  tant  que  vous  estez  ungs 
sages  et  avises  chevaliers ,  et  se  convient  que  li  ungs  y  soit  et  le 
face.  Si  vous  pri  chierement  que  vous  le  voeilliës  faire,  et  je  vous 
ay  en  couvent,  se  vous  le  faittez ,  nous  en  vaurons  mieux  et  y 
acquerrons  haute  honneur.  Et  le  première  priière  et  requeste, 
quelle  qu'elle  soit ,  je  le  vous  acorderay.  »  Encorres  s'escuza  li 
chevaliers  et  dist  :  a  Sire,  ordounnës  y  ung  autre,  car  je  me  voeil 
combattre  tout  des  premiers.  »  De  ceste  responsce  fu  messires 
Jehans  Camdos  moult  courouchiës,  et  le  reprist  et  dist  :  «  Messire 
Hue,  or  regardes  et  eslisiës.  Ou  il  convient  que  vous  y  allës  et  le 
fachiës,  ou  il  convient  que  je  y  voise  et  le  fâche.  Et  par  ma  teste, 
se  je  ne  quidoie  que  honneurs  et  prouflis  ne  nous  en  deuist 
venir  de  vous  plus  que  d'un  aultre,  je  ne  vous  en  requerroie  ja.  » 
Quant  messire  Hue  de  Cavrelëe  se  vit  si  constrains  et  apressës 
de  monsigneur  Jeban  Camdos,  si  ne  l'oza  courouchier  ne  plus  es- 


[1364]      VARIANTES  DU  FRETER  LIVRE,  $  53S.         331 

condire,  et  dist  :  ce  Sire,  sire,  ce  soit  ou  nom  de  Dieu  et  de  saint 
Jorge,  et  je  Temprench  volontiers.  »  Dont  prist  messires  Hues  de 
Cavrelëe  ceste  bataille,  et  se  traist  tout  enssus  des  autres  sus  elle 
et  se  mist  en  bonne  ordounnanche.  F<*  135. 

P.  1S5|  1.  5  :  quoique.  —  Ms,  A  17  :  non  contrestant  que 

il.  —  Ms.  ^  17  :  le  comte  de  Montfort. 
:  aucuns.  — •  Les  mss,  A  8,  1 5  à  17  ajoutem  : 

* 
:  convenant.  —  Ms,  A  iH  :  couvine. 
:  hui.'—  Ms,  A  il  :  aujourd'ui. 
:  entente.  —  Mss.  A  i  d  6^  8,  15  à  17  ;  en- 

:  Richart  Burlë.  —  Ms.  A  il  :  Thomas  Brulë. 

trois  cens.  —  Ms.  A  il  :  quatre  cens. 

Cavrelëe.  *-  Ms^  A  iti  à  il  :  Garvallay. 

cinq  cens.  —  Ms.  B  t  :  trois  mille.  F*  644. 

vo.  —  Mss.  A  :  vostre. 

:  besongne.  —  Mss,  A  %^  i^  à  il  :  besoing. 
P.  156,  1.  10  :  ouvrent.  — Mss.  ^  8,  15  «s  17  ;  euvrent. 
P.  156,  1.  17  et  18  :  ensonniier^  —  Mss.  ^  8,  15  «z  17  ;  em- 


F»  320. 

P. 

IS»,  1. 

9: 

P. 

155,1. 

11 

bons 

P. 

155,  1. 

13 

P. 

155,  1. 

15 

P. 

155,  1. 

83 

tencion. 

P. 

155,  1. 

30 

P  SiO  v». 

P. 

156,  1. 

4: 

P. 

156,  1. 

6: 

P. 

156,  1. 

7  : 

P. 

156,  I. 

8: 

P. 

156,  1. 

10 

P.  156,  1. 18  :  chiers.  —  Mss.  ^  15  à  17  .•  beau. 

P.  156,  1.  19  :  estât.  ^-  Le  ms.  A  il  ajoute  :  ne  en  quel  lieu 
ou  place.  F>  321. 

P,  156,  1.  19  :  desveu.  —  Jlf5,  A  IT;  veu  deffaillir. 

P.  156,  1.  25  :  bons.  —  Ms.  A  il  :  meilleurs. 

P.  156,  1.  29  :  li  uns.  ^  Les  mss.  A  il^  à  il  ajoutent  :  de 
nous  deux. 

P.  157,  l.  8  :  ces.  —  Les  mss.  AS^  15  à  17  ajoutent  :  nou- 
velles. 

S  tfStt.  Enssi.  —  Ms.  tT Amiens  :  Ensi  ce  samedi  au  matin,  qui 
fu  le  huitime  jour  dou  mois  d'octembre  l'an  mil  trois  cens  soissante 
quatre ,  furent  ces  batailles  ordounnées  Tune  devant  l'autre ,  en 
ung  biau  plain,  assés  pries  d'Auroy  en  Bretaingne.  Si  vous  di  que 
c'estoit  moult  belle  cose  à  veoir  et  à  comsiderer,  car  on  y  veoit 
bannières,  pennons  parés  et  armoiiës  moult  ricement  de  tous 
costës.  Et  par  especial  li  Franchois  estoient  si  faiticement  et  si 


332  CHRONIQUES  DE  J.  FROISSART.  [1364] 

souffisamment  ordonna,  que  c'estoit  ungs  grans  déduis  dou  re- 
garder. 

Or  vous  di  que ,  entroes  qu'il  ordonnoient  et  advisoient  leurs 
batailles  et  leurs  besoingnes,  li  sires  de  Biaumanoir,  ungs  grans 
barons  et  rices  de  Bretaingne,  aloit  de  l'un  à  Tautre,  traitant  et 
pourparlant  de  le  pais,  car  vollentiers  l'i  euîst  veut,  s'il  pewist,  et 
s'en  ensonnioit  en  bonne  manière.  Et  le  laissoient  li  Englès  et  li 
Breton  de  Montfort  aller  et  venir  et  parlementer  à  monseigneur 
Jehan  Camdos  et  au  comte  de  Montfort,  pour  tant  qu'il  estoit  pn- 
sounniers  par  deviers  y  aux  et  qu'il  ne  se  pooit  armer.  Si  mist,  che 
samedi,  maint  pourpos  et  tamainte  parchon  avant,  pour  venir  à 
pès,  mes  nulle  ne  s'en  fist.  Et  tint  les  batailles  en  cel  estât  jusquez 
à  nonne,  et  prist  une  souffrance  à  durer  tout  le  jour  et  toutte  le 
nuit  et  l'endemain  jusques  soleil  levant  entre  les  deus  hos.  Si  se 
retraist  chacuns  à  son  logeis  bellement  et  faiticement,  et  se  aisiè* 
rent  de  ce  qu'il  eurent.  Che  samedi  au  soir,  yssi  li  cappittainne 
d'Auroy  hors  dou  castiel  et  de  le  ville  à  quarante  armurez  de  fer, 
liquels  s*appelloit  Henris  de  Sautemelle,  et  estoit  ungs  bons  es- 
cuiers  et  qui  loyaument  s'estoit  acquités  enviers  monsigneur 
Carlon  de  Blois  de  garder  le  forterèce  d'Auroy.  Si  le  rechupt  li 
dis  messires  Caries  moult  lîement ,  et  li  demanda  de  Testât  dou 
castiel  :  a  En  nom  Dieu,  monsigneur,  dist  li  escuiers ,  Dieu  mer» 
chi ,  si  sommez  encorrez  bien  pourveu  pour  le  tenir  deus  mois , 
s'il  besoigne.  »  —  «  Henry,  Henry,  respondi  messires  Cariez , 
demain,  se  il  plaist  à  Dieu,  serës  vous  délivrés  dou  siège  ou  par 
accord  ou  par  bataille.  >  —  «Sire,  ce  dist  li  escuiers.  Dieux  y 
ait  part,  qui  vous  doinst  victore  contre  vos  ennemis  !  » 

Enssi  se  passa  chilx  samedis  toutte  nuit.  Et  menèrent  li  Fran- 
chois  grant  joie  et  grant  revel,  et  d'autre  part  ossi  fissent  li  En- 
glès. Et  requissent  li  aucun  compaignon  et  priièrent  moult  espe- 
cialment  à  monsigneur  Jehan  Camdos  qu'il  ne  volsbt  mie  con- 
sentir que  nus  tretiés  ne  nulx  acors  de  pès  se  fesist,  car  il  avoient 
tout  despendu  et  aleuwet  et  estoient  povre  :  si  voUoient  par  le 
bataille  ou  tout  parperdre  ou  recouvrer,  et  messires  Jehans  Cam* 
dos  leur  eut  en  couvent.  FM  35. 

P.  157,  1.  25  :  plains.  —  Le  ms,  A  M  ajoute  :  les  autres,  en 
une  grant  lande  et  longue.  F*  321  v«. 

P.  158,  1.  4  :  de  l'un.  —  Les  mss.  A  i^  à  M  ajoutent  :  host. 

P.  158,  1,  5  :  l'i  eubt  veu.  —  Ms.  -^  17  ;  il  eust  veu  certain 
acord  cntr'eulx. 


[1364]      VARIANTES  DU  PREAilER  LIVRE,  $  536.         333 

P.  188,  1.  23  :  Sattternelle.  —  Msi.  ^  3,  15  ^  17  ;  Hanter- 
nelle,  Hantcrnelle.  F»  256  ▼•.  —  Ms.  £  Q  :  Sautrelle.  P  640. 

P.  158,  1.  25  :  lanches.  —  JMss.  ^  15  ^  17  ;  hommes  d'armes. 

P.  158,  1.  29  :  li  chastelains.  —  Mss.  ^  8,  15  à  17  ;  li  es- 
cuiers. 
:^  P.  159,  1.  18  :  à  ce  Hemî.  -^  Ms.  J  il  :  k  son  escuier. 

P.  159,  1.  19  :  nuitie.  —  Mss.  ^  8,  15  à  17  :  nuit. 

P.  159,  1.  24  :  tout  aleuet  et.  —  Mss.  ^  8,  15  à  17  :  tout  le 
leur. 

P.  159,  1.  25  :  parperdre  ou  recouvrer.  —  Ms.  A  il  :  tout 
perdre  ou  tout  gainnier  ou  au  moins  aucune  chose  recouvrer. 
F»  322. 

P.  159,  l.  25  :  ou.  —  Le  ms.  A  15  ajoute  :  aucune  chose. 

P.  159,  1.  26  :  en  couvent.  —  Ms.  A  15  ;  en  couvenant.  — 
Ms.  A  il  :  encouvenancié.  —  Les  mss.  A  i^  à  il  ajoutent  :  et 
le  leur  promist  ainsi. 

§  tt56.  Quant  ce  vint.  —  Ms.  et  Amiens  :  Quant  ce  vint  le 
dîemenche  au  matin ,  chacuns  en  sen  host  s'appareilla ,  vesti  et 
arma.  Si  dist  on  pluisseurs  messes  en  Tost  le  dit  monsigneur  Carie 
de  Blois,  et  s'acumenia  qui  acumeniier  vot,  et  ossi  fissent  il  en 
l'ost  le  comte  de  Montfort.  Ung  petit  après  soleil  levant,  se  re* 
traist  chacuns  en  se  bataille  et  en  son  arroy,  enssi  qu'il  avoient 
estet  le  jour  devant.  Assës  tost  apriès ,  revint  li  sirez  de  Biau- 
manoir,  qui  portoit  lez  tretiez  et  qui  vollentiers  les  ewist  acordës, 
s'il  peuist,.  et  s'en  vint  premier  à  chevauchant  deviers  monsigneur 
Jehan  Gamdos,  qui  yssi  de  se  bataille  et  laissa  le  comte  de  Mont- 
fort,  et  vint  sus  les  camps  contre  le  dit  seigneur  de  Biaumanoir 
pour  li  faire  une  briefve  response  et  pour  son  corps  garder,  car 
il  avoit  oy  dire  et  jurer  les  Englès  que,  se  il  venoit  plus  avant 
pour  tretier  ne  porter  pès  ne  acort,  il  l'ociroient. 

Siques ,  si  tost  que  messires  Jehans  Camdos  peut  venir  jusques  à 
lui ,  il  li  dist  :  ce  Sire  de  Biaumanoir ,  sire  de  Biaumanoir,  je  vous 
avisse  que  vous  ne  venés  meshui  plus  avant  ;  car  nos  gens  dient  qu'il 
voellent  combattre  et  qu'il  vous  ochiront,  s'il  vous  puevent  enclore 
entre  yaulx.  Et  dittes  à  monsigneur  Carie  de  Blois  que  messires  se 
voelt  combattre  et  qu'il  ne  voelt  oyr  ne  entendre  à  nul  tretiet,  s'il 
n'est  plainement  dus  de  Bretagne,  v  Quant  li  sires  de  Biaumanoir 
entendi  Camdos  enssi  parler,  si  fu  moût  courouchiez  et  dist  :  «  Cam- 
dos, Caindofy  ce  n  est  mie  li  entente  de  monseigneur  qu'il  n'ait 


334  CHRONIQUES  DE  J.  FROISSÀRT.  [1364] 

plus  grant  désir  de  cooobattrey  et  touttes  ses  gens^  q(tt  vous 
n'aiiës,  et  ont  toodis  eu.  Et  che  que  je  m'en  sui  eosonniiés  jasc*à 
ores,  je  l'ay  fait  en  espèce  de  bien  et  pour  tant  que  je  voy,  d'un 
lez  et  de  l'autre,  grant  fuison  de  bonne  chevalerie  de  ce  pais  qui 
ne  se  poront  combattre  que  grans  meschief  n'en  viegne  ;  et  puis- 
qu'il faut  qu'il  aviegne,  Dieus  Toeille  aidier  le  droit,  car  li  ungs 
des  deux  chiés  demoùrra  hui  dus  de  Bretaigne.  » 

Adonc  s'en  retourna  il  TÎstement  deviers  monsigneur  Carlon  de 
Blois,  et  Camdos  deviers  le  comte  de  Montforty  qui  li  demanda  tantost 
quel  cose  li  sires  de  Biaumanoir  disoit.  Et  Camdos  respondi  tout  au 
contraire,  pour  li  enflammer  et  couronchier  :  «  Quel  cose?  Sire,  je 
le  vous  diray.  Messires  Cariez  de  Blois  vous  mande  que  sans  rai- 
son on  tretîe  ne  paroUe  de  nulle  pès  ;  car  il  demoùrra  ducs  de  Bre- 
taingne,  et  n'y  ares  riens  :  ossi  nul  droit  n'y  avës  de  riens  avoir,  et 
tout  ce  vous  remoustr[er]a  il  tantost  par  force  d'armes.  Or  en  re- 
gardez que  vous  en  voullés  faire,  se  vous  vous  voulMs  combattre.  » 
—  Par  me  foy,  dist  li  comtes  de  Montfort,  Camdos,  oil.  Faittez 
passer  avant  nos  bannières^  ou  nom  de  Dieu  et  de  saint  Gorge.  » 
Depuis  n'y  eut  riens  tretiet  ne  parlementet  entre  les  deux  hos; 
car  li  sirez  de  Biaumanoir  revint  tantost  deviers  monseigneur 
de  Blois,  et  li  dist  le  responce  de  Camdos  telle  que  vous  aveK  oye. 
Dont  messires  Caries  tendi  ses  mains  vers  le  chiel ,  en  regraciant 
Dieu  de  le  belle  gent  et  de  le  grande  chevalerie  qu'il  vemt  dallés 
lui,  et  puis  dist  :  «  Passés  avant,  bannierrez ,  ou  nom  de  Dieu  et 
de  monsigneur  saiat  Yve.  »  F«  135  v«. 

P.  160,  1.  1  :  se  acumenia....  venlt,  —  Ms.  J  S  :  se  comme- 
nièrent  ceulx  qui  vouldrent.  F*  257.  —  AKr.  ^  15  ;  s'acconunn- 
nièrent  ceulx  qui  vouldrent.  F*  281  v«.  —  Ms.  ^  17  :  se  acom- 
missèrent  tous  ceuls  qui  vouldrent.  —  Le  ms,  S  6  ajoute  :  et  puis 
burent  un  cop  et  s'armèrent.  Et  se  tirèrent  tout  sur  les  camps  au 
devant  de  leurs  ennemis  ossy  serreement  comme  on  povoit,  les 
lanches  contremont  et  grandes  haches  forgies  à  Paris  et  ailleurs 
pendant  à  leur  costé.  Et  s'en  vinrent  ensy  tout  à  piet  en  une 
plache  au  trait  de  trois  arbalestres  près  de  leurs  ennemis.  F*  .641 . 

P.  160,  1.  8  :  à.  —  Mss.  A  :  en. 

P.  160,  1.  10  :  vei.  —  Les  mss.  ^  8, 15  à  17  ajoutent  :  venir.' 

P.  160,  1.  21  :  pri.  —  Ms.  A  |5  :  avise. 

P.  160,  1.  29  :  le  painné.  —  Mss.  A  :  la  place. 

P.  161,  1.  2  :  s'enifeUeni.  —  Mss.  A  %,  15  ;  s'enfelonni.  — 
Ms.  A  M  :  s'afelonnit. 


[1364]      VARUNTES  DU  PREMIER  LIVRE,  §  537.  335 

P.  161,  1.  2  ;  courouciës.  —  Le  ms.  A  il  ajoute  :  et  tant  que, 
se  il  eust  esté  armé  comme  monseigneur  Ghandos  estoit,  pour  cer- 
tain ilz  eussent  commencé  la  bataille.  F<*  322  y*. 

P.  161,  1.  3  :  monsigneur.  —  Les  mss.  wtf  15  à  17  ajoutent  : 
Charles  de  Blois. 

P.  161,  1. 15  :  Bretagne.  —  Les  mss.  ^  8,  15  à  17  ajoutent  : 
aujour  d'uy. 

P.  161,  1.  16  :  le  paînne.  —  Mss,  -^  8,  15  a  17  ;  la  place. 

P.  161,  1.  25  :  si  fisent.  —  Mss.  wtf  8,  15  a  17  ;  se  passèrent. 

P.  161,  1.  28  :  grosse.  —  Mss,  ^  8,  15  a  17  ;  orguilleuse. 

P.  162,  1.  2  :  hui.  —  Mss.  ^  8,  15  à  17  :  au  jour  d'ui. 

P.  162,  1.  2  :  font,  —  Mss.  ^  6,  8  ;  distrcnt.  —  Ms.  A  il  : 
le  scèvent  bien.  F»  323. 

P.  162,  1.  4  :  banières.  —  Ms.  ^  15  :  et  pennons  et  toutes 
manières  de.  F*  282, 

^  857.  Un  petit.  —  Ms.  é^ Amiens  :  Ung  petit  devant  l'eure 
de  primme,  s'aprocièrent  les  batailles.  Dont  ce  fu  très  belle  cose 
à  regarder,  si  comme  je  Toy  dire  à  chiaux  qui  y  furent  et  qui 
veu  les  avoient,  car  li  Francbois  estoient  ossi  serré  et  osst  joint 
que  on  ne  pewist  mies  jetter  une  pomme  que  elle  ne  cheyst  sus 
un  bachinet  ou  sus  une  lanche.  Et  portoit  chacuns  hommes  d'ar- 
mes son  glaive  droite  devant  lui,  retaillie  enssi  que  de  cinq  pies, 
et  une  hace  forte  et  dure  et  bien  acérée ,  chacuns  sus  son  col  ou 
sus  sen  espalle.  Et  s*en  venoient  enssi  tout  bellement  le  pas,  cha- 
cuns sirez  en  son  arroi  et  entre  ses  gens ,  et  se  bannierre  ou  se 
pennon  devant  lui ,  enfourmés  de  savoir  quel  cose  il  devoit  faire. 
Et,  d'autre  part,  li  Englès  estoient  très  bien  et  très  faiticement 
ordonné. 

Si  s'asamblèrent  premièrement  li  bataille  monseigneur  Bertran 
de  Claiequin  et  li  Breton  de  son  lés,  à  le  bataille  monseigneur 
Robert  GanoUe  et  monseigneur  Gautier  Huet.  Et  missent  li  sei- 
gneur de  Bretaingne,  cil  qui  estoient  d'un  lés  et  de  l'autre,  les 
bannierrez  des  deus  dus  l'un  contre  l'autre,  et  les  autres  ba- 
tailles s^asamblèrent  enssi  l'un  contre  l'autre.  Là  eut  des  premiers 
encontres  grans  bouteis  des  lanches  et  fort  estour  et  dur.  Bien 
est  voirs  que  li  arcier  trayrent  de  coummenchement,  mes  leurs 
très  ne  greva  noyent  as  Franchois,  car  il  estoient  trop  bien  armet 
et  fort  et  ossi  bien  pavesciet  contre  le  tret.  Si  jettèrent  cil  ar- 
cliier  leurs  ars  jus,  qui  estoient  fort  compaignon  et  legier,  et  se 


336  CHRONIQUES  DE  J.  FROISSART.  [1364] 

boutèrent  entre  ces  gens  d'armes  de  leur  costë,  et  puis  s'en  vin- 
rent  à  ces  Franchois  qui  portoient  ces  haces.  Si  s*aherdoient  à 
yaox  de  grant  vollentë  et  tolioient  as  pluisseurs  leurs  haces,  de 
quoy  depuis  se  combatirent.  Là  eut  fait  mainte  belle  apperdse 
d'armes,  mainte  luite,  mainte  prise  et  mainte  rescousse.  Et  sachiës 
qui  estoit  cèus  à  terre,  il  estoit  fort  dou  relever^  se  il  n'estoit 
trop  bien  aidiës. 

La  bataille  monseigneur  Charle  de  Blois  s'adrecha  droitement 
à  le  bataille  le  comte  de  Montfort  qui  estoit  forte  et  espesse. 
Dalles  monseigneur  Carlon  de  Blois  estoient  li  sires  de  Lion, 
messires  Caries  de  Dinant ,  li  viscomtez  de  Rohem ,  li  sirez  de 
Qui[n]tin,  li  sirez  d'Ansenis  et  li  sires  de  Rocefort,  et  chacun 
sires  se  bannierre  devant  lui.  Là  eut  ^  je  vous  di  y  dure  bataille 
et  grosse  et  bien  combatue.  Et  furent  chil  de  Montfort  de  coum- 
menchement  durement  reboutet;  mes  messires  Hues  de  Cavre- 
lëe ,  qui  estoit  desus  èle  et  qui  [avoit  une  belle  bataille  et  de 
bonne  gent ,  venoit  à  cel  endroit  ou  il  veoit  ses  gens  branller, 
ouvrir  ou  desclore,  et  les  reboutoit  et  metoit  sus  par  force  d'ar- 
mes. Et  ceste  ordounnance  leur  valli  trop  grandement;  car,  si 
tost  qu'il  avoit  les  foullës  remis  sus  et  il  veoit  une  autre  bataille 
ouvrir  ne  branler,  il  se  traioit  de  celle  part,  et  les  recomfortoit 
par  telle  mannierre  comme  il  est  dit  devant.  F<*  135  v<>  et  136. 

P.  162,  1.  6  :  S  537.  —  Le  nu.  j4  i}i  ajoute  :  Mab  tantost. 

P.  162,  1.  14  :  courtes  mances.  —  Ms.  A  8  :  petis  manches. 
P  257  v<».  —  Ms.  ^  15  :  à  bien  court  manche,  —  Ms.  wtf  17  :  un 
petit  manche. 

P.  162,  1.  17  ;  lui.  —  Le  ms,  A  il  ajoute  :  chascun  tout. 

P.  162,  1.  20  :  assamblèrent.  —  Le  ms.  A  15  ajoute  :  ces  ba- 
tailles. F»  282. 

P.  162,  1.  21  :  Claiekin.  ^^  Le  ins.  A  il  ajoute  :  et  de  mon- 
seigneur Olivier  de  Mauni  son  nepveu.  F"*  323. 

P.  162,  1.  21  :  de  son  les.  —  Ms.  A  il  :  de  leur  costë. 

P.  162, 1.  27  et  28  :  premiers  encontres.-^Mss.  ^  8,  15  à  17  : 
première  rencontre. 

P.  162,  1.  29  :  estour.  —  Mss.  A  %,  i^  à  il  :  estrif. 

P.  163,  1.  5  :  se  aherdirent.  —  Mss.  ^  8,  15  à  17  :  s'adre- 
cèrent. 

P.  163,  1.  7  :  haces.  —  Le  ms.  B  6  ajoute  :  Et  en  y  eurent 
plus  de  cinq  cens,  et  che  parfist  le  desconfiture ,  car  il  ochioient 
les  Franchois  et  les  Bretons  de  leurs  haches.  F*  647. 


[1364]      VARIANTES  DU  PREMIER  LIVRE,  $  538.         337 

P.  163)  !•  8  :  faiticement.  —  Mss,  J  S,  iH  à  17  :  hardiement. 
P.  163,  l.  10  et  11  :  c'estoit  fort  dou.  —  Ms.  ^  15  ;  il  ne  se 
poYoit.      / 

§  838.  D'autre  part.  —  Ms,  et  Amiens  :  D'autre  part,  se  com- 
batoient  messires  Olivier  de  Clichon,  messires  Ustasses  d'Aubre- 
dcourt,  messires  Richars  Burlé»  messires  Jehans  Bourssiers,  mes- 
sîre  Mahieux  de  Goumay,  à  le  bataille  le  comte  d'Auchoire  et 
dou  comte  de  Joni ,  qui  estoit  moult  grande  et  moult  grosse  et 
bien  estoffëe  de  bonne  gens.  Là  eut  fait  ossi  mainte  belle  apper- 
tise  d'armes  et  mainte  prise  et  mainte  rescousse.  Là  se  comba- 
toient  Franchois  et  Bretons,  d'un  les,  moût  vaillamment  et  mont 
hardiement,  des  haces  qu'il  portoient  et  qu'il  tenoient. 

Là  fu  messires  Caries  de  Blois  durement  bons  chevaliers,  et  qui 
vaillamment  et  hardiement  se  combati  et  assambla  à  ses  ennemis,  et 
ossi  fist  ses  adversaires  le  comte  de  Montfort  :  chacuns  y  enten- 
doit  enssi  que  pour  lui.  Là  estoit  messires  Jehans  Camdos,  qui  y 
faisoit  merveilles  d'armes  de  son  corps,  car  il  estoit  fors  chevaliers 
et  hardis  durement;  si  conssilloit  et  comfortoit  le  comte  de  Mont- 
fort  en  touttes  manierrez ,  et  le  faisoit  passer  avant  et  arester, 
quant  il  veoit  que  tamps  estoit. 

D'autre  part,  messires  Bertrans  de  Glaiekin,  li  sires  de  Tour- 
nemine,  li  sirez  d'Avaugor,  li  sires  de  Rays ,  li  sires  de  Lohiac , 
li  sires  d*Ansenis  et  li  autre  bon  chevalier  de  Bretaingne  se  com- 
batoîent  moût  vaillamment  et  y  fissent  maintes  belles  apertises 
d'armes.  Et  tant  se  combatirent  que  touttes  ces  batailles  se  re- 
queiUirent  enssaknble,  excepté  li  arrieregarde  des  Englès,  dont 
messires  Hues  de  Cavrelëe  estoit  souverains.  Geste  bataille  se  te- 
noit  toutdis  sus  costière,  et  ne  servoit  d'autre  cose  fors  de  redre- 
chier  et  mettre  en  conroy  les  leurs  qui  branloient  ou  qui  se  des- 
confissoient. 

Entre  les  autres  chevaliers  bretons  et  englès,  messires  Oliviers 
de  Clichon  fu  bien  veus  et  avises  qu'il  y  fist  merveillez  d'armes 
de  son  corps,  et  tenoit  une  hache,  mes  il  rompoit  ces  presses, 
et  ne  l'osoit  nus  aprochier.  Et  s'enbati  telle  fois  si  avant  qu'il  fu 
en  grant  péril,  et  eut  moût  affaire  de  sen  corps  en  le  bataille 
dou  comte  d'Auchoire  et  dou  comte  de  Joni,  et  trouva  durement 
fort  encontre  sus  lui,  tant  que  dou  cop  d'une  hace  il  fu* navres 
desons  et  parmy  le  visierre  de  sen  bachinet  au  travers  de  l'oeil, 
et  l'eut  crevet,  mes  depuis  fu  il  rescous  et  remis  entre  ses  gens 

VI  —  2Î 


338  CHRONIQUES  DE  J.  FROISSART.  [1364] 

en  bon  convenant;  et,  durement  airés  et  enflanunés,  il  se  com- 
bati  et  y  fist  de  le  main  pluisseurs  belles  appertises  d'armes.  La 
se  recouvroient  bataillez  et  bannières,  qui  une  heure  estoient 
tout  au  bas ,  et  tantost  par  bien  combattre  recouvroient  et  es- 
toient remis  sus. 

Entre  les  autres  chevaliers,  fu  messires  Jehans  Camdos  très  bons 
chevaliers,  et  vaillamment  se  combati,  et  tenoit  une  hace  dont  il 
donnoit  les  horions  si  grans  que  nulx  ne  l'osoit  aprochier,  car  il 
estoit  grans  chevaliers  et  fors  et  bien  fourmes  de  tous  mtembres  : 
si  s'en  vint  combattre  à  le  bataille  le  comte  d'Auchoire  et  des  Fran- 
chois.  Et  là  eut  fait  maintes  belles  appertises  d'armes.  Et,  par  force 
de  bien  combattre,  il  rompirent  et  reboutèrent  ceste  bataille  bien 
avant  et  le  missent  à  tel  meschief  que  briefment  elle  fu  desconfite 
et  touttez  les  bannierrez  et  les  pennons  de  ceste  bataille  jettes 
par  terre ,  rompus  et  deschirës,  et  li  seigneur  mis  et  contourné 
en  grant  meschief;  car  il  n'estoient  aidiet  ne  comfortet  de  nul 
costë,  mes  estoient  leurs  gens  tous  ensonniiés  d'iaux  deffendre  et 
combattre.  Là  crioient  chil  seigneur  et  leurs  gens  qui  estoient 
dalles  yaux,  leurs  ensaignes  et  leurs  cris,  dont  li  aucun  estoient 
oy  et  reconforté,  et  li  autre,  non,  enssi  que  telz  besoingnes  avien- 
nent  et  que  li  cas  le  requiert. 

Touttes  fois,  li  comtes  d'Auchoire,  par  force  d'armes,  fu  diffe- 
ment  navrés  et  pris  desoubs  le  pennon  monseigneur  Jehan  Cam- 
dos et  fiandés  prison,  et  li  comtez  de  Joni  ossi,  et  mors  li 
sires  de  Prie,  uns  grans  bannerès  de  Normendie,  et  pluisseurs 
bons  chevaliers  de  Franche  et  de  Normendie.  F»  136. 

P.  i64,  1.  6  :  Joni.  —  Mss.  J  i^  à  il  :  Joingny. 

P.  464,  1.  20  et  24  :  ressongnies.  —  Mss.  ^8,  13  à  47  :  re- 
doubtez.  F»  258. 

P.  464,  1.  30  et  34  :  Gargoulé.  — 3fw.  ^  45  «  47  :  Gargolay. 
F»  324. 

P.  464,  1.  34  :  Malatrait.  —  Mss.  A  V6  à  il  :  Malestroit. 

P.  464,  1.  34  :  doù  VonX.—Mss.  ^  45  à  47  :  de  Viez  Pont. 

P.  465,  1.  8  :  s'ensonnioit.  —  Mss.  ^  8,  15  «  47  ;  s'embe- 
songnoît. 

P.  465,  1.  9  :  conroy.  —  Mss.  A  i^  à  M  :  arroy. 

P.  465,  1.  49  et  20  :  en  travers.  —  Les  mss,  A  \^  à  47  ajou^ 
tent  :  du  visaige. 

P.  466,  1.  48  :  en  sus.  —  Mss.  ^  45  à  47  ;  arrière. 

P.  466,  1.  24  :  prisons.  —  Mss.  A  S^  ib  à  il  :  prisonnier. 


[1364]      VARIANTES  DU  PREMIER  LIVRE,  §  539.         339 

P.  166,  1.  22  :  [T]rie.  —  Aîss.  ^  1  à  6,  H  à  14.  18,  19  : 
Prier,  —  Mss.  ^  8,  9  :  Pie.  —  Mss.  B  et  \A  7,  15  à  17  ; 
Prie^ 

9  S39.  Encores.  —  Ms,  et  Amiens  :  Encorres  se  combatoient 
les  autres  batailles  moult  vaillamment,  et  se  tenoient  li  baron  en 
bon  couvenant.  Et  touttesfois,  à  parler  loîaument  d'armes ,  il  ne 
tinrent  mies  si  bien  leur  pas  ne  leur  arroy,  enssi  qu'il  apparut , 
que  fissent  li  Englès  et  li  Breton  dou  costë  le  comte  de  Montfort; 
et  trop  leur  valli  celle  bataille  sus  elle  de  messire  Hue  de  Cayrelée. 
Quant  li  Englès  et  li  Breton  de  Montfort  virent  ouvrir  et  branler 
les  Franchois,  si  se  confortèrent  entre  yaux  moult  grandement. 
Et  demandèrent  li  pluiseur  leurs  cbevaux  que  leur  garcbon  te- 
noient enssus  d'iaux.  Tantost  il  furent  monté ,  pourveu  de  haces 
et  d'espées  de  Bourdîaux  et  en  grant  voUentë  de  envatr,  d'ocbir 
et  de  mehaignier  leurs  ennemis. 

Et  se  parti  adonc  messires  Jehans  Gamdos  à  toutte  une  grosse 
routte  des  siens,  et  s'en  vint  adrechier  sus  le  bataille  monsigneur 
Bertran  de  Qaiequin,  où  on  faisoit  merveillez  d'armes,  mes  elle 
estoit  ja  ouverte  et  pluisseur  chevalier  et  escuier  mis  en  grant 
meschief.  Et  encorres  furent  il  plus,  quant  messires  Jehans  Gam- 
dos et  une  grosse  routte  d'Englès  s'i  embatirent.  Là  eut  donnet 
tamaint  pesant  horion  de  ces  haces,  maint  bachinet  fendu  et 
maint  homme  mort.  Touttesfois ,  messires  Bertrans  ne  li  sien  ne 
peurent  porter  che  fès.  Si  fu  là  pris  messires  Bertrans  d'un 
escuier  englès  desoubs  le  pennon  monsigneur  Jehan  Gamdos  et 
qui  estoit  de  ses  gens  et  de  son  hostel.  Et  entendi  ensi  que 
messires  Jehans  Gamdos  prist  et  fiancha  de  sa  main  un  baron  de 
Bretaingne  que  on  appelloit  le  seigneur  de  Rays,  hardi  chevalier 
durement. 

Apriès  ceste  grosse  bataille  des  Bretons  rompue ,  li  bataille 
fu  enssi  que  desconfite ,  et  perdirent  li  autre  tout  leur  arroy  et 
se  missent  en  fuite,  qui  mieux  mieux  chacuns,  excetë  11  vaillant 
chevalier  et  escuier  de  Bretaingne,  qui  ne  voUoient  mies  laissier 
leur  signeur,  monsigneur  Garlon  de  Blois,  mes  avoient  plus  chier 
à  morir  que  reprochiet  leur  fust  fuitte.  Si  se  combatirent,  cha- 
cuns desoubz  se  bannierre  et  se  pennon ,  depuis  moult  vaillam- 
ment et  très  asprement,  et  se  rekeillirent  en  pluisseurs  lieux  et 
par  tropiaux  chil  bon  chevalier  et  escuier  de  Bretaingne ,  qui  es- 
toient  avoecq  monseigneur  Garlon  de  Blois,  et  qui^  par  force 


340  CHRONIQUES  DE  J.  FROISSART.  [1364] 

d*armes,  voUoient  recouvrer  le  meschief  qu'il  leur  apparroit;  rnSs 
il  ne  peurent. 

Là  fu  messires  Caries  de  Blois  et  chil  qui  dalles  lui  estoient , 
enclos  d'une  grosse  routte  d'Englès  qui  tout  se  tiroient  de  celle 
part  pour  ai<}ier  le  bannierre  monsigneur  Carie  à  desrompre  et 
desconfire.  Si  i  eut  fait  mainte  belle  appertise  d'armes ,  et  moût 
vaillamment  se  combatirent  messires  Caries  de  Blois  et  chil  qui 
dalles  lui  estoient.  Et  ne  l'eurent  mies  li  Englès  d'avantaige,  mes 
il  estoient  trop  mieus  parti  à  ce  donc  que  li  Franchois  ne  fuis- 
sent. Là  fu  ochis ,  en  bon  convenant  et  le  viaire  sus  ses  enne- 
mis ,  messire  Carlles  de  Blois ,  et  dalles  lui  et  sus  son  corps  ungs 
.siens  filx  bastars  qui  s'appelloit  messires  Jehans  de  Blois,  et 
pliiisseurs  autres  chevaliers  et  escuiers  qui  (ne  [volloient  mies 
laissier  leur  mestre  et  leur  seigneur,  mes  avoient  plus  chier  à 
morir. 

Depuis  que  les  bannierres  monseigneur  Carie  de  Blois  furent 
atierëes ,  n'y  eut  riens  retenu,  mes  furent  les  desconfitures  moult 
grandes  de  tous  costés  sus  les  Franchois  et  les  Bretons.  Et  se 
missent  tous  li  Englès  à  cheval ,  et  coummenchièrent  à  cachier 
et  à  encauchier  leurs  ennemis.  Là  eult,  quant  à  le  cache  et  à  le 
fuitte,  grant  mortalité,  grant  ocision  et  grant  desconfiture,  et 
tamaint  bon  chevalier  et  escuier  pris  et  mis  en  grant  mescief. 
Là  fu  toutte  li  fleur  de  le  bonne  chevalerie  de  Bretaigne,  pour 
le  temps  et  pour  le  journée ,  morte  ou  prise;  car  peu  de  cheva- 
liers ne  d'escuiers  d'onneur  escapèrent,  qu'il  ne  fuissent  mort  ou 
pris. 

Et  par  especial  des  banerès  de  Bretaingne  y  furent  mort  mes- 
sires Caries  de  Dignant,  li  sires  de  Lion,  li  sires  d'Ansenis,  li 
sirez  d'Avaugor,  li  sires  de  Lohiach,  li  sires  de  Gargoulé,  li 
sires  de  Malatrait  et  li  sires  dou  Pont  ;  et  pris  :  li  viscomtes  de 
Rohem,  li  sires  de  lion,  li  sires  de  Rochefort»  li  sires  de  Rays, 
li  sires  de  Rieus,  li  sires  de  Toumemine,  messires  Henris  de 
Malatrait,  messires  Oliviers  de  Mauni  et  pluisseur  autre  bon  che- 
valier et  escuier  de  Bretaingne  et  grant  signeur;  et  ossi  dou 
royaumme  de  France ,  maint  bon  chevalier  et  escuier  :  h  comtes 
d'Auchoire  premièrement,  li  comtes  de  Joni  et  tamaint  autre  qui 
y  estoient  venu  desous  le  comfort  monsigneur  Bertran  de  Claie- 
quin,  qui  y  fu  pris  ossi. 

Briefinent  à  parler,  "ceste  desconfiture  fu  moult  grande  et  moût 
grosse ,  et  grant  fuisson  de  bonnes  gens  y  eut  mors ,  tant  sus  les 


[136b]      VARUNTES  DU  PREMIER  LIVRE,  $  539.  34J 

camps  oomme  en  le  cache ,  car  elle  dura  huit  grans  lleawes  et 
tout  le  jour  jasqaes  à  le  nuit.  Si  poës  bien  croire  que  là  en  dedens 
y  avinrent  pluisseur  mescief ,  et  y  eut  maint  chevalier  et  maint 
escuier  mort  et  pris.  Geste  bataille,  qui  fu  assës  pries  d'Auroi 
en  Bretaingne,  fu  Tan  de  grasce  Nostre  Seigneur  mil  trois  cens 
soissante  quatre,  par  un  dimenche  en  octembre,  le  jour  Saint 
Denis  et  Saint  Gislain.  F«  136  v^. 

P.  166,  1.  27  :  convenant.  —  Mts.  A  8,  15  a  17  :  oouvine, 
F»  258  V. 

P.  166, 1.  29  :  li  Englès  et  li  Breton.— ilf#.  ^  17  :  les  Bretons 
et  Anglois.  F«  324  v«, 

P.  167,  1.  1  :  li  Englès  et  li  Breton.  —  Ms.  A  17  ;  les  Bretons 
et  Anglois, 

P.  167, 1.  7  :  des  siens.  —  Mss,  ^  8,  15  à  17  :  de  ses  gens. 

P.  167,  1.  8  :  daiekin.  —  Le  ms,  A  il  ajoute  :  et  de  mon- 
seigneur Olivier  de  Mauni  son  nepveu.  F»  325. 

P.  167,  1.  13  :  Umaint.  —  Mss.  ^^  8,  15  à  17  :  maint. 

P.  167, 1.  18  :  desous.  —  Le  ms.  A  17  ajoute  :  la  bannière 
ou. 

P.  167,  1.  20  :  un.  —  Lems.A  iH  ajoute  :  grant.  F«  283  v«. 

P.  167,  1.  22  :  durement. — Le  ms,  A  ifi  ajoute  :  et  qui  moult 
longuement  se  combatit  à  monseigneur  Jehan  Ghandos. 

P.  167, 1.  24  ;  que»  —  Ms.  A  il  :  comme  du  tout. 

P.  167,  1.  30  :  fuite.  —  Le  ms,  A  15  ajoute  :  vilaine;  —  ie 
ms,  A  il  :  vilaine  ne  honteuse. 

P.  167,  1.  32  :  très  asprement.  —  Ms,  A  il  :  appertement. 

P.  468,  1.  13  :  Blois.— Ztf^  mss,  ^  11  à  14  ajoutent  :  qui  tua 
celui  qui  tuë  avoit  monseigneur  Gharle  de  Blois. 

P.  168,  l.  21  :  fin.  —  Les  mss.  ^  8,  15  à  17  ajoutent  :  de  ba- 
taille et. 

P.  168,  1,  31  :  Gargoulë.  —  Mss.  A  iH  à  il  :  Cargolay.  — 
Ms.  Al:  Guergorlay. 

P.  168,  1.  32  :  dou  Pont.  —  Ms.  A  i^  :  de  Vielpont. 

P.  1 69,  1.  4  :  Toumemine.  —  Le  ms.  A  2  ajoute  :  le  conte  de 
Tonnoirre.  —  Mss.  ^  j ,  3  à  6,  8  :  le  conte  de  Tonnoirre. 

P.  169,  1.  5  :  Mauni.  ^  Le  ms.  A  iti  ajoute  :  fort  chevalier  et 
hardi  durement. 

P.  169,  1.  5  et  6  :  Riville.  -^  Ms.  A  il  :  Regneville. 

P.  169,  1.  6  :  Friauville.  ^  Ms.  A  S  :  Frauville.  ¥•  259.  — 
Mss.Aitià  il  :  Frianville. 


342  CHRONIQUES  DE  J.  FROISSART.  [1364] 

P.  i69,  1.  6  :  d'ÂinneTal.  —  Mis.  A  \  à  %  :  RainneYal.  — 
Mss.  A  m  à  il  :  Rayneyal. 

P.  169,  1.  9  :  le.  —  Le  ms,  A  iH  ajoute  :  vaillant. 

P.  169,  L  12  et  13  :  en  le  cache.  —  Ms.  AS:  sur  la  place. 
F»  259  v«. 

P.  169,  1. 13  :  huit,  —  Le  ms.  A  S  ajoute  :  grosses» 

P.  169,  1.  14  :  Rennes.  — Mss,  A  ii  à  ik  :  Vannes. 

P.  169,  1. 13  à  22  :  cache... "octembre.  —  Ms.  J?  6  :  Et  dura 
la  chache  huit  lieues  jusques  ens  es  portes  de  la  chitë  de  Rennes, 
car  ly  Englès  montèrent  à  cheval  qui  les  poursievirent  jusques  au 
vespre.  Et  là  eult  messire  Jehan  Candos,  par  Taide  de  ses  gens, 
pour  trois  cens  mille  frans  de  bons  prisonniers;  car  il  eult  mes- 
sire Bertran  de  Claykin,  le  conte  d'Auchoire,  le  conte  de  Joni  et 
plus  de  quarante  chevaliers.  Geste  belle  aventure  avint  au  conte 
Jehan  de  Montfort  en  Bretaigne ,  assës  priés  du  castiel  d'Auroy, 
en  l'an  de  gruce  mil  trois  cens  soissante  quatre,  le  lundy  devant 
le  Saint  Mikiel.  F»  648. 

P.  169,  1.  20  :  d'Auroy.  —  Ms.  A  il  :  du  noble  chastean 
d'Aurroy  que  le  vaillant  roy  Artur  fist  jadis  faire  et  fonder. 
F»32K. 

§  iS40.  Apriès.  —  Ms.  tP Amiens  :  Apriès  le  grant  desoonfi- 
ture,  si  comme  vous  avës  oy,  et  le  place  tontte  délivrée ,  Ii  chief 
des  seigneurs  englès  et  bretons  d'un  lés  retournèrent  et  n'enten- 
dirent plus  au  cachier,  mes  en  laissièrent  couvenir  leurs  gens. 
Si  se  traissent  d'un  lés  Ii  comtes  de  Montfort ,  messires  Jehans 
Camdos,  messires  Robers  Canolles,  messires  Ustasses  d'Aubreci- 
court ,  messires  Mahieux  de  Gournay,  messires  Gantiers  Hués , 
messires  Hues  de  Cavrelée,  messires  Jehans  Bourssier  et  H  autre 
chevalier.  Et  s'en  vinrent  ombriier  desoubs  une  longlie  haye ,  un 
petit  enssus  de  là  où  Ii  bataille  avoit  estet ,  et  missent  toutles 
leurs  bannierres  et  pennons  en  celle  haie ,  pour  leurs  gens  re- 
queillier  et  radrechier.  Et  coummenchièrent  leur  ménestrel  à 
corner  et  à  piper,  et  Ii  signeur  se  desarmèrent  et  esventèrent  ung 
petit,  car  moult  avoient  chaut  pour  le  traveil  de  combattre  et  de 
cachier.  Et  burent  Ii  aucun  qui  avoient  vin  en  bouteilles  et  en 
flascons.  Entroes  qu'il  estoient  en  cel  estât,  Ii  sires  de  Glichon 
revint,  se  bannierre  devant  lui,  qui  le  plus  avoit  poursieuwois  ses 
ennemis.  A  painnes  s'en  estoit  il  ]x>us  partir,  tant  avoit  estet 
airés  et  enflammés  sus  yaulx.  Et  ramenèrent  ses  gens  grant  fuison 


[1364]      VARIRNTES  DU  PREMIER  LIVRE,  §  540.         343 

de  prisonniers  et  par  especial  son  oncle  le  viscomte  de  Rohem. 
Si  se  traist  erramment  li  dis  messires  Oliviers  de  Glichon  deniers 
le  comte  de  Montfort,  qu'il  tenoit  pour  seigneur  et  pour  chief,  et 
descendi  à  piet  avoecq  les  autres. 

A  ce  donc  ne  savoient  il  riens  encorres  que  messires  Caries  de 
Blois  fust  mors;  mes  il  avoient  envoiiet  leurs  hiraux  par  le  cam- 
Tjaingne  regarder  as  ungs  et  as  autres,  et  pour  triier  les  seigneurs 
hors  des  autres  et  savoir  liquel  y  estoient  mort.  Si  fu  là  raporté 
au  comte  de  Montfort,  et  dist  ensi  li  chevaliers  qui  l'en  raporta 
les  nouvelles  :  «  Monseigneur,  loés  Dieu  et  regraciés  de  le  belle 
journée  que  vous  avés,  car  messires  Caries  de  Blois,  vostres  ad- 
verssaires,  est  demourés  mors  sur  les  camps.  »  Et  quant  li  comtes 
de  Montfort  l'entendi ,  si  dist  qu'il  voilait  venir  de  ceste  part  et 
[le]  veoir  ossi  bien  mort  que  vif.  Si  vint  là  où  messires  Caries 
gîsoit,  et  vinrent  avoecq  lui  pluisseur  des  seigneurs  et  chevaliers 
qui  là  estoient.  Si  le  trouvèrent  environnet  de  grant  fuisson  de 
mors,  chevaliers  et  escuiers ,  et  une  hace  desoubs  lui ,  dont  il 
s'estoit  combatus,  et  ossi  de  ses  ennemis  englès  et  bretons  mors 
aucuns.  Se  le  fist  li  comtes  de  Montfort  retourner  le  viaire  dessus, 
car  il  gisoit  en  dens.  Et  quant  il  le  vit  ou  viaire,  si  fu  tous  pens- 
sieux  et  prist  à  larmiier  et  dist  :  «  Ha!  monseigneur  Carie,  mon- 
seigneur Carie,  biaus  cousins,  com  par  vostre  opinion  maintenir 
sont  grant  meschief  avenu  en  Bretaigne!  Se  Dieux  m'ait,  il  me 
desplaist  que  je  vous  treuve  enssi ,  se  estre  pewist  autrement.  » 
Adonc  le  tira  arière  messires  Jehans  Camdos  et  li  dist  :  «  Sire, 
sire,  partons  de  chy  et  regraciiés  Dieu  de  le  belle  aventure  que 
vous  avés  ;  car,  sans  le  mort  de  cesti,  ne  poyés  vous  venir  à  l'ire- 
taige  de  Bretaingne.  »  Adonc  ordounna  là  li  comtes  de  Montfort 
que  il  fiist  tantost  mis  en  un  sarqu  et  aportés  à  Rennes ,  et  il  fu 
fait  présentement  si  comme  il  le  coumanda.  F«'  136  v«  et  137. 

P.  170,  1. 1  :  Tanton.  —  Mss.  ^  1  à  6,  15,  18,  19  :  Tancon. 

P.  170,  1.  2  :  aultre.  —  Le  nu.  A  il  ajoute  :  seigneurs  et  che- 
valiers. F«  326. 

P.  170, 1.  2  :  ombriier.  —  Ms.  A  M  :  umbraier. 

P.  170, 1.  2  et  3  :  dou  lonch  d'une.  —  Ms.  A  6  :  delez  une. 
F»  258  v^  —  Mss.  ^  8,  15  à  17  ;  devant  une. 

P.  170,  1.  12  :  l'ireUge.  —  Ms.  A  15  :  le  bel  hiretoige.  — 
Ms.  >^  17  :  le  noble  heritaige. 

P.  170,  1.  20  :  plus  de  gré.  —  Mss.  A  :  plus  grant  gré. 

P.  170,  1.  21  :  En.  —Ms.  A  15  :  A.  —  Ms,  A  17  :  Entre. 


344  CHRONIQUES  DE  J.  FROISSART.  [1364] 

P.  470,  I.  SS  :  enflâmes.  —  Le  nu.  A  17  aimae  :  d'ire  et  de 
maatalent. 

P.  i70y  1.  24  :  partir.  —  Le  ms.  B  6  ajoute  :  et  voelt  on  dire 
que  en  chest  jour  de  se  propre  main  il  en  ochist  et  abaty  {^os  de 
soixante.  F«  649. 

P.  170,  1.  Î5  :  se  retraist.  —  Mss»  A  7,  8,  15  à  17  :  se  trai- 
sent. 

P.  i71, 1. 1  :  chercié  —  Msi.  A%,V^h  17  :  cerchië. 

P.  171, 1.  11  :  d'une.  —  Ms.A%  :  à.  F»  260. 

P.  171 ,  1,  20  :  regracîons.  —  Ms,  i?  4  et  mss.  A  :  regradés. 

P»  171,  1.  21  :  avës.  —  Le  ms.  A  15  ajoute  :  qu'il  vous  a  hui 
donnée;  le  ms,  A  il  ajoute  :  aujourd'ui  eue. 

P.  171,  1.  21  :  poiës.  —  JUss.  A  :  poviez. 

P.  171,  1.  28  :  en.  —  Mss.  A  :  ou  pays  de. 

P.  171,  l.  29  :  maint  grant  et  biel.  —  Ms.  A  8  ;  pluseurs.  — 
Ms.  ^  15  ;  pluseurs  beaus.  —  Ms.  A  M  :  moult  de  beaus. 

P.  171,  1.  29  :  miracle.  —  Le  ms.  B  6  ajoute  :  et  cante  on  de 
luy  ensy  que  d'un  martir,  car  il  morut  vaillanment  en  défendant 
et  gardant  son  hiretaige.  P*  649  et  650. 

5  tt41.  Apriès.  —  Ms.  d  Amiens  :  Apriès  ceste  ordommanche 
et  que  tout  li  mort  furent  desvesti  et  que  leurs  gens  furent  re- 
pairîet  de  le  cache ,  il  se  traissent  vers  leurs  logis  dont  au  matin 
il  s'estoient  parti.  Si  se  desarmèrent  et  aisièr^it  de  chou  qu'il 
eurent ,  il  avoient  assës  de  quoy,  et  entendirent  à  leurs  prison- 
niers et  fissent  appareillier  les  navres  et  les  blechiez  ;  et  les  leurs 
meysmement  qui  estoient  navret  et  blechiet,  fissent  il  remettre  à 
point.  Quant  ce  vint  le  lundi  au  matin,  li  comtes  de  Montfort  fist 
assavoir  sus  le  pays  et  à  chiaux  de  Rennes  et  des  villes  environ, 
qu'il  leur  dounnoit  trieuwez  troix  jours,  pour  ensepvelir  les  mors 
et  venir  querre  les  corps  des  gentilz  hommes  :  laquelle  ordoun- 
nanche  on  le  tînt  à  belle  et  à  bonne,  et  se  tint  par  devant  Auroy 
et  dist  que  point  ne  s'en  partiroit,  se  l'aroit. 

Ces  nouvellez  s'espardirent  en  pluisseurs  lieux  et  en  pluisseurs 
pays,  coumment  li  comtez  de  Montfort ,  par  le  consseil  et  confort 
des  Englès,  avoit  obtenu  le  place  contre  monseigneur  Carlon  de 
filois,  et  li  mort  et  desconfi,  et  mort  et  pris  toutte  le  fleur  de 
Bretaingne.  Si  en  avoient  messires  Jehans  Camdos  et  messires 
Oliviers  de  Clichon  grant  huëe.  Et  disoit  li  coumune  renoumëe 
que  par  leur  fait ,  avoecques  le  reconfort  de  l'arrieregarde  mon- 


[1364]    Variantes  du  premier  livre,  §  54i.      34» 

seigneur  Hue  de  Gavrelëe,  avoit  estet  la  besoingne  achievëe.  De 
ces  nouvellez  furent  tout  li  amit  et  li  coinfortant  monseigneur 
Carlon  de  Blois  courouchiet,  che  fu  bien  raisons,  et  tout  cil  de 
par  le  comte  de  Montfort^  resjoy.... 

Bien  est  voirs  que  li  roys  Caries  de  Franche  fu  moût  courou- 
chiës  de  le  desconfiture  qui  fu  devant  Auroy  et  bien  y  eut  cause, 
car  ses  royaummes  en  îa  grahdement  afoiblis ,  et  par  especîal  il 
regreta  grandement  le  mort  de  monseigneur  Carlon  de  Blois,  son 
cousin,  le  prise  de  monseigneur  Bertran  de  Claiequin,  le  mort  et 
le  prise  des  bons  chevaliers  qui  là  avoient  estet.  Si  envoiea  tantost 
li  roys  le  duc  d'Ango,  son  frère,  deviers  les  marches  de  Bre*- 
taingne,  pour  recomforter  et  conssillier  le  pays,  qui  moult  estoit 
désoles  et  esbahis,  et  par  espedal  celle  qui  s'appelloit  duçoise  et 
hlretière  de  Bretaingne;  car  elle  veoit  son  marit  monseigneur 
Carie  de  Blois  mort  et  ses  deus  fils  emprisonnes  en  Engleterre, 
Jehan  et  Ghni.  Si  vint  li  dus  d'Ango,  qui  avoit  sa  fille  à  femme, 
par  deviers  lui,  et  le  recomforta  et  consseilla  che  quHl  peult,  et 
li  proummist  qu'il  se  feroit  cause  et  chiës  de  le  guerre  contre  le 
comtç  de  Montfort.  Encorres  avoit  la  damme  un  petit  fil  qui  es- 
toit  appelles  Henris,  c'estoit  tous  ses  recomfors  ;  mes  quant  la 
damme  examinoit  bien  touttes  ses  besoingnes ,  elle  se  veoit  bien 
en  dur  parti.  Si  ploroit  et  regretoit  ses  amis,  et  bien  avoit  cause, 
enssi  comme  vous  orës  chy  apriès.  F<>  137  i*  et  V».  ' 

P.  171,  1.  31  :  que.  —  Les  mss,  A  \^  h  M  ajouteni  :  tous. 

P.  172,  1.  3  :  eurent.  —  Mss.  ^  15  à  17  :  avoient 

P.  17Î,  1.  14  :  le.  —  Les  mss.  ^  15  «  17  ajouteni  :  fort. 

P.  172,  1. 15  :  d' Auroy,  —  Le  ms,  A  iti  ajoute  :  que  le  roy 
Artur  fist  jadis  faire  et  fonder.  F»  285. 

P.  172,  1.  19  :  par  le....  Englès  —  Les  mss.  A  ajoutent  ces 
mots  qui  manquent  dans  le  ms.  ^  1 .' 

P.  172,  1.  28  :  fleur. — Les  mss.  ^  1  à  6,  8,  15  â  17  ajoutent  : 
de  la  chevalerie. 

P.  172,  1.  27  :  li  Breton.  —  Les  mss.  A  iti  à  il  ajouteni  :  et 
les  Anglois. 

P.  172,  1.  30  :  li  To\s.  —  Lems.  Ail  ajoute  :  Cliarles.  F»  327. 

P.  173,  1.  2  :  chevalier.  —  Les  mss.  A  8,  15^17  ajoutent  :  et 
escuiers. 

P.  173,  1.  28  :  Douvres.  —  Le  ms,  B  6  ajoute  :  et  vinrent  si  à 
point  que  le  roy  d'Engleterre  et  ses  trois  filz,  le  duc  de  Qa-^ 
renche ,  le  duc  de  Lenclastre,  le  conte  de  Canterbruge,  estoient  à 


346  CHRONIQUES  DE  J.  FjROISSART.  [1364] 

Douves  pour  festier  le  conte  Loys  de  Flandres  qui  là  estoit  arivés 
pour  le  cause  de  ung  mariage  aidier  à  parfaire,  qui  estoit  com- 
menchiet  entre  monsigneur  Aimmon ,  conte  de  Gantbruge ,  et  le 
fille  du  conte  de  Flandres.  F^"  65i. 

P.  173,  L  30  :  hiraut,  —  Les  mss,  B  3,  k  et  les  mss,  À  ajou^ 
tent  :  et  li  donna  le  nom  de  Windesore  et  moult  grant  pourfit. 

P.  173,  1.  3i  :  je  fui.  —  Le  ms,  A  17  ajoute  :  depuis  moult 
suffisamment  informé. 

§  84S.  Il  est  bien  voirs. — Ms.  d Amiens  :  Si  escripsi  li  comtes 
de  Montfort  ceste  avenue  en  pluisseurs  lieux  et  par  espedal  au 
roy  Edouwart  d'Engleterre ,  qu'il  tenoit  et  appelloit  père ,  car  il 
avoit  euv  sa  fille  en  mariaige.  Si  vinrent  ces  nouvelles  au  dit  roy 
au  cinqime  jour  de  le  bataille  à  Douvres.  Et  emporta  lettres  de 
creanche  ungs  variés  poursiewans  armes,  qui  avoit  estet  à  le  ba- 
taille et  que  li  roys  englès  fist  tantost  hiraut,  et  li  dounna  le  nom 
de  Windesore,  et  moult  grant  prouffit  :  par  lequel  hiraut  noum- 
met  Windesore  je  fui  enfourmës  de  ceste  bataille  et  de  l'ordoun- 
nanche,  si  comme  vous  avés  oy  chy  dessus  recorder,  car  j'estoie 
à  Douvres  au  jour  qu'il  y  vint  et  que  les  nouvellez  y  furent  pre- 
mièrement sceuves.  Et  le  cause  pourquoy  li  roys  englès  estoit 
adonc  là  et  grant  fiiison  des  seigneurs  d'Engleterre,  je  le  vous 
diray. 

En  ce  tamps  que  chilx  hiraux  Windesore  ariva  là  à  Douvres, 
estoit  là  venus  li  roys  d'Engleterre.  avoecq  lui  li  dus  de  Lan- 
castre  et  messires  Aimmons,  comtes  de  Carabruge ,  si  doi  fil,  et 
grant  fuison  de  seigneurs  d'Engleterre,  telz  que  le  comte  d'A- 
rondel,  le  comte  de  Salebrin,  le  comte  de  Herfort,  le  jone  comte 
de  Pennebrucq,  le  jone  comte  de  le  Marce,  monseigneur  Gautier 
de  Mauny,  le  seigneur  Despenssier,  le  seigneur  de  le  Ware,  mon- 
seigneur Ricart  de  Pennebruge,  monseigneur  Alain  de  Boukesele, 
monseigneur  Richart  Sturi,  le  seigneur  de  Ferières,  m<»iseigneur 
Thummas  de  Grantson  et  pluisseurs  autres  seigneurs,  barons  et 
chevaliers,  pour  festiier  le  comte  Loeys  de  Flandres,  je  vous 
diray  cause  pourquoy. 

A  che  donc  assës  nouvellement  avoit  estet  tretiez  li  mariaiges 
de  monseigneur  Ainmon ,  ccmte  de  Gantbruge,  filz  au  roy  d'En- 
gleterre, et  de  madamme  Marie,  fille  au  comte  Loeys  de  Flan- 
dres, qui  estoit  veve  dou  jone  duc  de  Bourgoingne,  si  comme  chy 
dessus  est  registre.  Si  estoient  là  assainblé  cil  seigneur  pour  or- 


[1364]      VARIANTES  DU  PREMIER  LIVRE,  §  542.         347 

dominer  marîaige  et  assigner  ce  qae  chacuns  devoit  avoir.  Li 
roys  d'Engleterre  donnoit  à  son  fil  le  comté  de  Pontieu,  le  comte 
de  Ghines,  le  terre  de  Melch  et  de  Oye,  et  telz  drois  qu'il  enten- 
doit  à  avoir  en  le  comté  de  Haynnau ,  de  Hollande  et  de  Zel- 
landez,  qu'il  ne  faisoit  mies  adonc  petis,  de  par  madamme  la 
roynne  Phelippe,  sa  femme,  qui  fille  avoit  estet  au  comte  de 
Haynnau,  enssi  que  vous  savés.  Si  furent  là  chil  seigneur  d'En- 
gleterre  et  de  Flandres  en  grans  reviauz  et  en  grans  esbate- 
mens  Tespasse  de  quatre  jours ,  et  y  eut  grans  disners  et  biaux 
et  bien,  ordoonnés.  Et  leur  vinrent  ces  nouvelles  certaines  de 
Bretaingne,  dont  ils  furent  moût  resjoy,  especialment  li  roys 
englès  et  li  comtes  de  Flandres,  li  roys  englès  pour  ce  qu'il  avoit 
tondis  fait  cfaief  et  partie  de  ceste  gerre  avoecq  le  comte  de 
Montforty  liquelx  comtes  avoit  eu  sa  fille  espousée,  et  li  comtes  de 
Flandrez,  pour  tant  que  il  est  cousins  germains  au  comte  de  Mont- 
fort. 

Apriès  ces  festes  et  ces  reviaux  qui  furent  à  Douvres,  prist 
li  comtes  Loeis  de  Flandres  congiet  au  roy  et  as  barons  d'En- 
gleterre ,  et  rapassa  le  mer  et  vint  à  Calais.  Si  le  raconvoiierent 
li  dus  de  Lancastre  et  li  comtes  de  Gantbmges  et  les  en  meoB.  U 
comtes  de  Flandres  avoecq  lui  en  Flandres  pour  jever  et  esbattre, 
et  furent  à  Yppre,  à  Bnighes  et  à  Ghand,  et  partout  si  bien  venu 
et  si  bien  recheu.  Endementroes  ordounna  li  roys  englès  grans 
messaiges  pour  envoiier  deviers  le  pappe  Urbain  [dnqime  *] 
pour  dispensser  che  mariaige ,  car  il  estoient  moult  prochain  de 
linaige  ;  car  autrement  sans  dispenssations  n'avoit  li  comtes  de 
Flandres  acordé  sa  fille  au  roy  d'Bngleterre.  Or  nous  soufierons 
nous  à  parler  de  ceste  matère,  et  revenrons  au  comte  de  Montfort 
et  dirons  coumment  il  persévéra. 

P.  174, 1.  7  :  devant.  ^^  Le  ms.  A  il  ajoute  :  de  la  ditte  ba* 
taille  d'Aurroy. 

P.  174,  1.  17  :  conseil.  —  Le  ms.  A  17  ajoute  :  qui  illecques 
se  tenoienty  lesquelz  le  reçurent  moult  grandement  et  moult  hono- 
rablement, ainsi  qu'il  appartenoit  à  un  tel  prince  et  si  grant  sei- 
gneur. F«  327  v«. 

P.  174,  1. 18  :  l'avoit.— iiff*.  i?  3,  ^  1  â  6,  8  «  14,  18  à  23  ; 
l'avoient. 

P.  174,  1.  20  :  besongne.  —  Ms.  A  il  :  grant  bataille. 

I.  Le  manuserit  tt  A  mien  s  parle  :  «  VI«  ».  Mauvaise  leçon. 


348  CHRONIQUES  DE  J.  FROISSART.  [4364] 

P.  474,  I.  S6  à  28  :  Et  donna....  pourfit.  —  Cet  lignes  man^ 
queni  dans  les  mss,  B  3^  B  k  et  dans  les  mss.  A. 

P.  174,  1.  30  :  trois  —  Ms.  A  17  :  quatre  on  cinq. 

?•  175,  I.  3  :  Aymons.  —  Le  ms,  A  17  ajoute  :  son  frère. 

P.  1 75,  1.  6  :  Bruges.  —  Le  ms»  B  8  ajoute  :  et  à  Gand  et  en 
pluiseurs  bonnes  villes  et  s'y  tinrent  bien  ung  mois,  et  puis  s'en 
retournèrent  en  Engleterre.  F«  652. 

5  iMS.  Li  contes.  —  Ms»  d  Amiens  :  Apriès  le  bataille  et  le 
grant  desconfitore  qui  fu  devant  Auroy,  où  toutte  li  fleur  de  Bre- 
taingne  fu  morte  et  prise,  li  comtes  de  Montfort  se  tint  à  son 
siège,  et  dist  qu'il  ne  s'en  partiroit  jusques  à  tant  qu'il  l'aroit.  Et 
envoies  dire  à  chiaux  dou  casdel  que,  se  il  se  volloient  rendre 
bellement  à  lui  et  recepvoir  à  seigneur,  il  leur  pardonroit  son 
mautalent  et  les  lairoit  joir  et  possesser  de  tout  chou  qu'il  avoient 
en  le  fortrèche.  Ghil  d'Auroy  se  conssillièrent  et  regardèrent 
coumment  leurs  sirez  estoit  mors,  et  tout  li  baron  de  Bretaingne 
de  leur  costë,  mort  et  pris,  meysmement  pris  leur  capttainne, 
Henris  de  le  Saiiternelle ,  et  grant  fuisson  de  bons  compai- 
gnons  qui  le  fortrèce  avoient  aidiet  à  deffendre  et  à  garder  en 
avant.  Si  ne  veoient  nul  apparant  de  comfort  de  nul  costë, 
siques,  tout  ezaminet  et  considère  le  bien  et  le  mal ,  il  se  rendi- 
rent et  rechurent  le  comte  de  Montfort  à  seigneur  et  à  souverain. 
Et  entra  li  dis  comtes  en  le  ville  et  ou  castiei  d'Auroy  à  grant 
solempnitë,  et  li  fissent  tout  feaultë  et  houmage. 

Quant  il  eut  pris  le  possession  dou  casdel  et  de  toutte  le  terre, 
il  eut  consseil  qu'il  se  trairoit  devant  le  bcmne  ville  de  Jugon  à 
touttes  ses  hos,  et  pria  aflectueusement  à  monseigneur  Jehan  Camb- 
dos  qu'il  volsist  demourer  avoecq  lui;  car  de  son  consseil  et  de  sen 
ayde  avoit  il  grant  mestier.  Messires  Jehans  Gamdos  li  otria,  et  ossi 
fissent  tout  li  Englès  pour  l'amour  de  lui.  Si  s'en  vinrent  li  comtes 
de  Montfort  et  touttes  ses  hos  devant  Jugon  et  l'environnèrent  tout 
autour,  et  dissent  qu'il  ne  s*en  partiroit,  si  l'aroient.  Et  ordon- 
nèrent li  seigneur  d'Engleterre  qu'il  ne  ranchonneroient  nuls  de 
leurs  prisonniers  jusques  à  tant  que  leur  guerre  seroit  acbievëe. 
Si  furent  envoiiet  messires  Bertran  de  Claiequin,  li  comtes  d'An- 
choire ,  li  comtes  de  Joni ,  li  sirez  de  Rays ,  li  sires  de  Rieus ,  li 
sirez  de  Toumemine  et  bien  soissante  chevaliers  tous  prisoun- 
niers,  à  monseigneur  Jehan  Camdos  et  à  ses  gens,  en  Poito,  et 
espars  en  pluisseurs  lieux,  les  ungs  à  Plasac,  les  autres  à  Niort, 


11364]      VAIUANTBS  DU  PREBilER  UVRE,  §  543.         349 

les  autres  à  Pons  ou  a  ^Saintes  ou  à  Lusegnon  ou  en  le  Rocelle 
ou  à  Saint  Jehan  rAngelier.  £ns$i  fissent  tout  li  autre  de  leurs 
prisonniers,  mes  il  leur  faisoient  courtoise  prison  et  les  recreoient 
sus  leurs  fois  bellement  sans  tenir  enfremës,  ne  loiier  en  fers  ne 
en  buies»  et  toudis  se  tenoit  li  sièges  devant  Jugon. 

Quant  chil  de  Jugon  virent  le  puissanche  et  FefiTort  don  comte 
de  Montfort  et  que  nul  ayde  ne  leur  apparoit,  si  n'eurent  mies 
consseil  d'iaux  longement  tenir,  mes  se  rendirent,  et  tinrent  le 
dit  comte  à  seigneur  et  li  fissent  feaultë  et  hoummaige.  Si  entra  li 
dis  comtez  en  le  [ville  de  Jugon]  et  souverains  :  enssi  se  faisoit  il 
noummer  et  escripre.  £t  remua  tous  offisciiers  et  y  mist  gens  à 
sen  ordounnanche,  et  puis  se  parti  de  Jugon.  Quant  il  s'i  furent 
rafresci  environ  cinq  jours ,  il  s'en  vinrent  devant  le  bonne  ville 
de  Dignant.  La  mist  il  grant  siège  et  qui  dura  bien  avant  en 
l'ivier,  car  la  ville  est  forte  et  estoit  adonc  bien  garnie.  £t  ossi  li 
dus  d'Ango  leur  mandoit  qu'il  les  recomforteroit  sans  faulte.  Geste 
esperanche  les  fist  tenir  moult  longement  et  endurer  et  soufinr 
tamaint  assault.  Finablement,  quant  il  virent  qu'il  n'aroient  point 
de  secours  et  que  leurs  pourveanches  amenrissoient,  il  se  compo- 
sèrent et  acordèrent  as  tretiës  don  comte  de  Montfort.  Et  se  ren- 
dirent par  composition  que ,  se  dedens  deux  mois  en  avant,  plus 
fors  de  lui  apparoit  en  Bretaigne,  qui  le  boutast  huers  par  forche 
d'armes  ou  autrement,  de  le  partie  monseigneur  Garlon  de  Blois 
à  qui  il  avoient  fait  feaultë  et  houmaige,  il  estoient  quitte  et  ab- 
sob  de  leur  tretiet;  autrement ,  les -deux  mois  acomplis,  il  le 
tenoient  à  duch  et  à  seigneur. 

Li  comtes  de  Montfort  leur  acorda  voUentiers,  et  envoiea  douze 
hommes  de  le  ville  de  Dignant,  tous  des  plus  riches,  qui  furent 
cran  et  hostaiges  pour  aemplir  ces  couvens,  en  le  cite  de  Venues, 
et  puis  chevaucha  avant  et  vint  droit  devant  le  ville  et  le  cite 
de  Campercorrentin.  Et  i  ariva  toutte  sen  host  où  il  avoit  plus 
de  quinze  mil  hommes,  et  tous  les  jours  U  croissoient  gens  qui  li 
venoient  d'Engleterre  et  d'autres  pays,  qui  queroient  et  deman- 
doient  les  armes,  et  il  ne  les  savoient  bonnement  ou  avoir  fors  en 
Bretaingne.  Enssi  asega  li  comtes  de  Montfort  le  chitë  de  Cam- 
percorrentin, qui  est  moult  belle  et  moût  forte.  Et  y  avoit  adonc 
très  bonne  gens  et  qui  bien  s'aquitèrent  de  le  garder,  car  li  sièges 
y  fu  moût  longement,  et  petit  y  fissent  de  leur  prouffit,  tant  qu'il 
y  sissent,  en  assallant  et  en  escarmuchant  chiaux  de  dedens. 
F«M37v«eU38. 


350  CHRONIQUES  DE  J.  FROISSART.  [1364] 

P.  175,  1.  10  :  Auroy.  —  ^^.  -^  i7  :  le  fort  chasteau  d'Auroy 
que  le  vaillant  roy  Artiir  fit  faire  et  fonder  jadb.  F^  3S8. 

P.  175,  1.  13  :  de  le  Sautemèle.— ilf«.  A  6,  8,  15  à  17  :  de 
Sautemelle. 

P.  175,  1. 14  :  et  tonte  le  fleur.  —  M$,  if  6  ;  et  plus  de  qua- 
rante. P»  650. 

P.  175,  1.  24  :  le.  —  Zir  lîw.  ^  17  ajoute  :  belle. 

P.  175,  1.  30  :  vinrent.  —  Mss,  A  :  vint. 

P.  176,  1. 1  :  trois.  —  Ms.  A  15  :  quatre.  F«  286. 

P.  176,  1.  6  :  herriier.  —  Mss.  ^  15  à  17  ;  harier. 

P  176, 1,  11  :  chemina.  ^-  Mss.  A  :  chevaucha. 

P.  176,  l.  11  et  12  :  Dignant.  —  Mss.  A  iH  à  il  :  Dinan. 

P.  176,  l.  14  à  16  :  li  dus....  faire.  —  Ms.  A  17  ;  le  duc 
Charles  de  Blois  si  leur  avoit  moult  bien  dit  que  ilz  se  tenissent 
ainsi  comme  bonnes  gens  dévoient  faire. 

P.  176,  1.  16  et  17  :  conforteroit.  —  Ms.  A  il  ajoute  :  tan- 
tost. 

P.  176,  1,  17  :  fist.  —  Le  ms.  A  17  (^foute  :  longuement* 

P.  1 77,  1.  4  :  nesun.  —  Mss.  A  :  nul. 

P.  177,  1.  10  :  le  pays  de  Bretagne.  —  Ms.  ^  15  :  le  bon 
pais  de  Bretaingne.  —  Ms.  A  il  :  tout  le  demourant  du  bon  pais 
de  Bretaingne. 

§  844.  Entrues.  «—  Ms.  it  Amiens  :  Or  avint  enssi ,  entroes 
que  on  seoit  devant  Can^rcorrentin ,  que  li  roys  de  Franche 
avoit  eus  pluisseurs  conssaux,  pourpos  et  ymaginations  depuis  le 
bataille  d'Auroy  et  le  mort  son  cousin  monseigneur  Carie  de 
Blois,  je  vous  diray  sus  quel  estât.  Li  conssaux  dou  roy  de  Fran- 
che regardoient  que  li  comtez  de  Montfort  avoit  mort  et  des- 
confiât  celi  qui  se  tenoit  et  escripsoit  dus  de  Bretaingne ,  et  que 
tous  li  pays  avoit  ossî  ou  li  plus  et  tenoit  à  seigneur,  et  avoecq 
lui  tous  les  barons,  chevaliers  et  escuiers  de  Bretaingne,  et  estoit 
maintenant  durement  fors  ens  ou  pays ,  car  il  avoit  l'acord  et 
Tayde  des  Englès  qui  lui  faisoient  sa  guerre,  et  prendoît  villes, 
chités  et  castiaux  en  Bretaingne,  et  estoit  bien  tailliés  dou  pren- 
dre, car  nulx  n'aloit  au  devant  :  lesquelles  villes,  chités  et  cas- 
tiaux vorroit  tenir  par  concquès  et  metti^e  hors  du  demainne, 
ressort  et  hoummaige  de  Franche.  Dont,  pour  ce  péril  escieuwer, 
il  fu  regardé  et  avisé  en  Franche  et  remoustré  au  roy  Carie  fina- 
blement  qu'il  n'avoit  que  faire  de  gueriier  contre  le  comte  de 


[4364]      VARIANTES  DU  PREMIER  LIVRE,  §  544.  351 

Montfort  pour  la  duchë  de  Bretaingne ,  ne  de  perdre  le  serviche 
et  roummaige  d'un  si  grant  pays  comme  Bretaingne  est  ;  car  telle 
estoit  li  entendon  dou  comte  de  Montfort  que,  se  il  le  conqueroit 
par  forche ,  il  le  voroit  tenir  à  tousjours  mes  sans  houmage  et 
sans  resort.  Ossi  il  avoit  et  tenoit  bonne  pais  au  roy  d'Engle- 
terre  :  si  ne  pooit  y  estre  que  haynne ,  mautalens  et  dissentions 
ne  s'esmeuissent  entre  leurs  gens,  ens  en  cas  que  chacuns  voroit 
faire  partie  pour  son  amy,  enssi  que  devant  avoit  esté;  et,  se 
fortune  avoit  comfortë  et  eslevet  le  comte  de  Montfort,  on  li 
souffresist. 

Si  furent  tretiet  de  pès  mis  avant ,  et  regardé  quelx  gens 
s'en  ensonnieroient.  Or  m'est  advis  que  li  arcevesques  de  Rains, 
li  sires  de  Craan  et  messires  Boucicaux,  marescaux  de  Fran- 
che, en  furent  cargiet  de  par  le  roy  et  le  consseil  de  Franche. 
Et  vinrent  chil  seigneur  en  Bretaingne  deviers  le  comte  de  Mont- 
fort ,  monseigneur  Jehan  Gamdos  et  les  autres  de  son  consseil , 
qui  se  tenoient  à  siège  devant  Gampercorrentin ,  et  li  remoustrè- 
rent  bellement  et  sagement  sus  quel  estât  li  roys  de  France  les 
envoyeoit  là  et  coumment  c'estoit  li  vollentés  dou  roy  de  Franche 
que  li  comtes  de  Montfort  demourast  dus  de  Bretaingne  à  perpe- 
tuelité,  parmi  tant  qu'il  le  tenist  en  foy  et  en  hoummage  dou  dit 
roy,  enssi  que  li  autre  duc  en  avant  l'ont  tenu  de  le  couroutme 
de  Franche.  Avoecq  tout  ce,  messires  Oliviers  de  Glichon  devoit 
ravoir  toutte  se  terre  entièrement,  et  tout  chil  qui  de  l'acoit  le 
comte  de  Montfort  avoient  esté ,  et  leur  estoient  pardounné  tout 
mautalent.  Ghilx  tretiés  se  coummencha  à  entamer,  mes  il  no  fu 
mies  si  tost  conclus,  quoyque  li  comtez  de  Montfort  y  entendesist 
vollentiers  ;  car  il  avoit  si  grans  alianches  au  roy  englès ,  qu'il 
n'en  vot  riens  faire  sans  son  acord,  et  lui  segnefia  tout  l' estât  dou 
tretiet,  et  li  envoiea  par  deux  de  ses  chevaliers  où  il  avoit  moult 
grant  fianche.  Quant  li  roys  d'Engleterre  Tentendi,  se  s'i  acorda 
assés  legierement  et  le  loa  bien  au  comte  de  Montfort  qu'il  le 
fesist.  Se  retournèrent  li  chevalier  qui  envoieyet  avoient  estet  en 
Engleterre,  et  dissent  à  leur  seigneur  tout  ce  que  li  roys  englès 
en  avoit  respondut. 

Si  fu  assés  tost  apriès  li  pais  acordée  et  confremmée  devant 
Gampercorrentin.  Et  entra  li  comtes  de  Montfort  en  le  ditte  chité 
comme  dus,  et  fu  en  avant  tenus  et  noummés  dus  de  Bre- 
taingne ,  et  rechupt  les  fois  et  les  hoummaiges  des  gentils  hom- 
mes de  Bretaingne,  barons,  chevaliers  et  escuiers,  et  de  toutte 


352  CHRONIQUES  DE  J.  FROISSÀRT.  [1365] 

la  dacë  entirement.  Et  s'en  parti  la  femme  monseigneur  Carie  de 
Blois  et  vint  à  Paris,  et  eut,  par  l'ordounnanche  de  le  pès  environ 
vingt  mil  florins  bien  assignes  par  an  en  Bretaingne ,  une  comté 
et  terre  c'on  dist  de  Pentèvre.  Et  dubt ,  avoecques  tout  chou ,  li 
comtes  de  Montfort  mettre  grant  painne  à  le  délivrance  de  ses 
cousins,  les  enfans  monseigneur  Carie  de  Blois ,  qui  estoient  pri- 
sonnier en  Engleterre.  Et,  se  11  comtes  de  Montfort,  noumës  dus 
de  Bretaingne,  moroit  sans  avoir  hoir  de  loial  mariaige,  la  duchë 
devoit  retourner  as  hoirs  monseigneur  Carlon  de  Blois.  Enssi  vint 
li  comtes  Jehans  de  Montfort  à  l'iretaige  de  Bretaingne  pour 
quoy  il  avoit  tant  gueriiet,  et  li  comtes  ses  pères  et  madamme 
sa  mère  et  messires  [Oliviers]  de  Clichon  ossi.  Et  tout  li  autre 
chevalier  et  escuier  ossi  qui  avoient  estet  de  son  acord,  tout  leur 
fu  rendu  et  restitué,  et  encorres  grans  nombre  d*argens  pour  leur 
arrierages.  F«  138. 

P.  177,  1.  12  et  13  :  abstraint.— Jfj.  A  8  :  estraindi.  F«  251 
V»,  —  Mis.  -rf  15  à  17  ;  contraingnit,  contramgnoit. 

P.  177,  1.  28  :  taions.  —  Mss.  ^  8,  15  à  17  :  ayeul. 

P.  178,  1.  22  :  moiiens,  —  Mss,  A  :  messages. 
'  P.  181,  1.  1  :  laiier.  —  Mss.  A  S,  Ib  à  17  :  laissier. 

P.  181,  1. 16  :  de.— Ztf  ms,  A  il  ajoute  :  la  noble  conté  de. 

P.  181,  1.  17  :  frans.  —  Ms.  JB  6  :  florins.  F»  656. 

S  54tS.  Avoech.  —  Ms.  if  Amiens  :  Assés  tost  apriès,  se  ma- 
ria li  dus  de  Bretaingne  à  l'ainnée  fille  madamme  la  princesse 
de  Galles,  que  elle  avoit  eue  de  monseigneur  Thummas  de  Hol- 
landes. 

Si  se  coummenchièrent  li  baron,  li  chevalier  et  li  escuier,  qui 
avoient  estet  pris  à  le  bataille  d'Auroy,  à  ranchounner  et  à  yaulx 
délivrer  pjetit  à  petit;  mes  messires  Bertrans  de  Claiequin  ne  le 
fu  mies  si  trestost,  car  on  lui  demandoit  plus  de  cent  mille  frans. 
Toutteffois,  quant  il  se  mist  à  finanche,  messires  Jehans  Camdos 
en  eult  cent  mille  tous  appareilliés. 

Encorres  avint,  en  cel  yvier  que  li  paix  de  Bretaingne  fu  or- 
donné[e]  et  confremmëe,  de  quoy  tous  li  pays  looit  Dieu  à  jointes 
mains,  car  il  avoient  eu  et  porté  le  guerre  le  derme  de  vingt 
trois  ans  continuelx,  que  li  roynne  Jehanne,  ante  au  roy  de  Na- 
vare,  et  li  roynne  Blanche,  soer  au  dit  roy,  et  li  captaus  de 
Beus^  qui  estoit  prisounniers  à  Paris,  enssi  que  vous  savés, 
avoecq  aucuns  bons  seigneurs  de  Franche ,  s  ensonniièrent  de  le 


[1365]      VAKIANTES  DU  PREMIER  LIVRE,  §  546.         353 

|)ais  entre  le  roy  de  Franche  et  le  roy  de  Navare.  Si  fa  tant 
ponrparlëe  et  demenëe  que  elle  se  fist.  Et  fu  li  captaus  de  Beus 
quittes  de  se  prison,  et  demourèrent  au  roy  de  Franche  Mantes 
et  Meulent.  Si  eut  li  rois  de  Navarre,  par  le  composition  de  le 
pais,  soissante  mil  francs,  et  messires  Loeys  de  Navarre,  qua- 
rante mil,  pour  aucuns  castiaux  qu  il  avoit  en  Normendie,  qu'il 
vendi  et  rendi  au  roy  de  Franche.  Et  se  parti  assés  tost  apriès 
pour  aller  ent  à  Naples  et  pour  espouser  le  fille  à  le  roynne  de 
.Napples.*  Si  se  mist  li  dis  messires  Loeb  de  Navare  hors  dou 
royaumme  de  Franche  en  grant  aroy,  mes  il  mourut  sus  le 
voiaige.  Dieux  en  ait  l'ame,  car  il  fu  moult  gentil  et  courtois  che- 
valiers. P»138. 

P.  182, 1.  23  :  Nemouses.  —  Mss,  A  :  Nemox,  Nemoux. 

P.  183,  1.  6  :  virgonda,  —  Ms.  A  8  ;  vergoingna.  F*»  262  v». 

P.  183,  1.  9  :  chevalier.  —  Mss,  ^  8,  15  <i  17  ;  escuier. 

P.  183,  1,  14  :  11  rois,  —  Le  ms,  A  il  ajoute  :  de  France, 

P.  183,  1.  14  et  15  :  aultres  chastiaus  en  Normendie.  — 
Ms.  S  6  :  aultres  hiretaiges  et  le  baronnie  de  Montpellier  qui 
depuis  luy  fu  retoUue.  F"  657. 

P.  183,  1.  19  :  France.  —  Le  ms,  A  il  ajoute  :  son  cousin. 

P.  183,  1.  20  :  florins.  —  Mss.  A  :  frans. 

P.  183,  1.  22  :  dame.  —  Mss.  A  :  royne. 

P.  183,  1.  23  :  pechiés.  —  Mss.  A  :  deflautes. 

P.  183,  1.  23  :  car.  —  Les  mss.  ^  15  à  17  ajoutent  :  il  fut 
moult  vaillant  homme  d'armes  à  son  temps  et.  Ms.  ^  1 7,  f^  331 .    < 

P.  183,  1.  23  :  moult.  —  Le  ms.  A  i^  ajoute  :  vaillant  et. 

P.  183, 1.  16  à  23  :  En  ce  temps....  chevaliers.  —  Ms.  ^  6  ;  En 
che  tamps,  fu  fait  le  mariaige  du  jonne  sire  de  Gouchy  [avecques 
madame  Ysabel,  fille  au  roy  Edouart] ,  et  fu  quite  de  sa  foy  et 
de  se  prison  et  s'en  alla  en  chelle  année  en  Pruse,  et  Teste  après 
il  retourna  en  Engleterre  et  espousa  ens  ou  castiel  de  Windesorc 
la  dessus  dite  damme.  Sy  vous  dy  que  as  noches  il  y  eult  grant 
feste  et  grant  solempnitë.  F°  657. 

§  S46.  En  ce  temps.  —  Ms.  tt Amiens  :  En  ce  temps  estoient 
les  Gompaignies  si  grandes  en  Franche  que  on  ne  savoit  que 
faire  ;  car  les  guerres  dou  roy  de  Navarre  et  de  Bretaingne  es- 
toient fallies.  Si  avoientapris  chil  compaignon  qui  poursieuwoient 
les  armes,  à  pillier  et  à  vivre  d'avantaige  sus  le  plat  pays,  et  ne 
s'en  pooient  ne  voUoient  détenir  ne  astenir.  Et  tous  leurs  retours 

VI  —  23 


354  CHRONIQUES  DE  J.  FROISSART.  [1365] 

estoient  en  Franche ,  car  il  n'osoient  demorer  en  la  dnché  d'Ac- 
quittainne,  la  terre  dou  prinche,  ne  on  ne  leur  euistmies  souf- 
fert. 

Et  ossi  H  plus  grant  partie  des  cappitainnes  estoient  gascon  et 
englèSf  homme  tenant  dou  roy  d'Engleterre  et  dou  prinche.  De 
quoy  li  roys  de  Franche  et  tous  H  royaummes  se  contentoit  mal. 
Et  si  ne  le  pooient  autrement  amender,  car  ces  Compaignes  es- 
toient si  fort  et  si  esrami  de  mal  faire,  que  on  ne  savoit  auquel 
entendre,  pour  yaux  bouter  hors  dou  royaumme  de  Franche. 
F*  138  y^. 

P.  184,  1.  H  :  Nequedent.  —  Mss.  ^  8,  15  à  17  :  Neant- 
moins. 

P.  184,  1.  13  :  ensus.  —  Mss,  ^  8,  15  a  17  :  arrière. 

P.  184,  L  19  :  un  —  Les  nus,  ^  15  «  17  ajoutent  :  vaillant. 

P.  184,  1.  20  et  21  :  ensonniiés.  —  Mss.  ^  8,  15  à  17  ;  em- 
besoigniez. 

P.  184,  1.  28  :  assentir.  —  Mss.  ^8,  15  ^  17  :  consentir. 

§  iS47.  Quant  li  papes.  —  Ms,  et  Amiens  :  Si  regardèrent  li 
papes  et  li  cardinal  qu'il  y  avoit  ung  roy  en  Espaîgne  qui  s'ap- 
pelioit  damps  Pierres,  plains  de  mervilleuses  oppinions,  et  estoit 
durement  rebelles  as  coummandemens  et  ordounnanches  de  l'E- 
glise et  Tolloit  sousmettre  tous  ses  voisins  crestiens,  especialement 
le  roy  d' Arragon ,  qui  estoit  bons  et  catoliques ,  et  H  avoit  tolut 
grait^  partie  de  se  terre,  f Avoecq  tout  chou ,  chils  roys  dans 
Pierres  d'Espaingne  avoit  trois  frerres  bastars  dou  bon  roy  Al- 
phons ,  qui  fu  si  vaillans  homs ,  dont  li  uns  avoit  nom  Henris  ; 
li  secons,  dan  Tilles;  et  li  tiers,  Sanssez.  Chils  roys  Pierres  les 
hayoit  durement  et  ne  les  pooit  veoir  dalles. lui,  mes  vollentiers 
par  pluiseurs  fois  les  ewist  mis  à  fin  et  décollés ,  se  il  les  ewist 
tenus.  Si  estoient  il  moult  grant  gentilhomme  de  par  leur  mère, 
mieux  de  par  leur  père.  Et  avoit  mis  chilx  roys  Pierres  leur  mère 
à  mort  diviersement  et  sans  cause  :  dont  moult  desplaisoit  as 
enffans  et  à  pluisseurs  haus  barons  et  chevaliers  de  leur  linage 
et  dou  royaumme  de  Castille.  Et  estoit  si  crueux  et  si  plains  d'o- 
reur  et  d'austereté ,  que  tout  si  homme  le  cremoient  et  reson- 
gnoient  et  le  hayoient,  se  moustrer  il  l'osassent.  Et  avoit,  si  comme 
famme  couroit,  fait  morir  une  très  bonne  damme  qu'il  avoit  eue 
à  femme ,  fille  au  duc  Pierre  de  Bourbon  qui  demoura  à  Poitiers , 
et  sereur  à  le  roynne  de  Franche  et  as  autrez  :  celles  de  Savoie, 


[i36S]      VARIANTES  DU  PREMIER  LIVRE,  §  847.         355 

de  Halcourt  et  de  Labreth ,  dont  moult  il  desplaisoit  à  tous  le 
linage  de  le  damme,  qui  est  uns  des  plus  nobles  dou  monde. 

Encorres  couroit  famme  sus  ce  roy  d'Espaingne ,  de  ses  gens 
meysmes,  que  il  s'estoit  amiablement  composes  au  roy  de  Grenade 
et  au  roy  de  Bellemarine,  qui  estoient  ennemy  de  Dieu  et  incré- 
dule. Et  se  doubtoient  ses  gens  que  il  ne  fesist  aucuns  griefs  et 
molestés  en  son  pays  et  ne  violast  les  églises,  car  ja  retolloit  et 
prendoît  les  biens  de  TEglise  et  constraindoit  les  prelas  et  les 
varies  de  Dieu  par  mannierre  de  tîrandise.  Dont,  quant  li  papes 
et  li  collèges  de  Romme  olrent  ces  complaintes  et  furent  enssi 
enfourmé  sour  lui,  si,  ne  le  veurent  mies  conssentir,  que  trop 
grant  meschief  n'en  avenist.  Si  lu,  à  le  requeste  de  ses  frerres  et 
des  nobles  de  son  pays,  amonesté  qu'il  venist  en  coiu*t  de  Romme, 
pour  lui  laver  de  ses  pechiés  et  excuzer  de  ses  oribles  fais  dont 
il  estoit  amis.  Mes  il,  comme  orgilleus  et  presumsieux,  n'y  daigna 
ne  vot  venir,  mes  persévéra  tondis  en  son  peciës.  Si  fîi  public- 
quement  excumeniiës  en  court  de  Romme  conmie  incrédules,  et 
mist  li  Sains  Pères  tout  le  royaumme  d'Espagne  en  le  main  de 
Henry,  frère  bastart  à  ce  roy  Pière,  et  le  légitima  à  tenir  royaum- 
.  me  et  hiretaige,  et  li  proummist  grandement  à  lui  aidier.  Ossî 
fist  li  roys  de  Franche,  qui  moult  amoit  che  Henri;  car  il  Tavoit 
tondis  vollenders  servi  loyaument  en  ses  guerres,  par  terre.et  par 
mer. 

Si  fu  en  ce  tamps  mandés  li  roys  Pières  d'Arragon  en  Avignon, 
et  li  fu  remoustret  en  quel  voUenté  on  estoit  de  confondre  et 
eiilier  che  roy  dan  Pière  d'Espaigne,  qu'il  rebutoient  pour  bou- 
gre et  mauvais  crestiien.  Li  roys  d'Arragon  y  entendi  voUentiers, 
car  il  le  haioit  durement ,  et  offii  à  ouvrir  son  pays  et  tous  les 
destrois  d'Arragon  pour  entrer  en  Espaingne  sans  dangier.  Geste 
offre  rechuprent  en  grant  gré  li  Eglise  et  Henris  li  Bastars  d'Es- 
paingne.  Si  fu  adonc  regardé  et  advisé,  pour  mettre  hors  les 
Compaignes  dou  royaumme  de  Franche,  que  on  y  aideroit  à  dé- 
livrer monseigneur  Bertran  de  Claiequin.  Cliils  avoit  bien  tous 
les  Bretons  de  son  acord  et  les  menroit  là  oCi  il  voroit.  Et  li 
comtes  Jehans  de  le  Marche,  fibs  jadis  à  ce  gentil  chevalier  mcm- 
seigneur  Jaquemon  de  Bourbon,  se  feroit  ungs  grans  chiés  en  ce 
voiaige ,  pour  contrevengier  le  mort  de  se  cousine  germainne  la 
roynne  d'Espaingne ,  que  li  roys  Pières ,  si  comme  fammes  cou- 
roit, avoit  estainte  et  fait  morir.  Et  ossi  messires  Anthonnes, 
sirez  de  Biaugeu,  uns  moult  appers  chevaliers  et  assés  grans  sires, 


356  CHRONIQUJBS  DE  J.  FROISSART.  [1365] 

s'en  feroît  chîës  avoecqu^s  les  deux  dessus  dis.  Adottc  fu  traide 
li  rédemption  de  monseigneur  Bertran  de  Claiequin ,  et  fu  ran- 
chounnës  à  cent  mil  frans.  Et  en  paiièrent  li  pappes  et  li  collèges, 
li  roys  de  Franche  et  Henris  li  Bastars  qui  s'appelloit  adonc 
comtes  d'Esturges,  chacun  se  part.  Si  fu  ossi  chilx  voiaiges  se- 
gnefiiës  à  monseigneur  Jehan  Camdos,  et  en  fu  grandement  priiés 
qu^il  en  volsist  y  estre  l'un  des  chiës  ;  mes  il  s'escuza  et  n'y  vot 
mies  adonc  aller. 

Si  en  furent  priiet  et  mandet  aucun  bon  chevalier  dou  prin- 
che,  dont  li  aucun  y  alèrent  et  li  autre  sescusèrent.  Toutteffois, 
messires  Ustasses  d'Aubrecicourt,  messires  Hues  [de]  Cavrelëe, 
messires  Gautiers  Huet,  messires  Robers  Ceni  et  messires  Per- 
ducas  de  Labret  s'i  acordèrent  à  aller.  Et  furent  adonc  man- 
det touttes  les  capitainnes  des  Q>mpaignes,  c'est  assavoir  : 
Briqet,  Carsuelle,  Naudon  de  Bagerant,  Aimmenon  de  l'Ortige, 
Ouri  TAlemanty  Batillier,  Espiote,  le  bourch  Kamus,  le  bourc 
de  Bretuel,  le  bourc  de  Lespare  et  pluisseurs  autres  qui  vin- 
rent en  Auvignon.  Et  furent  si  bien  prechiet  et  tant  priiet  qu'il 
s'acordèrent  à  aller  en  ce  voiaige  et  amener  avoecq  yaux  touttes 
leurs  routtez,  où  il  avoit  plus  de  trente  mil  hommes,  parmy  grant 
argent  qu'il  eurent  et  que  Henris  ossi  leur  proummist,  se  il  pooit 
venir  à  sen  entente  et  qu'il  fust  roys  de  Castille.  Adonc,  quant 
tout  fu  acordë,  ces  cappittainnes,  pour  encoulourer  et  enbelUr 
leur  guerre,  envoiièrent  de  par  yaulx  tous  certains  messaiges  de- 
viers  le  roy  dan  Pière  d'Espaingne,  que  il  volsist  ouvrir  les  pas 
de  son  royaumme  et  aministrer  vivrez  et  pourveancez  as  pèlerins 
de  Dieu  qui  avoient  empris  et  par  dévotion  d'entrer  et  aller  en 
Grenade  sur  les  incredullez.  Quant  li  roys  dams  Pières  oy  les 
nouvelles ,  si  n'en  fist  que  rire  et  respondi  qu'il  n'en  feroit 
riens. 

Dont  s'esmurent  cil  seigneur,  ces  gens  d'armes  et  touttes  ces 
Compaignes  environ  le  Toussains  l'an  mil  trois  cens  soissante  cinq. 
Et  se  dubrent  tout  trouver  à  Montpellier,  à  Besiers  et  à  Nerbonne 
et  sus  le  pays  de  Franche  là  environ  qui  leur  estoit  ouvers  et 
appareilliës.  Et  passèrent  petit  à  petit  le  royaunune  de  Franche  et 
parmy  Parpegnant,  qui  est  la  première  chitë  dou  royaumme  d'A- 
ragon,- et  partout  trouvoient  il  vivres  à  grant  fuison.  Si  en  avoient 
pour  leurs  deniers  grant  marchië  ;  mes  les  routtes  de  Compaignes 
ne  se  pooient  tenir  de  toudis  pillier  et  rober,  car  il  n'avoient 
[joint  apris  à  paiier  leurs  menus  frcs  par  les  hostelx  où  il  lo- 


[1366]      VARIANTES  DU  PREMIER  LIVRE,  §  547.  3S7 

gdient.  Si  fissent  moût  de  maux  partout  où  il  converssoient.  Tant 
esploitîèrent  cil  seigneur  de  Franche  :  premièrement  messires 
Jehans  de  le  Marche ,  fils  qui  fu  à  monseigneur  Jaque  âe  Bour- 
bon, messires  Bertrans  de  Claiequin,  li  sires  de  Biaugeu,  mes- 
sires Ernoulx  d'Audrehen,  li  Bèghes  de  Vellainnes,  messires 
Jehans  de  Noefville,  li  Bèghes  de  Villers,  li  Alemans  de  Saint 
Venant,  messires  Gauvains  de  Bailloel,  messires  Jehans  de  Ber- 
gettes  et  pluisseur  autre  bon  chevalier  et  escuier  de  Franche,  de 
Bourgoingne ,  d'Artois  et  de  Picardie  ;  et  de  le  prinçauté  :  mes- 
sires Ustasses  d'Aubrecicourt ,  messires  Mahieux  de  Goumay, 
messires  Hues  de  Cayrelëe ,  messires  Jehans  de  Brues ,  messires 
Robers  Geoi  et  tout  cil  qui  conduisoieot  les  Compaignes,  qui  pas- 
sèrent tout  le  royaume  d'Arragon  et  les  pors  outre  Arragon  et 
le  grosse  aige  qui  départ  Castille  et  Arragon,  et  reconquisent 
toutte  le  terre  que  ii  roys  dans  Pières  de  dstille  avoit  de  jadis 
concquis  sus  le  royaumme  d'Aragon. 

Quant  li  roys  d'Espaingne  entendi  ces  nouvelles,  que  Fran- 
chois,  Englès,  Gascon  et  Breton  estoient  entré  en  son  pays  si 
cfforceement  que  riens  ne  durcit  devant  yaux ,  [si  en  fu  dure- 
ment courouchiez,  et  dist  qu'il  y  meteroit  remède  et  en  cha- 
cerok  hors  tous  chiaux  qui  entré  y  estoient.  Si  fist  ung  moult 
grant  mandement  par  tout  son  royaumme;  mes  il  estoit  si 
hays  des  frans  et  des  villains  que  trop  peu  de  gens  y  obéirent. 
Encorres  plus  avant,  quant  il  dubt  chevauchier  contj*e  ses  enne- 
mis ,  il  trouva  que  tout  le  relenquirent  et  se  traissent  deviers 
le  bastart  son  frère  Henri,  et  le  convint  partir  et  fuir  à  vir- 
gongne,  ou  il  ewist  estet  pris  à  mains,  et  s'en  vint  à  Seville,  le 
milleur  chité  de  toutte  Espaingne.  Quant  il  y  fu  venus,  il  ne  se 
senti  mies  trop  asseur,  mes  fi^t  toursser  et  mettre  en  nefs  et  en 
kalans  tout  son  grant  trésor  qu'il  avoit  de  lonch  tamps  là  assam- 
blé ,  et  mist  ens  es  nefs  sa  femme  et  ses  enfans ,  et  se  parti  à 
privée  mesnée ,  tous  desbaretez  et  descomfortés ,  avoecques  lui 
un  grant  baron  d'Espaigne  qui  oncques  ne  se  vot  desloyauter  en- 
viers  lui ,  que  on  appelloit  dan  Ferrant  de  Castres,  sage  chevalier 
et  hardi  durement.  Si  ariva  enssi  li  roys  dans  Pières,  à  privée 
mesnée  et  comme  ungs  hommes  desconfis  et  desbaretés ,  en  Ga- 
lisse,  à  ung  port  c'on  dist  le  Caloigne,  où  il  y  a  fort  castiel  dure- 
ment. Si  se  bouta  laiens  à  sauveté ,  son  trésor,  sa  femme  et  ses 
enfians  et  dan  Ferrant  de  Castres  tant  seuUement  avoecques  lui. 
Or  vous  dirons  de  Henry  son  frère,  qui  entrés  estoit  en  Es- 


358  CHRONIQUES  DE  J.  FROISSART.  [4366] 

patgne  à  tout  grant  puissanche,  coumment  il  [persévéra.  fF"**  .138 
y  et  439.  «^ 

P.  i85,  1.  6  :  moutepUoient.  —  Mss.  A  :  multipUoient. 

P.  485,  U  9  :  un.  —  Les  mss,  ^  15  à  17  aJoiUeni  :  mauvais* 

P.  185,  1.  10  :  opinions.  —  Les  mss.  ^  15  à  17  ajoutem  : 
faulses  et  mauvèses. 

P.  185,  h  12  :  sousmettre.  —  Les  mss.  ^  15  à  17  iyouuni  :  et 
subjuguer. 

P.  185,  1.  Id  :  estoit.  —  Ze  m^.  ^  17  ajotae  :  moult  vaillant 
prince  et. 

P.  185,  1.  17  :  cilz.  -— Xr  ms.  A  11  ajoute  :  mauvais. 

P.  485,  1.  21  :  Sanses.  —  Le  ms,  A  17  ajoute  :  6u  Sanson. 

P.  185,  1.  25  :  dou.  —  Le  ms.  A  il  ajoute  :  vaillant. 

P.  185,  1.  25  :  très.  —  Mss.  ^  8,  15  à  17  ;  dès. 

P.  186, 1.  4  :  famés.  —  Les  mss*  ^  15  à  17  ajoutent  :  et  com- 
mune renommée. 

P.  186,  1.  9  :  de  austérité. —JIff/;  A  %^  45  à  17;  d'auctorité. 
Ms.Ail,  f  332  V. 

P.  186, 1.  10  :  crempient.— Jlfj;r.  ^  8,  15  :  doubtoient.  F*  263 
y^.  —  Ms.  A  il  :  craingnoient. 

P.  186, 1.  21  :  Tramesainnes.  —  Ms.  A  8  :  Tresmesaines. 

P.  186,  1.  25  :  prelas. — Les  mss.  A  ajoutent  :  de  sainte  egHse. 
—  Le  ms.  B  6  ajoute  :  car  il  tenoit  que  evesques,  que  prelas  j 
que  abbés,  plus  de  six  vingt  prisonniers.  F^  658. 

P.  187, 1.  5  :  amis.  —  Mss.  A  8,  15  :  encoulpez.  —  Ms.  A  17  ; 
a  court  encoulpez. 

P.  187,  1.  14  :  concitore.  —  Mss,  A  :  consistoire. 

P.  187,  1.  23  :  de  bouche  de.— Jlfii.  ^  15  à  47  :  débouté  du. 

P.  188,  1.  3  :  li  Bastars.  —  Les  mss.  ^  15  à  17  ajoutent  :  de 
Gistelle. 

P.  188,  L  4  :  délivrance.  —  Ms.  B  6  ajoute  :  il  s'en  ala  en 
Avignon,  et  là  ly  fu  remoustré  quelle  cose  iJ  avoit  à  faire  :  se  s'y 
acorda  legierement  et  voUentiers.  P  660. 

P.  188,  1.  44  :  si  y  alèrent....  dou  prince.  —  Ms,  B  6  ;  en- 
core revinrent  à  ches  gens  d'armes  grant  confort  de  la  terre  du 
prinche,  plus  de  trois  cens  lanches.  F®  663. 

P.  188,  1.  17  :  Huet.  —  Le  ms.  B  6  ajoute  :  messire  Hues  de 
Hastingkes,  messire  Gaillars  Vighier  et  Gaillart  de  le  Mote,  mes- 
sire Robert  Cheni ,  messire  Robert  Brickés  et  Jehan  Carsuelle , 
Bernai rt  de  le  Salle,  David  Hollegrave  et  moult  d'autres  bonnes 


[i366]      VARIANTES  DU  PREMIER  LIVRE,  §  S47.         359 

gens.  Sy  se  trouvèrent  en  la  chité  de  Nerbonne  et  là  environ.  Sy 
passèrent  oultre  devers  Parpignant,  le  première  chité  à  che  costë 
du  roialme  d* Aragon.  F^  663. 

P.  i88,  1.  20  :  le  Marce.  — i>  ms.  J  m  ajoute  :  avoit  adonc 
assez  pou  veu  et.  —  Le  ms,  B  6  ajoute  :  aisnës  ûlz  de  jadis  de 
monsigneur  Jacques  de  Bourbon.  F"  66i . 

P.  d88,  1.  29  :  ViUers.  —  Jlfw.  A  :  Villiers. 

P.  i  89,  1.  5  :  nommer.  —  Le  ms.  B  6  ajoute  :  Tous  les  Bre- 
tons estoient  avecques  messire  Bertran  de  Glaikin.  Là  estoient 
messire  Olivier  de  Mauny,  messire  Jehans  de  Malatrait,  Pierres 
d'Ansenis ,  Guillames  du  Bruel ,  Aliet  de  Thalay  et  Thiebaut  du 
Pont.  F»  661. 

P.  i89,  1.  12  à  16  :  messires  Robers  Briquet....  Perrot  de 
Savoie.  —  Le  mç.  B  6  ajoute  :  messire  Perducas  de  Labreth,  Ri- 
chars  Tanton,...  le  sire  d'Aubeterre,  Guiot  dou  Pin  et  Perrot  de 
Bray. 

P.  189, 1.  13  :  Carsuelle.  —  Mss.  ^  15  à  17  ;  Cressuelle, 

P.  189,  1.  13  :  Lamit. —  Les  mss.\A  15  à  17  ajoutent  :  Maie- 
terre,  breton.  F»  289  v*. — Lems.Ail  ajoute  :  de  Saint  Melair. 
F»  333  v«. 

P.  189,  1. 15  :  Batillier.  —  il/;j.  ^  15  ^  17  ;  Bataillië,  breton. 

P.  189,  1.  15  :  Espiote.  —  Mss.  ^  15  à  17  :  Lespiote. 

P.  190,  1.  10  et  11  :  et  se  hastèrent....  peurent.  —  Ms  B  %  : 
sy  se  commenchèrent  à  esmouvolr  environ  Noël  et  à  prendre  le 
chemin  devers  Parpignant  et  Arragon.  F"  662. 

P.  190,  1.  19  :  de  force.  —  Ms.  B  6  ;  Tant  esploitèrent  ches 
gens  d'armes ,  qui  bien  estoient  quarante  mille ,  que  il  passèrent 
à  Vallenche  le  Grant. 

P.  190,  1.  30  et  31  :  Bourghegnon.  —  Le  ms.  B  6  ajoute  : 
Thiois,  Flament,  Gascon  et  gens  de  toutes  nations.  F^  66(i« 

P.  191,  1.  14  :  Henri.  — Le  ms.  B  6  ajoule  :  et  Tavoient  cou- 
ronné roy  en  le  chité  de  Burges.  P  665. 

P.  191  y  1.  20  :  la  milleur  cité.  —  Ms.  ^  6  :  la  darenière  et  le 
plus  lontaigne  [ville]  de  son  royalme.  T°  664. 

P.  191,  \.  22  :  calans.— ilf«.  ^  8,  15  ô  17  :  coffres.  F- 265. 

P.  191,  1.  22  :  trésor.  — JLe  ms.  B  6  ajoute  :  mais  il  en  perdy 
plus  trois  fois  qu'il  n'en  peuist  rassambler,  car  il  avoit  son  grant 
trésor  en  pluiseurs  villes  et  castiauU  parmi  le  royalroe  de  Castille. 
F»  664. 

P.  191,  1.  25  :  homs.  —  Mss.  ^  15  à  17  :  chevalier. 


360  *     CHRONIQUES  DE  J.  FROISSART.  [4366] 

P.  i9i,  (.  27  :  durement.  —  Le  ms.  B  6  ajotUe  :  Et  entrues 
concquîst  le  roy  Henry  à  pau  de  fait  tout  le  royalme  de  Castille 
et  le  royalme  d'Espaigne,  de  Lion ,  de  Toullette ,  de  Gorduan  et 
de  Seville,  et  devinrent  tous  si  homme  et  ly  jurèrent  foy  et  obéi- 
sanche  à  tousjours  mais.  F"*  665. 

P.  .192,  1.  i  :  comment. —  Le  ms.  ^  i5  ajoute  :  comment  il  se 
mamtint  et  comment  il  persévéra  après.  F^  290. 

§  548.  Ensi  que.  —  Ms,  et  Amiens  :  Enssi  que  j'ay  dit  devant, 
chilx  roys  dans  Pières  estoit  si  hays  par  tout  le  royaume  de  Cas- 
tille que,  si  tost  que  li  comte,  li  baron  et  li  chevalier  virent  Henri, 
son  frère,  là  venir  à  tout  si  grant  puissanche,  tout  se  traissent  par 
deviers  lui  et  le  rechuprent  à  seigneur,  et  chevaucièrent  par  tout 
avoecq  lui,  et  fissent  ouvrir  chitës,  villes,  bours  et  castiaux  et 
touttes  mannierres  de  gens  faire  hoummaiges  et  criier  :  «  Vive 
Henri,  et  muire  dans  Pières  qui  nous  a  esté  si  cruels  et  si  per- 
vers! »  Et  amenèrent  li  seigneur  d'Espaingne  le  dit  bastart 
Henry,  c'est  assavoir  :  messires  Gomès  Garille,  li  grans  maistrez 
de  Caletrave  et  li  maistrez  de  Saint  Jaqueme,  à  Asturghes,  et  le 
couronnèrent  à  roy  et  li  fissent  tout  feaulté  et  hoummaige,  et  le 
tinrent  à  seigneur,  et  li  jurèrent,  présent  les  chevaliers  de  Fran- 
che et  d'Engleterre,  que  jammais  il  ne  li  fauroient,  ne  pour  à 
morir  ne  le  relenquiroient.  F<^  139. 

P.  192,  1.  5  :  en  cor.  —  Mss.  ^  8,  15  «  17  :  en  chief. 

P.  192,  1.  17  :  hausters.  —  Ms.  A%  :  mal.  P  265.  —  Ms.  A 
15  ;  et  nous  a  fait  tant  de  maulx.  —  Ms^  A  il  :  très  mauvais. 

P.  192,  l.  26  :  morroient. —  Le  ms,  A  il  ajoute:  et  vivroient 
avecques  lui. 

P.  193,  1.  5  :  'Bretons.  —  Le  ms»  A  il  aJouU  :  Picars  et 
Bourgongnons.  F*  335. 

S  849.  Quant  li  rois.  —  Ms,  iT Amiens  :  Si  se  tinrent  en  As- 
turges  environ  quinze  jours.  Et  puis  chevaucièrent  viers  Burs, 
qui  s'ouvri  tantost  contre  le  roy  Henri,  et  puis  s'en  allèrent  viers 
Seville.  Mais  il  s'adrecièrent  parmy  le  royaumme  de  Portingal, 
conquérant  villes,  chitës  et  castiaux,  ne  nus  ne  se  tenoit  contre 
yaux,  car  il  estoient  plus  de  soissante  mil  hommes,  tous  armés  et 
bien  montés.  Et  avoient  bien  entention  ces  gens,  mes  que  il  ewis- 
sent  soubmis  le  royaume  de  Castille  en  le  voUenté  dou  roy  Henri, 
que  de  passer  oultre  et  aller  ou  royaumme  de  Grenade  et  de 


[1366]      VARIANTES  DU  PREMIER  LIVRE,  §  S49.         361 

Bdlemarîne,  et  moult  s'en  doubtoient  li  Sarrazin  et  li  royaummes 
de  Tramesaînneso 

Entroes  que  li  roys  Henrîs  chevauchoit  parmy  Castille  et  conc- 
queroit  tout  le  pays  par  le  puissanche  des  bonnes  gens  d'armes 
qu'il  avoit  amenés,  dont  messires  Jehans  de  Bourbon,  comtez  de 
le  Marche,  messires  Bertrans  de  Claiequin,  li  sires  de  Biaugeu, 
messires  Ernouls  d'Audrehen,  li  sires  de  Cavreiëe,  messires  Us- 
tasses  d'Aubrecicourt  estoient  chief  avoecq  chiauz  des  Com- 
paignes^  li  rois  dans  Pieri*es  qui  se  tenoit  à  le  Caloigne  sus  mer 
ou  royajiimme  de  Galisse,  tous  esbahis  et  desconfortés,  s'avisa, 
par  Teiiort  de  son  chevalier  Ferrant  de  Castres,  qu'il  envoieroit 
lettrez  et  messages  deviers  son  cousin  le  prinche  de  Galles,  qui 
se  tenoit  en  le  duché  d'Acquitainne,  en  lui  segnefiant  et  priant 
que,  pour  Dieu,  par  aumône  et  par  pité  et  ossi  par  linage,  il  le 
vobist  aidieret  conforter  contre  son  frère  le  bastart  et  les  mau- 
vais traiteurs  de  son  royaumme  d'Espaingne  qui  l'avoient  deshi- 
rctet.  Ces  lettrez  furent  moût  humblement  et  piteusement  escriptes 
et  envoiiées  deviers  le  prinche  de  Galles,  qui  se  tenoit  à  Bour- 
diaux.  Quant  li  prinches  vit  les  messages  qui  li  présentèrent  en 
jenoulx  les  lettres  de  par  son  cousin  le  roy  d'Espaingne,  il  les  fist 
lever  et  les  rechupt  moût  doucement ,  et  puis  ouvri  les  lettres  et 
les  lisi,  de  chief  en  cor,  pour  mieux  entendre,  par  trois  fois. 

Quant  il  eut  ces  lettres  bien  leuwes  et  entendues ,  il  appella 
monseigneur  Jehan  Camdos  et  monseigneur  Thumas  de  FeÛeton. 
Chil  estoient  compaignon  et  de  son  consseil  li  plus  secret.  Si  leur 
lisi  de  rechief  les  lettres  et  leur  en  demanda  consseil.  Adonc  chil 
doi  chevalier,  qui  moût  estoient  sage  et  vaillant  homme,  regar- 
dèrent l'un  l'autre  sans  mot  dire,  et  li  prinches  les  rappella  et 
pria  qu'il  l'en  volsissent  conssillier.  Lors  respondi  messires  Jehans 
Candos  et  dist  :  a  Monseigneur ,  qui  trop  embrache  mal  estraint. 
Il  est  bien  voirs  que  vous  estes  li  uns  des  prinches  du  monde  li 
plusprisiés,  li  plus  doubtez  et  li  plus  honnourés,  et  tenés  par 
dechà  le  mer  grant  seignourie  et  noble  hiretaige.  Dieu  merchi, 
bien  et  en  pais  ;  ne  il  n'est  nuls  roys ,  tant  soit  puissans,  qui  vous 
osast  courouchier,  tant  estes  vous  renommés  de  bonne  chevalerie, 
de  grâce  et  de  fortunne  :  si  vous  deveroit  par  raison  souffîre  ce 
que  vous  avés  et  non  acquerre  nul  ennemy.  Il  est  bien  voirs  que 
chils  roys  dans  Pières  dé  Castille,  qui  mainteuant  est  l^utés  hors 
de  son  royaumme,  a  esté  tousjours  ungs  rois  crueux  et  hausters 
et  plains  de  mervilleuses  senvelles,  et  par^  lui  ont  estet  fait  et 


362  CHRONIQUES  DE  J.  FROISSART.  [1366] 

eftlevë  tamaînt  mal  en  son  royaumme,  et  tamains  gentilz  hommes 
décolles  et  mors  sans  raison,  pourquoy  il  s'en  trœuve  ores  decheus. 
Avoecq  tout  ce,  il  est  ennemis  à  l'Eglise  et  ezcumeniiés  don  Saint 
Père,  et  est  réputés  comme  ungs  tirans.  Si  vous  pri,  monseigneur, 
voeilliés  le  laissier  couvenir  et  hostës  ent  vostre  argu ,  et  em- 
ploiiés  le  ailleurs,  car  en  cesti  ne  voi  ge  pas  de  raisonnable  em- 
prise pour  vous  :  autrement  je  ne  vous  saroie  consillier.  » 

Quant  li  prinches  de  Galles  eut  oy  monseigneur  Jehan  Camdos 
enssi  parler,  si  crolla  le  chief  et  dist  :  «  Camdos,  Camdos,  j'ay 
bien  veu  le  tamps,  fust  à  tort,  fust  à  droit,  que  vous  m'ewissiës 
autrement  conssilliet.  »  Adonc  se  retourna  il  deviers  monseigneur 
Thummas  de  Felleton  et  li  demanda  :  a  Messire  Thummas,  et  vous, 
qu'en  dittes?  »  Adonc  fu  messires  Thummas  de  Felleton^  qui  es- 
toit  grans  senescaux  d'Acquittainne,  tous  honteux,  et  ne  vot  mies 
desdire  Camdos,  ne  ossi  courouchierle  prinche  oultre  se  voUenté; 
si  respondi  bien  et  à  point  et  dist  :  «  Monseigneur,  vos  coers  est 
si  grans  et  si  nobles,  qu'il  ne  tent  fors  à  toutte  honneur  et  à  haute 
parfection.  Et  ceste  emprise  dont  vous  nos  mouvés  maintenant, 
est  si  grande  et  si  noble  que,  se  nous  tant  seuUement  le  vous 
conssillons  et  acordions  à  faire,  espoir  ne  seroit  ce  mie  li  acors 
dou  roy  d'Engleterre,  vostre  père,  ne  de  son  consseil,  ne  li  aoors 
ne  li  conssaux  des  barons  et  des  chevaliers  d'Acquittainne,  Si 
voeilliés  ces  coses  mettre  en  soufiranche  et  mander  le  comte  d'Er- 
mignach,  le  seigneur  de  Labreth,  le  seigneur  de  Pummiers,  le 
seigneur  de  Lespare,  cesti  de  Courton,  cesti  de  la  Barde,  le  comte 
de  Pierregorch  et  les  barons  de  Gascomgne ,  qui  sont  vo  feable 
chevalier,  par  lesquelx  il  appertient  assés  que  ceste  cose  soit  dé- 
menée ,  et  seloncq  ce  qu'il  vous  consseilleront,  vous  ouverés.  » 
—  «  fin  nom  Dieu,  respondi  11  prinches,  enssi  sera  fait.  »  Si  fu 
ordonné  de  par  le  prinche  d'escripre  et  de  mander  tous  les  ba- 
rons et  les  saiges  [hommes]  de  la  duché  d'Acquitainne,  et  de  y 
estre  à  Bourdiaux  dedens  un  jour  qui  y  fu  mis,  et  furent  tenu  lî 
messagier  dou  roy  d'Espaigne  tout  aise,  et  leur  fu  respondu  qu'il 
ne  pooient  avoir  responsce. 

A  che  consseil,  qui  fu  assignés  en  le  bonne  chité  de  Bourdiaux, 
vinrent  tout  li  comte ,  li  viscomte ,  li  baron  et  li  sage  chevalier 
d'Acqnittainne,  tant  dePoito,  de  Saintonge  comme  de  Gascoingne. 
lii  eult  grant  consseil  et  grant  parlement.  Et  là  remoustra  li 
prinches,  qui  fu  moult  sages  chevaliers  et  bien  enlangagiés,  coum- 
ment  li  rois  d'Espaigne  li  prioit  et  requeroit,  pour  Dieu  et  par 


[1366]      VARIANTES  DU  PREMIER  LIVRE»  §  549.         363 

pité^,  qu'il  le  volsist  conforter  contre  son  frère  le  bastart,  qui 
l'avoit  deshiretë.  Or  dist  li  princbes  de  Galles  là  |l»lus  avant,  en 
coulourant  les  besoingnes  dou  roy  dan  Pière ,  car  il  dist  enssi  : 
«  Biau  seigneur,  il  est  bien  voirs  que  tout  roy  et  enfant  de  roy 
doient  legierement  descendre  à  tels  priières,  ou  kas  qu'il  en  sont 
priiés  et  requis;  car  c*est  contre  droit  et  raison  d'un  bastart 
courounner  et  tenir  terre  et  royaunune ,  et  que  nuls  sirez  ne  s'i 
devoit  assentir,  et  qui  le  fait  ou  a  Csut,  il  erre  niaisement.  Et  est 
tout  vray,  dist  li  prinches,  que  monseigneur  mon  père  et  li  roys 
dans  Pières  ont  certainnes  aioieanches  et  confirmations  enssamble, 
pour  quoy  nous  y  sommes  moût  tenu  à  adrechier  et  ce  roy  des- 
hiretë conssillier.  Si  vous  pri  que  vous  en  voeîlliés  dire  vostre 
entente ,  car  nous  avons  bonne  voUenté  de  lui  aidier,  se  nous  le 
veons  ne  trouvons  en  vous.  » 

Adonc  respondi  li  comtes  d'Ermignacb ,  qui  estoit  li  plus 
grans  de  toutte  Gascoingne  et  dist  :  «  Monseigneur,  nous  ne 
voulions  mie  ne  poons,  se  il  plaist  à  Dieu,  vostre  bon  pourpos 
brisier  ne  estaindre;  et  moult  bonnonrablement  vous  nous  mous^ 
très  et  parles  de  cesti  voiaige.  Si  consseiUe,  mes  que  ce  soit 
li  acors  et  li  conssaux  des  barons  qui  sont  chy,  que  vous  en- 
voilés  querre  le  roy  dant  Pière  par  aucuns  de  vos  chevaliers, 
à  le  Caloigne  là  où  il  se  tient,  et,  lui  venu  deviers  vous,  si  nous 
remandës  :  nous  orons  et  verons  quel  cose  il  voira  dire,  ossi 
toutte  vostre  bonne  vollentë  et  la  besoingne  enssi  que  elle  se 
porte.  Maintenant,  voeilliés  le  escripre  et  cargier  à  deux  ou  trois 
chevaliers  de  vostre  consseil,  qui  s'en  voissent  en  Engleterre  et 
qui  le  remoustrent  au  roy  vostre  père  et  à  son  consseil.  Si  sarons 
qu'il  en  voront  respondre  ;  car,  monseigneur,  qui  voelt  emprendre 
un  si  grant  fait  que  d'un  roy  couronnet  deshireter,  et  [un  roy] 
huy  et  escachiet  de  ses  hommes  remettre  par  force  en  son  pays, 
et  en  si  grant  royaumme  comme  celi  d'Espaigne,  et  bouter  hors 
celi  qui  en  tient  le  possession  par  l'acort  et  consentement  de  tout 
le  pays  et  de  ses  voisins  le  rpy  d'Aragon  et  le  roy  de  Navarre,  il 
ne  se  puet  trop  bien  fonder  ne  enfourmer,  ne  avoir  bon  consseil, 
ne  examiner  touttes  besoingnes,  ne  quel  fin  elles  puevent  pren- 
dre. » 

Li  conssaux  le  comte  d'Ermihnach  fu  vollenticrs  oys  .et  creus, 
et  dist  chacuns  plainnement  :  «  Il  paroUe  bien.  »  Meismement  li 
princlics  dist  qu'il  le  feroit  enssi.  Là  furent  ordonné  liquel  yroieut 
en  Galisse  pour  querre  le  roy  dan  Pière.  Si  y  furent  noummet 


364  CHRONIQUES  DE  J.  FROISSART.  [1366] 

messires  Thumas  de  Feletou,  messires  Richars  de  Pontcardon, 
messires  Noël  Lorink,  messifes  Simons  de  Burlë  et  messires  Guil- 
laummes  Toursiaus ,  et  dévoient  estre  douze  nefs  cargies  de  gens 
d'armes  et  d'archiers.  Et  chil  qui  yroient  en  Engleterre,  che  fu- 
rent :  li  sires  de  le  Ware,  messires  Jehans  de  Pumiers  et  li  sires 
de  Muchident.  Si  se  ordonna  et  appareilla  chacuns  au  plus  tost 
qu'il  peut,  et  vinrent  li  Englès  qui  dévoient  aller  en  Espaingne, 
à  Bayone,  et  ordonnèrent  leurs  vaissiaux  et  leurs  gens  et  les  car- 
gièrent  de  touttes  pourveanches ,  et  li  aiitne  s'en  alèrent  en  Eo» 
gleterre. 

Endementroes  que  ces  ordounnanches,  cbil  voiaige  et  chil  par- 
lement se  faisoient,  concquist  li  roys  Henris  toutte  Castiie  ;  et  n'y 
demoura  bourcq,  chitë,  ville,  castiel  ne  maison,  qui  ne  fuist 
obeissans  à  lui,  et  tout  li  comte,  K  baron  et  li  chevalier  de  Por*- 
tingal,  de  Corduan,  de  Seville,  de  Galisse  et  de  Castille.  Et  n'osa 
li  roys  dans  Pières  plus  demourer  à  le  Caloingne,  mes  carga  ses 
vaissiaux  de  son  trésor  et  de  ses  enfTans ,  et  s'en  vint  sus  l'aven- 
ture de  Dieu  à  Baibne,  et  ariva  au  port  de  Bayoïîe  droitement 
quant  cil,  qui  le  dévoient  aler  querre,  dévoient  partir.  Si  furent 
moût  resjoy  de  se  venue  et  le  requeillièrent  moût  liement ,  et  le 
segnefiièrent  tantost  au  prinche.  F^  139  v«  et  140. 

P.  194,  1.  4  :  en  istance. —  Mss.J  8,  15  ^  17  ;  en  entencion. 

P.  194,  1.  12  et  13  :  messires  Oliviers  de  Mauni. —  Ms,  ^  iS  : 
et  son  nepveu  monseigneur  Olivier  de  Mauny .  P  291 , 

P.  194, 1.  17  :  pays.  — Le  ms.  A  M  ajoute  :  par  grant  assen- 
tement  et  comme  le  plus  digne  et  suffisant  de  tous  ceuls  qui  là 
estoient.  F*  335  v«. 

P.  194, 1.  21  :  ens  ou.  —  Mss.  ^  8,  15  à  17  :  dedens  le. 

P.  194, 1. 13  :  seulement.  —  Le  ms,  A  17  ajoute  :  qui  onques, 
pour  nulle  fortune  qui  lui  advenist,  ne  le  voult  onques  laissier. 

P.  195,  1.  23  :  cremus.  -—  Mss.  ^  8,  15  à  17  ;  crains. 

P.  196,  1.  1  et  2  :  demandèrent.  —  Les  mss,  A  15  à  17  ajou» 
tent  :  nouvelles. 

P.  196,  1.  6  :  Saint  Andrieu.  —  Ms.  A  il  :  Saint  André. 

P.  197,  1.  6  :  aise.  —  Le  ms.  A  ii  ajoute  :  et  furent  de  vins 
et  de  viandes  moult  grandement  servis. 

P.  197,  h  8  :  busioit.  —  Ms,  ^  8,  15  «  17  ;  pensoit. 

P.  198,  1.  4  :  le  Galongne.  —  Mss.  ^  8,  15  à  17  :  la  Gnlon- 
gne,  la  Goulongne. 

P.  198,  1.  29  :  cremeur.  —  Mss.  AS,  15  à  17  :  doubte. 


[i366]      VARIANTES  DU  PREMIER  LIVRE,  $  550.         365 

P.  i99, 1.  iO  et  H  :  se  il  besongnoit.  —  Mss.  ^  8,  15  à  17  : 
se  mesder  estoit. 

§  ttSO.  La  venue.  —  Ms.  d^ Amiens  :  Quant  li  prinches  sceut 
que  li  rojs  dans  Pières  e$toit  descendus  àBj^oima,  ai  en  fii  moult 
resjojs,  et  monta  tantost  à  ceval  à  belle  compaignie  des  siens,  car 
il  tenoit  grant  estât  et  noble  et  fuison  de  chevaliers  de  son  hostel. 
Si  s*en  vint  en  le  bonne  chitë  de  Ralonne ,  et  trouva  le  roy  dan 
Pière  qu'il  desiroit  moût  à  veoir,  et  monseigneur  Ferrant  de 
Castres.  Si  y  eut  entre  yaux  grans  recongnissanches  et  grans 
aprocemens  d'amours.  Et  honnouroît  li  prinches ,  qui  moult  bien 
le  savoit  faire,  moût  grandement  le  roy  dant  Pière.  Et  li  roys 
dans  Pières  s'umeKoit  ossi  très  benignement  deviers  lui,  et  li  re- 
moustroit  moult  piteusement  ses  besoingnes  et  en  quel  dangier  il 
estoit  ei^pheus.  Li  prinches  le  recomfortoit  bellement  et  sagement, 
et  li  proumetoit  comfort  et  ayde  contre  ses  malvoeillans  :  «  Sire 
et  biaux  cousins ,  disoit  li  roys  d'Espaigne,  je  say  bien  que  vous 
estes  li  sire  ou  monde  par  qui  je  puis  avoir  le  plus  grant  comfort. 
Et  se  vous  me  remetés  en  mon  hiretaige ,  je  vous  proumeth  que 
je  vous  en  donray  si  bonne  part  que  vous  en  serës  tous  comptens, 
et  feray  vostre  fil  Edouwart.  roy  de  Galisce,  et  departiray  mon 
grant  trésor,  que  j'ay  encorres  par  dedelà ,  si  avant  à  tous  vos 
hommes,  que  je  demourray  leurs  amis.  »  F^  140. 

P.  199,  1.  23  :  vuida  hors. — 31ss.  ^  15  à  17  ;  issit  hors,  issit. 
F»  267. 

P.  200,  1.  10  :  relenqui.  — Le  ms,  B  6  ajouie  :  et  par  especial 
d'un  traître  de  Castille  qui  tout  avoit  pourcachiet,  qui  s'apelloit 
Gomès  Garils.  P  669. 

P.  201, 1.  7  :  rusé.  —  Mss.  A  :  bourde. 

P.  201,  1.  9  :  trop.  —  Ms,  A  \1  :  tout.  F»  338  y\ 

P.  201,  1.  10  :  mal.  —  Ms.  A  15  :  pou.  F»  292  V. 

P.  201,  1.  22  :  austères.  —  Mss.  ^  8,  15  à  17  ;  hautains. 

P.  201,  1.  23  :  mervilleuses.  —  Ms.  A  M  :  mauvaises.  - 

P.  202,  1.  20  et  21  :  derrière.  —  Mss,  A  S,  15  A  17  ;  deceus. 

P.  203,  1.  10  :  en  un.  —  ilfj.  ^  15  :  en  une  oppinion.  P  293. 
—  Ms,  A  17  ;  en  un  propos. 

P.  203,  1.  19  :  repus.  —  Mss.  ^  8,  15  à  17  :  cachiez. 

P.  203,  1.  19  :  enfermes.  —  Ms.  A  15  :  mucié. 

P.  204,  1.  10  :  conseil.  —  Le  ms.  //  15  afouie  :  qui  l'excusa 
bien  et  saigement  envers  le  prince. 


366  CHRONIQUES  Iffi  J.  FROISSART.  [1366] 

5  ttttl.  A  ce  parlement.  —  Ms,  ^Amiens  :  Enssi  furent  il  à 
Balonne  tant  que  li  prinches  oy  nouvelles  dou  roy  d'Engleterre, 
son  père,  et  que  li  chevalier  revinrent,  que  là  envoiiës  y  avoit. 
Si  estoit  bien  lî  aoors  dou  roy  d'Engleterre  et  de  tous  les  Englès 
que  lî  prindies,  on  nom  de  Bieu,  empresist  ce  voiaige  et  remesist 
le  roy  d'Espaigne  en  son  royaumme.  Et  li  mandoient  encorres  li 
roys  englès  et  ses  conssanx  qu'il  n'espargnast  mies  or  ne  argent 
ne  gens  d'armes,  pour  bien  et  honnourablement  parfurair  son 
voiaige,  car  il  l'en  liveroient  assës.  De  ces  nouvelles  fu  li  prinches 
de  Galles,  qui  estoit  adonc  en  le  fleur  de  se  jonèce,  durement 
liés,  et  ossi  furent  tout  li  chevallier  d'Engleterre  qui  estoient 
dallés  li,  messires  Jehans  Camdos,  messires  Thumas  de  Felleton, 
messires  Richars  de  Pontchardon  et  tout  li  autres.  F°  140. 

P.  204, 1.  i4  :  Quersin.  —  3tss.  J  iS  à  n  :  Caoursin. 

P.  205,  1.  9  :  Assés  tost.  —  Msi.  AS,  il  :  Adonques.] 

P.  205, 1.  i6  :  montèrent.  —  Les  mss.  ^  15  à  17  ajoutera  :  k 
cheval. 

P.  205,  1.  18  :  demandèrent.  »  Zej  mss.  ./  15  <?  17  ajoutent  : 
nouvelles. 

P.  205y  1.  28  :  sages.  -^  Les  mss.  ^  8,  15  à  17  ajoutent: 
hommes. 

P.  206,  1.  3  :  vint  à.  —  Le  ms,  A  17  ajoute  :  à  Londres  et  se 
loga  à. 

P.  206,  1.  6  :  li  sires.  —  Ms.  A  il  :  monseigneur  Gautier. 

P.  206,  1.  7  :  li  sires.  —  Ms.  A  11  :  monseigneur  Thomas.' 

P.  206, 1.  8  :  H  sires.  —  Ms.  A  il  :  monseigneur  Jehan.) 

P.  206,  l.  14  :  emprendre.  —  Mss.  ^  8,  15  <«  17  :  entre- 
prendre. 

P.  206,  1.  20  :  aporté  les  avoient.  —  Mss.  A  m  à  il  :  les  au- 
tres portées  avoient. 

P.  208,  l.  21  à  30  et  p.  209,  1.  1  à  9  :  Et  là....  ces  nouvelles. 
—  Ms.  A  il  :  Si  furent  ordenez  à  aler  devers  lui,  de  par  le 
prince,  monseigneur  Jehan  Chandos  et  monseigneur  Thomas  de 
Felleton,  comme  saiges  et  bien  enlangaigiez,  pour  sçavoir  son  en- 
tencion,  et  se  il  leur  voulroit  ouvrir  les  pas  et  destroiz  et  donner 
passaige  parmi  son  pais.  Si  exploictièrent  tant  par  leurs  journées 
qu'ilz  vindrent  à  Pampelune  où  ilz  trouvèrent  le  roy  de  Navarre 
qui  les  reçut^  moult  liement  par  semblant  et  festoia  grandement. 
Si  firent  tantost  leur  messaige ,  de  par  leur  seigneur  le  prince , 
qu'il  leur  ot  en  convenant  et  par  son  scellé  qu'il  lem*  livreroit 


[i3m]      VARIANTES  DU  PREMIER  LIVRE,  §  552.  367 

passaîge  et  habandonneroît  vivres,  parmi  iceulx  payant  raisonna- 
blement; mais  il  devait  avoir  six  vins  raiUe  frans,  pour  les  maulx 
et  dommaiges  que  le  roy  dam  Piètre  lui  avoit  pieça  faiz  en  son 
pais  et  osté  par  force  pluseurs  villes,  chasteaulx  appartenens  à 
son  royaume.  Et  sur  ce  retournèrent  les  diz  chevaliers  devers  le 
prince  auquel  ilz  comptèrent  toutes  ces  nouvelles.  F*  34i  • 

'  S  ttttS.  A  ce  parlement.  —  Ms»  ^Amiens  :  Tantost  apriès  le 
revenue  des  chevaliers  qui  envoiiet  avoient  estet  en  Engleterre , 
fu  ordounnës  et  assignés  ungs  grans  parlemens  à  Rayonne,  de 
tous  les  barons  et  chevaliers  de  Poito,  de  Saintonge,  de  Roerghe, 
de  Quersin,  de  Pieregorth,  de  limoain  et  de  le  terre  dou  prinche. 
Si  y  fu  pryés  li  roys  de  Navarre  dou  prinche ,  qu'il  y  volsist  y 
estre,  par  l'infourmation  de  monseigneur  Jehan  Camdos  qui  li 
dist  et  consseilla  qu'il  le  mandast ,  car  nullement  il  ne  pooit  faire 
ce  voiaige  sans  l'acort  dou  roy  de  Navarre  :.liquelx  roys  y  vint 
en  bon  arroy  et  amena  une  partie  de  son  conseil  avoecq  lui.  Là 
furent  li  comtes  d'Ermignach,  li  sires  de  Labreth,  ses  nepveux, 
li  comtes  de  Pieregorth,  li  comtes  de  €k)mmignes,  li  viscontes  de 
Quarmaing,  li  sires  de  la  Rarde ,  li  sires  de  Pumiers,  li  sires  de 
Courton,  li  captaux  de  Reus ,  li  viscomtez  de  Rochuwart,  li  sires 
de  Lespare,  messirés  Loeys  de  Halcourt,  messires  Ghuichars 
d* Angle ,  li  sirez  de  Pons ,  li  sires  de  Partenay  et  tout  li  baron 
d'Acqnittainne. 

Là  eut  à  Rayonne  grans  parlemens  et  Ions,  et  durèrent  huit 
jours  tous  entiers.  Finablement,  il  fu  ordounné  et  acordë  au  roy 
dant  Pière  que  li  prinches  de  Galles  feroit  se  puissance  de  lui  re- 
mettre en  son  royaumme.  Et  furent  là  à  che  parlement  escript 
tout  11  baron  et  li  chevalier  de  Gascoingne ,  de  Poito  et  de  Sain- 
tonge, à  quelle  candtë  de  gens  d'armes,  de  lanches  et  de  brigans 
il  le  serviroient.  Et  s'obliga  li  prinches  enviers  tous  de  telz 
sommes  d'argent  que  leurs  gages  pooient  valloir  et  monter.  Et  li 
roys  dans  Pières  de  Castille  se  robHga  et  jura  par  se  foy  de 
paiier  et  acquitter  ent  le  prinche,  et  dou  premier  paiement  paiier 
ent  aucune  cose  et  prester  ent  si  avant  que  11  siens  poroit  esten- 
dre,  et  le  demorant  rendre  et  paiier  de  deniers  appareilliez  si  tost 
que  on  Taroit  remis  en  Espaigne. 

Et  fu  sceu  et  marchande  au  roy  de  Navarre  pour  quelle  quan- 
tité de  florins  il  ouveroit  le  passage  parmy  son  pays  et  laisse- 
roit   passer  paisiulement   touttes    mannierres  de    gens   d'armes 


368  CHRONIQUES  D£  J.  FROISSART.  [1366] 

pour  entrer  en  Espaingne  «  et  leur  feroit  aministrer  viigref  et 
pourveanches  pour  vivre ,  leurs  deniers  payans.  Si  me  samble 
qu'il  dubt  avoir  pour  ceste  grasce  qu'il  feroit  au  prinche  et  au 
roy  dan  Pière,  six  vingt  mil  fraus  franchois,  et  devoit  tenir  à 
loDsjotirB  nés  pour  son  bon  hiretaige  et  paisieullement  toutte  le 
terre  de  Raincevaus  et  de  Saint  Jehan  dou  Piet  des  Pors,  qui 
marcist  à  Espaingne  et  à  Galisse,  et  que  li  roys  dans  Pières  Ji 
avoit  tolue  de  jadis.  Tout  chil  couvent  et  ces  ordounnanches 
furent  escriptes,  jurées  et  seellées,  et  se  parti  chacuns  à  l'entente 
de  lui  pourveir  et  apparillier  pour  mouvoir,  quant  li  prinches 
les  semonroit,  et  s'en  râlla  chacuns  sires  en  son  pays. 

Si  envoiea  tantost  li  prinches  ses  hiraux  en  Espaigne  pour  man- 
der ses  chevaliers  qui  là  estoient  avoecq  le  roy  Henri,  mon- 
seigneur Ustasse  d'Aubrechicourt,  monseigneur  Hue  de  Gavrelée, 
monseigneur  Afahieu  de  Gournay,  monseigneur  Gautier  Huet, 
monseigneur  Jehan  d'Ewrues,  monseigneur  Robert  Cheni  et  les 
autres,  qu'il  revenissent,  et  qu'il  avoit  grand  besoin  g  d^iaux,  et 
se  partesissent  bellement  et  sagement  de  che  roy  bastart. 

Avoecques  tout  chou ,  ii  prinches  s'en  revint  à  Bourdiaux  et  y 
amena  le  roy  dant  Pière. avoecq  lui,  et  là  fu  il  recheu  moult 
honnourablement  et  bien  festiiës.  Che  fu  environ  le  Saint  Jehan 
Baptiste,  l'an  de  grâce  Nostre  Seigneur  mil  trois  cens  soissante 
six.  Et  quant  li  roys  dans  Pières  eut  estet  plus  de  quinze  jours 
dallés  monseigneur  te  prinche  et  madamme  le  princes»^ ,  il  prist 
congiet  d'iaux  et  se  parti  de  Bourdiaux,  et  s'en  revint  à  Bayone. 
Là  se  tint  il  tout  le  tamps,  entendans  à  ses  besoingnes,  mes  il 
ooit  souvent  nouvelles  dou  prinche,  et  li  prinches  de  lui.  P 140  v«, 

P.  210,  1.  8  :  six  mil.  —  Ms,  B  6  :  six  vingt  mille  frans, 
lesquelz  on  li  devoit  envoier  à  Panpelune,  dedens  le  terme  que  le 
prinche  volloit  partir  de  Bourdiaux  pour  aller  en  che  voiage. 
F»  672. 

P.  210,  1.  18  et  p.  211 ,  1.  13  :  Quant  toutes....  prince.  — 
JUs.  A  il,  :  Quant  le  prince  eut  toutes  ses  choses  confermées  et 
ordonnées  à  Balonne  où  lors  il  estoit  et  le  roy  dam  Piètre  avecques 
lui,  et  que  chascun  sceut  qu'il  devoit  faire  ot  avoir,  il  donna  con- 
giet à  tous  ces  seigneurs  qui  là  estoient  et  retourna  chascun  en 
son  lieu.  Et  meismement  monseigneur  le  prince  s'en  revint  à 
Bourdeaulx,  et  le  roy  dam  Piètre  demoura  à  Bayonne. 

Tantost  après  ce,  les  Compaingnes  qui  estoient  en  Castelle 
ouïrent  les  herauix  du  prince  et  comment  il  les  mandoit ,  si  ne 


[1366]      VARIANTES  DU  PREMIER  LIVRE,  §  553.         369 

vouldrent  point  longuement  illec  séjourner.  Et  prindrent  tantost 
congié  au  roy  Henrri,  au  plus  courtoisement  qu'ilz  porent,  sanz 
eulx  descouvrir  Tentencion  du  prince.  F^  341  v«. 

P.  210,  L  21  :  douze.  —  J/j.  ^  15  :  quatorze.  P  295. 

P.  211,  1.  21  ;  d'Evrues.  —  Mss.  ^  8,  15  «  17  ;  d'Evrcux. 

P.  212,  1.  2  :  dou  Chastîel.  —  Ms.  J  m  :  du  Ghasteau. 

P.  212,  1.  16  :  ce.  —  Z^  ms,  ^15  ajoute  :  mauvais. 

P.  21 2y  h  20  :  pooir. —  Le  ms.  A  \^  ajoute  :  car  sur  tous  les 
princes  qui  vivent  aujourd'ui  est  il  hardi  chevalier  et  entrepre- 
nant. 

5  iSttS.  Quant  les  certainnes.  —  Ms.  d Amiens  :  Quant  les 
nouvelles  certainnes  vinrent  en  Espaingne  que  li  prinches  de  Galles 
volloit  aidier  le  roy  dant  Pière  et  ramenner  en  son  pays,  si  en 
furent  touttes  mannierres  de  gens  bien  esmerviUîet.  Nonpour- 
quant,  par  samblant,  li  roys  Henris  n'en  fist  nul  compte;  car  il  se 
sentoit  fors  assés  de  misse  et  de  gens,  parmy  chiaux  qu'il  prieroit 
et  manderoit  en  Franche  et  en  Arragon ,  pour  resbter  contre  le 
prinche.  Quant  li  chevalier  du  prinche,  qui  remandet  estoîent, 
olrent  ces  nouvelles,  et  qui  là  sejoumoient  pour  atendre  le 
passaige  qui  se  devoit  faire  en  Grenade  et  sus  le  royaumme  de 
Bellemarine,  dont  li  apparans  et  U  coummenchemens  estoit  si  grans 
et  si  biaux  c'a  merveilles,  et  que,  passet  avoit  trente  ans,  on  ne  le 
vit  si  bien  appareilliet  ne  si  bien  estoffet  de  touttes  coses,  si  en 
furent  moût  courouchiet.  Nonpourquant,  il  n'osèrent  ne  veurent 
mies  demourer  oultre  le  voUenté  de  leur  seigneur  le  prinche  ;  mes 
prissent  congiet  au  roy  Henry,  et  s'escusèrent  si  bellement  que  li 
roys  Henris  en  fii  tous  contens,  et  leur  dounna  congiet  moult  vol- 
lentiers  et  liement  et  grant  fuison  de  biaux  jeuiaux  deseure  tous 
leurs  paiemens.  Et  fist  tant  que  moult  amiablement  se  partirent  de 
U,  et  H  jurèrent  et  proummissent,  au  partir,  que  contre  tous  sei- 
gneurs et  hommes  il  le  serviroient,  excepte  le  roy  d'Engleterre 
et  ses  enfans.  Et  li  roys  Henris  dist  à  tous  grans  merchis.  Si  se 
partirent  li  dessus  noummet  chevalier  et  leurs  gens,  et  s'en  re- 
vinrent, au  mieux  qu'il  peurent,  en  le  prinçautë. 

Devant  ces  nouvelles  que  li  prinches  volsist  aidier  le  roy  dan 
Pière,  estoient  ja  une  partie  des  Compaignes  yssues  d'Espaigne,  et 
leur  avoit  li  roys  Henris  dounnet  congiet  et  paiiet  les  cappittainnes 
bien  et  largement.  Et  ossi  estoient  revenus  en  Franche  messires 
Jehans  de  Bourbon,  comtes  de  le-  Marche,  et  li  sires  de  Biaugeu. 

VI  —  24 


370  CHRONIQUES  DE  J.  FROISSART.  [1366] 

mes  messires  Bertrans  de  Claiequin  et  li  marescaux  d'Audrehen  et 
messires  Jehans  de  Noefville,  li  Bèghes  de  Yellaines  et  pluisseurs 
aultres  chevaliers  de  Franche,  estoient  demouret  dallés  loi,  et  n'en 
volloient  mies  partir  jusques  à  tant  qu'il  aroient  veu  une  partie 
de  l'emprise  dou  prinche;  car  petit  prisoient  leur  concquest,  se 
il  ne  le  pooient  deffendre  et  garder  contre  le  prinche.  F^  140  v* 
et  141. 

P.  213,  1.  10  et  11  :  s'espardirent.  —  M$s.  ^  8,  15  à  17  : 
s'espandirent, 

P.  213,  1.  3  à  9  :  où  li  rois....  grant  joie.  —  Ms.  ^  6  :  ou  le 
roy  li  fist  grant  chière ,  et  de  là  à  Toulouse  où  le  duc  d'Ango  se 
tenoit,  qui  os^  li  fist  bonne  chière  et  le  rechut  moult  amiablement, 
car  moult  Tamoit.  Et  s'en  vint  avecques  luy  par  compaignie  en 
Avignon  veoir  le  pappe  et  le  colliège.  Et  puis  vint  il  en  Franche 
où  le  roy  le  rechut  à  grant  joie.  Et  là  enCorma  messire  Berfran 
tous  chevaliers  et  escuiers ,  qui  demandoient  les  armes  et  qui  de- 
siroient  à  avanchier  leur  honneur,  que  il  se  volsissent  traire  vers 
Gastilie  pour  mouvoir  et  partir  quant  il  se  partiroit,  et  il  arment 
honneur  et  grant  proufit.  Et  pluiseurs  chevaliers  et  escuiers,  à  le 
infourmacion  de  monseigneur  Bertran ,  descendirent  et  ordonne* 
rent  leur  besoigne  et  se  partirent  de  leur  hostel  et  se  mirent  au 
chemin  devers  Espaigne,  et  ly  pluisetcr  ossy  atendirent  le  dit 
messire  Bertran.  P  682. 

P.  213,  1.  14  :  esmervilliet.  —  Ms.  A  17  :  moult  esbahiz* 
F«  342. 

P.  213,  1.  16  :  emprendoit.  —  Mss.  A^^V^  h  17  ;  entrepre' 
noit.  \ 

P.  213,  1.  26  :  d'Arragon.  —  Le  ms.  A  il  ajoute  :  son  com* 
père  et  grant  ami. 

P.  214,  1.  3  :  auster.  -^  Ms.  A  %  :  hautain.  F»  270.  —  Ms.  A 
1 5  :  orgueilleus. 

P.  214, 1.  3  et  p.  215, 1.  7  :  assegura,...  contre  lui.  —  Ce  pas^ 
sage  manque  dans  le  ms.  A  17. 

P.  214,  1.  18  :  géniteurs.  —  Mss.  A  H  à  ik  :  guetteurs.  — 
Ms.  A  15  ;  genneteurs.  P»  296. 

P.  215,  1. 12  :  leur  renderoit.  —  Ms.  A  1  :  H  responderoit. 
F»  269  V*. 

P.  215,  1.  10  et  20  :  couvignaUemènt.  —  Mss.  A  :  couvena- 
blement. 

P.  216,  I.  1  :  corons.  —  Mss.  ^  8,  15  ;  bous.  F»  270  V. 


[1366]      VARIANTES  DU  PREMIER  LIVRE»  S  ^^^-         371 

S  iS54.  fin  ce  temps.  — -  Ms  J Amiens  :  En  ce  tan^)S,  estoit  li 
prinches  de  Galles  en  le  droite  fleur  de  se  jonèche  et  ne  iu  onc- 
ques  soelës  ne  lasses,  depuis  cp'il  se  coummencha  premièrement 
à  armer,  de  gueriier  ne  de  tendre  et  emprendre  tous  fais  honnou- 
rablex  d'armes.  Et  encorres,  à  ceste  emprise  dou  voiaige  d'Espain- 
gne  et  de  remettre  che  roy  esçachiet  par  force  d'armes  en  son 
royaumme,  honneurs  et  [ntés  l'en  esmurent.  Et  bien  li  remoustroit 
et  disoit  messires  Jehans  Gamdos^  en  requoys,  qui  estoit  li  cheva- 
liers dou  monde  que  li  prinches  amoit  et  creoit  le  plus,  et  bien  le 
devoit  faire,  car  il  avoit  grandement  aidiet  à  faire  le  prinche  telx 
qu'il  estoit,  que  chilx  voiaiges  d'Espaingne  estoit  une  outrageuse 
emprise  et  se  metoit  en  aventure  de  perdre  son  pays  par  deux 
conditions  :  li  une  si  estoit  que,  se  il  estoit  desconffis  dou  toy 
Henry,  enssi  que  les  fortunnes  sont  mervilleuses ,  il  avoit  tant 
d'ennemis  de  tous  costës  que  ses  pays  en  seroit  tous  perdus  ;  au 
mieux  venir,  il  desconfesist  le  roy  Henri  et  remesist  che  roy  Pière 
en  son  royaumme,  si  se  trouveroit  il  si  endebtés  enviers  touttes 
mannierres  de  gens  et  espedaument  ces  Gompaignes,  lesquelx  on 
ne  paie  mies  à  sçn  aise»  qu'il  li  poroient,  à  son  retour,  faire  une 
très  grande  guerre  et  moult  adammagier  sen  pays.  Non  obstant 
ce,  li  prinches,  qui  conchevoit  bien  toutes  ces  raisons,  ne  s'en 
voUoit  mies  refroidier.  Et  ossi  ne  li  conssiUoit  mies  messires  Je- 
hans Gamdos,  puisqu'il  l'avoit  empris,  mes  li  conssilloit  à  rompre 
les  deux  pars  de  se  vaissiellemenche  d'or  et  d'argent  et  de  tous  ses 
jeuiaux  de  che  métal,  et  faire  ent  forgier  florins  et  deniers  et  paiier 
largement  les  compaignons  :  si  en  seroit  mieux  servu  et  plus  vot 
lentiers.  Che  consseil  tint  li  prinches,  et  fist  ensi,  qui  moût  l'avan-* 
cha;  car  il  tint,  plus  de  sept  mois,  douze  mil  hommes  à  ses  gaiges» 
ainschois  qu'il  entrast  en  Espaigne,  si  comme  vous  orés  chy  apriès. 
Se  U  couvenoit  grant  or  et  grant  argent,  pour  tel  peuple  defifretiier. 
En  ce  temps,  estoit  connestables  de  touttela  duchë  d'Acquittainne 
et  avoit  esté  ungs  grans  temps  devant,  messires  Jehans  Gamdos, 
et  grans  senescaux  de  tout  ce  pays  messires  Thummas  de  FeUeton^ 
et  marescal  messires  Guichars  d'Angle,  chils  gendlx  chevaliers,  et 
messires  Estievenes  de  Gousenton.  P  141. 

P.  216,  1. 16  :  soelés.  —  Ms.Al  :  saoulé.  P  270.  —  Mss.  A 
8,  15  à  17  :  saoulz.  F»  270  v^. 

P.  216,  1.  21  et  22  :  l'en  esmeurent.  —  if«.  ^  8  :  l'esmou- 
voient. 

P.  217,  1.  5  :  prende.  —  Mss.  A  8,  15  ;  soit.  F*  271. 


372  CHRONIQUES  DE  J.  FROISSAAT.  [1366] 

P.  218,  L  3  :  d'armes.  —  JLex  $$  555  à  559  manquent  dans  le 
ms.AM,  f»343. 

§  iStttt,  Une  fois.  ^  ilf  j.  d Amiens  :  Une  fois,  estoic  à  Bour- 
diaux  en  récréation  li  prinches  de  Galles,  avoecq  pluisseurs  cheva- 
liers de  Gascoingne,  de  Poito  et  de  Saintonge  et  ossi  dou  royaumme 
d'Engleterre,  car  il  n'en  estoit  oncques  si  sevreth  qu'il  n'en  ewist 
plus  de  quarante  dallés  lui.  Si  tourna  son  chief  dessus  le  seigneur 
de  Labreth  et  li  dist  :  «  Sire  de  Labreth,  à  quelle  cantité  de 
gens  d'armes  me  pores  vous  bien  servir  en  ce  voiaige  d'Espain- 
gne?  »  Li  sires  de  Labreth  fu  tous  appareilliés  de  respondre  et  li 
dist  :  ce  Monseigneur,  se  je  volloie  priier  tous  mes  feables  et  mes 
amis,  j'en  fineroie  bien  jusques  à  mil  lanches,  et  toutte  ma  terre 
gardée.  »  ^  a  Par  mon  chief,  dist  li  prinches,  sire  de  Labret, 
c'est  moult  belle  cose,  et  je  doy  bien  aimer  le  terre  où  j'ay  un  tel 
baron  qui  me  puet  à  un  besoing  servir  à  mil  lanches,  et  je  les  re- 
tiengs  tous,  »  dist  li  prinches.  —  «  Che  soit,  ou  nom  de  Dieu  !  ce 
respondi  li  sires  de  Labreth,  qui  s'enclina  vers  lui,  et  tout  vostre 
soient.  »  De  ceste  retenue  dubt  depuis  estre  avenus  grans  maux, 
si  comme  vous  orés  avant  en  Tistoire. 

Or  retourons  nous  as  Compaignes  qui  se  partirent  d'Espaigne 
par  fous  et  par  tropiaux,  quant  il  seurent  que  li  prinches  les  re- 
mandoit  et  qu'il  volloit  gueriier.  Si  vous  di  qu'il  eurent  moût  de 
maux  et  moult  d'encontres,  tant  en  Espaigne,  en  Arragon  qu'en 
Kateloingne,  par  gens  que  on  nomme  géniteurs,  qui  fuient  plus 
tost  par  ces  montagnes  sus  cevaux,  que  on  appelle  genès,  que  on 
ne  feroit  en  Franche  ou  en  Picardie,  à  plainne  terre,  sus  bons 
ronchins.  Et  gettent  et  lanchent  chil  géniteur,  en  fuiant  et  en  ca- 
chant, dardes  et  gavrelos,  dont  ils  sont  trop  bien  ouvrier.  Toutte»- 
fois,  en  painne,  en  périls  et  en  pluisseurs  mesaises  qu'il  eurent,  il 
rappassèrent  les  montaignes  d' Arragon  et  de  Kateloingne.  Et  se 
missent  en  trois  parties  :  les  unes  s'en  allèrent  en  costiant  Fois  et 
Berne;  les  autres,  Kateloigne  et  Hermignach;  et  li  tierche,  Arra- 
gon ;  et  descendirent  deviers  Toulouse  pour  mieux  trouver  à  vivre. 
De  celle  routte  estoient  cappittainne  messires  Robers  Cheni,  Car- 
suele  et  Briqés. 

A  ce  donc  avoit  un  bon  cevalier  à  Toulouse ,  qui  en  estoit  se- 
nescaux  de  par  le  roy  de  Franche,  et  de  tous  le  pays  toulousain, 
et  s'apelloit  messire  Gui  d'Auzai.  Quant  il  entendi  que  ces  Com- 
paignes aprochoient,  et  qu'il  n'i  avoit  que  une  routte,  espoir  de 


[1366]      VARIANTES  DU  PREMIER  LIVRE,  S  88».         373 

trois  mil  combatans,  et  qui  encorres  estoient  fotillet  et  lasset,  mal 
vesti,  mal  armet,  mal  montet  et  pis  kauchiet,  si  dist  qu'il  ne  vol- 
loit  mies  que  telx  gens  aproçaissent  Toulouse  ne  le  royaumme  de 
Franche,  pour  yaux  recouvrer,  et  que  il  les  combateroit,  s'il  plai- 
soità  Dieu.  Et  segnefia  sen  entente  à  monseigneur  Ammery,  comte 
de  Nerbonne,  au  senescal  de  Karkassonne,  au  senescal  de  Biau- 
quaire,  au  trésorier  de  Nimes  et  à  tous  les  chevaliers  et  escuiers 
de  là  environ,  en  yaux  priant  que  il  volsissent  venir  aidier  à  dêf- 
fendre  le  royaumme  de  Franche  contre  ces  Gompaingnes  qui  apro- 
choient,  ainchois  qu'il  moutepliassent  plus  ne  courussent  sus  leur 
pays.  Seigneur,  chevalier  et  escuier  furent  adonc  tout  appareil- 
liet  de  traire  avant,  car  autrement  c'ewist  este  contre  'leur  bon* 
neur,  et  se  queillièrent  et  amassèrent  à  Thoulouse,  et  bien  furent 
cinq  cens  lanches,  chevaliers  et  escuiers,  et  quatre  mil  bidaus.  Et 
se  missent  tantost  as  camps  par  deviers  Montalben,  à  sept  lieuwes 
de  Bourdiaux,  où  ces  gens  se  tenoient,  et  n' estoient  non  plus 
de  deux  cens  lanches,  mes  de  l'autre  piétaille  avoient  il  assës. 
F«  14i. 

P.  218,  1.  21  :  a.  —  Aff.  ^  8  :  treuve.  F»  271. 

P.  218,  1.  27  :  maulz.  —  Mss,  A  8,  18  :  meschief.    . 

P.  218,  1.  28  :  retournons.  —  Mss.  A  %^  18  ;  retournerons. 

P.  218,  1.  28  à  p.  219,  1.  12  :  Or  retournons...  Montalben.  — 
Ms,  B  %  :  Quant  le  plus  des  capitaines  des  Gompaignies,  qui  es- 
toient Englès  et  Gascon,  entendirent  que  le  prinche  volloit  aidier 
le  roy  dan  Piètre  et  faire  ung  voiaige  en  Espaigne  pour  Iny  re- 
mettre en  possession  du  royalme  .de  Gastille,  sy  prirent  congiet  le 
plus  courtoisement  qu'il  porent  au  roy  Benry  qui  moult  envis  leur 
donna;  mais  messire  Bertran  de  Gaikin,  qui  estoit  connestable  de 
Gastille,  luy  consilla  que  il  les  laissast  en  aller  en  nom  de  Dieu, 
car  ja  faisoient  il  moult  de  mauls  en  Gastille.  Sy  eurent  congiet  et 
se  départirent  les  Englès  et  les  Gascons  et  les  Allemans,  et  se 
mirent  ènsamble  les  Franchois  tt  les  Bretons  et  demorèrent  avec 
le  roy  Henry.  Sy  vous  dy  que  ches  gens  de  Gompaigne,  qui  se 
départirent  du  roy  Henry  pour  râler  devers  le  prinche  de  Gallez, 
eurent  moult  dur  tamps  entre  Aragon  et  Gastelongne  et  en  Gorre, 
car  le  roy  d'Arragon  par  géniteurs  et  par  villains  as  destrois  pas- 
saiges  leur  fist  faire  pluiseurs  contraires.  Touttez  fois,  il  retournè- 
rent et  se  trouvèrent  tout  en  Bigore  :  là  atendirent  ilz  l'un  l'autre 
en  une  chitë  du  prinche  qui  s'apelle  Baniers.  Et  là  fu  envoiet  par- 
ler à  yauls  messire  Jehan  Gandos ,  de  par  le  prinche ,  qui  Gst  à 


374  CHRONIQUES  DE  J.  FROISSART.  [4366] 

yauk  certains  traitiës  et  acors,  et  se  mirent  tons  en  l'obeissanche 
du  prinche.  Sy  se  deurent  ces  Gompaignes  partir  et  retraire  en 
la  terre  de  Bourdelois ,  assës  tost  après  che  que  messire  Jehan 
Candos  fu  revenus  à  Bourdiaus.  Ces  Gompaignes  estoient  environ 
quatre  mille  combatans,  tous  gens  d'eslite.  F>*  674  et  678. 

P.  218, 1.  29  :  ahers.  —  Mss.  ^  6,  7  :  aliëes.  P>  269. 

P.  219, 1.  4  :  s'avalèrent.  —Ms.A^  :  s'en  ala.  —  Ms.  A%  : 
s'avala.  P  271  v«. 

P.  219,  I.  23  :  au  conte  de  Nerbonne.  —  Ms.  ^  8  :  à  mon- 
seigneur Âymery,  conte  de  Nerbonne. 

P.  219,  1.  31  et  32  :  cinq  cens  lances  et  quatre  mil  bidaus.  — > 
Ms,  B  ù  :  bien  douze  mille  combatans.  P  675. 

P.  219, 1.  32  :  bidaus.  —  Ms.  A  15  :  petaulx  nommez  bidaus. 
F*  297  v«. 

P.  220,  1.  3  :  trouvoient.  —  Mss.  A  8,  15  :  trouvèrent. 
F»  271  V*. 

§  ttS6.  Quant  li  contes.  —  Ms.  €t Amiens.  Quant  li  comtes 
de  Nerbonne  et  messires  Guis  d'Azay,  qui  se  faisoit  souverain  et 
meneur  de  touttes  ces  gens  d'armes,  furent  parti  de  Toulouze,  il 
s'en  vinrent  logier  assës  priés  de  Montalben,  qui  adonc  se  tenoit 
dou  prinche  ;  et  estoit  adonc  cappîttaine,  de  par  le  prinche,  ungs 
chevaliers  englès  qui  s'appelloit  messires  Jehans  Trivës.  Si  en- 
voiièrent  chil  seigneur  de  Franche  leurs  coureurs  devant  Montal- 
ben, pour  atraire  hors  ces  Gompaignes  qui  s'i  tenoient.  Quant  li  cap- 
pitaînne  de  Montalbain  entendi  que  li  Franchois  estoient  venu  à 
main  armée  et  à  ost  devant  se  fortrèche,  si  en  fîi  durement  esmer- 
villiet,  pour  tant  que  la  terre  estoit  dou  prinche.  Si  vint  as  bar- 
rières dou  castiel  et  fist  tant  que,  sus  trieuwes,  il  parla  à  ces 
coureurs  et  leur  demanda  qui  là  les  envoioit,  et  pourquoy  il  s'a- 
vanchoient  de  courir  sus  le  terre  dou  prinche,  qui  estoit  amie  et 
voisinne  avoecq  le  corps  dou  seigneur  au  royaume  et  au  roy  de 
Franche.  Ghil  respondirent  et  dissent  :  «  Nous  ne  sommes  mies 
cargiet  si  avant  de  vous  respondre;  mes,  pour  vous  soeler,  se  vous 
voilés  venir  ou  envoiier  deviers  nos  seigneurs,  vous  en  ares  bien 
responsce.  d  —  «  Oil,  dist  li  cappitainnes  de  Montalben,  je  vous 
pri  que  vous  vos  retriés  deviers  yaux,  et  leur  dittes  qu'il  m'en- 
voient dire  plus  plainnëment  pourquoy,  sans  nous  defiiier,  il  nous 
guerient,  et  quel  cose  nous  leur  avons  fourfait,  ou  vous  m'empe- 
trés  un  sauf  conduit  tant  que  j'aie  estet  deviers  yaux  et  parlé  à 


[iSee]      VARIANTES  DU  PREMIER  LIVRE,  §  556.         375 

yaux.  »  Et  chil  dissent  :  «  Vollentîers.  »  II  retournèrent.  Li  sauf 
conduis  fu  acordés  et  aportës. 

lâ  chevaliers  vint  parler  au  comte  de  Nerbonne  et  à  monsei- 
gneur Gui  d'Azai ,  et  leur  demanda  pourquoi  ne  à  quel  title  il 
le  queroient.  Chil  respondirent  que  à  lui  ne  à  le  terre  dou  prin- 
che  ne  volloient  il,  fors  pais  et  amour  :  «  Mes  nous  voilons 
nos  ennemis  cachier,  où  que  nous  les  savons.  »  —  «  Et  quel  sont 
vos  ennemis  ne  où  sont  il  ?  »  respondi  li  chevaliers.  —  ce  En 
nom  Dieu ,  dist  li  comtes  de  Nerbonne,  il  sont  dedens  Montal- 
ben ,  et  se  sont  pilleur  et  robeur  qui  ont  pilliet  et  robet  sus  le 
royaumme  de  France.  Ce  ne  fait  mie  à  souffrir,  ne  ossi  tels  gens 
vous  ne  les  deveriés  mies  soustenir,  qui  pillent  et  robent  les 
bonnes  gens,  sans  nul  title  de  guerre.  Si  les  metés  hors  de 
vostre  fortrèche,  ou  autrement  vous  n'estes  mies  amis  au  royaum- 
me de  l&ance.  »  —  «  Seigneur,  dist  li  cappittainne  de  Montalben, 
il  est  bien  voirs  qu'il  y  a  laiens  gens  d'armes,  que'  monseigneur 
le  prinche  a  mandés  et  tient  à  lui  pour  ses  gens  ;  si  n'est  mies 
en  me  puissanche  que  d'iaux  faire  partir  ne  wuidier.  Et,  se  cil 
vous  ont  fait  aucun  desplaisir,  je  ne  puis  mie  veoir  bonnement 
qui  droit  vous  en  fâche  ;  car  ce  sont  gens  d'armes  :  se  les  con- 
vient vivre  où  qu'il  le  prengent.  »  Dont  respondi  li  comtes  de 
Nerbonne  et  messires  Guis  d'Azay  :  «  Ce  sont  gens  d'armes  voi- 
rement  telx  et  quelx,  qui  ne  sèvent  vivre  fors  de  pillage  et  de 
roberie,  et  qui  mal  courtoisement  ont  chevauchiet  sus  nos  mettes, 
tant  que  les  plaintes  en  sont  venues  jusques  à  nous.  Si  desplaist 
au  roy  de  Franche  que  tel  pilleur  et  robeur  keurent  et  ont  courut 
en  son  pays  ;  et  puisque  nous  savons  où  il  se  logent  et  herbegent, 
jammais  ne  retourons  arrière,  si  l'aront  amendé.  »  Quant  li  cap- 
pittainnes  de  Montalben  vit  qu'il  n'en  aroit  autre  responce,  il 
prist  congiet  et  se  parti  d'iaux,  et  s'en  revint  arrière  en  le  ville  et 
dist  bien  as  Gompaignez  qu'il  fuissent  tout  pourveu  et  avisé,  car 
il  ne  pooit  veoir  nullement  que  li  Franchois  ne  les  asaillissent  et 
combatesissent  hasteement.  P^  i4i. 

P.  2Î0,  1.  12  :  Jehans  Trivés.  —  Ms,B6  :  Thumas  de  Welle- 
fare,  vaillant  homme.  F»  676. 

P.  îîl ,  1.  7  :  mestres.  ^~  Mss.  A  :  seigneurs. 

P.  222,  1.  ii  et  i2  :  la  prinçauté.  —  Ms.  A  S  :  le  prince. 
F»  272.  —  Ms.  A  15  :  la  terre  du  prince.  F«  298. 

P.  222,  1.  19  :  le  senescaudie.  —  Mss.  A  8,  15  :  la  senes- 
chaucie. 


376  CHRONIQUES  DE  J.  FROISSâRT.  [1366) 

P.  2M,  1.  22  :  traîtte.  —  Mss.  A  %,  i5  ;  traitres. 

P.  222,  I.  26  :  Tarons.  —  Ms.  A  %  :  Tauront. 

P.  223,  I.  i  :  sen  entente.  —  Mss.  ^  8,  15  :  son  entencion. 

S  t$57.  Quant  li  compagnon.  —  Ms,  et  Amiens  :  Quant  li 
compaignon  entendirent  che  langage ,  si  ne  furent  mies  bien  as- 
seuret,  car  il  n'estoient  mies  bien  à  jeu  parti  contre  les  Fran* 
chois.  Si  se  tinrent  sus  leur  garde  dou  mieux  qu'il  peurent.  Or 
avint  que ,  droit  au  cinqime  jour  que  ces  parolles  eurent  esté , 
messires  Perducas  de  Labreth,  à  toutte  une  grant  routte  de  com» 
paignons,  dubt  passer  par  Montalben,  car  li  passaiges  estoit  par  là 
pour  entrer  en  la  prinçautë.  Si  le  fist  asavoir  à  chiaux  de  le  ville. 
Quant  messires  Robers  Geni  et  li  autre  compaignon  qui  là  se 
tenoient  pour  enclos,  entendirent  ces  nouvelles,  si  en  furent  moût 
recomfortë,  et  mandèrent  tout  secrètement  à  monseigneur  Per- 
ducas de  Labreth  le  convenant  des  Franchois ,  et  coumment  il 
les  avoient  assegiés  et  les  manechoient  durement,  et  quels  gens  il 
estoient,  et  quelx  capitainnes  ilz  avoient. 

Quant  messires  Perdukas  de  Labret  entendi  chou ,  si  n'en  fd 
de  noient  efiraës,  mes  requeilla  ses  compaignons  de  tous  les  et 
s'en  vint  bouter  par  dedens  Montalben ,  où  il  fu  rechups  à  grant 
joie;  et  encorres  Tenfourmèrent  il  plus  plainnement  dou  fait, 
si  comme  vous  avés  oy  chy  dessus.  Lors  eurent  il  d'acort  que 
Tendemain  il  s'armeroient  tout  à  cheval,  et  se  metteroient  ,bors 
de  la  ville  et  s'adrecheroient  vers  Tost  des  Franchois,  et  leur 
prieroient  que  paisieulement  les  laisseroient  passer;  et,  s'il  ne 
voulloient  chou  faire  et  que  combattre  les  couvenist ,  il  saventu- 
[rejroient  et  venderoient  chierement.  Tout  enssi  qu'il  ordon- 
nèrenty  il  fissent.  A  l'endemain,  il  s'armèrent  et  sonnèrent  leurs 
trompettes,  et  montèrent  tout  à  cheval  et  wuidièrent  hors , de 
Montalben.  Ja  estoient  armé  li  Franchois  pour  Teffroy  qu'il 
avoient  veu  et  oy,  et  tous  rengiés  et  mis  devant  le  ville ,  et  ne 
pooient  passer  les  Gompaignes  fors  parmy  yaux.  Adonc  se  mis- 
sent tout  devant  messires  Perducas  de  Labreth  et  messires  Ro- 
bers Cheni,  et  veurent  parlementer  as  Franchois  et  priier  que 
on  les  laissast  passer  paisieulement;  mes  il  respondirent  qu'il  n'a- 
voient  cure  de  leurs  parlemens,  et  qu'il  ne  passeroient  fors  parmy 
les  pointez  de  leurs  glaives  et  de  leiu-s  espées,  et  escriièrent  tan- 
tost  leurs  cris,  et  dissent  :  «  Avant!  Avant  à  ces  pilleurs  qui  pil- 
lent et  robent  le  monde  et  vivent  sans  raison!  » 


[1366]      VARIANTES  DU  PREMIER  LIVRE,  S  ^^'^^         377 

Quant  les  Gompaîgnes  virent  que  c'estoit  à  certes,  et  que 
combattre  les  couvenoit  ou  mourir  à  honte,  si  descendirent  tan- 
tost  jus  de  leurs  chevaux,  et  se  rengièrent  et  ordonnèrent  tout 
à  piet  moult  faiticement,  et  atendirent  les  Franchois ,  qui  vinrent 
sus  yaux  moult  hardiement,  et  se  missent  ossi  devant  yaux  tout 
à  piet.  Là  commencièrent  à  traire ,  à  lanchier  et  à  estechier  li 
ung  à  l'autre  grans  cops  et  appers ,  et  en  y  eut  pluisseurs  abatu9 
des  uns  et  des  autres,  de  premières  venues.  Là  eut  grant  ba- 
taille, forte  et  dure  et  bien  combatue,  et  tamaintes  appertises 
d'armes  faittes ,  tamaint  chevalier  et  tamaint  escuier  reverssë  et 
jette  par  terre.  Touttesfois,  li  Franchois  estoient  trop  plus  que 
les  Gompaignes,  bien  troy  contre  ung  :  si  n'en  avoient  mie 
le  pieur  parchon.  Et  reboutèrent  à  ce  counmienchement  les  Gom- 
paignes  bien  av^mt  jusques  dedens  le  fort  de  Montalben,  où, 
au  rentrer  dedens,  eut  maint  homme  mis  à  meschief.  Et  ewis- 
sent  eu  là  les  Compaignes,  ce  c'adonc  en  y  avoit,  trop  fort 
temps;  mes  messires  Jehans  Trivës,  qui  cappitainnes  estoit  de 
le  ville ,  fist  armer  touttes  mannierres  de  gens ,  et  coummanda 
sus  le  hart  que  chacuns,  à  son  loyal  pooir,  aidast  les  compai- 
gnons  et  qu'il  estoient  homme  au  prinche.  Dont  s'armèrent  tout 
cbil  de  le  ville,  et  missent  en  conroy  avoecques  les  Ck)mpaignes, 
et  se  boutèrent  en  l'escarmuche.  Et  meysmement  les  femmes  de  le 
ville  montèrent  en  leurs  logez  et  en  leurs  solliers,  pourveuwes  de 
pièrez  et  de  caillaux,  et  coummenchièrent  à  jetter  sus  ces  Fran- 
chois si  fort  et  si  royt,  qu'il  estoient  tout  ensonniiet  d'iaux  targier 
pour  le  get  dez  pièrez,  et  en  blechièrent  pluisseurs  et  reculèrent 
par  forche.  Dont  se  resvigurèrent  li  compaignon  qui  furent  ung 
grant  temps  en  grant  péril,  et  envairent  fièrement  les  François. 
Si  vous  di  qu'il  y  eut  là  fait  otant  de  belles  appertises  d'armes, 
de  prisses  et  de  rescousses,  que  on  n'avoit  ven  eu  grant  temps, 
car  les  Compaignes  n'estoient  c'un  petit.  Si  se  prendoient  si  priés 
de  bien  faire  que  c'estoit  merveillez ,  et  reboutèrent  leurs  enne- 
mis, par  force  d'armes,  tous  hors  de  le  ville. 

Et  avint,  entroes  que  on  se  combatoit ,  que  une  routte  de 
Gompaingnes,  que  li  bours  de  Breteul  et  Naudon  de  Bagerant 
menoient,  où  il  avoit  bien  quatre  cens  combatans,  se  boutè- 
rent par  derière  en  le  ville;  et  avoient  cevauchiet  toutte  le  nuit 
en  grant  haste  pour  là  estre,  car  on  leur  avoit  donnet  à  sentir 
que  li  Franchois  avoient  assegiet  leurs  compaignons  dedens  Mon- 
talben. Si  vinrent  tout  à  point  à  le  bataille.  Là  eut  de  rechief 


378  CHRONIQUES  DE  J.  FR01SSART.  [f366] 

grant  hustîn  et  dur,  et  furent  li  Frandiois,  par  ces  ncmyelles 
gens,  fièrement  assailli  et  combatu.  Si  dura  chiis  puigneis  et 
chils  estours,  de  Teure  de  tierce  jusques  à  basse  nonne,  fina* 
blement,  li  Franchois  forent  desconfi  et  mis  en  cache,  et  chil 
tout  emrireux ,  qui  peurent  partir,  monter  à  cheval  et  aller  leur 
▼oie.  Là  furent  pris  li  comtes  de  Nerbonne,  messires  Guis  d'Azay, 
li  sires  de  Montmorillon ,  messire  Renaus  des  Huttez,  messires 
GuiUaumes  Brandins ,  messires  Jehans  Rollans ,  li  senescaus  de 
Carcasonne ,  li  senescaux  de  Biauquaire  et  plus  de  cent  cheva- 
liers, qne  de  Franche,  que  de  Prouvenche,  que  des  marches 
là  environ,  et  mains  bons  escuiers  et  mains  riches  bourgois  de 
Toulouse,  de  Montpellier,  *de  Nerbonne  et  de  Carcasonne.  Et 
encorres  en  ewîssent  il  plus  pris;  se  il  ewissent  cachiet,  mes  il 
n'estoient  q'nn  peu  de  gens  ens  ou  regart  dez  Franchois,  et  tout 
mal  monte  et  foiblement.  Si  ne  s'osèrent  aventurer  plus  avant, 
mes  se  tinrent  à  chou  qu'il  eurent.  Celle  bataille  de  Montalben  fu 
le  vegille  Nostre  Damme,  en  le  moiienn^  d'aoust,  l'an  de  grasce 
mil  trois  cens  soissante  six.  P»  141. 

P.  223,  1.  4  :  B  compagnon.  —  Ms.  A  8  :  les  Compaignes. 
P  272  V.  / 

P.  223,  1.  8  :  asseguret.  —  Mss.  A  :  asseuTez. 
,  P.  223,  1.  iO  :  parmi.  —  Ms.  A  8  :  par. 

P.  223,  1.  25  :  eurent.  —  Mss,  A  6,  8,  15  :  furent. 

P.  224,  I.  8  et  9  :  les  Compagnes.  —  Ms.  A  S  :  ces  compai- 
gnons. 

P.  224,  i.  19  :  les  Compagnes  —  Ms.  A  ^  :  ces  compaignons. 

P.  224,  1.  26  :  estechier.  —  Mss,  A  8,  15  ;  chacier. 

P.  225,  1.  11  :  conroy.  —  Mss.  A  8,  15  :  arroy.  F»  273. 

P.  225, 1.  13  :  loges.  —  Mss.  ^  8, 15  :  logis. 

P.  225,  1.  15  :  roit.  —  Mss.  A  8,  15  :  roidement. 

P.  225,  1.  16  :  ensonûiet.  —  Mss.  A  8,  15  :  embesoingniez. 

P.  225,  l.  18  :  se  resvigurèrent.  —  Mss.  .^  6,  8^  15  ;  se  ras- 
seurèrent.  P»  260  v«. 

P.  225, 1.  24  et  25  :  Si  se  prendoient  pries.  —  Mss.  A  6,  8, 
15  :  Sy  se  penoit  chascun. 

P.  226,  l.  3  :  sentir.  —  Mss.  A  :  entendre. 

P.  226,  1.  4  :  dedens.  —  Mss.  .^  6,  8,  15  :  de. 

P.  226,  1.  7  :  dk  puigneis  et  dlz  estours.  —  Ms.  A  Q  :  ces 
batailles.  F»  261.  —  Mss.  ^  8, 15  :  celle  bataille. 
P.  226,  l.  10  :  ewireus.  —  Mss.  ^  6,  8,  15  :  eureux. 


[f366]      VARIANTES  DU  PREMIER  LIVRE,  S  ^^'        379 

P.  226,  1.  il  à  i4  :  li  contes....  Biaukaire.  —  Ms.  J9  6  :  le 
visoonte  de  Narbonne ,  le  visconte  de  Thalar,  le  visconte  de  Vil- 
laine,  le  visconte  d'Uzez,  messire  Guy  d'Azay  et  plus  de  cent  et 
dncpante  rlievaliers  forent  prins.  F^  677. 

P.  226, 1.  22  :  en  le  mi  aoust.  — -  3îss,  ^^  6,  8  :  en  aoust. 

§  558.  Apriès  la  desconfiture.  — -  Ms,  d* Amiens  :  Apriès  le 
desconfitnre  et  le  prise  des  dessus  dis,  messires  Perducas  de  La- 
bret,  messires  Robers  Geni,  messires  Jehans  Trivës,  messires  Ro- 
bers  d'Aubetière,  li  bours  de  Rretnel,  Nandon  de  Bagerant  et 
leur  routtes  départirait  leur  butin  et  tout  leur  gaaing,  dont  il 
eurent  grant  fuison.  Et  tout  chii  qui  prisonnier  avoient,  il  leur 
demouroit  et  en  pooient  faire  leur  prouffit,  ranchonner  ou  quitter, 
si  les  voUoient,  dont  il  leur  fissent  très  bonne  compagnie,  et  les 
ranchonnèrent  courtoisement,  chacun  seloncq  son  estât  et  son 
affaire,  et  encorres  plus  doucement  par  tant  que  ceste  avenue 
leur  estoit  venu  soudainement  par  biau  fait  d'armez.  Et  les  re- 
crurent tous,  petit  s^en  falli,  et  leur  donnèrent  terme  de  raporter 
leur  raenchon  à  Bourdiaux  et  ailleurs,  où  bon  leur  sambla.  Et  se 
parti  chacuns  et  revint  en  son  pays,  et  les  Gompaignes  s'en  allèrent 
deviers  monseignemr  le  prinche,  qui  les  rechupt  liement  et  les  vit 
vollentiers,  et  les  envoyea  logier  en  ung  pays  con  apelle  Bascle, 
entre  lez  montaignes. 

Or  vous  diray  qu'il  avint  de  leurs  prisonniers  qu'il  avdent 
ranchonnës  et  recrus.  Li  pappes  Urbains  fu  emfourmës  de  le  be- 
soingne  et  coumment  li  comtes  de  Nerbonne,  li  senescauz  de 
Toulouse ,  chilx  de  Biauquaire  et  de  Garcasonne ,  et  li  bon  che- 
valier et  escuier  et  les  gens  d'armes  de  ces  senescaudies  avoient 
éstet  ruet  jus  par  les  Gompaignes ,  que  li  pappes  tenoit  en  sen- 
tensce  et  excumeniiës  et  pour  mauvais  crestiiens ,  car  il  destrui- 
soient  sainte  crestienetë  sans  raison.  Si  defiendi  à  tous  chiaux 
qui  pris  avoient  este  et  qui  raenchon  dévoient ,  sus  à  estre  excu* 
meniiësy  remforchiet  et  ragrevet  et  sans  pardon ,  que  de  leurs 
compositions  il  n'en  payassent  riens,  et  les  dispenssa  de  leurs  fois 
et  de  leurs  sieremens.  Enssi  furent  quittes  cil  seigneur,  chevalier 
et  escuier,  qui  avoient  estet  pris  à  Montalben,  et  n'osèrent  brisier 
le  coummandement  dou  pappe.  Si  vint  as  pluisseurs  bien  à  point, 
et  as  Gompaignes  moult  mal,  qui  s'estoient  atendu  à  avoir  argent 
et  le  quidoient  avoir  pour  faire  leurs  besoingnes,  yauz  armer, 
monter  et  appareillier  enssi  que  compaignon  de  gherre.  Se  leur 


380  CHRONIQUES  DE  J.  FROISSART.  [1366] 

vint  moult  à  contraire  ceste  ordounnanche  dou  pappe ,  et  s'en 
complaindirent  par  pluisseurs  foix  à  monseigneur  Jeban  Camdos , 
qui  estoit  connestablez  d'Acquittainne  et  regars  dessus  touttez  les 
gens  d'armes,  et  li  priièrent  qu'il  leur  en  volsist  faire  avoir  rai- 
son; mes  il  s'en  excuzoit  bellement  deviers  yaux,  et  disoit  que 
ses  seignouries  n'estoit  mies  si  avant  que  d'arguer  ne  constraindre 
le  chief  de  l'Eglise,  le  Saint  Père  qui  est  Dieu  en  terre.  Enssi 
furent  li  compaignon  trompet  de  leurs  prisounniers,  mes  bien 
leur  proumetoient,  se  jammès  resceoient  en  leurs  dangiers,  qu'il 
leur  feroient  paiier  double  raenchon  de  deniers  appareilliés,  en- 
corres,  se  pour  tant  il  pooient  finner.  P"  i/ài  et  142. 

P.  227,  1.  6  :  avenue.  ^  Ms.Al  :  aventure.  P»  272. 

P.  227,  I.  8  :  petit  s'en  fallirent.  —  Ms,  A  ^  :  partie  s'en  râ- 
lèrent. P  26i .  —  Les  mss,  ^6,  8,  iS  ajoutent  :  sur  leurs  foys. 

P.  228,  1.  14  :  touchoit.  —  Mss.  ^  6,  8,  15  ;  toumoi«Dt 
F»  271  V. 

P.  228,  1.  14  :  pillerîe.  —  i>  nif.  ^  15  ajoute  :  et  à  villenîe. 
F»  300. 

P.  228,  !•  15  :  aultre  cose.  ^  Le  ms,  B  6  ajoute  :  Sy  s'en 
vinrent  logier  et  rafrescbir  sur  le  rivière  de  Dourdonue  et  se 
tinrent  là  ung  grant  tamps,  du  mois  d'auoust  jusques  à  l'entrée 
de  jenvier.  F»  678. 

§  t$t$9.  Nous  parlerons.  ^-  Ms,  tt Amiens  :  Moult  fi^  li  prin- 
cbes  de  Galles  grant  appareil  et  grosses  pourveanches  pour  aller 
en  ce  voiaige ,  car  il  savoit  bien  et  entendoit  assës  que  li  roys 
Henris  se  pourveoit  grandement  de  l'autre  lés« 

Or  vint  en  celle  saison  à  Bourdiaux ,  par  deviers  le  pnnche , 
James,  li  roys  de  Mayogres  :  enssi  se  faisoit  il  nommer,  mes  riens 
n'y  tenoit,  quoyqu'il  en  ewist  estet  filx  dou  roy,  car  li  roys  d'A- 
ragon tenoit  et  avoit  tenu  de  loncq  tamps  le  royaumme  de  Mayo- 
gres ,  et  avoit  jadis  par  force  conquis  le  pays  et  pris  le  père  de 
ce  roy  et  fait  morir,  et  son  fil  tenut  en  prison.  Si  en  estoit  escap- 
pës  et  allés  à  Naples ,  et  [avoit]  espousé  la  roynne  de  Naples. 
Dont,  quant  il  oy  dire  que  li  prinches  s'esmouvoit  pour  aller 
en  Espaigne  sus  le  roy  Henry,  qai  estoit  d'acort  au  roy  d'Arra- 
gon,  son  ennemy,  si  s'avisa  qu'il  se  trairoit  deviers  lui  et  li  re- 
mousteroit  ses  besoingnes ,  et  à  quel  tort  li  roys  d'Arragon  li 
avoit  ochis  son  père  et  tenoit  son  royaumme.  Et  sentoit  le  prin- 
cbe  si  grant,  si  noble  et  si  puissant,  que  par  lui  recouveroit  il 


[1366]      VARIANTES  DU  PREMIER  LIVRE,  §  5S9.  381 

sen  hiretaige,  siqaes,  quant  il  fu  venus  à  Rourdiaux,  H  prinches 
li  fist  grant  chière  et  le  rechut  bellement  et  liement,  et  li  proura- 
mîst  qu'il  feroit  son  plaîn  pooir  de  reconcqueire  le  royaumme  de 
Mayogrez  sus  le  roy  d'Arragon,  tantost  apriès  le  voiaige  d'Es- 
paingne.  Et  le  retint  11  princhez  dallés  lui  à  une  grant  somme  de 
gens ,  et  11  asigna  certainne  revenue  sus  ses  cofiPres  pour  aidier  à 
palier  ses  menus  frès,  et  li  fist  très  bonne  compaignie  en  tous 
estas.  F»  14Î  V». 

P.  229,  1.  1  :  Selevestre.— ilf«.  ^  8, 15  ;  Sevestre.  F»  273  V. 

P.  229,  1.  2  :  don  Eruel.  —  ilfj.  ^  15  :  de  Rueil.  F»  300. 

P.  229,  L  2  :  Lakonet,  —  Ms.  ^  15  :  Lacouet  et  monseigneur 
Eustace  de  la  Houssoie. 

P.  229,  1.  8  à  16  :  Ossi  U....  sur  ce.  —  ilf^.  i?  6  :  En  che 
tamps  que  li  parlement  sont  en  Engleterre  par  usaige ,  et  tondis 
à  le  Saint  Miquiel,  envola  le  prinche  de  Galles  lettres  au  roy  son 
père  et  à  son  consail  que  jusques  à  quatre  cens  lanches  et  mil 
archiers  on  luy  fesist  envoiier,  pour  renforchier  son  armëe.  Le 
roy  d'Engleterre  et  son  consail  le  firent  très  voUentierSy  car  ilz 
sentoient  que  il  estoit  vaiUans  et  bien  fortuné  chevalier.  Sy  or- 
donna que  le  frère  du  prinche  yroit,  nommé  Jehan  de  Len- 
clastre ,  et  en  prist  la  cherge  des  gens  d'armes  et  des  archiers , 
ei  dist  que  il  volloit  aller  en  che  voîage  aveeques  son  frère  le 
prinche.  De  che  ly  seurent  le  roy  et  la  roynne  et  les  barons 
d'Engleterre  moult  grant  gré,  et  se  ordonna  et  fist  ses  pour- 
veanches  pour  monter  au  havre  de  Hantonne  et  ariver  «n  Rre- 
faigne.  F»  681. 

P.  229,  1.  13  :  une.  —  Le  ms.  A  ^  ajoute  :  grant.  F»  274. 

P.  229,  1.  2i  :  ce  dit.  — Ms,  A  9  :  àa  dit. 

P.  229,  1.  25  et  26  :  moollier.  —  Mss.  A  :  femme.  Ms.  A  7, 
f»  272  v«. 

P.  229,  1.  31  :  avoit  son  père  mort.  —  Mss.  A  8,  15  :  avoit 
fait  morir  son  père. 

P.  230,  1.  4  :  plaisirent.  —  Mss.  ^  6,  8,  15  :  pleurent. 

P.  230,  1.  5  :  en  le  cité  de  Rourdiaus.  —  Ms.BBiea  l'église 
des  Augustins  dehors  les  murs  de  Rourdiauls.  F*  680. 

P.  230, 1.  30  :  pluiseurs.  — >  Le  ms.  A  8  ajoute  :  consaulx  et. 

P.  231,  1.  4  :  Dieu.  —  Les  mss.  ^  8,  15  ajoutent  :  entrepren- 
dre et. 

P.  231,  1.  11  :  poeent.  —  Mss.  J9  4,  ^  15  ;  pevent.  F*  272. 
—  Ms.  A  7  ;  povoient.  F»  273.  —  Mss,  ^  6,  8  :  pourroient. 


382  CHRONIQUES  DE  J.  FROISSART.  [1366] 

P.  SU»  I.  15  :  faire.  -—  Lu  mss.  A  6,  8,  15  ai<mteM  :  leur 
exploit  et. 

P.  232,  1.  i  :  air.  —  Mss.  A  6,  8,  15  ;  coorrouz. 

P.  232,  L  4  :  le.  —  Mss.  ^  3,  4  et  mss.  A  :  lui,  li. 

P.  232, 1.  13  :  manières.  —  Mss.  A  :  estas. 

P.  232, 1.  22  :  ce  saoe.  —  Mss.  .^  6,  8,  15  :  ce  scay  je. 

P.  233,  1.  5  :  le  pcnëe,  —  Mu.  ^^f  1  à  7  :  la  pensfe,  —  Ms. 
J9  3  :  la  mamère.  F""  286.  —Ms.Bk  :  Pestât.  F"  272  v«,  — 
Ms.  iâf  15  :  les  posnées.  F*  301. 

P.  233,  K  6  :  amirent....  ont  amiré.  — •  Ms.  BktX,  mss.  A  : 
aiment,  ont  aime.  —  Ms.  B  3:  prisent....  ont  prise. 

P.  233,  1.  28  et  29  :  grignes.  -^  Ms.  B  3  :  haynes.  F»  286. 

P.  234,  1.  5  :  ne  chierirent.  —  Mss.  ^  1  à  6,  8,  11  a  29  : 
n'amèrent. 

P.  234, 1.  8  :  oose.-— J>  nu.  ^  15  (^ouie  :  pour  lors.  F"  301  y*. 


FOI  DIS  TAHIAmS  DO  lOIB 


TABLE. 

CHAPITRE  LXXXIV. 

1360.  Traite  de  Br^dgny.  ^  Somnuùre,  p.  i  à  xrou  —  Texte^  p,  1  i  59. 

—  Fanantes,  p.  237  à  256. 

CHAPITRE  LXXXV. 

1360  et  1361.  Formation  de  la  Grande  Compagnie.  -*  1360,  28  dé^ 
cembre.  Prise  du  Pont-Saint-Esprit.  ^  1362,  6  aTrîl.  Bataille  de 
Brignais.  —  Sommaire^  p.  xnn  à  xxxy.  —  Textes  p.  59  à  76.  —  ^<i>- 
riantes,  p.  256  à  271. 

CHAPITRE  LXXXVI. 

1361.  Mort  da  doc  de  Lancastre. — Mort  du  duc  de  Bourgogne  et  par- 
tage de  sa  succession.— 1362.  Mort  du  pape  Innocent  YI  et  élection 
d'Urbain  Y.  — Yoyage  et  séjour  du  roi  Jean  à  la  cour  d^A^ignon. 

—  Création  de  la  principauté  d'Aquitaine  en  fareur  du  prince  de 
Galles  et  anÎTée  d'Edouard  dans  sa  nourelle  principauté.  —  Som^ 
nudre,  p.  xxxn  à  xu.  —  Texte,  p.  76  à  82*  —  Variantes,  p.  271 
à  277. 

CHAPITRE  LXXXYE. 

1363.  Arrirée  et^séjour  de  Pierre  I*',  roi  de  Chypre,  à  Avignoii.  — 
Projet  de  croisade.  —  Traité  conclu  entre  Edouard  IQ  et  les  quatre 
otages  des  Fleurs  de  Lis.  —  Yo/ages  du  roi  de  Chypre  à  Paris,  en 
Normandie  et  en  Angleterre.  —  1364.  Retour  de  Jean  II  à  Londres. 

—  Yoyage  de  Pierre  I*'  en  Aquitaine.  —  Mort  du  roi  de  France  a 
Londres  et  arénement  de  Charles  Y.  —  Sommaire,  p.  xu  à  zxix. 

—  TexU,  p.  82  à  99.  —  Varianiet,  p.  277  à  290. 

CHAPITRE  LXXXYm. 

1364.  Prise  de  Mantes  et  de  Meulan  (7  et  11  atril).  —  Bataille  de  Co- 
cherel  (16  mai).  —  Couronnement  de  Charles  Y  (19  mai).  —  Cam- 
pagne du  duc  de  Bourgogne  en  Beauce  (juin).  —  Si^e  et  reddition 
de  la  Charité.  —  Sommaire^  p.  xux  à  xxm,  —  Texte,  p.  100  à  148. 

—  rariantet,  p.  290  à  322. 

CHAPITRE  LXXXnC. 
1364,  29  septembre*  BataiUe  d'Auray.  —  1365|  12  anil.  Traité  de 


384  TABLE. 

Gu^rande.  — %8cmmair€f  p.  Lxm  à  ULXTin.  —  Teste ^  p.  148  à  183. 
—  rwmtês^  p.  322  à  3&3. 

CHAPITRE  XC. 

1365,  octolire-1366,  nui.  Exp^ition  de  da  Gaefclin  et  des  Compa- 
gniet  en  E^gne.  —  1366,  5  avril.  Don  Pèdre  est  détrône  et  don 
Henri,  comte  de  Traitamare,  est  proclame  roi  de  CasdUe.  —  Ik  août. 
Victoire  remportée  par  les  Gompagniet  anglo-gafconnes  près  de 
Monunban.  —  23  leptembre.  Traité  d'alliance  entre  le  prince  d*A- 
qnitaine  et  de  Galles,  don  Pèdre  et  le  roi  de  Navarre;  préparatifs 
militaires  du  prince  de  Galles  et  démêlés  avec  le  sire  d'Albret.  — 
Sommaire^  p.  lxxix  à  xovi.  —  Texte,  p.  183  â  234.  — •  Varimiaes, 
p.  353  â  382. 


nu  DB  LA  XkBlM  DU  TOKB  SIXUMB. 


Typographie  Lahure»  nie  de  fleorus,  9,  à  Puis. 


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JUN2  1    1967